Yerevan : Matanadaran

CARNET ARMÉNIEN

matenadaran

Par des rues agréables bordées de maisons de pierre nous allons à pied au Matenadaran.

Sur le tuf de couleur chaude on remarque la vigne qui pousse sur quelques balcons et se répand. Selon jacques, le tuf, abondant dans l’Arménie volcanique, existe sous diverses couleurs, rose, orange, jaune, gris ou beige. C’est une roche légère très isolante. Le climat continental voit des amplitudes  thermiques de plus de 60°, la fonction isolante est donc très importante. Les façades sont variées, agrémentées de colonnes, balcons, frises sculptures.

Une rampe monte au bâtiment gris de basalte. L’énorme statue de Mesrop Machtots, l’inventeur de l’écriture arménienne et de son disciple Koriun, à genoux beaucoup plus petit précède le Matenadaran. De chaque côté de l’entrée se tiennent dans des niches  les statues des érudits, philosophes, géographes, historiens moyenâgeux  témoignant de l’ancienneté et de la richesse de la culture arménienne. Le Matenadaran est le conservatoire des manuscrits et incunables de l’Arménie.

alphabet avec des oiseaux

La conférencière  est charmante, son français est irréprochable, sa culture immense. Elle commente avec une baguette, vitrine après vitrine. Kaplanian(p. 66-67) détaille leur contenu de chacune, je n’ai donc pas pris de notes systématiquement. La visite commence logiquement avec les lettres de l’alphabet arménien (36+3) disposées en 4 colonnes permettant ainsi de les utiliser comme des chiffres, 9 pour les unités, 9 pour les dizaines, 9 pour les centaines….Il existe 4 types d’’écriture, minuscules, majuscules, ornithomorphes…Sur un tableau les lettres-oiseaux,  sont très colorées. Après l’exposé, l’écriture arménienne reste mystérieuse et impénétrable. La comparaison avec les alphabets araméen, grec et géorgien n’arrangera rien. Parmi la collection des manuscrits du Matenadaran, il en existe même des pétrifiés. La guide nous montre un palimpseste 5ème/10ème siècle : le parchemin a été utilisé plusieurs fois. Elle nous explique ce qu’est un colophon : notes ne figurant pas sur le texte original, permettant des notes ultérieures. Le premier manuscrit-papier date de 987. Les ingrédients naturels des colorants des enluminures sont présentés dans de petits godets : lapis-lazuli pour le bleu, malachite pour le vert, cochenilles pour le rouge – l’insecte est beaucoup plus gros que ceux de mes plantes vertes – la cochenille est présentée sur une sorte de chiendent   qui ne pousse qu’en Arménie qu’elle infeste. Le liant était le jus d’ail qui servait également de conservateur en désinfectant la peau du parchemin.

bataille entre les Perses et les arméniens

Impossible de décrire tous les manuscrits que la guide nous a montrés. La traduction arménienne de la Vie d’Alexandre d’Eusèbe de Césarée (264-340) est le seul exemplaire qui reste, l’original grec a été perdu. Une vitrine montre « le plus grand et le plus petit ». L’histoire du « plus grand » (700 peaux d’agneaux pour 660 pages et 28kg) racontée également par Kaplanian est émouvante et témoigne l’attachement des arméniens à cette culture écrite. Notre attention est surtout captée par les miniatures et enluminures. Surtout la miniature de l’Histoire d’Alexandre. Décidément Alexandre le Grand est une figure que je rencontre à chacun de nos voyages. La peinture de la guerre des Arméniens contre les Perses (1586), celle des instruments de musique 13ème 14ème, ou ce manuel de médecine avec le dessin des plantes médicinale.

histoire d’Alexandre le Grand

La Matenadaran ne renferme pas que des parchemins médiévaux ; Il y a également des livres imprimés. Le « livre du Vendredi », premier livre imprimé en arménien édité à Venise en 1512. Puis aux  Pays Bas au 16ème et au 18ème siècle (cela nous rappelle quelque chose) et même à Madras.

De magnifiques Corans ont des bordures de toute beauté. Ces cadres peints montraient l’impossibilité de rajout au texte sacré. Très beaux firmans d’une merveilleuse écriture persane…

Documents historiques : des brevets de Napoléon à des Arméniens, Murat et Pétrosov. Les édits des Tsars Alexandre II et Alexandre III reliés avec leurs cachets lourds métalliques sont des documents impressionnants (1mx1m).

Émouvantes lettres de l’écrivain Toumanian appelant à résister au génocide, celle de Frantz Werfel…

l’opéra

Après cette longue et dense visite, Jacques nous emmène à l’opéra. Dans ses jardins nous prenons l’apéro assis dans de confortables fauteuils d’un café. Jacques nous donne le nouveau programme après modifications, les plans google-maps. Halte sympathique. Nous apprenons à mieux nous connaître.

merci à jacques qui m’envoie d’Arménie une version très moderne de l’alphabet arménien!

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

12 réflexions sur « Yerevan : Matanadaran »

      1. @jack : ce blog est ouvert à tous les ajoûts et commentaires que ceux qui font l’amitié d’envoyer. C’est la participation des lecteurs qui l’enrichissent. merci aussi pour les lettres-oiseaux

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