Joseph Anton – une autobiographie de Salman Rushdie

Après les violences meurtrières à la suite de ce film que personne n’a vu, des caricatures de Mahomet, ce livre invite à la réflexion intellectuelle et politique, sur la liberté d’expression, la laïcité.

J’ai donc passé une bonne semaine en compagnie de Rushdie: 725 grandes pages!

Joseph (Conrad) Anton (Tchekov) est le pseudonyme de l’auteur des Versets Sataniques sous la menace de la fatwa de Khomeiny. Comment vivre dix ans caché, sous la protection des Services secrets de Sa Majesté? Je m’attendais donc à un roman d’aventure, d’espionnage – genre Le Carré mais en vrai . Dix ans d’Histoire, du 14 février 1989 au 11 Septembre 2001. Dix ans de luttes d’influence, de tractations avec l’Iran de Khomeiny puis de ses successeurs pour annuler la fatwa, rencontres avec Margaret Thatcher, John Major, puis Tony Blair, avec Clinton…  Voyages clandestins ou annoncés de Londres à New York mais aussi Oslo, du Chili à la Nouvelle Zélande. Mesures de sécurité oppressantes, parfois cocasses.

C’est aussi un panorama de la littérature contemporaine. Le livre s’ouvre sur la messe en l’honneur de Chatwin, ami de Rushdie. Si Rushdie a pu survivre à la condamnation à  mort iranienne c’est d’abord grâce à l’affection et à la mobilisation des écrivains amis. Le lecteur est donc entraîné à la suite de Salman et rencontre les plus grands auteurs anglophones ou non: Harold Pinter et Graham Greene  de Styron  à Paul Auster, Susan Sontag aux Etats Unis, Nadine Gordimer, Gunther Grass et même Borges. Ecrivains indiens de langue anglaise aussi: Arundati Roy et tant d’autres. Dix ans de littérature et de mobilisation sans relâche pour la liberté d’expression.

C’est l’histoire d’un homme, déraciné, d’une double culture, héritier d’une riche culture indienne, élève des meilleurs écoles britanniques. origines,   son patronyme de Rushdie venait d’Averroès Abul Walid Muhammad ibn Ahmad Ibn Rushd qui défendait déjà la liberté de la philosophie loin du carcan des théologiens. Années d’apprentisage à Rugby, école élitiste  où « il existait trois erreurs fatales que l’on pouvait commettre, mais si l’on n’en commettait que deux sur trois on pouvait être pardonné. les erreurs étaient les suivantes : être étranger, être intelligent, être mauvais en sport. […]Il les commit toutes les trois. »

 

C’est avant tout l’histoire d’un écrivain dont le métier est l’écriture. Il nous livre le processus d’écriture de ces livres les plus fameux, ses sources d’inspiration, les clés de ses romans. J’ai furieusement envie de relire les Enfants de Minuit que j’avais énormément aimé autrefois après ces précieux enseignements. Militant de la liberté d’expression, il veut d’abord être reconnu pour ses écrits.

J’ai dévoré les 250 premières pages. Je me suis un peu ennuyée quand il décrivait par le menu toutes les tracasseries des policiers et les mesquineries d’un certain milieu londonien, mesquineries aussi de son ancienne femme dont on n’a vraiment pas envie de connaître les rancœurs. Rushdie ne nous fait grâce de rien, ni de ses entrevues successives avec les  responsables des services secrets ou les fonctionnaires de Sa Majesté, des hésitations des éditeurs qui refusent de sortir l’édition en poche des Versets sataniques et hésitent à publier ses autres romans . Après tout, trois attentats ont touché traducteurs et éditeurs étrangers au Japon, en Norvège et en Italie! Il détaille aussi les efforts de ses amis, du PEN-club américain, du parlement européen des écrivains, de Bono et U2…il ne veut oublier personne. La lectrice a décroché parfois au milieu du livre. Et pourtant j’ai poursuivi, happée par l’enjeu et aussi par l’art de l’écrivain.

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

4 réflexions sur « Joseph Anton – une autobiographie de Salman Rushdie »

  1. J’ai été je crois moins patiente que toi, ravie de l’avoir réservé à la bibliothèque je me suis plongée là dedans pour lire ce que fut la vie de cet homme pendant ces années terribles
    Mais après environ 150 pages je ne voyais plus du tout de quoi il était question, les imbroglios de sa vie amoureuse ne m’intéressaient pas du tout et j’ai perdu le fil et abandonné ma lecture

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    1. @Dominique : c’est vrai qu’il aurait pu être plus discret sur sa vie sentimentale! J’ai bien aimé croiser touts les écrivains que j’aime lire, m^me si l’attitude de Le Carré m’a étonnée. J’ai aussi été intéressée par toute les clés sur ses romans que j’ai lus (le Enfants de Minuit, le soupir du Maure et les Versets sataniques. J’ai maintenant envie de lire la Honte et la Terre sous les pieds qui trainent dans ma bibliothèque depuis un moment

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