Atiq RAHIMI : Syngué Sabour

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J’ai lu ce court ouvrage d’un trait, hors d’haleine, en une après midi. Impossible de le quitter.  Scotchée ! Et comme la fin m’a beaucoup choquée, j’ai cru que j’avais mal lu, que je n’avais pas compris, que sans doute la fatigue m’avait trompée et j’ai relu la fin le lendemain. Depuis, ce livre m’a hanté longtemps..

Extrêmement fort, prégnant.

Violence d’une tragédie antique. Tragédie redoublée que celle de ce pays en guerre depuis si longtemps et de celle des femmes soumises aux guerriers et aux mollahs. Comme dans une tragédie : unité de lieu,  huis clos. Un décor dépouillé, des murs cyans qui s’écaillent, un rideau orné d’oiseaux migrateurs,  une paillasse où repose le mari blessé, inconscient. Les manifestations de la vie extérieure parviennent de temps à autres étouffées, pleurs d’enfants, plainte de la vieille voisine, appels du muezzin… la vie s’écoule au rythme du souffle du blessé et du chapelet que la femme égrène. La sobriété donne son intensité à chaque parole qui résonne dans le silence qu’oppose l’homme mutique.

Au fil de ses monologues, la femme se raconte, elle se découvre, elle analyse son passé.

Puis elle assigne l’homme à un rôle étrange : celui de la pierre de patience qui reçoit toutes les plaintes et qui éclatera à a fin. Dès qu’elle a attribué à son mari cette fonction d’exutoire, elle se met à exister par elle-même. Cherche le plaisir, croit le trouver. Mais cela ne suffit pas, elle lance toujours plus loin la provocation. Provocation ultime : la stérilité du mari, la paternité refusée.

C’en est sans doute trop !

Le mari s’éveille – la pierre de patience explose – mais c’est pour entraîner la femme dans une mort sanglante.

J’ai refusé cette fin la première fois. Et maintenant que je suis sûre d’avoir compris je sens la pierre qui tombe dans le puits sans fin de la tristesse des femmes sans aucun espoir, et cette chute ne fait que résonner sans que je puisse oublier.

Atiq RAHIMI : Syngué Sabour – Pierre de patience – POL 154p

Lire pour l’Afrique : Mabanckou – Demain j’aurai vingt ans

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1979 – 1980 , Pointe-Noire , Congo-Brazzaville

Michel, le narrateur n’a pas 19 ans comme le suggèrerait le titre, il termine l’école primaire. L’Afrique racontée par un enfant, ce n’est pas nouveau, j’ai déjà lu L’Enfant Peul d’Hampâté Bâ qui raconte le Mali du début du 20ème siècle, L’Enfant Noir de Camara Laye, la Guinée des années 50. Ce serait une sorte de tradition littéraire que Mabanckou  suivrait, avec peut être moins de bonheur que ses illustres prédecesseurs.

La lecture est plaisante, le français enfantin et africain drôle. La critique du régime politique en place savoureuse : la langue de bois communiste « condamnés de la terre« « opium du peuple » dit comme une injure m’ont fait bien rire, la parcelle du dignitaire communiste entourée de barbelés gardé par un molosse mais décorée des portraits d’Engels ou de Marx, moins!

L’enfant découvre le monde, celui officiel, des pays frères, chez son oncle, celui de son père qui écoute la Voix de l’Amérique à la radio. Il se prend de sympathie pour le Shah d’Iran en exil, assez étrangement. Il découvre la poésie, Brassens et Rimbaud, les livres que son père rapporte, abandonnés par les clients de l’hôtel, le Petit Prince qu’on lui offre. A l’école primaire on se soucie plus d’arithmétique que de littérature… Pagnol perd la compétition au bénéfice d’Arthur Rimbaud…Le petit Michel est-il l’écrivain à venir?

La description de la vie africaine est vivante et exotique. L’enfant raconte  cette famille polygame où il a sa place dans chaque maison, leur quotidien, la cuisine, la musique… Par la lecture, je m’évade, retrouve l’ambiance africaine qui me manque dans le froid de cet hiver qui se prolonge.

Paris/Bucarest via Larnaca : les 40 martyrs de Sébaste – cuisine et traditions roumaines

Un lecteur roumain qui a la gentillesse de commenter mon blog m’a envoyé ceci à propos des 40 martyrs de Sébaste dont j’avais vu la fresque la première fois dans une chapelle du Troodos .

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« mais ce sont des certaines choses que chaque roumain orthodoxe connait depuis son enfance, a cause de la tradition familiale de chacun…« 

« Le jour des “mucenici” est le 9 Mars. Chaque année, quand on prepare et on mange 40 “mucenici” , avec ou sans liquide et quand il faut boire aussi 40 verres de vin….En effet, avant de manger et boire les mucenici et les verres de vin on donne presque tout(on fait l’aumone pour les 40 mucenici et pour tous ceux qui ont décédé) aux voisins, amis, au tous ceux qu’on connait, aux inconnus – femmes/hommes qui passent devant la porte…seulement apres ca on peut manger le reste des mucenici et du vin…. »

 

En Roumanie les traditions sont accompagnées d’une gastronomie extraordinaire qui m’a fait prendre 3 kg en un petit mois

voici les plats traditionnels pour cette fête:

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Mucenici en liquide

Ingrédients:
Pâte:
250 grammes de farine
100-120 ml d’eau tiède
sel (une pincée de sel)

Liquide/soupe:
l’eau
sel (une cuillère à café)
le zeste d’un citron ( rase)
de sucre (au goût)

Préparation:
Le soir du 8 Mars, on prepare la pâte pour modeler les mucenici. On prepare des “cordes”/”tresses” de pâte longues et minces, puis on fait des petits cercles, puis en forme de “8”. On laisse secher les 40 mucenici toute la nuite sur la table qui a été aspergé de farine. Egalement il faut saupoudrer les mucenici avec la farine.

Le matin du 9 Mars , les mucenici sont passés par un tamis pour eliminer le surplus de farine, puis faire bouillir dans une “soupe” préparée par l’eau bouillante avec du sel (une cuillère), le sucre, le zeste de citron d’un de citron. Vous goûtez la soupe pour décider combien de sucre doit etre ajouté. Le liquide doit être douce.

Faire bouillir environ 2 litres d’eau avec une cuillère de sel. Il est important de mettre l’eau bouillie avec du sel. Quand l’eau commence à bouillir, on ajoute les mucenici. Il faut enlever la mousse qui se forme à cause de la farine qui reste encore sur les mucenici Apres enlever la mousse, il faut “raser” la zeste d’un citron et quand tout commence a bouillir, on ajoute le sucre. Les mucenici sont cuits quand ils remontent à la surface.
Note: Servir avec du noix et de la cannelle en poudre et un verre de vin rouge.

Il y a la possibilité de bouillir avec le noix et la canelle en poudre, mais la “soupe” obtenu est moins esthétique (ca devient marron ou même sombre). Mon conseil est de ajouter les noix en poudre et la cannelle en poudre avant de la consommer.

En Roumanie, le 8 Mars c’est la jour des femmes, quand tous les fille et les femmes doit recevoir un cadeau. A 9 Mars , a cause de l’histoire sur les “40 verres de vin” on dit aussi que c’est “la jour des hommes”.

Cette methode de preparation des mucenici de dimension reduite, en liquide/soupe, c’est pour de souvenir du lac ou les martyrs ont été jetés et s’applique dans la partie sud de la Roumanie, à partir de Dobrogea, Valachia, Oltenia, Caras –Severin, Banat.

Mucenici (sans liquide)

Ingrédients:
Pâte:
1 kg de farine
3 oeufs
4 cueilles(de soupe) de miel
5 litres de lait
50g de levure fraîche
100g de beurre
sel
2 sachets de sucre vanillé

Sirop/jus:
sucre
miel
l’eau
-« essence » de rhum(une liquide concentré utilisé pour préparer des gateaux)
citron
Les quantités du « sirop »/jus sont à vous de choisir et decider, car cela dépend directement de votre goût
-des noix (noix en poudre)

Préparation:
Avec les ingrédients ci-dessus il faut obtenir une pâte de levure qu’on laisse doubler/aggrandir/lever. Apres ca, il faut diviser la pâte pour préparer les « cordes/tresses et pour obtanir les « 8 ». Mettre le « 8 » (40 mucenici)dans le moule et laisser aggrandir et après cela on les brosse avec de l’oeuf. Cuire au four à feu moyen jusqu’à ce que croustillant.

Faire un sirop/jus et introduire les mucenici dans le sirop/jus pour absorber le sirop/jus et puis on met les mucenici sur une assiette et on les couvre avec du miel et apres cela avec des noix en poudre.

Peut-etre, la quantite de lait sera plus que suffisant , car pour preparer la patte on ajoute le lait petit a petit. Il ne faut ajouter toute la quantite de lait, une seul fois. Si vous voulez, vouz pouvez ajouter aussi du miel dans la patte.

Ce sorte des mucenici est prepare dans la partie nord de la Roumanie, en Moldavie et Transilvanie. Mais depuis 30-40 ans, tout le monde prepare, si possible, tous les deux recettes.

Ma traduction n’est pas parfaite, c’est a vous de changer comme il faut. Merci d’avance! Quand j’ai ecrit: « une cuillère à café » ou « une cuillere à soupe » j’ai fait cela pour décrire la dimension de la cuillère.Ici on respecte toujours le numero de 40, mais vous pouvez preparer plus de 40, c’est à vous de decider.

 

 

 

par delà la cuisine, j’ai eu la curiosité de googler les 40 martyrs et je suis arrivée ici

David Grossman : Dans la peau de Gisela Politique et Création littéraire

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Quelques fois, j’ouvre un livre et j’ai le sentiment qu’il m’est personnellement destiné. Quelle mégalomanie !!!!

Ce n’est pas franchement le hasard dans le cas de David Grossman. Je ne l’ai pas pris par inadvertance à la bibliothèque. Je connais un peu David Grossman et j’ai suivi ses prises de positions à la suite de la dernière « guerre » au Liban en 2006, relayées par La Paix Maintenant, j’ai aimé son roman « quelqu’un avec qui courir ».

La lecture de la littérature israélienne est pour moi une nécessité.  Autant je me suis interdite de retourner en Israël tant que la situation d’occupation perdurera, autant je lis, avec un sentiment d’urgence, les publications des écrivains israéliens. Il m’est nécessaire de savoir qu’il existe des intellectuels qui donnent naissance à des personnages – peu importe que ce soient des fictions – qui me sont infiniment proches.

Les deux derniers textes A la mémoire d’Yitzhak Rabin et Ecrire dans le Noir sont- ils des textes littéraires ou politiques ? Ils sont en tout cas le cri d’une conscience très aiguë de l’atrophie de la pensée et de la langue causée par l’occupation et la nécessité absolue de l’empathie, de la connaissance de l’autre Dans la peau de Gisela indispensables pour rester humain, Ha Mensch, comme je l’ai entendu autrefois.

Sayed KASHUA – Et il y eut un matin

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Traduit de l’hébreu.

Parmi les Palestiniens, Cisjordaniens, Gazaouis, Fatah, Hamas, Musulmans, Chrétiens,  Druzes…. On oublie parfois les Arabes Israéliens qui, parfois, se revendiquent tels. Sayed Kashua écrit en hébreu. Le titre de son roman Et il y eut un matin, sonne biblique.

Le héros est un journaliste dans un journal israélien . Avant de retourner dans son village, il habitait Tel Aviv et menait une vie ordinaire avec sa femme, enseignante, et leur bébé. C’est à cette vie ordinaire qu’ils aspirent. Pour la sauvegarder, le narrateur est prêt à toutes sortes de concessions. Hélas, il perd son emploi, et doit retourner au village pour ne plus subir les tracasseries de ses voisins.

Le retour au village, la construction de la nouvelle maison n’est pas vécue dans l’allégresse. Ni sa femme, ni le journaliste ne regrettaient la vie du village, étriquée. Ils aspiraient à l‘anonymat de la grande ville.

Pourtant tout se déroule sur le mode de la comédie. Beaucoup d’humour. On sourit beaucoup dans ce livre. Même quand le village n’est soumis à un blocus inexplicable. Le village est encerclé comme un village des territoires occupés. Bons israéliens, la plupart des habitants ne comprennent rien à l’arrivée des chars et à l’encerclement. L’électricité est coupée, comme le téléphone, Internet.

Enfin le journaliste tient un scoop ! Mais il ne peut pas joindre son journal.
En quelques heures toute la vie quotidienne se désorganise. On stocke la nourriture, mais les frigos sont en panne, l’eau vient à manquer, les égouts, eux débordent. C’est l’enfer auquel personne n’est préparé! Mais toujours sur le mode humoristique.

Le dénouement ne tardera pas, l’occupation ne durera que quelques jours. La fin est surprenante.

Aujourd’hui les bombes tombent sur Gaza. Le blocus de la ville dure depuis des semaines. Qui aurait envie de lire une comédie ? Et puis vendredi, jour de la colère, les palestiniens se solidarisent avec Gaza bombardée. Comment réagiront les Arabes Israéliens finalement intégrés comme le journaliste de l’histoire ? L’auteur écrirait il un tel roman maintenant ? Ecrit pour voix-nomades en décembre 2009

Sayed KASHUAEt il y eut un matin POINTS 280p

 

Un Feu Amical – Avraham B Yehoshua

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Le feu amical, c’est le tir collatéral qui a tué Eyal, en embuscade.

Ce livre est un livre de deuil. Daniella va en Tanzanie où est décédée sa sœur Shouli. Elle va retrouver son beau-frère Yirmi, le père d’Eyal. Double deuil!

C’est un livre de feu :  flammes des bougies de Hanoukka que le mari de Daniella, resté en Israël, allumera en compagnie de ses enfants, de ses petits enfants. Des bougies que Yirmi jettera dans son poêle tanzanien. Feu des premiers hommes que les paléontologues étudient dans le Rift, berceau de l’humanité, feu qui différenciera ces pré-humains des primates.

Malgré ce préambule, c’est loin d’être un livre mortifère. Au contraire. La vie se déroule avec toutes ses péripéties,  vie quotidienne  à Tel Aviv, ou celle de la mission archéologique dans la savane africaine. A un autre rythme, toutefois.
L’auteur raconte par le menu tous les évènements de cette semaine de la fête.

Construction ingénieuse, sept jours de voyage, sept parties correspondant aux bougies de la fête, parties dans les quelles alternent les chapitres de la vie de Daniella et celle de son mari Amotz en Israël.

A B Yehoshua aborde le sujet de la mort des fils à la guerre, du deuil des parents, avec tact mais aussi avec révolte. Le quotidien d’Israêl n’est pas séparable de l’état de guerre, même en période de paix relative.

Amotz, non religieux lit les prières sur les emballages de bougies, personne ne semble croyant. Pourtant la lecture de la Bible et particulièrement de Jérémie s’insère dans le récit de manière tout à fait convaincante.

Paris- Larnaka : vol Cyprus Airways, nuit d’été en avril

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A 13h, Notre sac à dos gît , abandonné, tandis que les valises empruntent le tapis roulant. Je proteste. L’employé, en chemise blanche, me rassure :
« tu ne t’inquiètes pas, je suis là ».
15 h. L’avion décolle,
Aéroport de  Larnaka, 20h10

Nous avons récupéré les deux valises mais pas le sac à dos. Le tapis roulant tourne à vide, un employé de Cyprus Airways vient nous chercher pour signer une déclaration. Quand le sac arrivera, il l’enverra par taxi à la Maison Cornaro.
Sur le moment, je ne réagis pas, (nous sommes bien assurées grâce à ma Carte VISA 1er). L’avion a dû laisser à Roissy 700 kg de bagages. Nous n’avons pas de trousse de toilettes, le reste est moins urgent.

Larnaka

Petites rues toutes noire bordées de maisons basses, pas la moindre enseigne d’hôtel. En plein centre, devant l’église Saint Lazare toute illuminée je demande notre chemin à des passants qui montent dans notre voiture et nous y conduisent dans  un dédale de sens interdits.

L’hôtel Onisilios (2 ** 24£/ la chambre)  un peu vieillot,  tout à fait correct, paraît vide. J’ai réservé par téléphone. Le patron se souvient de mon appel,. Très aimable, il  nous donne une chambre bien tranquille avec une double orientation, vue sur des jardins, les toits, l’église et le fort éclairés.

Saint Lazare

Nous sommes impatientes de découvrir Larnaka et de profiter de la belle nuit chaude, En cinq minutes  à pied, nous arrivons à l’église Saint Lazare dont le campanile, très ouvragé, se détache dans la nuit. Arcades en ogives, volumes compliqués,  coupoles byzantines : cette église est une merveille.

Nous avons du mal à trouver le sommeil. Cette histoire de bagage perdu me tracasse. Je ne me souviens plus avoir reçu une copie de la déclaration de perte. J’épluche le livret des garanties de l’assurance.

Première matinée chypriote, Larnaka


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Réveil à Chypre

Une merveilleuse nuit étoilée ne promet pas forcément un lendemain ensoleillé !
Le carillon de Saint Lazare nous réveille à 6h30. Le ciel est voilé d’une fine pellicule grise. Jardins et  courettes sont peuplés de chats, de canaris et de perruches en volières. Un citronnier est couvert de citrons énormes. Comme partout en Grèce, des bidons et des seaux contiennent des plantes diverses, géraniums fleuris, petits palmiers …

Au loin, la mer. Je ne peux pas m’empêcher de penser que Haïfa n’est distante que de 300 km. Un pincement au cœur : « si je t’oublie Jérusalem… « . Même climat, même soleil, mêmes odeurs des orangers en fleurs. Sensation de Terre Promise interdite.

Dimanche à saint Lazare
Le patron de l’hôtel nous indique un petit supermarché,  ouvert le dimanche matin, qui nous dépannera. Il nous conseille d’aller à Saint Lazare avant 10 heures. Nous arrivons au beau milieu de la messe diffusée par haut parleur sur toute la place. Les retardataires convergent vers l’église, certains sont assis sous les arcades et suivent le service de l’extérieur. Je me faufile dans la queue des fidèles qui attendent dehors pour communier. Chacun reçoit un gros morceau de pain et donne l’argent de la quête. Au fond, une autre porte est ouverte. On voit moins bien l’iconostase dorée et les icônes. Trois hommes chantent. La liturgie orthodoxe est vraiment très belle. Le pope en chasuble officie tantôt devant l’iconostase tantôt derrière. Il réapparaît, se prosterne, se relève ….

Promenade des Palmiers
Les rues sont désertes, les magasins fermés. Sur la promenade des Palmiers la saison n’a pas encore commencé. Les plagistes n’ont sorti que quelques lits de plage, les supports des parasols pointent vers le ciel, tubes métalliques donnant un air hostile à la plage. Les hôtels sont modernes, sans grâce. Je ne trouve aucun charme à ce front de mer bétonné. Plus loin, le Fort paraît bien petit à côté des immeubles modernes. De près, il est très harmonieux mais, malheureusement, fermé.

Mosquée

A côté du Castro : la mosquée. Tout autour,  un charmant désordre oriental. Sur la petite place, des voisins ont apporté leurs chaises et de petites tables pour jouer au tric trac. Ils ont oublié leurs tasses à café. Le minaret est en réfection, un échafaudage de planches l’entoure. Dans le jardin, une gallabieh et des calottes en crochet blanc sèchent sur une corde à linge. L’imam, égyptien, nous fait les honneurs de sa mosquée bien modeste. Des décorations à la peinture laquée verte, des tapis, de peu de prix.

Maisons turques

Dans le quartier de l’hôtel, de nombreuses maisons basses sont fermées, abandonnées, certaines en ruines, ce sont les maisons que les Turcs ont dû abandonner. Encore ici, une purification ethnique, comme l’histoire se répète ! de Bosnie à Chypre. Toujours les décombres de l’empire ottoman.

De Larnaka à Limassol: lac salé, Tekke Hala Sultan, cap Kition,

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Le Lac Salé est traversé par la grande route de l’aéroport. Nous espérons y voir les flamands roses.  Les oiseaux sont bien là mais nous circulons à grande vitesse.

–  « Et si nous allions y faire un tour à l’aéroport au moins pour avoir un double du certificat de perte du sac à dos ? »

Les hôtesses d’Accueil m’envoient dans un mystérieux «  Room number 24 »  dans un dédale de couloirs. Je raconte notre aventure. L’employé saisit mon  nom sur l’ordinateur, tout notre dossier apparaît, sur l’écran : l’hôtel Onisilios, la Maison Cornaro. Un détail : le sac est retrouvé ! Ils ont cherché à nous joindre à l’hôtel sans succès. Je suis l’homme dans les couloirs.  A la douane, gisent de vieux, sacs abandonnés, des cartons éventrés, mais pas de sac à dos. L’employé téléphone. Notre sac se trouve au Room 24, au beau milieu du bureau ! Et je ne l’avais pas remarqué !

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La route du Tekke de Hala Sultan longe le lac Salé. Les coupoles et le fin minaret pointu se détachent : c’est une jolie mosquée turque. Le mihrab est très curieux : la pierre blonde est ciselée de pampres et grappes de raison surmonté d’une étoile à six branches, réemploi d’une sculpture antique ? Décor original ? Nous avions déjà vu le décor de vigne dans une église grecque de Cappadoce l’assemblages de ces symboles est assez étrange.

Le guide nous mène à la tombe de la sainte, Umm Haram, tante du Prophète, venue accompagner les Arabes qui islamisèrent l’île en 649. Les trois pierres abritant la tombe font l’objet de diverses légendes. L’une raconte qu’elles arrivèrent d’Arabie. selon  une autre, une pierre de quinze tonnes serait restée suspendue en lévitation…. L’homme qui nous accompagne parle plus sobrement d’un dolmen. Autour de la mosquée, quelques tombes turques dans les oxalis en fleurs.

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Le vent qui s’est levé, les nuages se sont disloqués.

Nous nous promenons autour du lac espérant voir de près les flamands roses.. Une sorte de salicorne pousse en bordure de l’eau, les fenouils sont en fleurs,  ainsi que de grosses touffes jaunes de composées jaunes, ressemblant à des marguerites jaunes.

 


Nous décidons de pique-niquer près d’une tour vénitienne en bord de mer au Cap Kition. Sur la carte, c’est tout près. Nous nous perdons dans les  sens interdits des villages.Echouons sur une plage de galets devant une mer déchaînée. Le vent souffle si fort que nous nous réfugions dans la voiture pour déjeuner.

Nous traversons des cultures maraîchères. C’est la récolte des artichauts. Les tunnels de plastiques, la plage de galets battus par les vagues, les constructions anarchiques nous rappellent Kokkynos Pyrgos, en Crète.

La tour vénitienne est perchée sur une colline en retrait de la mer. C’est une tour carrée, crénelée, en pierre blonde  et peu élevée.

Kiti : l’église construite par les anges

 

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A Kiti, l’église est « construite par les anges »: Panayia Angeloktitos.

Nous passons  devant deux églises à campanile avant de trouver la basilique byzantine et ses coupoles. Les Francs on ajouté une chapelle gothique qui sert d’entrée. On peut y voir la pierre tombale de la Noble Dame Simone, femme de sire Renier de Gibelet . Le tracé de la robe de la Dame  est très pur, à l’intérieur des courbes sinueuses suggèrent les cuisses ou les fesses . C’est gracieux, presque inconvenant sur une tombe. Un enfant se précipite :
–  « pas de photos! »
Il allume la lumière derrière l’iconostase, éclairant une mosaïque dorée très ancienne.

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Un car s’arrête. Toujours à l’affût des commentaires des conférenciers, je me précipite. Des Grecs, descendent, venus faire leurs dévotions, surtout des vieilles femmes, de noir vêtues. Ils achètent des cierges. Avant de les allumer, l’une d’elle fait le ménage. Elle saisit à poignée les cierges qui brûlent, les retourne dans le sable pour les moucher et jette la poignée à la poubelle. Elle peut alors planter les siens.

Vers Limassol

L’autoroute traverse de vertes collines. Limassol n’est distante que de 65 km mais  le vent souffle de face et un arrêt s’impose.

La plage du Gouverneur est une baie protégée  par un cap surmonté par des cimenteries. La mer est calme, bleue, la Méditerranée, telle que je l’imagine. Le sable est fin, je me déchausse et longe, pieds nus. La plage est bordée de restaurants de poissons, heureusement construits en retrait derrière de belles pelouses vertes où sont installés lits et parasols.