Elias Canetti : La Langue sauvée : Histoire d’une jeunesse(1905-1921)

Le titre « La Langue sauvée » est resté jusqu’à la dernière page du livre, pour moi,  un mystère.

De langues, il en est beaucoup question dans l’ouvrage. Canetti est né à Routschouk « Ruse », Bulgarie, sur les bords du Danube, dans une famille de négociants séfarades. Sa langue maternelle, fut donc le Judéo-Espagnol, à cinq ans ses parents déménagent à Manchester où naquirent ses deux frères avec qui il utilisa longtemps l’Anglais même après l’installation à Vienne. L’Allemand était la langue que ses parents utilisaient pour parler de théâtre et de musique : c’est donc la langue de la culture, la langue que Canetti utilisera pour écrire. Le grand père, figure impressionnante, se vantait de parler dix-sept langues quoique qu’il n’en lisait qu’une : l’Espagnol écrit en caractère hébraïques.

De Routschouk, Canetti raconte la maison donnant sur le jardin fruitier, la variété des gens qu’il  rencontrait, à la maison et la boutique : Juifs de sa famille, petites bonnes bulgares, Tsiganes qui venaient mendier tous les vendredis, l’Arménien  triste, les amis Russes de sa mère…

« Il était souvent question de langues, on en parlait sept ou huit différentes rien que dans notre ville: tout le monde comprenait un peu toutes les langues usitées, seules les petites filles bulgares venues de la campagne ne savaient que le Bulgare, aussi disait-on qu’elles étaient bêtes. chacun faisait le compte des langues qu’il savait, il était on ne peut plus important d’en posséder un grand nombre, cela pouvait vous sauver la vie ou sauver la vie d’autres gens. »

C’est donc l’histoire d’une jeunesse cosmopolite et européenne. L’enfant  prit la place du père, décédé jeune, il  entretint avec sa mère très jeune des conversations intellectuelles de haut niveau : Shakespeare, Schiller ou Dickens était le sujet de leurs entretiens.

Ils ont traversé la Première Guerre Mondiale, à Vienne, en Bulgarie puis à Zurich. Bien que les Canetti avaient des passeports turcs, que la Bulgarie se soit rangée du côté des Empires Centraux, la mère et le fils se refusaient à soutenir François Joseph comme on l’exigeait de l’enfant à l’école. Ils tenaient l’Autriche pour responsable du conflit, ne pouvaient se résoudre à être en guerre contre la Russie qui avait toujours soutenu les Bulgares contre les Turcs, ayant ds amis russes, et vénérant Tolstoï. leur situation d' »Anglais » à vienne devenant inconfortable , ils déménagèrent à Zürich. On y croise Lénine.

En Suisse, le jeune Canetti élargit sa société à celle de ses camarades d’école, de ses professeurs au lycée. Il ne se borne plus à la littérature classique, aux Grecs et aux explorateurs comme pendant sa prime enfance. La lecture de ses mémoires est donc une promenade littéraire. De son côté, la mère se passionne pour Strindberg et Schnitzler. Au lycée, il découvrira des écrivains Suisses (que je ne connais pas)  aussi Werfel et Wedekind. Il rencontrera aussi l’antisémitisme.

La maladie mettra fin au tête à tête jaloux de la mère et du fils. Cette dernière partira en sanatorium. 1921:  la mère décide darracher son fils à son paradis zürichois et de partir en Allemagne  pays marqué par la guerre, se mesurer à la réalité et quitter des études trop douces.

 

 

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

11 réflexions sur « Elias Canetti : La Langue sauvée : Histoire d’une jeunesse(1905-1921) »

  1. Peut être que le titre a une connotation particulière en allemand ? mystère
    C’est un livre que j’aime beaucoup surtout la première partie sur l’enfance à Routschouk et les rapports des différents membres de la famille
    Quelques scènes sont encore dans ma mémoire.

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  2. jadis et naguère
    ce souvenir d’avoir lu que la Mère, juive, éprouvait un attachement sans égal pour la langue allemande, du moins celle parlée à Vienne (encore impériale, pour ne pas tomber dans les anachronismes)
    et quand une mère juive transmet à son fils un amour profond…
    Canetti choisit d’ailleurs de s’éteindre à Vienne
    personnellement, j’ai recueilli des témoignages de juifs ayant été obligés de fuir Vienne lors du rattachement au IIIe Reich, survivants des camps, ayant la nationalité française mais qui évoquent toujours Vienne et parlent encore l’Allemand appris là-bas, comme s’ils avaient sauvé cette langue de la Shoah…

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  3. Par rapport au titre, le titre en allemand est « die gerette Zunge », la langue sauvée en français, oui mais la langue dans le sens de l’organe qu’on trouve dans notre bouche. Parfois « Zunge » peut aussi avoir le sens de bouche dans certaines expressions. Donc « Zunge » n’a, à vrai dire, rien à voir avec la langue parlée en tant que telle.

    Voilà je ne sais pas si ça peut t’éclairer.

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  4. Il me semble que voilà la réponse à votre interrogation : « Le « traumatisme fondateur » d’une existence qui sera consacrée au culte du langage est raconté au seuil du premier volume de l’autobiographie, La Langue sauvée (1977). L’amant de sa gouvernante dit à l’enfant de deux ans, pour obtenir qu’il fasse silence sur leurs rendez-vous galants : « Fais voir ta langue », sort son canif et déclare : « Maintenant, on va la lui couper. » Canetti raconte sa terreur d’enfant, mais ne l’analyse pas : ce serait affaiblir la magie du souvenir. » Encyclopedia universalis.

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    1. C’est exactement l’explication que je me suis faite de ce titre. Sa langue physique (Zunge en allemand, mais qui est polysémique que le mot langue français) ne sera sauve du couteau de l’amant de sa nurse que s’il la tient, s’il se tait sur ces RV pris lors des promenades de l’enfant par la nurse.

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  5. Merci, Miriam, d’être passée entre mes pages. Je découvre votre beau blog comme une invitation au voyage. Je reviendrai vers les pages consacrées au Vietnam, ma belle-fille étant vietnamienne. A bientôt.

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  6. Le titre me semble clair dès le début : 1) la nounou du petit Elias, qui fait venir clandestinement son fiancé chaque soir, menace le petit Elias de lui couper la langue s’il raconte ça ! 2) après le sens concret, matériel, du mot langue, dans le récit, le jeune Elias sauve sa langue à lui à travers les langues parlées, apprises… Et il devient écrivain, donc avec sa langue à lui ! Détail ? Il écrit en allemand, langue intime de ses parents….

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