Les contes cruels de Paula Rego à l’Orangerie

Exposition temporaire 17/10/18 /-14/01/19

Paula Rego : La danse (1988)

 

Encore une jolie surprise! Je ne connaissais pas cette artiste Portugo-anglaise. L’affiche m’avait plu et le titre Les Contes cruels m’avaient intriguée.

Paula Rego : In the garden

L’exposition de l’Orangerie nous plonge dans l’univers de l’enfance, de ses jouets, ses contes et comptines, des personnages mythiques, des animaux qui parlent….Univers cruel et non pas mièvre comme l’a analysé Bruno Bettelheim. Une série présente des petites filles avec un chien.

Petite fille et chien. Non! ce n’est pas le chaperon rouge!

Trois grandes toiles carrées montrent encore des petites filles, l’une d’elle est la petite meurtrière perversion de l’enfance!

Paula Rego : la petite meurtrière

On aime se faire peur dans le monde de l’enfance!

De curieuses saynettes sont orchestrée avec des masques de papier mâché, des poupées de chiffon, des costumes de théâtre, des poupées désarticulée. Atmosphère étrange. On retrouve plus loin ces montages dans divers tableaux dans la dernière salle.

Paula Rego a épousé le peintre anglais Victor Willing. Elle partage son temps entre Londres et le Portugal.

Elle illustre les Nursery Rhymes  par des gravures s’inspirant des illustrateurs comme Rackam ou Benjamin Rabier mais aussi Goya Caprichos et Proverbios ou Jean-Jacques Granville et Sa vie privée des animaux. Hockney a également illustré les contes de Grimm

Babablack sheep…est interprété de manière personnelle, les trois sacs de laine sont rangés de côté tandis que le mouton est érotisé dans une posture équivoque.

 

 

 

Cette araignée effrayante (comme les enfants aiment avoir peur!) est peut être inspirée des araignées de Louise Bourgeois présentées à côté.

 

Le monde de l’enfance est aussi celui des punitions et des réprimandes (titre de la salle suivante) . On y découvre une fille de policier inquiétante.

La Fille du Policier
La Fille du Policier

Des scènes familiales mettent en scène les Bonnes meurtrières de Genêt et une curieuse scène où le père est comme un pantin, évanoui ou déjà mort tandis que dans le tableau des éléments religieux font des allusion à la résurrection.

Gepetto

Les grands tableaux de la salle suivante sont des pastels, technique que Paula Rego affectionne particulièrement. Elle illustre Peter Pan et Pinocchio. Anecdotiquement l’audio-guide m’apprend que pour la Fée Bleue et pour Gepetto Paula Rego a fait poser sa fille Victoria et son gendre Ron Mueck (sculpteur) .

L’oeuvre la plus spectaculaire de cette section est le grand tableau de La Guerre inspiré d’une photo d’une petite fille pendant la guerre en Irak. Paula Rego a remplacé les têtes par celles de lapins de papier mâché et a fait figurer des animaux dans la composition.

La Guerre

Un mur regroupe le thème Animaux et Animalité . Contrairement aux contes qui montrent des animaux humanisés qui parlent ou qui adoptent des comportement humains. Il s’agit de femmes aux attitudes et postures de chiens Dogwomen. 

Dogwoman

« Etre une femme-chien ne signifie pas nécessairement être opprimée . cela n’a pas grand-chose à voir. Dans ces tableaux, chaque femme-chien n’est pas opprimée mais puissante. C’est bien d’être bestiale. C’est physique. manger, grogner, toutes les activités liées aux sensations sont positives. Représenter une femme en chien est complètement crédible. C’est souligner le côté physique de son être. »

Précise-t-elle dans une longue citation sur le dépliant de présentation de l’exposition. 

Face aux gracieuses et riantes danseuses de Degas, aux couleurs chatoyantes  5 grands tableaux ont été inspirés de la danse des Autruches du film Fantasia . Pas d’oiseaux  dans ces oeuvres mais les danseuses massives et ironiques.

Danse des autruches
Danse des autruches

Héroïnes :Paula Rego est fascinée par le personnage de Jane Eyre qu’elle met en scène dans un triptyque. Elle représente des femmes fortes comme l’ accordéoniste.

L’exposition se termine par des histoires moins traditionnelles, des mises en scène plus personnelles dans d’énormes tableaux très colorés et très riches avec de nombreux personnages autour des pièces de Martin McDonagh

L’épouvantail et le porc.
L’épouvantail et le porc.

L’épouvantail et le porc est presque une crucifixion avec une procession qui gravit la montagne. Le porc a sauvé l’épouvantail d’un incendie du champ dans lequel il se trouvait. Mais il ne s’opposera pas à la décapitation de son bienfaiteur par l’éleveur. Dans un  coin, la femme au chapeau porte une faux, représente-t-elle la mort?

pillowman

Deux grands triptyques mettent en scène le personnage du Pillowman (Martin McDonagh) . Le pillowman étouffe les enfants par sa tendresse pour leur épargner des souffrances dans le monde. (thème évoqué dans Les petites filles et la mort de Papadiamantis). La tendresse du Pillowman évoque à Paula Rigo son propre père et elle met dans le tableau des éléments de sa vie personnelle, ses souvenirs d’enfance, la plage d’Estoril où elle allait avec ses parents, une partie de pêche

pillowman

Etonnante illustration du Chef d’Oeuvre inconnu de Balzac qui avait aussi inspiré Picasso

j’ai découvert sur internet en me documentant que Paula Rego, féministe avait peint le triptyque sur l’Avortement à propos de la campagne pour sa légalisation au Portugal en 1998. Cette oeuvre ne figure pas dans l’exposition de l’Orangerie mais je la mentionne ici.

11

Fendre l’air – art du bambou au Japon – Musée du Quai Branly –

Exposition temporaire du 27/11/18 au 7/4/19

Exquise surprise!

Petite, à l’école, j’ai détesté la vannerie.

Plus tard, j’en ai acquis une idée utilitaire :  paniers pour faire les courses,  corbeilles à fruits…Le titre Fendre l’air, ne me disait rien, j’ai cru voir une nacelle de Montgolfière. 

Cherchant le  bateau-atelier de Titouan Lamazou, je me suis égarée. A la sortie de l’ascenseur j’ai trouvé les vitrines de la cérémonie du thé où les accessoires attendus, théière et bol sont accompagnés de vannerie fine.

la cérémonie du thé

Je me suis laissé séduire par les matières, les formes, la technique parfaite. Finesse des fibres et des points. Élégance des formes pour les objets usuels : paniers, corbeilles destinés souvent aux compositions d’ikebana

anse liane

Classique et parfait comme ce panier.

les créations contemporaines se détachent de leur rôle d’utilité et adoptent des lignes audacieuses,

support pour ikebana ou oeuvre dart? Les deux sans doute

 

Plusieurs vidéos donnent la parole au maître-vannier. On le voit travailler, transmettre son savoir-faire aux apprentis. Fendre le bambou, c’est sans doute ce qui a inspiré le titre de l’exposition. Est-ce de l’artisanat ou de l’art pur? Il semble que la distinction n’existe pas. L’artisan façonne un objet utile, l’artiste fabrique une création abstraite. Le même ouvrier est parfois artisan, parfois artiste. Tout dépend de la commande, dit-il.

abstraction?
abstraction

 

Selon la finesse de la fibre, la laque ou la teinte naturelle il y a une infinité de textures

support pour ikebana ou oeuvre d’art? Les deux sans doute

Densité

incroyable légèreté
incroyable légèreté

L’Aïeul – Aris Fakinos

LIRE POUR LA GRECE

Aris Fakinos(1935-1998) est l’auteur des Récits des temps perdus, de la Citadelle de la Mémoire, des Enfants d’Ulysse qui est mon préféré. Son univers littéraire se situe dans la plaine de l’Attique et dans les sommets de l’Épire et le thème de la mémoire paysanne et du bouleversement de la civilisation rurale par l‘urbanisation est commun à ses ouvrages. 

Fakinos raconte l’Histoire de la Grèce, non pas celle des rois, des gouvernants ou des célébrités, mais celle des bandits et des paysans.La Citadelle de la Mémoire relate la lutte contre les Turcs des palikares dans la montagne pendant les guerres d’indépendance de la Grèce. L‘Aïeul commence vers 1850 et se termine au milieu du 20 ème siècle, quand Athènes s’étend à la plaine d’Attique. Les Enfants d’Ulysse se déroule de la veille de la 2de Guerre Mondiale jusqu’à l’arrivée des Colonels.

L’Aïeul, Théophanis Photinos, est le  fils du Kapétan Photinos, bandit des montagnes. Tout jeune adolescent, il quitte le brigandage pour le travail de la terre. Il est le défricheur, ne possédant que la force de ses bras et une énergie sur-humaine. Comme il n’a pas un champ cultivable, il  commence par s’attaquer aux pierres dont la montagne est riche. Avec la charrette que sa femme, Eleni, lui a donnée, un cheval volé à un brigand, il va charrier les pierres et les vendre. Au pic et à la pioche, il fait le sourcier et découvre l’eau et irrigue la terre. Enfin il pourra défricher un champ puis un autre, les irriguer et distribuer la terre aux paysans. Pour assurer l’avenir, ensemble il planteront des oliviers…..A la pioche, au couteau et au fusil, les paysans défendent leur terre et leurs arbres contre les propriétaires terriens, et même contre l’Etat grec et ses gendarmes.

« Bien calé sur son âne, un vieil homme aux cheveux blancs revient du travail en chantant un très vieil amané : il entonne un ou deux vers puis s’arrête, ferme les yeux, les pas cadencés de l’animal le bercent et le pauvre paysan s’endort. Au moment où il te croise, il se réveille et te dit bonsoir, il reprend son amané mais tandis qu’il s’éloigne le sommeil s’empare de lui. la route est longue jusqu’au village. le vieillard a du temps devant lui, il poussera plusieurs fois sa romance et il retombera souvent dans le sommeil. Ainsi, il ne se rendra pas compte du chemin parcouru. C’est un peu ce qui se passe avec la vie de l’homme songes-tu ; il peut être beau et doux le voyage que Dieu nous a donné à accomplir, pourvu qu’on ait le temps de chantonner ci et là un amané tant que l’on est assis sur son âne, de s’assoupir un peu , puis d’aiguillonner sa bête, et de continuer. 

Lorsque que tu aperçois au loin les arbrisseaux, fraîchement plantés, ton cœur se met à battre, tu fermes les yeux, tu rêves…Devant toi, s’étend déjà une immense oliveraie, les troncs des arbres sont énormes, couverts de nœuds par les années, les branches sont lourdes de fruits noirs gorgés d’huile; Là-bas, au village on nettoie le pressoir, on lessive à l’eau bouillante les sacs réservés au marc, on récure le fond des jarres. Les femmes aiguisent les canifs pour fendre les olives…. »

J’aurais pu choisir pour ce billet la page racontant la « cueillette des pauvres » qui viennent glaner dans les oliveraies les olives qui restent, ou plus épique, le duel de Théophanis avec le gendarme….je vous laisse les découvrir. Tout m’a enchanté dans ce livre.

Un aspect m’a frappée : la défiance si ce n’est l’hostilité des paysans envers l’administration et les représentants de l’Etat grec. Les paysans sont illettrés, seul Costandis, l’infirme, a appris à lire:

« mais toi tu sentais que les temps avaient commencé à changer; et avec eux les hommes et les guerres. Si les Turcs avaient quitté votre sol, à leur place avaient surgi d’autres maîtres plus cruels, plus sournois, qui n’usaient pas du sabre et du poignard, qui n’entassaient pas les têtes des raïas en pyramides sur les routes et les places. les nouveaux patrons du pays gouvernaient avec de l’encre et du papier, avec une arme inconnue dont personne ne soupçonnait la force réelle. C’est une grande boîte en bois que l’on appelait urne. c’est elle qui renversait à tout bout de champ gouvernements, ministres, généraux. Personne ne savait pourquoi tout cela se déroulait loin dans la capitale.

Ainsi parlas-tu de la terre.

Pourtant elle n’était pas à toi, ni à aucun d’entre vous. Vous n’aviez ni papier s ni contrats. Ces usages étaient pour les « culs blancs comme vous nommiez cette bâtarde engeance d’Athènes, ces aristocrates qui suivaient  comme des chiens affamés les troupes bavaroises, anglaises et  françaises, tous les parvenus du pays. Pour vous les « sauvages », les « béotiens » les « voleurs » et « barbares » ainsi qu’ils vous appelaient, la parole donnée suffisait, et encore plus le respect du serment séculaire et sacré de l’homme »

Pour garder leur terre, les compagnons de Théophanis se battaient contre les gendarmes. Mais le monde moderne a fini par gagner et le roman se termine par l’arrachement au bulldozer des oliviers et l’urbanisation de la campagne.

 

 

 

 

Chers fanatiques – Amos Oz

LIRE POUR ISRAËL

C’est un recueil de trois articles d’Amos Oz : Chers Fanatiques, Non pas une lumière mais plusieurs, Des rêves auxquel Israël devrait renoncer au plus vite. Chacun de ces textes est polémique mais il ne s’adresse pas au même public.

Chers Fanatiques est le plus universel. Il y a des fanatiques partout. Au Moyen Orient comme à Jérusalem, intégristes islamistes, Juifs religieux, mais aussi anti-IVG, vegan, anti-fumeurs….Amos Oz invite à traquer tous les fanatismes, y compris ceux que nous portons en nous-même, sans en être conscient.

« Plus les questions sont ardues et complexes, plus on aspire à des réponses simples, des formules désignant sans hésitation les responsables de nos souffrances, avec l’assurance q’il suffirait de liquider les méchants pour que nos maux disparaissent sur le champ.

C’est la faute de la globalisation, des musulmans, de la dissolution des mœurs, du sionisme, des migrants, de la laïcité, des gauchistes! Il ne reste plus qu’à biffer les mentions inutiles, entourer celui qu’on considère comme le diable et le détruire ainsi que tout ce qui tourne autour) pour s’ouvrir les portes du paradis.

<Un sentiment de profonde indignation se généralise dans l’opinion publique : un dégoût subversif du « discours hégémonique », la répulsion de l’Occident pour l’Orient, la répugnance des laïcs pour les croyants, l’aversion des religieux pour les laïcs, une haine généralisée et viscérale, qui enfle comme une nausée depuis les bas-fonds de la misère. C’est une des composantes du fanatisme sous quelque forme que ce soit….. »

« Mon enfance passée à Jérusalem a sans doute fait de moi un expert en fanatisme comparé » ajoute-t-il plus loin.

Article d’une actualité criante dans un autre contexte que celui du Moyen Orient!

« L’une des causes de cette flambée de fanatisme est peut être la quête de solutions simples et lapidaires d’une rédemption instantanée »

« Durant plusieurs décennies, grâce aux pires assassins du XXème siècle, les racistes avaient un peu honte de l’être, ceux qui débordaient de haine mettaient de l’eau dans leur vin,et les réformateurs fanatiques étaient plus circonspects en matière de révolution….« 

Comme Amos Oz diagnostique la peste brune rampante,  je la retrouve du Brésil, en Hongrie, en passant par l’Italie, les trumpistes, et ce qu’on appelle par l’euphémisme en France « droite décomplexée« . Et oui le temps a « décomplexé » tous ceux qui avaient honte d’être fanatiques, racistes, antisémites, chauvins et qui ressortent avec leurs hymnes et leurs drapeau. Actualité criante, vous dis-je!

Il faut que je m’arrête de copier ici tous les passages que j’ai surlignés sur la liseuse. Lisez Amos Oz, même si vous n’avez cure du Moyen Orient, des Juifs ou des religions! Photocopiez et distribuez-le aux ronds-points, dans les manifestations, dans les lycées, à la sortie des cultes divers….

En conclusion : « Combattre les extrémistes ne veut pas dire les anéantir tous, mais plutôt contrôler le petit fanatique qui se cache en nous »

Le second essai Non pas une lumière, mais plusieurs s’adresse à un tout autre public. Amos Oz plaide pour la démocratie, la tolérance, le dialogue à l’intérieur d’Israël. En préambule Oz écrit : « La nation juive existe sans aucun doute, mais elle se distingue de la plupart des autres en ce que son principe vital ne se transmet pas forcément par les gènes ou les victoires militaires mais par les livres. » … »dans ses bons jours, le judaïsme est la civilisation du doute et de la controverse ». 

Il s’en suit une longue explication de texte qui peut être fastidieuse pour qui le concept de Shoulchan arouch ou les références à la Bible, le Talmud ou la Michna sont étrangères (c’est mon cas). Le texte n’est pas dénué d’humour et j’ai bien aimé sa description des fêtes familiales qui réunissent les Juifs

« En réalité, les fêtes se ressemblent : « les méchants voulaient nous tuer, nous avons survécu, et maintenant passons à table! » « Pharaon est venu et reparti, bon appétit! ». Nous avons affronté les Perses à Pourim, les Egyptiens lors de la Pâque, les Romains à Lag Ba’omer, les Anglais et les Arabes le jour de l’Indépendance, les Babyloniens et les Romains à Tisha Be’Av, les Grecs à Hanoukka. Certes à Tou Bichvat, on ne s’est pas battus contre personne, en revanche il pleut presque toujours à cette époque de l’année…. »

C’est une longue réflexion sur le sionisme et la religion. C’est aussi un constat qu’« il existe un dénominateur commun entre la droite israëlienne et le judaïsme halakhite : chacun est en conflit réel ou subjectif avec le monde extérieur. Chacun affirme qu’un éternel litige oppose Israël aux nations « un agneau au milieu de soixante loups » où a singularité du peuple juif s’affirmerait face à ses ennemis « sans ennemi, sans persécution, ni siège, ni martyr, le monde extérieur nous pervertirait nous perdrions notre identité et nous assimilerions…. ». « le clivage entre juifs religieux et juifs séculiers dure depuis un siècle et demi ».

Des rêves auxquels Israël devrait renoncer au plus vite (2015)

Traite du règlement politique avec les Palestiniens, de la Paix.

Il commence par cette affirmation :

« Nous commencerons par une question de vie ou de mort, fondamentale pour Israël : s’il n’y a pas deux Etats ici et très bientôt, il n’y en aura plus qu’n seul. Et s’il y a un seul Etat, ce sera un Etat arabe qui s’étendra de la Méditerranée jusqu’au Jourdain. Juifs et Arabes peuvent et doivent vivre ensemble, mais à mon sens, il est inacceptable de vivre en tant que minorité juive sous domination arabe, car presque tous les régimes arabes du Moyen Orient oppriment et exploitent leurs minorités »

Amos Oz revient sur le cycle de guerre au cours des dernières décennies, au Liban, à Gaza considéré par les autorités comme « gestion du conflit« . Puis il évoque le plan de paix séoudien (2002) repoussé lors. « Aurions-nous reçu une proposition similaire au temps de Ben Gourion et de Levi Eshkol, au temps des trois « non » au sommet de la Ligue arabe à Khartoum, en 1967, nous serions tous (ou presque) sortis danser dans la rue »

« Depuis la Guerre des Six Jours en 1967, nous n’avons pas gagné une seule guerre; Y compris la guerre de Kippour. Il ne s’agit pas d’un match de basket, où le joueur qui a marqué le plus de point décroche la coupe.[….]Le vainqueur est celui qui a atteint ses objectifs et le vaincu celui qui ne les a pas atteint »..

Dans l’analyse des forces en présence, Oz affirme que l’essentiel est de faire la différence entre le permanent et le transitoire. Les alliances qu’Israël a conclu au cours de l’histoire récentes tiennent plutôt du transitoire. Rien ne dit que l’alliance avec els Etats Unis durera. » le fait que les Palestiniens sont nos voisins et que nous vivons au coeur du monde arabe et musulman sont, en revanche des paramètres permanents »

Amos Oz revient alors sur les  accords d’Oslo, de Camp David, et les tentatives d’Ehoud Olmert. Mais ils auraient été trop pingres : ils n’auraient pas payé le prix de la paix…

« ma position de sioniste depuis le départ, est très simple : nous ne sommes pas seuls sur cette terre. Nous ne sommes pas seuls à Jérusalem. Je dis la même chose à mes amis palestiniens : vous n’êtes pas seuls sur cette terre. « 

Il soutient l’idée de deux Etats et repousse l’état Binational, qualifiant cette dernière de « triste plaisanterie ». 

« Le conflit qui nous divise n’est pas un western hollywoodien où s’affrontent les bons et les méchants, mais une tragédie qui oppose la justice à la justice. Je le croyais déjà il y a cinquante ans, j’y souscris aujourd’hui encore. La justice contre la justice, et souvent, à ma grande tristesse, l’injustice contre l’injustice ».

En conclusion:

« J‘appréhende l’avenir. Je redoute la politique du gouvernement et j’en ai honte. j’ai peur du fanatisme et de la violence de plus en plus répandus en Israël et je n’en suis pas fier. Mais j’aime être israélien? J’aime être citoyen d’un pays où se trouvent huit millions et demi de Premiers ministres et huit millions et demi de prophètes, huit millions et demi de messies… »

 

 

Mon Michaël – Amos Oz (1966)

LITTÉRATURE ISRAÉLIENNE

Relecture. Je l’ai lu autrefois en hébreu, et n’en avais aucun souvenir. Cette lecture était plutôt du déchiffrage. C’est donc une découverte, même si je lis très régulièrement romans et nouvelles de l’auteur.

J’ai eu du mal à m’attacher à la narratrice. Hanna, étudiante en littérature  épouse Michaël sans passion ;  elle fait de son mari le pivot de leur vie familiale après avoir abandonné la littérature ; il lui donne un fils qu’elle élève sans amour maternel excessif ; elle mène une existence maladive nourrie de rêves et de réminiscences littéraires qui surgissent sans prévenir dans le récit. Capricieuse, frustrée, consommatrice compulsive, elle m’a bien agacée. Michaël, est parfait : attentionné, gentil, modeste, intelligent, universitaire admiré par sa famille et ses pairs, un père parfait, pédagogue, aimant….Hanna  donne un portrait exemplaire de « son Michaël ». Yaïr, leur fils est aussi l’enfant rêvé : un enfant raisonnable que passionne tant la roulette du dentiste que le soin d’une carie devient une expérience plaisante. Yaïr s’exprime très bien ; il sait qu’on ne coupe pas la parole aux adultes ; qu’il faut une conclusion à un raisonnement »terminé!  » est la fin de chaque intervention.

Un malaise s’installe pourtant. Ces gens sont-ils capables de sentiments? De passions?  Simplement de colère? Sont-ils les héros de leur destin ou les jouets d’une vie mécanique?

« – Avec le temps et la persévérance tout ira mieux, Michaël. T’es-tu rendu compte  que c’est ton père Yehezquel qui vient de parler par ta bouche? 

-Eh bien, dit Michaël, je n’avais pas pensé à cela. Mais c’est possible, c’est naturel. je suis le fils de mon père.

-Bien sûr. C’est possible Michaël. C’est possible. Naturel. tu es son fils. C’est terrible, Michaël. Terrible.

Michaël a remarqué tristement:

-Qu’est-ce qu’il y a de terrible, Hanna?C’est dommage que tu n’apprécies pas mon père. c’est un homme intègre. Tu as tort. Tu n’aurais pas dû dire cela.

-Tu n’as pas compris Michaël. Ce qu’il y a de terrible ce n’est pas que tu sois le fils de ton père. Ce au’il y a de terrible c’est que ton père parle soudain à travers toi. Et ton grand-père Zalmann. Et mon grand-père. Et ma mère,. Et après nous il y aura Yaïr. Nous tous. Comme si un homme après l’autre, nous n’étions que des brouillons ratés. On recopie au propre et de nouveau on recopie, puis on efface et on froisse et on jette au panier et de nouveau on recopie en changeant un petit peu. Quelle bêtise, Michaël! Quel ennui. Quelle plaisanterie vaine. …. »

Les rêves, les romans et le souvenir des deux jumeaux palestiniens Halil et Aziz, illuminent la vie si terne d’Hanna.

Un autre « personnage » m’a vivement intéressée : la ville de Jérusalem dans laquelle les héros se promène fréquemment. La ville ancienne se transforme au cours des dix années que couvre le récit, les arabes qui peuplaient le quartier ont disparu, des maisons de béton remplacent les herbes folles, les populations migrent d’un quartier à un autre.

Une autre lecture est possible : l’évocation historique du pays, l’opposition entre la gauche travailliste des kibboutzim et de la droite exclue du pouvoir mais présente. 1956, Suez…une guerre sans tambour ni trompettes, quelques chants patriotiques à la radio, pas d’héroïsme (Michaël tombe malade et se trouve libéré). Évocation aussi de la vie au kibboutz, une traversée du pays en autobus particulièrement plaisante.

Un Corse à Lille – elena piacentini – (au delà du raisonnable)

POLAR CORSE (?)

 

Après des lectures sérieuses, la couverture originale m’a fait de l’oeil. Un polar corse? 

Après les bandits dans le maquis, un policier corse dans la ville nordiste. Pourquoi pas?

C’est une lecture agréable et facile, chapitres très courts (1 ou 2 pages),  une intrigue bien ficelée (que je ne vous raconterai surtout pas).

Une incursion dans le monde des coachs de développement personnel, cela dépayse un peu. Rien sur Lille, cela pourrait être, Charleville ou Roubaix (il faut quand même la proximité de la frontière). La Corse n’est évoquée que très anecdotiquement : les plats mijotés de la mémé Angèle ou des proverbes en langue Corse.

Je me suis laissé embarquer  le temps d’un samedi après-midi prolongé dans la nuit avec le sentiment un peu mélangé analogue à celui que j’éprouve quand je regarde une série policière à la télé au lieu de la Grande Librairie ou du documentaire d’Arte. Vague culpabilité d’un plaisir facile, comme finir le paquet de fraises tagada.

Certains polars donnent une analyse pointue d’un milieu social, ou une reconstitution historique pertinente ou font voyager dans des lieux où je n’irai jamais. Un Corse à Lille n’entre pas dans ces catégories. Divertissement sympathique, sans plus.

 

Les femmes de San Stefano – Marie Ferranti

LIRE POUR LA CORSE

 

Paru en 1995. Court roman – 111 pages.

Un village corse raconté par une écrivaine. Pas plus rose que quand il est décrit par un écrivain. L’histoire commence par le décès de la femme de Francesco, en couches et  se termine par les funérailles de celui-ci. La boucle est bouclée. On assiste au lent déclin de du personnage respecté et même craint, le rebouteux. Francesco se laisse aller, de chagrin.  Il devient l’ombre de lui-même – Vagabond. Jeux pervers des enfants, entre eux, batailles et humiliations. Francisco devient la risée des enfants, puis  victime des commérages des femmes et des manigances d’Emilienne

Marie Ferranti fait pénétrer le lecteur dans le monde très trouble des femmes. Monde de désirs inassouvis, de non-dits, de séductions et de refus silencieux. Monde de commérages et d’intrigues. Cruauté capable d’anéantir un homme. Cuisine et lessive. La patronne nourrit les ouvriers à la ferme, monde d’odeurs et de sang. Lessive à la cendre rinçage purificateur à la rivière. J’ai aimé la page qui détaille toutes les opérations du blanchissage, rinçage à la rivière….

 

Orphelins de Dieu – Marc Biancarelli

LIRE POUR LA CORSE

Les commentaires du blog sont précieux. De Marc Biancarelli,  n’avais pas beaucoup apprécié Murtoriu : Ballade des innocents. Si Keisha et Inganmic n’avaient pas loué Orphelins de Dieu, je n’aurais pas entrepris cette lecture. Et cela aurait été dommage parce que je me suis laissé emporter dans les montagnes corses dans de hardies chevauchées qui ont évoqué pour certains (critiques de Babélio) un western corse avec bandits, chevaux, gendarmes, vol de bestiaux, prostituées (pas au grand coeur, plutôt voleuses).

C’est encore une histoire de vendetta et de bandits! Bien écrites, ces histoires sont distrayantes. Je croyais m’être blasée, et bien non, j’ai pris du plaisir à cette lecture d’horreurs et de sauvagerie.

Petit Charles, a été défiguré par des voleurs de brebis, qui lui ont coupé la langue pour qu’il ne les dénonce pas. Sa soeur, Vénérande, fait appel à lInfernu un tueur à gages vieillissant pour venger Petit Charles. L‘Infernu accepte ce dernier contrat et entraîne Vénérande jusqu’à la tanière des 4 frères Santa Lucia, de sinistres brigands, voleurs de bestiaux qui ont martyrisé Petit Charles.

« Ange Columba avait fait couler beaucoup de sang et parfois aussi, coupé des têtes.[…]Evoquer son nom, c’était évoquer sur soi le mal absolu. Aussi l’appelle-t-on l’Infernu »

L’Infernu a guerroyé avec l’armée des insoumis des célèbres Théodore Poli et Antomarchi. L’Infernu, malade qui sent sa fin proche se raconte à Vénérande, il fait le récit d’un épisode de la fuite en Toscane de la bande de Poli et d’Antomarchi. Chassés de Corse, ils e sont repliés sur la Terre Ferme et se cachent dans les marais des maremmes. Guerriers audacieux et soldats valeureux, ce sont aussi des gaillards qui rançonnent les villages, pillent et violent. Ils ‘attirent les foudres des troupes toscanes. La bande se dissout certains rentrent en Corse pour prendre le maquis, d’autres vont en Grèce se joindre aux guerres d’indépendance et aux troupes de Byron devant Missolonghi. Après leurs exploits de mercenaires, ils reviendront en Corse pour vivre une vie de »bandes funestes qui avaient désolé le pays; le temps des rébellions passé, » de voleur de bétails ou de tueurs à gages.

la gourde de Théodore Poli(wikipédia)

« Dieu, Lui aussi, semblait avoir oublié cette terre, Si Dieu, Lui-même regardait ailleurs et se refusait à accomplir son devoir, alors la tâche qui consistait à rendre cette haute justice incomberait à l’Enfer. Et, dans ce pays, l’Enfer était un nom d’homme »

L’Enfer, c’est aussi l’Enfer de Dante. Dans les marais toscans, les bandits citent Boccace, se racontent les histoires du Décameron et récitent les vers de Dante

« je ne crois pas ton Boccace, Joseph, repris Giammarchi, je ne crois pas en ses histoires et au bonheur qu’on y trouverait. Pour moi, il n’y a que Dante qui ait pu nous décrire…. »

« Moi, j’aime les vers de Dante, ils me galvanisent encore. Je trouve que c’est le meilleur hymne à notre marche.

Il n’y a plus de marche, Colomba, nous avons été vaincus à peu près partout. […]Je marche pour être avec vous et je ne pense pas avoir eu une autre cause, jamais. Alors c’est pour cela que nous t’appelons l’Infernu. Tu te bats comme si rien n’en dépendait, que ta vie et celle de tes compagnons… »

« j’ai combattu plus longtemps que je ne devais rien que parce que les hommes tels que toi étaient à mes côtés. je veux dire les orphelins de Dieu… »

J’ai beaucoup aimé cet épisode toscan, quand des rebelles deviennent des bandits. C’est Vénérande qui a le dernier mot :

« Vous aviez un drapeau; et tout, mais à la fin vous me racontez que des horreurs, et il ne vous en a pas fallu beaucoup pour passer dans la truande. Et pour tourner le dos aux seules belles choses que vous auriez pu faire dans votre vie de bon à rien. Et Poli ceci, et Antomarchi cela, mais au final vous voliez des cochons avec des minables et des détraqués et même vous arrachiez des chiens à leurs maîtres et ça c’est répugnant. « 

j’ai aussi aimé les descriptions de la chevauchée dans  la montagne:

Au matin de la bataille finale, ils remontèrent cette longue gorge où ils avaient passé la première partie de la nuit, suivant un sentier mal frayé qui disparaissait sous les aiguilles de pins. leur petit convoi gravissait le sombre défilé, écrasé par un mur de falaises brunes d’où émergeaient que de rares buissons de bruyères et quelques arbres tortueux qui avaient défié les équilibres du monde. Elle se disait qu’aucun homme n’avait dû poser les mains sur ces parois sinon un homme aussi fou que vaniteux, pour y dénicher les petits des aigles. Au sommet de la gorge, ils trouvèrent un plateau et chevauchèrent en silence un bon moment au milieu des pins et des bruyères hautes, et au saut d’une moraine, ils lancèrent les chevaux sur des dalles de granit, plates et gigantesques, et c’était comme s’ils traversaient une espèce de théâtre à ciel ouvert dont les gradins eussent été les lisières des forêts et les chaos rocheux aux silhouettes étranges de géants pétrifiés… »

Je ne vous raconterai pas la bataille finale. Lisez la!

 

 

 

Voyage en Corse de Gustave Flaubert

LIRE POUR LA CORSE

J’aime me laisser guider par les écrivains, Mérimée a été mon premier passeur, puis Maupassant de retour de Corse, et, finalement, Flaubert que je regrette ne pas avoir trouvé avant. J’ai téléchargé le Voyage dans les Pyrénées, Aquitaine, Languedoc Provence et  Corse édité par les Editions des Régionalismes. Je n’ai lu que les textes concernant la Corse.

J’ai beaucoup ri à son récit de la traversée en bateau par mauvaise mer. Probablement mon passage préféré.

« Ajaccio, cette ville si éclairée, si pure de couleur, si ouverte au grand air, où les palmiers poussent sur la place publique et dont la baie vaut, dit-on, celle de Palerme… »

Description  humoristique de la maison Bonaparte : »Il y a à Ajaccio une maisons que les hommes viendront voir en pèlerinage ; on sera heureux d’en toucher les pierres, on en gravira dans dix siècles les marches en ruines, et on recueillera dans des cassolettes le bois pourri des tilleuls qui fleurissent devant sa porte, et, émus de sa grande ombre, comme si nous voyions la maison d’Alexandre, on se dira : c’est pourtant là que l’Empereur est né! »

Comme dans les chroniques de Maupassant, j’ai préféré les évocations de la nature aux histoires de bandits. Après Mérimée cela devient lassant! 

« Vallées pleines d’ombre, maquis de myrtes, sentiers sinueux dans les fougères, golfes aux doux murmures dans les mers bleues, larges horizons de soleil, grandes forêts aux pins décharnés, confidences faites dans le chemin, figure qu’on rencontre, aventures imprévues, longues causeries avec des amis d’hier, tout cela glisse emporté et vite s’oublie pour l’instant, mais bientôt se resserre dans je ne sais quelle synthèse harmonieuse qui ne vous présente plus ensuite qu’un grand mélange suave de sentiments et d’images où la mémoire reporte toujours avec bonheur, vous replace vous-même et vous donne à remâcher, embaumés cette fois de je ne sais quel parfum nouveau qui vous les fait chérir d’une autre manière…. »

 

Meurtre en écho – Anne Perry

POLAR VICTORIEN

Whistler

Meurtre en écho est le 23ème opus de la série « William Monk » dont j’ai peut être lu des livres autrefois sans en garder un souvenir précis. J’évite de lire plusieurs romans de ces séries avec personnages récurrents, à la suite, de peur de me lasser. Les fréquentes allusions aux romans précédents destinées aux fans de Monk ne m’ont pas dérangée.

L’évocation du Londres victorien de 1865, cosmopolite mais pas toujours tolérant, des quartiers pauvres au bord de la Tamise, est très réussie. Thé de rigueur. Morale victorienne étriquée parfois et préjugés

Le souvenir de la Guerre de Crimée est très prégnant. Hester, la femme de Monk, est une disciple de Florence Nightingale, elle exerçait dans l’hôpital de Scutari et a vu mourir les soldats de leurs blessures, parfois mais aussi de la gangrène qui se mettait dans des plaies sans gravité, du choléra, du tétanos….Dans le roman, deux médecins et Scuff – fils adoptif de Monk et Hester – apprenti-médecin exercent leur art et sauvent des cas pratiquement désespéré. Le récit des soins est précis et intéressant.

Autre thème évoqué : le syndrome post-traumatique : l’un des médecins laissé pour mort à Scutari se relève par miracle mais il perd la tête à la suite d’horribles cauchemars. Dix ans plus tard, il en est encore hanté.

Ce contexte rend le roman tout à fait intéressant.

Il n’en est pas de même de l’enquête qui piétine pendant les trois quart du roman et qui se résout comme par enchantement au cours d’un procès très vivement narré.

A lire donc pour la reconstitution du Londres Victorien!

Giuseppe de Nitis