la piana del Milis et Montiferru

CARNET SARDE

Milis la place et le campanile

Guide vert : itinéraire rose p.376-383

De Riola Sardo,  la petite route SP 11 conduit à Narbolia par des oliveraies très bien entretenues.

Energies renouvelables à Narbolia ?

Le long de la route se trouve une véritable centrale électrique : de nombreux panneaux photovoltaïques sont installées sur des grandes serres blanches où rien ne semble pousser. Après des recherches sur Internet, je trouve plusieurs articles citant ces installations CLIC , l’un d’eux (2015) est très critique et parle de cultures d’aloès et de subventions européennes captées par la mafia, un autre plus récent (2019) vante le projet de culture de spiruline (algues) CLIC ; si j’avais eu ces renseignements avant nous aurions arrêté la voiture pour approfondir la question pour visiter ces installations. Une centrale de méthanisation est associée à cette production électrique. De la route nous n’avons rien vu, ou plutôt des mauvaises herbes ; où en est le projet inauguré en 2019 ? la Société LiveGreen serait le producteur de spiruline.

Milis

Milis Palazzo Boyl

Milis est un bourg agricole de 1500 habitants. A 9 heures, sous la belle lumière du matin se montre sous son meilleur jour. Je suis étonnée de la qualité du bâti de la Villa Pernis : longs murs de gros moellons de basalte avec de plus petits pris dans les joints en ciment clair. Les encadrements des portes sont particulièrement soignés ave pierre et brique mêlés pour les souligner.

La place centrale – Piazza Martiri – est très vaste, dallée de belle pierre volcanique.

Un côté est occupé par le grand Palazzo Boyl (XVIIème siècle) qui abrite un Musée des Costumes et des bijoux sardes. Malheureusement fermé. Il aurait fallu prendre rendez-vous et s’adresser « alla Commune » comme me le dit un des habitués du café d’en face.

Au milieu de la place se trouve un monument aux morts « monumental » agrémenté de massifs fleuris.

Milis S. Sebastian rosace

Dans un coin, le grand campanile carré, très haut, moderne (années 50). L’église San Sébastian fur construite autour de 1500 de style gothique catalan. Sa façade est large, assez basse, claire, ornée d’une rosace de trachyte rose. De part et d’autre de la nef, deux travées séparées par des piliers. Surprenant, derrière l’autel très simple, pas d’abside ni de chœur, une simple fenêtre comme celle d’une maison. Saint Sébastien qui a protégé Milis de la Peste est peint au plafond. Etonnant contraste entre cette église blanche et son campanile sombre. Autre sujet d’étonnement : alors que je m’attendais au calme et au recueillement qui règne d’habitude dans une église, des femmes s’affairent en bavardant très fort comme des pies.

Les façades des maisons sont peintes de couleurs intenses : rouge du Palazzo Boyl, jaune face à l’église.

Milis S. Paolo

La petite église romane San Paolo, à l’entrée de la ville, est à moitié incluse dans le cimetière. Construite en deux étapes au XIIème siècle et au XIIIème avec une grande variété de matériaux. Sur la façade une alternance de pierre volcanique sombre et de grès clair et jolies arches romanes. On observe le contraste entre le porche et la façade noire et blanche avec l’abside dans le cimetière très claire. Selon le Guide Vert on aurait pu voir un retable catalan XVIème siècle si l’église avait été ouverte.

Face au cimetière, les beaux vergers d’agrumes sont enfermés derrière un grand mur noir et blanc surmonté d ’arceaux ; un peu plus loin, l’orangeraie Villaflor est précédée d’un grand portail. Les agrumes sont la spécialité de Milis.

La SP11 monte vers Bonacardo par des collines plantées de magnifiques chênes. On y élève des cochons en liberté qui sans doute mangent les glands.

Bonacardo

Bonacardo sanctuaire byzantin

Village (1600 habitants) très en pente qui s’étire le long de la route. Le groupe monumental Ste Marie Bonacardo est composé du sanctuaire de l’église et des ruines du monastère des camaldules. Un parc jouxte les monuments. Le vaste parvis pavé de dalles volcaniques sombres est planté de magnifiques tilleuls. Avec le petit vent il flotte une senteur délicieuse.

Le petit sanctuaire byzantin fut construit sur les ruines d’un établissement thermal romain, il reste une mosaïque et un bassin mais c’est fermé à clé . Au VIIIème/IX -ème siècle on a couvert le bâtiment et édifié la coupole. Non seulement il a traversé les temps mais il est aussi touchant par la variété des matériaux ; il intègre aussi des poteries, de la vaisselle et des briques. Chaque façade est différente. A l’arrière on voit des petits arcs en brique comme dans les églises grecques.

Eglise de Bonacardo

Basilique Santa Maria (XIIème/XIIIème s.)

La Basilique était l’église de l’Abbaye des Camaldules. C’est une grande église, très sobre ; le Guide Vert la qualifie d’austère. La sombre pierre volcanique est taillée avec soin presque sans ornements. La nef est très haute, dépouillée avec de hauts piliers, sur le mur du côté de l’abbaye deux grands arcades sont à peine marquées.

Nous quittons Bonacardo pour Seneghe, petit bourg tranquille (1770 habitants), spécialisé dans l’huile d’olive et l’élevage de bœufs blue rosso fournissant une viande de grande qualité. L’église possède un fronton classique. Les piliers basaltiques accolés à la façade blanche sont originaux. Elle est si grande si large qu’elle parait disproportionnée. En face une belle fontaine est ornée de chevaux de bronze. Je descends la via Pippia très très calme bordée de belles maisons. Ici aussi le mélange des matériaux de construction est remarquable : pierres volcaniques et brique. Les portes sont soignées. La plaquette de la mairie de Seneghe signale les maisons aragonaises.

Santu Lussurgiu

Nous retournons à Bonacardo pour trouver la route qui mène à Santu Lussuregiu et qui s’élève dans le Montiferru qui est un massif volcanique. Nous dominons la plaine. Les cultures verdoyantes d’agrumes et les oliveraies ont disparu remplacés par la forêt de châtaigniers et de yeuses. En ce moment les châtaigniers sont en fleur.

Santu Lussurgiu (2372 ha) est bâti sur l’ancien cratère d’un volcan en amphithéâtre. Il faut chercher le centre du village dans le creux. On s’arrête près d’un jardin public verdoyant à l’ombre ce qui est appréciable parce qu’il est passé 11 heures. Le Musée de la technologie contadine est beaucoup plus petit que je ne l’imaginais (difficile à trouver) et fermé ; il n’ouvre qu’en Juillet et Aout, sur rendez-vous. Lot de consolation : une exposition de photos grand format représentant une course de chevaux Sa carela e’ nanti en costumes.

Nous poursuivons le circuit sur la route de Cuglieri (SP 19) à traves une magnifique forêt de chênes. Pause à l’ombre. De temps en temps un affleurement volcanique est visible : neck ou dyke (filons volcaniques isolés par l’érosion) Le volcanisme est très présent dans le Montiferru quand on est attentif. Il se remarque partout dans les matériaux de construction, les murettes limitant les parcelles, en blocs dispersés. Trachyte ou basalte.

Cuglieri

Cuglieri (2671 ha) se voit de loin, perché sur la colline, dominé par son énorme église blanche à coupole : la Madona delle Neve. A notre arrivée à 13 heures, la ville est bruyante : discussions très animées au café et surtout passage du cortège de voitures ornées de nœuds et rubans d’une noce. Je croise des dizaines de très gros SUV étincelants tandis que je remonte à grand peine la pente, m’effaçant dans l’embrasure des portes. Des femmes en robes longues, des hommes en chemises blanches et cravates, des fillettes endimanchées descendent à pied. Les marches de l’église est couvert de riz. L’autel est très fleuri. Intérieur de ‘léglise peint en crème avec toujours des lustres en cristal. Le panorama vu du parvis est fantastique avec la mer bleu foncé et les villages environnants. Cela aurait été un bel endroit pour le pique-nique mais impossible de monter en voiture avec le cortège qui occupe toute la ville !

Il est bien trop tard pour essayer de visiter les deux musées : Museo dell’olio Zampa et Convento dei Cappuccini.

La sieste fait une grosse coupure dans la journée au moins jusqu’à 16 h parfois 17 heures. La journée des touristes est courte : de 10 à 12 ! (Bien sûr, les voyages organisés tiennent compte des horaires, prennent des rendez-vous….et ne perdent pas de temps à chercher d’improbables parkings).

A défaut de visites culturelles :  baignade  à Bosa Marina où la plage est abritée et la profondeur suffisante. Je nage plus d’une heure.

Nous rentrons par les zones incendiées en 2021.

Torre del Pozzo au coucher du soleil

Jean Painlevé – Les pieds dans l’eau – Jeu de Paume des Tuileries

Exposition temporaire jusqu’au 18.09.2022

Une exposition fascinante dans le bestiaire fantastique du littoral, filmé sous l’eau avec cet équipement baroque ou au laboratoire en microphotographie.

puce

J’ai perdu la conscience du temps qui passe en regardant les films de Painlevé : La Pieuvre, Les Daphnies, Le Vampire, L’Oursin, Crevettes…filmés de loin, de près, de très très près, grossis 150.000 fois. Et j’ai découvert des animaux dont je n’avais jamais entendu parler : Aceras, (mollusque)Hyas et Sténorinques(crustacés), j’ai vu se déployer des Spirographes.

Certains films datent de 1929, d’autres sont beaucoup plus récents comme la Transition de phase des cristaux liquides, en couleur, presque de l’art abstrait (d’ailleurs pourquoi ai-je écrit presque)?

Des tirages Noir&Blanc d’une grande beauté, non dépourvus d’humour comme ces pinces de crustacés qui évoquent un profil (il y en a une autre où la pince de homard ressemble à De Gaulle).

J’ai pensé au temps jadis où la sortie du projecteur Super8 en classe déclenchait l’enthousiasme des élèves pas encore saturés d’Instagram et de documentaires animaliers pompeux. Loin des opéras filmés qui hantent les programmes télévision. Du cinéma slow, sobre, mais tellement bien filmé, du soin, de l’humour, de la précision, de l’observation, de la science quoi!

Acera dansant ou Femme à la fraise Renaissance

 

les plages des environs de Torre del Pozzo

CARNET SARDE

S’Archittu : l’arche

Journée ensoleillée mais ventée. La mer est décorée de crêtes blanches quand nous la découvrons ce matin.

S’Archittu

S’Archittu est la station balnéaire à 2 km de Torre del Pozzo. La route longe le littoral puis entre dans S’Archittu. Il faut garer la voiture et gagner la petite promenade lungomare, jolie petite croisette fleurie, dallée avec des boutiques (peu) et des pizzerias au-dessus de la plage. Cette plage est le plus souvent rocheuse avec de petites criques de sable. Aujourd’hui, avec le vent, seuls les surfeurs sont à l’eau. Quelques zodiacs et bateaux à moteur se balancent et même un petit voilier à coque rouge ? Au bout du village, un parking permet d’accéder à une très belle promenade dallée et pavée de galets bordée d’une banquette de pierres volcaniques. De cette allée on voit l’arche blanche qui a donné son nom au village de S’Archittu. Creusée dans une roche d’un blanc éblouissant, elle me rappelle un site analogue à Milos.

Torre del Pozzo vu de s’Archittu

Des agaves se détachent sur la mer. Les vagues s’engouffrent dans l’arche, se fracassent sur les rochers à grand bruit. C’est spectaculaire Deux escaliers descendent à une plage minuscule qu’une famille à elle-seule a colonisée avec un drap de bain et une piscine d’enfants gonflable. D’autres personnes arrivent , ils vont devoir se replier et se tasser !

S’Archittu les vagues sous l’arche

Une plateforme rocheuse fait une banquette, sentier côtier qui relie une autre plage, un homme y est assis à côté de canoës et planches à louer.  La promenade se poursuit aussi en corniche et le sentier arrive sur l’arche elle-même. Je continue sur l’arche blanche, crayeuse ou marneuse ? creusée de cupules dans lesquelles cristallise le sel. D’autres anfractuosités déchirent le rivage. Les vagues s’y précipitent et battent les parois à grand coups de butoir.

Spiaggia di Is Arenas/ Spiaggia La Pineta

Spiaggia Is Arenas

De l’autre côté de Torre del Pozzo, en direction du sud, avant Riola Sardo, la route SS 292 passe devant une très belle pinède en bord de plage. Elle est occupée par deux campings et un condominium. J’avais peur que les campings ne se soient approprié la plage. Mais non !  il existe un parking devant l’entrée du camping et un passage entre la dune et le grillage. Une immense plage de sable fin commence à Torre del Pozzo et se poursuit loin, très loin vers la presqu’île de Sinis. Impossible de se baigner avec les vagues mais je peux marcher très loin les pieds dans l’eau ou sur le sable mouillé. Parfois une vague plus puissante me trempe jusqu’aux cuisses et me fait reculer.

A quelques kilomètres de Riola Sardo, la SP coupe la presque-île de Sinis en passant par de paisibles campagnes : champs moissonnés où paissent les brebis, cultures maraîchères. Au bout de la route Capo Mannu avec plusieurs plages.

Puzzu Idu, à l’arrière d’un bel étang, est la plus organisée. Une digue entre mer et étang est plantée d’une rangée de très hauts palmiers (genre palmiers à sucre). Elle est occupée par des Food trucks et Beach Bars dans des grosses boites métalliques comme des containers. D’autres containers abritent aussi des boutiques, articles de plage, location de surfs, de vélos. C’est très artificiel, très laid. Bien sûr, on aurait pu garer la voiture face à l’étang, tourner le dos à tous ces artefacts, oublier les installations…et j’aurais pu me baigner sur une plage abritée en toute sécurité. Mais vraiment toute cette foire nous dérange !

Mandriola

En face un petit massif boisé où sont nichées quelques maisons attirent le regard. Des maisons basses entourées de jardins sont sous les pins, un peu plus loin, au bord de l’eau, un bois de mimosas et de genévriers. Un couple âgé a sorti des chaises longues entre leur maison et le rivage. Une digue métallique un peu cabossée entre dans l’eau. Le littoral est rocheux, plein de posidonies, n’incite pas à labaignade amis un vent frais agite les mimosas. Si nous avions l’attirail des Sardes, chaises pliantes et glacière, nous aurions été très bien pour piqueniquer.

Su Pallosu : rochers

Nous traversons le petit cap de Capo Mannu et nous trouvons le site idéal à Su Pallosu : sur un panneau il est précisé Marina di Pallosu – Tonnara. Des rochers spectaculaires sont battus par les vents. Certains portent des pointes acérées, d’autres sont encroûtés d’une couche poreuse ressemblant à une éponge durcie. Un îlot, des cascades s’écoule nt après le passage de la vague. Le spectacle est magnifique. La promenade continue sur les rochers parmi les Hélicrises (immortelles de Corse) bien inodores et les plantes grasses jusqu’à une plage Spiaggia Messalonga, selon la carte. Des tours surveillent le rivage : Torre Scala e Sale, Torre Capo Mannu.

Spiaggia Mari Ermi

Retournons à la SP292 presque jusqu’à Riola Sardo, et traversons à nouveau le Sinis(16 km) le long de l’étang de Cabras, nous aboutissons à un petit port d’où on s’embarquent les bateaux pour l’Ile du Mal de Ventre – aucune colique à craindre, c’est seulement une corruption du  Sarde qui fait allusion aux mauvais vents qui causent des naufrages. Aujourd’hui, hors saison et par gros temps, il n’y a  pas de passage. Deux restaurants, quelques cabanes de roseaux, un parking et une vaste plage de sable blanc qui s’étend sur des kilomètres. Ici encore, je dois renoncer à la baignade : les vagues semblent calmées, un seul rouleau se brise sur la plage. Mais quel reflux, je dois me cramponner pour ne pas être aspirée. D’ailleurs personne ne se baigne.

Barumini : site nuragique

CARNET SARDE

Barumini : Su Nuraxi et le village nuragique

Barumini

L’hôtesse de l’Office de tourisme d’Oristano nous avait conseillé d’y passer une journée. C’est un « incontournable » touristique « patrimoine Mondial de l’Humanité » très – très touristique !

Le « trop touristique » commence au bar : tramezzini infects pour 5€, pas de choix. Puis à la billetterie : 15€ la visite guidée obligatoire. Deux visites partent toutes les 30 minutes, l’une en Anglais, l’autre en Italien. J’ai choisi l’Italien et j’ai bien fait : c’est un tout petit groupe de 7 personnes en Anglais ils sont 30. Le guide est très sympathique, il sollicite les questions et y répond avec gentillesse.

Su nuraxi

Ce nuraghe qui ressemble de loin à une pyramide est un château-fort. Un donjon est flanqué de quatre tours. Le plus grand trésor est le puits. Les hommes des Nuraghes vénéraient l’eau qui était sacrée. L’eau c’est la vie. Le nuraghe a pour fonction (entre autres) e protéger le puits sacré.

Burrumini : les villaes nuragique à la base du nuraghe

Au pied de la forteresse sont installés deux villages nuragiques qui se sont succédé : le plus ancien est de l’âge du Bronze et a laissé des cercles de pierre plutôt sommaires : une grosse pierre pour la cuisine et peu d’autres aménagements. Celui de l’âge de Fer est beaucoup plus sophistiqué avec des séparations de pierre, une arche pour faire une porte, une banquette qui court autour de la salle ronde autour d’une vasque servant peut-être à des cérémonies lustrales. Dans la capanne n°80 on a trouvé une maquette du nuraghe (comme celles exposées à Cabras)

dans la tour

Dans le nuraghe, il faut se faufiler dans d’étroits passages pour découvrir les quatre tours situées aux points cardinaux. La tour nord est intacte. C’est aussi la plus fraîche, on pouvait y conserver du gibier. Comme à Armungia, l’intérieur a la forme de tholos : les pierres se chevauchent de proche en proche pour forme un cône évidé. On a construit un escalier métallique pour explorer la grosse tour centrale. C’est plus facile que de descendre l’escalier intérieur en pierres glissantes. La grande tour était occupée sur trois niveaux. On a retrouvé un morceau de poutre coincé dans les pierres qui a permis de dater au C14.

Dans le billet sont incluses les visites à la Casa Zapata et au Centre Giovanni Lilliu (le découvreur du nuraghe Su Nuraxi.

Casa Zapata

Casa Zapata : chapelle et jardin

La Casa Zapata est dans le centre du village de Barumini. C’est une belle villa du XVIème siècle de style espagnol, blanche avec les encadrements des portes et fenêtre en pierre finement sculptés. Elle fut construite en 1541 par le baron alcade de Cagliari.

Dans les communs, trois expositions :

launeddas

Les launeddas : instrument traditionnel sarde, le plus ancien instrument de musique méditerranéen polyphonique retrouvé sur des statuettes nuragique VIIème/VIIIème siècle. Flûte de roseau simple ou double. On peut en adjoindre une troisième .

La section historique traite de l’histoire de la maison et surtout des barons qui la possédaient. La dernière descendante a vécu au XX -ème siècle. On voit des lettres, et des documents . Les cartels expliquent les rapports entre la noblesse et les paysans.

Casa Zapata une villa espagnole

La surprise vient de la section archéologique . Les visiteurs sont mis en attente parmi les flûtes et les lettres . La guide nous conduit à la maison. Et, surprise ! On découvre un nuraghe à l’intérieur qui se trouve dans les fondations. Le baron Zapata le savait-il ? Surtout que ce n’est pas une simple tour mais un nuraghe avec quatre tours et une cour extérieure. Etonnant aussi, la pierre n’est pas la même qu’à Su Nuraxi pourtant tout proche. A la Casa Zapata il est construit en pierre claire alors qu’une tour en basalte se trouve à l’extérieur de la villa

Des bronzetti sont aussi exposés : l’un d’eux figure des bateaux, on voit aussi des animaux en bronze, un renard et un sanglier.

Les objets du village nuragique racontent la vie d’alors :  pintaderas en céramique (cercle décoré de motifs géométriques pour la panification.

Du Vert Galant à Aulnay-sous-bois avec le Voyage Métropolitain – (2) Sevran

PARIS/BANLIEUE

le Canal de l’Ourcq

Après avoir passé le canal nous allons piqueniquer à la Poudrerie . Imaginée par Napoléon III, a proximité du Canal de l’Ourcq et de la voie ferrée, éloignée des centres d’habitation à cause des risques d’explosion, elle a été en fonction pendant un siècle de 1873 à 1973. Actuellement, la plupart des bâtiments ont disparu. On peut juste imaginer les 3000 ouvriers qui y travaillaient. Les rails inclus dans les allées pavées ou cimentées rappellent que circulaient des wagonnets et même des trains. Autre souvenir : les mares destinées au refroidissement et les merlons qui protégeaient les autres installation d’une explosion accidentelle : une chanson : La chanson du poudrier rappelle les risques du métier. Un musée est installé dans les bâtiments qui subsistent mais il est fermé.

La promenade en sous-bois nous mène dans des quartiers habités de Sevran. Je reconnais le quartier Montceleux où nous avions été accueillis en 2018. Le maraichage est tenu par Le Jardin Aurore (agriculture biologique distribution circuit court). J’ai le grand plaisir d’apprendre que le projet de méga piscine à vagues qui devait noyer une grande parcelle de terre agricole et peut être les maraichers, est abandonné : pharaonique, inutile, anti-écologique et surtout impossible à mettre en eau en période de sécheresse. victoire du bon sens! Nous grimpons sur la Butte Montceleux d’où on jouit d’un panorama très étendu jusqu’à Paris : Tour Eiffel, Sacré Coeur, La Défense….Observation en musique : un groupe de 5 jeunes hommes répèpaysagte dune chorégraphie pour le mariage de l’un d’eux. C’est très sympathique. 

 

Nous rejoignons enfin le Canal de l’Ourcq espérant un  peu plus d’ombre et de fraîcheur. Mais il y a encore une visite : La Friche Kodak : grand terrain laissé libre à la fermeture des usines Kodak. Libre mais pollué avec tous les métaux et les produits chimiques qu’on imagine pour le développement des photos mais aussi des film radio et des microfilms. Impossible de cultiver quoi que ce soit ou de construire de peur des contamination. On a donc décidé de faire de cette friche un parc ouvert à tous, mais un parc dans lequel les paysagistes et jardiniers n’interviendraient qu’à minima. Expérience pour voir comment la flore et la faune vont reprendre leurs droits. Pour les paysagistes ces paysages ont un nom : le tiers paysage et » les étudiants apprennent à  ne rien faire »

C’estGilles Clément  (paysagiste du jardin Rayol) qui a énoncé ce concept.

Ici aussi, le livre de Marielle Macé  : Nos Cabanes illustre 

« Les noues touchent à ce « tiers paysage » que Gilles Clément a mis en valeur. Ces milieux qui émergent sans
programme et vivent en marge des zones d’aménagement urbain ou d’exploitation agricole, ces fragments du « Jardin planétaire » constitués par l’ensemble discontinu, en liberté, indécidé, et très pluriel, des lieux délaissés (« délaissés urbains », c’est comme cela qu’on les appelle, mais aussi friches, talus, landes, lisières…) qui accueillent une diversité écologique surprenante,

Car le tiers paysage n’est pas exactement quelque chose que l’on aménage, c’est quelque chose que l’on ménage.
Ménager plutôt qu’aménager. Jardiner les possibles, prendre soin de ce qui se tente, partir de ce qui est, en faire cas, le soutenir, l’élargir, le laisser partir, le laisser rêver.

Tiers paysage comme tiers état et pas comme tiers monde, précise Gilles Clément. « Espace n’exprimant ni le pouvoir ni la soumission au pouvoir. »

Et de revenir aux phrases prononcées par l’abbé Sieyès en 1789 :

Qu’est-ce que le tiers état ? – Tout.

Qu’a-t-il été jusqu’à présent? – Rien

Que demande-t-il? A être quelque chose. 

Saules et peupliers prospèrent, pyracanthes aussi (d’où proviennent-Ils) les peupliers du temps de Kodak sont très hauts. On a planté des cerisiers (tuteurs) . pas d’allées tracées, seulement celles que les pas des promeneurs ont piétinées. 

Un beau terrain d’aventure pour les gens de Sevran!

Après la Friche nous retournons sur le Canal pour des explications historiques : c’est son anniversaire quand même!

Du Vert Galant à Aulnay-sous-bois avec le Voyage Métropolitain (1)les cabanes de Tremblay

PARIS/BANLIEUE

le Canal de l’Ourcq

Le Canal de l’Ourcq  fête son bicentenaire occasion de retourner s’y promener et de s’intéresser aux communes qu’il irrigue : Tremblay-en-France, Sevran et Aulnay-sous-bois. 

Tremblay-en-France

Une dame de la Mairie de Tremblay nous fait la visite guidée, tout de suite, elle nous parle « des bois » – vestiges des légendaires bois de Bondy infestés par les bandits? Ou bien le nom de Tremblay sonne-t-il comme tremble, espèce voisine du peuplier qui borde le Canal? ou même la silhouette de la commune sur la carte étalée sur le trottoir qui figure un arbre. On s’attendait à une banlieue de triste béton et on découvre une ville qui s’est construite à l’ombre  de magnifiques hêtres et chênes dont l’Office National des Forêts prend encore soin. Autrefois, dans les années 70 ou 80, on empruntait encore des sentiers sous les arbres pour aller à l’école, à la gare, à la piscine….le XXIème siècle, sécuritaire, a dressé des grilles, équipé les portails de digicode, abattu les passerelles piétonnières….Il faut maintenant contourner les copropriétés et faire de longs détours.

cabanes perchées de Kawamata

On fait donc le détour pour découvrir le Parc de Tremblay, hautes futaies, mare avec des roseaux (plutôt à sec en cette année de canicules), de belles allées sont bordées de ganivelles pour éviter les piétinements intempestifs.

Nous cherchons les cabanes perchées du plasticien Tadashi Kawamata 21 cabanes, des « nids » et des nichoirs à mésanges, œuvre des enfants des écoles, composent cette installation appelée « Bain de Forêt ». les Japonais pratiquent le bain de forêt à but thérapeutique et cette pratique essaime en Europe aussi. Tadashi Kawamata est un artiste reconnu mondialement, il a construit ses cabanes au Centre Pompidou-Beaubourg, au Canada, à New York, en Belgique….Ces installations ne sont jamais gratuites ni coupées de la population. Elles ont été construite en matériel local (planches) en concertation avec les habitants. Aucun accès pour parvenir à la cabane perchée, ni échelle, ni corde. Les seuls occupants seront les oiseaux. Peut être vont-elles se dégrader? C’est fort probable, et prévu, aucune pérennité n’est exigible d’une cabane. Jeu philosophique entre la précarité de ceux qui occupent généralement les cabanes et la fonction d’abri provisoire…Enfants qui construisent des cabanes mais qui les abandonneront quand ils seront adultes, réfugiés, cabanes de misère des bidonvilles. Ces cabanes ne sont pas vouées à l’éternité.

Cabanes perchées de Tadashi Kawamata

Trois cabanes au dessus de nos têtes, Jens sort un petit livre jaune : Nos Cabanes de Marielle Macé  (Verdier, éditeur) et nous en lit quelques passages:

Faire des cabanes : imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Trouver où atterrir, sur quel sol
rééprouvé, sur quelle terre repensée, prise en pitié et en piété. Mais aussi sur quels espaces en lutte, discrets ou
voyants, sur quels territoires défendus dans la mesure même où ils sont réhabités, cultivés, imaginés, ménagés
plutôt qu’aménagés.

Faire des cabanes en tous genres – inventer, jardiner les possibles ; sans craindre d’appeler « cabanes » des
huttes de phrases, de papier, de pensée, d’amitié, des nouvelles façons de se représenter l’espace, le temps,
l’action, les liens, les pratiques. Faire des cabanes pour occuper autrement le terrain ; c’est-à-dire toujours,
aujourd’hui, pour se mettre à plusieurs…..

anneau de jeu

Le sentier débouche sur une perspective,. D’un côté, un très agréable café-bibliothèque, Café Cosy avec des chaises-longues et surtout des livres passionnant dont un beau livre d’art montrant les réalisation de Kawamata à travers le monde, parmi des guides de permaculture, de bricolage du bois….

A l’intérieur du tunnel

En face : l‘anneau de jeu destiné aux enfants que nous ne dédaignons pas. De l’extérieur on ne peut pas deviner les épreuves qui nous attendent.

nouvelle épreuve dans l’anneau

l’inclinaison du parquet nous déstabilise, à quelle hauteur nous trouvons nous? comment ressortir?

j’aurais dû laisser mon sac en bas, il faut ramper! choisir les toboggans? ou des escaliers traîtres qui me forcent à m’asseoir?

Jens a préparé toute une étude sur les aires de jeu : historique remontant à 1830- 1850 Kindergarten en Allemagne, terrains de sport en Angleterre. L’aspect du jeu dans la pédagogie est fort intéressante. Le jeu en plein air est très exploité dans les pays scandinaves. En France, les aspects sécuritaires et juridiques brident l’imagination des pédagogues, et des constructeurs.

Cet anneau conçu par Willemin Architecture Landscape et Egis est particulièrement réussi.

La dame de la Mairie nous entraîne vers des endroits remarquables de la ville : un théâtre, un cinéma datant des années 30 fonctionnant encore comme salle Arts et Essais dédié à Jacques Tati  (fresque Street Art C215)

Monte Arci – le musée et le sentier de l’obsidienne

CARNET SARDE

Monte Arci

Le Monte d’Arci (812 m) déploie sa large silhouette en bouclier près de la voie rapide S.S. 131 ; nous l’avions remarqué en arrivant dans la région lundi. Selon l’Île des Ames, le polar de Piergiorgio Pulixi, que je viens de terminer, au Monte d’Arci les forces telluriques attiraient les adeptes de la secte néo-nuragique. Ce volcan, un peu magique, ne pouvait que me plaire. Depuis longtemps, je collectionne les volcans.

Le Musée de l’Obsidienne est à Pau, sur les flancs du volcan. Non loin de là, le Parc Géominier aorganisé des points d’observation et des sentiers de randonnée.

Comme la route est longue, nous sommes parties tôt pour arriver à l’ouverture du musée. A Riola Sardo la petite route SP 12 nous fait éviter Oristano. Des petits champs rectangulaires vert vif attirent notre attention : des rizières ! Certaines sont même inondées.

31 km sur la S.S. 131 – route à 2×2 voies Cagliari-Sassari – qui ressemble à une autoroute. A la sortie Uras, la S.S. 442 s’élève dans la montagne par de larges virages et tourne dans les gros buissons des lentisques. Dans les vallées, des champs moissonnés où paissent des brebis. Des amandiers et de la vigne. Paysage de collines, presque de montagne, très paisible, ressemblant un peu au Massif Central et parfois à cause des cyprès à la Toscane. Les eucalyptus sont vraiment encombrants, on les voit partout en Sardaigne.

Nous traversons Ales – village natal de Gramsci .

Echantillons d’obsidienne et matériel pour la tailler au temps des nuraghes

9h30, en attendant l’ouverture du Musée de l’Obsidienne à 10 h, je fais un  tour dans les rues désertes pavées de basalte et de galets. Dans les murs je remarque des blocs noirs brillants : l’obsidienne. Je suis adepte de la « géologie des murs ». Un chemin de croix contemporain traverse le village : le visage du Christ modelé en terre est assez réussi.

Le Musée  qui a pour sujet unique l’Obsidienne,  utilise tous les moyens modernes : audioguide multilingues, écrans tactiles, belles photographies en couleur grand format. Mise en scène soignée et jolies vitrines où les lames, éclats et nucléus d’obsidienne sont présentés comme des bijoux.

L’Obsidienne résulte de la solidification rapide d’une lave fluide, une vitrification. La teneur en silicium varie selon les variétés.

Dans la première salle, des échantillons de silex, glauconie, marnes amorphes, sont présentés à côté de l’obsidienne noire ou teintée de brun et de gris. Certains échantillons d’obsidienne sont rubanés et très beaux.

La salle suivante montre comme les hommes, pendant la Préhistoire ont appris à débiter les blocs en nucléus, lames, pointes, et comment ils ont commercé à travers la Sardaigne et au-delà de la mer pour exporter l’obsidienne au nord de l’Italie et même jusqu’en Gaule et en Catalogne. Une pirogue monoxyle occupe le fond de la salle.

L’obsidienne est le plus souvent noire mais pas toujours elle peut être colorée et rubanée

Un joli musée pour un sujet très pointu !

Pau a très bien indiqué les sites du parc Géominier. Nous trouvons facilement le Sentier de l’Obsidienne recouvert d’éclats noirs et brillants. Des panneaux bilingues nous interdisent de prélever des échantillons avec des amendes prohibitives de 500€ pour un petit éclat et 5000€ pour un gros. L’obsidienne sarde ne s’exporte pas : la boutique propose de jolies pointes mais en obsidienne d’Arménie. Jolie promenade un peu escarpée dans un  sous-bois de chênes. Une autre promenade est proposée un peu plus bas sur le thème de la faune de la forêt.

Nous retournons à Ales pour visiter le Musée du Jouet. Sur la brochure il y avait de jolis objets en liège. Impossible de le trouver à Ales puisqu’il se trouve à Zappara. Introuvable à Zappara, il est fermé depuis deux ans. Un monsieur très bavard nous conseille d’aller plutôt à Burrumini qui est à 20 km.

 

Machu Picchu et les Trésors du Pérou – Cité de l’Architecture au Trocadéro

Exposition temporaire jusqu’au 4 septembre 2022

le Trésor du Pérou

Les deux billets de Claudialucia m’ont convaincue d’aller voir cette exposition. Difficile d’écrire mieux! Je vais quand même essayer de résumer cette visite éblouissante.

parure d’or

Les deux images ci-dessus correspondent avec l’idée que je me faisais du Trésor du Pérou. C’est cette abondance d’or qui a attiré les Conquistadors et qui justifie le terme d’Eldorado.

les grenouilles finement travaillées du collier

J’avais eu un avant-goût de ce travail d’orfèvrerie à San José (Costa Rica) , bien  éloigné du Pérou mais également Précolombien.

Cependant j’ai surtout aimé entrer dans un monde inconnu tellement bien illustré par les céramiques peintes.

 

j’ai eu l’impression de découverte comme si j’entrais pour la première fois dans une tombe égyptienne peinte ou comme si j’observais pour la première fois les vases grecs racontant la mythologie. Les conservateurs de cette exposition ont su présenter les symboles, les cérémonies du sacrifice et raconter l’épopée du héros Ai Apaec 

Cruche contenant de l’eau pour activer le camaquen : la force vitale qui anime le monde : Spirales, symboles de l’eau du mouvement, du cycle des saisons, cycles

Avant de nous raconter des histoires, nous  nous familiarisons avec les symboles et les acteurs du monde précolombien, monde chamanique où les valeurs sont bien différentes de celles de notre monde où l’homme a une place privilégiée. Dans ce monde animaux, plantes, éléments naturels se mêlent sans hiérarchie anthropocentrée.

félin admirés par les dirigeants politiques et religieux pour leurs aptitudes à la prédation
Récipient entouré par un serpent ou dragon. Les dragons andins sont liés au monde intérieur

Des céramiques sont ornées d’oiseaux  connecté au Monde Supérieur : chouettes, cormorans, hiboux. Les colibris symbolisent la résurrection.

chimère

Serpents, grenouilles et crapauds sont en relation avec le Monde Inférieur, reliés aussi au mouvement de l’eau qui coule.

Chimère, être humain aux yeux de hibou entouré de serpents

Dans le monde andin, les humains et les animaux ne sont pas séparés, les chamans peuvent canaliser des pouvoirs animaliers : représentation d’êtres hybrides félin-oiseau-serpent- humain. J’ai remarqué que ces objets étaient presque tous creux comme des flacons et des bouteilles.

Scène sexuelle

Nombreux rituels avaient pour but la fertilité et il existe des représentations de scènes sexuelles très précises d’êtres humains copulant ou se masturbant.

Ai Apaec, le super-héros

La Légende d’Ai Apaec, le super-héros

Nous entrons de plain-pied dans l’épopée du héros mochica (100-800après JC) illustrée des céramiques représentant le héros. Ai Apaec voyant le soleil se coucher craint que la Terre ne reste plongée dans l’obscurité et se lance dans un voyage à travers les trois mondes.

Ai Apaec chevauche le vautour et part avec ses amis, le chien et le lézard.

Ai Apaec devient lui-même crabe avec des pinces

Puis il traverse le monde marin et combat avec le crabe, puis avec l’oursin et se transforme en poisson-globe

Ai Apec

enfin il est vainqueur de l’escargot géant: le strombe dont la conque en spirale renferme les cycles naturels

Ai Apaec sur le strombe

Ai Apaec s’unit avec la Terre-Mère donnant naissance à l’Arbre de vie. On voit aussi divers avatars du héros en épis de maïs ou en piment. Vieux, il sera victime de l’Egorgeur

Ai Apaec vieux est victime de l’Egorgeur

Toujours de manière très imagée l’exposition va nous raconter une histoire sanglante : celle des sacrifices rituels

Sacrifice des animaux : les daims

Il y avait aussi des sacrifices humains : offrir sa propre vie est un  acte collectif. Une représentation de théâtre d’ombres explique les étapes du sacrifice utilisant les dessins -presque une bande dessinée – sur des vases peints. Agrandissant les personnages de la coupe ci-dessous, on voit les combats, puis le vaincu apporté dans un filet, son cœur et son sang seront offerts à la Déesse-Lune qui le donnera à l’Aigle guerrier puis au Soleil triomphant

Je suis restée longtemps dans cette exposition ébahie devant une telle richesse et une telle complexité!

Bosa et les villages des environs de Cuglieri

CARNET SARDE

les maisons colorées de Bosa

En route

Sur la route de Bosa,  S’Archittu et Santa Catharina de Pittinuri sont de petites stations balnéaires avec des rochers blancs. La route quitte ensuite le littoral. Sur des kilomètres elle traverse une zone desséchée, calcinée, témoignant de l’énorme incendie de Juillet 2021 qui a ravagé la région de Cuglieri. Certains chêne-liège reprennent des feuilles vertes, quelques oliveraies ont été épargnées, les oliviers semblent très vieux.

Cuglieri domine le paysage avec sa grande église qui se voit de très loin. Après Cuglieri les traces d’incendies sont plus erratiques, ici tout est mort, à côté c ’est tout vert. Un arbre a été épargné et pas son voisin. La route de Cuglieri à Sennariolo fait de nombreux virages. Un panneau routier signale que les équipements spéciaux sont nécessaires en cas de neige, on descend de 479 m à 274 m en 5 km.

De Sennariolo à Tresnuraghes, partout des vignes du vin de Malvoisie, cru réputé. Il y a même un Musée du vin.

Bosa Marina

Bosa marina

Avant d’arriver à Bosa, la route longe la mer. Une île reliée par une digue porte une grosse tour ronde Torre del Porto – tour aragonaise XVIème siècle. La digue est nommée via Muraglione  Cadute di Cefalonia rappelant un épisode meurtrier en 1943. A l’abri de cette digue, une très belle plage : grande, à l’eau claire très tranquille aux rares installations balnéaires. Chacun s’installe à sa guise sous son parasol. Il y a aussi des restaurants de plage. L’un d’eux est installé dans un galion.

Bosa

Arrivée sur Bosa de l’autre côté du fleuve

La ville de Bosa est bien cachée, on ne la découvre qu’après avoir passé le fleuve Temo. Elle se dévoile enfin, colorée, coiffée d’un grand château en haut de sa colline. Le Castello Malaspina fut édifié en 1112 par une famille toscane. Je ne le visiterai pas, il est fermé pour restauration (quand ce n’est pas le Covid, ce sont les travaux) je regrette l’église peinte à fresques et les remparts que je peux voir… de l’extérieur.

Bosa fleuve et château

Le panorama est magnifique : la petite ville aux maisons colorées, étroites, peintes de vives couleurs est à mes pieds.

Bosa les petites maisons peintes

Des escaliers et une rampe passent par des ruelles. Sur les fenêtres et la rambarde on a disposé des jardinières fleuries. Le moindre carré de terre est occupé par de gros massifs de lauriers roses. Je ne me lasse pas de prendre des photos.

Une dame travaille dans la rue à sa dentelle : le filet de Bosa. Le cadre est carré d’environ 50 cmx50cm, le fil écru est tendu en formant une trame, la brodeuse remplit les petits carrés avec une aiguille. Au mur elle a épinglé sa production. Comme toutes les dentelles artisanales, elle est chère ! Et d’ailleurs que puis-je faire de la dentelle ? l’offrir ?

la dentelière de Bosa au travail

Plus je descends, plus les maisons sont bourgeoises, moins colorées, plus sophistiquées avec de belles parures de pierre, des plantes vertes en pots le long des murs.

La Chiesa Madonna del Carmine est assez sobre avec son encadrement de trachyte rouge. A l’intérieur, elle est baroque et les lustres de cristal m’étonnent toujours. L’autel de marbre est impressionnant.

Je retrouve Dominique garée Place Jean XXIII, facile à trouver avec son grand monument et ses tilleuls.

De la place part le Corso Vittorio Emanuele II, la rue principale de Bosa animée avec de nombreuses boutiques, des bars et restaurants qui ont installé leurs terrasse suir la Piazza della constituzione. Emplettes de touristes : cartes postales, souvenirs, spécialités sardes, pâtisseries, vin de Malvoisie. Etonnante, cette église coincée entre les maisons ; l’Oratorio Madona del Rosario, portail Renaissance et Horloge de la Ville. D’une façade dégouline de la vigne.

Tanneries

Un vieux pont en pierre volcanique enjambe le fleuve Temo ainsi qu’une élégante passerelle pour piétons et cyclistes. Sur la rive opposée, Sas Conzas les ateliers des tanneurs, aux façades étroites, oranges, jaunes, vertes à un étage et un toit à double pente forment un alignement pittoresque. Un musée de la Tannerie occupe l’un d’eux : en rez de chaussée les grosses cuves rondes creusées dans la roche sont recouverte d’un plancher de verre. Tout le processus de tannerie est expliqué avec des machines pour affiner les peaux et des photographies anciennes montrant que l’activité a perduré jusque dans les années 50. A l’étage, on voit d’autres machines, le système pour épiler les peaux, les outils à main pour les finitions.

Musée de la Tannerie

Baignade très agréable à Bosa Marina l’eau est tiède, calme, limpide et même profonde. Je prends pour cap une bouée orange. Avoir un but me motive.

Nous trouvons l’emplacement du piquenique sur la place de l’église de Santa Maria del Mar. L’église est minuscule, une petite coupole peinte en rouge surmontée d’une croix la distingue des maisons environnantes. Porter close (pas de porche). Cette église est le centre d’un important pèlerinage. Les abords sont aménages avec une sorte d’amphithéâtre avec une scène et des gradins, belles dalles en pierre volcanique ? une banquette de pierre court tout autour et surplombe la mer.

Porto Alabe a une très belle plage accessible en voiture.

Nous repassons par Tresnuraghes, bourgade tranquille avec sa grande église Saint Georges, sombre au plafond jaune décoré d’une frise.

Punta di foghe tour

10 km d’une route très étroite, sur la fin d’une mauvaise piste nous conduisent à Punta di Foghe : cette pointe très fine s’avance dans la mer dans un environnement très sauvage de falaises sombres et très hautes. Une grosse tour en basalte se dresse dans le maquis. Au retour on remarque la vallée très profonde taillée dans la roche.

Punta di Foghe falaises

S’Archittu : sa petite « croisette » lungomare domine les plages. Quelques restaurants y sont installés. Plus loin, une très belle promenade piétonne permet d’admirer l’arche creusée par la mer dans une roche blanche éblouissante. Malheureusement le ciel est gris et la lumière ne met pas en valeur le site. Il faudra revenir !

Cabras et San Salvatore

CARNET SARDE

les Géants de Cabras

San Salvatore

Cumbessias de San Salvatore

San Salvatore est un village-fantôme, ou plutôt un village qui ne vit que quelques jours par an, en septembre à l’occasion d’un pèlerinage. Les petites maisons sont bâties autour d’une aire sacrée depuis els temps nuragiques. L’église est elle-même construite sur un ancien temple romain dédié à Vénus, Mars et Hercule. Dans la crypte on pourrait accéder à l’hypogée où sourd une source sacrée dédiée à l’époque punique à Sid, dieu guérisseur. On pourrait aussi voir une mosaïque romaine. Malheureusement, c’est fermé pour cause de Covid-19, depuis deux ans, m’explique le propriétaire du restaurant. Autour de l’église les Cumbessias (chambre des pelerins depuis le XVII ème siècle. Le premier samedi de septembre a lieu la Corsa degli Scalzi , 800 hommes vêtus de blancs, déchaussés courent de Cabras à San Salvatore.

Ce village vide, mais pittoresque, a été le décor de westerns-spaghetti.

Cabras

les barques et l’étang de Cabras

Nous garons la voiture à côté de la Coopérative des Pêcheurs sous des eucalyptus qui donnent de l’ombre. L’étang de Cabras est maintenant gris et ses eaux agitées. Les barques des pêcheurs attendent posées sur le rivage, alignées toutes pareilles, blanches avec un moteur noir.

Au Musée  de Cabras sont exposées les grandes sculptures de pierre, les Géants  de Mont’e Prama.

Comme il n’y a personne, j’ai une visite guidée privée.

Civilisation nuragique

Géant de Cabras

Pendant l’âge de Fer, la civilisation nuragique a créé de grandes statues anthropomorphiques, retrouvant et développant la tradition des bétyles.

Les bronzetti sont des petites statues d’environ 15 cm réalisées à la cire perdue. On pense que la technique vient de Chypre. Les statuettes sont des ex-votos représentant des chefs de tribu, des archers, guerriers, lutteurs ainsi que des figures féminines et quelques animaux. Le code stylistique s’apparente à celui de la Méditerranée Orientale, les artistes sont peut être venus du Proche Orient

maquette de nuraghe

Des maquettes de nuraghe qui permettent d’imaginer les structures manquantes au sommet de la tour, pour les tours simples ou multi-tours.

Pour le site de Cuccuru-Is Arrius sur la rive sud-est de l’étang de Cabras on a établi la chronologie de la fréquentation humaine du site allant du Néolithique moyen (4800-4300 av. JC jusqu’au néolithique récent (Ozieri 4000-3500) au Bronze (2200-900) puis à l’âge de fer : (730-600)

Céramique Ozieri

Des céramiques sont exposées avec des outils de pierre lames de silex et bifaces d’obsidienne. Les figures féminines correspondent à la culture d’Ozieri.

Idoles féminines

Salle des Géants

Ils furent découverts en 1974 par un fermier. En 1975 on effectua les premiers sondages des fouilles, la campagne d’excavation eu lieu en 1979, en 2005 restauration au laboratoire et 2014 Exposition au musée en 2014

Tharros punique

Cabras tophet urnes et stèles

Tophet : stigmatisé par les prophètes de l’Ancien Testament comme étant un «abominable passage par le fer de leurs propres enfants , on n’a trouvé aucune confirmation archéologique dans le Proche Orient. On a retrouvé les cendres de bébés morts ou de fœtus.

On voit donc des urnes funéraires, des stèles : cippes et bétyles. Certaines stèles sont décorées de figures féminines.

Il relitto di Mal de Ventre

Lingots de plomb retrouvé dans l’épave de Mal de Ventre

En 1988 on a découvert une épave du temps des Romains (80 à 50 av. JC) en provenance d’Espagne contenant un chargement de lingots de plombs transportés à travers la Méditerranée au large de l’Île de Mal de Ventre. Chaque lingot contient des inscriptions de provenance du propriétaire…ce qui en fait un trésor pour les archéologues étudiant le commerce maritime.

J’avais déjà visité ce musée et je me souvenais surtout des Géants. Cette nouvelle visite m’a fait découvrir d’autres aspects de l’archéologie de la région.

J’ai relu avec un grand plaisir La Guerre des Saints de Michela Murgia qui se déroule à Cabras (appelé Crabas, allusion transparente).