Où les eaux se partagent – Dominique Fernandez

VIAGGIO 2018

Où les eaux se partagent par Fernandez

« Seules vivantes dans ce désert restent les eaux qui changent sans cesse de couleur. juste au pied de la maison, elles se séparent en deux masses distinctes dont la jointure se marque par une ligne plus pâle indiquant un soulèvement du sol à cet endroit. Cette bande sous marine moins profonde, qui tantôt disparaît sous l’action des courants et tantôt se discerne à l’œil nu, relie la terre au fortin rose. la Mer Tyrrhénienne qui longe la côte occidentale de l’Italie se termine ici, où commence la Mer Ionienne, qui s’étend à l’est jusqu’à la Grèce. les deux fosses de la Méditerranée se rencontrent sur cette frontière tracée à l’époque où l’Afrique s’est détachée de l’Europe »

Depuis nos premiers voyages en Italie et en Sicile, nous avons choisi Dominique Fernandez pour passeur. Nous avons vu la Sicile avec ses mots et je ne rate aucune occasion de refaire le voyage en lecture. Le Radeau de la Gorgone est le meilleur des guides. Nous y sommes revenues après chaque visite, chaque promenade.

Cette fois-ci, il s’agit d’un roman. Romans historiques, ou plus personnels, j’ai dévorés ceux qui retracent la vie d’un artiste comme celle du Caravage, de Porporino , ou plus près de nous Pasolini. J’ai lu autrefois L’Ecole du Sud, Porfirio et Constance, qui m’ont semblé plus personnels. En résumé, je suis une grande fan de Fernandez!

Je me suis régalée dans les premiers chapitres de Où les eaux se partagent avec la découverte de cette pointe sud est de la Sicile.J’ai cherché avec Googlemaps la localisation de Rosalba et de Marzapalo : introuvables! Ce roman est bien une fiction! Quoique, en suivant la côte sur l’image satellite, on voit bien les deux couleurs des eaux, la ride sous-marine qui partage la Méditerranée. on voit aussi à Porto Palo, une vieille Tonnara, et plus au sud l’Isola delle Corrente, en direction de Syracuse une localité a pour nom, Marzamemi. La géographie est transparente.

Après la géographie, l’histoire!

Le roman est récent : il vient de sortir. L’action se déroule dans un passé mal défini. Je me jette sur les rares  indices . Quand ils rencontrent le propriétaire de la casina à Rome, le Guépard est sorti,  donc après 1958. Une allusion à la Dolce Vita (1960) repousse donc cet achat aux années 60. La chanson Nel blu dipinto di blu est datée 1954. L’histoire se déroule donc dans les années 60 un peu après, sans doute, puisque le peintre et sa femme reviennent chaque année pour les vacances d’été. La  compréhension du roman est donc ancrée dans un temps bien défini quand le souvenir du fascisme et de l’arrivée des Américains en 1943 est encore vivant.

Maria est ethnologue.  Elle préfère étudier les Aborigènes d’Australie que les mœurs des Siciliens. Lucien, au contraire,  se complaît dans l’exotisme des habitants. L’excentrique Prince Mazzarola delle Campane, propriétaire de la tonnara, avec son valet aurait pu   fréquenter les salons du Guépard de Lampedusa. Le ragionere, Cazzone, (quel nom!) à figure d’aubergine, ouvertement fasciste est un autre personnage haut en couleur, comme le sont les commerçants de Rosalba dont Fernandez nous livre des portraits saisissants, pittoresques et plein d’ironie.

Où les eaux se partagent est une sorte de roman de désamour, plutôt que roman d’amour. Deux jeunes amoureux achètent une villa au bout du monde, au soleil pour vivre leur amour …. les années passent. Maria se sent rejetée dans le monde machiste de la Sicile où les femmes quand elles veulent prendre le soleil tournent leur fauteuil le dos à la rue. Le premier malaise se traduit en agression, les jeunes la harcèlent quand elle prend un simple bain de soleil. Lucien ne réagit pas à ce rejet. Au contraire, il prend grand plaisir à la compagnie des adolescents sauvages. Le couple éclate quand Maria lui reproche d’aimer les garçons.

C’est là que mes efforts de datation prennent de l’importance. L’homosexualité date de l’Antiquité, peut être bien avant. Cependant, dans les années 1960, elle est refoulée et ne s’exprime pas au grand jour. Ce refoulement est aussi un des thèmes abordé dans ce livre.

La fin est donc amère, comme le désamour et le délabrement de la casina.

Qui a tué Arlozoroff? Tobie Nathan

LIRE POUR ISRAËL

 

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J’ai terminé il y a peu de temps, Ce pays qui te ressemble qui se déroule au Caire de 1925 à 1956 et qui m’a beaucoup touchée. J’ai lu il y a quelques mois 613 vrai-faux polar ethnologique juif qui m’a fait beaucoup rire. Qui a tué Arlozoroff? m’a tout de suite attirée.

Pour moi, Arlozoroff, c’était le nom d’une rue de Tel Aviv. Je n’avais jamais eu la curiosité de me renseigner sur le personnage. La fait que le meurtre d’Arlozoroff soit une énigme non résolue ne pouvait que m’intriguer. Et puis, la période du Yichouv, avant 1933 (Arlozoroff a été tué le 16 juin 1933), m’intéresse. Rien n’était encore joué, le Foyer juif promis par Balfour était encore une notion assez vague. Nombreux sionistes n’avaient pas encore privilégié l’option d’Etat juif et certains pensaient à un état bi-national. Arlozoroff était proche de ces derniers. C’était aussi un personnage important engagé dans des tractations avec les puissances européennes. C’est donc une histoire qui m’intéresse vraiment.

Qui a tué Arlozoroff? Les hypothèses, autrefois ont divisé la classe politique, les Révisionnistes (extrème droite) voulaient-ils se débarrasser d’un personnage opposé à leur nationaliste étroit, à gauche, lui reprochait-on des compromis avec l’Allemagne? Les Arabes voulaient-ils le faire disparaître? Toutes ces hypothèses politiques sont envisageables.

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Tobie Nathan envisage un point de vue très différent. Arlozoroff aurait eu une relation passionnelle avec la femme de Goebbels, et ce dernier (ou cette-dernière) auraient fomenté le crime. Il développe cette hypothèse dans ce gros roman sous forme d’enquête d’espionnage que mène Moreno, un journaliste juif d’origine égyuptienne, qui a vécu à Tel Aviv et qui est basé à Paris. Moreno n’enquête pas directement sur la mort d’Arlozoroff mais sur celle d’un personnage très trouble. Le Shinbet, les autorité françaises, les polices allemandes sont sur ses traces….

Cela aurait pu faire un livre d’espionnage palpitant (dixit le 4ème de couverture). C’est plutôt un roman historique qui s’attarde beaucoup à Berlin dans les années 30 en racontant la montée du nazisme. Ce qui est aussi très intéressant. Malheureusement le personnage central se trouve être Magda, la future femme de Goebbels, ancienne maîtresse d’Arlozoroff. Elle est belle, intelligente, charmante, cultivée….antipathique en diable. Les toilettes, les voitures de luxe, les fantaisies sexuelles de la belle m’ont lassée. l’auteur aurait dû faire plus court!

En revanche, j’ai regretté ne pas en apprendre plus sur Arlozoroff et sur ses collègues. mais ce n’était pas le sujet.

Un bon livre donc, mais trop de longueurs sur les histoires de coeur, et de sexe, dont on se serait passé. Où est passé l’humour dévastateur de Tobie Nathan qui m’avait tant fait rire?

A Clairefontaine-en-Yvelines, une expo design collection Jean Bernard Hebey

BALADE EN ÎLE DE FRANCE

Etang de Clairefontaine

Après des semaines de grisaille, beau temps annoncé! Nous cherchons un but de pique-nique alliant balade et visite. Télérama a mis TTT à la collection Jean-Bernard Hebey, Design et esthétique.

Tout le monde a entendu le nom de Clairefontaine, c’est ici que s’entraînent les footballeurs. Clairefontaine est à quelques kilomètres de Saint Arnoult, célèbre pour sa gare de péage sur l’autoroute A10. Elle est située dans le Parc Naturel Régional de Haute Chevreuse. 

Nous arrivons dans le brouillard qui ne s’est pas encore levé dans les futaies de la Foret de Rambouillet. Une chasse au gros gibier est en cours. Gilets orange pour les chasseurs et même leurs chiens. Vais-je revêtir le gilet jaune conservé dans la voiture?

Clairefontaine, place, église et jardin

Clairefontaine est un village charmant. Village de meulière, de grand murs enclosant des propriétés cossues qu’on devine dans des parcs. La Mairie préside au bout d’une place s’étirant le long d’un ruisseau, la Rabette. Une église en meulière est construite en hauteur. Au coin de la place, un restaurant chic (hors de prix).

La Route de Sonchamp longe un étang qui  n’est pas encore dégelé, des canards marchent sur la glace.J’entreprend d’en faire le tour, c’est une très agréable promenade entre étangs et ruisseau avec de jolis petits ponts, un lavoir…il n’y a pas qu’un seul étang plutôt trois. A l’extrémité,  la promenade balisée de la Marlotterie (4.1km)   m’aurait tentée si les chemins n’étaient pas si détrempés.

Continuant la Route de Sonchamp, nous faisons une halte au Parking Pinceloup d’où une belle allée traverse la forêt, on rencontre encore un étang, et je retrouve les balises du GR. Malheureusement ici aussi la route forestière est une fondrière et je rebrousse chemin après avoir croisé des cavaliers qui ne se soucient pas de la boue. Trois promenades sont possibles selon une carte sur un panneau.

Ferme de Louareux

A la sortie de la forêt, la grande ferme de Louareux propose à la vente jus de pomme, confitures et gelées. C’est aussi un centre équestre d’importance. Sur le bord de la route,  coqs, poules, et trois oies, des chèvres et deux chats nous procurent un charmant spectacle pendant le pique-nique de midi sous un franc soleil.

L’exposition se trouve au Centre d’Art de la Chapelle qui n’a rien d’une chapelle, une galerie toute neuve. à deux pas de la Mairie.

Est-ce une cafetière? je n’en suis pas sûre.

Des objets design sont regroupés sur des étagères, il y en a 600 selon le programme, mais ils sont disposés sur des étagères si bien qu’on n’a pas l’impression d’une foule d’objets. Les plus curieux sont mis en évidence sur des supports au milieu. Cette collection regroupe des objets de la vie quotidienne, certains plus recherchés, d’autres de la vie courante sont surtout curieux du fait de leur disparition et leur remplacement (télévision à écran bombé,vieux téléphone, appareil photo Kodak, ou machine à écrire) .

plastique coloré et bakélite

Les objets sont donc regroupés par thèmes « plastique et bakélite » la bakélite imite le bois, c’est une jolie matière, l’étagère voisine montre le plastique coloré des boîtes tupperware et des bouteilles isothermes rouges tout à fait quelconques.

Esthétique galactique

l' »esthétique galactique » est plus originale,. Aspirateurs, séchoirs à cheveux, ou ventilateur aérodynamiques imitent des bombes ou des fusées. Certains objets sont hérissés d’antennes agressives.

L’esthétique d’Amérique souligne le passage entre une industrie lourde destinée à l’effort de guerre vers la production massive d’objets domestiques comme des mixers ou des shakers.

Ces théières me plaisent bien!

Enfin on met en évidence une « esthétique médiatique » réunissant, vieux téléviseurs, téléphones toutes générations, ou machine à écrire..

Il est assez étrange de payer 6€ et de se retrouver en compagnie de « connaisseurs » pour voir des tupperware, un sèche-cheveux ou le vieil aspirateur Hoover qui doit encore être à la cave. Dominique rit sous cape du snobisme des visiteurs (elle a préféré faire des mots croisés au soleil).

Dans le parc, se trouvaient  les statues et panneaux décorés de A-Sun Wu qui m’ont bien intéressée.

Ce n’est pas ma première expérience de plan foireux de Télérama! Déjà,  j’avais été au fin fond de la Brie, au château de Bombon pour une installation insignifiante. Mais j’avais découvert une belle promenade, comme aujourd’hui!

 

 

 

Les huit montagnes – Paolo Cognetti

IL VIAGGIO

 

Dominique, 

Nathalie chez Market marcel

Eimelle

Keisha

martine

et toutes les copines du mois Italien m’ont incitées à lire ce livre (Keisha, seule moère l’enthousiasme des autres.

Je vais donc en remettre une couche, ne sachant plus trop qu’ajouter au concert de louanges.

O

C’est un très beau livre sur la montagne, un beau livre sur l’amitié : amitié de Bruno et Pietro commencée à 11 ans et renouée à l’âge adulte. Un beau livre sur les relations parfois difficiles entre père et fils, transmission de l’amour de la montagne, de l’alpinisme, mais aussi secrets non-dits, silences . Enfin quand l’enfant devient adulte, la séparation.  Le rôle des mères est plus discret quoique plus constant.

Dans l’ombre du Mont Rose, pas de récits d’ascensions sportives. L’ alpinisme  est discret:  une signature dans un registre caché, hors des sommets balisés, tenace, paysan.

L’auteur aborde  tous les aspects de la montagne. On s’attarde un peu sur les sommets. Il fait surtout vivre  la montagne habitée, les alpages, les villages de moyenne altitude . J’ai adoré suivre les enfants dans leurs exploration des cabanes à moitié écroulées des granges ou des étables.

C’est aussi l’histoire d’une vie rurale sur le déclin. Les mélèzes pousseront sur les prairies d’alpage. Les efforts de vivre sur la montagne d’une agriculture traditionnelle sont vains. Les constructions s’écroulent….

 

 

Ce pays qui te ressemble – Tobie Nathan

LIRE POUR L’EGYPTE

« Ô Dieu! Ô dieux! Qui que vous soyez…Dieu des juifs ou des musulmans, des Coptes, des Grecs ou des Arméniens, dieux des Égyptiens, peut être si gracieux dans leurs fins dessins hiéroglyphes, Ô dieux, n’avez vous pas pitié des humains? » 

le Caire souks

C’est l’histoire de Zohar, un juif né dans la ‘Haret el Yahoud, la ruelle aux juifs, le ghetto du Caire. Fils d’Esther, que le quartier considère comme à moitié folle, et de Motty, l’aveugle qui chante si bien les textes saints, qui mémorise non seulement les textes religieux que les comptes des bijoutiers. C’est aussi l’histoire de l’Egypte entre 1925 et 1952, date de l’abdication de Farouk. Histoire racontée par trois amis, Zohar, juif pauvre et débrouillard, Joe  de Zamalek, Juif fils de famille sioniste et de Nino Cohen, étudiant en médecine famélique, l’intellectuel et politique qui choisira de rejoindre les Frères Musulmans.

Frères égyptiens, je pense aux Pyramides. On dit que nous, les Juifs, nous les avons bâties pour vous…Comme dans la formule des contes égyptiens, « cela fut, ou cela ne fut pas […]On dit que l’Egypte est la mère des mondes, oum el donia…C’est aussi la mienne! Je veux dire l’Egypte est ma mère ; c’est la matrice de toutes mes pensées…. »

Les trois amis profitent de la guerre pour monter une distillation de canne à sucre, leur commerce de l' »eau bleue » leur apporte la prospérité.

C’est aussi l’histoire de Masreya, soeur de lait de Zohar, fille d’une chanteuse, fille de fellahs du Delta. Masreya dont le nom veut dire l’Egyptienne. Masreya devenue danseuse à succès  séduira le roi Farouk jusqu’à lui imposer un mariage secret. Masreya est liée à Zohar par un lien magique, magie des sorcières qui ont permis la naissance de Zohar alors qu’Esther était stérile, amulette magique du rabbin. Bien que considéré comme incestueux l’amour de Zohar pour Masreya est indéfectible.

Il est beaucoup question de magie, des magiciennes musulmanes de Bab Zoueila,  les habitants du ghetto y ont recours malgré le rabbin qui les sermonne :

« Dieu vous a donné trois façons de comprendre : par la pensée, par le sentiment, par la raison; Je vous propose de vous servir de votre raison »

Il est aussi raconté Rommel et El Alamein, Farouk et les Anglais, et à la fin la Guerre d’indépendance d’Israel et les pogroms qui provoquèrent le départ de nombreux juifs.

J’ai beaucoup aimé ce livre foisonnant.

 » 

 

Mohamed Bourouissa : Urban Riders au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire 26 janvier – 22 avril 2018 au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

Urban riders

Plasticien franco-algérien, né à Blida (1978), nous offre une exposition composite (photos, vidéos, objets, dessins) autour du thème Urban Riders.

A l’occasion de l’organisation du Horse Day, événement destiné à revitaliser un quartier nord de Philadelphie en 2014, Mohamed Bourouissa s’est installé 9 mois autour des écuries pour la réalisation d’un film et d’une sculpture monumentale. L’exposition Urban Rider réunit donc, la grande sculpture The Ride,  les costumes portés par les cavaliers, colorés, délirants, les dessins du storyboard préparant le film, diverses vidéos et le film.

story board

Cet événement joue avec l’univers fantasmé du western mais aussi avec la réalité urbaine. Le cheval est caparaçonné de CD qui brillent, une vidéo projetée sur le capot d’une de ces grosses voitures américaines qui sont aussi des monuments de la culture populaire américaine.

sur un capot de voiture

Cette exposition a été réalisée en 2017 pour la Fondation Barnes de Philadelphie. Sa présentation évoque Fanon et les Damnés de la Terre. Dans le film, Bourouissa joue avec les contrastes Noir et Blanc, cavalier noir sur cheval blanc. Cheval blanc à tête noire. Un dialogue intrigue il s’agit de John Wayne, les palefreniers parlent-ils de l’acteur ou est-ce le nom du cheval, un petit poney à magnifique crinière blanche. Sur un cheval noir passe un  cavalier vêtu de blanc….

caparaçon brillant!

J’ai été très intéressée par ce métissage des cultures :  culture banlieue « Gang style », culture western, et cela filmé traduit en image par un algéro-français…..

De retour de l’expo je me suis documentée sur Internet au sujet de Mohamed Bourouissa. Et j’ai trouvé tout un travail sur les banlieues (Bourouissa est de Courbevoie). Dans le Monde 2, un porte-folio où ses photographies sont comparées à des Caravage. Ailleurs j’ai trouvé des vidéos captées au téléphone portables en prison, échangées avec un ami emprisonnés, aussi une vidéo en caméra cachée sur les revendeurs de cigarettes à Barbès. Regard politique sur les damnés de la terre. Dans un interview on lui demande s’il n’a pas eu envie de faire le même travail « chez les riches« . La réponse m’a étonnée « c’est compliquer de filmer chez les riches! »  , il y avait bien pensé, au Brésil.

 

Avec l’art contemporain, j’ai parfois du mal. Mais je fais des efforts!

 

Agatha Raisin enquête : A la Claire Fontaine – M.C. BEATON

SOFT POLAR

Il existe une longue tradition d’écrivaines anglaises, la plus connue Agatha Chrisitie n’est sans doute pas étrangère au nom de la détective Agatha Raisin. On peut aussi citer Patricia Wentworth et son héroïne, Miss Silver, Ann Perry (en beaucoup moins soft)…. les potins et ragots de villages remontent à Cranford d‘E. Gaskell …..J’aime bien l’atmosphère feutrée, les meurtres élucidés avec une tasse de thé, ou une pinte de bière à la suite de potins, l’intervention miraculeuse du pasteur ou de la femme du pasteur…

J’étais donc impatiente de connaître la série des enquêtes d’Agatha Raisin. A la Claire Fontaine est l’opus 7 de la série, peut être aurais-je dû commencer par le début? Le calme d’un tranquille village pittoresque risque d’être troublé par l’exploitation industrielle de la source d’eau minérale. Le conseil municipal est divisé. Les associations de défense des Renards manifestent.

J’ai apprécié l’humour anglais de MC Beaton, mais je ne me suis pas laissé prendre à l’enquête. Les déboires sentimentaux d’Agatha Raisin vieillissante mais encore désireuse d’aventures amoureuses parasitent un peu trop le récit; Une cougar, pourquoi pas? mais cela prend un peu trop de place.

Le dénouement est téléphoné.

¨Peut être n’ai-je pas choisi le bon livre, le plus souvent les critiques sont élogieuses.

Etre moderne – le MoMA à Paris à la Fondation Vuitton

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 5 mars 2018

 

Picasso : meneur de cheval

Qu’est-ce que la modernité?

  1. 1929 -1939 : un nouveau musée : les origines de la modernité sont européennes, Cézanne le fondateur? Picasso, bien sûr, Brancusi, et Klimt, De Chirico, Dali, Matisse, Man Ray…
    Klimt : détail

    .voisinent avec des roulement à bille SKF et des pièces de plomberie brillantes. Un seul peintre américain : Hopper et Frieda Kalho. Je suis éblouie de tous ces chef d’oeuvres que je reconnais. Quelques surprises pour moi : un merveilleux Signac

     

    Signac : portrait de Fénéon

Je ne sais que choisir, je ne sais où donner de la tête : les cartels sont très complets. Chacun relate une anecdote, un détail sur lequel on s’arrête.

 

matisse : poissons rouge et palette

Chacun est un chef d’oeuvre, et ils ne re-voyageront sans doute pas de si tôt! pour les revoir il me faudra aller à New York! Je fais des découvertes Boccioni et Kirchner que je n’ai jamais vus. Kirchner éliminé comme art dégénéré de Berlin a trouvé sa place au MoMA en 1937.

Frieda Kalho : autoportrait aux cheveux coupés

Les images animées accompagnent la peinture : une longue séquence du Cuirassé Potemkine – la scène de l’escalier, bien sûr – un curieux film mettant en scène noirs et blancs qui a choqué en ce temps de ségrégation et qui ne doit sa conservation qu’aux collections du MoMA. Un des premiers Walt Disney. 

Afiches de la Guerre d’Espagne

Quand on avance dans les années 30, l’histoire s’invite avec les affiches soviétiques de Klutsis qui entrent dans les collections du MoMA en 1937. Des photomontages donnent des effets de perspectives . En parallèle, les affiches de la Guerre d’Espagne

 

Le Triptyque de Beckmann illustre « le voyage triomphant de l’esprit humain au delà de l’agonie di Monde Moderne »  qu’on peut aussi voir comme l’exil en réaction au nazisme

Triptyque de Beckmann

3. Abstractions américaines dans les années 1950, la vie artistique se recentre sur l’Amérique. Les artistes majeurs sont alors Pollock, Rothko et O’Keefe

Pollock she-wolf – la louve

 

Pollock

5. Amérique Pop 

Lichtenstein, Andy Warhol et les photos de Diane Airbus sont des oeuvres connues et attendues

 

Dans les années 60 à 75 les mouvements contestataires s’expriment dans l’Art en action plus difficile à aborder pour moi.puis

Jeffe Hall – Métaphore de la photographie

7. Images et identités (1975-2000)

Les objets présentés sont divers, aussi bien des photos, vidéogrammes, que le drapeau arc en ciel. Tous témoignent de reflexions, sur les identités des minorités, des études de genre. Nous avons eu la chance d’écouter un conférencier nous décrire cette magnifique photographie de Jeff Hall où de nombreux indices nous parlent de photographie, aussi bien les ampoules apportant la lumière, que l’ampoule rouge de la chambre noire où l’on va développer le cliché avec la vaisselle symbolisant les produits chimiques et les bacs où se développe la photo… tous ces détails qui m’avaient échappés.

drapeau afro-américain

j’ai aussi beaucoup aimé la grande toile « flottante » de Kerry James Marshall

L’exposition se prolonge dans les étages supérieurs, la peinture laisse place à des expériences visuelles et sonores passionnantes comme ce motet à 40 voix, 40 baffles sont disposés sur des supports autour de la salle. on peut soit s’asseoir au milieu pour écouter la polyphonie soit se promener dans la salle en écoutant les différentes « voix » du chœur.

Une autre expérience est visuelle : un film étrange Emissary in the squat of Gods de Ian Cheng. Comment qualifier ce film? Animation? On  croirait que les personnages – des hommes préhistoriques? _  sont en papier coupé et déchiré, mais ce que j’ai trouvé sur Internet me montre que Cheng travaille plutôt sur des figures numériques, algorithmes, et calculs divers. Le résultat est très planant surtout qu’aucune musique ne parasite le spectacle, seuls des bruits très doux comme les gouttes de pluie, le vent la respiration de la terre : une communauté très ancienne vit sur le flanc d’un volcan. le sol se met à trembler…. Si nous n’avions pas tellement passé de temps dans l’exposition je serais bien restée longtemps devant le film.

Encore une fois, une exposition si copieuse que je n’ai plus la force de consacrer toute la concentration nécessaire aux dernières salles.

Tunisian Yankee – Cecile Oumhani – Elyzad

LIRE POUR LA TUNISIE

De Cécile Oumhani,  j’avais aimé Une Odeur de Henné chez le même éditeur et je m’étais promise de suivre cette auteure et cet éditeur qui fait de si jolis livres.

Tunisian Yankee est un roman plus complexe qui commence en 1918, dans la Grande Guerre, dans l’Oise. Dawood, le héros, est blessé il  raconte sa vie, en pensées et en parole au médecin qui est à son chevet. Daoud, est le fils d’un commerçant aisé de Tunis, tyran domestique qui se ruinera au fil du temps. Il est élevé par Mouldia, une esclave. Il y avait encore des esclaves au début du XXème siècle!

Jeune adulte, Daoud rencontre Berensky, un aventurier russe, qui le fait voler en montgolfière au dessus du Cap Bon.  De cette expérience, Daoud retirera le goût des voyages et le désir de devenir pilote. Du temps du Protectorat, un indigène ne peut postuler à un brevet de pilote! Cette première brimade marquera le jeune homme qui fréquente au café de Bab Souika de jeunes activistes, nationalistes un peu journalistes…C’est l’occasion pour Céciel Oumhani d’évoque une période de l’histoire que j’ignorait : les premières révoltes nationales contre le Protectorat. En  1906, la révolte des Fraichiches , paysans privés de terre se plaignant de la brutalité des colons et le procès à Sousse qui l’a suivie. En 1911, l‘invasion de la Libye par l’Italie .Le boycott des tramways par les indigènes à la suite d’un accident. Les jeunes tunisiens ne restent pas inertes et les puissances coloniales réagissent en arrêtant les amis de Daoud.

Daoud est contraint à l’exil. Son père est ruiné. En 3ème classe, il rejoindra Ellis Island avec les pauvres de l’Europe : Italiens mais aussi, Maltais, Grecs…Il trouvera à New York un travail chez un Syrien, parent d’un ancien client de son père. Il trouvera aussi Elena, une jeune veuve italienne, après que son mari, révolutionnaire ait été abattu par les autorités. A New York, Daoud Kaci deviendra Dawood Casey. Les Etats Unis entrent en guerre en 1917, Dawood est incorporé dans les forces armées.

C’est un très joli livre métissé.Livre de résistance. Livre d’exil. Fantaisie de la montgolfière, ou de l’acrobate du cirque. Routine de la maison traditionnel, du commerce….Livre de guerre aussi.

Et en prime,  cette chanson qui est celle qui accompagne Daoud à New York, surprise elle est grecque Smyrneiko minore et les poèmes de Khalil Gibran.

74 803 jours – Hicham Berrada à l’Abbaye de Maubuisson

Exposition temporaire jusqu’au 22 avril 2018

Hicham berrada : l’artiste laborantin,

Dans le cadre prestigieux de l’Abbaye de Maubuisson le plasticien Hicham Berrada  présente une installation en 4 actes :

Le Jardin inaltérable 

jardin inalterrable

Dans une enceinte stérile, d’air contrôlé,  le visiteur est prié de revêtir charlotte, sur-chaussures, masque… pour pas introduire de micro-organisme, un olivier au tronc recouvert d’or (minéral inerte) seul grandit et vit? un algorithme est matérialisé par des pixels sur un écran. Sur notre groupe de 14, seules deux ont « pris le risque » d’entrer dans l’enceinte, interloquées, dépaysées. On ne voyait pas tellement mieux qu’à travers les panneaux qui faisaient comme une glace sans tain. Mais c’était une impression d’aventure. comme participer physiquement à une oeuvre d’art.

Reflets dorés

Le temps qui passe étant le thème principal de l’exposition, dans cette salle séculaire, dorée, le temps semblait arrêté dans cette atmosphère abiotique.

Masse et martyr

masse et martyr

74 803 jours est le temps qui’l faudra pour que  la pièce en bronze qui s’altère, que le plasticien a nommé martyr soit décomposée en milieu naturel. Hicham Berrada en procédant à une électrolyse va rendre sensible cette altération, des bulles s’échappent d’une électrode tandis que des produits solides faisant penser à des fumées vont se sédimenter lentement après des flottement en convection.
J’avais déjà vu une installation semblable à Versailles dans le Voyage d’Hiver. En plein  air cette installation m’avais paru hors saison tandis que dans l’abbaye, dans l’obscurité et le calme, une méditation sur le temps qui passe m’a beaucoup touchée.Il faut dire que cette fois-ci, une médiatrice, une vidéo avec le making-of de mieux appréhender le phénomène. 

Méditation x240

Sur des écrans représentant la salle de l’Abbaye, une tache de lumière se déplace à la vitesse accélérée 240 fois. Encore une représentation du temps qui passe. mais qui ne m’a pas convaincue.

Making-of du montage de l’exposition

Une vidéo d’une dizaine de minutes présente l’artiste, sa biographie, ses méthodes de travail,la philosophie de son installation. Si je n’avais pas visionné cette vidéo, je serais passée à côté de l’installation. C’est mon problème avec l’art contemporain, souvent très cérébral. Si on n’explique pas les intentions ces dernières restent souvent cachées à la béotienne que je suis. Quand on m’explique, tout s’éclaire.

Présage

est une vidéo réalisée dans un becher filmé. Différents produits chimiques précipitent, réagissent, cristallisent poussent, se métamorphosent…On a une impression de création du monde. d’un monde aquatique sous-marin. De paysages étranges, colorés. Limite entre chimie et vie. C’est très poétique et très joli.

 

Je suis sortie conquise. finalement l’art contemporain vaut la peine qu’on se donne un peu de mal pour l’aborder!

pour les vidéos, cliquer ICI  pour arriver sur mon blog blogspot qui permet de les intégrer!