L’auberge Rouge – Balzac

LECTURE COMMUNE

 

t »En ce moment les convives se trouvaient dans cette heureuse disposition de paresse et de silence où nous met un repas exquis, quand nous avons trop présumé de notre puissance digestive. Le dos appuyé sur sa chaise, le poignet légèrement soutenu par le bord de laable, chaque convive jouait indolemment avec la lame dorée de son couteau. Quand un dîner arrive à ce moment de déclin, certaines gens tourmentent le pépin d’une poire ; d’autres roulent une mie de pain entre le pouce et l’index ; les amoureux tracent des lettres informe avec les débris des fruits : les avares comptent leurs noyaux et les rangent sur leur assiette comme un dramaturge dispose ses comparses au fond d’un théâtre… »

Balzac nous régale quand il s’agit de repas partagés, jusqu’à plus faim ou plus soif, quand les langues se délient et que les convives racontent, se livrent, ne se protègent plus derrière le masque de la civilité, et se trouvent vulnérables.

Trois chapitres dans cette courte nouvelle (33 pages). Le premier commence autour d’une table dans un déjeuner qu’on imagine mondain, l’un des dîneurs, un Allemand,  raconte une anecdote étrange : une histoire qui s’est déroulée quand les troupes napoléoniennes occupaient une province allemande.

Le second chapitre, se passe dans l’Auberge rouge. Deux carabins vont rejoindre leur régiment. Sympathiques, les  amis d’enfance s’arrêtent à l’auberge.  Ils y font connaissance avec un industriel qui leur fait des confidences….(je ne veux pas spoiler). L’anecdote vire au fantastique. Je n’imaginais pas Balzac dans ce registre.

Nous retrouvons les dîneurs dans le troisième chapitre et l’Allemand, mais la nouvelle prend une nouvelle direction : un dilemme moral, concernant les biens mal acquis. Est-il juste d’épouser la fille d’un homme dont la richesse provient d’une origine douteuse? La fin très moralisatrice m’a un peu agacée. Si la jeune fille est admirable, doit-elle être responsable des agissements de son père?

33 pages seulement, avec une telle densité qu’on termine la nouvelle avec l’impression d’avoir lu un long roman! Bravo Balzac!

Je me réjouis des lectures communes et j’ai hâte de lire les billets de Claudialucia et Maggie

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

8 réflexions sur « L’auberge Rouge – Balzac »

  1. La fin est ouverte ! A toi de décider ! oui, bravo Balzac ! J’ai beaucoup aimé ! Merci pour ta participation. Je mets le lien. Une nouvelle LC est prévue. Peut-être nous rejoindras-tu ?

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  2. A mon avis, la fin n’est pas moralisante du tout car Balzac profite de cette « consultation » sur la moralité pour faire un tableau ironique et satirique des individus représentant chacun un courant de pensée , un type social… si bien que c’est la société toute entière qui est passée à la moulinette ! Et quand on pense que c’est un puritain qui a le mot de la fin ! Or ce qu’il dit, finalement, c’est qu’il ne faut pas chercher à connaître la vérité, mieux vaut rester aveugle pour éviter les problèmes et assurer son confort ! Tu avoueras que la morale est bien malmenée !
    Et pourtant, oui, il y a vraiment un problème moral. La fille n’est pas responsable puisqu’elle ne sait rien. Mais lui sait et en épousant la jeune fille il va devenir riche; c’est lui, étant donné la législation du XIX siècle, qui va devenir le maître de cette fortune et en avoir toute la jouissance. S’il le fait, il devient complice du crime de son beau-père.
    Tu as vu c’est le colonel Chabert pour le 8 décembre.

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  3. une nouvelle que j’ai particulièrement aimé et comme tu le dis très justement c’est très fort on a l’impression d’avoir été plongé dans un récit très complet
    je suis à chaque lecture de nouvelle de plus en plus admirative de Balzac

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