Rhodes : place Hippocratous

 

Nous nous sommes donné rendez vous sur la Place des Martyrs Juifs. De la Porte Arnaldo il faut suivre la rue Ermou pour arriver place Hippocratous puis la rue Aristotelou. Ce parcours antique me ravit !
La place Hippocratous est très belle : en son centre une fontaine turque, dans un coin l’escalier de la « Châtellenie ». la rue Aristotelou  est bordée de magasins. Tapis nappes sandales, sandales, éponges sont offerts aux regards donnant à cette rue un air de bazar oriental.

Rhodes : quartier juif

La place des Martyrs Juifs est bordée de beaux restaurants en terrasses et sur les toits aux murs jaunes ocre tranchant sur la verdure. Ce serait une place très agréable si on oubliait le monument : une colonne tronquée de marbre noir : sur chaque face un court texte en hébreu, ladino, italien anglais et français rappelle le souvenir des 1604 juifs de Rhodes et de Kos déportés à Auschwitz. Derrière cette place s’étendait le quartier juif.

Les visites de l’église sainte Marie du  bourg et de l’Hospice Sainte Catherine tournent court. Sainte Marie du bourg est vraiment très ruinée. Des ogives imposantes permettent d’imaginer les dimensions originelles de l’édifice. Une foule bruyante  se manifeste. Chacun veut se faire photographier devant la base d’une colonne. Un bateau en provenance de Haïfa s’est déversé ici. Comme d’habitude, les Israéliens s’interpellent à haute voix pensant que personne ne les comprend. Nous les retrouvons devant l’Hospice Sainte Catherine fermé. Le gardien bataille avec un nombre incroyable de clés. Enfin la porte s’ouvre sur a salle de réception des Chevaliers pour les hôtes de marque, belle pièce meublée (le pavement en mosaïque est protégé par un tapis). Dès que nous sommes entrées on nous chasse.

–    « Ce sera ouvert demain ! »
–    « demain nous serons loin ! »

Je fais d’abord une visite éclair à la synagogue – gâchée par la présence de ces touristes mal élevés. L‘un d’eux tient en main un livre de prières dans l’autre un téléphone.

Après avoir relu nos guides j’y retourne, bien décidée à visiter aussi le musée, la maison catalane et les rues adjacentes pittoresques passant sous des arches.

La synagogue est très belle très claire : arches romanes peintes, un beau plafond, des lustres aux pendeloques de cristal. Le musée présente des photos et des panneaux illustrés racontant l’histoire de la communauté juive de Rhodes, très ancienne. La présence des juifs est attestée dès le 2ème siècle. La première communauté « Romaine » s’était assimilée aux Grecs, écrivait en lettres grecques et avait adopté de nombreux mots et expressions grecs. Après 1492 , les Juifs séfarades vinrent se réfugier à Rhodes formant une nouvelle communauté. De la cohabitation avec les Chevaliers les panneaux ne disent pas grand-chose si ce n’est que les Turcs en 1522 furent accueillis avec soulagement. J’imagine volontiers que cette communauté eut un sort analogue aux autres de l’empire ottoman à Salonique, en Bulgarie à Istanbul ou ailleurs en Turquie. Toutes les photos du début du 20ème siècle me paraissent familières. A Rhodes aussi, l’Alliance Israélite Universelle avait ses écoles, les sionistes leurs adeptes : Israël est bien proche. Les costumes ottomans sont les mêmes que sur les vieilles photos de famille.  Les clichés n’ont rien d’officiel ; on monte la vie quotidienne, en maillot de bain, en vacances…je suis extrêmement émue. Penser que tout cela a pris fin brutalement comme à Salonique dans une guerre européenne si éloignée de ce décor du Proche Orient !

insomnie

Je ne sais si c’est le ronflement du ventilo, les trois cafés que j’ai pris dans l’après midi ou la peur de ne pas me réveiller au lever du jour avec la porte fermée mais j’ai eu une grande insomnie pendant laquelle revenait le souvenir des Juifs de Rhodes dont j’ai vu les photos. J’ai pensé à Mangeclous, Solal de Cohen à Vidal et les siens de Morin au duc de Naxos et à la Senora… à l’histoire de l’Alliance Israélite qui fait partie de mon roman familial, au livre de Julia Kristeva qui est dans ma valise. J’ai une envie intense de mieux connaître ce monde séfarade où plongent mes racines. Surtout la première partie du 20ème siècle quand la modernité et l’éducation positiviste en tout cas francophone de l’Alliance ont fait irruption dans le monde désuet de l’empire ottoman. Et jusqu’à l’extermination dans les camps où il m’apparaît clairement que le monde a perdu son innocence. Que tous les rêves optimistes d’alors : sionisme, communisme ont trouvé brusquement leurs limites. Ce n’est pas une idée rationnelle, bien sûr. Jamais le monde n’a été sans péché. L’esclavage, l’extermination des Indiens d’Amérique, le génocide arménien… ont sûrement marqué d’autres esprits pareillement.

Rhodes : quartier turc

Rhodes ville mosquée et basilique

 

Nous choisissons de passer par les rues tranquilles du « quartier turc » et nous perdons dans un dédale de ruelles troublées seulement de temps en temps par le passage d’une moto. La mosquée Ibrahim pacha est close.
La jolie église Aghia Spiridon est flanquée d’un minaret sur une place très calme, presque champêtre avec un beau cyprès et des arbres feuillus.

Sur la place voisine nous trouvons la mosquée Mustafa Djami et le Hammam. La mosquée est , bien sûr, fermée mais le hammam fonctionne encore. On nous invite à entrée. Hommes et femmes ayant des salles séparées, les bains sont ouverts à toute heure. Des piles de serviettes atendent les visiteurs. Des affichettes traduites dans toutes les langues expliquent que le hammam n’est pas u n musée mais une occasion pour une agréable détente et donnent le mode d’emploi pour ceux qui n’ont jamais fréquenté de bains turcs. Evidemment nous n’avons pas de temps à consacrer aux bains !

Nous descendons la rue Socratous bordée de restaurants et de boutiques de souvenirs, bondée de monde menant à la place Hippocratous.

La bibliothèque de l’Agha est un endroit très calme qui sent bon l’encaustique. Des gravures anciennes montrent le revers de la gloire des chevaliers : le rachat des captifs musulmans est rappelé comme le premier devoir d’un bon croyant. Ces esclaves avaient justement été faits prisonniers par les Chevaliers de l’Ordre de Malte qui ont pratiqué la piraterie jusqu’aux temps napoléoniens. Bibliothèque d’érudition mais aussi d’enseignement à une population turque alors, nombreuse.

Je suis un peu saturée de visites. Mon rêve serait de paresser à la terrasse de l’un des beaux cafés et regarder la foule passer. Pour une fois nous jouons les touristes pressées et avalons un feuilleté aux épinards

 

Rhodes : cimetière musulman

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Dernière visite à la Mosquée Murat Reis derrière la capitainerie.  Le cimetière musulman ouvre de 13 à 14H. Nous y trouvons le calme et l’ombre de grands eucalyptus. J’ai oublié d’aller voir la plaque de la maison de L Durrell. Dommage !
Nous rentrons sous la grosse chaleur du début de l’après midi. Je lutte contre le sommeil qui m’engourdit.

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Rhodes : Asklipio – invitation chez la voisine

 

De retour au village, nous sommes invitées au café par notre voisine Maria.

Depuis notre arrivé, elle nous adresse de grands sourires. Hier je l’ai entendue interpeller un voisin en anglais. Elle a vécu en Australie mais est revenue dans cette maison où elle est née qui appartenait à sa grand-mère et à la mère de sa grand-mère. Avant de faire le café elle m’invite à visiter sa maison. Les pièces sont beaucoup plus vastes que chez nous mais sont décorées avec les mêmes éléments : assiettes et broderies. Maria possède une véritable collection d’assiettes : des porcelaines anglaises bleues et blanches imitant les chinoises, des Limoges anciennes ainsi que des souvenirs de tous les pays où elle est passée. Les broderies, fort belles sont de sa propre main. Sa maison possède deux cheminées qu’elle n’allume jamais. Elle passe l’hiver à Rhodes dans sa maison de ville.
Une amie se joint à  nous. Elle vient de subir une opération du genou et se déplace avec une canne. Elle aussi est anglophone, elle a vécu aux USA, au Canada en Afrique. Les habitants d’Asklipio ont parcouru bien des pays mais sont attachés à leur village. Je remercie chaudement Maria de son accueil. Le plaisir de voyager est celui des rencontres. Les Grecs anciens ont fait des statues merveilleuses mais je préfère toujours rencontrer des Grecs vivants !

Rhodes : Kameiros

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Rhodes : Kameiros


 Kameiros est une des trois cités antiques de l’île de Rhodes.

Le feuillet imprimé distribué à la billetterie du site décrit une ville remontant à l’époque mycénienne. Les ruines visibles sont hellénistiques ou romaines. Le plan est celui d’une ville grecque : plan en damier. L’Agora et ses temples sont en bas. On s’élève dans les quartiers résidentiels jusqu’à l’acropole où s’élevait le temple d’Athéna. Les citernes antiques en hauteur sont bien visibles. Peu de monuments spectaculaires. Un temple a gardé une colonne unique. Le bassin des thermes est de taille très modeste. Deux habitations ont gardé quelques colonnes de leurs péristyles. Nous avons déjà visité des villes grecques mieux conservées. Le site est charmant. Au loin des îles se détachent sur la mer foncée. Les pins et les cyprès agrémentent d’une ombre fraîche notre promenade. De l’Acropole, nous avons une bonne vue d’ensemble. C’est donc une très agréable visite.

Mandliko


Le village de Mandliko est  spécialisé dans les cultures maraîchères. De nombreuses serres l’entourent. Les  tomates poussent en serre, hors-sol. On
pourrait croire que le soleil serait suffisant en Sicile, en Crète ou à Rhodes. Le plastique couvre des surfaces non négligeables. C’est bien dommageable pour le paysage mais aussi pour le goût. Ces tomates gorgées d’eau sont insipides. Peut être l’intérêt est- il ailleurs ? La fermière de Roscoff avait joué l’argument de l’écologie : dans une serre on peut réaliser des cultures intégrées, utiliser la lutte biologique plutôt que les pesticides. Qu’en est -il exactement ? Pourtant les tomates que nous avons achetéesches notre épicière d’Asklipio sont très grosses, bien rouges, rebondies, irrégulières loin des tomates cerises, tomates grappes et produits à la mode !Heureusement la plupart des cultures sont en pleine terre : aubergines, vergers de citronniers, pastèques. Enfin presque ! Une étroite bande de plastique court au pied des aubergines.

Au dessous de Mandliko, un tout petit port : filets étalés sur le quai jaunes, oranges, rouges et débarcadère pour le bateau des îles.
Kastello

Rhodes: Kastello, la côte ouest, Fourni


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Le château de Kameiros est distant de 4 ou de 5 km du site. A l’entrée une dame distribue un papier multilingue : elle s’occupe du château. En lui achetant des fruits nous contribuerons à l’entretien du monument. J’achète un sachet d’oranges 2€. Quand nous arrivons nous avons la surprise de découvrir des rénovations très avancées : ce n’est pas la cantinière qui a élevé des escaliers de marbre, relevé les murs, installé l’électricité.

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Le château dominant le rivage a fière allure. Les blasons des Maîtres de l’Ordre décorent l’imposante muraille. A l’intérieur de l’enceinte, il ne reste pas grand-chose. Le panorama est à couper le souffle. Juste sous nos pieds, battant les rochers blancs une mer turquoise, plus loin un archipel de 5 ou 6 îles et îlets sont disséminés, îlots rocailleux secs qu’un beau bateau blanc relie à la côte.

Il est midi après la visite du kastello. Un écriteau « plage » nous conduit à une mignonne petite crique enserrée dans du calcaire blanc à la stratification surcreusée: une plage minuscule de gravier gris. Pas de parasols. Sous l’ombre légère de 5 tamaris se regroupent des familles mais il y a une cabine pour se changer et une douche d’eau douce. Une taverne de poisson domine la plage, juchée sur un rocher. Peu ou pas de touristes : des familles grecques avec des grands-mères et des petits enfants L’eau est très claire, les poissons nombreux. La baignade est délicieuse.

Le pique-nique s’accommoderait d’un peu plus de confort. Nous espérons trouver une plage aménagée. Un peu plus au sud le guide Michelin a sélectionné les plus belles plages de l’île. La distance est plus grande que prévu. Nous roulons dans des montagnes couvertes d’épaisses forêts de pins et parfois d’oliviers. Cette côte ouest est vraiment sauvage. Peu de villages. Pas de parking. La route suit une très haute corniche loin au dessus du rivage.
Glyfadas. Il faut descendre 5km pour trouver des plages désertiques un peu sales. Ce n’est pas ici que nous mangerons. On pourrait se baigner mais ‘heure du repas est dépassée.


Nous avons perdu 20minutes et retrouvons la route en corniche qui traverse le village de Siena réputé pour son miel et son « ouzo » d’après Michelin Bleu. Ce village attend les touristes avec des boutiques tapageuses ses pendillocheries de mauvais goût, ses tapis mécaniques « faits main » et ses articles de toc en provenance d’Asie. Cela ressemble à un guet apens. L’ouzo n’est pas de l’ouzo mais du souma : un alcool très fort dont la distillation est interdite ailleurs en Grèce. Au village de Monolithos, même « spécialités » A la sortie nous apercevons le château sur son rocher unique (monolithos) beaucoup plus ruiné que le kastello ou que celui d’Asklipio, un peu décevant. Juste après, nous trouvons un parking ombragé « avec vue » pour notre salade de thon. Au loin, on devine de belles plages de sable. Nous arrivons peu après à Fourni ; petite baie entre une falaise blanche et une grosse dalle calcaire claire inclinée. Jolie plage, peu d’installation : une vingtaine de parasols discrets un petit restaurant sous un auvent avec des nappes à carreaux. L’eau est agitée de vagues et un peu trouble à cause de cette agitation. Baignade agréable mais courte.

Rhodes : Lindos


Lindos est admirablement bien située ; au nord, une petite baie ronde enchâssée dans des rochers arides : une plage de sable clair à l’eau turquoise. Une colline domine le petit village blanc l’Acropole antique, fortifiée au Moyen age. Au sud, un autre petit port naturel dit Port de Saint Paul qui y aurait débarqué.

8 heures. Parking facile en dehors de la ville interdite aux voitures, prix unique à la journée. La ville basse est encore endormie, les magasins, fermés. Nous nous promenons dans les rues désertes.
Asension à l’Acropole

Vers 9 heures, je monte à l’Acropole. Nos guides donnent tous une description inquiétante de l’ascension  qu’il faut impérativement effectuer avant 10heures avec chapeaux et casquettes. Les marches sont très bonnes, sur le versant nord, donc à l’ombre. Les marchandes de nappes brodées  et de dentelles sont en train de déballer leur  marchandise sur les rochers. En moins de dix minutes, j’arrive à la billetterie (il faut croire que les rédacteurs des guides ont été soudoyés par les âniers !). Je présente mon attestation professionnelle, l’employé ne lit pas le Français et me demande ce que c’est. « Professeur », je lui réponds en Grec et passe gratuitement.

A la base du grand escalier, sculpté dans du calcaire gris très fin, lisse comme du marbre, un bas relief représentant la proue d’une trimolia (trirème) (180 av JC). L’escalier conduit à une porte dans la muraille du château déjà fortifié par les Byzantin et restaurée au 14ème siècle par les Chevaliers. Ici encore, s’entremêlent les différentes histoires.


Acropole

Sur l’Acropole règne une atmosphère de chantier. Une grue moderne a été montée ; sous des parasols beiges, des tailleurs de pierre en salopette verte s’affairent à remonter les colonnes du temple d’Athéna. Une colonne devant l’escalier monumental (propylées ?)paraît toute neuve. C’en est presque choquant. En observant mieux, je remarque que chaque colonne possède au moins un tambour d’origine – au moins un mais rarement plus. Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur ces restaurations . Ici, un peu de patine ne nuirait pas.

le village de Lindos

Trois quarts d’heures plus tard, les boutiques sont ouvertes, les murs blancs couverts de marchandises. Généralement je qualifie tous ces vêtements de « pendillocheries ». Ici, c’est élégant, crépon blanc, modèles plus classiques, d’autres contemporains en passant par la blouse folklorique. Classe mais cher. Malgré la présentation, nous ne sommes pas dans les souks orientaux. Les prix sont étiquetés en €. Ce sont plutôt ceux de la Baule ou de Saint Tropez. Le jus d’oranges pressées est à 2€ minimum. Je suis ravie de trouver Le Monde. Comme nous n’avons pas la télévision, nous n’avons aucune nouvelle de la marche du monde depuis une semaine.

En s’éloignant de la place et du centre de Lindos, je découvre des ruelles charmantes. Murs éblouissants, portes sculptées. Je voudrais photographier tous les blasons, les plaques décoratives des « Maisons des Capitaines ». Certaines maisons sont en pierre blonde d’autres ont été chaulées. La plus belle, la plus décorée a été transformée en café. Une ardoise prévient : « les photographies sont réservées à la clientèle ». Motifs antiques : un petit satyre jouant de la flûte de Pan. Motifs classiques : fleurs de lys et blasons. Motifs maritimes : cordages et nœuds. mais aussi animaux et fleurs. Influence ottomane dans le dessin. Il en résulte une grande diversité.

Les ruelles en pente sont parfois coupées de marches. D’autres tortillent. Des arches enjambent les rues. Les bougainvilliers dégoulinent au dessus des porches. Je prends photo sur photo. Le travail sera ensuite de choisir, d’éliminer les doublons, de ne garder qu’un nombre raisonnable de clichés.

L’église est intéressante. Comme souvent, un haut campanile  aérien de pierre blonde accompagne  l’église blanche et basse. La surprise est à l’intérieur, peinte à fresques. Pas un cm qui  ne soit inoccupé. Je pourrais passer des heures à déchiffrer les inscriptions grecques (plus difficile qu’il n’y paraît) à reconnaître les personnages, anges archanges, prophètes, évangélistes, saints…Qui est donc ce saint à tête d’animal – on  dirait Anubis ? Curieusement la Cène se déroule autour d’une table ronde. L’ordre de présentation des scènes me déroute. La Genèse voisine avec la Cène. Sur le mur opposé Adam et Eve sont près de la Crucifixion. L’iconostase brille pleine de dorures. C’est un peu frustrant de savoir que derrière se trouvent encore des fresques invisibles pour nous.

Les ânes se succèdent portant leur fardeau de touristes à la montée et en cavalcade à la descente, à vide ou chevauchés par l’ânier. Un préposé au crottin balaie derrière eux sans répit. Les ânes rajoutent au folklore local mais la montée à l’Acropole ne justifie pas les 5€. D’ailleurs, la plupart des cavaliers sont des jeunes ou des enfants tout à fait capables de monter les marches.

A 11 heures, toute la foule est arrivée. Il faut très chaud. Je rêve d’une baignade. La jolie plage arrondie bordée de parasols blancs commence à, se remplir. Les baigneurs sont debout dans l’eau turquoise qui leur arrive à la taille. Plage idéale pour les enfants mais je sais que sera décevante. Il faudra aller loin pour pouvoir nager.

Rhodes : au village d’Asklipio le matin


Il a vraiment fait très chaud hier mais ce matin est très frais. Pas de visite touristique au programme. Je peux dessiner le village dans la fraîcheur du matin.

Comment traduire sur ma feuille l’enchevêtrement des maisons adossées à la colline qui s’incurve en formant un amphithéâtre. La chaux donne une impression d’unité. En observant attentivement je constate une grande diversité dans la forme des portes, arrondies en arches, petites rectangulaire. Différentes couleurs aussi : le bleu s’harmonise le mieux avec le blanc mais de nombreux volets sont marrons ou gris ou beiges.  Des rajouts de tuiles rondes agrémentent les maisons les plus cossues, auvents et porches arrondis, même des balustres prétentieux. Bizarrement les auvents et les tonnelles sont rares

 Sur notre terrasse, il n’y a aucune ombre. Maria, la voisine n’en a qu’après 19h. Grand variété des cheminées. J’en compte une bonne dizaine de modèles. Ma préférée est la girouette en forme d’oiseau, version métallique de la cocotte en papier, tôle noire repliée. On peut rajouter au décor : antennes-râteaux, paraboles, chauffe-eau solaires sur leurs capteurs. Poteaux et fils électriques qui s’entrecroisent. Tout ce bazar est plein de charme. Ici on décore le ciment de la rue de fleurs ou de vagues à  la peinture blanche. On balaie sa rue aussi. Ce matin, un cafard est venu crever chez nous. Je l’ai sorti à coups de balai. Comme Maria était sur sa terrasse, je lui montre la blatte que les fourmis ont dévorée. Elle m’a pris mon balai des mains et a balayé les mégots qui jonchaient le ciment.

Le matin, le village est calme. Dès 6h on entend des pas pressés dans les ruelles, vers 7 heures des voitures qui démarrent. Le soir, en revanche, j’ai l’impression d’être dans ma loge pour regarder le spectacle du théâtre quotidien. D’une terrasse à l’autre les femmes s’interpellent, ou dans la rue. Qui est donc cette Anna qu’on appelle si souvent ? Et Alexia ? Brusquement je saisis une phrase entière. C’est que Maria parle en anglais. Les Grecs passent d’une langue à l’autre de manière imprévisible. Le village s’est rempli, pour les vacances d’émigrés australiens et américains. Ce ne sont pas des touristes. Mes efforts pour parler Grec sont donc dérisoires et je n’ai pas ouvert le manuel  de conversation que j’avais apporté. Curieusement les terrasses et les toits sont constellés de paraboles et d’antennes mais on ne voit pas la lueur bleuâtre des écrans de télévision. Peut être la regarde-t-on enfermé derrière d’épais volets ou préfère-t-on vivre dehors l’été?

Chez l’épicière, en achetant nos hamburgers quotidiens (O, 45€) et des courgettes, je craque devant la halva aux pistaches que je lorgnais depuis une semaine. Je la compare au souvenir de celle d’Egypte. Identité des goûts autour de la Méditerranée Orientale. Je fabrique avec bonheur une salade grecque : tomates concombres et poivrons sont les cadeaux de la propriétaire fêta et olives viennent de l’épicerie.

Rhodes : lecture (Durrell )à la plage de Plimmiri

 


Nous sommes retournées à Plimmiri s.. Encore une fois nous nous sommes perdues à travers la campagne où on bottelle la paille après avoir moissonné le blé.

Sous le même parasol, la journée s’écoule tranquillement entre baignades et lectures. Je viens de commencer la Vénus de la Mer de L. Durrell. Je lis Durrell avec le même plaisir renouvelé. Son univers, l’empire britannique sur le déclin, a bien disparu. Les cartes ont été redistribuées. J’ai découvert récemment que son Alexandrie avait disparu. Son humour, son amour de la Grèce ne se démodent pas.

L’eau est fraîche. Je nage avec l’impression d’être entrée par effraction dans l’aquarium des poissons. Je n’ose pas les déranger, je nage en faisant le moins de gestes possible. Végétales ou animales ? ces touffes qui s’accrochent au rocher et que broutent avec application les bancs de poissons transparents. Les poissons de sable sont discrets, un mouvement de queue révèle une rascasse horrible. Je suis contente d’avoir mes sandalettes en plastique. Son épine est venimeuse.

Rhodes : naissances dans le buisson des lys

 

Rhodes Askliopio : le lys devant la maison

Valises, derniers rangements.
J’arrose une dernière fois le lys tigré magnifique qui orne la cour qui forme un buisson fourni. Je n’en ai jamais vu d’aussi beau. Ses extrémités foisonnent en bouquets de boutons. Les fleurs écloses sont des pétales enroulés sur eux-mêmes et d’énormes étamines qui libèrent un pollen rouge brique abondant. La première fois que je me suis tachée je croyais avoir posé le sac de plage sur de la terre rouge. Nous n’avons compris qu’après. Ce buisson magnifique me fascine. Je l’ai peint et dessiné à plusieurs reprises. J’en prends donc un soin particulier.

Alors que je l’arrose avec le tuyau, des petits cris se font entendre comme un oiseau tombé du nid. J’écarte les branches. La chatte tigrée est blottie, toute mouillée et avec elle, un chaton nouveau-né qui couine. La mère ne fait aucun mouvement qui la trahirait elle supporte le jet sans protester. J’appelle Maria qui a peur de s’approcher. La chatte peut attaquer. Elle nous conseille de ne rien faire.

Ici, on ne jette pas ses restes à la poubelle : on les met sur le ciment de la rue pour les chats. On peut ainsi butter contre un plat de spaghetti. Les chats sont nombreux. Les pâtes ne resteront pas longtemps. Durrell raconte que pendant la 2ème Guerre mondiale, à cause de la famine les chats avaient disparu de Rhodes. Devant l’invasion des rongeurs on a dû en importer de chypre. En 1945, quand l’écrivain a débarqué ces animaux étaient encore rares et ils étaient conservés avec soin. On les attachait aux portes avec des ficelles. Justement, à Chypre nous avions visité un monastère consacré aux chats qu’Hélène avait apportés au 4ème siècle et qui depuis se sont multipliés.