Le 8-octobre – Généalogie d’une haine vertueuse – Eva Illouz – Tracts Gallimard

APRES LE 7 OCTOBRE …

Dana Schutz : Fanatics

Le 7 octobre, l’horreur, le pogrom, le séisme. Déchirement. Urgence de vérifier qui va bien, qui est touché… Sidération.

Mais, pourquoi Eva Illouz  a-t-elle choisi  le 8 octobre ? 

« Pourquoi ce 8 octobre a-t-il été la date où la compassion, même froide et convenue, s’est aussi
mystérieusement absentée ? »

Comment, devant l’horreur des crimes, des viols, des enlèvements de bébés, la jubilation de certains intellectuels s’est exprimée? Non pas les foules  de Gaza, Beyrouth, ou  Damas. On aurait compris mais celle d’universitaires américains, canadiens, suédois qui ont théorisé cette jubilation.

« Le négationnisme et la joie face à la fureur annihilatrice du Hamas continuent d’être pour moi, une énigme obsédante »

la déclaration de Andreas Malm, écologiste de l’université de Malmö est particulièrement choquante : 

« la première chose que nous avons dite dans ces premières heures [du 7 octobre] ne consistait pas tant en des mots qu’en des cris de jubilation. Ceux d’entre nous qui ont vécu leur vie avec et à travers la question de la Palestine ne pouvaient pas réagir autrement aux scènes de la résistance prenant d’assaut le checkpoint d’Erez : ce labyrinthe de tours en béton, d’enclos et de systèmes de surveillance, cette installation consommée de canons, de scanners et de caméras – certainement le monument le plus monstrueux à la domination d’un autre peuple dans lequel j’ai jamais pénétré – tout d’un coup entre les mains de combattants palestiniens qui avaient maîtrisé les soldats de l’occupation et arraché leur drapeau. Comment ne pas crier d’étonnement et de joie»

De la résurgence de l’antisémitisme en France, de l’absence de Macron à la manifestation contre l’antisémitisme, ou des déclarations aberrantes de Mélanchon,  il n’en est pas question dans ce livre qui se concentre sur l’aspect théorique de ce qui se nomme outre-Atlantique la « French Theory« .

French, à cause de Foucault, Derrida, apparue sur les campus américains dans les années 1970 « Antiaméricanisme, anticapitalisme et anticolonialisme en constituaient les fondements »

L’essai de Eva Illouz a pour but d’analyser et de démonter cette théorie. je l’avais écoutée à la radio ICI J’ai eu envie de la lire. Cette lecture s’avère ardue pour qui n’est pas familier du vocabulaire des sciences humaines. Elle permet de mettre des concepts précis derrière le mot très très flou et connoté politiquement de « woke » qu’elle n’utilise pas. L’analyse marxiste se trouve dépassée , remplacée par le pantextualisme

« l’extension de la métaphore du texte à la vie sociale, ce que j’appelle le pantextualisme.
[…]

La déconstruction de Jacques Derrida a peut-être été la forme la plus aboutie du pantextualisme. »

On s’éloigne des catégories habituelles s’appuyant sur des faits pour décrypter des textes. Eva Illouz introduit un nouveau concept : le pouvoirisme

les notions de « discipline », de « surveillance » et « d’orientalisme» n’étaient certes pas marxistes mais
faisaient du pouvoir le signifié ultime à extirper des textes. Ce pouvoir était abstrait et sans agent et
englobait la totalité des pratiques textuelles et des sphères sociales. […]

J’appelle cette position épistémologique le « pouvoirisme

Marx avait situé le pouvoir dans la propriété, dans les moyens de production et le contrôle des termes du
contrat de travail. Pour Max Weber, le pouvoir était défini par la capacité de prendre des décisions pour les
autres et (ou) d’affecter leur comportement Les deux conceptions du pouvoir sont empiriques et font la
distinction entre ceux qui ont du pouvoir et ceux qui n’en ont pas. Le pouvoirisme ne veut pas et ne peut
pas faire cette distinction, parce que le pouvoir est vu comme constitutif de toutes les relations sociales.
[…] le pouvoirisme, la critique des textes était plus qu’un exercice d’herméneutique : elle devenait une
performance morale de la dénonciation.

De l’analyse critique on glisse vers la dénonciation, acte politique ou moral, en tout cas loin de la rigueur universitaire pour atteindre toutes les approximations, la concurrence entre les dénonciations et toutes les outrances sont les bienvenues. L’oubli de l’histoire est acté. 

« Elles racontent le monde à travers des catégories narratives qui effacent le chaos de l’histoire, l’ordonnent
moralement et créent une nouvelle intuition morale : la cause palestinienne, même défendue par un
groupe génocidaire, est intrinsèquement bonne, Israël, même quand il répond à une attaque, incarne le
mal. »

Et enfin, la concurrence victimaire qui est la négation de l’horreur de la Shoah, les Juifs n’étant plus perçus comme victimes mais comme privilégiés.

« L’antisémitisme et l’antisionisme sont devenus des marqueurs-clés de l’identité sociale grâce à deux
processus sociologiques sous-jacents : la concurrence socio-économique et victimaire des minorités »

Instinctivement, je saisis ces concepts de  « pantextualisme », « pourvoirisme » mais je me trouve intellectuellement bien démunie! A l’heure de l’Intelligence Artificielle et des Fake News, il va être bien difficile pour le citoyen lambda de séparer le vrai du faux. Et j’ai peu d’espoir du côté des universitaires.

L’Hôtel du Bon Plaisir – Raphaël Confiant

LECTURE COMMUNE -SOUS LES PAVES, LES PAGES

« Ainsi vécut, trente-sept ans durant (1922-1959), un modeste bâtiment à l’origine destiné à soulager la
misère des guenilleux du quartier des Terres-Sainville, au beau mitan de Fort-de-France, capitale de la
Martinique, petite île à la topographie excentrique »

L’enseigne prête peut-être à confusion. Ce n’est pas un hôtel, encore moins un lieu de plaisir, mais un immeuble où habitent des « gens de bien ». Edifié  par trois soeurs « békées » trois célibataires, issues d’un couvent  au nom de « L’Hôtel de la Charité Saint François de Sales » afin de soulager la misère de ce quartier déshérité.  

« L’ex-avocat, nouveau propriétaire de l’Hôtel du Bon Plaisir, avait donc un roman en chantier. Un grand et
vaste roman. Celui des locataires, passés et présents, de son établissement. »

C’est donc ce roman qui se dévoile page après page. Il mêle les histoire de tous ces personnages et de leurs proches, histoires particulières, mêlée à la grande Histoire, celle de la Martinique, des souvenirs de l’esclavage, révolu depuis longtemps mais encore prégnant, jusqu’à ce que la Martinique ne devienne un département.

« Le soir venu, il notait tout cela dans des cahiers d’écolier dont les couvertures étaient de couleurs différentes. La rouge avait trait à Man Florine. La bleue aux sœurs de Lamotte. L’orange à Justina Beausoleil. La marron à Beausivoir, l’entrepreneur en travaux divers. La verte à Jean-André Laverrière, le clarinettiste. La blanche à Victorin Helvéticus. La jaune à la famille
Andrassamy. »

Un clarinettiste de jazz qui a joué au Bal Blomet. Un ancien instituteur décoré des palmes. Un entrepreneur. Une vendeuse de pistaches, ancienne charbonnière syndiquée à la CGT. Une famille indienne avec une nombreuse marmaille. Un avocat mulâtre. Un étudiant brillant mais un peu fou…un commerçant chinois… un gérant syrien …composent une société diverse ayant en commun le créole et une certaine déveine.

Des évènements à la limite du surnaturel surviennent, un incube vient importuner les femmes, deux meurtres non élucidés agitent la vie quotidienne de cette communauté où circulent les ragots et les jalousies, mais où la solidarité est la règle.

Au fond, si l’on considère l’Hôtel du Bon Plaisir comme un bateau, un paquebot plutôt, un paquebot échoué,
eh bien, mon naufrage n’est pas aussi absurde qu’il en a l’air. Dans cet immeuble bringuebalant se sont
rassemblés, comme par un fait exprès, des destins brisés, des existences secrètement gardées, des rêves
explosés ou tout simplement le plus terre à terre, le plus insignifiant des désarrois : celui de vivre sur une
terre où rien ne sera jamais possible. Que pourrait-on faire, en effet, d’une île où à la sauvagerie de
l’extermination des Amérindiens a succédé la barbarie de l’esclavage des nègres ? Deux tragédies
fondatrices, pontifie un penseur local qui vient de recevoir un prix littéraire à Paris ! Tu parles de
fondations ! Des fosses communes, oui. Ou plutôt des charniers à ciel ouvert. Du sang ! Du sang ! Voici les
cent pur-sang du soleil parmi la stagnation

Un roman très riche rédigé dans une langue pittoresque. J’ai pensé à Chamoiseau,  à Texaco où la vie d’un quartier est racontée. 320 pages qui se tournent toutes seules et vous emmèneront à la Martinique mais aussi à Paris pour votre plus grand plaisir. Seul bémol : l’enquête policière à la suite des meurtres reste en carafe. 

 

 

 

Mesopotamia – Olivier Guedj

DE LA MESOPOTAMIE A L’IRAK –

Le blog Vagabondage autour de moi a attiré mon attention sur Mesopotamia CLIC

Olivier Guedj a construit ce roman sur deux axes : la biographie de Gertrude Bell et  sur la création du royaume de l’Irak. J’avais déjà lu le récit  des voyages de  Gertrude Bell (1907) : The Desert and the Sown    en anglais (non traduit) et sa biographie de Christel Mouchard  : Gertrude Bell archéologue et aventurière agent secret

J’aime beaucoup les récits des exploratrices, Alexandra David-Neel, Isabelle Eberhardt ou Ella Maillart.  Gertrude Bell n’est pas une inconnue! 

« Sur les terres de l’empire ottoman moribond, que tous s’emploient à achever, se joue le vingtième siècle :
l’avenir du monde. »

C’est donc plutôt le versant historique qui m’a intéressée dans ce livre. Née sous Victoria, Gertrude Bell, est une supportrice fervente de l’Empire Britannique. Elle épouse la politique impériale : et la Mésopotamie se trouve sur la Route des Indes qu’il importe de baliser, de Gibraltar, Malte, Chypre, l’Egypte, au Grand Jeu en Afghanistan.

Un autre intérêt stratégique surgit : le pétrole 

« Lorsque gicla le premier jet d’or noir, un matin de 1908, l’officier en charge de la sécurité du gisement cita
dans le télégramme qu’il envoya à ses supérieurs un psaume biblique où il était question de Dieu et d’une
huile sortie de terre faisant resplendir le visage de l’homme. »

L’effondrement de l’Empire Ottoman pendant la Première Guerre mondiale va donner l’occasion à l’armée anglaise de s’établir en Mésopotamie. Cette conquête n’a pas été facile. Le désastre de Kut en 1916 a inspiré à Kipling le poème Mesopotamia éponyme du titre du livre de Guedj

1917
They shall not return to us, the resolute, the young,
    The eager and whole-hearted whom we gave:
But the men who left them thriftily to die in their own dung,
    Shall they come with years and honour to the grave
La politique coloniale britannique a d’abord imaginé la région comme une colonie de peuplement défendue par l’Armée des Indes, où la monnaie serait la roupie, avant-poste des Indes. Pour l’administration de Sa Majesté, les territoires administrés par la Porte n’étaient pas une nation mais plutôt une mosaïque de populations diverses, Arabes, Chrétiens, Juifs, Kurdes.
Que la Mésopotamie, composée de mille ethnies et d’autant de religions et de sectes, comme l’Inde,
ne constitue pas une nation ; que le mouvement nationaliste y est très faible, sinon inexistant ; que les
juifs et les chrétiens, citoyens de seconde zone sous les Ottomans, se réjouissent de leur présence ; que très
peu d’indigènes sont qualifiés pour prétendre à des postes de responsabilité. Les Arabes de Mésopotamie
appartiennent aux races assujetties… »
Cependant après les campagnes de Lawrence  avec les tribus arabes, la déclaration Balfour, la création de la SDN … Avec les accords Sykes-Picot, le Royaume Uni et la France ont partagé le Moyen Orient.
La politique britannique change. Il s’agira de manipuler sous Mandat britannique un état nouvellement créé. Donner à l’Irak un souverain sous tutelle.
Les meilleures armes sont la parole, le tact ; une patience infinie. C’est pourquoi Miss Bell va rester en
Mésopotamie. Il a été question de la renvoyer au Caire mais ses connaissances ethnographiques,
linguistiques et le réseau de relations qu’elle a tissé au cours de ses campagnes archéologiques sont
inestimables.
Le rôle de Gertrude Bell sera d’être faiseuse de roi à côté de Lawrence qui a promis des royaumes. 
Au cours de ce roman se dessine le Moyen Orient, et c’est passionnant!

Proust, roman familial – Laure Murat

CHALLENGE PROUST AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, NATHALIE….

lecture commune

« Toute mon adolescence, j’ai entendu parler des personnages de la Recherche, persuadée qu’ils étaient des oncles ou des cousines que je n’avais pas encore rencontrés, dont on rapportait les bons mots exactement comme on citait les saillies dans les dîners »

Avant de me lancer dans l’aventure de La Recherche.., je m’étais fixé la règle de ne pas lire les commentaires avant d’avoir fini l’œuvre, afin de garder la surprise de la découverte. De nombreuses blogueuses ont lu le livre de Laure Murat : Aifelle, Claudialucia , Dominique, Keisha et Luocine (es liens sur le Bilan 4 de Claudialucia)

La radio que j’écoute pendant mes promenades, m’a fait déroger à cette règle. Dimanche dernier sur Musique Emoi (FranceMusique), j’ai écouté Laure Murat et j’ai craqué. (CLIC)Comme Laure Murat assure qu’au  cours de lectures et relectures on découvre toujours une nouvelle vision du texte, je me suis pardonnée mon craquage.

Plusieurs lectures sont possibles : décrypter les clés de la Recherche, chercher les personnes cachées sous les personnages. Parfois, plusieurs ont inspiré un caractère. Parfois un seul,  transparent, ce qui a permis à Le Cuziat de se vanter « Moi, monsieur, je suis Jupien« . Au contraire, la comtesse de Chevigné s’est reconnue dans la Duchesse de Guermantes et furieuse brûla les lettres que Proust lui avait adressées…. L’exercice est plus amusant pour l’écrivaine qui connaît de réputation ces personnes qui lui sont souvent apparentées.

« Que Proust, longtemps chroniqueur mondain, ait été fasciné par ces différences de traitement dans les
classes sociales ne doit pas étonner. Chacune incarne un rapport au Temps, à son épaisseur, à sa puissance
d’accumulation, des croisades aux guerres napoléoniennes. C’est dans cette distance avec l’origine de l’anoblissement que Proust »

Lecture sociologique. La Recherche se déroule presque exclusivement dans la société aristocratique du Faubourg Saint Germain et dans les salons satellites comme celui de madame Verdurin ou Madame Swann.  La fascination de Proust pour l’aristocratie m’a beaucoup agacée. Laure Murat démontre au contraire qu’il  critique de la noblesse, souvent inculte et vulgaire.

Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire. » Ce lien intime entre
mauvais goût et aristocratie, vulgarité de sentiment et noblesse de rang, loin d’être une contradiction,
constitue un paradoxe de surface dont Proust a fait une constante dans la Recherche, vaste mise en scène
du dessillement social, où les personnages, de l’aveu même de l’auteur, se révèlent être à la fin le contraire
de ce qu’ils apparaissaient au début. Sous le sadique, le tendre. Sous l’homme du monde, le rustre. Sous
une duchesse de légende, une femme ordinaire. Le viril s’avérera l’efféminé, le noble l’ignoble. La
Recherche ou le grand livre de l’inversion.

Le livre de l’inversion!

Plusieurs acceptations à ce mots, la plus large comprend une notion et son contraire:

« Proust un auteur aussi inclassable qu’annexé d’autorité à telle ou telle cause. Juif et catholique, exemple
modèle et critique de l’assimilation à la française, chantre et contempteur de l’inversion, il sera ici
mobilisé par les sionistes et là taxé d’antisémitisme, réclamé comme un trophée par les mouvements
homosexuels et blâmé pour son homophobie. Je me figure souvent Proust comme Dieu »

L’usage le plus courant de l »inverti » c’est l‘homosexuel. Et c’est un des thèmes les plus traités dans la Recherche comme dans Proust, roman familial. Charlus, Jupien sont ouvertement gays, mais quid du narrateur qui laisse planer le doute. En revanche, Laure Murat, un siècle plus tard, en sortant du placard, montre l’hypocrisie de son milieu « aristocratique ». Tant que les choses ne sont pas dites….le comportement serait supportable, l’important est de ne pas en parler. 

Les invertis et les lesbiennes de la Recherche se soumettent tous et toutes sans exception à ce
commandement, passent leur temps à se cacher et à mentir
[…]

Une seule situation est rigoureusement exclue : l’aveu. À moins qu’il ne soit involontaire et ne donne lieu à
un quiproquo à l’irrésistible charge comique, comme dans l’épisode consacré au duc de Châtellerault.

Lecture littéraire et universitaire

Proust, mode d’emplos’attache au plaisir de lire, à la bibliothèque de son père, aux rééditions dans la Pléiade de la Recherche annotées dont elle a hérité. Plaisir de relire, de redécouvrir de nouvelles facettes de l’œuvre. Lecture universitaire de la chercheuse qui traque dans la correspondance et même dans les archives de la Police toute trace de Marcel Proust. Enseigner Proust, le faire lire aux étudiants californiens et susciter la curiosité et le plaisir de lire pour un public très éloigné dans le temps et dans l’espace.

Laure Murat, l’héroïne d’un roman historique

Et si le sujet n’était pas Marcel Proust mais bien Laure Murat? La Princesse, héritière de toutes les aristocraties, descendante aussi bien de Joachim Murat, fait roi de Naples par Napoléon, que des Ducs de Luynes dont elle décrit le château où elle a fait des châteaux de sables, enfant. Noblesse d’Empire comme légitimiste. Pour moi, c’est exotique et passionnant!

Jour de Ressac – Maylis de Kerangal

LIRE POUR LE HAVRE

chatonsky la ville qui n’existait pas

Le Havre, terminus, tout le monde descend, un terminus qui porte mal son nom : rien ne saurait se
terminer dans cette ville, tu penses que ça s’arrête, qu’on y est à bout de continent, mais tu descends du
train et tout de suite c’est la mer, alors ça continue.

Rentrée littéraire 2024 – lecture de circonstance pour moi qui rentre de Normandie. Rester encore un moment dans les courants d’air des quartiers construits par Augustin Perret… écouter les galets qui roulent sur la plage, se prendre une belle vague et être trempée.

je remontais alors les artères du quartier Perret tels des couloirs de vent, tête baissée, mon sac US pendu à
l’épaule, je filais sur le plan en damier, de case en case, de bloc en bloc, ignorant à l’époque que cette
géométrie modulaire, ces canyons perpendiculaires et ces carrefours récurrents, ces tours et ces
intersections, multipliant les risques de collision, les angles morts et les lignes de fuite, créaient un espace
propice au hasard, au fortuit, aux coïncidences, un espace devenu la matrice de ma rêverie.

C’est une très belle évocation de la ville, de l’atmosphère du port, marins, trafiquants.

Ville bombardée détruite, comme les villes ukrainiennes ou Gaza…témoignage d’une habitante, rencontre avec deux étudiantes ukrainiennes.

j’étais à genoux sur la plage, tordue, à imaginer l’extraordinaire fossile que serait la ville, une fois ramenée à la surface de la Terre après avoir été engloutie durant des milliers d’années, à me figurer cette mixture géologique urbaine – l’argile de la brique, le fer de l’acier, le sable, le calcaire du béton, le cuivre des fils électriques, l’aluminium des casseroles, le chanvre des tapis, le vinyle des disques, le papier des livres, les microprocesseurs des ordinateurs et des téléphones portables – et comment elle évoluerait dans le temps sous l’effet des forces tectoniques qui élèvent ou enfoncent, de l’érosion sédimentaire, de la dégradation chimique,

Roman policier? La narratrice, doubleuse de cinéma, mère d’une jeune adulte, mariée reçoit un curieux appel de la police du Havre. Un homme est retrouvé mort sur la plage. La seule piste pour l’identifier serait un ticket de cinéma portant son numéro de téléphone mobile. Justement, elle a passé son enfance et son adolescence au Havre. Des souvenirs ressurgissent….

 

Je ne me suis pas  attachée à l’intrigue policière, ni tellement à l’héroïne. Le Havre a suffi à mon bonheur de lecture.

Bilan N°4 – Sodome et Gomorrhe et d’autres choses autour de Proust….

 LECTURE COMMUNE DE LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU AVEC CLAUDIALUCIA, KEISHA, ET D’AUTRES

logo de la lecture commune

Notre exploration continue et nous mène sur les terres exotiques de Sodome et Gomorrhe, de Paris à Balbec 

Claudialucia

Marcel Proust : Sodome et Gomorrhe (1) le baron Charlus et l’homosexualité (Sodome)

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe-l.html?lr=1728061689290

Marcel Proust :Sodome et Gomorrhe (2) : Albertine et l’homosexualité Gomorrhe

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe.html

Marcel Proust : Sodome et Gomorrhe (3): L’humour de Proust

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/10/marcel-proust-sodome-et-gomorrhe-l.html

 

 

Miriam

Sodome et Gomorrhe – (1ere partie) Le Baron de Charlus et Jupien

Sodome et Gomorrhe : Partie 2 – Ch.1: La soirée chez la Princesse et du Prince de Guermantes

Sodome et Gomorrhe – Autour de Balbec, les noms des villages normands

je suis partie à Balbec découvrir les lieux qui ont inspiré Marcel Proust

le Grand Hôtel, la promenade sur la digue et la plage

Cabourg : à la plage

Marcel Proust (l’écrivain) et Marcel, le narrateur, n’ont jamais vécu dans la belle villa du Temps Retrouvé transformé en musée Belle Epoque qui contient des autographes et des tableaux des personnes ayant inspiré Proust.

promenade sur la Côte de Nacres – Cabourg : La villa du Temps Retrouvé

 

keisha a déniché une correspondance rare de Proust

https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2024/09/lettres-sa-voisine.html

Si vous avez fait d’autres lectures vous pouvez coller les liens en commentaires ici.

Le challenge n’est pas terminé. Nous allons attaquer La Prisonnière. Le Bilan N° 5 pour le 15 Novembre. Comme les quatre récapitulations précédentes il inclura les billets sur La Recherche mais aussi toutes les lectures connexes, Laure Murat pour ma part, les visites dans les sites proustiens, les podcasts…et tout ce que vous trouverez d’intéressant. 

 

 

 

Tout le Bruit du Guéliz – Ruben Barrouk

LIRE POUR LE MAROC/ RENTREE LITTERAIRE 2024

 

Ruben Barrouk raconte le voyage qu’il a fait avec sa mère à Marrakech en visite chez sa grand-mère Paulette qui vit seule au Guéliz. La vieille dame  s’est plaint auprès de ses enfants d’entendre un bruit qui perturbe sa vie quotidienne.  Des voisins sont-ils bruyants? Paulette souffre-t-elle d’acouphènes? Ils vont résoudre cette énigme. 

Et, bien sûr, ils n’entendent rien!

Ils vont partir pour un pèlerinage sur les traces des Juifs de Marrakech, au Mellah, au cimetière, et sur les tombeaux de Saints Juifs.

Ce  récit est très simple, très beau, nostalgique et tendre. Traditions et souvenirs qui se mêlent. Les Juifs sont partis mais ils ne sont pas oubliés. La Grand-mère, la mère et l’auteur vont rencontrer des musulmans qui gardent précieusement les traces, les tombes.

Et si ce bruit était le silence assourdissant des absents ?

 

 

 

 

 

 

 

Nord Sentinelle – Contes de l’indigène et du voyageur – Jérôme Ferrari – Actes Sud

LIRE POUR LA CORSE

J’avais envie de retourner en Corse. Jérôme Ferrari sait si bien raconter son île que j’ai téléchargé sans hésitation ce court roman (118 pages). Sur la couverture, le bateau de croisière  écrase la vue : la critique du surtourisme m’intéresse. 

Le pitch : un jeune Corse poignarde un touriste pour un motif dérisoire. Ce ne sera pas vraiment un policier, je ne spoile donc pas!

Ce court ouvrage est formé de quatre récits – quatre contes –  qui s’emboîtent, se répondent et se mêlent à l’intrigue principale

« Nul besoin de prophétie pour savoir que le premier voyageur apporte toujours avec lui d’innombrables calamités »

Le premier conte, récit de voyage, relate l’arrivée du premier voyageur dans la cité interdite de Harar. Un  conte oriental a pour héros un djinn  qui veillerait sur une jeune fille. Autre « conte » celui du « bandit corse », bandit de folklore, héros d’un article de presse d’une journaliste en mal de folklore sensationnaliste qui met en scène un fait divers assez minable.  Ce héros de pacotille va servir de modèle au jeune meurtrier.

Le narrateur est un enseignant qui tente de se garder des dérives  du tourisme et de ses conséquence sur la population locale. Il est proche de l’assassin.  Il essaie d’analyse le geste de ce vague cousin et ancien élève.

Ferrari livre une description pessimiste d’un monde gangréné par l’argent et surtout la bêtise. Bêtise des touristes, vulgaires, hideux . Cynisme et bêtise des locaux qui ont vendu leurs terres et leur âme pour s’enrichir. Rien ne nous est épargné, ni les cuites ni les vomissures. Par moment j’ai pensé à Houellebecq.

Heureusement que le livre ne fait que 118 pages.

Heureusement que Ferrari a du style!

Heureusement qu’il a de l’humour!

 

 

 

Challenge A la Recherche du Temps perdu – Récapitulation N°3 – Le Côté de Guermantes

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA et d’autres….

logo de la lecture commune

Nous avons terminé, avec plus ou moins de plaisir, le très long Côté de Guermantes fidèles au poste et au défi de la lecture commune

Claudialucia

Proust Le côté de Guermantes  Helleu, Eltsiret la duchesse de Guermantes
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/le-jeudi-avec-marcel-proust-paul-cesar.html
Proust Le côté de Guermantes : le nom propre

Proust Le côté de Guermantes    lucidité et pessimisme

https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/08/marcel-proust-le-cote-de-guermantes.html

Proust Le côté de Guermantes : les peintres flamands
https://claudialucia-malibrairie.blogspot.com/2024/09/le-jeudi-avec-marcel-proust-le-cote-de.html

Miriam

Proust Le côté de Guermantes :(1ère partie) Le téléphone

Proust Le Côté de Guermantes :(2ème partie) L’Affaire Dreyfus dans le salon de madame de Villeparisis

Proust Le côté de Guermantes :  (3ème partie) Un dîner chez la Duchesse de Guermantes

 

j’ai eu le grand plaisir de visiter la Maison de tante Léonie (Musée Proust) à Illiers-Combray

La 4ème récapitulation sera au début Octobre pour Sodome et Gomorrhe

 

Sodome et Gomorrhe – Autour de Balbec, les noms des villages normands

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

logo de la lecture commune

Le Narrateur est retourné à Balbec il est invité chez Madame de Cambremer et dans le salon de Madame Verdurin qui a loué la Raspelière à cette dernière. En compagnie d’Albertine, ils empruntent le petit train local et y retrouvent les membres de la petite bande d’invités de Madame Verdurin, Brichot, Cottard et le Baron de Charlus avec le violoniste Morel. Le petit train s’arrête aussi à Doncières où Robert de Saint-Loup est cantonné. Ces petits voyages en train sont l’occasion de conversations parfois pédantes. 

Brichot, à la prière d’Albertine, nous en avait plus complètement expliqué les étymologies. J’avais trouvé
charmant la fleur qui terminait certains noms, comme Fiquefleur, Honfleur, Flers, Barfleur, Harfleur, etc.,
et amusant le boeuf qu’il y a à la fin de Bricqueboeuf. Mais la fleur disparut, et aussi le boeuf, quand Brichot
(et cela, il me l’avait dit le premier jour dans le train) nous apprit que fleur veut dire «port» (comme fiord)
et que boeuf, en normand budh, signifie «cabane». Comme il citait plusieurs exemples, ce qui m’avait paru
particulier se généralisait: Bricqueboeuf allait rejoindre Elbeuf, et même, dans un nom au premier abord
aussi individuel que le lieu, comme le nom de Pennedepie, où les étrangetés les plus impossibles à élucider par la raison me semblaient amalgamées depuis un temps immémorial en un vocable vilain, savoureux et durci comme certain fromage normand…

[…]Dans presque tous ces noms qui se terminent en ville, vous pourriez voir, encore dressé sur cette côte, le fantôme des rudes envahisseur normand.  

Chose inexplicable, ils semble que les Goths soient venus jusqu’ici et même les Maures. Mortagne vient de Mauretania

« Homme  » c’est Holm qui signifie « ilôt » quand à Thorp ou « village »…

Nous partons la semaine prochaine en Normandie, nous voici édifiés pour la toponymie! je vais essayer de mettre mes pas dans ceux de  Proust. Mais ce ne sera pas facile, la côte s’est bien construite en un siècle et il ne faut pas oublier que La Recherche est un objet littéraire et que Proust a modelé le paysage à sa façon.