Placoplâtre : visite de la carrière et de l’usine de Vaujours

BALADES EN ILE-DE-FRANCE

Carrière de Vaujours à ciel ouvert de Bois-Gratuel et piliers anciens de la carrrière souterraine

Le Gypse ou pierre à plâtre a souvent été présent :  étudiants, nous avions entendu parler de la Carrière Lambert, à Cormeilles-en-Parisis, dont la grande coupe faisait rêver les apprentis-géologues. Etudiante-chercheur, thèse de 3ème cycle dans le laboratoire des Evaporites, je l’ai aussi rencontré. A Vitry puis à Créteil,  j’ai enseigné longtemps cet élément consécutif du paysage : les zones inconstructibles de Vitry avec le Parc des Lilas à l’applomb des anciennes carrièes, et la construction étonnante sur pilotis des immeubles de Créteil. Sans parler de la Toponymie, avec la rue des Plâtrières, le Carrefour de la Roue, et la Rue des Porte-dîner, quand les femmes apportaient les gamelles aux carriers du Mont-Mesly. Sans parler des séances de TP à manipuler les beaux cristaux si tendres que les élèves les rayaient à l’ongle….

cristaux de gypse

Sans oublier les anciennes carrières de Paris, le rue Blanche, les Buttes Chaumont et les souvenirs littéraires dans Zola.

Quand j’ai trouvé la visite sur Explore Paris de la Carrière de Vaujours, j‘ai sauté sur l’opportunité. Sans bien réfléchir que Vaujours est difficilement accessible par les transports en commun surtout avec un départ à 8h30. par la route, deux itinéraires possibles, par le nord, le pont de NogentA86, A3 Rosny-sous-bois,  Bondy, Livry Gargan sur la N3 ou par l’Est, A4 Champigny, Collegien, et A104 jusqu’à Villeparisis.

Attention, la visite dure au moins 4 heures!

Surtout, se vêtir de bonnes chaussures, tenue de randonnée, et ne pas oublier la carte d’identité qui sera demandée à l’accueil en l’échange d’un badge. Le site est sensible, photos permises dans la carrière mais absolument interdites dans l’usine (des fois qu’on serait des espions industriels). Le site fournit casque et gilet orange, les chaussures de randonnée font office de chaussures de sécurité. 

Introduction dans la salle de conférences : Rappels de Géologie, formation du gypse  il y a 40 millions d’années par évaporation de lagunes salées, puis transgressions marines et dépôt de marnes imperméables qui ont protégé le gypse. Le gypse est donc présent sous 3 masses épaisses de 16m, 5m et 2m à Vaujours. Il est exploité aussi bien à ciel ouvert dans la carrière de   Bois Gratuel à Villevaudé que nous allons visiter, qu’en carrière souterraine à Vaujours à proximité de l’usine Placo.

Le conférencier est très fier de nous annoncer que le gypse est recyclable à l’infini : de formule CaSO4 2(H2o) il perd son eau au chauffage, devient plâtre sec qu’on va réhydrater pour en faire soit de l’enduit, soit du placoplâtre. Placo recycle de puis 1993 les chutes de fabrication, depuis 2008, les plâtres de chantier et 2023 les plâtres de déconstruction.

Réhabilitation et barrière pour les grenouilles

Une attention particulière est portée pour l’Environnement : compensation (mesures ERC) dans le cas du cordon boisé le long de la Dhuis, 3 mares sont crées, des cordons pour empêcher les grenouilles d’aller dans le chantier, conservation des eaux de ruissellement. L’entreprise s’est aussi engagée à remettre en état la carrière en fin d’exploitation : remblayage et revégétalisation. 

visite de la carrière de Villevaudé

Carrière de Villevaudé : le ballet des gros camions jaunes

Nous avons observé les gros engins, camions et tractopelles occupés soit à l’extraction, soit au remblaiement. L’extraction se situe au niveau de l’ancienne carrière souterraine dont on observe les anciens piliers qui sont arrasés. Les camions déchargent à proximité au concasseur et retourne sur le lieu d’extraction. En revanche de très grosse pelleteuses travaillent dans les marnes vertes et les marnes bleues qui recouvrent le site, les marnes vont recouvrir les zones où l’exploitation est terminée. Des engins applanissent ce remblayage, on ajoutera de la terre végétale et pourra procéder à la plantation d’essences analogues à celles qui poussaient avant l’exploitation.

convoyeur électrique

Un convoyeur électrique long de 4 km va du concasseur à la plâtrière de Vaujours, transportant le gypse de granulométrie réduite. l’installation de ce tapis roulant représente un investissement onéreux mais il a des avantages environnementaux, remplaçant des camions bruyants et gourmands en carburant. 

Visite de l’usine V5

le Placoplâtre est arrivé en France en 1947 des Etats-Unis avec le Plan Marshall et la reconstruction nécessaire après-guerre. La technologie américaine fut importée et a pris son essor dans les années 60.

Après être équipés de casque, chasuble et d’un casque audio pour les explications, on nous donne les consignes de sécurités. Le téléphone ne doit pas quitter le sac à dos. Interdictions formelle de prendre des photos. Même les photos sur internet ne sont pas exploitables (format incompatible avec le blog).

Nous entrons à la file dans le très grand bâtiment, et montons sur une passerelle longue de 700 m et découvrons la ligne de production qui commence avec de monstrueuses bobines de carton. En effet les plaques sont une sorte de sandwich : entre deux couches de carton on injecte la gâchée (plâtre liquide : mélange de plâtre et d’eau), ces plaques vont subir leur traîtement sur un tapis roulant où elles seront sèchées (environ 150°C) au gaz, découpées à bonne dimension, les bords droits ou affinés, selon. En fin, elles sont empilées et rangées dans des cellules de stockage, prêtes à être expédiées avec le matériel nécessaire à leur pose (rails métalliques, sac de plâtre en poudre, carreaux). 

Je suis étonnée de me trouver dans une usine presque vide d’ouvriers, tout est automatisé. Le personnel qui surveille ces installations se déplace soit à vélo, soit sur des engins électriques. Les convoyeurs des piles de placoplâtre sont des engins autonomes sans chauffeur dont la navigation est règlée par Wifi. Selon l’étape de chauffage, il fait plus ou moins chaud. Peu de poussière. On ressent les vibrations des tapis-roulant mais cela ne ressemble pas du tout à ce que j’imaginais. Sur Internet on décompte 500 salariés sur tout le site, mais à quoi correspondent ces emplois, administratifs, chauffeurs, recherche? Pendant la visite on a l’impression que la ligne de production fonctionne toute seule.

En cette période de Guerre en Ukraine, et de fermeture d’Ormuz, la question de l’énergie se pose. Pour chauffer le gypse et faire du plâtre, pour sècher les plaques c’est le gaz qui est la source d’énergie. En revanche, transpalettes électriques (batteries chargées sur place) gros engins autonomes, électriques également. On aurait pu imaginer des panneaux solaires sur le toit du  bâtiment géant. Ce n’est pas prévu. On a pensé au recyclage, à minimiser l’impact environnemental mais on est très dépendant des énergies fossiles.

Cette visite a été passionnante, mais elle soulève encore bien des interrogations de ma part.

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Auteur : Miriam Panigel

professeur, voyageuse, blogueuse, et bien sûr grande lectrice

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