Les jardins de Marrakech

 PLAGES DE L’ATLANTIQUE, ANTI-ATLAS

Le muezzin chante à 6h50 ; la nuit est étoilée. Je regarde le jour se lever entre les troncs des palmiers. Le soleil paraît à 8h24 . Réveil en douceur, je continue le livre de Samira El Ayachi.

La Ménara

Après notre équipée en voiture hier, dans la médina, nous choisissons une promenade plus tranquille et plus agréable pour Dominique : le jardin et le bassin de La Menara. Nous l’avions visité autrefois un dimanche. Les familles marocaines y étaient installées pour un pique-nique dominical. Ce matin, vers 10 heures c’est beaucoup plus tranquille. Quelques promeneurs seulement, des couples, des jeunes gens en bandes filles d’un côté garçons de l’autre arpentent les bords du bassin. Dans l’eau trouble les poissons ne se remarquent que quand ils sautent. La lumière éblouissante du matin ne met pas en valeur le site : les sommets, enneigés sur les photos, sont noyés dans la brume et le pavillon est dans l’ombre. Préférer la fin de l’après-midi !

Construit en 1157 du temps des Almohades par le calife Abd- Al- Mumin qui a également commandé la construction de la Koutoubia, le bassin 200mx150, était destiné à irriguer le jardin d’olivier 88 ha. Il a également servi de bassin d’entraînement aux soldats de l’armée almohade pour traverser la Méditerranée. L’eau provient de la nappe phréatique à travers le système de khettaras  installé au XIIème siècle par les Almoravides.

Le pavillon signalé par les Saadiens en 1579 est doté d’un belvédère. Des pavillons de même style XVIIIème siècle ont été construits à Fès et à Meknès.

Je rentre en traversant l’oliveraie. Les vieux oliviers ont subi une taille sévère. Des branches épaisses comme des troncs ont été coupés à la tronçonneuse. Je suis étonnée de ne pas voir d’olives. Les a-t-on déjà récoltées ou les arbres n’ont-ils rien donné ?

Avec la Koutoubia pour cap, nous nous dirigeons vers le centre de Marrakech. Des fontaines jaillissantes et des jardins nous accueillent. Dominique trouve une place de parking devant l’Hôtel de Ville et je pars pour une heure de promenade à pied pour des photos de la Koutoubia et une incursion dans la Médina. Je m’attarde dans le Cyber-Park Moulay Abdeslam. Le Musée des télécoms ne m’attire pas plus que cela mais les vieux arbres, certains plantés au XVIIIème siècle sont parfaitement mis en valeur, les allées ratissées avec soin, les essences étiquetées comme dans un arboretum. Certains topiaires sont surprenants. Les panneaux explicatifs et des bornes multimédias sont conçus pour une sensibilisation au développement durable. Evidemment, je ne fais que passer mais je regretterai ultérieurement de ne pas m’être mieux renseignée sur les pratiques agricoles marocaines qui ont des tradition d’irrigation séculaires.

Toujours avec la Koutoubia pour cap, je découvre les rangées de piliers, ruines de l’ancienne mosquée. Des étais de bois soutiennent le mur et le haut du minaret est tout entortillé. Conséquences du séisme de septembre 2023.

Les jardins de la Koutoubia ont des bassins comme ceux de l’Alhambra de Grenade. Je me promène avec grand plaisir dans ces jardins verts et bien entretenus. A notre premier séjour, nous logions tout près et j’avais le souvenir d’un square tout poussiéreux. A nos passages suivants, nous logions à l’intérieur de la médina et étions restées dans l’entrelac des ruelles. Jamais, je n’avais imaginé cette verdure. Pourtant en regardant les plans de la ville, les espaces verts occupent une place considérable.

Jardin Majorelle

Jardin Art Déco, graphique et égayé du bleu Majorelle, c’est un passage obligé, un paradis moderne finalement bien dans l’esprit de la ville. Nous tournons en voiture autour du jardin et du Musée Yves Saint Laurent. Nous ne sommes pas seules, il y a foule. Plutôt que de faire la queue, nous retournons dans notre palmeraie moins sophistiquée mais bien plus calme.

C’est donc une visite bien différente des précédentes. Evitant la médina intramuros, nous tournons en voiture dans le Guéliz et les quartiers modernes.

En face du Carrefour-Contact, le grand restaurant propose des plats à emporter. Je commande un tagine-keftas . Le tagine-kefta est servi dans une barquette aluminium. Les boulettes de viande minuscules sont figées dans une omelette et dans la sauce tomate. C’est très bon mais les chats ont été alertés par l’odeur. Six sont installés autour de nous. Un tout jeune tigré est particulièrement effronté. Il grimpe sur ma chaise. Les autres sont plus placides quoique insistants.

Je passe l’après midi tranquille dans cette palmeraie fleurie finalement très étendue le long de l’oued. Certaines villas très grandes ont des piscines privées. Porsche et Mercédès-Benz ne déparent pas.

Premier jour à la Palmeraie de Marrakech

 PLAGES DE L’ATLANTIQUE, ANTI-ATLAS

Vol AT 641 Royal Air Maroc

 6h50 – Orly dans la nuit. La brume cache l’Espagne. Le soleil se lève au petit jour au-dessus de Gibraltar. Je devine le Rocher, la côte africaine, Tanger. L’avion suit la côte atlantique frangée d »une double rangée de vagues. Quittant l’océan, il survole la campagne avec énormément de plastique. Serres ou tunnels, à 11 000 m difficile de le distinguer. Le désert rouge et ocre. A l’approche de Marrakech, des vergers, oliviers et orangers en damier. Atterrissage 9h15, une journée pleine devant nous

Petites courses à l’aéroport :

distributeur automatique de billets pour avoir des dirhams

MarocTelecom. La Carte Sim est offerte. Les filles changent la puce d’un seul geste, introduisent la carte SFR dans une pochette, inscrivent le numéro de téléphone marocain et créditent 20 € pour 20 Gigas (il faut payer en euros, heureusement qu’il nous en reste). Miracle de la technologie, je récupère mes applications, Facebook, Booking.com où se trouvent les réservations. Le GPS fonctionne. Je peux appeler le loueur de voiture au numéro qu’il m’a indiqué. Je n’ai pas fait attention que la nouvelle carte Sim a un nouveau code PIN. Je ne m’en apercevrai qu’au cours de l’après-midi quand par une fausse manœuvre j’éteins le téléphone. Plus de téléphone, plus de répertoire, plus de réservations surtout celles que j’ai faites sans Booking.com, par téléphone. Après deux fausse manœuvres, alors qu’il ne me restera plus qu’une dernière chance, j’ouvre la pochette et découvre le nouveau code PIN. Soulagement !

La location de la voiture est plus délicate. Addcar réservé à la suite de la réservation du billet d’avion sur le site de la RAM, n’est pas une compagnie internationalement connue comme Hertz, Avis ou Budget. Elle ne dispose d’aucun bureau permanent à l’aéroport ou sur les parkings. Dans une voiture ordinaire garée à côté de la sortie du parking l’employé dispose d’un téléphone portable, un terminal de Carte Bleue de formulaires papier qu’il remplit manuscritement avec du papier carbone comme au siècle dernier. Comme la location de la voiture a été payée d’avance, il faut faire confiance. Nous avions réservé une Fiat 500 ou une C1 (catégorie A). La voiture qu’on nous prête est une Citroën-Elysée, grosse Citroën marocaine « la Citroën des pays émergents partageant la même base que la Peugeot 208 » selon Internet. 51.000 km au compteur, blanche un peu égratignée de partout. L’employé insiste pour qu’on prenne une assurance supplémentaire avec une caution minorée. Généralement, nous nous contentons de l’assurance de Visa 1er mais nous acceptons le supplément.

Googlemaps nous guide le long des Remparts puis de l’Oued Issil qu’on traverse . La première impression de la Palmeraie est mitigée. Elle se meurt.  Les arbres sont en mauvais état, troncs noircis, déplumés moribonds. Au sol, de la poussière sèche, quelques épines des déchets épars. Des chameaux lâchés-là pour le bonheur des touristes amateurs de méharées express.  Que peuvent- ils bien brouter ?

Notre palais à La Palmeraie

Derrière de très longs murs de terre, la végétation est luxuriante : hauts palmiers bien verts taillés et fournis, bougainvillées de toutes couleurs de l’orange au violet en passant par le rose fuchsia et le rouge. Nous avons réservé un studio dans un de ces condominiums fleuris et verdoyants. Nous passons sous une arche majestueuse gardée par un portier en uniforme noir qui lève la barrière et nous guide vers notre logement C4, appartement 5. La route dallée et sinueuse décrit des courbes contourne un groupe de palmier et les massifs fleuris. Les clés censées se trouver sous le paillasson n’y sont pas. J’appelle Nawfel : elles sont dans une boîte à clés, mais le code est erroné, heureusement une employée de ménage (tablier bleu et voile) nous dépanne.

L’appartement est très vaste : dans le salon un canapé profond devant un téléviseur à un écran plat très grand format, une cheminée en angle. Le sol dallé de marbre est bordé d’une élégante frise. Le plafond est en bois sculpté. Le carrelage de la salle d’eau est magnifique. Grand luxe !

De grandes baies s’ouvrent sur une pelouse verte plantée d’orangers, de citronniers, grenadiers avec un grand feuillu qui ressemble à un frêne avec des feuilles composées roussies par l’automne, un olivier. Une rangée de poteries peintes s’inspirant du jardin Majorelle complète le décor. Grand luxe !

Nous allons déchanter.

L’appartement n’est pas dans une résidence touristique de vacances comme nous l’imaginions. Ce sont des appartements privés pour des résidents fortunés. Rien n’est prévu pour des locations de courte durée. Pas de papier-toilette, ni de sacs poubelles. Encore moins de produits d’entretien ou d’épicerie courante. Il y a bien un four moderne et des plaques vitrocéramique mais l’unique casserole pourrait cuire deux œufs durs mais sûrement pas des pâtes ou de la soupe. Très peu de vaisselle, dépareillée perchée dans des tiroirs que seul un géant pourrait atteindre sans escabeau, pas même un tabouret. Seulement 4 chaises autour d’une table de jardin sur la terrasse – attachées avec une chaîne cadenassée.

Les gens qui occupent un si beau logement mangent sûrement au restaurant. Pourquoi pas nous ? Je pars en quête d’un restaurant (fermé). Les deux piscines, en revanche, sont bien remplies d’une eau claire irréprochable mais froide. Pas plus de supermarché, la superette de l’autre côté de la route est fermée. Le portier m’indique à 1.5 km Carrefour-Contact et en face, un beau restaurant.

Notre première visite sera donc Carrefour pour des bouteilles d’eau (à l’effigie d’un footballer Romain Saïss) des yaourts Danone, des oranges navel d’Agadir. Notre premier déjeuner dans la résidence de luxe sera bien frugal : un yaourt, une banane et une orange.  Heureusement nous avons apporté de France de la truite fumée.

Incursion dans la Médina

 

La Palmeraie se trouve à une dizaine de kilomètres de la Médina. Sur la route les petits taxis sont rares (inexistants). J’avais pensé rendre visite au Riad Jenaï voir les travaux que Yannick a fait après les dégâts du séisme de septembre. Dominique propose de m’emmener plus près. Nous entrons dans la médina en voiture par Bab Khemis et Dominique passe outre les avertissements des passants. Devant les souks il faut se garer, justement il y a des parkings dans les arrière-cours où les véhicules s’entassent sous la direction des placiers. Je laisse Dominique coincée dans la Citroën, règle le GPS en mode piéton. Le Riad Jenaï n’est qu’à 600 m. Je devrais arriver rapidement. Mais ce n’est pas simple. Rues, ruelles, couloirs sont beaucoup plus complexes que sur le plan à l’écran. Mademoiselle IA ânonne de sa voix synthétique des noms de rues impossible à identifier. Sans compter le tas de verdure (pour les ânes et chevaux) qu’il me faut contourner par la droite ou la gauche si bien que je perds le sens de l’orientation. Sans compter que, si jamais j’arrivais chez Yannick, je serais bien incapable de retrouver le parking caché. Je renonce à regrets, si près du but.

Comment retrouver le gîte maintenant que mon téléphone s’est bloqué ?  la localisation est sur le Whatsapp . Nous programmons Carrefour-contact de la Palmeraie sur le téléphone de Dominique et repassons au moins trois fois devant les mêmes dromadaires avant de reconnaître l’entrée monumentale du condominium.

Les soirées sont très fraîches en décembre, surtout dans un appartement inoccupé. Nous sortons les couvertures cachées roulées dans une armoire.

La malchance continue, l’électricité a sauté. Dans une heure, il fera nuit . Nawfel  ne répond pas à mes messages . En désespoir de cause, je retourne chez le portier très aimable qui appelle en arabe le « syndic ». Je découvre alors que Nawfel n’est pas le propriétaire de l’appartement mais le syndic de la copropriété. S’il gère des dizaines de villas notre cas est bien un souci mineur. Cela me vaut une belle promenade. J’ai 16000 pas au podomètre. Miracle Nawfel a répondu : il est « en réunion »  le disjoncteur est « dans le placard ». Lequel ? On finit bien par trouver.

Nous terminons la soirée devant France24. Ukraine, Gaza, Viktor Orban, rien que des bonnes nouvelles !

Dîner yaourts et bananes.

On se terre sous deux couvertures .  Je dévore Le Ventre des Hommes de Samira El Ayachi une autrice franco-marocaine entre Germinal et Zagora. J’ai lu Germinal le mois dernier, cela me va.

 

La Bête Humaine – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART tome 17

le Pont de l’Europe – Caillebotte

Était-ce donc que la possession physique contentait ce besoin de mort ? Posséder, tuer, cela s’équivalait-il, dans le fond sombre de la bête humaine ?

Sombre, la Bête Humaine ! Le crime ne survient pas au terme de l’intrigue mais on le découvre d’entrée de jeu. Dès les les premières pages, on découvre une petite fille abusée Séverine, un mari jaloux et violent, Roubaud,  qui commence par battre sa femme puis  planifie l’assassinat de l’ amant, Grandmorin. 

Depuis trois semaines, cette affaires faisait un bruit énorme. Elle avait bouleversé Rouen, elle passionnait Paris, et les journaux de l’opposition, dans la violente campagne qu’ils menaient contre l’Empire, venaient de la prendre comme machine de guerre

D’une part, on laissait entendre que la victime, un familier des Tuileries, ancien magistrat, commandeur de la Légion d’honneur, riche à millions, était adonné aux pires débauches ; de l’autre, l’instruction n’ayant pas abouti jusque-là, on commençait à accuser la police et la magistrature de complaisance,

Un roman policier? Le juge d’instruction Denizet va-t-il démasquer le coupable du crime affreux commis dans le train du Havre. Un témoin a vu la scène : Jacques Lantier, le fils de Gervaise, porteur des tares des Rougon-Macquart, lourd héritage de folie et d’alcoolisme. Le motif serait-il l’héritage de Grandmorin, la victime, « ancien magistrat, un familier des Tuileries,  commandeur de la Légion d’Honneur, riche à millions… » ? Les Roubaud, coupables possibles, ont-ils voulu hâter la fin de Grandmorin alors qu’ils savaient que Séverine était couchée sur le testament? On conseille à Denizet de ne pas trop évoquer la vie trouble de Grandmorin. Denizet découvre le coupable idéal : Cabuche, un repris de justice, asocial, incapable de se défendre. Voila qui mettra fin à la campagne de Presse!

Les péripéties de l’enquête tiennent le lecteur en haleine. 

Un roman d’amour? Jacques Lantier s’éprend de Séverine, la jolie Madame Roubaud.

Un reportage passionnant sur les chemins de ferRoubaud est sous-chef de la Gare du Havre, employé consciencieux. Zola détaille la vie de la gare, même les ragots et les jalousies à propos des logements de fonction. Lantier est mécanicien. La locomotive, la Lison joue un rôle de premier plan.

Et, sur la Lison, Jacques, monté à droite, chaudement vêtu d’un pantalon et d’un bourgeron de laine, portant des lunettes à œillères de drap, attachées derrière la tête, sous sa casquette, ne quittait plus la voie des yeux, se penchait à toute seconde, en dehors de la vitre de l’abri, pour mieux voir.

C’est à bord d’un train que le meurtre de Grandmorin a été commis. C’est sur la voie qu’on a retrouvé son corps. On fait la connaissance des garde-barrières. Le couple mécanicien-chauffeur, Lantier-Piqueux est un élément essentiel du roman, tous les deux bichonnent, réparent, servent Lison. On assiste à  une panne dans la neige, puis à une terrible catastrophe ferroviaire.  Cet aspect documentaire  m’a passionnée.

Et c’est sur le départ des soldats en guerre que se termine le livre, folie guerrière que ce voyage!

Qu’importaient les victimes que la machine écrasait en chemin ! N’allait-elle pas quand même à l’avenir,
insoucieuse du sang répandu ? Sans conducteur, au milieu des ténèbres, en bête aveugle et sourde qu’on aurait lâchée parmi la mort, elle roulait, elle roulait, chargée de cette chair à canon, de ces soldats, déjà hébétés de fatigue, et ivres, qui chantaient.

Comme pour Nana.

Du grand Zola.

Regardez nous danser(le pays des autres t2) Leila Slimani

LIRE POUR LE MAROC

Dans deux jours, nous serons à Marrakech puis à Essaouira.

Regardez nous danser devait nous accompagner pour les vacances. Impatiente, je n’ai pas attendu.  J’ai pris un peu d’avance : de Meknès à Rabat, un détour avec les hippies 1969-70 à Essaouira. 

Regardez-nous danser fait suite au premier tome :  Le Pays des Autres que j’avais bien aimé. J’ai  retrouvé Mathilde, l’alsacienne, qui sait se faire apprécier en soignant les paysannes. Amine a réussi son rêve d’exploiter la terre que son père lui a légué.  Propriétaire terrien prospère, il peut prétendre à la bourgeoisie cossue du Rotary. Aïcha, la studieuse écolière fait médecine à Strasbourg tandis que Sélim rate eux fois son baccalauréat. Le Maroc est indépendant, une riche bourgeoisie marocaine prend la place des colons ou plutôt cohabite avec les Français qui sont restés.

La jeune génération, après 1968, s’est installée en bord de mer. Une ambiance décontractée, hédoniste, règne dans la bande de copains qu’Aïcha fréquente qui affecte des positions progressistes et rêve de changer le monde.

29 mars, Hassan II avait fait cette déclaration : « Il n’y a pas de danger aussi grave pour l’État que celui d’un
prétendu intellectuel. Il aurait mieux valu que vous soyez des illettrés. » Le ton était donné.

Omar, le frère d’Amine, est un gradé des services de renseignements, par son intermédiaire l’auteur nous fait sentir le côté obscur du règne de Hassan II. Les débuts des années 70, les attentats manqués et la répression qui a suivi.

Le monde fonctionnait ainsi : les anciens transmettaient leur art aux plus jeunes et le passé pouvait continuer d’infuser le présent. C’est pour cela qu’il fallait embrasser l’épaule ou la main de son père, qu’il fallait se baisser en sa présence et lui signifier son entière soumission. On ne se libérait de cette dette que le jour où l’on devenait soi-même père

La vie ressemblait à la cérémonie d’allégeance où tous les dignitaires du royaume, tous les chefs de tribu, tous
les hommes fiers et beaux dans leur djellaba blanche, dans leur burnous, embrassaient la paume du souverain.

 

Par la suite, les jeunes s’installent. Les idéalistes font carrière et l’amour romantique et incandescent fait place à des relations plus traditionnelles, surtout pour les femmes qui n’ont de place qu’à l’ombre de leur mari.

Elle pensait que c’était cela aimer. Être loyale. Laisser l’autre inventer sa vie, la reconstruire, ne pas s’opposer à son désir d’être un personnage.

Quant à la fin, je n’ai pas bien compris que l’histoire était terminée, sans doute elle l’était puisque l’auteure remercie ceux qui l’ont aidée…Je suis restée un peu sur ma faim.

Une belle lecture avant de partir. Cependant il faut lire d’abord Le Pays de autres avant! 

Le Rêve – Emile Zola

ROUGON-MACQUART Tome 16 

A la suite de La Terre (1887) d’une noirceur extrême, Zola rédige en 1888 un sujet plus léger : un roman d’amour, presque un conte, d’un format plus court (275 p) se déroulant uniquement dans la ville imaginaire de Beaumont dans le nord de Paris. 

Angélique,  enfant trouvée, s’endort épuisée dans la neige sous le porche de la cathédrale. Elle est recueillie par un couple de chasubliers (brodeurs de chasubles et d’articles religieux), sans enfants qui l’adoptent et lui transmettent leur métier. Pour préserve l’ innocence de la jeune fille,  elle grandit à l’intérieur de leur maison, à l’ombre de la cathédrale.

« Elle pratiquait cette opinion ancienne qu’une femme en sait assez long, quand elle met l’orthographe et qu’elle connaît les quatre règles. »

Pour unique lecture , la Légende Dorée de Voragine. Pour uniques sorties, la messe, les visites de bonnes œuvres à ses pauvres et la lessive dans le ruisseau. Exceptionnellement,   une sortie aux ruines du château voisin enflamme son imagination, elle s’enthousiasme pour des histoires de princesses, de chevaliers, de fantômes. 

« Angélique croyait fermement aux miracles. Dans son ignorance, elle vivait entourée de prodiges, le lever des
astres et l’éclosion des simples violettes. »

Arrivée à la puberté, elle rêve du prince charmant qui viendra l’épouser. Ses parents adoptifs tentent de lui expliquer que simple brodeuse, elle devrait être moins ambitieuse:

« Ah ! vaniteuse, ah ! gourmande, tu es donc incorrigible ? Te voilà partie avec ton besoin d’être reine. Ce rêve-là, c’est moins vilain que de voler le sucre et de répondre des insolences. Mais, au fond, va ! le diable est dessous,
c’est la passion, c’est l’orgueil qui parlent. »

Comme dans la Faute de l’Abbé Mouret, Zola va s’intéresser au catholicisme, aux saints et martyrs, à l’exigence de chasteté et à l’innocence supposée des jeunes filles. Point de Paradou ou de jardin enchanté, ici Angélique brode des lys et des roses blanches sur du satin avec des fils de soie et d’or. Le linge blanc d’une pureté virginale entoure la jeune fille. C’est en lavant son linge à l’eau pure du ruisseau qu’elle rencontre Félicien, l’ouvrier verrier commis à la restauration du vitrail de Saint Georges de la cathédrale. 

Le verrier et la brodeuse semble si bien accordés, artisans, artistes dévoués à la Cathédrale. Angélique tombe profondément amoureuse. Le verrier se métamorphose en prince charmant de haute noblesse,  mais promis à un riche mariage.

La petite brodeuse doit se faire une raison . Elle va mourir d’amour. Et c’est là que l’invraisemblable se produit. La petite enfant trouvée fera le riche mariage dont elle rêve.

« Depuis longtemps, il sentait bien qu’il possédait une ombre. La vision, venue de l’invisible, retournait à
l’invisible. Ce n’était qu’une apparence, qui s’effaçait, après avoir créé une illusion. Tout n’est que rêve. Et, au
sommet du bonheur, Angélique avait disparu, dans le petit souffle d’un baiser. »

Même si Zola a fait un grand travail de documentation sur les techniques de broderie. Même s’il nous offre une image détaillée de la cathédrale, de ses statues, ses vitraux. Même s’il nous fait connaître la légende des saintes et des martyres, je me suis ennuyée dans cette bluette qui se rattache de manière très tenue à la saga des Rougon-Macquart : Angélique a été abandonnée à la naissance par Sidonie, l’entremetteuse rencontrée dans La Curée. Contrairement à tous les personnages de la famille, elle ne porte ni la tare de l’alcoolisme ni la folie qui touche tous les Rougon-Macquart comme l’abbé Mouret.

Si le vice est passionnant, l’innocence est ennuyeuse. 

Bollywood Superstars Histoire d’un cinéma indien – Quai Branly

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2024

Partons pour Bombay, Agra ou Udaipur pour quelques heures très colorées et festives après une semaine maussade. Le voyage au Quai Branly est un dépaysement assuré. Attention Exposition très copieuse! Prévoir de rester un bon moment si vous voulez visionner les nombreuses séquences proposées. Et regarder les films dans une exposition pour le cinéma est un minimum!

Le cinéma est arrivé à la veille du XXème siècle en Inde, en 1898, création de la première société cinématographique indienne  et en 1907 s’ouvre à Calcutta la première salle Chaplin Cinéma. Si certains films occidentaux s’adressaient à une élite britannique les images animées vont servir aussi à l’émancipation nationale en exploitant la mythologie traditionnelle, « faisant sortir les dieux des temples ».

Peinture pour conteurs

Les images animées n’arrivent pas en terrain vierge : Les poètes-chanteurs et les conteurs utilisent de grandes peintures qui se déroulent pour raconter les légendes. Ces panneaux racontent parfois des évènements très récents comme le Tsunami de 2006, ou une histoire située dans le métro.

Fresque dans un temple représentant des divinités

Avant le cinéma circulaient aussi des lanternes magiques : l’exposition présente de très jolies aquarelles destinées à y être visionnées. Le Théâtre d’ombre utilisait des figures géantes. Un Bioscope  figure aussi dans l’exposition. Le cinéma du début utilise des constructions identiques . La Naissance de Krishna (1919) montre Krishna enfant facétieux avec le serpent Kaliya. 

« l’amour est  le roi des sentiments »  proclame-t-on en s’inspirant des légendes de Krishna, le séducteur, et de son amante Radha. les fantastiques épopées du Mahabharata et du Ramayana sont mises en scène

Un film en Noir et blanc montre les comment étaient projetés les films dans le cinéma itinérant sous des tentes dans des fêtes foraines ou à la campagne.

Portrait d’un maharadjah

De la miniature à la photographie : toute une iconographie montre les Moghols, le Taj Mahal et les merveilleux palais de Jaipur ou d’Udaipur donnent un cadre magnifique pour une exploitation cinématographique. 

L’âge d’or du cinéma hindi (1940-1960) exploite cette veine avec des comédies dansantes et chantantes, des costumes somptueux de Devdas ou Jodhaa Akbar qui utilisent aussi bien les danses traditionnelles codifiées depuis le Vème siècle que les mises en scène de comédies musicales. l’exposition montre des séquences éblouissantes, l’une d’elle montre une danse en kaléidoscope. 

Certains films ressemblent aux films de genre occidentaux, l’un d’eux Cholay utilise tous les codes du western, avec chevaux, flingues et harmonicas. 

Bollywood Superstar érige aux acteurs-stars un véritable piédestal de demi-dieux. 

Il ne faut pas négliger non plus le cinéma de Satyajit Ray que j’admire infiniment. j’ai eu grand plaisir à retrouver quelques scènes du Salon de Musique

Je suis sortie un peu abrutie de bruits et de couleurs, mais parfaitement dépaysée!

 

 

L’odyssée du Gaïndé : Les Enfants de la Teranga» P.T. Waks – Edit. jets d’encre

MASSE CRITIQUE DE BABELIO (JEUNESSE)

Il est arrivé hier dans ma boîte à lettres et ce mince « conte » de 119 pages avec sa jolie couverture m’a bien plu. D’abord, le lire, le critiquer (c’est la règle de la Masse Critique) puis, l’offrir à un jeune, de préférence sénégalais puisque c’est un « enfant de la Teranga » joli cadeau!

Mais à qui est-il destiné?

Cet enfant survolé par un oiseau magique se sent appelé à voyager. Il est spécial.

Et cette « Odyssée » est le pénible voyage des migrants, par le désert, emprisonné en Lybie (ou Algérie ou Tunisie) il parvient aux Pyramides (ce n’est pas le plus court chemin vers la France où travaille son père). Détour par l’Irak en guerre, rencontre avec des migrants Syriens, Istanbul, Athènes, les Alpes et la neige….

Happy end à Paris.

Pourquoi est-il parti dans cette galère? Qu’a-t-il vraiment vu?

On ne le saura pas.

j’ai bien du mal à imaginer un pareil cadeau, je ne crois pas que je vais le donner . C’est décousu, superficiel et je n’en vois pas l’intérêt.

Le Paris de la Modernité 1905 – 1925 au Petit Palais

Exposition temporaire jusqu’au 24 avril 2024

Severini Bal Pam-Pam

Le Paris de la Belle Epoque et le Paris des Années Folles, entre les deux : La Grande Guerre. 

Modigliani : tête de femme

Paris, pendant ces deux décennies, était le rendez-vous des artistes du monde entier :  L’Ecole de Paris rassemble aussi Picasso, Chagall, Soutine, Pascin, Kikoin,  Modigliani, Van Dongen, Nathalia Gontcharova, Michel Larionov, Foujita,sans oublier les sculpteurs Lipchitz, Czaky, Zadkine, Chana Orloff. Zadkine. 

Tête de pierre de Czaky et marin de Lipchitz

Tous ces étrangers venus manger le pain des bons français?

les révolutions artistiques se succèdent : la naissance du cubisme avec Picasso et Braque. Picasso expose les Demoiselles d’Avignon en 1907, 1908, premier message radiophonique, 1909 Blériot traverse la Manche/

Picasso Femme au Pot de moutarde

Une salle présente de grands tableaux cubistes colorés comme L’Oiseau Bleu de Metzinger, chauvine, je note que le nantais Metzinger était adepte de l’Abbaye de Créteil. 

OIseau bleu Metzinger

1909 aussi les Futuristes italiens sont à Paris avec ce magnifique et impressionnant Bal Pam-Pam de Severini, remarqué par Apollinaire.

Un aéroplane figure en face de la roue de Cycle de Duchamp qui expose déjà ses ready-made.

L’Oiseau de Feu

Autre révolution artistique : Le Sacre du Printemps et les Ballets Russes  qui se produisent dans le Théâtre des Champs Elysées ouvert en 1913. On peut voir à ‘exposition des costumes de scène des ballets russes, un portrait de Stravinsky et de Noureev. Autres ballets : les ballets suédois et le curieux ballet Parade mis en scène par Cocteau, costumes de Picasso, musique de Satie (1917). le cheval fabriqué par Picasso pour deux danseurs est exposé

La Grande Guerre est présente dans l’exposition aussi bien des tableaux représentant les horreurs des destructions que d’autres présentant les tirailleurs sénégalais ( Vallotton) ou soudanais (Mela Muter)

Marie Vorobieff (Marevna) : La mort et la femme

Nombreux artistes s’engagèrent y compris ceux qui n’étaient pas de nationalité française.

Dans le Paris des Années Folles (1920) la vie artistique continue le mouvement Dada et les Surréalistes se développe avec Picabia, Tzara Man Ray et Max Ernst

Foujita deux amies

Tamara de Lempicka deux amies

Comme l’avait montré l’exposition Pionnières au Luxembourg, les thèmes lesbiens ou transgenres sont abordés et les femmes artistes très actives.

Van Dongen : Josephine Baker

Les ballets Suédois et la Revue Nègre ont laissé des images comme le ballet Les Mariés de la Tour Eiffel sur des musiques des compositeurs du groupe des six (Auric, Honegger, Darius Milhaud, Poulenc et Germaine Taillefer). Charlot inspire Fernand Léger pour un Charlot cubiste. mais j’ai surtout été bluffée par les décors de Fernand Léger pour la Création du Monde

Fernand Léger : la Création du monde

l’Exposition s’achève sur l‘Exposition Arts Décoratifs 1925