Retour à Pobè : bibliothèque scolaire!

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Arrivée au CEG1de Pobè : ma tenue africaine

 

Arrivée à Pobè : les caisses de livres et les cadeaux des corrrespondants

Nous arrivons au CEG1 vers 9h45.

Le collège semble vide, on ne nous attendait pas si tôt. Marcelle et Romain ne sont pas encore là. Le Directeur m’accueille :

–    Va te mettre à l’aise ! Tu seras mieux avec la tenue traditionnelle !

Une tenue africaine m’attend dans son bureau. Le pantacourt kaki et le T-shirt orange – même décoré de l’Aigle Bleu de  Pobè – étaient un peu ordinaires pour la circonstance. Je ne sais pas  nouer le pagne. Mariette et Camelle s’en chargent.

 

ma tenue traditionnelle, Camelle m'aide à nouer le pagne

Cartons de livres pour Pobè

 

nous déchargeons les cartons de livres pour la bibliothèque. Ils sont partis en décembre. Je suis très fière de les apporter moi-même. je me réjouis à l’avance de les ouvrir devant collègues et enfants!
Toute une chaine de solidarité s’est formée autour de cet envoi : les livres apportés par les enfants à la fête du mois de juin, collectés par Jeanne, Inès et Céline, les petites qui ont fait l’inventaire et les cartons, Lucile qui a bien voulu nous offrir le fret, Beda et son mari, hier à moto, et ceux que je ne connais pas qui les ont sorti de douane….

 

la salle de lecture : c’est le chantier!

 

la bibliothèque : les livres n'ont même pas été sortis des cartons!

La visite commence par la Salle de Lecture.

C’est une grosse déception!

L’inscription à la craie : SALLE DE LECTURE surmonte l’entrée. Sur le tableau noir, une série d’équations et de racines carrées témoignent d’un cours de maths récent. Les tables de classe sont disposées face au tableau comme dans n’importe quelle salle de classe.

Seul souvenir de notre projet : l’ouverture de communication avec la bibliothèque pratiquée en avril 2007 entre notre première visite. La porte définitive est posée à côté. Un contreplaqué vert bouche le trou. Aucun progrès depuis 2007. A quoi a servi le projet ? Et les 350 000 CFA ?

la salle de Lecture : le chantier!

Nous avions pourtant reçu des photos du remplacement des plafonds et des tôles. Je me souviens de l’histoire du serpent qui a mordu le charpentier :

– « c’était moi, » dit un professeur.

Le spectacle de la bibliothèque est encore plus décourageant. Pour notre arrivée, on a fait venir un maçon et un peintre qui ont mis un coup de badigeon sur la moitié de la salle. Les livres ont été jetés à bas au milieu de la pièce sans  même une bâche pour les protéger. Je suis triste pour eux ! Je cherche ceux que nous avons envoyés l’an passé sans les trouver.

Ce ne sera pas le moment de ranger en grande pompe les livres des 3 cartons qui sont dans le coffre de la voiture. J’avais pourtant maintes fois imaginé la scène et m’en réjouissais. L’ouverture des cartons, les enfants qui les auraient feuilletés ; on aurait filmé, photographié…. J’essaye de cacher ma déception devant mes hôtes. Je ne peux m’empêcher de lever les yeux au plafond taché de grandes auréoles et même crevé dans un carré.

Le Directeur a remarqué mon regard : il justifie le trou :
–    c’est pour permettre aux vampires de s’échapper »
Selon lui, les chauves-souris seraient responsables de l’état déplorable du plafond
–    » Leur urine gâte le bois ! » 
Il nous fait admirer les nouvelles tôles qui recouvrent le bâtiment et la charpente neuve.

Pour moi, c’était de l’histoire ancienne.
Nous poursuivons la visite dans un chantier boueux qui nous mène vers de nouvelles constructions.
–    « fais attention, Miriam ! «

 

En pagne je ne suis pas très habile et je prends ma jupe dans un morceau de fer.
Les bâtiments sont surélevés sur un socle de béton. La plateforme est abritée par une sorte de moucharabieh de ciment en parpaing ouvragé. Sur cette coursive ombragée, s’ouvrent 4 classes sur le modèle africain : deux grands tableaux noirs se font face aux deux extrémités.

Premier jour à Cotonou : on s’organise

3ème CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

Au Jardin Helvetia

Ma première visite est pour l’océan qui déferle bruyamment sur le sable.

A mon habitude, je marche dans l’écume mousseuse, ma robe relevée sera trempée par une vague plus puissante que les autres. Le ciel est de plomb. Saison sèche ne signifie pas absence de nuages. Des éclairs parcourent au loin les nuées. Une courte pluie fera baisser un peu la température mais peut être aurons nous des moustiques ?

Nous allons à la banque et passons voir Sébastien à Sandotours. Il me semble que nous avons quitté Cotonou la veille. Peu de tourisme cette fois-ci! Nous nous contentons de voir défiler nos souvenirs et de retrouver nos repères.

L’après midi, je me promène dans le Jardin Helvetia pour chercher le réseau et téléphoner à mes nombreux contacts. J’ai l’impression que je suis une femme d’affaires. D. se moque de moi en me traitant soit de Sarkozy soit de Sœur Emmanuelle(à tout prendre je préfère cette dernière).

Béda est venue m’apporter les cartons de livres que nous avons envoyé il y a quelques mois dans le  container de Lucile : elle arrive avec son mari à moto-taxi , cette chaîne de solidarité autour des cartons de livre est très émouvante : gratuitement chacun a fait en sorte qu’ils arrivent à temps à Pobè. Je suis très fière de ne pas arriver les mains vides.

Retour à Pobè : en vacances ou en mission?

2009, CARNET BÉNINOIS ET TOGOLAIS

 

Jumelage Pobè/Créteil : Les danses de la réception en 2007

La vente des calendriers 2008 et 2009 par les élèves du collège approche le million de CFA(900 000F). On ne va quand même pas laisser dormir tout cet argent au foyer du Collège!

Puisque personne, au Collège,  ne veut tenter l’aventure de Pobè, j’ai eu vraiment envie d’y retourner et faire avancer les choses.

Les vols Air France sont à un prix raisonnable (moins chers qu’en 2006- 700€) .

Mais qu’allons nous faire pour un troisième voyage au Bénin ?

Visiter le Togo voisin?

J’ai pris contact avec le Comité de Jumelage de la Ville de Créteil : nous ferons une sorte de reportage-photo sur les réalisations du Jumelage Créteil/Cotonou en relation avec l’Eau que mes élèves présenteront  au Festival de l’Oh organisé par le Conseil Général 94 qui a pour fil rouge le Fleuve Niger cette année.

Ensuite, les choses se sont enchaînées. Valerio m’a donné le téléphone de l’instituteur de Ouidah qui initie les petits béninois au cinéma dans le cadre de son association « FIWE allumez les étoiles ». Avec lui, nous pourrons faire les photos du diaporama que les élèves doivent réaliser sur Les Enfants et L’Eau en Afrique de l’Ouest.

Agenda  de ministre!

Samedi :prise de contact avec tous mes interlocuteurs, dimanche: voyage à Pobè, lundi :visite à Cotonou, mardi à Ouidah…. Sans compter les photos que je dois rapporter à mes élèves pour réaliser les panneaux de l’exposition sur « les enfants et l’Eau »… les décors de la pièce que j’aimerais rapporter du marché…
Il ne reste plus que 5 jours pour le Togo et à peine quelques demi-journées pour aller à la plage….
Cela ne ressemble plus du tout à des vacances !

Le Bénin n’est pas spécialement une destination touristique :
En 2006,au Centre de vaccination d’Air France, on nous avait demandé :
–    « vous partez au Bénin comme humanitaires ou vous avez de la famille là-bas ? »

Personne ne pensait que nous allions simplement faire un voyage de découverte.

Et d’ailleurs, nous avions choisi le Bénin à cause du Jumelage Créteil/Cotonou et nous partions déjà avec le produit du Lâcher de Ballons d’un autre collège avec l’intention de lier des relations avec une école ou un collège béninois.

Depuis 3 ans que le processus est enclenché, je consacre de plus en plus de temps à cet échange entre Pobè et mon collège. Je finis par y croire ! Et par croire que je suis devenue une « humanitaire ».
Cette vocation humanitaire ne fait pas rêver que moi ! A lire les débats dans les Forums de voyages, cela chatouille de nombreux jeunes (et moins jeunes y compris des retraités). On ne rêve plus d’être explorateur ni conquérant ni missionnaire. Le costume de l’humanitaire n’est plus réservé aux French doctors, il y a toutes sortes de bénévolats (ou même de carrières stipendiées) dans ce créneau.

Il faut tout de même raison garder : je suis avant tout un professeur et le projet que j’ai initié est d’abord pour mes élèves de Créteil. Il faut toujours bien garder présente l’idée que je projet est un projet d’école – de patronage aurait dit l’une de mes collègues –  je ne vais pas sauver l’Afrique ni la sortir du sous développement par la vente de deux séries de calendriers !

En revanche, en banlieue parisienne, l’intérêt est aussi bien pédagogique dans le cadre de la correspondance que dans celui de l’ouverture sur la solidarité et la citoyenneté.

Enfin, la valorisation de toute la culture africaine ne peut qu’être bénéfique à es élèves issus de la diaspora africaine qui n’ont pas toujours l’occasion d’être fiers de leurs racines et qui tombent facilement dans la victimisation :

– « on ne réussira à rien puisque nous sommes entourés de racistes. »
– « ce n’est même pas la peine d’essayer puisqu’on vient des banlieues… »,

Il importe de contrer ce discours défaitiste par des initiatives volontaristes.

Du sang sur la soie – Ann Perry – Polar Byzantin

POLAR BYZANTIN

prise de Constantinople -fresque roumaine

…. »Je suis byzantine. Cela veut dire que je suis à la fois sophistiquée et barbare. »

déclare Zoé, figure principale de l’intrigue.

« C’est Byzance! »Synonyme de richesse et d’abondance. En ce sens ce roman de 975 pages est sur-abondant. Gros pavé. Riche de reconstitutions historiques de décors exotiques. Les héros nous promènent à Constantinople où se déroule la majeure partie de l’action, mais aussi à Rome, à Venise, Palerme, Jérusalem et même à Sainte Catherine du Sinaï.

Byzantine,  l’intrigue compliquée que devra dénouer la narratrice, médecin.   Constantinople  encore dévastée par la IVème Croisade de  1204, se remet à peine de ses ruines 70 ans plus tard. Les familles impériales, Comnène, Lascaris, Cantacuzène, contestent l’autorité de Michel Paléologue. Les complots et les vengeances se succèdent : poisons et poignards utilisés avec cynisme et cruauté.

prise de Constantinople - fresque roumaine

Byzantines encore les implications religieuses, querelle du Filioque, adoration de l’icône de la Vierge miraculeuse protégeant la ville. Michel Paléologue craignant une nouvelle croisade avec des exactions des Latins, choisit de faire alliance avec le Pape pour se protéger des ambitions de Charles d’Anjou, Roi de Sicile. L’orthodoxie se sent menacée.

Byzantines encore la sophistication des amours, l’intervention des eunuques, la confusion des sexes et des genres.

Constantinople est à la frontière des puissances orientales , la Horde d’Or, les Seldjoukides, les Arabes …Rempart de la chrétienté? ou Carrefour des influences orientales?

C’est donc un roman historique très dépaysant qui raconte une période passionnante pendant que six papes se succèdent à Rome, faisant et défaisant les alliances,  trois doges à Venise, s’achevant avec les Vêpres siciliennes qui remettent en question les rapports de force.

Cependant, dans cette abondance de reconstitutions historiques, le propos se dilue un peu. Roman choral où tantôt la narratrice-médecin byzantine, laisse la parole, aux légats du pape, ou à l’envoyé du doge de Venise. On perd de vue l’intrigue qui doit être élucidée : le bannissement de Justinien Lascaris.

J’ai été toujours intéressée par l’histoire, mais pas tout à fait séduite. Il manque la pointe d’épice, le « je-ne-sais-quoi » qui fait qu’on y croit vraiment, et qui fait la différence entre un Roman Historique et un grand roman.

 

Etaria: 1821 – Roumanie

BUCAREST/PARIS

Cette rubrique correspond à un échange de correspondance avec un lecteur roumain qui apporte un regard différent du mien. Je croyais en avoir fini avec la Bouboulina et voici que m’arrive cet épisode de Roumanie. Selon Michel de Grèce, elle fut initiée dans la compagnie secrète Filiki Etaria fondée à Odessa. Les luttes contre le pouvoir ottoman n’ont pas le même enjeu selon qu’on se place du côté ds Romantiques Victor Hugo ou Byron ou du point de vue balkanique ou même russe.

« …Pour nous et pour notre histoire, Eteria c’est plutôt l’histoire d’une grande trahison.
En 1821, le territoire de la Roumanie a connu “la révolution de 1821” ayant
comme “leader” principal Tudor Vladimirescu, qui est celui qui a créé une armée
des “panduri” et qui a lutte pour indépendance des Roumains et de la Roumanie. Il a
soutenu Eteria, mais en même temps il a entretenu une permanente correspondance avec
les turcs et les russes(pour éviter une invasion et un contrôle total des étrangers et pour
éviter aussi un guerre sur le territoire roumain) car ce qu’il voulait c’était seulement
indépendance du territoire roumain, contrôlé par l’empire turc et influence par
les intérêts russes. En final, il a été trahi et assassiné par Eteria, a l’ordre de Alexandru
Ipsilanti, car il a suivi seulement l’interet national et il a refuse de suivre strictement les
ordres et les actions de Eteria. Pour le territoire roumain, cet assasinat c’est aussi le fin
de “époque fanariote”(quand la Roumanie a été contrôlée par des riches qui habitaient
dans le quartier Fanar de Istambul et qui simplement ont payé au sultan pour le droit
d’être “princeps” en Roumanie et pour s’enrichir mieux. C’est aussi le moment quant
une sorte de “assemblée populaire” a demande au sultan turc de avoir le droit d’avoir
un “princeps” qui doit être seulement d’origine roumaine.
Bouboulina c’est une grande femme, le seul amiral de la flotte royale russe.

Dans la tradition populaire roumaine, le mot “Bubulina” est d’habitude donne aux
femmes “fortes” qui ont un caractère fort, correct et sans compassion…. »

Je ne suis pas historienne, je relaie simplement en ajoutant des accents le texte que George m’a envoyé en le remerciant.

L’éternité et un jour (DVD) Théo Angelopoulos

 

 Dans la dernière scène du film Alexander, le poète, demande à sa femme : « qu’est-ce que demain? » – « l’éternité et un jour » lui répond elle.

Pendant une bonne partie du film, j’avais compris le titre autrement. Alexander sent que sa fin s’approche. Le lendemain il doit se rendre à l’hôpital. Le film raconte son dernier jour (avant l’éternité?). et pendant ce dernier jour le temps s’enfle démesurément : il doit donner son congé à sa bonne, quitter sa maison face à la mer, apporter des lettres anciennes à sa fille,  confier son chien…et se remémorer les souvenirs d’une vie qui a passé si vite. Au feu rouge, des enfants  lavent les pare-brises, la police les capture, il embarque  un petit albanais pour le protéger.

Le film prend une autre tournure, devient un  road movie. Sur les routes de montagnes enneigées ils rejoignent l’Albanie où l’enfant a sa grand mère. Sur la clôture, à la frontière,  des silhouettes semblent pendues. Alexander n’a pas le cœur de l’y abandonner. L’enfant et le vieil homme ont donc un jour pour se confier, partager leur passé, et l’avenir…un jour aussi pour retrouver Sélim, « enfant des feux rouges », à la morgue et lui improviser un adieu.

Quelques minutes encore, pour un voyage poétique en autobus.

Plus je découvre l’œuvre de Théo Angelopoulos, et la musique de Eleni Karaindrou, plus je suis fascinée, envoûtée, par ce cinéma contemplatif qui prend son temps et par les images magnifiques. Poème funèbre pour un homme à la fin de sa vie. En couleur reviennent les jours heureux, ou plutôt un jour, celui de la naissance de sa fille, jour que sa femme avait revendiqué comme « son jour », mélange en un plan-séquence du passé, du présent, du futur. Apparition du poète Solomos, qui avait perdu sa langue maternelle et « achetait des mots » aux paysans de Zante…Poème de l’exil aussi, de l’exil des enfants, de l’ailleurs du poète.

lire également ICI

Une seconde femme d’Umut Dag

TOILES NOMADES

Merci à JEA d’avoir attiré mon attention sur ce film distribué de façon furtive.

Le film s’ouvre sur un mariage traditionnel en Anatolie : les hommes dansent au son criard d’une trompette, du côté des femmes règne une atmosphère déconcertante. peur de l’inconnu de la jeune et jolie mariée, angoisse de la séparation et de l’exil, diverses tensions entre les belles-sœurs. Le mariage expédié tout le monde se retrouve à Vienne. Et là, rien ne se passe comme attendu. Le marié est jeune, beau, charmant, sauf qu’Aysé dormira avec le père, sexagénaire. Rien ne vient conforter nos idées reçues : la substitution ne vient pas d’un quelconque démon de midi du vieil homme,  elle a été manigancée par Fatma, la mère de famille….Et le film enchaînera surprise sur surprise. Ne pas raconter la suite!

C’est du cinéma! Le suspens est ménagé jusqu’au bout. Si les décors ne sont pas flamboyants : l’essentiel du film se déroule dans un appartement quelque peu surpeuplé, en revanche les visages cadrés très près sont très expressifs et beaux. Merveilleuse Aysé – la perle – impressionnante Fatma. Les autres femmes sous le foulard de soie turc possèdent, chacune, des personnalités marquantes. Très fortes femmes, volontaires, allant jusqu’à la violence, mais aussi chaleureuses. Bien qu’enfermées dans leur appartement, en foulard traditionnel, elles ne se posent jamais en victimes passives. A côté d’elles, les hommes sont passifs, arrangeants, plutôt falots.

C’est que leur force, elle la tiennent de la conviction que la famille doit être une véritable forteresse dont il faut soutenir l’honneur devant le « qu’en dira-t-ton ». Chacune, à sa façon, en turc ou en allemand, avec ou sans la « rapportée » soutient violemment son idée de la famille.

Romantiques philhellènes : l’Enfant grec – Victor Hugo

CHALLENGE ROMANTIQUES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le massacre de Chios (avril 1822) a horrifié l’opinion européenne et a été à l’origine du poème de Victor Hugo et de la toile de Delacroix

L’Enfant

Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

8-10 juillet 1828

     Victor Hugo – Les Orientales


Trishna film de Winterbottom

SAISON INDIENNE


Winterbottom a réussi à faire un film bollywoodien avec danses et chansons, couleurs.

Adaptation de Tess de Thomas Hardy : Trishna, la jeune paysanne du Rajasthan est remarquée par Jay, fils de famille, qui possède des hôtels à Jaipur. Un séjour à Bombay permet de voir les studios de Bollywood et de fréquenter la jeunesse dorée. Jay, enfant gâté inconsistant, ne s’affirme qu’en humiliant Trisna….

On peut aussi  voir dans ce film, un dépliant touristique, de ce tourisme Heritage où les touristes sont accueillis dans les appartements des maharadjahs ou dans le zenana des maharanées comme des princes. Le nom de ces hôtels  figure au générique – réservation possible par Internet.

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Divertissement coloré et réussi mais sans grande invention. Les acteurs : Freida Pinto est ravissante et danse parfaitement. Riz Ahmed est aussi très crédible.

La Bouboulina, celle de Zorba et l’héroïne de l’Indépendance grecque

LIRE POUR LA GRECE

La Bouboulina attaquant Nauplie

La Bouboulina de Zorba

La lecture de Kazantzaki peut être une épreuve pour une lectrice féministe. La société qu’il décrit vivait alors sous un machisme indéniable : le lynchage de la veuve dans Alexis Zorba en est le paroxysme. Alors, refermer le livre?

Zorba est un homme de son temps qui considère les femmes comme des êtres faibles qui ont  besoin d’amour. Inutile de se voiler la face. Et de l’amour, il en a à revendre! Mais il ne faut pas se méprendre sur le petit nom de Bouboulina qu’il donne à la dame Hortense. Ce surnom affectueux n’a rien de condescendant comme la consonnance française pourrait le suggérer. Au contraire, c’est le nom le plus prestigieux qu’un Grec puisse connaître pour une femme. La Bouboulina fut une Kapetanissa, une femme-amiral, héroïne de l’Indépendance grecque.

Hortense, dans le temps de sa jeunesse fut une artiste renommée et assista à l’une des batailles fameuses de l’Indépendance de la Crète : le siège de La Canée (1897) par les navires des Puissances:

-....La Crète était en pleine révolution et les flottes des grandes puissances avaient jeté l’ancre dans le port de Souda. Quelques jours après, j’y jetais l’ancre aussi. A quelle magnificence! vous auriez dû voir les quatre amiraux: l’Anglais, le Français l’Italien et le Russe….

…..Souvent on se réunissait sur le vaisseau-amiral et on parlait de révolution,….. des conversations sérieuses et moi n’attrapais leurs barbes et je les suppliais de ne pas bombarder les pauvres chers Crétois. On les voyait, tout petits comme des fourmis, avec des braies bleues et des bottes jaunes. Et ils criaient , criaient, et ils avaient un drapeau…. » (c’est à cet épisode qu’est érigée la statue auprès du tombeau de Venizelos

« Combien de fois, moi qui vous parle, j’ai sauvé les Crétois de la mort! Combien de fois les canons étaient prêts à tirer et moi, je tenais la barbe de l’amiral »  « Mon Canavaro – c’était son nom – pas faire boum boum!… »

Héroïne dérisoire, héroïne d’opérette, ou de café-concert…Canavaro devint le nom du perroquet. Mais Zorba a été capable de lui rendre son hommage.

Laskarina Bouboulina (1771-1825)

Les Carnets de Bérénice consacrent un article à cette héroïne de l’Indépendance grecque. Un autre blog consacre un billet illustré à la maison-musée de la Bouboulina à Spetses

L’excellent roman historique de Michel de Grèce est une biographie romancée de La Bouboulina.

Quelle vie romanesque  que celle de Laskarina!

Née dans une prison sinistre de Constantinople, orpheline méprisée dans la maison patricienne de Hydra, exilée à Spetses alors dévastée par les Turcs. Adolescente, son  beau-père lui offre un caïque, à l’âge où les jeunes filles étaient confinées dans le gynécée dans l’attente d’un mari. Deux fois mariée à des armateurs, elle accompagne son premier mari dans des expéditions à la limite de la piraterie mais  devra attendre d’être veuve du second, Bouboulis, pour prendre sa mesure et devenir la Kapetanissa. Armateur-femme d’affaire, mais aussi conjurée de la Filikí Etería, elle conduit ses bateaux contre Nauplie en 1821 dans la guerre d’Indépendance grecque. Elle combattit aussi sur terre avec Kolokotronis….

« macédoine » balkanique: Héroïne grecque, Laskarina, comme les habitants de Spetses, parlait Arvanitika, une langue albanaise, et se disait Arvanite. Je remarque aussi le voile de Laskarina – comment aller en mer tête nue? – mais une femme turque aurait noué le même. Cherchant des renseignements sur la  Filikí Etería  sur Internet, j’arrive à Odessa et même en Roumanie. Toutes ces composantes, métissages ou interférences, s’opposent aux crispations actuelles, sur le voile chez nous, sur la pureté ethnique ailleurs et l’arrivée De Byron et des différents combattants étrangers philhéllènes  rajoutera des pièces encore au puzzle.