Chien Blanc – Romain Gary

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C’est assez terrible, d’aimer les bêtes. Lorsque vous voyez dans un chien un être humain, vous ne pouvez
pas vous empêcher de voir un chien dans l’homme et de l’aimer. Et vous n’arrivez jamais à accéder à la
misanthropie,

Chien Blanc est paru en 1970, mais une nouvelle adaptation au cinéma par Anaïs Barbeau-Lavalette vient de sortir. Je l’ai chroniqué sur mon blog Toiles nomades ICI

Delphine Horvilleur a fait ressurgir la personnalité de Gary dans son livre récent Il n’y a pas d’Ajar ICI

J’ai donc téléchargé le texte du roman . C’est un véritable coup de cœur!

1968, Romain Gary vit à Los Angeles avec Jean Seberg, leur fils et leurs animaux. Ils recueillent un chien errant. Très calme et affectueux, le chien se métamorphose en féroce monstre quand se présentent le facteur noir, un ouvrier ou des familiers noirs. C’est un Chien Blancun chien  dressé pour attaquer les noirs. Au lieu de s’en débarrasser Romain Gary va le « guérir » . Il le confie à un dresseur, Keys qui doit l’éduquer et lui faire oublier son éducation raciste.   

qu’est-ce qu’il veut prouver, avec ce chien ? Qu’on peut guérir la haine ? Que c’est seulement le résultat d’un dressage, que ça se soigne ? Bon, mais alors pourquoi ne se soigne-t-il pas lui-même, Keys ? »

Keys, le dresseur est noir, il appartient même aux militants extrémistes : les musulmans noirs. 

4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné. Les luttes antiségrégationnistes s’exaspèrent. Jean Seberg est très active dans les luttes anti-racistes . Romain Gary entretient des relations d’amitié avec des militants noirs mais il observe un certain retrait décalé les rapports de Jean Seberg avec les activistes. Chien Blanc est un témoignage de ces luttes.

Une minorité de Noirs essaie de libérer les Blancs de l’esclavage, et ce n’est pas facile de faire sauter des
étaux qui encerclent les cerveaux depuis deux siècles. De deux choses l’une : ou bien les Noirs réussissent,
et l’Amérique changera, ou bien ils ratent, et l’Amérique changera aussi. Vous ne pouvez pas perdre.

Gary rentre écrire à Paris et se trouve pris dans la tourmente de Mai 68 qu’il raconte avec ironie, toujours en décalage. Provocateur, il va au Quartier Latin et affronte successivement les policiers, puis les étudiants. 

« Il faudrait pouvoir créer un monde nouveau. Je m’y mets immédiatement : je passe tout l’après-midi à écrire. »

En plus du témoignage historique, ces écrits résonnent encore actuellement dans les révoltes des banlieues de 2023

« J’appelle donc « société de provocation » une société qui laisse une marge entre les richesses dont elle
dispose et qu’elle exalte par le strip-tease publicitaire, par l’exhibitionnisme du train de vie, par la
sommation à acheter et la psychose de la possession, et les moyens qu’elle donne aux masses intérieures
ou extérieures de satisfaire non seulement les besoins artificiellement créés, mais encore et surtout les
besoins les plus élémentaires.
[…] Ces gens-là ne pillent pas : ils obéissent. Ils réagissent au diktat du déferlement publicitaire, de la
sommation à acquérir et à consommer, »

Et qu’aurait écrit Gary à propos des occupations des universités américaines mobilisées pour Gaza? Mobilisations qui ressemblent aux protestations contre la guerre au Viet-Nam d’alors. Sur la culpabilité des partisans des luttes décoloniales, une analogie quand les metteurs en scènes hollywoodiens, juifs d’Europe de l’Est s’assimilent aux esclavagistes du Sud au XIXème siècle et que Gary, tout aussi Juif de l’Est, remet à leur place.

« Il existe aujourd’hui une nouvelle casuistique qui vous dispense, à cause du Biafra, à cause du Viêt-nam, à
cause de la misère du tiers monde, à cause de tout, d’aider un aveugle à traverser la rue. »

mais aussi:

Tous les déferlements démographiques, qu’ils soient de gauche ou de droite, me sont odieux. Je suis un
minoritaire-né.

Ecrivain, minoritaire, observateur, humaniste, Gary a encore des choses à nous dire!

Les Mille et unes vies de Théodore Roi de Corse – Jean-Claude Rogliano

LIRE POUR LA CORSE

Un roman historique parfait pour accompagner nos vacances en Corse!

« Sans nul doute, Théodore était l’aventurier qu’on qui  disait. Il n’en était pas moins roi. Élu par le peuple, il
l’était plus encore que par la soi-disant volonté divine. En instaurant la liberté de conscience, en donnant
naissance à une monarchie constitutionnelle, en établissant la séparation des pouvoirs, de tous les
souverains qui régnaient en Europe, aussi éphémère fût-il, il avait été le plus éclairé. »

La carrière du baron Théodore de Neuhoff commence à Versailles à la Cour de Louis XIV en 1710 comme page de la Princesse Palatine qui le charge d’écouter et de lui rapporter tous les ragots . Théodore a quinze ans, il est vif, doué d’une excellente mémoire et de l’usage de 5 langues  C’est ainsi que débute sa carrière d’espion. Comme la vie de cour est ennuyeuse pour un jeune homme, il traine à Paris dans les tripots mal famés et devient un joueur de cartes professionnel.  

En plus des intrigues des courtisans, il rencontre des diplomates, et même entend parler de la Corse, possession ligure. Les Génois y construisent des ponts, des tours contre les pirates, font plante châtaigniers, vigne et oliviers et ne récoltent que du ressentiment des natifs..

« -Il faut dire, finit-il par répondre que des amendes sont infligés  s’ils ne le font pas

-des amandes à la place des châtaignes! C’est toujours pour ces drôles une façon de récolter les fruits de leur mauvais vouloir! « 

Au lieu d’apprécier le calembour, Théodore analyse  les raisons de la mauvaise volonté des insulaires et saisit l’importance stratégique de l’île.

La finesse de sa répartie attire l’attention d’un homme qui lui fait une offre auprès du Premier ministre du roi Charles XII de Suède. De page, Théodore devient émissaire …De la cour de Suède à Madrid, ministres et souverains font appel à cet agent secret.

Homme de paille, diplomate ou espion, aussi énigmatique que parusse ses fonctions auprès des grands serviteurs des Etats de l’Europe, qui côtoyât suscitait dans son entourage un intérêt plus grand que la défiance qu’il inspirait. Il vivait toujours au dessus de ses moyens…

Dépensier, joueur, sans scrupule,  escroc, il voit la chance tourner, et se retrouve poursuivi pour dettes (ou pire).

La rencontre avec le père Giulianu sur la route de Rome, sera décisive. Des connaissances en alchimie lui font gagner la confiance du religieux qui cherche la formule pour la transmutation du plomb en or

Pour ce que nous savons de la lutte qu’il mène, il semblerait plutôt que l’étape finale de sa quête serait de
transmuer l’or… en plomb.

Transmuer l’or en plomb, répéta-t-il, et accessoirement… en poudre?

(pour les résistants corses en rébellion contre Gènes. Grâce à ses renseignements glanés autrefois dans la diplomatie Théodore gagne la confiance des Corses exilés à Livourne.

Cette tractation ne lui rapporta cependant pas autant que celle qui lui avait été proposée pour le compte de
Charles VI. Il s’agissait de recueillir les renseignements les plus nombreux et les plus précis possible sur
cette île de Corse dont il avait déjà entendu parler des troubles qui la secouaient. Ces informations auraient
été adressées à Vienne afin de donner au prince de Wurtemberg les éléments les plus objectifs lui
permettant de conclure le traité qu’il proposerait aux belligérants.

Coup de poker, dans la guerre contre Gènes, il propose d’unifier les différents chefs sous son autorité et se fait élire Roi de Corse après avoir marchandé de l’aide militaire chez les Turcs et les Anglais qui convoitent la position stratégique de l’île ainsi que ses richesses…

à la tête de ce petit peuple avide de liberté, de justice et de démocratie, le monarque de carnaval que
s’attendaient à voir régner les souverains des pays d’Europe se révélait être un vrai Roi.

Dans la guerre que mènent les Corses contre Gènes et les mercenaires, Théodore se comporte en véritable chef de guerre, il se fait apprécier des Corses, surtout des paysans qui l’honorent de leur hospitalité.

Les  armes et les munitions qu’il attendait de ses alliés anglais n’arrivent pas. La résistance corse faiblit et il ne reste plus pour le Roi éphémère que d’aller quémander du renfort. D’abord bien accueilli dans les salons londoniens il mourra dans la misère, toujours attaché à son royaume…

Si la personnalité de Théodore de Neuhoff, fait un héros attachant et passionnant, l’intérêt majeur du livre de Rogliano est le récit des guerres que les Corses ont mené contre l’oppression Génoise. Non seulement, ils étaient écrasés par l’impôt, humiliés mais surtout ils étaient privés de moyen de défense contre les razzias que les Turcs menaient dans les villages. Les Génois avaient construit des tours à feu pour prévenir les villageois des incursions barbaresques mais ils leur interdisaient de posséder des armes à feu. Les Génois opéraient des perquisitions dans les domiciles des villageois et la possession d’une arquebuse ou d’un fusil pouvait entraîner son propriétaire aux galères. Gènes, puissance essentiellement financière et non militaire avait recours aux mercenaires et louait des soldats pour se battre contre les Corses. La bataille contre les soldats Allemands à Calenzana contre lesquels des ruchers ont été lancés est restée dans les mémoires… D’autres anecdotes sont très instructives.

Enfin : la Constitution Corse  a suscité l’admiration des Philosophes de Lumières fut inspirée par les idées de progrès : 

que les notions de tolérance, de liberté, d’égalité, mettront à se frayer parmi les fanatismes, les peurs, les
absolutismes d’une civilisation fossilisée. En donnant droit de cité à ceux qui apporteraient leurs
différences, le pays qui n’exclurait
aucune manière de croire, de penser, de créer, d’être, ou de rêver, tendrait vers le bonheur d’une ère
nouvelle.

Parce que celui qu’ensemble nous bâtirions serait un royaume neuf, non seulement il serait le premier à
bénéficier de l’application de ces idées de progrès, mais nous en disperserions la semence aux quatre coins
de l’Europe.

ces Corses indisciplinés, teigneux, querelleurs, vindicatifs, jaloux, qui l’avaient élaborée dans le tumulte,
ne savaient pas qu’ils venaient de jeter les bases de la première Constitution démocratique d’Europe.

me demande quelle peut être cette grâce qui fait qu’un peuple comme le vôtre, démuni de tout et qui subit
une oppression aussi tyrannique, ait des idées si nouvelles!

Une leçon d’histoire et un roman de cape et d’épée passionnant!

 

 

La Passion de Maria Gentile – Maria Ferranti

LIRE POUR LA CORSE

Village de Pigna

 

« Maria Gentile, c’est l’Antigone corse. « 

J’ai écouté le podcast de RadioFrance : l’Expérience : L’Antigone Corse CLIC juste avant notre départ pour la Corse. Antigone est une figure qui me passionne et je ne rate aucune occasion de l’évoquer. Ma préférée est celle de Sophocle. C’est aussi un épisode tragique de l’histoire corse. 

En 1768, la République de Gênes cédait la souveraineté de la Corse à la France. Voltaire écrivait : « Il restait
à savoir si les hommes ont le droit de vendre d’autres hommes ; mais c’est une question qu’on n’examinera
jamais dans aucun traité.

Après avoir écouté le podcast j’ai cherché la pièce de Marie Ferranti

« En 1768, la République de Gênes cède la Corse à la France. Un an plus tard, la bataille de Ponte Novu met
un terme aux espoirs des Corses de demeurer indépendants. Malgré la paix, des jeunes gens, dénoncés pour conspiration, sont condamnés à être roués vifs et pendus, et les autorités interdisent qu’on leur donne une sépulture sous peine de subir le même châtiment. En 1769, Maria Gentile n’a pas vingt ans. Elle est fiancée à Bernardu Leccia, qui figure parmi les condamnés. Au péril de sa vie, elle passe outre à cet
ordre inique et enterre u so caru (son amour). Cette nouvelle Antigone devient ainsi une grande figure de
l’histoire corse et une héroïne de légende. »

La Passion de Maria Gentile est une pièce en cinq tableaux . 

La pièce ne se déroule pas dans le palais de Créon, pas de Dieux antiques, mais à Oletta, un village du Nebbiu . Les hommes ont été faits prisonniers, ou exécutés, certains ont pris le maquis. Au village, il ne reste que des femmes, certaines apeurées, certaines raisonnables, Maria amoureuse.

« Parce que nous étions amants. On sera comme ces amants dont parlait le vieux curé. Ils étaient prisonniers
sur un nuage de l’enfer. Ils se désiraient toujours et ne pouvaient jamais se toucher… Et elle ne l’avait pas
maudit, celle-là, son amour. Mais, moi, de ma bouche amoureuse est sortie cette malédiction. L’enfer serait
trop doux pour une amante comme moi. »

Tragédie antique, luttes héroïques mais aussi histoire d’amour.

travers ce personnage, je voulais faire l’éloge de la désobéissance face à la barbarie et celui de la révolte,
érigée en vertu.

Maria Gentile, Antigone, celles qui disent non seront toujours me fascineront toujours.

A l’Ombre des jeunes filles en fleurs : 3ème partie – les voilà les jeunes filles!

LECTURE COMMUNE MARCEL PROUST AVEC CLAUDIALUCIA

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« Seul, je restai simplement devant le Grand-Hôtel à attendre le moment d’aller retrouver ma grand’mère, quand, presque à l’extrémité de la digue où elle faisaient mouvoir une tache singulière, je vis s’avancer cinq ou six fillettes, aussi différentes, par l’aspect et par les façons, de toutes les personnes auxquelles
on était accoutumé à Balbec, qu’aurait pu l’être, débarquée on ne sait d’où, une bande de mouettes qui exécute à
pas comptés sur la plage — les retardataires rattrapant les autres en voletant —  une promenade dont le but semble aussi obscur aux baigneurs qu’elles ne paraissent pas voir, que clairement déterminé pour leur esprit d’oiseaux

Une bande de mouette, des esprits d’oiseaux, ce ne sont ni des caractères d’ordre intellectuel ou moral qui les distinguent.

« Et n’étaient-ce pas de nobles et calmes modèles de beauté humaine que je voyais là, devant la mer, comme des statues exposées au soleil sur un rivage de la Grèce? »

Nobles et calmes?

Voire.  Elles exécutant un saut effronté au dessus d’un pauvre vieillard épouvanté,  effleurant même sa casquette.

 » C’pauvre vieux, y m’fait d’la peine, il a l’air à moitié crevé »,dit l’une de ces filles d’une voix rogommeuse et avec un accent à demi-ironique. « 

Le narrateur, garçon bien élevé, respectueux des personnes âgées, des relations de sa grand’mère, n’est pas choqué par cette démonstration. Au contraire, il est séduit. Echafaudant toutes sortes de théories, il les imagine fréquentant des coureurs cyclistes, les hippodromes….

Toutes ses pensées, ses promenades, son emploi du temps seront dirigées vers un seul but : faire leur connaissance.

Le bonheur de connaître ces jeunes filles était-il donc irréalisable?

La rencontre avec Elstir, le peintre va permettre de faire leur connaissance. L’esprit tout occupé de ces jeunes filles en fleur, notre héros repousse la visite au peintre, n’osant pas s’éloigner de la digue où elles pourraient passer. Occasion pour Proust de belles digressions sur la peinture… 

« Et avec le regard dédaigneux, ennuyé et frivole d’un amateur ou d’une femme parcourant, entre deux visites mondaines, une galerie, je me disais : « c’est curieux ce coucher de soleil, c’est différent, mais j’en ai déjà vu d’aussi délicats, d’aussi étonnants que celui-ci ». j’avais plus de plaisir les soirs où un navire absorbé, fluidifié par l’horizon apparaissait tellement de la même couleur que lui, ainsi que dans une toile impressionniste, qu’il semblait aussi de la même matière, comme si on n’eût fait que découper son avant, et les cordages en lesquels elle s’était amincie et filigranée dans le bleu vaporeux du ciel.
Parfois l’océan emplissait presque toute ma fenêtre, surélevée qu’elle était par une bande de ciel bordée en haut
seulement d’une ligne qui était du même bleu que celui de la mer, mais qu’à cause de cela je croyais être la mer
encore et ne devant sa couleur différente qu’à un effet d’éclairage. »

Etudes de nuages, harmonies de gris et rose dans le goût de Whistler…

Tout absorbé à conquérir les jeunes filles, le narrateur en vient à négliger Saint-Loup. Comme auparavant ses « amours » avec Gilberte, la cour qu’il fait à ces jeunes filles me paraît convenue, peu sincère, je ne sais pourquoi. Son amitié avec Saint-Loup ses fréquentations de Charlus me semblaient avoir plus de consistance. 

A l’ombre des jeunes filles en fleurs : Partie 2 – Balbec

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA …et d’autres 

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J’ai  bien aimé suivre Proust à Balbec. Je n’ai pas forcément retrouvé Cabourg et la Côte Normande.  J’ai surtout aimé le dépaysement, le voyage en train qu’il présente de façon très plaisante avec beaucoup d’humour. 

Malheureusement ces lieux merveilleux que sont les gares, d’où l’on part pour une destination éloignée, sont
aussi des lieux tragiques,

Les levers de soleil sont un accompagnement des longs voyages en chemin de fer, comme les oeufs durs, les
journaux illustrés, les jeux de cartes, les rivières où des barques s’évertuent sans avancer.

Lever de soleil et œufs durs, quel rapprochement osé!

L’installation au Grand-Hôtel de la Plage est toute une aventure, le narrateur est plutôt timide et routinier, apprivoiser une nouvelle chambre n’est pas évident.

La pendule — alors qu’à la maison je n’entendais la mienne que quelques secondes par semaine, seulement
quand je sortais d’une profonde méditation — continua sans s’interrompre un instant à tenir dans une langue
inconnue des propos qui devaient être désobligeants pour moi, car les grands rideaux violets l’écoutaient sans répondre, mais dans une attitude analogue à celle des gens qui haussent les épaules pour montrer que la vue d’un tiers les irrite. Ils donnaient à cette chambre si haute un caractère quasi-historique qui eût pu la rendre appropriée à l’assassinat du duc de Guise, et plus tard à une visite de touristes, conduits par un guide de l’agence Cook, mais nullement à mon sommeil.

La découverte de l’« église persane de Balbec » m’a fait penser à sa déconvenue au théâtre quand il est allé entendre la Berma. Enorme attente, déception de ne pas être aussi enchanté.

Et puis, bien sûr la mer :

Car chacune de ces Mers ne restait jamais plus d’un jour. Le lendemain il y en avait une autre qui parfois lui
ressemblait. Mais je ne vis jamais deux fois la même. Il y en avait qui étaient d’une beauté si rare qu’en les
apercevant mon plaisir était encore accru par la surprise. Par quel privilège, un matin plutôt qu’un autre, la fenêtre en s’entrouvrant découvrit-elle à mes yeux émerveillés la nymphe Glaukonomèné, dont la beauté paresseuse et qui respirait mollement avait la transparence d’une vaporeuse émeraude à travers laquelle je voyais affluer les éléments pondérables qui la coloraient? Elle faisait jouer le soleil avec un sourire alangui par une brume invisible qui n’était qu’un espace vide réservé autour de sa surface translucide rendue ainsi plus abrégée et plus saisissante, comme ces déesses que le sculpteur détache sur le reste du bloc qu’il ne daigne pas dégrossir. Telle, dans sa couleur unique, elle nous invitait à la promenade sur ces routes grossières et terriennes, d’où, installés dans la calèche de Mme de Villeparisis, nous apercevions tout le jour et sans jamais l’atteindre 

Ne nous impatientons pas, les jeunes filles en fleurs ne ferons leur apparition que plus tard dans le roman, il faudra d’abord décrypter les subtiles hiérarchies sociales, les titres de noblesse, les relations compliquées. Agacement devant sa fascination pour l’aristocratie !

L’homme qui tonnait ainsi contre Israël sortit enfin de la tente, nous levâmes les yeux sur cet antisémite. C’était mon camarade Bloch.

Sur la plage, nettement moins aristocrate mais très drôle, Bloch et sa tribu : caricature ou humour juif? Proust force le trait, en fait un sujet pittoresque.

Bloch était mal élevé, névropathe, snob et, appartenant à une famille peu estimée, supportait comme au fond des mers les incalculables pressions que faisaient peser sur lui non seulement les chrétiens de la surface, mais les couches superposées des castes juives supérieures à la sienne, chacune accablant de son mépris celle qui lui était immédiatement inférieure. Percer jusqu’à l’air libre en s’élevant de famille juive en famille juive eût demandé à Bloch plusieurs milliers d’années. Il valait mieux chercher à se frayer une issue d’un autre côté.

Avant les jeunes filles, les garçons! Et l’amitié avec Robert de Saint-Loup  qui lui révèle « les vertus de l’amitié » qu’il considère « comme une oeuvre d’art« 

Une fois que j’avais quitté Saint-Loup, je mettais, à l’aide de mots, une sorte d’ordre dans les minutes confuses que j’avais passées avec lui; je me disais
que j’avais un bon ami, qu’un bon ami est une chose rare et je goûtais, à me sentir entouré de biens difficiles à acquérir, ce qui était justement l’opposé du plaisir qui m’était naturel, l’opposé du plaisir d’avoir extrait de moi-même et amené à la lumière quelque chose qui y était caché dans la pénombre.

par son intermédiaire, il fait connaissance du  Baron de Charlus, Palamède de Guermantes. Et nous revoici en terrain connus depuis Combray et toujours entiché des Guermantes. Les titres de noblesse, les lignages anciens ne me font pas rêver et auraient plutôt tendance à m’ennuyer. En revanche, les châteaux achetés par les financiers juifs et les réactions de Saint-Loup, de Proust sont très ambigües et intéressantes. Sachant que Proust était un Dreyfusard de la première heure, les allusions antisémites sont à prendre au deuxième degré. J’ai eu cette même surprise avec Zola dans l’Argent.    A creuser….

Enfin, scène touchante aigre-douce avec le portrait que Saint Loup devait tirer de la Grand-Mère du narrateur qui se met sur son 31 pour la photo tandis que le jeune homme la rabroue.

A l’ombre des jeunes filles en fleur (première partie)

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA (ET D’AUTRES)

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Au fil de mes lectures, mon indice de Proustolâtrie fluctue de façon spectaculaire. Enthousiaste à Combray, agacée dans le salon de Mme Verdurin dans Un amour de Swann, je ne me suis pas découragée et j’ai entamé dans la foulée A l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs. Les lectures communes et les défis me motivent. 

A l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs est une lecture au long cours, presque 1000 pages en Livre de Poche. Comme je lis sur liseuse, je n’avais pas pris conscience de l’épaisseur du pavé! 

Trois parties composent cet ouvrage : La Première Partie se déroule à Paris. De nouveau personnages apparaissent : Le Marquis de Norpois, Bergotte, le Professeur Cottard….Swann est décrit sous un nouveau jour : c’est le mari d’Odette

« On dira peut-être que cela tenait à ce que la simplicité du Swann élégant n’avait été chez lui qu’une forme plus raffinée de la vanité et que, comme certains israélites, l’ancien ami de mes parents avait pu présenter tour à tour les états successifs par où avaient passé ceux de sa race, depuis le snobisme le plus naïf et la plus grossière goujaterie, jusqu’à la plus fine politesse. »

Le narrateur, n’est plus l’enfant naïf de Combray, c’est sans doute un adolescent, presque un jeune homme qui se préoccupe déjà de sa carrière future, écrivain ou diplomate?, qui est amoureux de Gilberte avec qui il « joue » dans les jardins des Champs Elysées. Ces « jeux » m’ont un peu désorientée, jeux d’enfants ou flirts? Le « temps perdu » est vraiment très flou ici. Le lecteur ne peut pas se référer à la scolarité de Marcel. On n’y fait jamais allusion, et pourtant Bloch semble être un camarade de lycée. Quel lycée? Par ailleurs, la fragilité de la santé de Marcel, les précautions dont il est entouré le confinent dans un état d’enfance attardée qui m’a interrogée. 

La jeune fille en fleur est la fille de Swann, Gilberte qui répond positivement à ses avances et l’invite à ses goûters. Ici encore, je suis étonnée par le mélange de jeux d’enfants, sortes de dinettes, et l’intensité des sentiments du jeune Marcel. Les deux jeunes gens deviennent inséparables et le narrateur, un familier des Swann. Rapidement la jeune fille se lasse, les assiduités de son chevalier servant l’ennuient. Marcel imagine comment la reconquérir…

quand j’étais seul en tête à tête avec ma Gilberte fictive, cherchais quelles pouvaient être ses vraies intentions à
mon égard et l’imaginais ainsi, son attention toujours tournée vers moi.

Bizarrement, Marcel continue à fréquenter la maison et les soirées de Madame Swann alors que Gilberte le fuit. A se demander s’il n’est pas plus fasciné par la mère que par la fille. Aux dîners de Madame Swann, il rencontre Bergotte, l’écrivain qu’il admire depuis l’enfance. Cette rencontre est très gratifiante, le Maître semble l’apprécier. Les conversations mondaines sont savoureuses; les échanges aigres-doux, les ragots  de Monsieur de Norpois m’ont amusée. A propos de Bergotte

« Vulgaire par moments, parlant à d’autres comme un livre, et même pas comme un livre de lui, mais comme un livre ennuyeux, ce qu’au moins ne sont pas les siens, tel est ce Bergotte. »

Dans ces dîners mondain, le jeune Marcel est initié à la vie artistique :il raconte sa première représentation théâtrale pour entendre la Berma, « l’artiste sublime, à laquelle Bergotte trouvait du génie » est un bonheur de lecture de finesse d’analyse. Il ne sait pas s’il a été conquis ou déçu. Il attendait tant de cette expérience! 

Dans les conversations, il est aussi question de politique. Monsieur de Norpois et le père de Marcel sont diplomates. Des alliances se forment. mais qui est donc ce Théodose?

« Au moment où j’allai chez Mme Swann, l’affaire Dreyfus n’avait pas encore éclaté, et certains grands Juifs étaient fort puissants. Aucun ne l’était plus que sir Rufus Israels dont la femme, lady Israels, était tante de
Swann. »

En filigrane, même avant que ne se déclenche l’Affaire Dreyfus se profile l’antisémitisme ou, au contraire une société où les Juifs auraient une importance spéciale. Ce thème des Juifs, déjà abordé quand Marcel a invité Bloch à Combray, l’antisémitisme et l’Affaire Dreyfus devient de plus en plus présent.

J’ai aussi aimé voir la modernité faire son apparition dans ce volume, l’électricité dans la nouvelle demeure de Madame Verdurin, le téléphone… Modernité aussi dans l’art

« Sans doute, il est aisé de s’imaginer, dans une illusion analogue à celle qui uniformise toutes choses à l’horizon, que toutes les révolutions qui ont eu lieu jusqu’ici dans la peinture ou la musique respectaient tout de même
certaines règles et que ce qui est immédiatement devant nous, impressionnisme, recherche de la dissonance,
emploi exclusif de la gamme chinoise, cubisme, futurisme, diffère outrageusement de ce qui a précédé. »

A mesure que je rédige mon billet je me rends compte de la richesse de cette partie parisienne qui m’a moins plu que la suite à Balbec .  Je me rends compte qu’il faudrait le relire en fixant un nouvel axe de lecture. Peut être laisser de côté Gilberte, la jeune fille en fleurs et me concentrer sur un point précis.

Ségou t.2 – La Terre en miettes – Maryse Condé

MARYSE CONDE

Ségou la terre en miettes

1863 – Ségou est islamisée mais les intrigues et rivalités s’y trament encore

tous les pays musulmans voisins, des médiateurs s’étaient proposés pour mettre fin à la querelle entre
Toucouleurs et Peuls. En vain. Et Ségou était l’un des enjeux de ce conflit.

les rois Bambaras sont défaits et contraints de quitter la ville .

Le bon peuple de Ségou s’assembla devant le palais d’Ali Diarra pour voir brûler les fétiches. Comme c’était la deuxième ou troisième fois qu’une opération de ce genre se produisait, il n’était guère ému, sachant que les fétiches se rient du feu, même de celui d’Allah.

Les Traoré, musulmans ou fétichistes, ont perdu la proximité avec le pouvoir politique des Diarra mais la concession reste prospère avec ses champs cultivés par des esclaves. Elle reste l’aimant qui va attirer les descendants dispersés des fils de Dousika à travers l’Afrique de l’Ouest : Omar, le fils de Mohamed, à la recherche de son père et Dieudonné, le fils d‘Olubunmi, recueilli sur le fleuve par des français. Fils sans pères, déboussolés accueillis comme des fils prodigues dans la concession des Traoré. De sangs mélangés de Peul, Bozo ou même marocain, l’appartenance au clan Traoré les renvoie à l’identité bambara.

El-Hadj Omar resta seul. Pendant un moment, il lui sembla qu’il ne savait plus pourquoi il combattait. Les
premières années, tout était clair. Il fallait purifier et rénover l’islam, rendre la chaleur et la virulence à une foi qu’affaiblissaient les querelles de clans et les oppositions entre provinces. Il fallait convertir les païens, leur mettre sur les lèvres la phrase sublime : — Il n’y a de Dieu que Dieu ! Mais, à présent, que se passait-il ? Voilà qu’au nom des nationalismes, des résistances s’organisaient ! Les hommes défendaient leurs territoires, leurs dynasties, leurs parentés et n’acceptaient pas qu’à l’est du fleuve Sénégal s’étende un même empire dont le souverain serait Dieu. Beau rêve si difficile à réaliser ! Idéal que rendaient inaccessible la petitesse et la
mesquinerie des esprits ! Mohammed lui-même avait été dans l’incapacité de comprendre cela !

Dans ce livre les conflits nationaux divisent l’unité illusoire que la croyance commune en l’Islam aurait fédéré.

Sur la côte, à Saint Louis du Sénégal, la colonisation française s’organise

Alors que Saint-Louis, avec l’abolition de l’esclavage, périclitait, un gouverneur énergique débarquait, animé du grand dessein de doter la France d’un empire colonial en Afrique de l’Ouest, qui avait fait ses preuves en Algérie : Faidherbe.

Dieudonné, recueilli avec ses frères par des français va à l’école française. L’armée française recrute des africains dans ses rangs, certains attirés par l’aventure, d’autres par des honneurs illusoires, tous se laissent corrompre par l’alcool abondant dans les cantines militaires.

Si, les premiers temps, les Français étaient partout accueillis avec une curiosité tolérante, la révolte s’était vite déclenchée contre eux. C’est que, après des simulacres d’accord avec les anciens, ils s’appropriaient les terres, forçaient à cultiver des plantes dont on ne voyait pas l’utilité et à tracer des routes qui ne menaient nulle part.

Pour asseoir leur pouvoir, les Français utilisent les rivalités entre les ethnies, arment les uns contre les autres, vendent les fusils efficaces contres lances et arcs traditionnels. Dans leur rivalité contre le pouvoir musulman intégriste Toucouleur, les Bambaras rêvent d’acquérir des armes modernes.

Omar, musulman, rêve d’unité contre les incirconcis français. Il prend même la tête d’une armée qui le prend pour le madhi

Nous sommes un. Un. Qu’il n’y ait plus ni Peul, ni Toucouleur, ni Bambara, ni Sonraï, ni Bozo, ni Somono, ni Sarakolé, ni Malinké, ni Dogon, ni Arma, ni Touareg. Nous sommes un. Ces terres sont nôtres. Et le Blanc, ses
canons, ses canonnières et son cheval de fer est un intrus qui doit partir.

les canonnières auront raison des remparts de Ségou.

Loin de Ségou, les descendants des esclaves brésiliens revenus en Afrique, christianisés,  à Lagos les descendants de Naba (le fils razzié lors d’une chasse au lion). Eucaristus, le pasteur,  a épousée la descendante jamaïcaine des esclaves marrons et eut un fils Samuel. Samuel a rêvé de la révolte des marrons qui n’ont jamais accepté l’esclavage. Il parvient en Jamaïque. Désillusion!

Ma première lecture de Ségou, il y a une vingtaine d’année avait mis la lumière sur les coutumes africaines, les peuplements, le mode de vie. les guerres récentes au Mali qui s’étendent maintenant aux états voisins donnent un intérêt renouvelé à cette histoire.

Challenge Marcel Proust – 1er bilan, il y en aura d’autres…..

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

logo de la lecture commune

Voici le premier bilan du Challenge.

Certaines ont privilégié le texte : Du côté de chez Swann et Un amour de Swann 

D’autres blogueuses ont fait un pas de côté pour éclairer l’œuvre avec un regard décalé

Aifelle
Proust,romanfamilial
Claudialucia
Présentation du challenge Marcel Proust de miriam et claudialucia
Les métamorphoses de Françoise ICI
Albert Bloch ICI
Tante Léonie la vieillesse ICI 

L’art, la charité de Giotto, les asperges de Manet, les nymphéas de Monet ICI
Soit que la réalité ne se forme que dans la mémoire ICI :
Le jeudi avec Marcel Proust :  billets sur  Un amour de Swann

Un amour de Swann avec  Marcel Proust ICI

Du côté de chez Swann

Combray I
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann-des.html

Un amour de Swan II

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann_0931643166.html

Des noms propres, le nom III

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-du-cote-de-chez-swann.html

Evelyne Bloch Dano une jeunesse de Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/04/evelyne-bloch-dano-une-jeunesse-de.html

Céleste Albaret : Monsieur Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/05/celeste-albaret-monsieur-proust.html

Proust roman famillial

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/04/laure-murat-proust-roman-familial.html

Dominique

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2013/08/11/proust-a-illiers-combray-christophe-pradeau-5138963.html/proust-a-illiers-combray-christophe-pradeau-

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2023/07/15/bribes-de-conseils-aux-refractaires-de-proust-6452357.html

Laure Murat, roman familial

http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2023/09/11/proust-roman-familial-laure-murat-6460754.html

Fanja

Céleste : Bien sûr, monsieur Proust BD  Chloé Cruchaudet

https://lecture-sans-frontieres.blogspot.com/2024/05/celeste-tomes-1-et-2.html

Keisha

Proust roman familial
https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2023/11/proust-roman-familial.html

Brassaï : Marcel Proust sous l’emprise de la photographie

https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2024/05/marcel-proust-sous-lemprise-de-la.html

Luocine

Du côté de chez Swann : en famille 

Sandrine

Du côté de chez Swann
https://tetedelecture.com/2024/05/15/du-cote-de-chez-swann-de-marcel-proust/

PODCAST : je vous signale aussi l’excellent podcast France culture La Grande Traversée :Céleste Albaret chez Monsieur Proust où vous aurez le plaisir d’entendre la voix de Céleste Albaret pendant 110 minutes x 5 . C’est un podcast au long cours de presque 6 heures qui s’écoute avec grand plaisir. Céleste Albaret m’accompagne dans mes promenades en foret depuis le début de la semaine. 

Un amour de Swann – Marcel Proust

LECTURE COMMUNE A LA RECHERCHE… AVEC CLAUDIALUCIA

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J’ai suivi allégrement Marcel Proust à Combray. Tout me plaisait : le regard curieux et tendre de l’enfant qui découvrait la campagne, les fleurs, le jardin, les décors de l’église. J’ai découvert avec lui la campagne, les clochers qui s’éloignaient, les épines blanches de Guermantes. 

Je me suis attachée aux personnages, à ses parents, ses tantes, à la tante Léonie et à ses relations fantasques avec Françoise, servante et maîtresse des autres domestiques. J’ai goûté la cuisine de Françoise….

J’ai terminé Un amour de Swann depuis six semaines et je n’ai pas encore écrit mon compte-rendu, cela ne venait pas, il faut bien que je me force aujourd’hui.

Je suis entrée dans le salon de Mme Verdurin avec un certain agacement. Toutes ces conventions prétentieuses pour « ne pas ressembler aux ennuyeux » m’ont paru bien snobs et artificielles. Cette coterie de « fidèles » « d’habitués » m’a déplu. 

J’avais été séduite par Swann à Combray . Son mystère, sa discrétion, son désir de ne pas gêner la famille de Marcel en cachant ses relations mondaines, tout cela témoignait d’une grande délicatesse.

L’esthète qui conseillait les lectures de l’enfant me faisait deviner un personnage intéressant. Swann ami d‘Odette de Crécy est décrit comme un Don Juan blasé

Mais Swann aimait tellement les femmes qu’à partir du jour où il avait connu à peu près toutes celles de l’aristocratie et où elles n’avaient plus rien à lui apprendre, il n’avait plus tenu à ces lettres de naturalisation, presque des titres de noblesse, que lui avait octroyées le faubourg Saint Germain, que comme sorte de valeur d’échange de lettre de crédit dénuée de prix en elle même, mais lui permettant de s’improviser une situation dans tel petit trou de province ou tel milieu obscur de Paris, où la fille de hobereau lui avait paru jolie. Car le désir ou l’amour lui rendait un sentiment de vanité sont il était maintenant exempt dans l’habitude de la vie

Par curiosité (?) Swann s’introduit dans le salon de Mme Verdurin, on ne sent pas vraiment d’amour pour Odette de Crécy, de la curiosité peut-être? Rien ne prouve un amour sincère. Ce Swann –ci me semble peu intéressant et peu sympathique. Il sonnerait presque faux. Les aventures piquantes dont il se vante sont franchement odieuses. 

Odette de Crécy n’est même pas « son genre » de beauté. Cette femme du « demi-monde » se pique d’être intéressée par l’art tandis que Swann allègue des travaux sur Ver Meer de Delft . 

La présence du peintre et du pianiste éveille un peu plus mon intérêt. j’ai bien aimé les pages sur la musique et la sonate de Vinteuil

« Même cet amour pour une phrase musicale sembla un instant amorcer chez Swann la possibilité d’une sorte de rajeunissement. »

Je préférais le Swann de Combray!

Lecture commune Maryse Condé (piqûre de rappel)

LECTURE COMMUNE

Quelle meilleur hommage à la grande écrivaine (Prix Nobel alternatif) que de lire et faire lire son œuvre, la découvrir ou la relire.

La date prévue pour la lecture commune est le 20 Mai 

Pour faire la récapitulation des liens avant notre départ en Corse les liens sont à déposer ici en commentaire. 

j’ai déjà le retour de Nathalie :qui a lu Victoire

Pour ma part, Miriam Le cœur à rire et à pleurer, La Belle Créole, Ségou pour la lecture commune 2024 et à l’occasion de notre voyage en Guadeloupe  Traversée de la Mangrove, Moi, tituba, Sorcière …noire de Salem

Aifelle a lu Le coeur à rire et à pleurer

Claudialucia : Moi, Tituba Sorcière de Salem

J’espère que vous aurez autant de plaisir que moi à découvrir ses livres et j’attends ici vos retours