Lire pour l’Afrique : Bruce Chatwin – Le vice-roi de Ouidah

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Bruce Chatwin est un véritable écrivain. Pas seulement un écrivain voyageur. D’ailleurs, son voyage au Bénin a été écourté pour cause de coup d’état.

Le Vice roi d’Ouidah est un vrai roman d’aventure historique. Chatwin s’inspire d’un personnage réel très ambigu, marchand d’esclaves ami du Roi d’Abomey. J’imaginais le personnage honni et je découvre sur la place du marché aux esclaves une plaque au nom de Chacha, surnom de  De Souza, que Chatwyn appelle Da Silva. Le livre nous transporte dans le sertao brésilien. Allers et retour entre le  Brésil  et le Bénin actuel. Métissages, la capitale du Bénin n’est elle pas Porto Novo et lees vieilles maisons coloniales ne sont-elles pas qualifiées de brésiliennes?

Terrible ambiguité du commerce des esclaves que souligne cet ouvrage passionnant.

Lire pour l’Afrique :Florent COUAO-ZOTTI : L’Homme dit fou et la mauvaise foi des hommes

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Uécrivain béninois ! Mais quel Bénin tragique et noir !

Les histoires se déroulent dans la nuit sans éclairage des quartiers fangeux de Cotonou.

Ce recueil de nouvelles commence par l’histoire d’un amant qui fait l’amour à une morte assassinée. La  suivante n’est pas plus optimiste: une très jeune fille avorte de l’enfant d’un viol. Le violeur est son oncle qui l’a contaminée par le virus du SIDA. L’Homme dit fou et la mauvaise foi des Hommes est à  peine moins triste. Que dire de celui qui a perdu son bébé et qui veut se venger de la sorcière qui aurait causé la mort de son enfant ? Et de la fin d’un enfant-adulte, voleur, qui avale le pendentif en or qu’il a chapardé au marché,  se fait poursuivr, manque de se noyer, et finit par se faire écraser par une voiture en traversant la voie dans sa fuite éperdue

Lire pour l’Afrique :BEYROUK : Et le ciel a oublié de pleuvoir

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Se déroulant  en Maurétanie, aux confins du désert ce livre raconte l’esclavage. Pas la traite transatlantique. L’esclavage des tribus du Sahel bien après que la Traite Atlantique soit terminée. Enfants-esclaves dans les tribus nomades, qui prennent une revanche en utilisant le pouvoir politique qui s’est installé après la décolonisation. Livre dur.

Lire pour l’Afrique : Moussa KONATE – L’empreinte du renard

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Un Policier au Mali

Le commissaire Habib, vieux flic de Bamako est appelé pour une enquête en pays dogon. Occasion de rencontrer les traditions des dogons.  Justement les empreintes des renards permettent au sorcier de prédire l’avenir. Meurtres étranges sur fond de trafics des promoteurs immobiliers, dissolution des traditions remises en causes par les jeunes plus attirés par l’argent facile que par la morale traditionnelle. J’aime bien ces polars ethnologiques. L’enquête est prétexte à raconter le quotidien d’un pays inconnu.

Bamako (le film)

Toile Nomade

Chacun d’entre nous a ses films-cultes inoubliables, indémodables. Bamako (2006) est un de ceux là

Dans la cour d’une maison à Bamako se déroule le procès du FMI. Procès dans les formes avec juges en perruques, avocats de l’accusation et aussi de la défense, témoins à charge…. Des tirades décrivant les nuisances de la Dette qui pèse sur les finances des pays africains mais aussi les chants d’un griot, les doléances des femmes simples…
Ce n’est pas comme le suggèrent les lignes ci-dessus un énième film militant. C’est un vrai film avec une histoire, des histoires, un décor splendide. Des acteurs magnifiques. Des allers-retours entre l’économie et la vie quotidienne des habitants de la maison.
Un vrai beau film…

Lire pour l’Afrique : Aminata Traoré – L’étau

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C’est un texte qui a plus de dix ans, publié en 1999. La situation a-t-elle vraiment changé? Ce texte est lié dans ma mémoire au film Bamako

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L’étau, c’est celui dans lequel son pays, le Mali, ainsi que tous les pays de l’Afrique de l’Ouest sont pris entre remboursement des intérêts de la dette et les exigences du FMI et des gouvernements occidentaux. Analyse magistrale d’une économiste, responsable politique qui étaie son raisonnement avec des chiffres quand il le faut mais qui écrit dans un style percutant. Je ne sais pourquoi, je ne peux m’empêcher de penser aux Damnés de la Terre de Frantz Fanon, un autre ouvrage militant qui a éclairé ma jeunesse et qui est toujours présent dans ma mémoire. Texte court, dense terriblement humain et en même temps vertébré par une analyse politique claire, analyse marxiste, même si l’auteur ne laisse que peu de place au système socialiste prévalant aux premiers temps de l’Indépendance. Analyse illustrée récemment dans le film Bamako plaidoirie à charge contre le Fmi. Dans le livre la vie quotidienne au Mali est laissée de côté.

En revanche tous les aspects du problème sont mis en lumière. La démocratie exigée par les bailleurs de fonds et fragilisée par les mêmes qui retirent au nom du Néolibéralisme toute autorité à l’Etat africain qui s’appauvrit, ne peut plus ni payer convenablement ses fonctionnaires ni même remplacer ceux qui partent n’offrant aucun débouché aux jeunes diplômés qui n’ont que l’exil comme avenir. Comment les « économies » sur le « train de vie «  de l’Etat encouragent la corruption et la gabegie. Comment, sous prétexte d’encourager les projets privés on dépouille l’état de tout contrôle sur le développement vidant ainsi les élus de toute initiative ou de tout contrôle. A quoi bon élire au cours d’élections démocratiques des gouvernements impuissants ?

Aminata TRAORE : L’Etau (Babel Acte sud)

Lire pour l’Afrique : LE CLEZIO : L’Africain

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Le Clezio est il un écrivain voyageur?
Un écrivain? Certes!
Et une voix nomade aux origines multiples et lointaines…

l’Africain, est-ce l’enfant qui jouait à la guerre aux termites mais qui craignait davantage fourmis que scorpions?

L’Africain, c’est  le père, médecin dans la brousse nigériane aux confins du Cameroun. Resté en Afrique pendant la guerre.
L’enfant, né en 1940, en France, ne le rencontrera qu’en 1948.
Portrait émouvant, illustré des photos anciennes sépia.
Afrique intouchée par la modernité où l’eau des rivières est très présente comme la forêt équatoriale.

Lucidement, la question de la colonisation n’est pas éludée, colonisation britannique différente de la française.
Afrique idyllique de la jeunesse et de l’enthousiasme du jeune couple que formaient ses parents au Cameroun avant la guerre.
Afrique plus violente au Nigéria où le médecin découvre que l’hôpital  fait partie du dispositif colonial et que l’exercice de la médecine est dur et souvent désespéré.
Enfin, analyse de la guerre du Biafra sans concession pour les puissances ex-coloniales.

Lire pour l’Afrique : Wole SOYINKA : Cet Homme est Mort

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J’avais envie de connaître le Nigeria, si proche de Pobé, quelques kilomètres, décrié par de nombreux Africains comme un Enfer sur terre. Pays très peuplé, fermé au tourisme pour cause d’insécurité et de violences.

L’auteur a écrit ce texte à la suite de son enfermement au secret pendant le conflit du Biafra, puis en 1983 après des meurtres de personnalités de l’opposition. Pour la couleur locale, il faudra se contenter de la description des postes de polices et des prisons. En revanche le texte est d’une portée universelle et peut être comparé aux écrits de Primo Levi. Comment un intellectuel, emprisonné au secret, sans accusation ni procès, sans aucun contact avec l’extérieur, ne rencontrant que ses geôliers, sans aucun repère temporel sans livres ni journaux peut garder sa dignité et sa lucidité. Sa seule lutte, sa seule résistance est la grève de la faim qui embarrasse au plus haut point le directeur de la prison.

Lire pour l’Afrique – Amadou Hampaté Bâ : l’étrange destin de Wangrin

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Je n’avais lu que des oeuvres autobiographiques de Hampaté Bâ : l’enfant Peul et Oui mon Commandant.

Hampaté Bâ assure que Wangrin a bien existé, qu’il l’a rencontré, qu’il ne fait que transcrire la vie qu’il lui a contée. Pourtant quoi de plus romanesque que la destinée de cet homme ? Voué au dieu Gongoloma Soké, le dieu des contraires de la ruse, il « fait Salam » (pratique l’Islam) et parle le français avec assez d’aisance pour commencer comme maître d’école « Moussé lékol », et rapidement devient interprète du commandant.

De cette position il tire profit de la guerre de 14, devient un escroc de haut vol, bâtit une fortune qui le hausse au dessus de pauvres colons blancs.

Wangrin a-t-il oublié sa prudence légendaire par orgueil ? A-t-il négligé le dieu Gongoloma, et le culte des ancêtres ? La femme blanche l’entraînera dans la déchéance, jetant par ignorance son  gris gris, et lui faisant connaître l’alcool…

Hampaté Bâ est un conteur merveilleux, enrichissant le récit par les expressions glanées aux griots, proverbes maliens, français pittoresque des tirailleurs… j’ai goûté aux trouvailles langagières en ne négligeant aucune note, en fin d’ouvrage. Cette lecture hachée d’allers et retours, aux notes ralentit à plaisir,  le récit que je n’ai pas hâte de terminer.

Carrefour entre les civilisations de tradition orale et la pénétration de la colonisation française. Rencontre des traditions animistes, de l’islam, et de l’occident chrétien. Wangrin maîtrise tous les codes, il peut flouer les rois et les chefs peuls comme les militaires français et même les juges à Dakar, il a aussi assimilé les mécanismes de l’enrichissement, du profit de guerre comme de la simple escroquerie…

Et pourtant le personnage a de la grandeur, une générosité immense qui lui vaut l’estime de tous ou presque, ses ennemis personnels lui livrent des guerres mythiques et pittoresques.

Hampaté Bâ    : l’étrange destin de Wangrin  (10/18)

Lire pour l’Afrique :Tidiane N DIAYE – L’Eclipse des Dieux -Grandeur et Désespérance des peuples noirs

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Tidiane N’Diaye trace une vaste fresque des « peuples noirs » qu’il commence avec l’histoire les premiers hominidés du Rift et qui va couvrir non seulement le continent africain mais aussi l’exil des traites esclavagistes, Atlantique mais aussi Arabo-musulmane moins connue, pour s’achever au 20ème siècle aux Etats Unis et à la Décolonisation.


Qui trop embrasse, mal étreint.
L’idée était peut être trop ambitieuse, dans la première partie, Préhistoire, les concepts sont parfois confus, l’utilisation des mots race et espèce ne correspondent pas vraiment à leur définition scientifique. L’auteur s’attarde peut être un peu trop sur la pigmentation de la peau des anciens Egyptiens. Quelle importance?


En revanche, je reste un peu sur ma faim en ce qui concerne les grandes civilisations africaines que j’aurais aimé mieux connaître et qui sont décrites un peu rapidement.

Qui d’autre nous aurait parlé des grandes constructions de granite du Zimbabwe, attribuée aux « Mines du roi Salomon » par les britanniques incapables d’imaginer des Africains bâtisseurs?


L’histoire de l’Éthiopie est également passionnante et millénaire.
Le Ghana forma un empire puissant au 9ème et au 10ème siècle, empire musulman aux souverains animistes. entrent en scène les Almoravides qui prirent Sigilmassa dont nous avons visité les ruines au Maroc.


L’Empire du Mali (13èm-14ème) fut aussi très brillant, l’auteur attribue même une première découverte de l’Amérique. On lui doit aussi la Bibliothèque de Tombouctou. Riche et lettré. Qui  l’eut cru en Europe encore au Moyen Age?
J’aurais voulu en lire plus sur Songhaï ou les Rois de Bénin….

les deux traites : Atlantiques et Arabo Musulmanes ne sont pas racontées d’un point de vue misérabiliste. Au lieu de victimiser les esclaves, Tidiane NDiaye insiste sur les révoltes, révoltes des Zendji à Bagdad (689 – 694-869…), des révoltes au Brésil conduisant à la République Libre de Palmarès, des révoltes aux Antilles.

pour finir, il livre une analyse originale de l’antisémitisme noir, du code noir, …

Si l’Histoire de la Traite Atlantique commence à être mieux connue, ainsi que l’Histoire de l’Esclavage, de la guerre de Sécession et plus tard des luttes pour l’égalité et contre l’apartheid, ce livre apporte un éclairage nouveau  non pas du point de vue européen mais du point de vue africain.

C’est aussi, pour moi, le but du voyage (même horizontal) décentrer l’observateur, examiner des faits connus d’un autre lieu, autre part.