L’Anomalie – Hervé Le Tellier – Gallimard

GONCOURT

Miro. Pourquoi Miro? Parce que!

 

…. « Autrement dit, le « Je pense donc je suis » du Discours de la Méthode de Descartes est obsolète. C’est plutôt : « Je pense donc je suis presque sûrement un programme. » Descartes 2.0 pour reprendre une formule d’une topologiste du groupe. Vous me suivez, Président? »…p.167

Que peut-on ajouter aux critiques suite au Prix Goncourt, au 688 avis sur Babélio? 

Forcément tout a été écrit. Je ne l’aurais peut-être pas acheté ni emprunté à la médiathèque, on me l’a prêté. Je l’ai laissé traîner un bon mois et, quand je suis entrée dedans, je ne l’ai pas lâché. Parfois agacée, parfois hilare, curieuse de savoir comment l’auteur allait s’en sortir de ce scénario improbable.

La citation ci-dessus, Descartes2.0, est pour moi, le paroxysme de l’humour. Il faut dire que le mathématicien s’adresse au Président Trump. J’en pisse de rire!

La première moitié du roman est une galerie de personnages dont le seul point commun est d’être les passagers du Vol Air France pris dans des turbulences extraordinaires. Personnages ordinaires, encore que… Un tueur à gages sous le couvert d’un tranquille père de famille, un architecte vieillissant qui part en week-end d’amoureux avec une jeune femme qui le quittera, une avocate américaine survoltée, une famille d’Américains s’offrant un petit voyage en Europe, un musicien nigérian, un écrivain raté qui est peut-être l’auteur (puisqu’il écrit un roman au titre de L’Anomalie)… J’ai bien aimé ces courts chapitres, presque des nouvelles qui racontent des vies disparates. Le Tellier écrit bien, il sait soulever l’incongru dans le quotidien et faire sourire le lecteur.

L’incident, l’orage, les turbulences semblent tous vraisemblables. On craint de vivre une pareille expérience. Et on n’a encore rien vu.

Quatre mois plus tard,  un avion en tout point identique, contenant les mêmes passagers, demande en urgence l’atterrissage à New York. Urgence puisqu’un orage l’a endommagé. Escorté par des chasseurs de l’Us Air Force, il est conduit sur une base militaire et ses passagers y seront retenus. Là, on bascule dans « l’Anomalie » dans l’invraisemblable, la dystopie si on veut, la plaisanterie oulipienne.

Si on cherche la vraisemblance, la logique, le pourquoi du comment, on est perdu dans un salmigondis mathématique et philosophique qui risque de lasser le lecteur rationnel.

Une autre lecture est possible, ligne par ligne, on peut débusquer l’ironie, la caricature, la référence philosophique pertinente ou incongrue. Tel lecteur calé en mathématique relèvera (ou pas) telle théorie, tel lecteur cultivé en philosophie reconnaîtra tel mythe, le béotien se régalera de la satire de Trump, des piques à Macron ou aux dirigeants chinois.

Troisième partie : farce du dédoublement! Les mêmes personnages ont vécu pendant l’intervalle de temps séparant les deux atterrissage. Il y en a un qui est mort, un autre à l’agonie. Comment se regarde-t-on dans le miroir quand on est confronté à son double? On peut prendre cela au sérieux. J’ai choisi le parti d’ne rire. Tour n’est pas aussi drôle, parfois je me suis même un peu ennuyée. Mais j’ai continué par curiosité. Et je n’ai pas été déçue.

Le chef d’œuvre de l’année?

Probablement pas.

Un bon moment de lecture en attendant la réouverture des musées, théâtres et cinémas.

 

 

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

7 réflexions sur « L’Anomalie – Hervé Le Tellier – Gallimard »

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