Ithaque – Botho Strauss – aux Amandiers Ronit Elkabetz – Charles Berling

Quand j’ai vu l’affiche j’ai foncé! Ithaque, l’Odyssée, c’est une passion! Ronit Elkabetz, je suis fan! quant à Charles Berling…Même s’il me faut traverser tout Paris et la Défense pour aller à Nanterre.

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Après avoir réservé, j’ai googlé. Et je me suis aperçue qu’il était écrit « traces de l’Odyssée que conserve Botho Strauss » . Il ne s’agit nullement d’Homère mais d’une réécriture. Méfiance?

Botho Strauss a redistribué certains rôles: il a surtout donné une place d’honneur à Pénélope (Ronit Elkabetz), ce qui n’est pas pour me déplaire. Penelope, Clytemnestre, Hélène, Cassandre…les héroïnes ne manquent pas dans le mythe homérique, elles ne restent pas confinées au gynécée, mais elles n’occupent pas le devant de la scène. Cette idée de valoriser le personnage féminin n’était pas pour me déplaire. Ronit Elkabetz a un physique de tragédienne antique. L’ensemble me paraissait trè séduisant en théorie.Sur place j’ai été un peu déroutée. Ce n’était pas Pénélope que j’imaginais avec sont métier à tisser, mais une sorte de Mère-Ubu sur un lit moderne recouvert de fausse fourrure blanche,kitsch? trop kitsch our moi! La présence de l’actrice en impose mais quel besoin d’avoir imaginé cette Pénélope obèse?

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Ulysse-Charles Berling, collait tout à fait à mon image mentale d’Ulysse, le menteur, le fabulateur déguisé de hardes par Athéna. De plus l’arrivée d’Ulysse sur les rivages d’Ithaque était tout à fait fidèle à Homère. Le bord de la scène formant un croissant rempli d’eau , la plage et une falaise peinte (ou projetée) sur le rideau m’ont ramenée sur les bords de la mer Ionienne.  AZthéna, déguisée est arrivée tout à fait à propos comme dans l’Odyssée.


La présence de ce plan d’eau a permis des effets très séduisants, reflets sur les murs ou le rideau de scène, traversé par les jeunes filles figurant le choeur antique, habillées à la grecque, gracieuses, une jolie idée. Le palais d’Ulyss, intemporel, hésite entre marbre et béton. Excellente idée cette estrade mobile sur un escalier qui avance et recule, rapprochant ou éloignant la chambre de Penelope, mais pourquoi l’avoir peint en gris-fer ou gris-béton, en blanc-marbre cela aurait été plus méditerranéen, plus seyant!

De même le mobilier utilisé par les prétendants, tables métalliques et chaises aluminium jure un peu. En revanche j’ai aimé le piano. L’intemporel ne me gène pas plus que cela, mais pourquoi du cheap!

L’élément de décor le plus réussi est apparu à la fin de la pièce : l’arbre figurant le verger de Laerte, au feuillage translucide éclairé de vert. Quel bel objet!

Cet Ithaque moderne est finalement très fidèle à Homère. Tous  les épisodes figurent bien dans la pièce. Botho Strauss n’a pas retranché. Il a rajouté plutôt, alourdi. Comme récemment, avec Shakespeare, le spectacle contemporain m’a renvoyé au texte initial. S’il supporte les adaptations,les mots ailés d’Ulysse me plaisent toujours plus, l‘aurore aux doigts de rose me manque. Rien à faire. Est-ce que je tourne conservatrice?

lire pour le Cambodge : Le Portail – François Bizot

Lire pour voyager/Voyager pour Lire

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Ce Portail fermait l’entrée principale de l’Ambassade de France, où la Communauté des expatriés  au Cambodge s’était réfugiée, évacuée  après la prise de Phnom Penh par les Khmers rouges. Ce livre, Le Portail, est un témoignage racontant la captivité de Bizot dans la jungle en 1971 puis les dernières semaines vécues dans l’ambassade en 1975.

Acheté à la suite de recommandations d’inconnus sur les forums de voyageurs, j’ai longtemps hésité avant de commencer cet ouvrage. Je n’aime pas les films ou la littérature de guerre. Le sang m’effraie, les héros m’agacent…Et puis, je ne l’ai plus lâché. C’est un grand livre, très bien écrit et passionnant.

Quand on raconte un génocide c’est facile. Il y a les victimes et les bourreaux.

On peut aussi voir autrement : les impérialistes américains et leurs valets, laquets, on se souvient de la terminologie en cours, et en face la juste lutte  des peuples, les fronts de libération nationale…les peuples-frères. Adolescente j’ai vibré à ces slogans, soutenu la juste lutte du peuple vietnamien, puis cambodgien…plus tard j’ai été catastrophée quand le Vietnam a fait la guerre au peuple-frère… sans rien comprendre.

Avec Bizot, l’analyse ne vient pas de l’idéologie mais du terrain. En 1971, quand il est fait prisonnier des Khmers rouges, il voit les troupes nord-vietnamiennes qui avancent derrière les Khmers rouges, il décrypte le discours qui vient de Chine, il devine la catastrophe à venir, il en discute ouvertement avec son geolier Douch . Et il a reproché l’aveuglement de Lacouture et des expatriés communistes qui, après la prise de Phnom Penh, croyaient encore assister à la fête de la libération et qui, encore déguisés en Khmers, sont venus se réfugier à l’ambassade.

Ce livre n’est pas un témoignage à charge au tribunal de l’Histoire qui a déjà condamné le massacre, c’est bien plus. Bizot parle khmer et connaît mieux le boudhisme khmer que les « camarades » illettrés qui récitent des formules apprises par coeur. Il peut dialoguer avec Douch dans la jungle, et, plus tard, il est l’interprète des diplomates français auprès de Nehm. Il comprend non seulement leur langue de bois mais aussi leurs mimiques. Il utilise leur psychologie pour négocier avec les adversaires. Il gagne leur estime. Le livre rend compte avec finesse de ces dialogues, sortes de  jeux d’échecs où il convient de flatter, d’exiger, de reculer, au bon moment.

Le Portail ne se résume pas non plus à l’analyse politique. Bizot sait merveilleusement bien raconterla nature Cambodgienne. Il nomme chaque arbre avec son nom latin. Il sait nous faire sentir la touffeur, l’humidité, l’électricité d’une soirée d’orage. Leçon d’humanité quand il raconte le respect pour la nourriture de ceux qui en ont été privés. Mais aussi les mesquineries au sein des centaines de réfugiés. Point de manichéisme, tel chef de guerre fait montre d’une lâcheté insondable et quelque temps plus tard de courage. Les Khmers rouges sont toujours montrés comme des hommes et non pas comme des monstres. Bizot décortique leurs contradictions. Il peut aussi montrer l’affection qu’il porte à son chien, à une poule. Ce livre rend compte de la complexité de l’humain et dépasse largement le témoignage et l e cadre cambodgien.

Les mystères de Lisbonne : film de Raul Ruiz

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4h26 de pur plaisir!

Le réalisateur a pris son temps avec de longs plans qui nous permettent de détailler les décors et les costumes, de savourer la musique, de profiter pleinement des fêtes ou des décors naturels…Des tableaux aux murs qu’on a l’impression de reconnaître dans dees lieux différents comme des indices semés exprès pour  que le spectateur les  relève. Pas une seconde d’ennui, des rebondissements, des retours en arrière, des travestissements Les personnages, nombreux, ont des identités multiples, certains se dévoilent, d’autres restent mystérieux. Le Père Dinis, qu’en penser? On est dépaysé par la douceur du Portugais, toujours suprenant, un peu étrange à nos oreilles et en même temps familier.

C’est un feuilleton à la Dumas avec ses invraisemblances, ses duels à l’épée – incroyable ce suicide à la fin du duel alors que les adversaires viennent de se réconcilier!. Toute l’histoire du début du XIXème siècle défile devant nous, même la Révolution française, l’épopée napoléonienne. On voyage à Venise,en France…et toujours dans des châteaux, on aboutit au Brésil ou en Afrique(?)

Le film évolue dans une lumière fabuleuse, gamme de bruns pour les couvents, promenades verdoyantes sous les nuages ou la pluie dans des jardins romantiques et  luxuriants qui me rappellent Sintra ou Buçaco, mélancolie d’un Portugal Atlantique. Lumière dorée des salons mondains, candélabres et dorures. L’or se reflète dans l’eau de l’océan ou d’un fleuve; Réminiscence d’unfilm ancien sur le fleuve d’or qu’est le Douro?

Et toujours, scandant les scènes, le théâtre miniature que le héros emporte partout avec lui…

Un barrage contre le Pacifique, le film de Rithy Panh

Dans 5 jours nous serons à Phom Penh, pour rêver à l’avance, de rizière, d’Asie…

J’ai lu trois fois le livre de Marguerite Duras. Il y a bien longtemps, la première, du temps d‘India Song, de Delphine Seyrig…
Emerveillement de jeunesse devant cet exotisme et cette étrangeté.
A la veille de notre circuit au Vietnam, et maintenant après avoir vu le film de Rithy Panh. pour confronter le livre au film.

La lecture du cinéaste cambodgien est originale : il nous livre de très belles images de cette plaine, des rizières, de la jungle. On voudrait retenir certains plans magnifiques. Vues prises du bungalow, à travers les bananeraies et les plantes tropicales. Mobilier de bambou, objets de la vie quotidienne, les acteurs aussi sont beaux, peut être trop, trop beau Joseph, trop lisse peut être, trop beau Monsieur Jo qui n’aurait pas pu égayer la famille par son surnom de « tête de veau »…

Le cinéaste a privilégié la vie à la campagne. L’intrigue qui se déroule dans la ville coloniale, jamais nommée, qu’il me plait d’identifier à Saigon, a été éludée.

En revanche, il a mis l’accent sur l’exploitation coloniale. Les paysans sont bien présent. Il a donné une importance au personnage du caporal qu’il n’avait pas dans le livre. Le caporal dévoué mais sourd dans le film est tenté par la révolte. Il manipule les armes de Joseph va secourir les paysans expropriés. Duras parle longuement des enfants qui mourraient en bas âge, moins de leurs parents. Rithy Panh leur donne la parole.
Ce n’est pas seulement la crédulité d’une veuve qui a placé tous ses espoirs dans cette concession qu’exploitent les agents corrompus du cadastre. C’est aussi l’expropriation des paysans qui n’ont jamais eu de titres de propriété, qu’on floue pour installer des plantations d’hévéas ou de poivriers. Monsieur Jo n’est pas seulement le fils velléitaire et incapable d’un spéculateur, c’est celui qui symbolise l’exploitation des paysans.
Certains trouvent que l’adaptation s’éloigne de l’œuvre,  que Isabelle Huppert campe un personnage différent de celui de la Mère, que les relations familiales passionnelles sont affadies,  je l’ai lu dans les critiques. Cette version cambodgienne, différente, m’a paru intéressante. Ce qui ne dispense pas de relire encore le livre!

Sari NUSSEIBEH Anthony DAVID : Il était un pays – une vie en Palestine

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La biographie de Sari Nusseibeh est écrite à la première personne( je ne comprends pas bien le rôle d’A David). Sari Nusseibeh est actuellement le président de l’Université El Quds (université arabe de Jérusalem). C’est aussi un acteur politique qui a représenté le Fatah à Jérusalem et qui a tout mis en œuvre pour un dialogue israélo-palestinien quand ce dialogue était possible. Professeur de philosophie, à Bir Zeit mais aussi à Harvard, ancien élève des meilleures écoles britanniques, il est éloigné de toutes les idéologies qui ont enflammé le Moyen Orient faisant aussi bien référence à Locke, Kant qu’aux philosophes arabes médiévaux.

Le personnage est admirable dans sa ténacité de pédagogue avec ses étudiants, de négociateur, choisissant toujours les solutions pacifistes quand celles-ci pouvaient être mise en œuvre, y compris pendant la première Intifada, dans son opposition au mur qui devait passer à travers le campus de son université.

C’est aussi un témoin averti qui raconte l’histoire de Jérusalem (pendant 13 siècles) et celle de la Palestine, pendant le Mandat Britannique où son père jouait un rôle de premier plan, puis sous contrôle jordanien et enfin sous l’occupation israélienne. C’est donc une grande leçon d’une histoire que j’ignorais. Si le livre date de 2008, la narration s’arrête un peu avant. On comprend mieux les prémisses de la situation actuelle : je découvre comment Israël a favorisé l’ascension du Hamas pour embarrasser le Fatah, mais également comment la distribution des fonds du Fatah a fait le lit de la corruption. Fidèle à Arafat, Sari Nusseibeh est néanmoins critique de sa gestion.

Sari NUSSEIBEH Anthony DAVID : Il était un pays – une vie en Palestine Lattès CLIC

Amos OZ : Vie et mort en quatre rimes

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Est-ce un court roman ou une nouvelle ?

Unité de temps : le narrateur entre dans un café avant une conférence et le récit se terminera à la fin de la nuit. Unité de lieu : Tel Aviv, autour du centre culturel.

Les personnages foisonnent.
De l’ « auteur », le personnage principal, nous ne saurons pas grand-chose. C’et un auteur reconnu qu’on a invité à une lecture d’un de ses livres. De l’ouvrage présenté, nous ne saurons rien non plus.

En revanche, toute une cohorte de personnages, réels ou inventés, défile. Leur histoire est elle réelle ? ou fantasmée par l’auteur qui s’ennuie ? Personnages ordinaires pour la plupart, dont l’existence est suggérée avec tendresse, personnages singuliers sans qualités exceptionnelles, si humains, et si originaux dans leur quotidienne banalité. Certains sont au bord de la mort : le poète écrivant les quatre rimes, peut être déjà disparu, l’heureux gagnant du loto qui se trouve en phase terminale d’un cancer… d’autres sont bien vivants.
Une rencontre amoureuse s’esquisse, s’évite, se noue, et finalement, avorte…

Des portraits racontent un univers déjà disparu de syndicalistes, de responsables culturels d’un temps révolu où le mouvement ouvrier imprimait son influence culturelle et militante. Parfum d’un passé oblitéré par la consommation effrénée des années 2000… temps ou Davar paraissait encore…C’est sans doute cette nostalgie que je recherche.

Amos OZ : Vie et mort en quatre rimes (127p.) Gallimard

Atiq RAHIMI : Syngué Sabour

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J’ai lu ce court ouvrage d’un trait, hors d’haleine, en une après midi. Impossible de le quitter.  Scotchée ! Et comme la fin m’a beaucoup choquée, j’ai cru que j’avais mal lu, que je n’avais pas compris, que sans doute la fatigue m’avait trompée et j’ai relu la fin le lendemain. Depuis, ce livre m’a hanté longtemps..

Extrêmement fort, prégnant.

Violence d’une tragédie antique. Tragédie redoublée que celle de ce pays en guerre depuis si longtemps et de celle des femmes soumises aux guerriers et aux mollahs. Comme dans une tragédie : unité de lieu,  huis clos. Un décor dépouillé, des murs cyans qui s’écaillent, un rideau orné d’oiseaux migrateurs,  une paillasse où repose le mari blessé, inconscient. Les manifestations de la vie extérieure parviennent de temps à autres étouffées, pleurs d’enfants, plainte de la vieille voisine, appels du muezzin… la vie s’écoule au rythme du souffle du blessé et du chapelet que la femme égrène. La sobriété donne son intensité à chaque parole qui résonne dans le silence qu’oppose l’homme mutique.

Au fil de ses monologues, la femme se raconte, elle se découvre, elle analyse son passé.

Puis elle assigne l’homme à un rôle étrange : celui de la pierre de patience qui reçoit toutes les plaintes et qui éclatera à a fin. Dès qu’elle a attribué à son mari cette fonction d’exutoire, elle se met à exister par elle-même. Cherche le plaisir, croit le trouver. Mais cela ne suffit pas, elle lance toujours plus loin la provocation. Provocation ultime : la stérilité du mari, la paternité refusée.

C’en est sans doute trop !

Le mari s’éveille – la pierre de patience explose – mais c’est pour entraîner la femme dans une mort sanglante.

J’ai refusé cette fin la première fois. Et maintenant que je suis sûre d’avoir compris je sens la pierre qui tombe dans le puits sans fin de la tristesse des femmes sans aucun espoir, et cette chute ne fait que résonner sans que je puisse oublier.

Atiq RAHIMI : Syngué Sabour – Pierre de patience – POL 154p

Lire pour l’Afrique : Mabanckou – Demain j’aurai vingt ans

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1979 – 1980 , Pointe-Noire , Congo-Brazzaville

Michel, le narrateur n’a pas 19 ans comme le suggèrerait le titre, il termine l’école primaire. L’Afrique racontée par un enfant, ce n’est pas nouveau, j’ai déjà lu L’Enfant Peul d’Hampâté Bâ qui raconte le Mali du début du 20ème siècle, L’Enfant Noir de Camara Laye, la Guinée des années 50. Ce serait une sorte de tradition littéraire que Mabanckou  suivrait, avec peut être moins de bonheur que ses illustres prédecesseurs.

La lecture est plaisante, le français enfantin et africain drôle. La critique du régime politique en place savoureuse : la langue de bois communiste « condamnés de la terre« « opium du peuple » dit comme une injure m’ont fait bien rire, la parcelle du dignitaire communiste entourée de barbelés gardé par un molosse mais décorée des portraits d’Engels ou de Marx, moins!

L’enfant découvre le monde, celui officiel, des pays frères, chez son oncle, celui de son père qui écoute la Voix de l’Amérique à la radio. Il se prend de sympathie pour le Shah d’Iran en exil, assez étrangement. Il découvre la poésie, Brassens et Rimbaud, les livres que son père rapporte, abandonnés par les clients de l’hôtel, le Petit Prince qu’on lui offre. A l’école primaire on se soucie plus d’arithmétique que de littérature… Pagnol perd la compétition au bénéfice d’Arthur Rimbaud…Le petit Michel est-il l’écrivain à venir?

La description de la vie africaine est vivante et exotique. L’enfant raconte  cette famille polygame où il a sa place dans chaque maison, leur quotidien, la cuisine, la musique… Par la lecture, je m’évade, retrouve l’ambiance africaine qui me manque dans le froid de cet hiver qui se prolonge.

Paris/Bucarest via Larnaca : les 40 martyrs de Sébaste – cuisine et traditions roumaines

Un lecteur roumain qui a la gentillesse de commenter mon blog m’a envoyé ceci à propos des 40 martyrs de Sébaste dont j’avais vu la fresque la première fois dans une chapelle du Troodos .

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« mais ce sont des certaines choses que chaque roumain orthodoxe connait depuis son enfance, a cause de la tradition familiale de chacun…« 

« Le jour des “mucenici” est le 9 Mars. Chaque année, quand on prepare et on mange 40 “mucenici” , avec ou sans liquide et quand il faut boire aussi 40 verres de vin….En effet, avant de manger et boire les mucenici et les verres de vin on donne presque tout(on fait l’aumone pour les 40 mucenici et pour tous ceux qui ont décédé) aux voisins, amis, au tous ceux qu’on connait, aux inconnus – femmes/hommes qui passent devant la porte…seulement apres ca on peut manger le reste des mucenici et du vin…. »

 

En Roumanie les traditions sont accompagnées d’une gastronomie extraordinaire qui m’a fait prendre 3 kg en un petit mois

voici les plats traditionnels pour cette fête:

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Mucenici en liquide

Ingrédients:
Pâte:
250 grammes de farine
100-120 ml d’eau tiède
sel (une pincée de sel)

Liquide/soupe:
l’eau
sel (une cuillère à café)
le zeste d’un citron ( rase)
de sucre (au goût)

Préparation:
Le soir du 8 Mars, on prepare la pâte pour modeler les mucenici. On prepare des “cordes”/”tresses” de pâte longues et minces, puis on fait des petits cercles, puis en forme de “8”. On laisse secher les 40 mucenici toute la nuite sur la table qui a été aspergé de farine. Egalement il faut saupoudrer les mucenici avec la farine.

Le matin du 9 Mars , les mucenici sont passés par un tamis pour eliminer le surplus de farine, puis faire bouillir dans une “soupe” préparée par l’eau bouillante avec du sel (une cuillère), le sucre, le zeste de citron d’un de citron. Vous goûtez la soupe pour décider combien de sucre doit etre ajouté. Le liquide doit être douce.

Faire bouillir environ 2 litres d’eau avec une cuillère de sel. Il est important de mettre l’eau bouillie avec du sel. Quand l’eau commence à bouillir, on ajoute les mucenici. Il faut enlever la mousse qui se forme à cause de la farine qui reste encore sur les mucenici Apres enlever la mousse, il faut “raser” la zeste d’un citron et quand tout commence a bouillir, on ajoute le sucre. Les mucenici sont cuits quand ils remontent à la surface.
Note: Servir avec du noix et de la cannelle en poudre et un verre de vin rouge.

Il y a la possibilité de bouillir avec le noix et la canelle en poudre, mais la “soupe” obtenu est moins esthétique (ca devient marron ou même sombre). Mon conseil est de ajouter les noix en poudre et la cannelle en poudre avant de la consommer.

En Roumanie, le 8 Mars c’est la jour des femmes, quand tous les fille et les femmes doit recevoir un cadeau. A 9 Mars , a cause de l’histoire sur les “40 verres de vin” on dit aussi que c’est “la jour des hommes”.

Cette methode de preparation des mucenici de dimension reduite, en liquide/soupe, c’est pour de souvenir du lac ou les martyrs ont été jetés et s’applique dans la partie sud de la Roumanie, à partir de Dobrogea, Valachia, Oltenia, Caras –Severin, Banat.

Mucenici (sans liquide)

Ingrédients:
Pâte:
1 kg de farine
3 oeufs
4 cueilles(de soupe) de miel
5 litres de lait
50g de levure fraîche
100g de beurre
sel
2 sachets de sucre vanillé

Sirop/jus:
sucre
miel
l’eau
-« essence » de rhum(une liquide concentré utilisé pour préparer des gateaux)
citron
Les quantités du « sirop »/jus sont à vous de choisir et decider, car cela dépend directement de votre goût
-des noix (noix en poudre)

Préparation:
Avec les ingrédients ci-dessus il faut obtenir une pâte de levure qu’on laisse doubler/aggrandir/lever. Apres ca, il faut diviser la pâte pour préparer les « cordes/tresses et pour obtanir les « 8 ». Mettre le « 8 » (40 mucenici)dans le moule et laisser aggrandir et après cela on les brosse avec de l’oeuf. Cuire au four à feu moyen jusqu’à ce que croustillant.

Faire un sirop/jus et introduire les mucenici dans le sirop/jus pour absorber le sirop/jus et puis on met les mucenici sur une assiette et on les couvre avec du miel et apres cela avec des noix en poudre.

Peut-etre, la quantite de lait sera plus que suffisant , car pour preparer la patte on ajoute le lait petit a petit. Il ne faut ajouter toute la quantite de lait, une seul fois. Si vous voulez, vouz pouvez ajouter aussi du miel dans la patte.

Ce sorte des mucenici est prepare dans la partie nord de la Roumanie, en Moldavie et Transilvanie. Mais depuis 30-40 ans, tout le monde prepare, si possible, tous les deux recettes.

Ma traduction n’est pas parfaite, c’est a vous de changer comme il faut. Merci d’avance! Quand j’ai ecrit: « une cuillère à café » ou « une cuillere à soupe » j’ai fait cela pour décrire la dimension de la cuillère.Ici on respecte toujours le numero de 40, mais vous pouvez preparer plus de 40, c’est à vous de decider.

 

 

 

par delà la cuisine, j’ai eu la curiosité de googler les 40 martyrs et je suis arrivée ici

David Grossman : Dans la peau de Gisela Politique et Création littéraire

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Quelques fois, j’ouvre un livre et j’ai le sentiment qu’il m’est personnellement destiné. Quelle mégalomanie !!!!

Ce n’est pas franchement le hasard dans le cas de David Grossman. Je ne l’ai pas pris par inadvertance à la bibliothèque. Je connais un peu David Grossman et j’ai suivi ses prises de positions à la suite de la dernière « guerre » au Liban en 2006, relayées par La Paix Maintenant, j’ai aimé son roman « quelqu’un avec qui courir ».

La lecture de la littérature israélienne est pour moi une nécessité.  Autant je me suis interdite de retourner en Israël tant que la situation d’occupation perdurera, autant je lis, avec un sentiment d’urgence, les publications des écrivains israéliens. Il m’est nécessaire de savoir qu’il existe des intellectuels qui donnent naissance à des personnages – peu importe que ce soient des fictions – qui me sont infiniment proches.

Les deux derniers textes A la mémoire d’Yitzhak Rabin et Ecrire dans le Noir sont- ils des textes littéraires ou politiques ? Ils sont en tout cas le cri d’une conscience très aiguë de l’atrophie de la pensée et de la langue causée par l’occupation et la nécessité absolue de l’empathie, de la connaissance de l’autre Dans la peau de Gisela indispensables pour rester humain, Ha Mensch, comme je l’ai entendu autrefois.