Hors programme de l’eau, on nous conduit devant une unité de torréfaction des noix de cajou.
Sur la voie, un petit feu de bois est allumé sous une grosse bassine ou les noix cuisent. Par terre d’autres bassines contiennent des noix carbonisées. La femme a également une passoire et des bassines contenant du kaolin. On vend les noix de cajou pour l’apéritif dans des bouteilles au prix de 2500F d’après la dame, 2000F selon Thierry. Ici, nous sommes aussi sur un site du Jumelage. 26 femmes travaillent mais aujourd’hui elles sont au marché.
Les doléances sont nombreuses : les foyers sont HS, il faudrait les refaire, c’est trop petit et mal agencé, il pleut à travers la tôle qui est gâtée ; il y a de la fumée. Il faudrait agrandir le site, cimenter la dalle.
Toutes ces plaintes sans aménité agacent un peu. On aurait pu avoir au moins l’idée de nous faire goûter aux noix de cajou bien appétissantes
Kiosques à eau et puits:
Nous trouvons le puits à quelques mètres d’un kiosque à eau potable. Ce n’est pas la borne fontaine financée par le Jumelage de Créteil. Le kiosque a été financé par la Banque Mondiale dans le cadre du PGUD (Projet de Gestion Urbaine Décentralisée). C’est une construction carrelée de bleu. A l’intérieur le kiosquier (e) a accès au robinet et de sa guérite prélève sa dîme. Les tuyaux recourbés vers le bas sortent de l’édifice à plus de 2m de haut. La femme vient avec sa bassine sur la tête et a remplit sans avoir à la poser. Malheureusement le fontainier n’est pas là aujourd’hui et nous ne pouvons pas photographier la manœuvre.
Au kiosque, eau payante et aujourd'hui, pas de kiosquier!
An l’absence de ce dernier, il y a de l’animation autour du puits où l’eau est en accès libre et gratuit. L’eau du robinet est propre, celle du puits, non. Au début, les jeunes filles qui tirent la corde refusent de se laisser photographier. Heureusement notre accompagnateur les persuade. Au bout de la corde, point de seau mais une sorte de poche souple de faible capacité. Pour remplir sa bassine, il faut de la patience.
Entre temps, la nouvelle de notre venue s’est répandue dans le quartier ; Une petite fille en uniforme beige de l’école m’aborde :
– « Yovo, cadeau ! »
Je lui montre mes poches vides :
– « Tu veux mon mouchoir ? « – « non, le stylo ! » – « mais je ne peux pas te le donner, j’en ai besoin pour travailler ! »
Les enfants se sont approchés. Ils sont très nombreux autour de nous.
– « que faites vous ici ? « – – « c’est la récréation ! »
La présence de JP Agohoumbo et de Thierry les dissuade. Ils s’éparpillent rapidement.
La voiture se faufile dans des ruelles étroites manquant d’écraser volailles et canards qui se promènent sur la voie. De la voiture, je remarque les WC publics : 25F.
25F c’est justement le prix de la bassine d’eau à la borne fontaine, 30F pour la grande bassine. Quel sera le budget pour une famille qui n’a ni robinet ni cabinets à la maison pour l’hygiène, la boisson et la cuisine ?
A cela s’ajoute le problème des ordures. Sur les bords de la lagune les décharges sauvages causent la pollution de l’eau. Dans les rues on balaie mais les immondices se retrouvent en tas que le vent disperse.
Notre guide se lamente :
– « ici, les gens ne veulent pas payer l’abonnement au ramassage des ordures. Ils préfèrent les utiliser comme remblais pour les crues »
Peut être (hypothèse personnelle) les gens ne voient pas la nécessité de payer encore une taxe ?
la borne-fontaine et les bassines
Nous n’avons pas pu photographier la borne fontaine de Créteil mais nous passons devant plusieurs kiosques à eau bleus. Il y en a 13 pour 7 quartiers.
De l’autre côté de la place, nous découvrons le premier site au programme de la visite : la fumerie de crevettes. Quatre dames de « constitution traditionnelle » (comme l’aurait écrit Alexander mac Call) nous accueillent. Six foyers en terre alignés forment une sorte de comptoir abrité sous un auvent. Les crevettes sont déposées crues sur des grilles métalliques. Elles cuisent et sont fumées Ces grosses crevettes sont pêchées soit dans la lagune soit plus loin. Quand les crevettes manquent à Cotonou les dames peuvent voyager jusqu’au Ghana avec leurs bassines métalliques pour en acheter. Il faut quatre heures pour fumer les crevettes qui se conserveront jusqu’à quatre mois après le fumage. On peut donc les stocker pour attendre de les vendre à bon prix dans le petit « magazin » attenant à l’atelier. .
19 femmes font partie du Groupe Féminine AIDOTE de DOWITA 1 du quartier de Sainte Cécile. Elles travaillent à temps plein selon une technique traditionnelle. Elles vont chercher la marchandise, la fument et commercialisent elles-mêmes et se partagent la marge bénéficiaire en mettant en commun le reliquat dans une tontine.
Après une visite des installations, nous prenons place, alignées sur su banc.
Elles me laissent la parole et je pose mes questions que notre accompagnateur traduit. La plupart du temps il est inutile de traduire.
les dames de la coopérative
Je demande si leurs maris sont les pêcheurs des crevettes. La question du travail des maris leur semble déplacée. Non les femmes des pêcheurs vendent poissons et crevettes. Elles leur achètent la marchandise. D’ailleurs seulement six femmes habitent le quartier. Pas question de salaire non plus, c’est une coopérative. On partage les bénéfices.
Après l’interview, c’est leur tour de parler. Elles ont des choses à dire et comptent sur nous pour les transmettre.
D’abord, elles nous montrent leurs yeux rougis par la fumée. Elles mettent du collyre mais souhaite quelque chose de plus efficace.
Elles attendent du Jumelage de gros investissement : un congélateur et l’installation d’un compteur électrique (il y a déperdition d’énergie à cause de la distance et l’installation électrique est précaire avec tous ces fils emmêlés dans la rue). D’autres foyers en maçonneries devraient être ajoutés aux six existants. En ce moment elles travaillent avec des bidons sciés : foyers métalliques provisoires à l’air libre.
Fumerie de crevettes
Elles aimeraient également que le Jumelage leur procure une autre occupation à la morte-saison quand il n’y a pas de crevettes qu’elles appellent la Rupture de Septembre à décembre pendant la période des crues.
-« Quelle sorte d’activité ? , je demande
– « un débat participatif permettra de retenir une autre activité ! » est la réponse.
A défaut de polyvalence professionnelle elles ont bien intégré la langue de bois.
Dans la liste des souhaits, elles ajoutent 20 ou 30 bassines métalliques importées du Ghana coûtant 5000F.
Des bassines ! Quand même ! Elles pourraient peut être les acheter elles-mêmes ?
Je pense, silencieusement, dans mon for intérieur.
J’admire le dynamisme de ces femmes. Le groupement en coopérative réjouit l’ancienne kibboutznikit. Mais l’attente de l’extérieur est immense. Je promets d’être l’écho à Créteil de leurs souhaits. Je leur explique que nous ne sommes que des professeurs et que nous ne disposons d’aucun argent à distribuer. La seule chose qui est en mon pouvoir est de demander à mes élèves de calligraphier un panneau expliquant leurs besoins et accompagnant les photos de l’exposition.
Un étrange monument qui domine la place. Sur un haut socle de ciment, trois cabines ont perdu leurs portes et leurs équipements : des latrines.
Comment les gens montaient-ils ? Notre accompagnateur nous fait remarquer que Février est en saison sèche mais qu’à la saison pluvieuse le site sera inondé.
Les latrines sur pilotis en bois ont la faveur des habitants. Les excréments tombent directement dans l’eau de la lagune. Les installations sont les mêmes que dans le film indien Slumdog Millionnaire. Autour des latrines, un tas d’ordures impressionnant sert de soue à cochons. Thierry nous avait dit que la peste porcine avait décimé ces animaux.
Si la construction des latrines est le début de l’assainissement on peut dire qu’ici c’est mal parti !
la lagune, les immondices côtoient les habitations,
Mairie de Cotonou
La Mairie de Cotonou est située à proximité de l’Etoile Rouge.
Mon téléphone sonne : nous sommes attendues. Il faut entrer dans la cour. Thierry connait les usages : son taxi ne peut pas y pénétrer. Les gardiens nous envoient dans une ruelle sableuse. Enfin notre guide à moto, nous fait signe de le suivre jusqu’à une annexe un peu plus loin, toujours dans un dédale de ruelles sableuses. Sauf quand nous allons à Sandotours voir Sébastien, nous ne nous sommes jamais écartées des grandes voies goudronnées et bordées de commerces. Dès qu’on quitte le goudron, la physionomie de la ville change : les maisons basses sont derrière des cours. On devine mal la vie qui s’y déroule. Il y a des arbres, des enfants qui jouent, des animaux qui divaguent. Les fils électriques s’enchevêtrent. La Mairie Annexe est un grand bâtiment blanc à étage, propre et simple, entouré de grands murs. Comme au CEG1 de Pobè, des feuilles photocopiées en noir et blanc sont scotchées sur les portes.
Notre guide nous présente à un homme plus âgé que je prends pour le chef et à qui j’offre le calendrier du ClubPobèCréteil qui est ma carte de visite. C’est une méprise : on nous conduit immédiatement chez le grand chef et je regrette de m’être séparée trop tôt de mon sésame.
Je lui explique en quelques mots l’objet de ma visite : le jumelage avec le CEG1, le Festival de l’Oh, l’exposition sur les réalisations du Jumelage Créteil/Cotonou qui doit être en rapport avec l’eau.
Monsieur Michel Makpenon ; qui se présente comme économiste, nous délivre un exposé magistral illustré par des photos sur l’écran de son PC :
Les problèmes liés à l’eau à Cotonou
Deux sortes de problèmes se posent aux édiles : la rareté de l’eaupotable et la pollution des sols et de la nappe phréatique.
La géographie de Cotonou complique encore le problème. La superficie de la ville se divise en un tiers de zone marécageuse, un tiers seulement de zone asséchée et un tiers de zone inondable. De plus elle est située à 1m au dessous du niveau de la mer ce qui explique que la nappe affleure et que les contaminations sont alors immédiates. Une étude datant d’il y a 25 ans avait conclu à l’interdiction d’occupation par l’habitat de certaines zones. Mais ne fut pas suivie d’effet. Un schéma directeur pour l’aménagement serait souhaitable mais actuellement inexistant.
La pollution la plus préoccupante est la pollution fécale. Les évacuations des collecteurs, quand ils existent, se font dans la lagune. Seules les « boues humaines » sont traitées. Les pollutions des eaux pluviales sont également préoccupantes. L’eau de pluie est collectée à ciel ouvert dans des canaux charriant toutes sortes de saletés. Des huiles de moteur des poussières arrivent à la lagune causant des nuisances aux espèces halieutiques et la nécessité de drainage.
L’accès à l’eau potable est un indicateur de pauvreté Seulement 46% de la population possède un robinet à la maison pour les autres l’accès peut être problématique en saison pluvieuse. Monsieur Makpenon nous montre une photo d’une maison complètement entourée d’eau, pour aller au robinet, une sorte de gué a été aménagé avec de grosses dalles e ciment ou de parpaing.
Si j’avais pris une clé USB j’aurais pu emporter ce document. Monsieur Makpenon me fait cadeau d’un épais rapport en 2 tomes.
Je suis impressionnée par cet exposé clair et par la personnalité de Michel Makpenon qui est très chaleureux et connaît bien Créteil.
Dans la cour, une 4×4 attend. A son bord, des Français et des Béninois. Petite méprise, je crois que nous allons nous joindre à eux.
Notre guide, Jean Patrice Agohoumbo monte dans la Toyota de Thierry qui s’engage dans des ruelles où la voiture passe tout juste sous des fils électriques entremêlés. Après une courte distance nous arrivons au bord de la lagune où sont construite des maisons sur pilotis comme à Ganvié.
Temps gris, nous avions imaginé la saison sèche plus ensoleillée.
– « cela va se lever », dit Thierry
Sa prédiction se révèlera exacte.
les nouvelles de Thierry
Sur le chemin des Pêches, je lui demande les nouvelles du Bénin. Grand auditeur de la radio, RFI le plus souvent, ainsi que des stations béninoises, il se passionne pour la politique et nous avons écouté et commenté ensemble les grands moments de l’élection présidentielle de 2006 ainsi que les législatives de 2007. Aujourd’hui sa radio est silencieuse. Est – elle gâtée ? Il ne note pas de changements mais soutient toujours le Président Boni Yahyi : « contre la corruption,, on ne peut rien faire » laisse-t-il finalement tomber.
Nous parlons du complexe immobilier prévu sur le chemin des Pêches. L’affiche était déjà là en 2007. Il s’agit d’un projet assez monstrueux ne tenant pas compte des habitants. Heiner et Moronikê ont fait appel au Maire de Ouidah qui a promis de mettre son veto.
Je le questionne au sujet du nouveau quartier de l’aéroport avec ses hautes villas carrées enfermées par un grand mur, gardées mais paraissant vides. Gilbert nous avait dit qu’on pouvait les louer, meublées, climatisées. Thierry explique : tout ce quartier a été financé par la Libye lors de la grande conférence panafricaine de 2008 « pour faire les États Unis d’Afrique ». je n’ai jamais entendu parler de la Conférence de Cotonou mais récemment, le Courrier International racontait récemment que Kadhafi avait été élu Président de l’Union Africaine.
Un autre nouvel arrivé sur la scène africaine, la Chine, bâtit une nouvelle ambassade.
Thierry nous raconte la visite éclair de Sarkozy :
– « il n’a même pas voulu dormir chez nous ! » s’esclaffe-t-il
– « on a dû faire appel à la police pour le protéger de la population » continue-t-il.
Nous essayons de nous orienter dans Cotonou que nous avons traversée à nombreuses reprises . On entre par Fidjrossé puis on emprunte une longue route bordée de marchands d’essence, de roues de motos, de matériaux de construction. Certaines enseignes nous amusent ; Notre préférée : « Les pintades du Principal ». C’est l’avenue de la Francophonie.
Tout le monde se presse en Salle Informatique pour voir les images de Créteil que j’ai apportées sur mes clés USB. Les enfants veulent connaître les noms de tous les visages qui apparaissent sur les écrans. Certains élèves de 2006-2007 ne me sont déjà plus familiers. C’est fou comme on oublie vite !
Un ordi, une clé USB, un cyber….le tour est joué
les enfants savent déjà écrire leur courrier
Sur un autre poste, deux garçons rédigent leur lettre que je pourrai emporter sur ma clé. Bosco et Spero, plus âgés ont joué le médecin et un des garçons de la pièce. C’est Spero qui a inventé la pièce. Il a aimé les dessins de Ghada et veut correspondre avec elle. A l’aide de Power point ils joignent des images proposées par Windows. Je suis étonnée de voir qu’ils se débrouillent très bien et connaissent les raccourcis clavier (bien utiles quand la souris est défaillante ce qui doit arriver au Bénin). Depuis Deux mois un cybercafé a ouvert ses portes à Pobè. Ce serait magnifique s’ils écrivaient leurs lettres en classe, venaient les saisir au collège et portaient sur une clé au cyber. Un nouvel élan serait donné à notre correspondance ! Au tableau je calligraphie mon adresse email et celle du blog qu’ils pourront peut être consulter !
les Béninois découvrent les visages de leurs correspondants et notre collège cristolien
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Retour de Pobè
Photographie générale. Notre taxi s’en va entre la haie d’honneur comme celle de notre arrivée en 2007.
A la sortie de Pobè le téléphone sonne. J’ai oublié mon cahier. Bosco et Spero ont pris une moto pour me l’apporter.
"on fait une dernière vue!"
Le retour se fait sans encombre. Je me souviens des embouteillages du lundi de Pâques 2007. Rien de tel aujourd’hui. C’est pendant ce long trajet qu’était née l’idée de faire un site Internet pour faire connaître notre projet. Il a fallu mon accident et l’aide d’Akwaba pour que le site se transforme en blog.
A Fijdrossé nous trouvons les pique-niques du dimanche sur la plage. Heureusement il est 16Heures et les gens ne sont pas encore arrivés pour faire la fête. Les bars sont pourtant prêts, tables et chaises disposés, sonos beuglantes. Des calicots invitent à fêter la Saint Valentin. Des cordes ont été tendues pour les gardes vélos et les gardes motos (versions béninoises des parkings dans un pays où on n’est pas encore motorisé). Nous passons sans encombre, deux heures plus tard cela aurait été impossible.
Les enfants ont été invités à déjeuner dans une salle de classe du bâtiment à étages. Les adultes déjeunent dans la salle des professeurs? toujours décorée de maximes photocopiées. Dans une cage métallique? on a enfermé la télévision qui diffuse la Chaîne 24 : nous mangeons donc en écoutant les nouvelles de la coupe du monde de ski à Val d’Isère d’Hamid Karzaï et de Gaza dévastée. J’interroge mes collègues sur les raisons de la rentrée tant retardée. Le gouvernement sachant les enseignants mécontents a préféré retarder la rentrée plutôt que de subir des grèves.
– « Étiez vous payés pendant ces vacances forcées ? »
– « oui, mais aussi quand nous faisons grève ! » annoncent ils, blasés.
– « pas nous ! nous réfléchissons à deux fois avant de cesser le travail ! », je réplique.
La conversation tourne court. Personne n’a envie de se lancer sur le terrain glissant des revendications. J’aurais pourtant aimé en savoir plus. Ils sont aussi discrets sur leurs salaires que sur leur vie quotidienne. Troisième voyage et nous ne sommes jamais entrées chez eux (sauf chez l’instituteur d’Essouhé).
Des scouts de Grenoble viendront pendant les vacances d’été en chantier effectuer de menus travaux. Je ne sais qu’en penser. J’aimerais qu’on me donne leur adresse électronique pour les contacter. Peut être pourront ils être utiles pour convoyer des lettres ou des cadeaux ? Ils pourraient aussi me renseigner sur l’avancement du chantier de la Salle de Lecture. Thimoléon viendra dès mercredi prochain photographier la peinture, la maçonnerie et la porte. Espère-t-il un miracle ? Pourquoi les ouvriers travaillent ils le dimanche ? Ils avaient deux ans pour terminer ce qui avait été commencé en avril 2007 !
La Convention de Partenariat et les 900 000CFA
on recompte un à un les billets des 900 000CFA
Après le repas nous passons aux choses sérieuses : le motif de mon voyage.
Je sors la convention de partenariat et la liasse de 900 000francs CFA.
Je compte laborieusement les billets de 10 000 F et ceux de 5000F ; Le Directeur recompte derrière moi.
Il appose sa signature sur la convention et ajoute un reçu manuscrit pour la somme de 900 000F. Thimoléon appose sa signature en tant que Président de FEFA et que témoin. La convention « made in Pobè » avait plus de saveur. Le Directeur souhaitait « fouetter legoût de la lecture » ; La mienne est sèche et directive : les fonds sont dédiés à la Salle de Lecture.
Nous échangeons les cadeaux : je porte la belle tenue colorée de motifs végétaux aux rameaux entrelacés et aux feuilles pourpres et verte sur un fond blanc imitant le batik veiné de jaune et de bleu turquoise. Elle a été cousue à ma taille. La couturière – la femme de Romain – a conservé mes mesures dans son cahier. Mais ce n’est pas tout. Une boîte très pesante, très bien emballée avec beaucoup de scotch contient une statue de teck : le penseur. Il a une belle tête très fine avec des yeux en amande allongés. Le bois est clair avec un grain très fin.
Puis on apporte 3 boites format boîte à gâteaux pour une fête de famille, papier cadeau et faveurs mais interdiction d’ouvrir. Seulement de retour à la maison. Une trop curieuse (ou étourdie qui n’a pas écouté la consigne dévoilera le secret : des tissus brillants de bazin).
les lettres des correspondants et la pioche à cadeaux
je deviens facteur et distribue les lettres et les cartes des correspondants
Je distribue aux élèves d’abord les lettres, les cartes des 5èmeB de Créteil, puis les cadeaux individuels préparés par les correspondants. Ensuite, je passe aux cadeaux anonymes. Hier, au Jardin Helvetia, j’ai trié par catégorie les objets : parfums, maquillage, dans du papier doré pour les filles. Une pioche est organisée. On éparpille les cadeaux sur la grande table officielle. Un garçon, les yeux bandés distribue aux filles les cadeaux qui leurs sont destinés. Puis on inverse les rôles. Les garçons se partagent petites radios, bobs porte-monnaie et jeux de carte. Cette fois, je ne suis pas venue sans biscuits. En 2007 seule la 4ème M1 avait été servie et j’avais été triste pour les 4èmeM2 qui avaient été oubliés. Pendant la distribution on a photographié les correspondants. J’ai tiré la leçon de nos erreurs de la première fois et cette fois ci j’ai demandé qu’on apporte des ardoises et de la craie pour inscrire le nom des correspondants. Nous avions perdu des heures à les identifier et nous étions 4 pour les retenir !
la Pioche à cadeaux
Je reconnais Mariette et Camelle et je promets de contacter leurs correspondants dans leurs nouveaux lycées. Mariette est devenue une ravissante jeune fille avec de très beaux yeux maquillés son front bombé et sa chevelure rase. Madeleine se présente : – « je suis la correspondante de Théo »
Elle est très déçue de ne rien avoir et le montre bien. C’est la sœur de Florentin qui avait reçu un magnifique maillot de foot imprimé à son nom que Corentin avait offert. Je la félicite pour le conte qu’elle a envoyé à Théo :
– « l’as-tu inventé ?
– « non, je l’avais lu dans un livre » avoue-t-elle.
Khatib a quitté l’école – comme Alexis – Onesime aussi, j’aurais aimé donner de ses nouvelles à Adrien. Eve n’est plus là. Dommage, j’aurais pu joindre Maéva . J’avais oublié le nom de Perpétue mais ni son visage ni sa voix. C’est elle qui avait lu le discours de bienvenue. Juste aussi est parti, je peux remettre l’enveloppe de Jeanne à son frère Spero qui lui ressemble et qui mène la revue comme Juste l’avait fait il y a deux ans.
Une énorme vague d’affection nous submerge. Autant le découragement m’avait saisie quand j’ai vu le chantier de la Bibliothèque, autant je goûte cette amitié donnée gratuitement par les enfants avides d’ouverture sur le monde et d’amitié.
Après l’arrivée de Marcelle et de Romain? les cérémonies peuvent commencer. Nous, les « officiels« , sommes assis sous le manguier à une table recouverte d’une nappe et décorée d’une coupe, les élèves, sur des bancs de classe derrière des tables.
Une longue file sort en chantant de la classe, menée par un garçon en T-shirt blanc . Les chants sont différents de ceux présentés en 2007, les chorégraphies aussi. J’admire la souplesse des mouvements d’épaule des filles qui évoquent des ailerons d’oisillons, la fluidité de leurs corps les drapés des tenues de fête.
La pièce de théâtre a pour thème le dépistage du virus HIV.
Deux jeunes couples vont faire le test. Les premiers, plus mûrs, sont confiants. Les deux autres, plus jeunes n’ont pas encore eu de relations sexuelles, la fille se refusant à son compagnon avant le dépistage. Un garçon de terminale joue le rôle du médecin. Avant de donner le résultat il aborde la question avec psychologie :
-« Jeune, que dirais tu si tu apprenais que tu étais positif ? »
Le garçon qui était cool, est effondré. Il traite sa partenaire de prostituée. C’est l’occasion pour le médecin pour faire un cours de prévention : – « calme-toi, jeune, il n’y a pas que la voie sexuelle, il y a aussi la voie sanguine ! »
Et il énumère les pratiques à risque, échange de lames de rasoir, d’épingles chez la coiffeuse,
Pobè calendriers et discours
les calendriers qui nous ont permis d'apporter l'argent!
Vient le moment des discours. J’offre les calendriers au Directeur, aux professeurs et à Thimoléon…Monsieur le Directeur parle le premier, brandissant le calendrier :
« Oh temps, suspens ton vol… », il est chaleureux dans le registre affectif.
le discours du Directeur
Thimoléon prend la parole après lui. Lui aussi? parle bien. Avec humour il évoque ses joutes avec le directeur pour faire avancer les travaux et le presser d’accélérer la correspondance, les comparant à des combats de judo. L’image est amusante : tous les deux combattent dans la même catégorie des très très lourds). Si Thimoléon emploie le très respectueux « Monsieur le Directeur », il est toujours très ferme sur ses positions. Il insiste sur le fait qu’il faut absolument terminer la salle de lecture. Son aide m’est précieuse. J’ai inscrit dans la convention que l’argent est destiné exclusivement à la Salle de Lecture mais je n’ai pas assez de poids (encore !!!) pour enfoncer le clou comme Thimoléon le fait.
Enfin, c’est mon tour de parole. Comme mes prédécesseurs, je manie le calendrier et je m’adresse aux enfants plutôt qu’aux adultes. Je leur raconte comment se réunit le Club-Pobé-Créteil, les réunions et notre envie de connaître l’Afrique et la culture africaine, les fêtes africaines que nous faisons à chaque occasion.