Hasard de nos voyages et de mes découvertes littéraires. J’ai rencontré Gaudé très récemment avec le Soleil des Scorta, à la suite de notre voyage dans les Pouilles. Le premier livre évoquant l’Afrique, un mois avant notre départ, est celui-ci.
Dans le Soleil des Scorta, le Gargano était précisément localisé, l’Afrique de la Mort du roi Tsongor est vague, sans doute imaginaire mais si poétique. Tragédie encore. L’auteur est un homme de théâtre, même dans un roman, on lerperçoit. Le 4ème de couverture évoque la guerre de Troie, Thèbes livrée à la haine…Afrique de tragédie, cavaliers du déserts, maisons de terre, continent désert…J’ai dévoré récit.
Bruce Chatwin est un véritable écrivain. Pas seulement un écrivain voyageur. D’ailleurs, son voyage au Bénin a été écourté pour cause de coup d’état.
Le Vice roi d’Ouidah est un vrai roman d’aventure historique. Chatwin s’inspire d’un personnage réel très ambigu, marchand d’esclaves ami du Roi d’Abomey. J’imaginais le personnage honni et je découvre sur la place du marché aux esclaves une plaque au nom de Chacha, surnom de De Souza, que Chatwyn appelle Da Silva. Le livre nous transporte dans le sertao brésilien. Allers et retour entre le Brésil et le Bénin actuel. Métissages, la capitale du Bénin n’est elle pas Porto Novo et lees vieilles maisons coloniales ne sont-elles pas qualifiées de brésiliennes?
Terrible ambiguité du commerce des esclaves que souligne cet ouvrage passionnant.
Mémoire de Paris ou plutôt d’un certain quartier juif autour de la République, délimité par la Rue Oberkampf, le Boulevard Saint Martin, Belleville, et Le père Lachaise. Quartier que je connaissais bien, où habitaient Noémie, Aviva, Tal, mes copines et copains du Mouvement, où leurs mère parlaient avec l’accent Yiddish qui berce la lecture de ces pages… Habituellement, je m’évade par la lecture, curieuse d’apprendre sur le monde et je laisse peu de place au retour sur les lieux de mon adolescence.
Il faut bien dire que la promenade nostalgique est douce lorsqu’en plus elle se double des réminiscences cinéphiles : Jules et Jim, les 400 coups, Casque d’Orles Frères Marx. Quelle scène géniale que ce retour du cinéma où la mère, après tant d’années raconte son histoire à son fils, écho de celle de Jules et Jim ! Le narrateur découvre à la suite les photos de famille…
Le jeune narrateur à la recherche de ses disparus, entre vieux journaux et cartes postales d’époque, découvre une autre mémoire, plus ancienne tandis que se déroulent des évènements contemporains (pour lui) qui sont pour moi des marqueurs de mon histoire comme cette manifestation et les morts de Charonne, référence des militants un peu plus âgés que moi, dont je conserve un souvenir cinématographique dans le film de Diane Kurys.
Cinéma et mémoire s’entremêlent. Cherchant des décors d’époque pour Jules et Jim, l’ancien mono de colonieretrouveBernard Appelbaum, et lui fait découvrir des bistros de Belleville où les maçons piémontais chantent la chanson des partisans italiens, et où il reste même des souvenirs de la Commune.
Le héros ira jusqu’à Berlin et sa quête se terminera à Auschwitz. Etape douloureuse mais obligée.
merci à Claudialucia qui a écrit un très beau billet qui m’a donné envie de le lire, et qui a fait de ce livre, un livre-voyageur. Livre que j’ai attendu, désiré pendant l’attente, reçu par la poste avec joie…
Uécrivain béninois ! Mais quel Bénin tragique et noir !
Les histoires se déroulent dans la nuit sans éclairage des quartiers fangeux de Cotonou.
Ce recueil de nouvelles commence par l’histoire d’un amant qui fait l’amour à une morte assassinée. La suivante n’est pas plus optimiste: une très jeune fille avorte de l’enfant d’un viol. Le violeur est son oncle qui l’a contaminée par le virus du SIDA. L’Homme dit fou et la mauvaise foi des Hommes est àpeine moins triste. Que dire de celui qui a perdu son bébé et qui veut se venger de la sorcière qui aurait causé la mort de son enfant ? Et de la fin d’un enfant-adulte, voleur, qui avale le pendentif en or qu’il a chapardé au marché, se fait poursuivr, manque de se noyer, et finit par se faire écraser par une voiture en traversant la voie dans sa fuite éperdue
Se déroulant en Maurétanie, aux confins du désert ce livre raconte l’esclavage. Pas la traite transatlantique. L’esclavage des tribus du Sahel bien après que la Traite Atlantique soit terminée. Enfants-esclaves dans les tribus nomades, qui prennent une revanche en utilisant le pouvoir politique qui s’est installé après la décolonisation. Livre dur.
Le commissaire Habib, vieux flic de Bamako est appelé pour une enquête en pays dogon. Occasion de rencontrer les traditions des dogons. Justement les empreintes des renards permettent au sorcier de prédire l’avenir. Meurtres étranges sur fond de trafics des promoteurs immobiliers, dissolution des traditions remises en causes par les jeunes plus attirés par l’argent facile que par la morale traditionnelle. J’aime bien ces polars ethnologiques. L’enquête est prétexte à raconter le quotidien d’un pays inconnu.
Chacun d’entre nous a ses films-cultes inoubliables, indémodables. Bamako (2006) est un de ceux là
Dans la cour d’une maison à Bamako se déroule le procès du FMI. Procès dans les formes avec juges en perruques, avocats de l’accusation et aussi de la défense, témoins à charge…. Des tirades décrivant les nuisances de la Dette qui pèse sur les finances des pays africains mais aussi les chants d’un griot, les doléances des femmes simples…
Ce n’est pas comme le suggèrent les lignes ci-dessus un énième film militant. C’est un vrai film avec une histoire, des histoires, un décor splendide. Des acteurs magnifiques. Des allers-retours entre l’économie et la vie quotidienne des habitants de la maison.
Un vrai beau film…
C’est un texte qui a plus de dix ans, publié en 1999. La situation a-t-elle vraiment changé? Ce texte est lié dans ma mémoire au film Bamako
L’étau, c’est celui dans lequel son pays, le Mali, ainsi que tous les pays de l’Afrique de l’Ouest sont pris entre remboursement des intérêts de la dette et les exigences du FMI et des gouvernements occidentaux. Analyse magistrale d’une économiste, responsable politique qui étaie son raisonnement avec des chiffres quand il le faut mais qui écrit dans un style percutant. Je ne sais pourquoi, je ne peux m’empêcher de penser aux Damnés de la Terre de Frantz Fanon, un autre ouvrage militant qui a éclairé ma jeunesse et qui est toujours présent dans ma mémoire. Texte court, dense terriblement humain et en même temps vertébré par une analyse politique claire, analyse marxiste, même si l’auteur ne laisse que peu de place au système socialiste prévalant aux premiers temps de l’Indépendance. Analyse illustrée récemment dans le film Bamako plaidoirie à charge contre le Fmi. Dans le livre la vie quotidienne au Mali est laissée de côté.
En revanche tous les aspects du problème sont mis en lumière. La démocratie exigée par les bailleurs de fonds et fragilisée par les mêmes qui retirent au nom du Néolibéralisme toute autorité à l’Etat africain qui s’appauvrit, ne peut plus ni payer convenablement ses fonctionnaires ni même remplacer ceux qui partent n’offrant aucun débouché aux jeunes diplômés qui n’ont que l’exil comme avenir. Comment les « économies » sur le « train de vie « de l’Etat encouragent la corruption et la gabegie. Comment, sous prétexte d’encourager les projets privés on dépouille l’état de tout contrôle sur le développement vidant ainsi les élus de toute initiative ou de tout contrôle. A quoi bon élire au cours d’élections démocratiques des gouvernements impuissants ?
Le Clezio est il un écrivain voyageur?
Un écrivain? Certes! Et une voix nomade aux origines multiples et lointaines…
l’Africain, est-ce l’enfant qui jouait à la guerre aux termites mais qui craignait davantage fourmis que scorpions?
L’Africain, c’est le père, médecin dans la brousse nigériane aux confins du Cameroun. Resté en Afrique pendant la guerre.
L’enfant, né en 1940, en France, ne le rencontrera qu’en 1948.
Portrait émouvant, illustré des photos anciennes sépia.
Afrique intouchée par la modernité où l’eau des rivières est très présente comme la forêt équatoriale.
Lucidement, la question de la colonisation n’est pas éludée, colonisation britannique différente de la française.
Afrique idyllique de la jeunesse et de l’enthousiasme du jeune couple que formaient ses parents au Cameroun avant la guerre.
Afrique plus violente au Nigéria où le médecin découvre que l’hôpital fait partie du dispositif colonial et que l’exercice de la médecine est dur et souvent désespéré.
Enfin, analyse de la guerre du Biafra sans concession pour les puissances ex-coloniales.
Est-ce un hasard? une coïncidence? les grèves, les manifestations, le feuilleton de Mordillat « Les vivants et les Morts », ce film qui raconte comment des ouvrières ont résisté aux licenciements en essayant de bâtir une SCOP. le peuple de gauche se réveillerait-il, redécouvrirons nous la solidarité après les années blin bling?
La réalisatrice donne la parole à ces ouvrières d’une usine de lingerie sous la menace d’une liquidation judiciaire. Au début elles sont perplexes. Se lancer ou non dans l’aventure. Rien n’est gagné. Persuasion, hésitations, elles parlent , elles se parlent, elles travaillent aussi. Jeunes vieilles, campagnarde ou chinoises ou Africaines.
Comme elles, on y croit à la SCOP. Si bien que le patron se manifeste, propose un nouveau plan. Est-ce lui qui a torpillé le projet? Ou l’indifférence des grandes surfaces. « Mais où sont passés nos petits clients? » se demande une ancienne. On n’a pas fait le poulet ni invité les moines qui auraient chassé les mauvais esprits, se lamente une asiatique…
Mieux qu’un documentaire, un vrai film avec des personnages attachants!