de Louveciennes au Potager du Roi avec le Voyage Métropolitain

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Les Chevaux de Marly

Suivre le Voyage Métropolitain est très enrichissant. La compagnie de nombreux architectes, paysagistes, urbanistes apporte le regard très aigu des spécialistes, qui manque à la touriste lambda que je suis. Depuis que je suis leurs « voyages dans le Territoire du Grand Paris » je prête attention à de nombreux éléments du Paysage que je ne soupçonnais même pas autrefois. Le regard s’aiguise. Lire un paysage s’apprend aussi!

 

Le  travail en amont des organisateurs est essentiel : ils apportent textes et références bibliographiques et pour ce voyage, un livret-résumé très bien fait.

machine de Marly 1827

Des intervenants passionnants ont animé la visite. Merci à monsieur Bentz, l’archéologue de la machine de Marly,  à l' »homme des bois » animateur de l’ONF qui nous a accompagné dans son domaine ainsi qu’au Directeur de l’Ecole Nationale supérieure du paysage qui nous a ouvert le Potager du Roi!

Ce n’est pas le premier voyage dans ce territoire et pourtant les découvertes étaient au rendrez-vous!

Le thème du voyage : Frôler les Machines nous a conduit naturellement à la Machine de Marly, pompe géante destinée à élever l’eau de la Seine jusqu’aux réservoirs alimentant le Parc du Château de Versailles. Il est très impressionnant de considérer l’emprise du Château de Versailles sur le paysage de l’Ouest parisien sur un territoire beaucoup plus vaste que le Parc ou même le Grand Parc. En plus du caractère gigantesque du bâtis, de la statuaire, des jardins… il faut considérer l’ampleur de l’approvisionnement en eau de Versailles. La collecte s’étendait jusqu’à Saclay et même Trappes avec un système de drainage des  eaux de ruissellement avec rigoles, étangs et réservoirs .  Des aqueducs enterrés conduisaient l’eau ainsi que les aqueducs de Buc ou les Arches de Louveciennes. Le Paysage de la Région conservent encore de nombreuses traces de cette collecte destinée à alimenter les Grandes Eaux de Louis XIV . La Machine de Marly complétait le dispositif. Elle était actionnée par la force mécanique de Roues géantes dans le lit de la Seine à Bougival, puis par un système de pistons et de gros tubes de fonte dont certains sont encore visible. Notre conférencier, archéologue, envisage d’ici peu des plongées dans la Seine pour retrouver des vestiges éventuels immergés. Nous avons été captivés par ses explications.

En remontant, nous avons essayé de deviner le Château du Barry qui faut à l’origine construit par De Cotte pour De Ville, l’administrateur de la machine de Marly, puis offert par Louis XV à madame du Barry qui fit appel à Gabriel pour l’agrandir. Un pavillon de Musique est l’oeuvre de Ledoux.

Nombreuses propriétés sont cachée derrière les grands murs de pierre de Louveciennes, les randonneurs sont cantonnés à de méchants trottoirs étroits sur des rues en pente sans pouvoir les admirer.

Nous arrivons aux grilles du Parc de Marly et passons devant un Musée-Promenade très prometteur mais fermé actuellement pour restauration ( ré-ouverture prévue à l’automne 2019).

Au creux d’un vallon, se trouve le château disparu, à la croisée d’une perspective de deux axes. Vers le nord , on descendait aux bassins et aux grilles.  Là,  se trouvent les fameux Chevaux de Marly : originaux au Louvre dont on a fait 3 séries de copies (Concorde, Marly et pour M. Bouygues le mécène). Vers le sud,  la Cascade et dans le bassin rond jaillissait le Grand jet haut de 40 m alimenté par la Machine de Marly. Louis XIV recevait ses intimes à Marly. Le grand Château de Versailles hébergeait une foule de courtisans qui interdisait toute intimité. Au contraire, Marly était réservé aux privilégiés. Le petit château au plan carré a été pillé à la Révolution, il était délaissé du temps de Louis XV et déjà dégradé. Après avoir tenté de le vendre à Napoléon le propriétaire a vendu les pierres.

Les archéologues ont fouillé le site du château disparu et retracé son plan. Monsieur Bentz nous fait entrer tous (80 voyageurs) dans la salle centrale. Nous tenons à l’aise. Cette expérience nous fait imaginer le volume. Il nous décrit les autres pièces, les pavillons disparus qui s’alignaient sur l’axe. Quelques gravures d’époques suffisent à nous fait surgir les fastes du Roi-Soleil.

Du parc de Marly, nous gagnons un site interdit au public :  Le Trou d’Enfer où nous pouvons exceptionnellement accéder. Chasses Royales, puis Chasses impériales, depuis MacMahon, chasses Présidentielles (jusqu’en 1995) le site est clos. Un si vaste espace quasi désert est exceptionnel si près de Paris. En compagnie du Guide, Animateur de l’ONF, nous découvrons une forêt de magnifiques chênes. Des haies rapprochées, écartées de quelques mètres seulement, taillées à environ un mètre de haut, nous intriguent. Elles sont encore entretenues, témoins patrimoniaux d’une technique de chasse que je n’ai pas bien comprise. Bien que leur entretien soit une charge pour l’ONF on les taille encore pour conserver ce souvenir et aussi pour favoriser la biodiversité.

Trou d’Enfer : le Pont Tournant

Au milieu d’un fossé actuellement inondé mais autrefois gazonné, se trouve le pont tournant. Il a perdu son tablier, il ne reste qu’un pilier unique. Quand le Roi chassait, on faisait pivoter les planches pour son attelage. Après son passage les planches étaient parallèles au fossé; importuns et animaux ne pouvaient plus passer.

 

 

 

Une Ecole à la Campagne permet d’organiser des classes vertes et autres visites pour les enfants autour des thèmes de l’agriculture, de la biodiversité. Les animateurs de cette Ecole à la campagne encadrent diverses visites pour les adultes, ornithologie, ou naturalistes.

Une très belle ferme cultive en agriculture biologique de grandes cultures.

En passant, nous voyons des distributeurs à grains pour les faisans qu’on n’utilise plus depuis que les chasses présidentielles ont été abandonnées.

Tour de Chappe

La tour de Chappe a été restaurée, les panneaux de bois sont fonctionnels. C’est l’occasion d’une révision avec l’alphabet correspondant dans le livret. Cette invention en 1793 a été utilisée jusqu’en 1850, détrônée par les signaux électriques. Justement je viens de terminer Une ténébreuse Affaire de Balzac qui y fait allusion. Impressionnant, ce réseau de tours presque tous les 10/12 km sur les axes principaux de communication, ici de Paris à Brest. on pouvait aussi installer le dispositif sur un clocher d’église ou sur la tour d’un château.

Non loin de là, le Fort du Trou d’Enfer est beaucoup plus récent (1878), il fait partie de la deuxième  ligne de défense de Paris.  De nombreuses chmabrées (800 hommes) des réserves de munitions. En bon état, il est à vendre; Qui voudrait d’un fort?

Pique-nique au triangle de Roquencourt : une curiosité que cet échangeur (le premier) conçu dans les années 30, avec un monument (jamais construit) des arches de meulière, un escalier,  une plateforme accessible aux piétons curieux de visiter une autoroute, comme 30 ans plus tard on irait voir décoller les avions à Orly. Étonnant, de faire raconter une histoire à une installation aussi banale aujourd’hui, de s’interroger sur un futur où peut être l’existence des autoroutes n’ira plus de soi. Questionnement passionnant!

Je passe sur la visite de Parly 2, son centre commercial et sa copropriété aux noms évocateurs, d’Auteuil, Jasmin, Rivoli ou Orsay, oeuvre de Robert de Balkany.

La pluie tombe dru, nous sous abritons un instant au Temple Mormon du Chesnay, le plus grand de la Région Parisienne, monumental et luxueux avec un jardin des annexes. Il est déjà tard et nous ne pouvons pas nous attarder pour voir la maquette comme on nous le propose très gentiment.

Nous traversons le Parc de Versailles en entrant du côté de Trianon. A la pause Jens nous fait la lecture d’un ouvrage étonnant de Grégory Quenet : Versailles une histoire naturelle (ed. La Découverte) où l’on prend conscience de l’importance du gibier dans le Parc de Versailles et de l’étendue du massacre d’animaux (200.000 têtes pour Louis XIV uniquement) . Le grand Parc de Versailles qui n’existe plus maintenant était voué aux chasses et à la régénération du gibier. Les paysans cultivaient pour ces animaux sauvages qui se repaissaient des récoltes de blé alors qu’à paris le pain venait à manquer.

Une surprise nous attendait aux abords du Château : une sonnerie de cors de chasse et juste après le jaillissement des Grandes Eaux, en musique s’il vous plait! Après la visite de la machine de Marly cet intermède prend une valeur exceptionnelle.

Nous arrivons enfin au Potager du Roi, le directeur en personne nous accueille, présentant la Biennale du Paysage avec une exposition d’Alexandre Chemetoff : Le Goût du paysage, et différentes animations et ateliers tout au cours du mois à venir. J’ai déjà vu tant de choses pendant cette journée, nous avons tant marché que ma curiosité est émoussée. Je pense plus à m’asseoir sur les bottes de pailles et déguster le délicieux jus de pommes locales plutôt qu’à une exposition.

Après la pause nous flânons dans ce délicieux jardin abrité de grands murs, où des arbres vénérables taillés en espalier ou de façon savante font un premier plan à l’église toute proche et aux quartiers historiques de Versailles.

Une journée très bien remplie, et conviviale, comme d’habitude!

 

 

Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

5 réflexions sur « de Louveciennes au Potager du Roi avec le Voyage Métropolitain »

  1. Que de richesses à voir partout, dans toutes les régions ! Je ne suis jamais allée au potager du roi, il va falloir que je me débrouille pour le faire.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s