le long du fjord Skagafjördur, Hofsos, Saudarkrokur, Blonduos

CARNET ISLANDAIS

sur la route de Saudarkrokur par un jour bien gris

Pour éviter les tunnels, nous avions l’intention de passer par la piste. A la réception de l’Hôtel on nous le déconseille formellement, la piste n’est pas carrossable pour un véhicule léger. Le temps est exécrable : le nuage est accroché à la montagne descend presque jusqu’à nous. L’océan Atlantique est gris et agité. Par beau temps la route en corniche nous offrirait un magnifique spectacle. Aujourd’hui c’est désert et lugubre : lande roussâtre, pentes dénudées. Parfois la route devient piste puis on revoit le goudron. Sur une pointe, un minuscule phare orange, seule note colorée. Il n’y a même pas de moutons. Quand nous voyons les premières maisons dans le petit fjord de Ketilas, nous sommes rassurées de quitter cette contrée déserte. La plupart des maisons sont des cottages de vacances. Comment imaginer vivre dans un tel isolement ? Certes les fermiers sont attachés à leurs terre, leurs bêtes, mais qui d’autre ? J’imagine, un peintre, un sculpteur, un écrivain qui se couperait du monde pour se consacrer à une œuvre…Les fermes sont de plus en plus nombreuses.

Trois îles rocheuses se détachent de la côte ; l’une d’elle est si proche que j’imagine possible de la rallier à pied sur une sorte de digue. Paradis des oiseaux, habité par les macareux en été.

Hofsos

Hofsos

Hofsos est un charmant village (190 ha). Son port est minuscule (8 bateaux). Dans de belles maisons on a installé le Musée de l’émigration contant le temps où les Islandais partaient chercher fortune au Nouveau Monde. Les maisons sont bien restaurées et meublées. Mais « Lokad » ! Il y a également un joli restaurant dans une maison bleue sur le port « Lokad » aussi ; c’est le seul mot d’Islandais que je capte. Le 11 septembre, la saison touristique est terminée.

Hofsos : Musée de l’émigration

La piscine, elle est bien ouverte ; elle est réputée, c’est une des plus belles piscines d’Islande. Piscine dont la surface semble se confondre avec l’horizon. Piscine découverte dont l’eau doit être à bonne température puisqu’il y a des nageurs par ce matin gris et pluvieux. Nager avec un plâtre c’est impossible !

4 km plus loin, sur la route 75, nous trouvons une adorable chapelle de tourbe, toute petite à  côté de son arbre, dans un paysage grandiose de montagnes avec des plaques à neige. A travers une verte prairie, un sentier conduit au portail ouvrant l’enclos circulaire du petit cimetière qui ne contient que 4 tombes, des plaques noires gravées : un homme, sa femme, leur bébé sont morts en 1946 ; Quelle tragédie se cache là ?

la petite chapelle perdue

Les panneaux des parkings expliquent la géologie, l’histoire, les légendes se rapportant à un lieu. Parfois, on y raconte des anecdotes toutes simples de femmes mortes de froid perdues dans la neige quand elles allaient chercher du bois ou de la nourriture tandis que les hommes étaient en mer…

Le panneau suivant est historique et se rapporte à une réunion de l’Althing qui déclara Gettir hors-la-loi et banni sur une des îles comme le raconte la Saga de Gettir.

ferryman

En face de  Sauðárkrókur, de l’autre côté de la rivière  qui a construit une vaste plaine une statue monumentale d’un voyageur portant une valise honore le Ferryman Jon Osmann (1862 -1914) qui fit passer pendant 40 ans les voyageurs traversant la rivière dangereuse. Doué d’une force peu commune, il actionnait le « cable-ferry » avant que le pont ne soit construit en 1926. Dans Karitas, j’ai lu une traversée d’une autre rivière à gué à cheval, épisode impressionnant.

Sauðárkrókur

Avec 2600 habitants et un aéroport, c’est une vraie ville.

Le musée 1238 – THE BATTLE OF ICELAND a ouvert ses portes en juin dernier ; il décrit une bataille médiévale, pourquoi pas ? Les panneaux des aires de parking racontent les épisodes des sagas, dans un musée je verrai cela mieux illustré. A la caisse, je suis étonnée du prix 2400 ISK (17€) c’est quand même très cher ! Il pleut, les autres musées étaient fermés, au diable l’avarice ! Je comprends vite : je vais entrer dans la réalité virtuelle avec un casque de réalité augmentée. J’en ai fait récemment l’expérience à l’Institut de Monde Arabe et je m’étais promenée dans le bazar de Damas, les ruines de Palmyre et j’avais admiré la prouesse technologique. Dans 1238 c’est plutôt l’univers des jeux- vidéo avec un graphisme fantasy qui me rebute. Après avoir chaussé le casque, on me tend un gant – normalement il y en a deux mais j’ai le bras gauche en écharpe – à l’aide de ces gants je peux « saisir » armes ou bouclier. Je laisse le bouclier qui me manquera pour me protéger de la lapidation. Les Vikings se battaient à l’épée et à la lance mais l’arme de jet la plus utilisée était les pierres qu’on peut ramasser n’importe où dans la campagne islandaise. J’ai donc « jeté » des pierres virtuelle et j’en ai reçu. Expérience coûteuse dont je me serais passée.

De la bataille de 1238, j’ai seulement compris que le roi de Norvège Hakon voulait étendre son influence sur les tribus islandaises en jouant sur les rivalités des chefs qui s’entredéchiraient, se réconciliaient et même s’assassinaient au banquet de noces censés sceller leur alliance. Les mœurs politiques étaient d’une rare violence au temps de l’Althing. Quelques vitrines montrent des objets d’époque. Rien de comparable au Musée National de Reykjavik.

Ce musée connecté dispose d’une belle cafeteria. Après le ratage du restaurant de poisson hier, nous nous attablons enfin dans un cadre agréable. Hélas, ni poisson, ni soupe, seulement des salades ou des sandwiches. La salade de crevettes est agrémentée de petits dés de mangues, de lamelles de pomme et de nombreuses graines décoratives. Cela ne réchauffe pas mais c’est excellent ;

Le long des quais nous passons devant des usines qui transforment les crevettes. Une monstrueuse crevette est peinte sur la tôle blanche accompagnée de l’inscription « Ceci n’est pas une crevette », en français dans le texte, humour belge peut-être ?

Nous roulons 52 km sur la route 75 avant de retrouver la Route Circulaire 1. La pluie redouble, nous n’avons guère de plaisir à traverser ces landes moroses.

La Ferme Glaumbaer

la ferme Glambaer

Ferme de tourbe abandonnée par ses occupants en 1947, elle appartient au Musée National d’Islande. Elle est entièrement meublée. Avec le billet, on me donne un dépliant très détaillé en français.

6 Pignons pointus de bois peint pour 6 maisonnettes de tourbe mitoyennes, au toit recouvert d’herbe. 16 pièces en comptant la forge et les entrepôts. La plupart sont des remises, des garde-manger, cuisine ou laiterie. 2 Chambres d’amis pour les hôtes de passage et pour les élèves scolarisés auprès du pasteur : le fermier était aussi le pasteur. Les habitants permanents se partageaient la grande pièce du fond Badstofa qui comptait 11 lits souvent occupés par deux personnes. Chaque lit était aménagé dans une sorte d’alcôve, comme une case de bois ; il faut imaginer qu’au moins 22 personnes cohabitaient avec pour toute intimité un oreiller et un coffre de bois pour recéler les secrets, un récipient de bois, sorte de gamelle avec un couvercle (lunchbox).  Pas de table commune, chacun mangeait assis sur son lit. D’autres objets témoignent de la vie quotidienne : instruments de musique : sorte de vielle, tricot des femmes, cordages en crin de cheval préparés par les hommes. Il est étrange de penser qu’on ne chauffait pas : la tourbe est un bon isolant e les habitants étaient vêtus de laine chaude. Dans chaque pièce je fais de curieuses découvertes comme ces patins en os de bovin ou les crampons pour les sabots des chevaux. Je ne peux m’attarder ? la route est encore longue.

Sur la route, encore une petite église de bois toute seule dans la campagne.

Blonduos

Déception, tout est fermé : le Musée de la banquise, le Musée textile que je me faisais une joie de visiter !

Route 1 puis 715 jusqu’à Stora Asgeirsa, la ferme-auberge où nous resterons deux nuits. C’est une vraie ferme avec des animaux.  Une maison blanche héberge les touristes : 4 chambres et des « services partagés », salle de bains et WC ensemble, il va falloir prendre son tour ! Deux chiens noirs et blancs, très amicaux mais sales et trempés, nous accueillent. Nous arrivons en même temps qu’un couple de jeunes français. Personne ne se dérange pour le check-in. Nous ne nous en étonnons même plus. L’hospitalité islandaise est rude ; même si on découvre après des gens charmants (ou pas). Notre hôte est musicien, dans le pub installé dans l’écurie, il y a une estrade pour un petit orchestre mais pas de spectacle ce soir ni demain. Il prépare pour dîner une délicieuse soupe d’agneau roborative avec des tartines de beurre.

A l’arrière de la maison, il y a un jacuzzi en plein air. Si je n’avais pas le bras dans le plâtre j’aurais pu me prélasser à regarder la cascade !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

3 réflexions sur « le long du fjord Skagafjördur, Hofsos, Saudarkrokur, Blonduos »

  1. Et oui, voyager quand tout ferme à la fin de la saison estivale est parfois dérangeant surtout pour les musées. Nous l’avons vécu en Finlande en octobre, novembre mais… se promener au bord des lacs dans le calme, la solitude, est une joie bien grande.. Et la neige et le gel, quel spectacle magnifique ! C’est plutôt dans la ville que c’est moins agréable comme à Helsinki mais, là, heureusement, les musées sont ouverts toute l’année !

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