9h30, arrêt-photo au chapeau de Napoléon. La route d’Aït Mansour est sur la gauche presque en face de la piste des Roches peintes. Elle s’élève très apidement en lacets très serrés sur la montagne granitique aux reliefs arrondis. Les grosses surfaces polies rondes sont ravinées de rigoles et ressemblent à de grosses écailles. Très peu de végétation à part les amandiers défeuillés. Je suis bien inquiète pour eux. La sècheresse les a-t-elle tués ? De rares bourgeons qui commencent à fleurir me rassurent. La floraison a lieu normalement en février. Le soleil est éblouissant. Impossible de cadrer les photos, je photographie au hasard et j’effacerai tout après.
Canyon gorges Aït Mansour
Nous parvenons sur une sorte de plateau avec des bosses proéminentes. Deux ou trois villages se tassent dans un creux. Puis la route redescend comme à la montée en épingles à cheveux. Heureusement nous sommes seules sur la route. Nous descendons dans un étroit canyon. Les lauriers roses soulignent le cours de l’oued avant qu’on ne voit de l’eau. Quelques palmiers aussi.
Gorges Aït Mansour
Dominique suit la route en voiture tandis que je marche, elle m’attend. Dans la palmeraie cette promenade est un enchantement dans la verdure, à l’ombre des palmes. La végétation est variée : palmiers, grenadiers, figuiers, caroubiers, arganiers qui donnent de l’ombre à de petits jardins clos. Les oiseaux et le murmure de l’eau m’accompagnent. Cette palmeraie est habitée : les maisons s’accrochent discrètement aux parois du rocher. Un restaurant panoramique est annoncé par un panneau mais il est bien caché. Au deuxième village, en face d’une petite épicerie tenue par des femmes en noir, il y a quelques tables d’un restaurant de plein air sous une tonnelle dans un jardin. Je commande une omelette berbère pour 13h.
La voiture fait un vilain bruit en sortant d’un parking. La roue avant droite est complètement à plat. Par chance, survient un jeune couple. Le jeune homme, Mohamed, grand et débrouillard change la roue en 5 minutes. Cette panne met fin à ma promenade enchantée. Nous rentrons directement à Tafraout au garage.
Mercredi, jour du souk à Tafraout. Il y a beaucoup de monde. A côté du souk j’avise un réparateur de cycles et de pneus. « Revenez dans une demi-heure » dit le vieux monsieur. Le prix ? cela dépendra de la crevaison. » 50 dh par trou ». Dit Bouchra notre logeuse. Effectivement « un trou, un clou, 50 dh » dit le vieux monsieur à qui je tends 100 dh qui m’en rend 50 dh. Le prix marocain !
PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS
La piste a été goudronnée, c’est une jolie route déserte dans la montagne où personne ne passe qui traverse des montagnes désertes. Nous passons sous deux greniers fortifiés les ruchers sont bien visibles, en dessous il y a juste un village de terre abandonné.
Juste après le village abandonné, vous avisons un terrain de foot et caché, un village de ciment bien habité. Sur le bord de la route les marchandises d’un droguiste sont étalées par terre.
Village abandonné
Nous montons dans un canyon, de plus en plus étroit. Sur le plateau des femmes avec des hottes et des baluchons portent des fagots de bois. Le GPS nous aide à trouver la bonne direction sur une route plus large passant par des villages entourés de terres labourées.
Village neuf
Igli a de grosses maisons en ciment. Nombreuses possèdent une éolienne et un petit château d’eau cubique, un mur entoure les vergers. Les arganiers ont disparu, à la place poussent des oliviers irrigués au goutte à goutte.
On se rapproche des montagnes pourpres, presque violettes, déchiquetées, pittoresques. Je m’arrête pour dessiner à Dar-el-Manouzi .
Des grosses maisons sont peintes en rose avec de jolis auvents de tuiles vernissées.
La P107 descend avec de nombreux virages. D’anciennes terrasses abandonnées.
En altitude, les arganiers ont disparu. Les amandiers sont défeuillés, est-ce leur tenue hivernale ou la sécheresse ? Les genets font de grosses touffes vertes.
Tafraoute
Tafraout
Je reconnais Tafraoute à ses roches granitiques, on passe près d’un vaste chaos avec d’énormes boules roses sur l’arène blanche et brillante. Les rochers ont des formes bizarres. Le « chapeau de Napoléon » ressemble à un doigt levé de l’amont et à un bicorne côté de la ville
L’arrivée en ville est très soignée : haie d’honneur de palmiers et luminaires. Je suis un peu déçue par le centre-ville. Dans mon souvenir, c’était un village tranquille. Maintenant c’est une petite ville très touristique avec de nombreux hôtels, trois stations-service Afriqiah, 4 banques, des supermarchés puis tout le bazar habituel de quincaillerie et matériel de construction.
Notre maison d’hôte Tigmi Ozro est à l’écart. C’est une belle maison à l’arrière d’une courette fleurie. Bouchra, notre hôtesse me montre l’appartement qui est bien en rez de chaussée mais qui a des marches dont une à l’entrée de la salle d’eau mesurant 25 cm. Infranchissable. Le petit appartement est chaleureusement décoré avec de nombreux tapis dans les teintes rouge-orange. Une cuisine, une salle à manger et la chambre.
A peine installées, nous gagnons une des attractions de la région : Les Roches Peintes.
Roches peintes
Route P107, devant le Chapeau de Napoléon puis à la sortie de la ville prendre à droite une piste. Un chaos granitique a été recouvert de couleurs criardes : bleu intense, rose bonbon jaune, orange. Land art : une intervention du plasticien belge jean Veramme en 1984 avec l’aide d’une brigade de pompiers. Des cacas rose et bleus défigurent le chaos granitique. Tous les beaux empilements ont été saccagés et comme il pleut rarement à Tafraout cette peinture n’est pas près d’être délavée. J’ai bien peur qu’elle y reste pour l’éternité. Autant les labyrinthes de maïs ou les moissonneuses près de l(A6 dans l’Yonne écrivant DISTRIMIX m’amusent, autant ce saccage permanent me choque.
Nous sommes retournée à TandiltChez Yasmina voir la maison d’hôtes où nous avions séjourné autrefois.
Fan absolue de Kapka Kassabova quim’a envoûtéeavec Lisièrepuis avec L’Echo du Lac ! J’ai attendu avec impatience la sortie de ce troisième opus et voilà que Babélio m’a donné le privilège de le découvrir, merci à Babélio et à l’éditeur Marchialy!
L’autrice m’a donc embarquée pour un voyage dans la vallée de la Mesta, fleuve encore sauvage en Bulgariecourant entre les trois massifs des Rhodopes,de Rila et du Pirin à la frontière de la Grèce et de la Macédoine du Nord. Nous avons visité ces villages il y a une dizaine d’années et j’ai trouvé des réponses aux questions que je me suis posée alors.
« C’est quoi, ce livre que tu écris?
– Ca s’appelle Elixir, répondis-je
– Elixir
-Ca raconte comment les hommes le cherchent sans le trouver. »
Ce n’était pas gagné : j’aime bien herboriser pour le plaisir de la découverte des végétaux mais je ne fréquente pas les herboristes, ni les guérisseuses et je me méfie des médecines « alternatives ». Je suis accro au café italien, je bois volontiers du thé mais je déteste verveines, rooibos, et autres tisanes.
La magie de l’écriture a opéré : Kapka Kassabova détaille les usages et les bienfaits des plantes, fleurs, racines, feuilles, tout a des vertus curatives, mais surtout, elle nous fait partager des rencontres rares avec des personnalités extraordinaires, femmes et hommes détenteurs d’un savoir millénaire, la science des plantes médicinales. Cueilleurs d’herbes, de champignons, de baies qui parcourent à pied la montagne et en connaissent les secrets. Hommes simples, Bulgares ou Roms, qui traversent l’Europe pour les asperges, les fraises ou tout autres cueillettes.
Je découvre les Pomaks, musulmans mais non turcophones, dont les femmes portent encore les sarouels traditionnels. Minorité oppressée pendant le Régime communiste, qui exigea de changer leurs noms, leurs costumes. Islamisés depuis des siècles mais héritiers des Bogomiles chrétiens proche des Cathares, islam soufi plutôt clément pour les femmes.
Syncrétisme aussi. Ces populations encore très proches de la nature vénèrent des sources, des pierres investis de pouvoirs miraculeux. Tous sont sensibles à la nature encore sauvage des montagnes, à l’influence de la lune, à l’émerveillement des nuits étoilées. Histoires byzantines. Traditions antiques de ruines Grecques ou romaines encore visibles. Le mythe d’Orphée est aussi présent. Pouvoir magique de l’eau, des bains, romains, turcs ou thermaux qui réunissent encore les habitants de ces vallées et que nous fait partager l’autrice.
Chaque rencontre avec les babas guérisseuses, gardiennes des pierres magique, est une surprise. On fait aussi connaissance avec un spécialiste des herbes, un masseur aveugle, un éleveur de chevaux, des bergers, des chasseurs de trésor… Chaque fois Kapka Kassabova fait surgir des personnages originaux. Elle ancre leur histoire dans les légendes ou dans le contexte politique. Tout n’est pas idyllique, la vallée se dépeuple. l’exode rural après l’abandon de la culture du tabac qui était la richesse de la vallée. Déjà, du temps du communisme on a essayé d’exploiter ces forêts et ces montagnes
« Des pancartes de l’ère communiste pendouillaient au bout de clous brisés :
« DU COMBAT CONTRE LA NATURE, NOUS SORTIRONS VICTORIEUX »
Mon guide sourit tristement : « Ils ont échoué mais pas assez »
Les villages se vident inexorablement, peu de jeunes dans les habitants permanents. Ce sont des vieux qui maintiennent les techniques et les savoirs traditionnels. L’autrice note :
» quand un village perd ses spécialistes de la terre il devient un village vide. il se mue en station touristique ou en banlieue satellite »
Même si je ne l’ai pas suivie sur le terrain des saintes et des miracles ou des voyantes, je me suis laissé entrainer par Kapka Kassabovadans ce voyage avec grand plaisir!
Au départ, quelques appréhensions, 300 m de dénivelées sur un sentier en zigzag. Hassan est ponctuel mais il a oublié le bâton que je lui avais demandé. Dans un tas de feuilles de palmier, il trouve la tige qu’il me faut, casse la bonne longueur et frotte le bord épineux contre un rocher : la Préhistoire ! Il est parfait souple léger et résistant et va bien m’aider dans la montée.
Hassan est habillé de bleu, chèche bleu, djellaba bleue, l’uniforme des guides dans le sud marocain.
Le sentier muletier est confortable, assez large, terreux. De temps en temps Hassan fait une pause pour commenter le paysage. Dans les jardins on a semé du blé, par an trois récoltes de blé alternées avec d’autres cultures. Carottes, navets, oignons sont à l’intention des habitants d’Amtoudi qui se partagent les récoltes et font sécher les carottes et les navets sur les toits. Hassan a téléphoné au gardien du grenier qui nous attendra à l’arrivée.
41 minutes de montée, je suis dans les temps !
Sur le toit du grenier : abreuvoirs et Hassan
L’Agadir d’Amtoudi, Agadir Id Aïssa a été construit dès le XIIème siècle. C’est un grenier communautaire où les habitants mettaient à l’abri tout ce qui était précieux : leurs récoltes, l’huile, l’argan, les amandes et les ruches. A sa construction, ils habitaient des tentes et ils étaient vulnérables aux razzias des tribus qui venaient en masse et emportaient tout ce qu’ils pouvaient emporter : tentes et tapis, animaux, nourriture… Perché sur le sommet, gardé par les gardiens qui pouvaient prévoir les attaques de loin, il était inexpugnable. Chaque famille possédait une case fermée par une porte et un cadenas. Il y en avait 75 de taille variable, certains avaient même la taille d’une petite pièce, d’autres plus petites. Aérées par une ouverture, fermée par une porte de palmier. Souvent une chatière a été pratiquée pour éliminer les rongeurs. On stockait l’huile dans des jarres.
Rucher
Un petit musée réunit les objets usuels, moulin à argan ou à farine, vaisselle, plats à tagine, serrures variées : traditionnelles en bois percées de nombreux trous la clé portait le même nombre de pic et ressemblait parfois à une brosse à dents.
Petit musée : calebasses et théière
Sur une terrasse on a construit des abreuvoirs pour les ânes et mulets. On a même pensé aux oiseaux avec cinq cupules, mini-abreuvoirs ou baignoires. Un peu plus loin, le rucher avec des cases où l’on rangeait les ruches cylindriques en fibre de palmier tressée. Le miel se récoltait par le fond, ouvert. A côté des ruches cylindriques, un petit panier de même forme était destiné à la conservation des dattes.
Le toit est enduit d’une pellicule blanche bien lisse avec des trous pour récupérer chaque goutte de pluie dans une citerne. Des gouttières verticales canalisent l’eau.
Toit du grenier et tour de guet
Les tours des gardiens, aux extrémités, sont crénelées décorées en gradin.
Les villageois ont utilisé ces greniers jusqu’aux années 60. Ils habitent des maisons en dur et les razzias ont cessé mais les habitudes de solidarités et de partage sont vivaces chez ces berbères.
La descente sur l’autre côté est plus facile que la montée au-dessus du camping. Nous arrivons à la maison de Hassan qui appelle sa fille apportant un pain rond et une boite de filets de maquereau.
La seconde promenade a pour but les sources et les piscines naturelles.
Piscine naturelle
Nous marchons dans le lit de l’oued dans un canyon très profond. Un ruban de ciment court dans l’ombre des palmiers, arganiers et caroubiers. Il y a également des figuiers qui ont très peu de feuilles et des grenadiers aux feuillage jaune. Le chemin de ciment conduit à un village Aglaoui – village sans voitures, les ânes suppléent aux vélos et mobylettes.
Après le village nous descendons dans le lit de l’oued. Le sentier se fraie un chemin dans la végétation exubérante. L’eau coule dans un canal de ciment. Nous arrivons sur une sorte de plateau d’aiguillage pour les rigoles. On bouche un canal et l’eau prend un autre chemin.
Le canyon se resserre et tourne. Dans le cirque des stalactites se déploient le long de la falaise. Le parcours devient sportif. L’eau devient de plus en plus abondante. Il faut grimper sur de gros rochers arrondis et lisses – heureusement bien secs -mon bâton m’aide bien à sauter de pierre en pierre dans les gués. Puis des marches, et à nouveau de l’escalade pour découvrir une première piscine, une cascade et une grande et belle piscine naturelle où nagent des truites. A nouveau des rochers à franchir, on marche sur une arête qui surplombe l’eau, il ne faut pas avoir le vertige. On retrouve un nouveau bassin, à la surface de l’eau des points de lumière qui dansent comme des étoiles.
On pourrait continuer encore et encore dans le canyon long de 14 km…se baigner.
Agadir Aglaoui
Agadir coiffant un piton
Comme perché sur une colonne, le deuxième agadir coiffe parfaitement le rocher. Du canyon, il parait moins haut que l’Agadir d’Amtoudi mais le sentier qui traverse un pierrier est beaucoup moins confortable. Les pierres pierre, de grosses frites, bâtonnets aplatis aux arêtes aigues, bougent sous mes pieds et je m’essouffle un peu.
Pause pique- nique l’ombre d’un petit arganier malingre. Hassan sort du sac des oranges, une tomate, un poivron et un oignon qu’il détaille finement dans une assiette. Il assaisonne avec l’huile des maquereaux. Il sort le pain d’un torchon à carreaux. Oranges et pommes pour dessert. Comme je suis assoiffée (je n’ai pas pris d’eau) je dévore les oranges.
C’est l’heure de la prière. Le chant du muezzin est réverbéré par la falaise qui l’amplifie et revient en écho. Impressionnant !
L’agadir Aglaoui est daté 1015, il a été restauré entre 2006 et 2014. Un panneau explique qu’il s’est développé en colimaçon autour du rocher. Plusieurs époques de construction se sont superposées. Chaque fois la topographie a dicté la construction qui l’épouse parfaitement. La progression dans els étages inférieurs se fait dans le noir, il faut allumer la torche du téléphone. Mes lunettes de soleil sont un véritable problème, avec, je suis dans le noir, sans je ne vois plus rien. Un couple d’Allemands a le même souci, cela nous fait bien rire. La montée d’un étage à l’autre se fait à la force des brasn je pose mon téléphone et me hisse. La descente est plus acrobatique : des « marches », lames de roche cimentées dans le mur sont bien prévues pour les pieds mais pour des gens nettement plus grands que moi. J’aimerais bien me débrouiller seule mais je suis forcée d’accepter l’aide d’Hassan.
Le sommet, blanc et lisse comme dans le premier grenier est de toute beauté avec les courbes, reflets des courbes du canyon ; Il révèle l’harmonie de l’architecture.
Hassan propose une quatrième promenade pour voir des peintures rupestres, c’est un peu loin il faut prendre la voiture. Il est déjà tard, ce n’est pas raisonnable.
PLAGES DE L’ATLANTIQUE – MONTAGNES DE L’ANTI-ATLAS
Strates colorées dans le désert près d’Amtoudi
De Mirleft à Amtoudi : 156 km
A l’aventure à travers les montagnes, nous empruntons la route du village d’Ali et la randonnée jusqu’au petit col d’où l’on découvre toutes les plages de la côte. Le paysage est somptueux avec les lignes de crêtes. Le GPS avait proposé deux itinéraires, l’un par Tiznit, un autre par Sidi Ifni et Goulimine. Nous passons outre : notre petite route est bien goudronnée, la circulation est inexistante et c’est une belle promenade. Le GPS s’adapte ensuite, tant mieux parce que la signalisation est en arabe et en tamazight !
En gagnant de l’altitude le paysage reverdit un peu, il y a quelques oliviers. La P1907 traverse une plaine finement labourée avec de grands arganiers. Les puits sont cimentés où se dirigent des petits ânes chargés de bidons. Nous rejoignons ensuite la P1903 qui vient de Sidi Ifni et passons l’oued Tiguini, puis une montagne boisée. P1911 : chantier important ; on construit quelque chose d’énorme route ou barrage hydraulique, impossible à définir.
Nous rejoignons la N1 (Casasblanca – Agadir – Dakhla) près de la petite ville d’Akhasss, aux arcades ocre-rouges. Les commerces sont tous fermés (c’est dimanche). A la sortie de la ville, un tracteur laboure – première manifestation de la mécanisation depuis Massa et les serres. La grande route descend une sorte de défilé avec de nombreux virages entre des versants où la roche est à nu et tous les arganiers morts desséchés. Sur cette route importante circulent de nombreux cars qui assurent la liaison Casablanca Laayoune ou Dakhla, de gros camions aussi. Ce n’est pas le trajet le plus agréable mais on avance bien. 25 km jusqu’à Bouizarkane (altitude 613 m, 14.000 ha) dans une plaine vide au pied de chaines de montagnes imposantes. Au pied des montagnes les villages qui se blotissent sont entourés de verdure. Aux alentours de Timolay, les moulins à huile se succèdent.
A l’entrée de chaque agglomération, la Gendarmerie Royale installe un barrage. Nous sommes toujours passées sans encombre, mais à l’entrée de Timolay, on nous fait signe. « Papiers du véhicule, permis de conduire, passeports ! – vous êtes en infraction de vitesse ! ». Incrédule, Dominique explique qu’elle ne peut pas descendre du véhicule. Arrive le chef. « Ce n’est pas vrai ! » Le chef montre son téléphone, 75 km/h au lieu de 60 en agglomération. Il est vexé de la contestation puis temporise « c’est une figure de style ! » Amende 150dh à payer immédiatement. Il consulte le fichier, c’est notre première contravention, pardonnée !
Après Timolay, les euphorbes ont complètement disparu, il reste seulement quelques buissons desséchés épars sur le cailloutis. De chaque côté de la route les strates des massifs montagneux sont visibles avec des couleurs variées, des petits bancs plus durs en relief. On pourrait dresser la carte géologique à la jumelle. Géologie et technicolor. Bancs ocres, marnes vertes plus tendres, la lumière fait chatoyer les couleurs : un versant à l’ombre, est plus mauve, en face plus doré.
Ifrane-Atlas- Saghir (12.000 ha) est précédée par des ruines mal définies.
Selon Internet c’est le lieu d’une communauté juive importante et d’un pèlerinage
« Selon la tradition orale, Ifrane Anti-Atlas serai la plus ancienne présence juive au Maroc. Les israélites ont quitté la Palestine au temps de Nabuchodonosor, roi de Babylone après la première destruction du temple en 587 av.J.C. Ils traversèrent l’Egypte et la bordure septentrionale du Sahara, puis parvinrent au rivage atlantique de l’Anti-Atlas en 361 avant Jésus-Christ et s’installèrent en premier lieu dans les grottes en bordure de l’assif (rivière) Ifrane, et ce, après qu’ils aient pu acheter l’autorisation de s’installer aux autochtones amazighs.
Point stratégique important pour le commerce des caravanes soudanaise, le Mellâh d’Ifrane est devenu prospère entre le 18ème et le 19ème siècle sous l’influence de Tassourt (Essaouira / Mogador ____ Le Rabbin Youssef ben Mimoun (qui serait mort en l’an 5 av.J.C.) fut l’un des plus vénérés saints juifs dont la réputation attire encore aujourd’hui chaque année des touristes juifs venant des quatre coins du monde.
Dans les années soixante les derniers juifs ont quitté Ifrane en direction d’Israël, les vieux du village se souviennent encore des adieux pénibles car -loin de toutes considération religieuse ou autre- ces juifs berbères faisaient tout simplement partie de l’histoire et la culture d’Ifrane d’Anti-atlas, ils avaient vécu avec eux dans la paix le respect et la fraternité… Aujourd’hui, des pèlerins continuent à venir vénérer les tombes des saints enterrés au cimetière. »
C’est jour de marché à Ifrane. Le souk occupe toute la rue principale. Toute sortes de marchandises sont exposées sur les trottoirs et même sur la chaussée : grillage, plomberie, arbres en motte prêts à être plantés : oliviers, orangers, paille dans les ruelles adjacentes et, derrière, des animaux moutons et chèvres. Ce marché me fascine mais je n’ose pas descendre de voiture : il n’y a que des hommes et je suis en T-shirt bras nus. Deux femmes très élégantes nous expliqueront plus tard que « le matin c’est le marché des hommes, l’après midi le marché des femmes ». Elles se sont apprêtées pour le « marché des femmes » leurs voiles sont très colorés et à ramages, elles en superposent plusieurs. Autour de la tête, un linge fin et blanc qu’elles remontent pour cacher le bas du visage et la bouche.
Le marché occupe si bien la chaussée que nous ne savons plus où nous diriger quand le GPS nous ordonne de tourner ; On fera trois fois le tour d’un pâté de maison avant de sortir du marché.
A la sortie d’Ifrane : miracle, l’eau coule dans une rigole cimentée !. Il y a des oliviers, des jardins, un peu plus loin, une palmeraie. C’est là que nous allons pique-nique. Petite promenade dans al palmeraie mais je ne passe pas inaperçue. Des hommes sortent de leurs jardins. Encore ici, je sens que ma tenue n’est pas appropriée.
Il reste encore une trentaine de kilomètres jusqu’à Amtoudi. Les montagnes se resserrent et deviennent plus spectaculaires. Le gros piton rocheux portant un grenier se voit de loin.
Amtoudi
Le village est encaissé à l’entrée d’un canyon. L’oued est à sec mais il reste assez d’humidité pour que de jolis petits champs d’orge bien verts égaient le paysage. Le gros rocher portant l’agadir domine le village. Les fortifications se distinguent très bien d’en bas.
Un quartier du village avec la mosquée se tasse à l’ombre d’une falaise. Hassan chez qui nous devons habiter habite de l’autre côté de l’oued sur le versant ensoleillé. Il nous attend près du pont mais il faut garer la voiture bien loin de sa maison et continuer à pied par un sentier bien pentu et malaisé.
Chez lui, comme il l’avait assuré au téléphone, c’est bien au rez de chaussée et à plat. Mais encore faut-il y parvenir ! Hassan mesure la difficulté et téléphone au Camping-Hôtel Amtoudi. Il y a de la place, nous logerons là. A l’arrière d’une vaste esplanade aménagée pour les camping-cars avec bornes électriques et arrivée d’eau. A l’arrière, un grand bâtiment avec un très vaste restaurant et un patio où s’ouvrent 4 chambres et des sanitaires communs, buanderie …Notre chambre possède une salle d’eau avec WC et douche (300 dh la nuit ou 300dh/px en demi-pension).
On est gênées pour Hassan parce que sa femme avait préparé un couscous. Demain, je partirai avec lui en trek (3 visites le pique-nique pour 500dh)
Nous sommes soulagées. L’hébergement n’a aucun charme particulier, c’est plutôt genre Auberge de Jeunesse mais il a le mérite d’être accessible et disponible. La veille une douzaine de motocyclistes avaient occupé toutes les chambres.
Pour diner, un délicieux couscous-poulet avec un grand plat de légumes que nous apprécions plus que la viande. Le serveur est vraiment très gentil. Tout s’arrange au Maroc ! les villageois sont solidaires et s’entraident.
Encore une fois, le titre a failli m’éloigner de ce roman, j’ai cru à des recettes de cuisine ! Cela aurait été dommage parce que c’est un coup de coeur!
Kenza et Fatiha sont amies d’enfance, presque soeurs croyaient-elles quand elles s’endormaient en se prenant la main. Mais Kenza est une fille de noble famille, chrifa, descendante du Prophète tandis que que Fatiha est la fille de la bonne. Kenza a suivi une école française puis le Lycée Lyautey et maîtrise mieux le français que l’arabe littéraire. Fatiha, l’école marocaine. Kenza est partie faire Sciences Po à Paris, tandis que Fatiha, brillante pourtant, ira à l’école d’infirmière alors qu’elle voulait faire médecine.
Elles se retrouvent pendant les vacances mais la fracture sociale se fait sentir. Kenza fréquente Karim, un jeune homme de bonne famille, on les imagine fiancés. Au Maroc, même moderne, une jeune fille veuille à sa virginité. Karim après avoir embrassé Kenza, excité, ira coucher avec Fatiha et lui laissera un billet, amours tarifées?
Entre Paris et Casablanca, Kenza est partagée. Fatiha, enceinte, abandonnée par un garçon qui lui avait promis le mariage, a recours aux pires pratiques pour provoquer un avortement, sorcellerie, potions douteuses. Kenza retrouvera son amie mourante, inconsciente à l’hôpital…
Je vous laisse découvrir la suite.
Lecture fluide, exotique, qui vous fera découvrir les différents aspects de la vie de jeunes marocaines, au palais et à l’office.
Nous sommes retournées à Sidi Ifni et j’ai été séduite par cette jolie petite cité aux portes du Sahara.
Une ville espagnole
Sa colonisation avait commencé en 1476 par la construction d’un château Santa Cruz de Mar Pequena, un peu plus au sud à partir des Canaries, Pêcherie concédée aux Espagnols depuis 1769, puis octroyée à la suite du traité de Tétouan (1860). C’est en 1934 que se construisit la garnison espagnole, (jusqu’à 15.000 hommes)un port important, un aéroport et même dans le années 60, un téléphérique reliant le port à la ville. Un article du journal Le Monde (1967) titré « Les larmes de l’Infante » donne davantage de précisions. Elle ne fut rétrocédée au Royaume du Maroc qu’en 1969.
Construite dans les années 30 en style Art Déco c’est une charmante ville espagnole que nous allons découvrir.
En route, nous repassons par les plages découvertes au premier passage. Nous nous attardons un instant sur la plage blanche de Sidi Ifni à la base de la falaise. De nombreux surfeurs sont à l’eau . La plupart allongés sur leur planches, rares sont ceux qui se lèvent et chevauchent les vagues. C’est un spectacle amusant. Près du cimetière, à l’entrée de la ville, nous demandons à un homme en djellaba vert pistache la place Hassan II , centre de la ville historique. Il enfourche une vespa et nous fait signe de le suivre.
La Place Hassan II est une vaste place ovale. En son centre, un jardin. Autour, les bâtiments officiels. Certains bâtiments espagnols ont été réutilisés, d’autres tombent en ruine 50 ans après le départ des occupants. Je n’ai pas reconnu la Cathédrale espagnole transformée en Tribunal. De larges avenues sont bordées de palmiers et de jolie villas Art Déco dans des jardins luxuriants. La végétation contraste avec l’aridité des collines de la région. Impression d’oasis. A l’extrémité d’une rue, l’hôpital blanc et bleu est aussi pimpant. Une dame sous un voile rose au semis de fleurettes m’aborde « buenas dias », je ne sais que lui répondre. Elle répète et commence une conversation en Espagnol. Elle doit être bien vieille. Quel âge avait-elle quand les Espagnols sont partis ? Peut être est -elle simplement partie travailler en Espagne. Je n’ose pas lui demander.
Derrière l’hôpital il y a un petit phare.
Sidi Ifni corniche
Une très jolie corniche borde la falaise, balustrade bleue et blanche, dallage soigné, terrasses de cafés agréables. La promenade descend en escaliers compliqués avec palmiers et massifs fleuris vers la plage. Une barque bleue marque un carrefour avec une rue vivante bordée de restaurants toujours aux couleurs de la ville bleu et blanc. Un petit hôtel Suerte loca rappelle ses origines espagnoles.
Nous aurions aimé suivre le bord de mer mais la corniche est interrompue.
A l’arrière nous trouvons le souk et des rues plus ordinaires. Une fresque rappelle la Marche Verte du 6 Novembre 1975 qui mobilisa 350.000 volontaires armés seulement d’un Coran et de drapeaux verts. Un musée commémore aussi cet évènement mais tout est en arabe. De longue date Sidi Ifni est le fief de la tribu guerrière des Ait Baamran qui se souleva en 1957 contre l’occupant espagnol.
A la sortie de la ville, le Port paraît surdimensionné. La digue qui protège la darse est très longue. De loin, je distingue de nombreux bateaux de pêche. Au moins deux bâtiments modernes logent des Instituts de Technologie de Marine et d’Halieutique. C’est justement l’heure de la sortie pour les étudiants. Dernière curiosité : le Téléphérique dont le pylône en béton est bien ruiné.
PLAGES DE L’ATLANTIQUE ET MONTAGNE DE L’ANTI-ATLAS
Tiznit souk des bijoutiers
De Mirleft à Tiznit, nous avons le choix soit par la route côtière P104 soit passer par la montagne sur des petites routes qui ne sont ni plus courtes ni plus roulantes mais très pittoresques : collines, oueds, arganiers, villages…très belle promenade en voiture par Arbat-Sahel (38 km)
Le guide Michelin propose une visite dans la Médina en laissant la voiture sous les murs : entrer par les Trois Portes, partir à gauche vers le Souk des Bijoutiers. A 10h du matin, les boutiques viennent d’ouvrir. Je ne trouve pas les bijoutiers, normal, ils sont cachés dans un patio carré ! Les commerçants me donnent des indications fantaisistes (soit, ils ne comprennent pas, soit ils confondent leur droite de leur gauche). J’arrive sur le Méchouar – grand place en face de la Gendarmerie, plutôt allongée, occupée en son centre par un parking et bordée sur les deux longueurs par des boutiques, des bâtiments officiels dans les largeurs opposées. Je demande à un vieil homme le souk des bijoutiers ; il me fait signe de le suivre.
Tiznit souk des bijoutiers
Un patio est occupé par des ateliers et boutiques à l’écart de l’agitation. Seulement quatre boutiques proposent de jolis objets. Dans la première les pendentifs berbères traditionnels et d’autres interprétés de manière contemporaine, argent et pierres noires avec des motifs très épurés. J’essaie de faire baisser les prix mais il n’y a rien en dessous de 150 dh (je vais les regretter, je ne retrouverai plus rien d’aussi joli). Une autre boutique, très poussiéreuse propose des colliers de grosses boules de bois séparées par de l’argent, exactement ce que Dominique cherchait, pour marchander, je choisis un autre collier avec de grosses boules orange imitant l’ambre.
En passant, dans la rue, je découvre des foulards en coton blanc très simple avec une bande jaune et 4 pompons orange à chaque coin : 13 dh. Je suis ravie, aller au souk et ne rien rapporter est frustrant.
Tiznit maisons de la Médina
Pour trouver la Source Bleue, le trajet semble simple sur le plan. La grande rue de l’hôpital est désagréable. La réfection des trottoirs est en cours, les étals des commerçants débordent et il y a des la circulation. Je tente de couper par les petites rues, ruelles et couloirs ombragés et tranquilles.
Les femmes de Tiznit sont enveloppées dans de magnifiques voiles très fins et très colorés qui rappellent l’Afrique. Au Sénégal, près de la Maurétanie, les femmes étaient ainsi parées de tissus très gais. Elles sont très couvertes mais beaucoup plus belles que celles qui revêtent les vêtements religieux aux couleurs hideuses bleu marine, gris, rouge vineux ou moutarde – exception pour le noir, très chic. Pour se prémunir du soleil, certaines ajoutent une casquette fort peu féminine sur leur voile. Toutes sont très amicales et me disent bonjour.
Tiznit source bleue
Ces ruelles et couloir forment un labyrinthe, souvent les ruelles sont aveugles. Je dois revenir sur mes pas. Demander la Source Bleue aux passants n’est pas la solution. Femmes et enfants ne comprennent pas quant aux hommes, ils disent un peu n’importe quoi. Je trouve enfin le vaste complexe qui compose la Source : un long bassin, une piscine en demi-lune avec des demi-sphères de pierre. La ville a été construite autour de ce point d’eau. En face : un monument imposant, laCasbah Aghenajou citadelle édifiée en 1820 sur l’ordre de Moulay Slimane avec 5 tours de guet, de hauts murs crénelés. A l’intérieur, un curieux agencement de murets. Si j’ai compris les explications du panneau, c’est un système hydraulique. Récemment la citadelle a été restaurée, on y a fait un amphithéâtre pour des évènements culturels. Un bâtiment hémisphérique est un peu énigmatique avec les perches de bois qui dépassent et hérissent l’extérieur.
Tiznit mosquée
On retrouve ces mêmes perches sur le minaret de la Grande Mosquée voisine. Plusieurs explications : prosaïque les constructeurs les auraient utilisées puis laissées. Plus poétique : les âmes des défunts s’y reposeraient.
Retour par Aglou par la route côtière. Aglou est une station balnéaire en pleine expansion. On construit partout. La corniche a l’air jolie, le long de la plage de sable blanc mais difficile d’y accéder avec les travaux. Le reste est loti, voirie et éclairage déjà prêts mais aucun bâti. Nous espérons trouver mieux plus loin et trouver un accès à la mer. Des résidences ont privatisé les routes. Enfin, près de Mirleft, nous approchons de la dune en longeant une résidence luxueuse avec des dizaines de villas dans un environnement arboré et fleuri. C’est la Résidence Evasion où se trouve la villa que nous avions louée et annulée. Nous nous félicitons de rester à Aftas Trip.
Rapide pique-nique et promenade sur la plage après avoir franchi la haute dune. Des kitesurfeur gonflent leur aile.
Fin de soirée grandiose avec un coucher de soleil sans un nuage.
C’est un très joli cadeau que Babélioet Delachaux et Niestlém’ont offert et je les remercie!
Un très beau livre, dont les illustrations sont remarquables, dessins scientifiques classiques comme on savait le faire autrefois, d’une précision scientifique mais aussi de grande beauté. Rien que pour les images, ce livre va rester en bonne positions sur les rayons de ma bibliothèque! iconographie abondante, bien expliquée, aussi belle qu’étonnante!
Une histoire de la Paléontologie, des origines – citation de Léonard de Vinci en exergue – plus inattendu, un monstre sur un vase grec antique, à nos jours avec les découvertes les plus récentes comme les études menées sur le petit mammouth sibérien découvert en 2007 et même des découvertes encore plus récentes.
Cette histoire n’est pas exhaustive, elle se veut distrayante, avec des chapitres consacrées à des personnalités marquantes, aussi bien des aventuriers chasseurs de fossiles à la Indiana Jones, que des chercheurs universitaires nobélisés comme les Alvarez. Des découvertes marquantes qui mettront des décennies à faire surface, des batailles épiques autour » guerre des os », des montages spectaculaires et même des fraudes avérées…L’auteur s’est attaché à faire ressortir des personnages originaux. Il n’oublie pas de citer des femmes comme Mary Annings, ou Mary Leaky (dont je ne connaissais que le mari) ou Jenny Clack. Comment dit-on paléontologue au féminin?
En revanche, Bainbridge, britannique, ignore superbement les scientifiques non anglophones. Cuvier n’apparaît que dans une légende d’illustration dans le chapitre dédié à Mary Annings, de même Coppens au détour d’une phrase. Buffon et Lamarck ne sont pas cités du tout, Le Pichon (tectonique des Plaques) non plus.
J’avais vraiment besoin de rafraîchir mes connaissances en Géologie et j’ai été ravie des découvertes récentes aussi bien mises en évidence.
PLAGES DE L’ATLANTIQUE ET MONTAGNE DE L’ANTI-ATLAS
A 10 heures, j’ai rendez-vous devant la Poste de Mirleft avec Ali, le guide. Nous passons devant la Mosquée blanche au minaret carré bordé de bleu. La lecture des enfants s’échappe de ses murs. Nous montons à grandes enjambée la pente de la colline. Au sommet, à contre-jour se détache la silhouette des murs crénelés du Fort Tidli construit par les Français en 1935. Mirleft était à la frontière avec le Sahara Espagnol, le poste frontière du Protectorat français se trouvait sur la plage au rocher troué Sidi Ben Abdallah que le guide appelle La plage du Marabout. Nous passons à côté de l’Hôtel des Trois Chameauxqui était aussi un fort militaire.
Nous montons sur la route goudronnée vers la montagne et le village d’Ali. En route, il commente les habitations des alentours. Beaucoup de Français ainsi que des gens de Marrakech ont construit des maisons. Ils viennent y passer plusieurs mois. Une grosse maison est en cours d’aménagement, à côté un gros camion porte un engin pour forer un puits très profond (plus de 100 m dans la petite vallée en contrebas. L’eau permettra de remplir la piscine et d’arroser le jardin. Les paysans berbères ont bien peu de jardins, sauf dans le lit de l’oued. Comme il n’a pas plu depuis des mois, même des années, l’oued est à sec. Les petites terrasses entourées de branchages épineux sont nues sauf celles proches de la ville où pousse la luzerne bien verte.
jardin de cactées
Les collines pierreuse sont égayées par les grosses boules des Euphorbes ( Euphorbia regis-Jubea) au feuillage gracile et aux tiges épaisses ramifiées formant un petit arbuste fleuri en boule tandis que Euphorbia officinalis fait des coussins. Des Euphorbes poussent en formant des tubes (symétrie 6) Plusieurs espèces coexistent faisant un jardin de cactus. La terre est brune tirant vers le rouge. Ici et là se déploient des petits arganiers moins imposants que dans la région d’Essaouira mais bien verts. Les Figuiers de Barbarie (Opuntia-indica) sont tous morts, les squelettes des raquettes noircies donnent un spectacle désolant. D’après Ali, ils sont victimes d’une maladie due à un insecte, ou une cochenille.
La maison d’Ali est en travaux, le salon est encombré de matériaux de construction de côté un épais tapis (on se déchausse) Ali apporte un petit butagaz, une théière et deux verres. Sur la table, une coupelle d’huile d’argan, des olives, du pain. La cérémonie du thé est une obligation dans le désert. Je m’y prête avec joie.
La balade continue dans la montagne sur la route jusqu’à un petit col d’où l’on voit toutes les plages de Mirleft. Les crêtes s’étagent vers Goulmine. Nous rencontrons un berger et son troupeau de chèvres, entendons les bergères qui rentrent les moutons. Un petit écureuil fait le gué , debout sur une pierre. Les villages sont dispersés de loin en loin, on en compte une dizaine. Certains en pisé se confondent avec la terre des collines. D’autres colorés avec des maisons beige, rouge foncé ou blanches. Ils ont de jolies mosquées blanches ou rouges. Les champs sont impeccablement labourés « pour la farine ». On attend la pluie qui ne vient pas. Pas de mécanisation, on laboure avec l’âne. Les ânes attendent tranquillement derrière les maisons, entravés, deux pattes attachées par une corde.
13 h nous retournons chez Ali. Le tagine est prêt. Son frère l’a cuisiné avec de grosses tranches de navets, des pommes de terre, une courgette, une aubergine, des carottes et des olives. Le poulet est excellent, tendre et charnu. Ali mange avec ses doigts, il utilise un morceau de pain replié comme une pince. Il m’a servie dans une assiette à part avec une cuiller ; je suis perplexe. Il m’a servie copieusement tandis qu’il chipote de tout petits morceaux. Dois-je terminer ma part et faire honneur à ce plat délicieux ou seulement y goûter ? les légumes sont fondants, pas gras du tout. Ali veut me resservir ; non ! c’est trop je ne pourrai plus marcher.
Le circuit du retour s’éloigne de Mirleft pour rejoindre le lit de l’oued dans le creux du vallon. Un village est précédé d’une luxuriante palmeraie. L’oued est à sec mais le lit du fleuve doit garder la nappe.
L’école est entourée d’un mur blanc avec une fresque. Les enfants étudient par roulement, certains tôt le matin, les autres plus tard. Dans cette petite école, il y a six classes. Combien d’instituteurs ?
Nous marchons dans le lit de la rivière dans les pas des moutons et des chèvres qui ont piétiné pour tracer de véritables sentiers. Chemin à l’ombre, très agréable.
15h30, nous sommes de retour à la Poste. Mirleft a un centre prospère : les boutiques sont sous des arcades bleues et blanches. Elles sont bien achalandées. Fruits et légumes sont appétissants : oranges, clémentines, légumes variés. J’achète même une barquette de framboise fruits de serre énormes mais très parfumés qui ont très peu voyagé. Massa est à une cinquantaine de km et pas au frigo !
Une bonne surprise nous attend à l’hôtel : le propriétaire et sa femme – médecin en ville – elle insiste, ce n’est pas la patronne, nous proposent de rester encore deux jours alors que la réservation était bloquée et que nous devons déménager. En haute saison, ils ne proposent pas de chambre sur Booking, préférant les louer eux-mêmes. Nous pensions qu’ils étaient complets et nous avons réservé sur la route d’Aglou dans une résidence. Nous n’avons aps du tout envie de quitter Aftas Trip d’autant plus qu’ils offrent de nous surclasser dans un studio avec un balcon face à l’océan souligné par des bougainvilléeds rouge et orange. Depuis notre arrivée Dominique rêvait de ce balcon. La chambre est aussi plus jolie, dans des teintes oranges, murs ocres, grand tapis orange, canapé gris. Très jolie table hexagonale ajourée et peinte. Sur le balcon, une petite table ronde en céramique bleue une grosse poterie avec des plantes grasses encore une euphorbe, cactus graphique.
Pour annuler la réservation c’est relativement facile ; pour se faire rembourser, c’est plus compliqué. Frais d’annulation annoncés 140€ alors qu’une nuit est à 55€. Je supplie, j’insiste, demande une faveur. A 23 h 45 alors qu’on est couchées depuis bien longtemps, tombe la bonne nouvelle : annulation sans frais !