CARNET SICILIEN

marais salants
Les marais salants se trouvent au sud de Trapani vers Marsala. Le vent a chassé les nuages .Un Musée du sel est installé à la Contrada Nubia dans un bâtiment bas couvert de tuiles surmonté d’un moulin à vent portant encore ses ailes. En attendant l’ouverture du musée, nous faisons le tour d’un bassin agité par la tempête. De belles giroflées bleues violettes donnent une note de couleur supplémentaire. Difficile de faire des photos, le vent me déstabilise, elles seront peu être floues.
Le Moulin

Visite guidée du musée : les salines datent des Phéniciens il y a 2500 ans.
Le moulin avait un double rôle dans le pompage de l’eau et dans le raffinage (pour faire tourner la meule qui écrase les gros cristaux. La conférencière, jupe longue et grande étole, nous explique comment l’eau piégée dans les grands bassins y reste sept jours avant d’être montée dans les bassins de moins en moins profonds, passant dans quatre séries de bassins. Un mois est nécessaire pour la cristallisation.
Ici, intervient un épisode comique. Deux familles italiennes suivent la visite, deux messieurs, l’un jeune, l’autre plus âgé de belle prestance. Le jeune est un âne. Déjà, lorsque la guide avait mentionné le pompage il n’avait rien compris. Elle avait répété « pomper, aspirer, quoi »- « Aspirer quoi ? » »Aspirer quoi ? »-« Eh bien l’eau ! »Le monsieur aux cheveux blancs avait montré sa science et la pompe : « une vis d’Archimède » ce qui avait cloué le bec à l’âne. Il faut un mois pour obtenir du sel, on peut donc faire 4 récoltes en un été

L’obtus la contredit« Mais non, puisque qu’un bassin se vide en une semaine, on peut faire une récolte par semaine » – la guide recommence : « 4 bassins, 4 semaines cela fait un mois, c’est mathématique » ; son contradicteur insiste. Elle recommence pour une troisième fois, en haussant le ton. « C’est la première fois que quelqu’un ne comprend pas quelque chose d’aussi simple ! » Le ton monte encore. Je crois que je vais être saisie par le fou-rire. Les dames sont hilares. La conférencière recommence. Le monsieur cultivé veut mettre tout le monde d’accord, dit que chacun a raison. C’est du plus haut comique. En France, ou ailleurs, je n’ai jamais vu contredire un guide. Les gens écoutent attentivement ou distraitement, posent parfois une question pour étaler leur érudition mais jamais n’attaquent avec une telle véhémence et surtout une telle obstination. Je pense à ce berger de SuperDévoluy se plaignant du peu de questions posées par les touristes. La guide aurait dû expliquer que si la première arrivée de sel au bout d‘un mois ne pouvait être récoltée chaque semaine. Seulement 5 cm se forment, il en faut 30 pour racler le bassin.
Nous ne pouvons pas monter au moulin à cause du vent. Arrive le meunier, le vieux propriétaire du moulin. L’obstiné commence son interrogatoire « Est-ce vraiment une tempête exceptionnelle? » . Le meunier est moins affirmatif mais il prédit du mauvais temps pour la fin de la semaine. Soupirs appuyés de toute l’assistance. Le meunier revient à la pompe. Bien que je connaisse depuis longtemps le principe de la vis d’Archimède »e je ne l’avais jamais vu fonctionner. C’est une coïncidence de faire sa connaissance en Sicile, patrie d’Archimède. L’âne ne comprend pas si c’est la vis ou le tube qui tourne. Le monsieur aux cheveux blancs lui explique « c’est comme une bétonnière, avez vous vu une bétonnière ? ». Quand le meunier affirme que 21 m3 d’eau peuvent passer d’un bassin à l’autre en une minute au rythme de 70 tours à la minute, c’est le monsieur distingué qui conteste. Les voilà à calculer le pas de vis, le volume du cylindre. Tout le monde s’emmêle entre les tours à la seconde et les tours à la minute, entre les m3 et les litres. Les voilà convertissant, oubliant ou rajoutant des zéros. L’ignorant bée d’admiration « Vous êtes ingénieur ? » Je m’éclipse dans la confusion des nombres. Dominique attend dans la voiture. Ce qui était une aimable comédie tourne au pensum. Comment calculer de tête un volume de cylindre et un débit sans papier ni crayon ? J’ai raté la fin de la visite mais il se fait tard ? En tout cas, j’ai eu un spectacle fort divertissant.
Retour à Trappeto sous le soleil. J’avais pensé qu’en rentrant dans les terres il y aurait moins de vent. J’avais oublié les viaducs de l’autoroute panoramique. Les très grosses voitures roulent normalement, les petites au ralenti. Dominique se cramponne au volant. Elle me maudit d’avoir préféré l’autoroute à la route. A Alcamo le trafic est dévié, accident ? Ou précaution ?
Quand nous arrivons à la maison le vent est complètement tombé, la mer est lisse, sans une ride, la terrasse est ensoleillée. Notre lessive est tombée juste sous le séchoir. Nous profitons une dernière fois de notre belle vue. J’attends sur la terrasse que la grosse boule jaune du soleil disparaisse derrière les crêtes. La soudaineté du coup de vent nous a étonné.

j’aime énormément ta photo du musée du sel, j’ai l’impression d’une illustration pour un conte
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