Relisons Antonine Maillet!

CANADA / NOUVEAU BRUNSWICK

Notre album photos des vacances 1998 au Nouveau Brunswick

Le meilleur hommage qu’on puisse faire à une autrice c’est de la relire, de la faire lire!

Je vous propose une lecture commune, disons à la fin mars pour laisser le temps de retrouver ses livres éparpillés dans nos bibliothèques.

Avec Pélagie la Charrette, Antonine Maillet a obtenu le Prix Goncourt

Mon préféré reste la Sagouine découverte sur place à Bouctouche, mis en scène dans la reconstitution de son village, avec l’accent (pas facile pour une parisienne, les Acadiens se sont bien moqués de notre français

 

Joséphine Baker – Catel&Boquet – Casterman écritures

« vous savez, mes amis, que je ne mens pas quand je vous raconte que je suis entrée dans les palaces de rois et de reines, dans les maisons des présidents. Et bien plus encore. mais je ne pouvais pas entrer dans un hôtel en Amérique et boire une tasse de café. Cela m’a rendue furieuse. »

Quand on a parlé de la panthéonisation de Joséphine Baker je ne la connaissais pas du tout . Cela évoquait « j’ai deux amours… », la ceinture de bananes, mais rien d’extraordinaire à mes yeux. J’ai découvert son rôle de résistante et cela me suffisait pour imaginer sa présence au Panthéon. 

Catel&Boquet m’ont fait découvrir Olympes de Gouges et, puis récemment, Anita Conti avec la même volonté de mettre le projecteur sur des femmes oubliées ou méconnues.

J’ai apprécié la construction de courts chapitres toujours bien situé, dans le temps et dans l’espace, retraçant la vie de l’héroïne. J’ai bien aimé le graphisme et surtout le soin dans le décor et l’architecture. La biographie est suivie de tout un appareil de notes : chronologie, fiches biographiques des personnages secondaires croisés dans la BD, bibliographie…

J’ai découvert l’enfance à Saint Louis, Missouri, misérable, certes, mais tellement musicale. Joséphine avait une personnalité bien marquée et dès le plus jeune âge, a manifesté son indépendance. Elle se marie à 13 ans pour devenir une femme, se fait remarquer dans les bars et théâtres par son physique, son don pour la danse, ses facéties et sa personnalité. Remariée à 16 ans, elle ne se soumet pas à ses maris et mène toujours sa carrière de vedette  jusqu’à Broadway où elle se fait remarquer par Caroline Dudley, épouse d’un diplomate français qui l’entraîne à Paris. Après les Ballets russes, les ballets suédois, le ballet mécanique qui mobilisent l’avant garde, elle a l’idée d’une Revue Négre en faisant venir des musiciens et danseurs américains. Sidney Bechet est avec elle sur le paquebot qui traverse l’Atlantique. 

En Europe, pas de ségrégation, Joséphine peut entrer dans tous les lieux à la mode. C’est pour elle, un véritable soulagement et elle en sera toujours reconnaissante à Paris. Elle connaît un véritable triomphe. Le lecteur a le plaisir de croiser au fil des pages tout le gratin, de Cocteau au Corbusier, Colette, Georges Simenon et tant d’autres.

Pendant la guerre, son engagement dans la Résistance la conduit en Afrique du nord, Maroc et Algérie et même dans la Corse nouvellement libérée où elle vit un crash aérien (sans conséquences)

Vedette internationale, elle enchaîne les spectacles et les tournées, les extravagances aussi. Elle retourne voir sa famille et retrouve la ségrégation. Elle aura toujours à cœur de lutter pour les Droits civiques des Noirs, cause dans les lieux publics huppés blancs des scandales et se voit même accusée de communisme. On la découvre auprès de Martin Luther King….

Son utopie famille arc-en-ciel composée de 11 enfants adoptés, d’origines, religions, couleurs différentes, dans son château des Milandes la mènera à la ruine financière. Mais c’est une autre histoire.

Notez que le livre a été publié en 2016 et  la panthéonisation date de 20 21.

Une belle collection de femmes illustres! je viens d’emprunter Kiki de Montparnasse que je vais découvrir.

Barbara Chase-Riboud au Palais de Tokyo et au Louvre et Porte Dorée

Exposition temporaire

Quand un nœud est dénoué, un dieu est libéré

Barbara Chase-Riboud

Barbara Chase-Riboud est à l’honneur cette année à ParisSon œuvre se déploie dans huit musées parisiens prestigieux, dont Le Louvre, Orsay, le Quai Branly…

Ses sculptures trouvent leur place parmi toutes les installations du Palais de TokyoSes sculptures noires, colonnes doubles ou stèles, s’alignent dans une pièce noire . Sur les cimaises, des tableaux blancs, textiles. Fils noués qui accompagnent les grandes colonnes  noires et lisses. Ces bronzes rendent honneur aux femmes noires et aux luttes pour les droits civiques. 

Prise au dépourvu je n’ai rien compris à cette installation monumentale.

En revanche, j’ai beaucoup aimé, dans la petite salle attenante, l’écoute  de ses poèmes lus en anglais avec texte bilingue projetés sur l’écran From Memphis and Peking.  Textes évoquant les voyages à travers le monde, des villes, peut-être adressées à son mari la photographe Marc Riboud. 

Barbara Chase-Riboud est l’auteure de La Virginienne qui relate l’histoire d’amour de l’esclave Sally Hemings et de Thomas Jefferson, 3ème Président des Etats Unis.

Plus je recherche, plus Barbara Chase-Riboud m’intrigue. Deux podcasts ont occupé ma matinée de marche en forêt. Le premier des Midis de Culture est centré sur l’exposition actuelle

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/barbara-chase-riboud-artiste-plasticienne-70-ans-de-creation-enfin-celebres-1268651

et le second, d‘Affaires culturelles est plus ancien.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/affaires-culturelles/barbara-chase-riboud-est-l-invitee-d-affaires-culturelles-6002190

Cette rencontre sur YouTube permet de mieux la connaître

Barbara Chase Riboud au Louvre

Et comme la personnalité de cette artiste m’a beaucoup intéressée, je me suis précipitée au Louvre pour voir 3 autres œuvres.

Colonne d’or sous la Pyramide du Louvre

En majesté, sous la Pyramide s’élève fièrement la colonne dorée. Mise en évidence dans un emplacement d’honneur,  voire…La pyramide est beaucoup plus grande qu’on ne l’imagine. Vue du dessous, elle est presque invisible. D’ailleurs, je suis passée sans la voir à ma visite précédente au Louvre. Il existe bien un escalier qui permettrait de l’approcher, interdit aux visiteurs. Trop loin pour pouvoir vraiment apprécier le travail du bronze à la cire perdue.

La Cape de Cléopâtre

Barbara Chase Riboud a visité dans sa jeunesse l’Egypte et ce voyage a beaucoup compté pour elle. La Cape de Cléopâtre est exposée dans le Département des Antiquités Egyptiennes. Pour parvenir à la statue, il faut parcourir toutes les salles et c’est un véritable plaisir de redécouvrir les statues, objets, instruments de musique…Tout à côté du plafond astronomique de Dendara. 

Découverte entre les granites sculptés: la Cape de Cléopâtre

Le lit de Cléopâtre se trouve dans la Salle des Caryatides dans le département des Antiquités Grecques. Il me faut donc retourner sur mes pas, retraverser les salles égyptiennes, descendre de nombreuses marches, en remonter autant parcours initiatique? 

Salle des Caryatides

Le lit de Cléopâtre est aussi constitué de plaquettes carrées de bronze mais elles sont mats. Ces sculptures sont accompagnées par les vers tirés de l’Opéra Portrait of a Nude Woman as Cleopatra, publié en 1987.

Lit de Cléopâtre

Non loin de là,  l’Hermaphrodite est couché sur son lit de marbre.

hermaphrodite endormi

Barbara Chase Riboud dans le Salon des Laques au Palais de la Porte Dorée

Le salon des Laques du palais de la Porte Dorée

j’ai continué ma poursuite des sculptures de Barbara Chase Riboud

Alors que j’avais été déçue de la mise en scène au Louvre, ici les sculptures Zanzibar noir et Zanzibar doré sont mises en majesté.

Zanzibar noir rehaussé de soie rouge
Zanzibar doré dans le Salon des Laques

les deux stèles s’accordent parfaitement avec les laques noires et les panneaux dorés, les œuvres se répondent.

Il reste encore cinq musées pour découvrir le reste de l’exposition. Je visiterai sans doute Orsay, Le Musée Guimet, le Quai Branly d’ici la mi-janvier mais cela fera l’objet d’un autre billet!

Les Forceurs de blocus – Jules Verne

LECTURE COMMUNE : BOOKTRIP EN MER

L’idée de lecture commune Book Trip EN MER me plait bien et à la suite de Claudialucia

Le Douanier Rousseau : Bateau dans la tempête

J’ai téléchargé cette nouvelle de Jules Verne qui est inépuisable, et me déçoit rarement. Lecture facile, une aventure en mer, mais aussi historique et instructive. une des conséquences de la Guerre de Sécession est l’arrêt de l’exportation de coton par les Etats Confédérés

La plus importante matière de l’exportation américaine manquait sur la place de Glasgow. La famine du coton, pour employer l’énergique expression anglaise, devenait de jour en jour plus menaçante

Coïncidence amusante, je viens de terminer les mémoires de Davidoff – le Juif qui voulait sauver le Tsar, et cette demande en coton a été à l’origine de la fortune des ancêtres des Davidoff avec l’essor de la culture du coton en Ouzbékistan. 

Un négociant écossais affrète donc un navire particulièrement rapide qui forcera le blocus de Charleston, livrant des armes aux Confédérés, sans se soucier des causes du conflit et de l‘abolition de l’esclavage. La moralité du commerce apparait en filigrane

« mais enfin il dut reconnaître, entre autres choses, que la question de l’esclavage était une question principale
dans la guerre des États-Unis, qu’il fallait la trancher définitivement et en finir avec ces dernières horreurs des temps barbares.

[…]je ne vous répondrai que par un mot : je suis négociant, et, comme tel, je ne me préoccupe que des intérêts de ma maison. Je cherche le gain partout où il se présente.

[…]
Ainsi, quand vous vendez aux Chinois l’opium qui les abrutit, vous êtes aussi coupable qu’en ce moment où
vous fournissez aux gens du Sud les moyens de continuer une guerre criminelle ! »

Bien sûr, il y a le plaisir de la navigation, une histoire d’amour qui se trame (cousue de fil blanc), presque une bataille navale…. de l’action, des surprises. Un bon, mais court Jules Verne!

Dana Schutz – Le Monde visible – au MAM

Exposition temporaire jusqu’au 11 février 2024

Civil Planning

Vu de loin, sur l’affiche, le teaser-vidéo, l’œuvre de Dana Schutz paraît colorée, gaie, fantaisiste avec des personnages de films d’animation.

C’est vu de très loin!

Dès qu’on entre dans la première salle le premier tableau Sneeze éternuement cataclysmique avec la morve qui coule, donne un ton calamiteux, repoussant. Daughter, une jeune fille ahurie, à la coiffure ridicule arbore un T-shirt au tableau de l’Origine du Monde de Courbet, gênant! La série Self-Eater représente la consommation de sa propre chair. On est à la limite du dégoût dans ces désastres physiques. 

Shaving

Shaving continue à déstabiliser le spectateur : de loin, une vacancière contemple un coucher de soleil, on s’approche, elle se rase le pubis. Et ce qui égare le plus c’est que le personnage est en même temps de dos et de face, dans un miroir? la bombe de mousse Gilette prend une importance démesurée.

Présentation

Ces tableaux intimistes m’ont mise mal à l’aise, le monde de Dana Schutz me déconcerte, les grandes compositions comme Presentation mettent en scène la société américaine : un homme qui vient d’être déterré est disséqué devant un parterre de témoins (étudiants en médecine?) . Sur Internet j’ai lu que cette mise en scène morbide renverrait aux soldats tombés en Irak ou en Afghanistan dont les cadavres ont été soigneusement cachés au public. 

Civil Reformers

les scènes violentes se multiplient, recyclage, tronçonnage de membres humains, le monde de Dana Schutz est décidément violent, absurde et cruel.

Fanatics (2005)

Fanatics semble prémonitoire de l’assaut du Capitole. Le personnage à genoux en train de prier devant le grillage bisé, les déguisements, semblent décrire cet évènement qui aura lieu des années plus tard.

Et que dire de ces hommes armés qui vont lyncher le soleil?

Boat group

La catastrophe semble arrivée avec ces têtes dérivant sur un bateau sur un océan sinistre, vont-ils s’entredévorer.

Victor

 

Victor, grotesque est bequeté par un oiseau. Sa posture est bien grotesque pour un vainqueur!

j’ai beaucoup apprécié les sculptures de Dana Schutz, glaise ou bronze.

 

 

 

 

les Arts

les Arts, en cortège sinistre, n’apportent que peu de consolation dans ce monde guetté par la Catastrophe.

Mountain group

Peu aimable, peu séduisant, le monde de Dana Schutz est malheureusement à peine une dystopie. Elle décrit sans complaisance la violence, les luttes de pouvoir, la menace du changement climatique où chacun, Dieu, bouddha, l’artiste, les écologistes, tous brandissent un doigt vengeur faisant tomber les échelles qui ont permis aux personnage de grimper la montagne.

Un de ses tableaux les plus connus, le plus polémique, ne figure pas dans la rétrospective. C’est celui du cercueil ouvert de Emmet Till, un jeune noir martyrisé par des blancs dont la mère avait voulu que chacun puisse voir les blessures. La plasticienne blanche a été accusée par des activistes d‘appropriation culturelle comme si une artiste blanche n’avait pas le droit de traiter ce sujet. Dana Schutz s’était justifiée, en expliquant que si elle n’était pas noire, elle était une mère et pouvait comprendre la douleur et la colère de la mère d’Emmet Till.

 

 

Rothko à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 31 mars 2024

Une  exposition-phare de la rentrée 2023, très courue en tout cas.

J’étais impatiente de découvrir Rothko : un podcast m’avait présenté le personnage et avait fait un parallèle avec Nicolas de Staël dont l’exposition m’avait enthousiasmée. Depuis Soulages je n’ai plus de préjugés défavorables envers les monochromes et les tableaux très abstraits. 

Rouges vibrants, jaunes éclairants, malgré la foule, la visite est un régal.

Rothko : contemplation

Les débuts, années 30, figuratifs et expressionnistes  occupent deux grandes salles  : portraits et scènes urbaines m’ont bien plu.

Rothko entrance to the subway

Avouant des difficultés à représenter la figure humaine sans la mutiler il abandonne vers 1939 pour une nouvelle aventure : l’invention d' »un mythe contemporain«  en puisant dans les mythologies antiques pour répondre à la barbarie qui régnait en Europe

Rothko : Antigone

Fuyant les Allemands, les Surréalistes, Breton en tête sont à New York et inspirent la peinture de Rothko.

A partir de 1948, les Multiformes deviennent tout à fait abstraits, perdent leur titre, la signature et leur assignation.  A partir de 1949 il peint une superposition de rectangles colorés

Dans les salles suivantes on baigne dans la couleur sans chercher de sens, seulement le plaisir de la lumière dans les jaunes et les oranges, .

Vers 1956, les couleurs s’assombrissent

Une installation est saisissante la Rothko Room de la Tate Gallery : 9 toiles de très grand formats conçues pour être ensemble dans une lumière faible : le spectateur doit se sentir immergé dans la couleur. Une animatrice intervenant là explique que Rothko aurait été impressionné à Florence par la Bibliothèque Laurentienne de Michel-Ange et aurait imaginé une sorte de trompe-l’oeil

Rothko room tate Gallery
Rothko room Tate Gallery

la suite de l’exposition est un peu monotone, une suite de très grands tableaux, très colorés. La foule se fait pressante. Il faut attendre 10 minutes pour accéder à une petite salle avec des rouges, peut être sublimes, mais l’impression est gâtée par les selfies que les visiteurs prennent égoïstement.

 

Dead man Walking – Jake Heggie – Metropolitan Opera New York

Non! je n’ai pas fait l’aller/retour Paris/New York en avion!

Le Cinéma du Palais de Créteil propose 4 retransmissions Opéra au Palais. Séances festives avec un coupe pétillante à l’entracte. L’an dernier un merveilleux Porgy and Bess et cette année une offre plus classique avec Nabucco, Carmen et La force du Destin. Dead Man Walking est un opéra américain contemporain de Jake Heggie et j’étais très curieuse d’élargir le répertoire et de sortir des œuvres jouées et rejouées. Le Met, un metteur en scène de renommée mondiale :  Ivo Van Hove sont garants d’un spectacle de qualité. 

Le sujet : la dénonciation de la Peine de Mort me tient à cœur, toute initiative en ce sens est à applaudir des deux mains, surtout aux Etats Unis où elle est encore appliquée. L’opéra de Jake Heggie y a été joué 150 fois! 

Je ne savais pas que Dead Man Walking était tiré d’un livre ni qu’un film (Lee Ermey 1995) été adapté du livre. Cette histoire de religieuse qui obtient la conversion in extremis d’un condamné à mort, ne m’a pas convaincue personnellement. J’ai trouvé bien américains, l’argumentation de la bonne sœur et les paroles des parents. Bien américain aussi l’avertissement que certaines images peuvent choquer : le viol et le meurtre filmés mais pas l’exécution. Cette dernière scène filmée longtemps avec une précision chirurgicale m’a paru insupportable. 

On va d’abord voir (et écouter) un opéra pour la musique. Je n’ai pas été  convaincue. En revanche, les performances des acteurs et des chanteurs : Ryan McKinny et Joyce Di Donato sont très bien. Mention spéciale à Soeur Rose Latoonia Moore qui apporte une touche de douceur et de gospel/ 

L’Extinction des Espèces – Diego Vecchio

HISTOIRE DES SCIENCES

Merci à Claudialucia qui m’a indiqué ce titre qui résonne en écho avec des ouvrages sur l’Histoire des sciences : l’Invention de la Nature,d’Andrea Wulf les Arpenteurs du Monde d’André Kehlmann et d’autres…

« Les océans qui avaient été un des lieux les plus agréables de l’univers, devinrent d’une extrême dangerosité. Avant l’Ordovicien précoce, les êtres vivants pouvaient se promener dans toute région sous-marine et profiter des beautés d’un récif corallien ou admirer les formes plumeuses des crinoïdes. C’était désormais inenvisageable. Des mafias de poissons aux mâchoires acérées montaient la garde partout, prêts à planter leurs dents dans le moindre visiteur. les assassinats au grand jour se multiplièrent, même dans les endroits les plus fréquentés, bien souvent gratuits pour le simple plaisir de tuer. Cet accroissement de l’insécurité eut pour conséquence un des faits les plus importants de l’histoire de la vie : la conquête de la terre ferme. »

Histoire de la Terre, Paléontologie, expéditions pour rechercher des fossiles de dinosaures, ne peuvent que me passionner.

Muséographie : le  Smithsonian Institute avec ses musées géants et ses publications ne me sont pas non plus inconnus (surtout les publications et les collections de carottes sur lesquelles j’ai planché autrefois pour ma thèse).

Attention, sérieux s’abstenir! C’est un livre léger, drôle, facile à lire, très divertissant. Surtout pas un livre scientifique de référence. On le lit, le sourire aux lèvres en se demandant parfois où est la science et où est la fiction. Cela ne fait rien. On s’amuse en s’instruisant.

C’est une vision américaine (pas uniquement étasunienne, l’auteur est argentin) . il est beaucoup question de valeur marchande des fossiles (en Europe c’est un aspect sacrilège), question aussi le l’attraction du public par des expositions spectaculaires, de la rentabilité économique d’un musée. Un musée qui n’aurait que peu de visiteurs serait en danger….(cela nous gagne peut-être?)

Vision américaine aussi que cet intérêt pour la « vie primitive » alors que la destruction des prairies, des bisons, et des Indiens, natives. Là aussi, on se demande où est la limite entre la fiction et la science. Ces tribus primitives ont-elles vraiment existé? Pointe aussi la réflexion sur le genre, le rôle des femmes (réflexion XIXème ou XXIème siècle) ? Peu de réponse sérieuse à toutes ces questions?

mais cela ne fait rien, j’ai passé un bon moment de lecture.

Un Autre Monde – Barbara Kingsolver

LE PAVE DE L’ETE

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Frida Kalho et Diego Rivera ont inspiré de nombreux auteurs, Le Clezio, Diégo et Frida (1993), Padura dans L‘Homme qui aimait les chiens (2013) raconte l’assassinat de Trotsky, Claire Berest dans Rien n’est noir (2020) s’est plutôt attachée à la biographie de Frida. Il existe sûrement d’autres ouvrages que je n’ai pas lu. Et pourtant, j’ai dévoré le livre de Barbara Kingsolver! 

Le héros du livre est un écrivain, Harrison William Shepherd fils d’un fonctionnaire du gouvernement américain et d’une aventurière mexicaine qui l’entraine à 12 ans à Isla Pixol, dans l’hacienda  de Don Enrique, un riche pétrolier. L’enfant, livré à lui-même, découvre au cours d’une plongée sous-marine, une grotte La Lacuna qui est le titre du roman en VO et que je préfère au titre français que je n’ai pas bien compris. Il apprend la cuisine avec le cuisinier de la hacienda et particulièrement la confection de pâte pour les tamales, empanadas, et autres pâtés de la cuisine mexicaine. L’enfant consigne toutes ses expériences sur de petits carnets et découvre ainsi son amour des mots, de l’écrit. 

La Mère, aventurière, l’emmène à Mexico puis l’expédie à son père à Washington pour qu’il poursuive des études. Washington, en 1932 subit la Crise, des chômeurs occupent les rues, des vétérans de la Grande Guerre, campent pour réclamer leurs indemnités. Les tensions sociales sont à leur comble. En fait d’études, le jeune Harrison est scolarisé dans une  d’institution militaire pour crétins ou délinquants où il n’apprendra pas grand chose. Plus intéressantes sont les manifestations de rue, la lecture de l’Odyssée et les vadrouilles avec son copain Bull’s Eye à la recherche de son copain Nick Angelino

Bonus Army. Nick Angelino, un cousin de sa mère qui vient de Pennsylvanie. Parfois on arrive à le dénicher dans le village de tentes, parfois non. Ils sont tellement nombreux là- bas maintenant, des hectares d’êtres humains, et les gens qui vivent sous du papier goudronné ont tendance à ne pas rester en place. Nick Angelino s’est rendu célèbre en escaladant la clôture de la Maison Blanche sans se faire arrêter ; il a laissé un cadeau à la porte de Hoover : ses médailles de l’Argonne, et une photo de sa famille.

En 1935, nous retrouvons Harrison Shepherd à Mexico assistant Diégo Rivera à gâcher le plâtre des murales du peintre grâce à ses compétences en cuisine qui lui donne le surnom de Petit pain. Assistant, cuisinier, secrétaire, il s’installe chez Diego et Frida dont il devient le confident. Assiste à l’assassinat de Trotsky.

Compromis, il retourne aux Etats Unis chargé de livrer des tableaux de Frida en 1941. Dans cette deuxième partie du livre, la narratrice, l’archiviste, apparaît. Shepherd devient un écrivain à succès dont les romans historiques se déroulant au Mexique doivent faire l’objet d’adaptation au cinéma. Il échange des lettres avec Frida

« Comme Cortès, je fais mon rapport à ma Reine sur un monde nouveau et merveilleusement étrange. Feliz compleanos, mon amie depuis l’Amérique où l’on fait avec ce que l’on a »

A la suite de la deuxième guerre mondiale, la Commission des activités antiaméricaines se penche sur son cas. La chasse aux sorcières est lancée dans les milieux du cinéma. On demande à Shepherd de signer un formulaire d’allégeance, affirmant sa loyauté au gouvernement des Etats Unis. Le piège commence à se refermer lorsqu’on lui demande de jurer qu’il n’a jamais été communiste. C’est l’implacable chasse aux communistes qui va s’abattre sur le secrétaire de Trotsky qu’on accuse de stalinisme…

La deuxième partie du livre qui se déroule aux Etats Unis raconte cette période sombre. Elle est passionnante. Je vous laisse découvrir les persécutions réservées aux sympathisants communistes….

La plupart de ces gens ne savent pas ce qu’est le communisme, ne sauraient pas le reconnaître dans une file de suspects. Ce qu’ils savent, c’est ce qu’est l’anticommunisme. Les deux sont pratiquement sans rapport.– Vous êtes en train de me dire que l’anticommunisme et le communisme sont sans rapport. Ça n’a pas de sens.– Ça n’a pas de sens pour vous. Vous êtes un homme de mots et, par conséquent, vous pensez qu’il s’agit d’aimer le thon et de ne pas l’aimer, mais ça n’a rien à voir. Nous parlons de thon et de grippe espagnole. »

 

Ce « pavé de l’été » m’a tenu en haleine pendant toute la lecture!

 

Faith Ringgold – artiste féministe et engagée au Musée Picasso

Exposition temporaire jusqu’au 2 juillet 2023

Autoportrait 1965

Découverte d’une artiste afro-américaine puissante !

Parcourir l’exposition rétrospective Faith Ringgold c’est découvrir une plasticienne  marquante utilisant diverses techniques . C’est aussi parcourir 60 ans de l’histoire américaine, de 1963 où fut proclamée la fin des discriminations raciales et où Martin Luther King a prononcé son fameux discours « I Have a Dream« 

Série Black light : invisible woman 1968

Black is beautiful : En 1968, Faith Ringgold  peint sa série Black Light 

Dans cette série, elle peint 6 portraits presque identiques sur une sorte de nuancier où le fond passe du brun foncé au beige

American peopleSerie US Postal Stamp commemorating the Advent of Black Power (1967)

les créations de Faith Ringgold illustrent les luttes de Black Power (1967)

En novembre 1970 : The People ‘s Flag show , exposition à Judson Memorial Church où le drapeau américain et la carte des Etats Unis furent détournées, les organisateurs, dont Faith Ringgold furent arrêtés pour profanation du drapeau national. 

1971 AMERICA FREE ANGELA (papier découpé)

Angela Davis fut emprisonnée en 1970. Un autre collage est ouvertement féministe. les couleurs Rouge/Vert/Noir sont les couleurs panafricanistes. 

WOMAN FREEDOM NOW (1971)

 Faith Ringgold découvre à Amsterdam les peintures sur tissu tibétaines et népalaises qui l’inspirent pour une série textile où elle peint Martin Luther King et abord la question de l’esclavage dans la série de Tankas  Slave Rape 

1974 tanka Slave Rape

Elle utilise la tradition des Quilts (patchwork) que les femmes américaines réalisent en famille et coud des bordures autour des peintures sur tissu, autour des bordures un texte très dense raconte l’histoire de la peinture dans Bitter nest

Quilt : french collection les demoiselles d’avignon

la French collection est aussi une série de Quilts dont celui des Demoiselles d’Avignon

Quilt french collection Café des artistes

Dans le café des artistes on peut reconnaître Toulouse Lautrec, Utrillo, Gauguin, Van Gogh en compagnie d’artistes américains et Faith Ringgold elle-même.

Gospel performance raconte la mort d’un couple d’Afro-américain, couple de mannequins et des endeuillés . 

Gospel Performance : the flag is bleeding (1997)
Certaines œuvres sont très colorées comme les tournesols 

Faith Ringgold est aussi impliquée dans le mouvement plus récent Black Lives Matter. Le combat pour les Droits Civiques n’a toujours pas abouti!