Désert blanc

EGYPTE 2010 DESERT BLANC ET OASIS

Désert blanc : champignon et poulet

 

Des pitons étranges, sortes de piliers ; Monts Aiguilles miniatures, répétés plusieurs fois et toujours d’une blancheur éblouissante ! Nous sommes à la porte du Désert Blanc. Plusieurs check points, l’entrée du Parc national est bien contrôlée et payante.
La première attraction est la roche aux cristaux : dans un groupe de rochers bizarres, une petite arche noire et rouge, tout un mélange difficilement identifiable – quartz ou calcite ?- des roches rouges revêtues d’un placage noir ressemblant à du goudron. Dans le sable on ramasse des cristaux transparents.

D’étranges champignons de craie d’un blanc éblouissant ont été façonnés par l’érosion pour donner des formes bizarres. Plus on avance dans cet endroit fantomatique plus on est façonné. Samer commente :
–    « ici, un lapin, ici, un poulet, là un sphinx, là-bas un canard…. »

La 4x4s’est arrêtée pour nous permettre de nous promener. Je ramasse de tout petits silex noirs. Tantôt le sol est rose, tantôt il est beige. La tempête d’hier a déposé du sable d’un seul côté.  La moindre aspérité sert de point d’ancrage de microscopiques congères. Ailleurs, la craie encroûte, la crête ressemblant à de la neige.
Le ciel est maintenant bleu. Le moindre coup de vent fait voler le sable blanc. M’étant éloignée pour examiner de près le « canard » et le « cobra » le nuage blanc soudainement soulevé m’effraie. J’ai peur de ne plus retrouver la voiture, de ne plus la voir dans ce brouillard de poussière, que mes trace de pas soient effacées…

de retour à Créteil j’ai trouvé ce site très bien documenté:
http://alain.guilleux.free.fr/oasis_env … _blanc.php

Désert blanc : les chevaliers de la 4×4

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désert blanc

Où il est raconté comment nous participons à un massacre végétal

Ahmed ne reprend pas la piste, il coupe à travers le désert blanc, fonce dans le sable. Les roues chassent. Il gravit des monticules, descend les dunes du côté raide. Parfois la roche est rose, parfois violacée et râpeuse. La craie blanche est lisse mais d’innombrables silex coupants dépassent sur les surfaces planes. De temps en temps, une maigre végétation tente de pousser. Ahmed fonce sur les pauvres touffes.
–    « Welcome to Disneyland ! » s’exclame encore Samer qui a l’air de s’amuser comme un fou.
Ahmed frime à donf. Deux gamins déchaînés. D se scandalise avant moi :
–    « ne dis plus jamais que tu es contre Paris-Dakar ! »
Que viennent faire deux écolos dans ce rodéo ? La première fois avec Sayed, le goût du péché m‘avait semblé agréable. Cette fois-ci, cela touche au sacrilège. Nous sommes dans un parc National – espace protégé- en principe, il est interdit de sortir des pistes balisées. Déranger les dunes n’est peut être pas très grave. Le vent remettra de l’ordre dans les grains. Piétiner la végétation, si fragile, est criminel. Les plantes ont beaucoup de ténacité pour s’accrocher dans ce désert. La barbarie des chevaliers du 4×4 risque d’anéantir des années végétales.
Ce n’est pas ainsi que j’imaginais la traversée du Désert Blanc. Pas comme un parc d’attraction où on nous mènerait, comme des enfants, voir un « lapin » ou un « canard ». Il aurait fallu un autre voyage : une méharée, un  trek… Marcher en silence à côté du dromadaire, voir arriver de loin les piliers de craie, rêver, méditer… Le désert mérite plus  de respect.
Nous aurions mérité de crever ! Un pneu de secours est prêt pour cette éventualité.

Désert blanc campement

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Le campement

où l’on nous installe une tente après la tempête d’hier

Arrivée au campement au milieu de nulle part, sur un plateau sableux, une rangée de tentes blanches soulignées par un galon rose à chaque couture et une grande tente restaurant. Les petites tentes carrées  regroupées à part forment le village des chauffeurs. On débarque les valises. Il faut attendre qu’on remonte notre tente abattue par la tempête d’hier.

Le pickup qui vient porter le mobilier s’ensable. Au lieu de terminer notre installation, tout le monde s’active à sortir la camionnette.

Le premier accessoire qui en sort et une glace encadrée de bois blanc avec des crochets porte-vêtements. Le comble du dérisoire !  Et encore! Elle est accrochée si haut dans la tente que personne ne pourrait s’y mirer !

Au bout de deux heures la tente est enfin prête : un cube surmonté d’une pyramide, toute blanche. L’intérieur est doublé d’une toile à rayures rouge et rose. Deux lits, comme à l’hôtel, une natte de paille (en fait seuls deux pieds de chaque lit reposent sur la  natte, les pieds qui sont sur le sable s’enfonceront au cours de la  nuit sous notre poids, si bien que le lit penchera dramatiquement).

6h : coucher de soleil sur la platitude du désert. Le générateur électrique se met en marche.  Des petites lampes solaires alternent avec des lampions de poterie ajourés dont les découpes donnent une lumière orange. Quand tout s’allume c’est magique. Ensuite, nous déchanterons.

Désert Blanc :Bivouac de luxe

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Où l’on sert de la cuisine internationale

Dîner dans la grande tente doublée de satin blanc et de toile bariolée, des lampes en métal repoussé, ajourées, décorées de perles. Buffet en compagnie de deux groupes de touristes italiens : choix classique, légumes insipides et veau en sauce. Il faudrait être vraiment difficile pour se plaindre de cette gastronomie internationale : un restaurant au milieu du désert c’est déjà un miracle !

Désert Blanc – mésaventure au bivouac

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Les bassins

Où il est raconté que j’ai failli me noyer dans le désert


Pour admirer le coucher du soleil, nous nous installons sur une  butte   autour du bassin rond d’une source. D fait remarquer qu’il aurait été prudent de signaler le bassin avec des lampions

–    « c’est la pleine lune, on voit comme en plein jour ! », lui répondis-je !

Quelques temps plus tard, je décide d’aller surveiller les chargeurs de batteries branchés dans la grande tente. Dans ma précipitation, J’ai oublié le petit bassin adjacent au grand.

–    « Attention ! » crie D
–     « plouf ! »

Je suis debout, au beau milieu  du puits, anorak, pull, appareil photo, gants…tous dégoulinants !

Un fou-rire  inextinguible me prend. J’en ferais pipi dans mon pantalon s’il n’était pas déjà trempé. Je quitte donc les vêtements chauds apportés spécialement pour cette seule  nuit et remets des habits légers.

Désert Blanc : Eteignez l’électricité!

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Où l’on raconte que le bivouac était trop éclairé!

J’ai tant rêvé aux étoiles du Sahara !

Avec l’éclairage du camp et la pleine lune on ne distingue que  les constellations visibles à Créteil, pas de Voie Lactée ni de milliards d’étoiles…La tente bédouine avec ses coussins et ses canapés s’est, elle-aussi, écroulée dans la tempête. Ce n’est pas mon idée d’une veillée dans le désert. J’aurais aimé un feu (au moins comme à Siwa ou à Baharia, en plus il m’aurait réchauffée), des tapis, des coussins, peut être un repas grillé sur le feu, du pain cuit sous la cendre, des salades orientales. J’aurais aimé toucher la Voie Lactée…

C’est  raté, heureusement qu’il y a eu la rigolade.

La nuit au campement, je ne parle plus de bivouac, s’avère encore plus décevante que la soirée. Le générateur a ronflé tout près de notre tente. Les illuminations ont brillé toute la nuit. J’attendais la nuit noire et le silence. Moteur, lumière se sont conjugués avec le froid glacial et le lit en pente pour nous créer une nuit d’enfer.

A 6heures  nous sommes debout. Lot de consolation, un beau lever de soleil, un peu étrange, au lieu d’une boule ronde c’et une ampoule qui sort de terre, sans doute entre deux piliers invisibles ?

Farafra : la maison de Badr Abd El Moghny

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Deux dromadaires gravés encadrent l’entrée du petit musée. L’artiste nous accueille avec chaleur. Il nous invite à nous promener dans sa maison et dans son

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« jardin du désert ». Il nous parle de sa tristesse de voir la culture du désert disparaître, ses angoisses, ses rêves…

L’œuvre est très variée : bas reliefs gravés dans les murs, sculptures, aquarelles, tableaux de sables colorés, collections diverses de minéraux et de fossiles…

Sur les murs, des figures animales et des calligraphies : ma préférée est une sorte d’ibis qui porte « bismila el Rahim… » dessiné sur ses ailes. Sur un autre mur je distingue un cheval ailé (les ailes sont formées par un oiseau entier empaillé qui semble surgir du mur) en dessous une tête de mouton est aussi incrustée dans la maçonnerie. C’est la lecture de la calligraphie qui donne la clé : il s’agit du sacrifice d’Abraham survient le mouton qui sauvera l’enfant. Pour le cheval ailé, interprétation personnelle : il s’agit peut être de la monture du Prophète ?

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Ici, contrairement à nombreuses œuvres contemporaines, tout fait sens.
La visite commence à l’étage avec des tableaux employant des matériaux naturels, des sables, des bois usés du désert qui ressemblent aux bois flottés abandonnés par la mer sur les plages. Les aquarelles restituent  le village de Farafra avec ses maisons de terre qui déjà n’existent plus.

Au rez de chaussée, on pénètre dans le studio de l’artiste. Il est peuplé de modelages de terre, personnages composites où l’angoisse est très présente : des mains se lèvent pour briser des chaines. Les outils de l’artiste participent à la composition. Hommes femmes se mêlent même avec un point d’interrogation. Badr explique que maintenant il a trouvé plus de sérénité et qu’il travaille maintenant une autre matière : un beau grès veiné d’orange dans lequel il sculpte de beaux animaux aux formes harmonieuses.

J’aime beaucoup les personnages en terre qui raconte tout un monde : les vieillards au café, les artisans travaillant le bois ou la laine. A part, dans une autre pièce, comme il se doit, les femmes au travail : deux  d’entre elles actionnent une meule, une autre en habit coloré pile..

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Un mur sépare la cour en deux parties. De belles jarres sont alignées. Elles contiennent les sables colorés qu’utilise l’artiste dans ses compositions qui ont tous des teintes naturelles (sauf le bleu). Le sable noir et le marron proviennent des sources hydrothermales. Sur les couvercles, les poignées sont des têtes humaines de la couleur du sable de la jarre. Badr nous invite à les soulever.
A cette célébration des habitants du désert et des oasis s’ajoutent des trouvailles naturelles : fossiles de coraux, d’huitres ou de gryphées, concrétions ferrugineuses. Chaque détail retient l’attention. Nous ne sommes restées qu’une heure. Nous aurions aimé rester plus longtemps pour nous faire traduire les calligraphies, raconter les histoires, à regarder vivre les personnages modelés, à deviner le sens des compositions du jardin du désert – encore un style différent – amalgame d’objets usuels, d’éléments naturels de grande taille, de personnages de plâtre ou de pierre.

Nous souhaitons voir les maisons de Farafra qui ont inspiré les aquarelles. C’est hors de question nous avons pris du retard sur le programme. Déjà, le musée n’était pas prévu ! Au poste de police on en fera le reproche à Samer et à Cherif. Nos déplacements sont minutés. Une fois lancé, le minibus jaune et marron va avaler les 270 km qui nous séparent de Dakhla

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Entre Farafra et Dakhla : route à grand spectacle

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Route de Dakhla

De magnifiques dunes jaune d’or s’alignent, elles contrastent avec le rose ou l’orange des rebords du plateau que nous suivons depuis Farafra. Des petits cônes verdâtres émergent des sables d’or, ou des bases d’imposantes colonnes marron foncé. En examinant la succession des strates sur la coupe visible sur la falaise, je retrouve la roche marron des colonnes tronquées, de l’argile sans doute. J’aime le désert : les structures géologiques sont apparentes. . Pendant le trajet, je cherche, questionne. Parfois il me raconte son histoire. Je ne m’ennuie pas un instant. Parfois, mes questionnements restent sans réponse. Il me faut chercher d’autres indices.
La plaine est située dans l’échancrure faite dans le plateau libyen. Sur le côté gauche la route plus ou moins parallèle à la falaise qui borde le plateau se met à tourner, la falaise s’éloigne et se rapproche. Selon l’éclairage elle apparaît orange, brune , violacée ou rose. Il semble que la grosse strate qui sert de base au plateau soit horizontale. Les structures situées plus bas sont souvent masquées par un glacis qui empâte les échancrures. La dépression dans laquelle nous roulons est parfois occupée par de magnifiques dunes, parfois par un cailloutis grisâtre. Les buttes témoins rouges apparaissent comme d’énormes forteresses aux toits en terrasse ou aux tourelles en ruines. Les petits cônes foncés ont perdu leur dalle protectrice ils se sont érodés de façon régulière, je les avais d’abord pris pour des volcans, sans évidence manifeste. L’érosion les a arrondis laissant des silhouettes ressemblant à des citernes ou à des basses de piliers

la Nouvelle Vallée : Wadi-El-Gadid.

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route de Dakhla

 

A mi chemin entre Farafra et Dakhla, se trouve le village de Dorham  entouré de cultures irriguées, luzerne et céréales.
Après le village, des petits tas à distance régulière, sur un tracé bien parallèle à la route ont manifestement été exécutés par une excavatrice. Après le km 110 de Dakhla, les cultures se précisent : oliviers et arbres fruitiers irrigués au goutte à goutte. Céréales et luzernes sont protégées par des haies coupe-vent. Une jolie mosquée multicolore au minaret trapu semble toute neuve. Je vois très peu de maisons d’habitation. Où sont donc les paysans qui travaillent dans ces champs et ces vergers ? Où habitent-ils ? Comment viennent-ils travailler ? Les vergers sont vides. Inutile de questionner Samer que cela n’intéresse visiblement pas. Son rôle se borne aux rapports avec la police et  à faire la conversation à Chérif pour que ce dernier ne s’endorme pas. L’endormissement du chauffeur est un risque réel sur ces routes vides où rien n’accroche l’œil. Chérif arrive du Caire, il a probablement roulé toute la nuit. J’en suis donc réduite aux conjectures. Je ne sais que penser du grand projet de la Nouvelle Vallée . Faire fleurir le désert ! Ce projet m’a souri il y a presque 40 ans. Ce que les Israéliens ont réalisé dans le Néguev, se fait ici aussi. Les 70 millions d’Egyptiens sont concentrés sur 5% de leur territoire. Exploiter les 95% restant est un défi passionnant. Les vergers le long de la route d’Alexandrie ont rendu caduc le nom de Desert Road. Relier les oasis du désert libyen en une vallée verte est en cours de réalisation. Mais n’est-ce pas au détriment des oasis ? La nappe qui alimente miraculeusement les sources ne risque-t-elle pas de se tarir ? La culture oasienne est déjà mise à mal par l’arrivée du béton et des engins à moteur. Qu’en est-il de l’hydrologie ? Les lacs du  désert sont souvent des lacs salés, à tant forer, ne risque-t-on pas une salinisation des sols ? Même problème avec les autres minéraux contenus dans les sources thermales.
Qui  répondra à mes questions ? Au retour je lancerai des antennes sur INTERNET. Peut être dans cet espace inconnu, se trouvera-t-il quelqu’un comme ce monsieur Roumain qui se donnera la peine d’y répondre ? J’aurais envie de les poser à Erik Orsenna qui m’a passionnée avec son  Avenir de l’Eau. Dans son enquête planétaire il a sans doute étudié le sujet. Devant le désert qui défile, j’ébauche un brouillon de lettre qui commencera par le témoignage de mon admiration, les roches de Portsall…
On voit maintenant des vaches au pré. On double des charrettes transportant du fourrage qui a même été bottelé en pavés. Des palmiers bordent un chemin. Sommes- nous déjà arrivées dans l’oasis de Dakhla ou dans cette Nouvelle vallée. Check-point, encore le Gouvernorat du Wadi-El-Gadid.

Dakhla : Mout – l’Hôtel Mobarez

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Dakhla : hôtel mobarez

Mout se trouve 35 km plus loin. L’oasis de Dakhla est très étendue.

L’hôtel est une bâtisse ancienne jaune d’or de quatre étages. La porte est constellée de recommandation en Allemand, Italien ou Hollandais. La réception est égyptienne : deux colosses bien sympathiques  parlent assez d’anglais pour accueillir les touristes.  Il règne une impression d’abandon et de vacuité. On nous tend une clé un peu collante. Nous montons un escalier dallé aux murs ripolinés de blanc, les encadrements des huisseries, gris foncé. Notre chambre a dû être, en son temps, une très belle chambre avec deux portes-fenêtres donnant chacune sur un balcon. Les serviettes sont présentées avec un pliage digne des plus grands hôtels. Le tapis n’a pas été secoué depuis des lustres, il est franchement crade. La literie est impeccable (c’est le principal) et la salle d’eau correcte. On débranchera la télé pour installer nos divers chargeurs.

L’hôtel a dû avoir son heure de gloire. Le jardin ombragé par une dizaine de palmiers, un petit manguier et une rangée de petits ficus a même une belle piscine carrelée, malheureusement hors service. Le mobilier de jardin est un peu décrépit mais nous trouvons un  coin charmant pour boire un café turc dans une minuscule tasse en porcelaine