Trois heures de décalage horaire suffisent pour nous désorienter complètement.
Le vol s’est remarquablement passé : luxe d’ Air France (A320) et 3h30 Moscou- Tachkent dans un énorme A330, la passerelle haute de près de deux étages sous un tunnel plastique arrondi à bord de l’avion géant. Nos places F et H sont près du hublot. Larges sièges, j’ai mis mon masque, oreiller-tour de cou, bouchons d’oreilles et j’ai bien dormi jusqu’à 2h45 (11h45 heure de Paris) . J’aurais dû être en forme mais j’ai l’impression d’une nuit blanche.
Cohue au contrôle des passeports. On râle. Un monsieur parlant français s’adresse à nous. A la vue de la carte « handicapé », on nous invite à doubler la file avec une grande gentillesse. Personne ne proteste, tout le monde nous encourage.
Le tapis roulant des bagages est débordé. Pauvres valises rafistolées au scotch, sacs plastique emballés dans du plastique transparent, les mêmes sacs écossais en fibre plastique que nous avons connu en Afrique. Les bagagistes enlèvent les valises et les paquets et les entassent. Il faut encore passer la douane, remplir un formulaire à conserver jusqu’au retour.
C e n’est qu’à 4h que nous rencontrons Tolkin qui nous donne le téléphone portable à carte SIM ouzbèke et deux épaisses liasses de billets correspondant chacune à 50€. Billets de 1000soums = 0.33 €.
L’Hôtel Shodlik Palace est un grand établissement, grand immeuble plat, 107 chambres avec balcons. Mobilier élégant en fausse loupe d’érable. Couettes agréables, moquette épaisse. Mais aucune âme.
Avant de m’envoler pour Tachkent j’ai volontairement refermé Des monts célestes aux sables rouges avant la deuxième partie Vagabonde au Turkestan, désireuse de découvrir Tachkent, SamarcandeBoukhara et Khiva avec des yeux neufs!
Déjà, dans l’avion du retour, j’étais impatiente de continuer le récit d‘Ella Maillart. Quelle expérience ! En 1932, à bord du train de marchandises, sur un rafiot descendant l’Amou Daria, vole dans un petit Junker, à dos de chameau, dans un pays où les transports sont réservés aux privilégiés du régime, où le pain manque, où tout déplacement est réglementé….
Malgré les difficultés, journaliste plutôt que sportive (dans la première partie De Moscou à Alma-Ata, c’était plutôt la sportive qui s’exprimait.
Journaliste donc, elle rencontre le président Faïsoulla Khordjaev, elle assiste à Samarcande au procès des bassmatchis, brigands ou contre-révolutionnaires, prélude des procès staliniens qui ont décimé l’intelligentsia ouzbèque (Khordjaev lui-même). Féministe attentive à la vie des femmes, femmes voilées cachées derrière le parandja, l’écran de crin noir, Maroussia la russe camionneuse, les ouvrières, juives ou arméniennes, elle voit même le peintre Benkov peindre le tableau la Journée du 8 mars au Reghistanquand les femmes brûlent leur parandja.
A Samarcande, elle loge dans les cellules de la Madrasa Tilla Kari, madrassa dorée.
« vivre dans la cour d’une médressé de Samarcande! Voilà…le rêve réalisé »
Conteuse merveilleuse elle évoque, Timour et Bibi Khanoum raconte l’histoire de l’architecte qui lui a volé un baiser, histoire de Nassim m’a raconté dans la cour de la Mosquée de Bibi Khanoum. Elle raconte les émirs, les esclaves du Khorezm où l’esclavage ne fut aboli qu’en 1873…
Si elle décrit les monuments de Samarcande, à « Bokhara, la déclassée« , elle consacre plus de ligne à la description des passants, en haillons ou morveux qu’à la madrasa d’Ouloug Beg. Elle n’a pas le regard touriste , happée dans le quotidien de ceux qui cherchent du pain, du riz pour le plov…
je retournerai à ce livre quand viendra le temps de mettre à jour mes carnets, pour confronter mes notes au récits d’Ella Maillard (quelle prétention de ma part!) .
Tamerlan est le personnage emblématique deSamarcande qu »il a prise pour capitale et qu’il a embelli en édifiant des monuments, mosquées mausolées et palais et en plantant ds jardins. Depuis les 15ème siècle de nombreux ont disparu mais je me fais une fête de visiter ce qui est encore visible. Protecteur des artistes et des savants, il a su sous son règne attirer les meilleurs à Samarcande.
Cependant la biographie de Tamerlan est surtout une suite de conquêtes et de campagnes militaires.
La première conquête est celle du Kharezm (Khiva et Ourgenj) que nous visiterons au début de notre circuit. Ses premiers adversaires furent donc les nomades du Mogholistan.
Il s’attaqua ensuite à l’Iran qui était alors morcelé entre l’Iran oriental (partie de l’Afghanistan actuel , le Sistan, Khorassan et le Fars. Là, je suis perdue, je ne me retrouve pas dans la géographie du 15ème siècle. Une carte aurait été la bienvenue; malheureusement dans cette édition de poche de Payot histoire, les cartes sont rares et illisibles. L’Irak persan, l’Irak arabe, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et l’Arménie se retrouvent regroupés ici comme possession de l’Iran occidental. Là je décroche encore. Les distances sont énormes. l’auteur écrit que 1800 km séparent Chiraz de Samarcande et qu’un courrier a mis 17 jours pour parvenir. L’historien ne fait pas dans le détail et les fioritures pittoresque mais la lectrice lambda aimerait des illustrations pratiques.
Le troisième adversaire en 1395 fut La Horde, ou plutôt les Hordes qui entraînèrent Tamerlan dans la Russie actuelle jusqu’à Astrakhan, Kazan… Là aussi, je suis perdue. Quelles sont les différences entre les nomades des Hordes et celles du Mogholistan? Turcs ou asiates? Ces khans étaient ils apparentés, alliés ou adversaires, Horde d’Or, Mouton noir. Quelles langues parlaient-ils? Lesquels étaient musulmans, lesquels avaient gardé les traditions animistes?
Plus à l’est Tamerlan entreprit la Conquête de l’Inde par la passe de Khyber et jusqu’au Cachemire.
La campagne suivante fut dirigée contre les Mamelouks maîtres du Caire mais aussi de Damas. Eux aussi turcs et musulmans. La prise de Damas est aussi l’occasion d’une rencontre fameuse avec Ibn Khaldoun.
Enfin, il défait les Turcs de Bajazet ce qui donne un répit aux Byzantins, retardant la prise de Constantinople d’un demi-siècle.
Après des fêtes à Samarcande Tamerlan, même infirme, même vieillissant entreprend la conquête de la Chine et mourra dans les neiges des hauts contreforts de l’Asie.
J’ai donc eu du mal à suivre toutes ces campagnes. Mais jamais au point d’abandonner ce héros. Aucun reproche à l’auteur, un historien sérieux (un peu austère cependant) mais plutôt à l’éditeur qui aurait dû présenter des cartes plus nombreuses et plus lisibles. A propos de lisibilité, la typographie laisse à désirer : caractères minuscules, lignes très denses. Prévoir une ampoule 100W pour et des loupes de lecture!
Des monts Célestes aux sables rouges – PREMIERE PARTIE – De Moscou à Alma-Ata
Je venais tout juste de refermer le volume de La Voie Cruelle et déjà j’étais impatiente d’ouvrir Des Monts Célestes..Cheminer avec Ella Maillart est un grand plaisir.
Des monts Célestes… raconte une expédition en 1932: Ella Maillart se joint à deux couples d’alpinistes soviétiques dans les montagnes du Tien Chan aux confins de la Chine. Ella Maillart âgée d’une trentaine d’années est une sportive confirmée, marin, skieuse de compétition, hockeyeuse, et , Suissesse, aguerrie à la montagne. Elle bluffe pourtant quand on lui demande si elle est une bonne cavalière (et s’en tirera avec tous les honneurs). C’est aussi un écrivain reconnu.Elle part avec un Leica et son livre qui lui sert de lettres d’introduction
Pourtant la bureaucratie soviétique lui laisse peu d’espoir pour ce voyage, les deux premiers chapitres relatent toutes ses démarches auprès de la Société du tourisme prolétarien. On suit ensuite le trajet en train – 4000 km et cinq fois 24h.
« Il faut tout réapprendre afin de pouvoir apprécier. C’est la notion que nous avons plus ou moins perdue.: le prix de la vie. Près des peuples simples, montagnards, marins ou nomades, les lois élémentaires s’imposent à nouveau. la vie retrouve son équilibre. je vais vers ces contrées désolées, sans arbres ni maisons. Après des mois passés dans une solitude millénaire, je pourrai juger ce que vaut la multitude. »
C’est à Bichkek, capitale du Kirghizistan , appelée dans les années 30 Frounzé, que commence la véritable équipée. En camion tout d’abord, il leur faudra acheter les chevaux. Paradoxe, c’est la Route du Fer qu’Ella suit :
« Lorsque, en 1375, Tamerlan passait ici à la tête de toute sa sauvagerie, l’Issk portait le nom mongol de Temourtou nor, Lacde Fer. Tandis qu’autour de moi les sommets jouent à la balle avec un orage aux nuages gris fer percés d’éclairs, une pensée chemine en moi comme un taraud d’acier. Tamerlan, c’était Timour, le fer, Attila, en hongrois Aitzel, signifie forgeron. Et à Moscou, aujourd’hui , Joseph Dougatchvili, s’appelle Staline, l’acier[…]Les anciens Turcs adoraient le feu et le fer…On peut dire que Staline n’a rien à voir, il est Géorgien : il succède cependant à une imposante lignée de chefs…. »
AprèsKarakol et son lac, ils trouvent enfin les chevaux qui vont les conduire jusqu’aux yourtes kirghizes et aux plus hauts sommets.
Quel plaisir de vivre les aventures des cinq alpinistes et de leurs guides! les nuits sous la yourtes, les repas partagés avec le gibier que chassent les guides,le Koumois, lait fermenté de jument, les costumes pittoresques! Ella Maillard décrit avec précision le montage d’une yourte, la traite d’une jument, le bol qui passe de convives en convive, nettoyé avec l’index.
Merveilleuses descriptions de la montagne, de la lumière qui change, de la neige, d’un lac à la couleur étrange.
Aventures sportives que cette randonnée solitaire à ski, cette escalade qui la mène sur une vire glissante comme du marbre gelé, ces cavalcades où les chevaux sautent de rochers en rochers, parfois se blessent….Cols à plus de 4000 m sommets à près de 7000!
Ella Maillart est aussi attentive à l’histoire : celle du soulèvement nationsl
Kirghizes, aux transformations soviétiques, et à la collectivisation des troupeaux, mal vécue par les nomades. Très attentive aussi à la condition féminine : elle constate avec un certain regret la sédentarisation des nomades mais salue l’émancipation par l’éducation de certaines femmes: présentant Soultann
« Tu pensais: « que comprendra-t-elle de notre vie, celles-ci qui dit venir de si loin, d’une ville où il y a des millions d’habitants?Que sait-elle de la vie dont je viens[….]Alors qu’il y a trois ans tu entendis parler d’écolesouvertes à tous, tu as quitté la Syrte pour venirà Karakol.
Depuis, tu as pris conscience du monde, tu sais lire, écrire, tu arrives même à t’exprimer en articles péniblement écrits[….]tu n’as plus le ciel sur ta tête mais ta paie est un beau signe d’affranchissement: et aussi ta blouse kaki sur ta très courte jupe noire qui laisse voir tes jambes courbes. Tu es allée chez les tiens -avec ton enthousiasme de néophyte, ton prestige a grandi…. »
Il me reste à lire la deuxième partie : .Vagabonde au Turkestan, mais ce sera de retour de Samarcande et Tachkent que je préfère découvrir avec des yeux neufs!
J’avais depuis longtemps envie de lire Ella Maillart.
La voie cruelle raconte son voyage jusqu’en Afghanistan, en voiture, en compagnie d’une amie Christina ( l’écrivaine Annemarie Schwartzenbach) à la veille de la Seconde Guerre Mondiale. Elles traversent l’Italie, la Serbie, la Bulgarie, la Turquie et l’Iran, campent parfois, le plus souvent logent dans des maisons d’hôtes aménagées pour les voyageurs le long de la Route de la Soie, sont souvent invitées chez les notables…
Ce n’est pas le premier voyage des deux voyageuses dans ces contrées. Ella Maillart a séjourné dans la région. Christina est la femme d’un diplomate à Téhéran. Point de découverte ou d’exotisme mais une réflexion sur le voyage très originale.
« Ce voyage ne sera pas une folle escapade, comme si nous avions vingt ans ; et d’ailleurs ce serait impossible avec l’actuelle tragédie européenne. Ce voyage d’étude doit nous apprendre à atteindre notre but: devenir des êtres conscients, capable de répondre d’eux-mêmes. Il m’est devenu insupportable de vivre ainsi à l’aveuglette…Quelles est la cause, quelle est la signification de ce chaos qui sape hommes et nations. Et puis il doit y avoir quelque chose que je puisse faire de ma vie, une idée un but pour lequel je puisse mourir avec joie ou vivre… »
déclare Christina.
Ella Maillart essaie aussi de détourner son amie de la drogue.
Le récit aura donc plusieurs facettes : la description des paysages, mœurs, et coutumes d’Orient mais aussi l’aspect psychologique et enfin une réflexion politique sur le chaos qui se dessine en 1939. Regard féminin (féministe?) de ces deux femmes indépendantes dans un pays où les femmes sont invisibles.
Ella Maillart est une merveilleuse conteuse. Elle raconte l’histoire, les légendes attachés aux monuments qu’elles visitent. Elle décrit merveilleusement bien les paysages :
« Il était encore tôt le matin lorsque, émergeant d’une gorge, nous atteignîmes Haibak, le Samagan des légendes persanes. Le jeune soleil baignait une scène idyllique. Les ruines impressionnantes d’un château crénelé couronnaient une colline[….]
Assises sur une natte et buvant du thé dans des bols de porcelaine, nous admirions les montagnes où nous allions pénétrer, puis les champs ambrés qui entouraient le village. Plus près encore, les têtes superbes et le maintien aristocratique de trois « anciens ». Il y avait aussi, près d’une pile de melons tachetés un vendeur. Avant de faire son achat, chaque client opérait un choix minutieux. Plus loin, un mouton pendait à un arbre, habilement dépecé par le boucher. Derrière nous, une rangée de théières rondes brillaient doucement dans l’ombre d’une étagère tandis qu’un garçon éventait le charbon de bois de son samovar. Deux hommes portaient des calots brodés, gais comme un bouquet de fleurs vives. […]Etudiant attentivement les étrangères, un garçonnet caressait sa perdrix d’une manière machinale…. »
Juste après cette vision élégiaque elles découvrent la construction d’un barrage électrique sous la direction d’un ingénieur allemand. Enfer de la construction mais aussi destruction d’une vie nomade et industrialisation. Réflexion des deux journalistes sur l’irruption du monde moderne dans cet Afghanistan encore médiéval.
Elles campent à Bamyan, découvrent les vestiges bouddhiques, ainsi que les traces du passage d’Alexandre le Grand.
En quoi cette route était elle « cruelle »?
interrogation de la lectrice.
Au contraire cette route m’a paru particulièrement douce, en considérant les contrées désertiques, les très hautes montagnes, le handicap d’être deux femmes seules (elles le détournent pour en faire un avantage.) La cruauté sera à la fin du voyage : Kaboul, la maladie de Christina, Ella qui l’abandonne, malade et dépressive. Cruauté aussi qui les attendent avec l’irruption de la Guerre en Europe. Que vont faire les deux Suissesses?
Je referme ce livre avec l’impatience de retrouver Ella Maillart dans Des monts célestes aux sables rouges qui m’attend à la bibliothèque.
Bernard Ollivier raconte sa Longue Marched’Istanbul à Xi’An en Chine.
Deuxième tome : le 14 mais 2000, il repart de Dohoubayazit (Turquie) pour arriver le 9 septembre à Samarcande, ayant parcouru à pied 2532 km. Journal de bord du marcheur à travers le Kurdistan, l’Iran, le Turkménistan et l’Ouzbékistan.
Commencé sous l’orage avec des galères pour trouver à se loger sur une route où le tourisme n’existe pas , le trek sur la route de la Soie commence mal. Le marcheur ne trouve son rythme et le plaisir de la marche qu’après la rencontre avec des braves gens qui l’accueilleront avec une gentillesse extraordinaire. Toutes les préventions contre le régime des mollahs qui entravaient la marche sont balayées par la gentillesse des Iraniens. Sans tomber dans l’angélisme: le policier voleur, le mollah rigide, les tracasseries douanières, les boîtes à lettres grises pour les dénonciations, la savak ne sont pas passés sous silence. Cependant, la sympathie s’accroît au fur et à mesure que le marcheur avance en Iran.
Depuis les Achéménides, des caravanserails servaient d’étapes journalières aux caravaniers de la Route de la Soie. On s’attend à ce que le marcheur s’y arrête. Il fait d’ailleurs des détours importants pour les rejoindre quand ils ne sont pas sur le goudron de la route des camions. Émerveillement de leur découverte, déceptions parfois.
caravansérail sur la route de la soie (Arménie)
Pour traverser le désert de Karakoum, Bernard Ollivier aurait aimé transporter ses bagages et surtout l’eau à dos de chameau de Bactriane comme au temps des caravanes. Il trouvera une solution moins poétique et se bricolera une petite remorque qu’il tirera lui même…Ce désert lui apparaît tout d’abord comme une épreuve, épreuve de la soif, de la chaleur, mais aussi possible rencontres avec des scorpions, des serpents avec la terrible veuve noire. Là aussi, la traversée se passera bien. Leçon d’optimisme!
Les tracasseries aux frontières procureront au voyageur des haltes forcées, encore des occasions de rencontre, de baignades de plaisir de vivre. Encore une leçon de vie.
Ollivier semble jouir de l’ivresse de la marche qui le conduit à faire des étapes d’une cinquantaine de km par jour.
Seule déception pour moi qui pars bientôt pour l’Ouzbékistan,le voyageur arrive dans ce pays un peu blasé. Boukhara dont j’attendais avec impatience la visite est pour lui, le domaine des touristes.Il aborde Samarcanderêvée, destination ultime, avec une certaine lassitude. Après 4 mois de solitude, il aspire au retour à sa Normandie natale.
« Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande! N’est-elle pas reine de la Terre? Fière au-dessus de toutes les villes, et dans ses mains leurs destinées » Edgar Allan Poe
Dans quelques semaines nous serons à Samarcande!
J’ai déjà commencé le voyage en bonne compagnie : Amin Maalouf. C’est une relecture.
Le roman s’articule sur trois parties. La première s’ouvre avec l’arrivée d‘Omar Khayyamà Samarcande en 1072, alors que règne le Nasr Khan, maître de la Transoxiane. C’est là que le Cadi lui offre en secret le cahier précieux sur lequel le poète consignera ses robaïyat. L’armée Seldjoukide avance inexorablement, tentes et yourtes forment une véritable ville… Omar Khayyam a le privilège de rencontrer le vizir Nizam-el-Molk du Malikshah qui lui donne rendez-vous à Ispahan. La suite de l’histoire se déroulera en Perse : intrigues de pouvoir entre le vizir, le harem…En chemin vers Ispahan, Khayyam rencontre Hassanqui deviendra le fondateur de la secte des Assassins.
C’est dans le nid d’Aigle de Hassan, la forteresse d’Alamout que sera conservé le précieux manuscrit. Amin Maalouf en profite pour démentir le lien entre les Assassins au hachich, comme on le dit souvent. Il démonte le mécanisme pyramidal de la secte. Le manuscrit de Samarcande aurait-il eu un rôle dans la fin de la secte? En tout cas, l’arrivée des Mongols de Gengis Khan emporta Alamout, le prince Houlagou la fit démolir pierre pour pierre et mettre le feu à la précieuse bibliothèque.
La troisième partie du livre se déroule bien plus tard au 19ème siècle. Des traductions des Rubaïyat en 1859 eurent un succès inattendu, salués par Théophile Gautier et Renan entre autres. Le narrateur, un américain du nom de Benjamin O (pour Omar) Lesage entreprend le voyage en Orient pour retrouver le Manuscrit de Samarcande en 1895. Le roman nous promène à Paris, Constantinople, Tabriz, à sa recherche et à la suite des révolutionnaires constitutionnalistes qui, comme les Jeunes Turcs, à la même époque, secouèrent l’absolutisme des sultans et des Shahs.
Le précieux manuscrit retrouvé sombre dans le naufrage du Titanic (fin que j’ai moyennement appréciée).
Encore, ici, Amin Maalouf développe son talent de conteur oriental et dévoile des secrets ignorés, pour notre plus grand plaisir. Mais de Samarcande, je n’aurai qu’un bref aperçu, une excursion que Benjamin Lesage. De la ville du temps de Khayyam, il ne reste pas grand chose,
« – A Samarcande, le temps se déroule de cataclysme en cataclysme, de table rase en table rase. Quand les Mongols ont détruit la ville au 13ème siècle, les quartiers habités sont devenus des amas de ruines et de cadavres. Ils ont dû être abondonnés : les survivants osont allés reconstruire lerus demeures sur un autre site. Au ppoint que toute la vieille ville, la Samarcande des Seldjoukides, peu à peu recouverte par des couches superposées de sable.Sous terre vivent trésors et secrets…. »
J’aime la peinture de Turner et j’aime le cinéma de Mike Leigh. Un film de 2h30 ne me fait pas peur. Toutes ces bonnes raisons pour aller voir le film
Je suis perplexe. Le film n’est ni aimable, ni plaisant. Turner est un personnage assez désagréable à regarder, à la mine porcine, aux grognements et aux grimaces forcées. Pour éviter l’hagiographie, Leigh est tombé dans la caricature. Deux agonies pénibles. la maladie de peau de la fidèle servante s’aggrave au cours du film. Les altercations avec les peintres et amateurs de peinture sont récurrentes.
Et pourtant ce film est passionnant. Génial générique où un tableau se découvre dans des volutes de fumées. Recherches sur la lumière, expériences d’optique. Images sublimes dans la nature et dans le studio de l’artiste. On retrouve les tableaux avant même de les voir. Lumière d’un coucher de soleil, marines…
le dernier voyage du Téméraire
Il s’inscrit dans l’avancée de la technique : le vapeur qui mène Turner à Margate, les premiers trains et finalement la photographie… chaque fois le peintre s’intéresse à ces nouvelles inventions, saisit le spectaculaire du nuage de vapeur, cherche à comprendre le cliché du daguerréotype. On voit même la jeune reine Victoria.
L’Envol du Dragon– art royal du Vietnam – en collaboration avec le Musée Historique de Hanoï du 9 juillet au 15 septembre.
C’est un très beau parcours chronologique commencé à l’âge de bronze se terminant avec le règne de Bao Dai dernier empereur qui a abdiqué en 1945. Le dragon est un thème récurrent dans la décoration des objets profanes comme religieux, quotidiens comme de prestige.
ferme en terre cuite
objets trouvés dans des tombes très anciennes comme céladons, porcelaines gréseuses ou porcelaines bleues sur fond blanc, ils sont tous d’une grande beauté et d’un raffinement inouï.
boucle de harnachement d’un palanquindragon sur le toit!
encore un dragon de toit!pot à chaux pour le bétel
Ce n’st pas un dragon, c’est un lion!
N’étant pas spécialiste en art asiatique, je me contente de poster ces photos d’objets que j’ai aimés.
Au Japon, Avant les mangas il y avait les paravents
Bateau-restaurant?Un pont bien gardé
bouquet de lampions
Et pour finir les Xylogravures de Suzuki Harunobu (expo jusqu’au 22 septembre)
Nos premières photos seront celles des arbres en fleurs– cerisiers ou amandiers – avec les bouquets roses sur un ciel bleu franc.
La route traverse les Alpilles . Les crêtes déchiquetées des montagnes ont un écrin d’oliviers et de vignes. Chaque arbre en fleurs est prétexte à un arrêt. La route fait des épingles à cheveux. Les sommets culminent à moins de 500m (485m au sommet) et en moyenne 300m mais on se croirait en montagne. Des randonneurs équipés de bâtons de montagne grimpent sur le sentier de randonnée.
« Cette vallée est d’un aspect à la fois grec et romain : c’est un cirque comme celui d’Arles dont les monticules dégradés des Alpines sont les gradins. Le ciel azuré du Midi est coupé crûment par ces rochers… »
Les Antiques de Glanum étincellent sous le ciel bleu. Le Mausolée de Jules, ressemble à une pâtisserie de sucre blanc, genre de pièce-montée de mariage : un socle décoré de bas reliefs porte une sorte d’arc de triomphe carré encadré par des colonnes aux chapiteaux corinthiens, au dessus une tholos circulaire aux colonnes encadrant des personnages et coiffée d’un curieux cône ressemblant à un chapeau. Les scènes des bas-reliefs montrent des batailles, des cavaliers, je pense aux exploits de César puisque c’est le Mausolée de Jules. Les panneaux expliquent que sur une face Ménélas protégeant le corps de Patrocle et une chasse au sanglier de Méléagre sur une autre tandis que les armées de César ornent les dernières. Des guirlandes sont portées par des amours tandis que des têtes grimaçantes évoquent des diables, ou des masques de théâtre peut être des têtes de vaincus.
L’arc de triomphe de Glanum est décoré à l’intérieur de caissons à motifs floraux très délicats. Une bande de végétaux, feuilles de chênes, grappes de vignes, borde l’arrondi de l’arche.
Malheureusement le site de Glanum est fermé le lundi. Il faudra revenir.
Un sentier conduit au Cloitre de Saint Paul de Mausole ou Van Gogh a été interné. Des reproductions des tableaux de Van Gogh sur des panneaux de céramiques sont présentés sur le site où ils ont été peints. Van Gogh pouvait sortir de l’hôpital accompagné d’un gardien, il peignait donc dans les environs de Saint Paul. Les oliviers et la Montagne aux deux trous sont tout à fait à leur place, les oliviers ne sont peut être pas les mêmes mais la Montagne aux deux trous sont bien là ! Comme les oliviers (ciel jaune et soleil resplendissant) Un tableau montrel’asile de Saint Paul et les iris poussaient près de l’asile. Une allée conduit à l’établissement, les végétaux sont étiquetés, des fleurs roses sur de grosse feuilles arrondies vernissées égaient la végétation encore hivernale.
Le cloître est assez petit. Les arcades de fines colonnettes jumelles sont surmontées par les chambres des pensionnaires. Les murs de pierre blanche lisse sont recouverts en saison de vigne vierge et de rosiers grimpants. Des persiennes de bois gris bleu fané donnent un peu de couleur.
Les massifs du jardin, pensées, sont encadrés de basses rangées de buis.
Le buste de Van Gogh sculpté par Zadkine a été volé mais un bronze a été offert par un bienfaiteur américain.
chambre de Van Gogh
A l’étage la chambre de Vincent Van Gogh a été reconstituée, les murs gris vert, son lit de fer, les chaises de paille, un pupitre de bois, la sacoche de cuir qui ressemble à celle d’un artisan-plombier ou électricien. Sur le chevalet on a mis une reproduction. Les fenêtres sont gardées par d’épais barreaux mais la vue est merveilleuse sur les jardins de l’hôpital, ceux du voisinage et à l’horizon, le Ventoux est enneigé.
Dans la chambre voisine on a exposé de nombreux documents et explications sur la psychiatrie au 19ème siècle, ses méthodes, ses remèdes et sur les symptômes et les traitements de Van Gogh. Vincent était-il fou ?
Certes, et le médecin, la mère supérieure étaient éclairés. Tout en appliquant les traitements de l’époque ils lui ont permis de peindre et même de peindre à l’extérieur. On peut s’interroger sur les traitements qui lui auraient été appliqués à notre époque. Cette visite n’est pas spécialement gaie. Elle me donne envie de lire les lettres que Vincent a adressé à son frère Théo.
A l’arrière du cloitre se trouve un beau jardin, presque un champ six rangs de lavande, un grand rectangle d’iris. Trois arbres à kakis (Diospyros kaki) défeuillés étendent leur squelette. De l’autre côté d’un grand mur de pierres sèches des cyprès se détachent. Un petit cabanon de pierre s’adosse au mur sous l’ombre d’un grand néflier.
Si le cloître et la chambre de Van Gogh sont ouverts aux touristes, l’établissement n’a pas perdu sa vocation première : une association Valetudino pratique la thérapie basée sur la pratique artistique : des œuvres des patients sont proposés à la vente à la billetterie et certaines sont de bonne facture.
Le docteur Schweitzer fut interné là, non pas comme patient ou médecin, mais comme prisonnier pendant la Première Guerre mondiale, du fait de sa nationalité allemande, natif d’Alsace.
cabestan
A proximité du cloitre le grand cabestan est un témoin de l’activité des carrières. Depuis l’Age de fer, le calcaire molassique miocène de Saint Rémy fut exploité, à ciel ouvert d’abord au Mas de la Pyramide, puis dans les temps hellénistiques on utilisait l’escoude et romains, la pioche. Au 17ème et au 18ème siècle, l’extraction se fit souterraine. Le cabestan montre comment on remontait les blocs. Les termes des carriers sont amusants : la poulie mobile était le « singe » tandis que l’axe reposait sur une crapaudière.
La suite du parcours de Van Gogh continue en bordure d’agglomération sur le chemin des carrières. Les tableaux ne correspondent pas forcément au paysage actuel. Saint Rémy s’est étendue et l’urbanisation a gagné les champs de blé ou de fleurs dont on récoltait les graines pour la graineterie. Les tableaux montrent des paysans, dans la Sieste et le Paysan Bechaut illustrant la sympathie du peintre pour les paysans et les ouvriers. Van Gogh était un admirateur de l’œuvre de Zola
On croise la Via Domitia. Dans la région il y avait aussi la via Aurelia plus proche de la côte e direction d’Arles que nous avons vue hier.
Le parcours me mène en centre ville. Le lundi hors saison, toutes les boutiques sont fermées et c’est un peu triste. Le cœur de Saint Rémy est piétonnier, ville close dans laquelle on pénètre par des arches interdisant la circulation automobile. La place de la mairie est très sympathique avec ses platanes, le bel Hôtel de Ville en pierre claires et le clocher de l’église dépassant des toits.