Cette promenade dans la Venise du XVIII ème siècle est toujours un émerveillement, même si les thèmes sont connus et si j’ai en mémoire une récente exposition à Jacquemart-André(2013) des vedute avec de nombreux tableaux de Canaletto et Guardi.
Pietro Longhi : l’audience du Dogel’audience du doge
L’exposition du Grand Palais est plus diverse. Le très grand portrait du procurateur Daniele Dolfin en habit rouge, de Giambattista Tiepolo nous accueille dès l’entrée. La taille de la Vue du Palais Ducale de Canalettome surprend, j’avais été habituée aux plus petits formats. Plusieurs vues de Venise témoignent de son active importance diplomatique avec la visite des ambassadeurs :Luca Carlevaris(1721); ou les fêtes présidées par le doge Pietro Longhi L’audience du Doge, ou GuardiLe Doge à bord duBucentaure (1775-1777).
Luca Carlevaris ; Entrée du comte de Gergy 1721
Ces vedutistes ont peint la vie mondaine de Venise tandis que certains ont peint aussi des aspects moins brillants comme les mendiants CanalettoRio dei mendicanti ou l’atelier des tailleurs de pierre.
Une salle est consacrée à la musiqueVivaldi (1678-1741) et Porpora (1686 -1768), Farinelli en sont les figures les plus connues. Les luthiers étaient aussi très réputés à Venise et de beaux instruments sont présentés.
Pietro Longhi : Il Concertino
La musique est aussi peinte : répétitions d’un opéra, Il Concertino de Pietro Longhi, bals et commedia dell Arte, bals masqués…..
Guardi : Le Ridotto du Palazzo
Les arts décoratifs sont raffinés, tendance rococo, chinoiseries, stucs, dorures et meubles peints . Un reliquaire a attiré mon attention : j’imaginais plutôt miroir d’une élégante que destiné à quelque ossement sacré!
ReliquaireReliquaire
Bien sûr les tableaux d’inspiration religieuse sont aussi présents : Guardia peint Le Christ et les pèlerins d’Emmaüs tout à fait surprenant. C’est un très grand tableau où des apparitions, femmes alanguies (en extase?) têtes émergeant des nuées, contrastent avec le réalisme du la partie inférieure beaucoup plus classique.
Je fais connaissance avec un artiste que je ne connaissais pas Giovanni Battista Piazzetta (1682 -1754) avec Judith et Holopherne de caractère et des dessins intéressants.
Piazzetta : Judith et Holopherne
A l’étage l’exposition se poursuit avec La Diaspora des Vénitiens en Europe qui montre que toute l’Europe, la France, l’Angleterre et l’Allemagne ont fait appel aux peintres vénitiens pour décorer châteaux et belles demeures . je découvre qu’il y avait deux Tiepolo : Giambattista et Giandomenico (son fils). J’ai beaucoup aimé les scènes de rues de Giandomenico Scène de Carnaval et L’arracheur de dents.
Giandomenico Tiepolo : scène de Carnaval
L’arracheur de dents
Décidément Venise a bien du charme à la veille de sa chute quand Bonaparte met fin à la Sérénissime République séculaire.
On connait Mucha l’affichiste Art Nouveau qui fit la publicité de nombreuses marques françaises en particulier pour les Expositions Universelles
J’avis déjà vu d’autres affiches du papier JOB à Perpignan.
Les affiches qui le rendirent célèbre furent celles de Sarah Bernhard
Sarah Bernhard
la dame aux camélias
Aussi Médée, Gismonda….
Comme tous les artistes Art Nouveau Mucha se consacra aux arts décoratifs, motifs et bijoux avec les courbes et les formes végétales, aussi avec des emprunts à l’Orient, à Byzance et à ses origines slaves.
Tchèque, dans l’Empire Austro-Hongrois, il s’attacha à illustrer les thèmes slaves et au cours de l’Exposition Universelle, il décora le pavillon de la Bosnie-Herzegovine et voyagea dans les Balkans
La peinture de Mucha ne se limite pas à des travaux d’affichistes. Une salle le présente, mystique et Franc-Maçon avec des peintures ou pastels recherchant la spiritualité, à la limite de l’abstraction.
En 1910 Mucha retrouve sa terre natale. Son oeuvre est celle d’un patriote tchèque et slave.
le siège de Sziget
Il choisit 20 épisodes de l’histoire slave pour son Epopée Slave en 20 très grands tableaux historiques où on voit des foules . Un diaporama de 10 minutes sur un écran incurvé nous montre les tableaux et zoome sur les détails.
L’affranchissement des paysans russes
Introduction de la Liturgie slave (9ème siècle)
Pour ma part, je ne suis pas très fan de grandes fresques historiques et encore moins de ses vitraux. Tout cela me renvoie à une une exaltation nationaliste qui ne m’enthousiasme pas vraiment.
Le Théâtre des Quartiers d’Ivryréserve de belles surprises et malgré l’intitulé un peu étrange, je n’hésite pas à y faire le détour. Il est maintenant logé dans un très bel endroit : La Manufacture des œillets une usine désaffectée qui a gardé des locaux spacieux et une haute verrière.
Les Reines est l’oeuvre d’un auteur canadien qui est aussi un traducteur de Shakespeare. Les Reines sont celles qui ont gravité autour de Richard III – pièce fascinante – dont on a tiré des versions contemporaines intéressantes Looking for Richard d’Al Pacinoet Richard III de David Gauchard(clic sur les liens) . J’aurais dû relire la pièce avant d’aller à Ivry et au moins lire le feuillet qu’on distribue à l’entrée du théâtre au lieu de bavarder avec Nicole. Mais je n’aime ni lire les critiques de films, ni les 4ème de couverture des livres, il me semble que cela gâche le plaisir de la surprise. Cependant dans le cas des Reines c’est indispensable de se situer un peu mieux dans l’histoire d’Angleterre, de la Guerre des Roses pour identifier les personnages .
Marginales chez Shakespeare, 6 Reines sont les héroïnes de la pièces :
La duchesse d’York (1415 – 1495): Cécile Neuville, épouse de Richard Plantagenêt
La Reine Marguerite (1430 – 1482) Marguerite d’Anjou, fille de René d’Anjou et de Provence, qui déclenche la guerre des deux Roses.
Elisabeth Woodville (1437 – 1492) mère de deux enfants assassinés par Richard
Isabelle Warwick (1451 -1477) mariée à George, duc de Clarence
Anne Warwick (1456 -1485) marée au prince Edouard puis épouse de Richard III
Ann Dexter (1439 -1476) soeur des rois Richard et de George duc de Clarence.
J’ai posé sur mes genoux l’arbre généalogique des famille Lancastre et York du feuillet de présentation pendant la pièce et je suis restée perdue malgré cette aide. De retour à la maison la présentation d’une autre mise en scène de la pièce m’a un peu mieux éclairée.
Peut-on jouir du spectacle en mélangeant tous les personnages? Il faut croire que oui, parce que la mise en scène est tout à fait originale et spectaculaire avec des effets d’éclairages très réussi et des actrices à la personnalité percutante.
On entre dans la salle dans un épais brouillard traversé par des faisceaux lumineux formant comme une colonnade. La scène est au milieu de deux rangées de gradins qui se font face. La pièce se joue dans ce couloir mais aussi au dessus de nous sur des balcons où courent les actrices qu’on ne découvre qu’ensuite.
Unité de temps: un jour le 20 janvier 1483. Unité de lieu, la tour de Londres. Un drame réel : le roi Edouard est à l’agonie. Elisabeth cherche à protéger ses deux enfants de la menace de Richard. Climat d’épouvante. On entend des cloches, les pas claudicants de Richard qui rôde, le vent…
Si j’étais complètement perdue dans la salle dans le tourbillon des reines je me suis rattrapée ensuite par des retours dans cette histoire d’Angleterre et j’y ai pris plaisir.
L’exposition se donne l’objectif de déconstruire les mythes négatifs associés à l’Homme de Néandertal victime d’une sorte de racisme dans les représentations de la fin du 19ème siècle début du 20ème siècle.
La mise en scène de l’exposition est construite en trois grands chapitres : Le temps d’une journée, le temps d’une vie, le temps d’une espèce.
maquette d’un abri avec os de mammouths (Ukraine)
Le temps d’une journée présente Néandertal dans son environnement naturel, entouré des animaux, espèces ubiquistes comme l’aigle ou le loup, les animaux de climat tempéré: campagnols; aurochs, ou de climat glaciaire avec les lemmings, les bisons et les rennes. sur le mur du fond incurvé est projeté un paysage qui varie selon que le climat est glaciaire ou tempéré. Néandertal a vécu 300 000 ans et a donc connu de grands changements climatiques.
Chasse au mammouths Paul Jamin 1885
Un site de fouilles , la Folie Poitiers, est reconstitué dans la salle suivante. Un quadrillage au sol figure les ficelles que les archéologues tendent pour repérer les artefacts. Une palissade délimite l’abri que les Néandertaliens avaient construits avec des branchages ou des peaux de bêtes pour se protéger du vent. On présente ici les silex et les outils en os (polissoirs, lissoirs, retouchoirs). Un vidéogramme montre les hommes à la chasse ou à la pêche, vêtus de peaux de bêtes. On les voit cuire dans le feu (le plus ancien « briquet » a été trouvé en Bretagne, (400 000 ans) fait de pyrite enflammant de l’amadou ou des écorces de bouleau.
Une exposition plutôt humoristique dément le mythe de la massue, on a retrouvé des lances, des armes de jet, mais jamais de massue!
crâne de néandertalien
Le temps d’une vie présente les fossiles humains, crânes ou moulages. Les premiers furent retrouvés en 1829 en Belgique à Engis, en 1856 à Feldhofer en Allemagne et en 1908 en Corrèze. On a également retrouvé des empreintes de leurs pas? Les moulages de la boîte crânienne montrent que la taille du cerveau n’était pas inférieure au nôtre, et que les aires du langages, aire de Broca et de Wernicke ainsi que le gène FoxP2 attribué au langage étaient développé. Les néandertaliens pouvaient donc parler!
Représentation de néanderlalienne début 20ème siècle
Cependant les statues du début du 20 ème siècle dans le Salon des Représentations ont un aspect bestial : menton rentré, certes, et arcades sourcilières, mais la tête engoncée dans les épaules et des poils les rapprochant de la fourrure animale (alors que cela ne se fossilise pas) .
Représentation de néandertalien du début du 20ème siècle
Pourtant c’était un homme paré : les parures ont été retrouvées, les serres d’aigles étaient particulièrement recherchées. Ils collectionnaient de beaux objets (fossiles de gastéropodes) un racloir en cristal de roche… On suppose aussi qu’ils se peignaient la peau : on a retrouvé des pigments sans trace de peintures pariétales, d’où l’hypothèse de peintures corporelles .
. Ils observaient aussi des rites funéraires. la découverte à Spy (Belgique d’un homme et d’une femme avec les os en connexion, donc délibérément ensevelis a provoqué un véritable scandale , c’était une idée inconcevable à la fin du 19ème siècle. L’observation de fractures identiques à celle des rodéos laisse à penser qu’ils chevauchaient peut être de grosses bêtes(?)
Etaient-ils cannibales? une animation donne 3 bonnes raisons d’être cannibales (cannibalisme alimentaire, mais aussi rituel, pour s’approprier la force d’un adversaire ou pour garder ses ancêtres en soi(?)
3. Le temps d’une espèce
C’était un artisan hors pair : l’exposition présente une collection de silex selon la technique du Levalloisien à partir de 300 000 ans . Ces outils étaient des marqueurs de culture.
L’analyse génétique montre que les hommes actuels sont (sauf les Africains) métissés de Néandertal, nous avons tous (ou presque) quelque chose de Néandertal.
Cependant , l’espèce Néandertal s’est éteinte entre 35 000 et 30 000 ans. Qu’est ce qui a causé cette extinction? Les différentes causes de cette disparition sont discutées par les chercheurs dans de courtes vidéos très vivantes. On a évoqué les changements climatiques : les Néanderliens en on vécu de nombreux, les micro-organismes apportés par Sapiens, mais ces populations étaient tellement dispersées qu’on ne peut invoquer de véritables épidémies, un déclin démographique avec un nomadisme accru est aussi une cause plausible, la concurrence entre Sapiens et Néandertal pour le gibier, des « guerres » dont on n’a rien retrouvé… le débat est ouvert et les causes sûrement plurielles.
La conclusion se trouve dans une dernière salle où les représentations sont diverses, affiches de film, jouets….Pour finir par cette Néandertalienne habillée à la mode de chez nous, pas si différente!
A la suite Néandertal, l’Expo, j’ai trouvé une petite exposition sur les Mousses, sentinelles de l’environnement que j’ai trouvée passionnante comme le parcours dans les collections permanentes du Musée de L’Homme. Il faudra que je revienne!
615 pages, le pavé de l’été 2016! A glisser dans le sac de plage entre la serviette et la crème solaire. Michel Bussi, dans une vidéo, sur son site, le présente un peu comme cela. Il est sorti juste avant l’été pour que les vacanciers en camping lisent un roman qui se déroule dans un camping, que les lecteurs sur la plage lisent une histoire de plage. Et, encore plus chanceux : les touristes en vacances en Corse qui retrouvent la Corse des touristes et rencontrent des autochtones. Nous avons passé une semaine à Calvi proche de la Pointe de la Revellata : ce livre est pour moi!
Sauf que je suis difficile : ma liste de lecture pour la Corse commence par Balzac, Mérimée, Flaubert et Maupassant pour se terminer par Ferrari (du point de vue chronologique) j’en ai oublié entre Maupassant et Ferrari. Pour le style, je me suis régalée. Tandis que Bussi, dans le temps est assassin, ne me gâte pas vraiment. Passe encore que le journal intime de la gamine de 15 ans comporte des tournures adolescentes comme « genre sûr de lui » ou « en mode », j’attendais « du coup », il est arrivé tôt. je ne suis d’ailleurs pas sûre qu’on employait ce vocabulaire « djeun » en 1989… pour le récit 2016 de Clothilde 42 ans, ces négligences sont impardonnables, elle est censée être avocate, que diable! Ce style « tendance » m’agace prodigieusement.
Un sérieux montage pour raccourcir le récit s’impose. A-t-on vraiment besoin de connaître la marque de chacun des T-shirts et des vêtements, le motif de chaque serviette de toilette? Je sais que les marques importent aux ados ; elles lassent le lecteur adulte.
Clothilde 15 ans, est une « gothique » avec l’attirail noir, les coiffures ad-hoc, on la visualise bien. Inutile le radoter! Clothilde 42 ans, s’est développée harmonieusement physiquement mais elle reste bien midinette.
L’intrigue haletante gagnerait donc à être resserrée : moins de mièvreries . Les cadavres, les rebondissements, ne manquent pas et c’est tout à l’honneur du thriller auquel je pardonne les négligences, harponnée par la curiosité. J’avais parié pour un meurtrier, et voilà qu’on l’innocente, et que surgit un personnage qu’on n’avait jamais vu. Bien fait! Il faut reconsidérer le point de vue. Non ! je ne vais pas spoiler! je déteste les critiques qui racontent l’histoire et qui donnent trop d’indices.
Et la Corse?
Elle est comme le touriste l’imagine : splendide, torride, baignée d’une mer toujours bleue avec un maquis parfumé. Ni Clothilde-15ans, ni Clothilde-42 ans ne prennent le temps d’herboriser.Tout juste seront cités le serpolet et la criste marine.
Regrets : j’aurais aimé voir un de ces euproctes.
Et les Corses? Ils sont aussi comme on les imagine. Les grands-parents traditionnels dans leur bergerie (j’ai beaucoup aimé le Papé Cassanu qui est une belle figure). Le père travaille sur le continent et « soigne sa corsitude« ; il m’a fait rire. Evidemment il y a une bombe (sur fond d’immobilier), des clans et des familles puissantes, l’omerta, et même une « justice » corses qui court-circuite celle des tribunaux de la République.
Témoignage ou images d’Épinal? Seuls les Corses pourraient me dire si Bussi n’a pas chargé la caricature ou s’il apporte une image plausible.
En tout cas, ce divertissement a un succès qui m’étonne : sur Babélio le nombre de ses lecteurs (2650) dépasse celui du Goncourt de Ferrari(2309) et les critiques sont élogieuses. Seule explication, je suis snob et les best-sellers ne sont pas ma tasse de thé.
D’Angleterre arrivent parfois de géniaux excentriques doués d’humour et de créativité. Grayson Perry en est l’un d’eux et la Monnaie de Paris, 11 quai Conti lui offre un bel écrin. Il trône en haut du majestueux escalier, travesti dans une somptueuse robe.
Long Pig – Tirelire ou tronc pour de collecte?Tirelire ou tronc pour les offrandes.
La première oeuvre qui accueille le visiteur est ce cochon-tirelire. On peut choisir sa fente pour faire son offrande Gauche/Droite, ou Pauvre/Riche, Rural/Urbain, Leave (Brexit)/Hope . Grayson le céramiste, donne le ton dès l’entrée.
Reclining artist : artiste et modèle avec tous ses objets familiersReclining artist : artiste et modèle
Un magnifique salon ovale décoré de fresques présente les créations vestimentaires de Perry le styliste : Claire ou Grayson? Deux tableaux le représentent entre les robes magnifiques
Selfie with political cause
Il y a toujours beaucoup à voir et à lire dans les tableaux ou sur les vases. Des animaux, et des paysages britanniques. J’aime bien le renard « tax evasion » qui est à terre? vision optimiste?
vase
Les vases sont très élaborés avec des influences diverses, même japonisantes Les Precious Boys sont travestis, Women of Idéas viennent d’un transfert d’image de Gainsborough
Quand Grayson Perry parle de ses céramiques dans les vidéos, il emploie l’expression « pottery » suggérant une sorte d’artisanat secondaire, féminin, qu’on ne prend guère au sérieux. La tapisserie qui l’inspire également serait rangé aussi comme art mineur, féminin. Et justement lui, aime les savoirs-faire « féminins ».
Autre domaine où il excelle : la photo. L’exposition montre trois autoportraits où il est « Claire ». Selon lui, aucune provocation à la mode, dans ce travestissement; Il revêtait déjà des habits féminins quand il était petit!
I am a man
Grayson Perry s’exprime aussi par la sculpture. I am a man s’inspire de Peter Pan. Il ressemble aux bronzes béninois.
Our mother
Our father
Deux autres sculptures ont des influences africaines : Our mother et Our Father qui rappellent aussi la famine : l’enfant au sein est mort, la mère transporte calebasses, paniers et seaux pour aller puiser l’eau, les téléphones portables à son cou sont-ils ceux de ses autres enfants. Quels fardeaux pour une seule femme! l’homme est beaucoup moins embarrassé, mais il transporte des armes, dans un carquois il a un fusil. Porte-t-il lui aussi des enfants ou des grigris?
moto rose customisée avec un petit autel pour son doudou, Alan Measle (son ours en peluche)
Les tapisseries sont impressionnantes : Comfort blanket se trouve en face de Battle of britain
La reine et les symboles britanniques sur la comfort blanketBattle of Britain
J’ai aussi beauocup apprécié la tapisserie Death of Working Hero
Death of working hero
Grayson Perry vient d’une banlieue ouvrière. Son père était électricien; Il n’oublie pas toute la culture ouvrière encore vivante en Grande Bretagne comme ce rituel du Gala des Mineurs avec la parade des bannières du syndicat.
d’autres grandes tapisseries s’inspirent de la vie quotidienne anglaise : on voit une femme textoter dans sa cuisine, des poubelles pour le recyclage,
The Upper Class at BayThe Upper Class at Bay
Chasse à courre dans la campagne anglaise, au fond : un manoir.
En lisant le livret à couverture rose, je découvre que ces dernières tapisseries racontent toute une histoire, comme une BD taille XXL dont le héros Tim gravit l’échelle sociale pour mourir dans un parking .
Surtout! ne faites pas comme moi, n’ensevelissez pas le petit livret dans les profondeurs de votre sac. Il explique tout ce qui n’est pas évident pour nous, éloignés de l’actualité britannique. Et gardez du temps pour voir les vidéos projetées qui sont passionnantes. Si vous n’avez pas le temps on les retrouve sur Youtube.
Une visite passionnante. Un artiste complet qui’l ne faudrait surtout pas réduire à des provocations de travestissements.
Depuis la rentrée 2018, la photographie a été très présente sur mon blog : A son Image deFerrari, Miss Sarajevo d‘Ingrid Thobois sont deux romans qui prennent la photo pour thème. Par ailleurs les expositions l’Envolde la Maison Rouge, celle de Ron Amir, Quelque part dans le Désert,Personna Grata., ainsi que les photographies de Mossoul, Alep et Palmyre à IMA….Ettoujours le regret de PhotoQuai que je suivais les années précédentes. Il est donc logique que j’aille aux sources : les Nadar.
Plutôt que de se focaliser sur un photographe, la BnF a choisi de confronter les 3 Nadar : Félix, Adrien et Paul. Dans la famille Nadar, ou plutôt Tournachon, à l’origine se trouve le père, Victor, imprimeur et libraire à Lyon, le premier à avoir publié Histoire de Ma Vie de Casanova.
trombinoscope : le Panthéon
Le fils Félix(1820-1910) se destinait plutôt à l’écriture, monte à Paris dans le début des années 1840, rencontre Baudelaire, fréquente la Bohème, Baudelaire, Nerval, Bainville, Gautier, Dumas…..devient caricaturiste et en 1852 réunit dans son Panthéon 120 caricatures et portraits des célébrités.
Baudelaire caricature
En 1854, il se tourne vers la photographie et dès 1858, entrevoit l’intérêt de la photographie aérienne(sur la caricature on le voit avec un ballon). En 1861, il met au point la photographie à la lumière artificielle ce qui lui permet de réaliser des reportagesdans les catacombes et les égouts de Paris. En 1863 il réalise son premier vol en ballon.
nadar et son ballon
Le frère Adrien, entreprend des études de peinture en 1840. part dans la Pologne révolutionnaire en 1848, puis se consacre également à la photographie sans abandonner la peinture. Il réalise même des copies de Giorgione et de Bassano, restaure des tableaux.
Paul, le fils de Victor, devra s’imposer pour faire connaître son prénom. Il s’intéresse à une innovation : la réalisation d’Instantanés à partir de 1860. Il devient le promoteur de la photographie Instantanée et le représentant de Kodak Eastman pour la France avec son appareil Express Détective. Avec ce matériel portatif il part en reportage au Turkménistan.
Emir de Boukhara
Il réalise également des agrandissements photographiques qui sont les produits les plus lucratifs des Ateliers Nadar. Il fonde également la revue Paris-Photographie – magazine luxueux.
maquette d’hélicoptère
En plus de découvrir ces artistes, esprits curieux et techniciens inventifs, la visite de l’exposition est une promenade mondaine dans le Paris des écrivains et des artistes. Le portrait est la spécialité des ateliers Nadar. On a plaisir à déambuler devant les portraits de Baudelaire, de Guizot, Bakounine, George Sand qui était une amie de Félix Nadar, Daumier, Rossini, Delacroix, Dumas, Millet, Gustave Doré, Sarah Bernhard….Félix Nadar veut saisir le « côté psychologique de la photo » visage bien au centre sur un fond neutre tandis qu’Adrien met en scène les personnages en costume (Pierrot) ou réalise des photographies pittoresques d’un cavalier arabe ou de musiciens ambulants des Abruzzes. Paul continue les portraits, très beau portrait de Mallarmé, ou de Joséphine Baker. Il compose également des « tableaux vivants« , soigne la mise en scène, exécute des retouches.
A Sevran, une mère et sa fille. Salima, la mère est professeur de Français. Nina, la fille, 14 ans, joue du violon, bonnet de laine, jeans coupés, cheveux longs, c’est un ado assez conventionnelle. La mère et la fille s’entendent bien. Jusqu’à la crise. La mère rentre d’Algérie où a eu lieu l’enterrement de sa mère. Nina arrête le violon, elle cache un gros livre à sa mère et lui tient des propos moralisateurs. Salima ne s’est aperçue de rien. Nina s’est fait embrigadée par des djihadistes sur Facebook à son insu.
Le sujet de la pièce est double : l’embrigadement des jeunes filles mais aussi les rapports mère/fille.
La pièce pourrait être une tragédie, le départ de Nina pour la Syrie est déjà organisé. Le drame est désamorcé par l’intervention tout à fait involontaire de sa mère. La fin est tragi-comique. (je ne vous la raconterai pas! Na!)
Du même auteur, Ahmed Madani, j’avais préféré la pièce F(l)ammes jouée à la Manufacture des Oeilletsà Ivry où dix femmes issues de l’immigration intervenaient avec leur histoire, leur humour, leur énergie en un choeur magnifique. J’ai rencontré Dieu sur facebook n’en a pas la force dramatique, elle est tout à fait intéressante et pédagogique. Comme j’aimerais que mes anciennes élèves la voient pour désamorcer cet « hameçonnage » qui les menace, jeunes idéalistes qui rêvent d’un prince charmant du désert….
Je me suis lancée dans cette biographie des Vies de Job (c’est l’auteur qui met le titre au pluriel). Pierre Assouline est hanté par Job. Il se lance dans une enquête minutieuse dans les textes bibliques mais aussi dans la littérature, la peinture et même la musique pour traquer le personnage.
« Telle est l’histoire de mon ami Job, symbole du juste confronté au Mal et à la souffrance. C’est l’histoire d’un livre et c’est l’histoire d’un homme. L’histoire d’un livre fait homme. »
Pour enquêter sur l’Histoire d’un livre, Pierre Assouline recherchera la société des écrivains et le soutien de François Nourrissier, de Carlos Fuentes dans le prologue que j’ai un peu de mal à suivre.
Erreur de ma part, j’ai égaré ma Bible, et ne peux pas revenir au texte. D’ailleurs quel texte? quelle traduction? La Thora traduite par Zadoc Kahn? ou Le Livre de Job de Renan? Assouline raconte l’histoire des traductions, de la Septante à la Vulgate, cela plane bien au-dessus de moi, je décroche un peu. La souffrance des traducteurs m’indiffère. mais je croise Artaud, Yeats, Proust et Kafka qui me parlent plus.
La voyageuse voit sa curiosité éveillée quand Assouline arrive à Jérusalem pour approfondir ses recherches. Je l’imaginais en compagnie de talmudistes, je le trouve à l’Ecole Biblique chez les dominicains. Je réprime un ressentiment : les dominicains me renvoient à l’Inquisition, et cela je réprouve! Quelle étroitesse d’esprit de ma part! Cette Ecole biblique renferme une bibliothèque où la convivialité et l’ouverture d’esprit de ce phalanstère sont remarquables. Régis Debray vient de quitter les lieux, Claudel y a travaillé…La première perle que je trouve (et note dans mon pense-bête) est Yossel Rakover s’adresse à Dieu de Zvi Kolitz, récit en date du 28 avril 1943 prétendument trouvé dans une bouteille sous les ruines du ghetto de Varsovie. Il me vient une furieuse envie de trouver ce texte!
Si Assouline a préféré l’Ecole Biblique à l’Université hébraïque, c’est à cause de la langue française. Vies de Job est avant tout littéraire, et la langue importe, comme la littérature.
fresque de doura europos
Parmi toutes les sources, Assouline n’oublie pas que Job vut aussi en islam : Ayoub, pour les Musulmans est aussi un prophète. Il a ses pèlerinages, en Jordanie et même à Boukhara où nous avons visité son « tombeau ».
Digression chez les solitaires de Port-Royal où Sacy a fait une traduction (1688). Nouveau venu chez les traducteurs au 21ème siècle, un médiéviste : Alféri qui m’emmène dans l’univers du Nom de la Rose, et puis seul sur l’île de Groix.La quête de Job transporte Assouline, et ses lecteurs, comme des gobe-trotter à Heidelberg, à Bombay….Job, l’homme souffrant sur son fumier est ubiquiste. Et la voyageuse nomade se régale du périple littéraire. Les chapitres sont divisés en paragraphes numérotés (comme les versets des textes sacrés?) courts qui sautent du coq à l’âne. On voyage dans le temps et dans l’espace.
Occasion de nombreuses rencontres même Eliezer Ben Yehouda ou parfois Woody Allen. On suit même Etherie (ou Egérie) une pérégrine venue de Galice ou d’Aquitaine entre les pâqus 381 et 384, venue à Carnéas, à l’endroit où Job était sur son fumier. Je ne peux pas citer toutes les excursions aussi variées que l’hôpital psychiatrique où l’on accueille les fous de Jérusalem (comme il existe à Florence un syndrome de Stendhal) ou au théâtre de l’Odéon à Paris…Rencontres inattendues : Toni Negri , lui et les gauchistes italiens étaient-ils d’autres Job? Muriel Spark. Et même les Chants de Maldoror.
William Blake
Illustrations : Job raillé par sa femme (sur la couverture) de De La Tour, les fresques de la synagogue de Doura Europos, Job sur ses cendres de Fouquet, mais aussi le Job de notre temps et les peintures de François Szulman et Jean Rustin que cette lecture m’ont fait découvrir. Depuis que j’ai un smartphone je cherche les illustrations des tableaux .
La partie la plus émouvante, la plus personnelle : le chapitre Les miens. L’auteur nous entraîne au Maroc dans le Sahara, à Figuig d’où sa famille est originaire. De l’ancêtre engagé en 1918 pour obtenir la nationalité française, à Casablanca où l’auteur a passé son enfance. a Paris le Grand-père qui avait réussi…Le roman familial bascule dans la tragédie. Revient Job! Du Livre de Job au Kaddish et aux deuils, il n’y a qu’un pas…Ecrire sur Job, c’est aussi évoquer cette douleur.
Jean rustin
Comment ça va avec la souffrance? La maladie de Job, les ulcères, la lèpre, les maladies de peau diverses. Le sida. Les souffrances de Job – pièce de Khanokh Levin, je note encore. Il faudrait que je revienne à Khanokh Levin, traduit par une amie proche. De la peau malade, on glisse vers le tatouage des déportés. La souffrance culmine avec la Shoah. « Job est rentré de déportation » est la conclusion du chapitre. Mais il y a pire : la mort des enfants. Le dernier chapitre qui l’évoque est presque impossible à lire. Tant de souffrance , et pourquoi? Pourquoi demande Ricoeur. Manitou, philosophe de haute volée revient sur cette souffrance, s’attachant au scandale de Job. J’ai du mal à comprendre. Après la mort des enfants, j’ai du mal à terminer le livre.
Je quitte à regrets ce livre, j’y reviendrai. J ‘ai téléchargé sur la liseuse la traduction de Renan et celle de Zadoc Kahn. Et toutes ces références des livres que j’ouvrirai avec une autre intention. J’aime les livres qui ouvrent des portes sur d’autres lectures.
une création d’Hamid Rahmanian – Spectacle de théâtre d’ombres (8/12/18-16/12/18 (anglais surtitré- 1h10)
Merhâb, le gouverneur de Kaboul, sa femme Sindokht et Roudabeh
Shâhnâmé du poète persan Ferdowsi est une épopée de 50 000 vers écrite au 10ème siècle d’une renommée équivalente à l’Iliade. Il compile les traditions orales et raconte l’histoire des rois persans et des héros. Hamid Rahmaniana choisi de raconter l’histoire de Zâl, chevalier de la province de Zabôl amoureux de la princesse Roudabeh.
Le spectacle de Théâtre d’ombres est destiné à tous les publics. Mercredi après midi, les enfants étaient nombreux dans la salle Claude Lévi-Strauss, fascinés ils sont entrés dans le spectacle.
les amoureux Zâl et Roudabeh
Au début, le générique « superproduction américaine » agace un peu, allons-nous nous voir une film ou des ombres chinoises? Les silhouettes découpées se détachent sur des photos de montagnes enneigées, c’est joli mais cela me perturbe un peu.
les jardins des miniatures
Puis ce sont des fleurs tout à fait persanes et je me laisse entraîner d’autant plus que le conteur utilise un langage facile à comprendre sans avoir recours aux surtitres projetés sur plusieurs écrans. C’est un conte, les silhouettes découpées sont merveilleuses. Selon l’angle on voit le profil d’un homme ou d’un félin, pour les père de Zâl, Sam, chevalier à la cour du roi de Perse, Manuchehr.
Sam sur l’ordre du Roi des Rois menace Kaboul
Le Simorgh emplumé a parfois l’allure d’un homme, parfois d’un oiseau. Les personnages féminins sont très gracieux. Je suis séduite par les mouvements des mains, comment peut-on faire bouger des marionnettes avec tant de grâce. C’est à la fin du spectacle quand les acteurs sont venus saluer que j’ai compris l’astuce : ils portent les masques sur la tête et les masques sont formés de deux profils formant un angle aigu (env 60°). Les cartons découpés sont très nombreux, 150 à peu près, ils figurent les décors mais aussi des animaux fabuleux comme le dragon marin, le lion ou l’éléphant….Certains sont comme des vitraux colorés.
Éléphant et palanquinÉléphant et palanquin
C’est une histoire d’amour, Zâl et Roudabeh appartiennent à des clans ennemis, Le Roi des rois ordonne à Sam de marcher sur Kaboul. Remake de Roméo et Juliette? Ps vraiment….
En arrière plan des palais, minarets, tours comme à Khiva, Boukhara ou Delhi. je voyage dans mes souvenirs de Rajahstan ou d’Ouzbekistan. Ce qui me donne encore plus envie d’aller en Iran.