Nous étions l’avenir – Yaël Neeman

ISRAEL

Yaël Neeman est née au kibboutz Yehi’am et raconte son

enfance et son adolescence.

Je suis incapable de’écrire un billet objectif.

J’ai passé l’année 1973 à Yehi’am. C’est dans la salle à manger de Yehi’am que nous avons appris le début de la Guerre de Kippour , devant un tcholent, nous ne jeûnions pas… j’ai sûrement croisé Yaël…Ce livre remue tant de souvenirs.

Cette lecture  fait revivre ce temps-là, il mesure aussi l’oubli après 45 ans.

« Pour nous autres, les enfants, les gens les plus importants étaient parfois différents de ceux qui étaient immortalisés par l’histoire officielle du kibboutz, consignés dans le Livre d’Or ou dans les œuvres commémoratives. Dès notre enfance, nous savions que dans notre kibboutz, comme dans tous les kibboutzim depuis le Lac de Tibériade jusqu’au Néguev, il existait un système de rotation qui permettait le roulement des postes « supérieurs » très demandés comme secrétaire du kibboutz, secrétaire économique.

Nous n’avions pas compris à l’époque, ni d’ailleurs plus tard que cette rotation ne s’appliquait pas aux autres postes; par exemple personne ne postulait au poste de blanchisseuse, personne ne convoitait le travail de Sisyphe des éplucheuses de pommes de terre…. »

De confronter aussi les points de vue si différents, entre les enfants nés au kibboutz, les « enfants du rêve » et les nouveaux immigrants nourris d’idéologie et de rêve, venus du Mouvement de jeunesse de France… Étrange qu’une si petite société de moins de 500 habitants, en principe tous politiquement très proches,  partageant la même salle à manger, les mêmes pelouses, qui travaillant ensemble, soit formée de couches aussi hétérogènes qui se mélangeaient assez peu. Je n’ai que très peu de souvenirs d’avoir vraiment discuté avec les adolescents, les Hongrois nous étaient assez étrangers, ils avaient aussi leurs préjugés vis-à vis de nous….Nous vivions en cercle très étroit et très fermé, les enfants aussi d’après le livre qui ne partageaient pas leurs secrets, ni avec les adultes ni même avec les enfants plus âgés.

Étrange de n’avoir rien soupçonné de la vie sociale des maisons d’enfants, mes rapports avec eux se limitaient au pliage du linge, au lavage du sol et à la distribution des repas…

J’avais un point de vue radicalement opposé des rapports familiaux. Ceux qui n’avaient pas d’enfants n’osaient pas troubler les retrouvailles quotidiennes parents-enfants. Je considérais ces moments comme très privilégiés et je trouvais un véritable mimétisme entre les grands et les petits (les grands, débarrassés de toute corvée d’éducation ou plutôt d’élevage, n’avaient que les bons côtés de leurs enfants). Yaël Neeman n’est pas de cet avis, elle raconte son enfance dans le groupe et parle avec beaucoup de détachement de ses « parents biologiques ».

J’avais idéalisé l’éducation scolaire sans contrainte. Yaël démythifie l’enseignement, tout au moins secondaire où ils n’apprenaient pas grand chose.

Tout occupés que nous étions à notre « intégration« , nous sommes passés (ou tout au moins moi) à côté de nombreuses choses. Je suis heureuse d’apprendre maintenant l’histoire complète de Yehi’am, de savoir comment on a transformé en un jardin ce qui n’était que rocher stérile.

J’ai retrouvé quand même beaucoup de souvenirs (y compris les mauvais comme le dentiste de Nahariya que je détestais au moins autant que les enfants), le travail des champs, les avocats, les bananes.  Le travail comme un accomplissement, comme but ultime. Les 35 heures étaient vite dépassées : 8 heures au moins chaque jour, plus les corvées à se partager, les animaux, les vaisselles le samedi, les urgences au moment des récoltes…. Cela fait au moins 82 heures et les RTT jamais prises. Les jours passés à l' »appartement » de Tel Aviv avec les sorties. Le cinéma, les efforts de mes camarades français pour élever la vie culturelle, reconnus par Yaël.

Moi aussi, j’ai déserté l’utopie, pour d’autres raisons..

« La beauté de notre kibboutz était indescriptible. Il était impossible de s’y habituer. Nous pensions que nous n’en étions pas dignes, tout comme nous n’étions pas dignes du système. Qui pourrait dire non à une tentative de fonder un monde meilleur, un monde d’égalité et de justice? Nous n’avons pas dit non. Nous avons déserté…. » 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

4 réflexions sur « Nous étions l’avenir – Yaël Neeman »

  1. Tu y es restée longtemps ? Ce qui est précieux dans le témoignage de Yaël Neeman, c’est le point de vue des enfants, de l’intérieur ; je ne l’avais jamais lu jusqu’à présent. Avec le recul, ça ne fait vraiment pas envie, alors qu’à l’époque je me souviens de l’engouement de la jeunesse pour ces lieux-là. C’est fou les différences de perception selon la place que l’on occupe (et d’où l’on vient ..)

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  2. ah ça m’a l’air très bien (et ton témoignage ajoute beaucoup!) Coincidence, pour le prêter, j’ai remis la main cette semaine sur Les enfants du rêve…

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    1. @claudialucia : c’est la guerre qui m’a chassée, je n’ai vu aucun espoir d’une paix stable après la guerre de Kippour. La vie au kibboutz me plaisait et mon travail au jardin aussi, d’ailleurs je me suis toujours vue jardinière (même maintenant j’en ai la nostalgie). Et puis la vie était très conventionnelle. Avec un mari, deux ou trois gamins c’était l’idéal…^pas beaucoup de place pour ceux qui dévient de la ligne.

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