Musée Proust – la Maison de Tante Léonie à Illiers-Combray

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

 

L’église de Combray

Depuis des années je passe sur l’Autoroute A11 devant le panneau Illiers-Combray ; à l’occasion de la lecture commune de la Recherche du temps perdu, déjà 2112 pages au compteur de la liseuse, il fallait vraiment faire le détour! (Sortie 3.1). Et, comme au siècle de Proust, l’église apparait, vue de loin avec le bourg blotti sous son clocher. En 1971, le village d’Illiers a changé son nom en Illiers-Combray en hommage à Marcel Proust qui y passait ses vacances chez la Tante Léonie.

Le jardin de la Maison de Tante Léonie

Le Musée Marcel Proust est installé dans la Maison de Tante Léonie. Il a fait l’objet d’une restauration récente et a réouvert en mai 2024. En haute saison, il ouvre à partir de 11 h toute la semaine, en base et moyenne saison l’après midi seulement en semaine. 

la Vivonne et ses nénuphars –

Comme nous sommes arrivées trop tôt nous avons commencé par une promenade près de la rivière, appelée par l’auteur « La Vivonne« , en réalité le Loir. Les promenades à pied et à vélo sont très bien aménagées. La gare D’Illiers-Combray est le point de départ d’une vélorouteLe Loir à Vélo. Le GR 35 – Du Perche au Loir – y passe également. Des panneaux balisent les promenades sur le thème de Marcel Proust. On peut laisser la voiture sur un parking en face du « Parc Swann » ou en ville sur la grand place Maunoury non loin de l’église. 

pré Catelan, parc du château de Swann

J’ai découvert un beau lavoir couvert en bord du Loir puis le Parc du Pré-Catelan créé par un oncle de Marcel Proust inspiré par le Pré-Catelan du Bois de Boulogne  à Paris. Je me suis souvenue de l’allée d’aubépines, la saison est passée, point d’aubépines fin Aout! Surprise par la pente : Combray est à la limite de la plate Beauce et du Perche vallonné. 

Le petit bourg est tranquille, il y a quand même deux supérettes près de l’église, une boulangerie un peu plus loin, et une boucherie-charcuterie vendant des pâtés délectables (pâté en croute, volaille et graines de moutarde, pâté de lapin). Le pique-nique sera parfait en bord de rivière.

église saint jacques d’Illiers-Combray

11 heures ont sonné au clocher de l’église Saint Jacques. Joli porche gothique ouvragé. Je suis étonnée par les couleurs vives de la voûte peinte et par les vitraux. Je me souviens que le jeune Narrateur était ravi des lumières colorées qui nimbaient les statues. Les vitraux ont été réhabilités récemment par la Maison Lorin.

A 11 heures, je me présente donc au Musée Marcel Proust qui occupe la maison de Tante Léonie. Une grande salle avec une frise chronologique, des photos anciennes et beaucoup d’explications permettent de se resituer dans l’œuvre de Proust. De très belles photos, certaines de Nadar nous permettent de mieux connaître la famille de l’écrivain. Son père, Adrien, sa mère Jeanne

j’ai aimé la vraie « Françoise » 

Il est temps de visiter la maison! On entre dans un vestibule et un salon oriental illustrant les liens de la famille avec l’Algérie. Le Salon Adrien Proust meublé de velours rouge est beaucoup plus petit que je ne l’imaginais de même que la salle à manger

Salle à manger des Proust

La cuisine de Françoise est magnifique. Un plat à asperges rappelle sa persécution de la fille de cuisine allergique aux asperge qui devait les plumer

La cuisine de Françoise

A l’étage, je découvre les chambres, celle de Léonie avec sa bouteille de Vichy-Celestins, ses livres de messe, ses ordonnances de médicaments et une statue de la Vierge. On voit aussi la tisane et la fameuse madeleine.  Dans la chambre de Marcelje découvre la lanterne magique qui projette encore aujourd’hui l’histoire de Geneviève de Brabant. Son lit dans une alcôve était celui d’un enfant! 

Il faut avoir le texte encore bien présent à la mémoire pour profiter pleinement de cette visite émouvante.

Au deuxième étage on peut visionner des vidéogrammes autour de l’œuvre ou de la vie de Proust. mais j’ai préféré me consacrer plutôt au pèlerinage sentimental dans les objets d’époque. Et retourner au texte, je viens de finir Sodome et Gomorrhe.!

La vie sans fards – Maryse Condé

C’est la suite de Le Cœur à rire et à pleurer qui racontait l’enfance de Maryse Condé, son arrivée à Paris pour y faire de brillantes études, sa découverte d’Aimé Césaire et Frantz Fanon et son engagement politique. Elle délaisse ses études pour fréquenter les cercles antillais et africains. 

Le journaliste haïtien, Jean Dominique l’a abandonnée enceinte pour faire la Révolution à Haïti à la veille de l’élection de Duvalier. Maryse Boucolon, en 1956 accouche d’un petit garçon et part au sanatorium de Vence guérir un début de tuberculose.  après avoir mis le bébé en nourrice. 

Chargée de famille, elle doit subir l’opprobre réservée aux filles-mères

« Mieux vaut mal mariée que fille « 

Elle se trouve un mari africain, Condé, comédien guinéen qui l’épouse en 1958. Au bout de 3 mois, ils se séparent mais Maryse est à nouveau enceinte. 

« Ce mariage avait relevé ma honte »

En 1959 elle est affectée au collège de Bingerville en Côte d’Ivoire. Elle part seule avec son fils, et enceinte. Escale à Dakar, puis Abidjan. En fait de Négritude elle découvre que les Antillais sont mal vus par les Africains, ayant servi de fonctionnaires coloniaux

« ils nous traitent de valets tout juste bons à exécuter la sale besogne de leurs maîtres »

Maryse Condé, « sans fards » ne se donne pas le beau rôle. Elle n’éprouve aucune vocation à enseigner.  Elle ne cherche pas de prétexte politique à son expatriation. Malgré ses lectures enthousiastes de Senghor, elle ne tombe pas sous le charme de l’Afrique. Elle arrive pourtant dans un moment passionnant, juste avant les Indépendances, fréquente des meetings mais ne comprend pas la langue.

« En Côte d’Ivoire , j’éprouvais le sentiment qu’une nouvelle Afrique s’efforçait de naître. une Afrique qui ne se fierait qu’à ses seules forces. Qui se débarrasserait de l’arrogance ou du paternalisme des colonisateurs. J’éprouvais le douloureux sentiment d’être tenue à l’écart. « 

Même la fête de l’Indépendance le 7 Aout 1960, elle est exclue.

Elle rejoint Condé, son mari, à Conakry avec ses deux enfants

De toutes les villes où j’ai vécu, Conakry demeure la plus chère à mon cœur. J’y ai compris le sens du mot « sous-développement ». j’ai été témoin de l’arrogance des nantis et du dénuement des faibles »

Elle assiste au « socialisme africain » de Sékou Touré.

Guinée était le seul pays d’Afrique francophone à se vanter de sa révolution socialiste.

 Elle découvre aussi une société musulmane, séduite par l’appel du muezzin. Toujours mal acceptée par ses proches, elle  ne fait aucun effort pour « s’intégrer », ni à apprendre le Malenké, ni à porter des pagnes. D’ailleurs à quoi bon?

« Peu à peu, je comprenais qu’il ne suffisait pas d’apprendre à parler le malenké, mais qu’il fallait surtout apprendre à considérer le monde comme composé de deux hémisphères distincts, celui des hommes et celui des femmes. »

Pourtant, elle demande la nationalité guinéenne. Elle obtient un poste de professeur de Français dans un collège. Fréquente des intellectuels et des révolutionnaires, Hamilcar Cabral, le Cap-Verdien, Louis Gbehanzin, un prince béninois. Le socialisme de Sekou Touré s’avère bien inégalitaire

Chaque jour davantage, la société se divisait en deux groupes, séparés par une mer infranchissable de
préjugés. Alors que nous bringuebalions dans des autobus bondés et prêts à rendre l’âme, de rutilantes
Mercedes à fanions nous dépassaient transportant des femmes harnachées, couvertes de bijoux, des
hommes fumant avec ostentation des havanes bagués à leurs initiales.

Culte de la personnalité, pénuries, surtout répression politique sévère

« le « complot des enseignants ». Il est à déplorer qu’ils aient fait l’objet de très rares publications. Ils constituent le premier crime organisé sur une grande échelle par le régime de Sékou Touré. Ce fut une véritable purge qui tenta d’abord d’éliminer l’ennemi Peul, mais s’attaqua aussi à tous les patriotes. »

A Conakry, elle ne parvient plus à subvenir aux besoins de ses quatre enfants . Elle va partir, à Dakar puis au Ghana à Accra, plus prospère mais toujours socialiste accueillant divers militants étrangers Freedom fighters. Avec un « garant révolutionnaire », elle va obtenir un bon poste d’enseignante. Elle se heurte encore au machisme qui va jusqu’au viol. Culte de la personnalité 

« Cependant, l’élément le plus frappant de cet ensemble architectural était une gigantesque statue de
Kwame Nkrumah, un livre à la main. Elle était sise au mitan de la place du même nom, car Winneba était
le lieu d’un culte de la personnalité tel que je n’en avais jamais imaginé. »

Au centre  de Winneba, où elle enseigne, visite de Malcom X et de Che Guevara

« En effet, sitôt que j’eus mis le pied à Winneba, je compris que j’eus été parachutée dans une Afrique
entièrement différente de celle où j’avais vécu et où je n’avais pas ma place : celle des puissants et de ceux
qui aspiraient à le devenir. »

Un coup d’état va la chasser du Ghana, elle est emprisonnée comme espionne et expulsée.

Séparée de Condé, elle vit une histoire d’amour avec un avocat séduisant sans avertir son mari. « Sans fards »

« Épouse menteuse, épouse infidèle, épouse adultère, je ne lui rendais pas l’existence facile. Il était évident
que, moi aussi, je le détruisais. »

Les passions, les amours, les relations plus ou moins consenties ne font pas de l’héroïne un personnage très sympathique. j’ai parfois du mal à la suivre, surtout quand elle disperse ses enfants, les confie à des étrangers…

En revanche, le récit est passionnant si on s’intéresse à cette période des Indépendances Africaines. De Dakar à Conakry, Acra, Abomey et même Lagos, elle a parcouru l’Afrique et rencontré révolutionnaires, intellectuels, écrivains.

Un autre aspect est le livre d’apprentissage : comment la mère de famille devient une écrivaine?

C’est à Londres qu’elle atterrit, expulsée du Ghana qu’elle devient journaliste et se fait apprécier à la BBC. Elle retourne à l’Université étudier l’histoire du colonialisme et la sociologie du développement. 

« Un soir après le dîner, alors que les enfants étaient endormis, j’attirais à moi la machine Remington verte que j’ai gardée pendant des années, sur laquelle j’ai rédigé les deux volumes de Segou »

Ses allers-retours en Afrique ne sont toujours pas terminés. Maintenant j’ai compris pourquoi la Guadeloupéenne a écrit Segou et pourquoi l’Afrique est présente même dans les romans antillais. 

A lire et à relire, rien que pour toutes les références littéraires, une PAL entière de littérature africaine, de Sembene à Soyinka, Senghor, Fanon et tant d’autres. A relire aussi en même temps que ses romans inspirés de ses expériences….

Souviens-toi des abeilles – Zineb Mekouar – Gallimard

LIRE POUR LE MAROC

Amtoudi : rucher

Un véritable coup de cœur!

Un livre qui tombe à pic, quelques mois après notre voyage dans le Sud marocain où nous avons découvert ces greniers collectifs perchés et leur ruchers.

Amtoudi grenier coiffant un piton rocheux

A l’occasion de ce voyage, j’avais découvert Zineb Mekouar avec La poule et son cumin CLIC que j’avais bien aimé.

Anir aime ces moments où le Taddart surgit devant eux, comme cela, d’un coup, pendant qu’ils sont sur le
sentier qui mène à lui. Le rucher prend forme, immense, avec ses étages et ses cases, et l’on imagine déjà
les abeilles qui se réveillent. Lorsqu’il le voit apparaître, le garçon se retourne vers sa mère, pour observer
son regard, et toujours une lumière s’y glisse, on dirait qu’elle vient de là-bas, du rucher sacré, et qu’elle
arrive jusqu’aux yeux sombres qui s’éclairent tout à coup, et une chaleur étrange enveloppe alors l’enfant,
et plus rien de grave ne peut arriver.

Inzerki, le village où se déroule l’histoire, existe. C’est là que se trouve le plus grand et le plus ancien rucher collectif au monde. 

L’histoire se déroule aujourd’hui. Le village a gardé son mode de vie traditionnel. Seuls les téléphones portables trahissent la modernité. Pas tout à fait, la terre s’assèche, il n’a pas plu dans le sud marocain depuis des années, les sources tarissent, les abeilles meurent, le village se dépeuple. Le rucher est presque à l’abandon, il reste bien peu d’apiculteurs pour prendre soin des ruches.

Jeddi, le grand-père, est l’un des derniers gardiens du rucher. Il raconte à son petit-fils Anir, 10 ans, les légendes du rucher du Saint. Il répète à l’infini les gestes de l’apiculteur et les techniques de culture des tomates pour transmettre ce savoir ancestral qui  se perd. Omar, le père, travaille à Agadir dans une superette, exode rural qui vide le Sud marocain. Aïcha, la mère, était une femme indépendante à l’écoute de la nature, des animaux et des plantes. A la suite d’un drame elle a perdu la raison et vit recluse. Les villageois qui n’avaient jamais accepté l’étrangère, ont peur de sa folie et rejettent Anir, le fils de la folle.

Omar, viens par ici !, mais l’homme n’entend rien et fonce, le visage rouge de sueur, droit sur Anir dont les
battements de cœur se retrouvent dans les oreilles ; doucement, mon cœur, doucement, tu fais trop de
bruit, mais ça cogne de plus en plus fort, et bientôt il ne peut plus rien entendre. Il ferme les yeux et autour
de lui un immense bourdonnement, géant, et ça tourne, ça tourne ; moins vite, mes jambes, et l’enfant
rouvre les yeux mais ne peut plus rien voir ; de minuscules points noirs tourbillonnent autour de lui

Au fil du récit l’autrice distille les secrets de famille qu’ignore l’enfant.

C’est un très beau récit, envoûtant comme le bourdonnement des abeilles. Une alerte aussi pour un monde qui meurt comme les colonies d’abeilles.

 

 

Le Côté de Guermantes – (1ère partie) – Le téléphone

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« Un matin, Saint-Loup m’avoua qu’il avait écrit à ma grand’mère pour lui donner de mes nouvelles et lui suggérer l’idée, puisqu’un service téléphonique fonctionnait entre Doncières et Paris de causer avec moi »

Quelques privilégiés avaient déjà fait installer le téléphone à domicile, entre autres, le père du narrateur. Saint-Loup l’utilise pour joindre sa maîtresse à Paris. Cependant, il faut se déplacer là où se trouve l’appareil, convenir d’un rendez-vous et espérer que le miracle s’opérera.

« Et nous sommes comme les personnages du conte à qui une magicienne, sur le souhait qu’il en exprime, fait apparaître dans une clarté surnaturelle sa grand’mère ou sa fiancée, en train de feuilleter un livre ou verser des larmes, de cueillir des fleurs, tout près du spectateur et pourtant très loin »

Ces magiciennes existent, ce sont, selon Proust,

« les Vierges Vigilantes dont nous entendons chaque jour la voix sans jamais connaître le visage, et qui sont nos
Anges gardiens dans les ténèbres vertigineuses dont elles surveillent jalousement les portes; les Toutes-Puissantes par qui les absents surgissent à notre côté, sans qu’il soit permis de les apercevoir :
les Danaïdes de l’invisible qui sans cesse vident, remplissent, se transmettent les urnes des sons; les
ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions une confidence à une amie, avec l’espoir que
personne ne nous entendait, nous crient cruellement: «J’écoute»; les servantes toujours irritées du
Mystère, les ombrageuses prêtresses de l’Invisible, les Demoiselles du téléphone! […]

Ce jour-là, le miracle n’eut pas lieu. Quand le narrateur arrive au bureau de Poste, sa Grand’mère l’avait déjà demandé. La ligne était occupée….

Quand j’amenai à moi le récepteur, ce morceau de bois se mit à parler comme Polichinelle, dès que je le ramenais près de moi, il recommençait son bavardage. je finis en désespoir de cause en raccrochant définitivement le récepteur, par étouffer les convulsions de ce tronçon sonore qui jacassa jusqu’à la dernière seconde

Quand, enfin, il entre en contact avec sa grand’mère, il se rend compte de la douceur de la voix de sa grand’mère mais aussi de sa tristesse de sa grand’mère pour la première fois séparée de lui. Elle lui donnait la liberté de rester éloigné mais le narrateur ressent une telle nostalgie qu’il se compare à Orphée resté seul qui répète le nom de la morte et qu’il ressent l’urgence de chercher l’horaire des trains et de prévenir Saint-Loup de son retour à Paris

« j’aurais voulu une dernière fois invoquer les Filles de la Nuit, les Messagères de la parole, les Divinités sans
visage; mais les capricieuses Gardiennes n’avaient plus voulu ouvrir les portes merveilleuses, ou sans
doute elles ne le purent pas; « 

Entre modernité et poésie. Et avec beaucoup d’humour!

L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture – Chana Orloff (1888- 1968) – Rebecca Benhamou – fayard

BIOGRAPHIE DE CHANA ORLOFF

Chana Orloff – Autoportrait

Depuis sa rétrospective au Musée Zadkine, j’ai cherché une biographie de Chana Orloff . L’horizon pour elle a dénoué sa ceinture de Rebecca Benhamou est une biographie pleine de sensibilité et d’empathie qui replace la sculptrice dans son contexte.

1910, Chana Orloff quitte la Palestine  pour Paris, prend son indépendance et étudie le dessin et la sculpture après un passage dans un atelier de couture. 

« Paris c’est la liberté, c’est les droits de l’homme et tant d’autres choses[…]A Paris elle sera une femme libre, »

A Montparnasse, elle trouve d’autres artistes juifs, certains parlent hébreu ou yiddisch. Dans la sculpture, elle trouve sa voie comme portraitiste désobéissant à la tradition juive qui interdit de reproduire des images sculptées.

« Observe les visages, Chana. Ne les copie pas, applique-toi plutôt à les lire. Rappelle-toi, panim n’existe
qu’au pluriel. N’est-ce pas lourd de sens ? Sculpte les visages, sculpte les corps, sculpte les vrais gens. Le
reste n’a pas d’importance. » (Soutine)

 Panim, (une petite critique pour l’édition numérique qui reproduit les mots en lettres hébraïques mais qui a oublié que l’hébreu s’écrit de droite à gauche, la lecture en est toute bizarre! )

Portraits : (en haut à droite Otto Rank)

Elle fréquente les « Montparnos »: Foujita, Picasso, Kisling, Soutine, Lipschitz, Zadkine, Modigliani et Jeanne Hébuterne. Dès 1912, elle expose deux portraits au Salon d’Automne.

A Necherith

Oui tu es belle

Ni rose ni lys, ni princesse

Artiste

Le grand amour de Chana Orloff, le poète polonais Ary Justman, proche d’Apollinaire, de Cendrars devient son mari et le père de Didi. Il meurt en 1919 de la grippe espagnole, peu de temps après la disparition d’Apollinaire. Décès de  Modigliani, suivi par Jeanne Hébuterne.

« Après le temps du deuil celle qu’on surnommait l'(aigle a déployé ses ailes »

Elle devient la portraitiste des élites parisiennes. les plus grands posent pour elle

Durant les années folles, Paris est une fête. Chana fréquente les américaines Natalie Clifford Barney, et les Amazones que l’Exposition Pionnières au Luxembourg a mis en lumière CLIC

Romaine Brooks

Et Chana n’a plus que ce mot en tête : Amazone. Elle fait partie de ce groupe. Amazone, c’est ce qu’elle est
devenue.

C’est le nom d’un groupe de femmes, comme elle, habituées à faire cavalier seul. Des femmes qui vivent
avec des femmes, d’autres qui couchent avec des femmes et des hommes, d’autres encore qui s’habillent
comme des hommes, qui redéfinissent radicalement le sens de la féminité.

Le féminisme de Chana, si tant est qu’il existe, est un féminisme muet, que l’on découvre au fil des
portraits qu’elle réalise : 1920, Natalie Clifford Barney. 1921, Claude Cahun, photographe, écrivain, poète.
1923, Romaine Brooks, artiste peintre. 1931, Eyre de Lanux, artiste, écrivain, designer. 1934, Anaïs Nin,
écrivain. 1939, Germaine Malaterre-Sellier, militante, féministe…

Féministe, mais aussi mère. La maternité inspire de nombreuses œuvres.

C’est pourtant un amour si singulier, rétorque Chana. Plus viscéral, plus animal, plus ancré. Pour une
artiste, c’est le plus transcendant de tous les arts. La maternité, c’est insuffler un peu de magie et de grâce
dans la banalité du monde, c’est la plus noble de toutes les créations, c’est l’art par le corps. Comment être
pleinement artiste sans avoir donné la vie, sans l’avoir sentie dans son ventre, dans ses tripes, au plus
profond de soi ? »

En 1926, Chana et son fils obtiennent la nationalité française et la légion d’honneur. Elle fait construire sa maison-atelier Villa Seurat

« projet, réalisé par les frères Lurçat, avait pour but de créer une colonie d’artistes. Cette vie en collectivité a
trouvé indéniablement un écho chez elle, dont la famille habitait encore dans un kibboutz en Palestine.
Elle s’est retrouvée dans la vision moderne de l’architecte Auguste Perret, précurseur dans l’utilisation de béton armé, et lui a confié la construction de sa maison. »

Au fil des années 30, l’atmosphère s’alourdit, l’antisémitisme gagne. malgré les lettres de sa famille qui l’implore de rentrer à Tel Aviv Chana reste à Montparnasse qu’elle ne quitte en catastrophe pour échapper à la rafle en juillet 42. Exil en Suisse. Dès la Libération, elle revient pour trouver la villa Seurat saccagée, ses sculptures blessées. Puis elle se remet au travail et sculpte un homme dans la glaise. Elle l’appellera le Retour.

Il me reste maintenant à découvrir la Villa Seurat mais il faut s’inscrire longtemps à l’avance.

Ce livre va résonner encore longtemps, la première page s’est ouverte au Kibboutz Be’eri, en 2016. Cela me fait frémir.

Ismène la sœur oubliée – Michel Serfati – Editions du Canoë

Ismène est la sœur d‘Antigone, l’héroïne tragique qui me fascine. Je collectionne textes, représentations théâtrales, autour de cette femme qui dit non, qui défie l’autorité. 

La tragédie laisse peu de place à Ismène Le roman de Michel Serfati lui donne la place centrale ajoutant un personnage : Phénarète, la nourrice fidèle esclave. Ismène, la blonde, l’ainée, est celle qui dit oui à la vie, qui goûte les beautés de la nature, qui chante, prend des amants à sa guise, qui prodigue de l’affection à ses frères Etéocle et Polynice. Tout l’inverse d’Antigone la rebelle, dont un cauchemar dès son plus jeune âge a révélé sa destinée tragique.  

La première partie du livre est un résumé du mythe des Labdacides. Pour ceux qui se perdent un peu dans les histoires de cette famille bien compliquée cette mise au point est bienvenue. Je vais retourner à Sophocle surtout à Œdipe-Roi et Œdipe à Colone que je connais moins bien quAntigone. 

p121, au mitan du livre, Ismène se retrouve seule avec Créon, enceinte de Hémon. Que peut-il donc lui arriver. La tragédie est close. L’enfant à naître transportera-t-il la malédiction des Labdacides? Ismène retrouvera-t-elle l’insouciance de sa jeunesse et son appétit de vivre. Commence une longue errance. Elle retourne à Athènes et y rencontre Sophocle et lui offre son histoire dont il fera une tragédie. Puis, dans un chariot, avec la fidèle Phénarète et une petite escorte que lui accorde Créon, elle retourne vers les amants de sa jeunesse. Une femme seule, même princesse, est une proie fragile. L’hospitalité – une tradition méditerranéenne – lui offrira parfois du répit, parfois une menace voilée. Après avoir fait le tour de la Grèce, elle arrive en Sicile et trouve refuge à Motyé, colonie phénicienne, puis à Carthage…Nous parcourons tout le pourtour de la Méditerranée jusqu’au Sahara. Un beau périple où la princesse grecque devenue nomade a gagné une belle indépendance.

Belle, trop belle, figure féminine, peut-être trop moderne pour être crédible!

Une lecture agréable, prenante mais loin de la tragédie grecque.

 

De nos ombres – Jean-Marc Graziani – Joelle Losfeld Editions

LIRE POUR LA CORSE (BASTIA)

merci à Maeve qui m’a signalé cet auteur!

 

« Et ce contact-là, cette sensation furtive, l’image qu’elle déroula dans mon esprit, m’enseigna de ce lieu
l’insolite secret. Oui, les murs pourrissaient, suintant de ce temps qui, coulant au-dehors, faisait pousser
les arbres et vieillir les enfants ; mais ça, c’était dehors ! À l’intérieur, il semblait n’avoir plus cours, figé,
suspendu par quelque sortilège, lévitant telle une goutte de pluie qui n’atteindrait jamais le sol. Les fleurs
du papier peint pouvaient bien se flétrir, les moulures s’affaisser, rien ne passait ici « 

Une histoire corse dans le style fantastique et mystérieux. Joseph (12 ans)  et sa Mammo, son arrière-grand-mère forment un drôle de couple qui soulève les secrets de famille.

Au commencement, la famille, comme les autres,  passe les dimanches au cabanon sur la plage, les oncles à la pêche, les enfants dans l’eau, les femmes  préparent le repas. Joseph aime fouiner au grenier où l’ancien occupant a laissé un invraisemblable capharnaüm, des piles de disques, phonographes…le surnaturel intervient quand Joseph entend des mots effrayants provenant des objets. « ouvre moi » supplie une enveloppe…

Il perçoit plus tard un autre appel « derrière l’ange…« qui se trouve au coin de son lit. L’aïeule devine la malais de l’enfant et sait ce qui se trouve derrière l’ange  : l’anneau de sa fille morte en couche dans ce lit!

Faut-il oublier tous ces secrets de famille, ce passé enfoui qui surgit après tant d’années? Le passé insiste : une photo perdue réapparait, une clef…

Depuis l’anneau, j’avais percé bien des mystères, ne sachant plus que faire des testaments cachés, des
aïeux retrouvés et des secrets perdus ; des lettres aussi, bien trop de lettres, la plupart de soldats –
mobilisés à jamais –, qui, égarées, lestaient leur âme, les condamnant au sol. J’étais devenu l’esclave de
mon don, un véritable fonctionnaire, venant à craindre l’apparition du moindre signe.

Dans la persistance de ces drames oubliés, l’enfant et son arrière-grand-mère mènent une enquête qui les conduit à Saint Florent et au Cap Corse. Le fantastique, invraisemblable au début du livre se fait quête des origines, ombres de la guerre.

Un très joli roman, une histoire touchante.

Le Côté de Guermantes (1ère partie)- Marcel Proust

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

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NOTA BENE : la prochaine récapitulation n°3 est prévue le 13 septembre 2024 !

Le Côté de Guermantes fait suite A l’Ombre des Jeunes filles en Fleurs.

La famille de Marcel, le narrateur, a déménagé dans l’Hôtel de Guermantes, partageant avec la Duchesse de Guermantes  la cour.  Leurs domestiques se fréquentent ainsi que Jupien, le giletier et le concierge de l’immeuble. En revanche grande discrétion entre les Guermantes et la famille de Marcel qui ne fait pas vraiment partie du même monde. 

Le lecteur découvre le nouveau logement avec les yeux de Françoise, la servante de la Tante Eulalie à Combray qui a accompagné la grand-mère et Marcel à Balbec .

« Françoise vivait avec nous en symbiose »

  Femme du peuple, simple paysanne, de caractère très marqué, ambivalent luttant pour garder le pouvoir sur la fille de cuisine, dévouée à sa patronne mais tyrannique envers les serviteurs. Apparaissent à l’office de nouveaux personnages : Jupien, l’ancien giletier, le jeune valet de pied  des Guermantes...La fréquentation des domestiques des Guermantes complète les présentations : 

« Je me demande si ce ne serait pas euss qui ont leur château à Guermantes, à dix lieux de Combray »

La vieille servante est un personnage pittoresque au parler savoureux. Elle assure aussi le lien avec Combray, Méséglise. J’ai beaucoup apprécié les ragots de l’office, la résistance passive des domestiques aux caprices des maîtres en allongeant la pause du repas de midi.

Françoise est un pilier de la famille du narrateur. Son rôle dans la maladie et la mort de la Grand-mère est important mais même quand sa présence est nécessaire auprès de l’aïeule, elle n’oublie pas de garder sa place dans les travaux domestiques, refusant de laisser capter la moindre des tâches par  un autre serviteur. Cette position dominante, je l’avais déjà remarquée à Combray au service de la Tante Eulalie. Personnage complexe, elle déchiffre à sa manière les relations sociales, devine des interactions, intervient  dans la vie de Marcel. A propos de son intrusion dans la chambre de Marcel alors qu’il allait embrasser Albertine : 

« Françoise, ne pouvant nous répondre de façon explicite, parlait comme Tirésias et eût écrit comme Tacite « 

La fascination de Marcel pour l’aristocratie que représentent les Guermantes déjà agaçante à Combray quand la Duchesse apparaissait à l’enfant nimbée des couleurs des vitraux, continue sérieusement à m’agacer. La fréquentation de Saint-Loup, rencontré à Balbec, neveu de la duchesse aurait pu modérer cette fascination

« Mais alors j’avais connu Saint-Loup; il m’avait appris que le château ne s’appelait Guermantes que depuis
le XVIIe siècle où sa famille l’avait acquis. Elle avait résidé jusque-là dans le voisinage, et son titre ne venait
pas de cette région. Le village de Guermantes avait reçu son nom du château, après lequel il avait été
construit, et pour qu’il n’en détruisît pas les perspectives, une servitude restée en vigueur réglait le tracé des rues et limitait la hauteur des maisons. Quant aux tapisseries, elles étaient de Boucher, achetées au
XIXe siècle par un Guermantes amateur, »

Marcel idéalise la duchesse qui l’a reconnu et salué à l‘Opéra-Comique . Il en tombe amoureux. Toutes ses manœuvres pour croiser son regard au détour d’une promenade matinale, tentatives amoureuses vaines m’ont bien ennuyée. Je retrouve ces mêmes sentiments à l’égard de Gilberte et de madame Swann que j’avais trouvés convenus et artificiels. Et, à nouveau, je m’ennuie!

Heureusement, Proust sait décrire des scènes plus pittoresques comme cette représentation à l‘Opéra-Comique est une description et une analyse des rapports sociaux très savoureuse. Je m’amuse du spectacle qui se déroule dans la salle, orchestre, balcon et baignoires.  aussi important que celui qui se joue sur la scène.

Dépité de n’avoir pas été présenté à la Duchesse de Guermantes, Marcel fait le voyage à Doncières retrouver Robert de Saint-Loup où le sous-officier est cantonné. Comme le voyage à Balbec dans le tome précédent, je le suis avec grand plaisir dans ses découvertes provinciales. Proust nous donne un aperçu de la vie militaire.  Son amitié avec Saint-Loup est sincère. Saint-Loup est brillant, beau cavalier, esprit éclairé : malgré un environnement conservateur, il professe des  idées avancées, dreyfusard. Sa maitresse, Rachel, est comédienne. La famille de Saint-Loup réprouve cette liaison et Marcel est témoin de la rupture. 

La première partie du livre se termine avec le retour de Marcel à Paris.

J’ai retrouvé avec plaisir l’univers de la Recherche après avoir fait une longue pause. Variations infimes sur un même thème avec des personnages récurrents que j’ai plaisir à retrouver.  Ses parents déménagent, les points de vue changent. L’enfant a grandi, l’adolescent de Balbec est un jeune homme que je commence à mieux connaître. 

Laisse aller ton serviteur – Simon Berger – Editions Corti

Bach à Arnstadt

Merci à Dominique et Keisha qui m’ont donné envie de lire ce livre précieux!

Précieux et rare, la Médiathèque ne l’a pas et il n’existe pas sous forme numérique. J’ai attendu de longs mois avant de le trouver.

111 pages à déguster lentement, lire et relire.

Hiver 1705. Johann Sebastian Bach a 20 ans. Il est l’organiste de la ville de Arnstadt donne quelques leçons de musique aux enfants des notables.

« Il était apprécié des fidèles. Il jouait son rôle avec ferveur et discrétion. jamais une note qui ne brillât d’un éclat feutré, d’un respect terrifié par la proximité du ciel. Il était apprécié, parce qu’il savait rester à sa place: il n’était en somme que le mécanicien du ciel, qu’un régisseur. Il avait ses tuyaux, et le pasteur avait son pain et son vin »

Un jour, par hasard il prend connaissance de trois cantates de Buxtehude et c’est une épiphanie. 

Bach était comme l’amoureux transi[…]Bach était transi de froid, car il venait de se découvrir un maître, mais la grandeur du maître n’était pas faite pour le réchauffer

la partition est incomplète, il lui faut la suite. Mais le Consistoire prudent ne souhaite pas diffuser cette musique scandaleuse, miraculeuse

Cette partition est miracle et preuve des miracles. Par elle je crois au miracle et à la vérité

Bach  demande un congé pour aller à Lübeck rencontrer Buxtehude. Il part à pied, avec la seule partition pour bagage…Voyage à pied comme un pèlerinage. Dans la neige, le froid de l’hiver.

Quand il rentrera à Arnstadt son jeu en sera transformé et ce ne sera pas du goût des paroissiens , dès 1707 on le pressa de quitter Arnstadt…

A lire, relire, sans modération. Et écouter Bach encore!

Le parfum des fleurs la nuit – Leila Slimani

MA NUIT AU MUSEE

Les éditions Stock ont eu l’idée originale d’une collection « ma nuit au musée » : des écrivains ont été invités à passer une nuit dans un musée et de s’en inspirer pour rédiger un ouvrage. Leila Slimani  a eu le privilège de passer une nuit à Venise au Palazzo Grassi, Punta della Dogana parmi les œuvres de la Collection Pinault

« Non, ce qui m’a plu dans la proposition d’Alina, ce qui m’a poussée à l’accepter, c’est l’idée d’être enfermée.
Que personne ne puisse m’atteindre et que le dehors me soit inaccessible. Être seule dans un lieu dont je ne
pourrais pas sortir, où personne ne pourrait entrer. Sans doute est-ce un fantasme de romancier. Nous
faisons tous des rêves de cloître, de chambre à soi où nous serions à la fois les captifs et les geôliers. »

Ce ne sera pas un énième livre sur le voyage à  Venise, pour le tourisme, gondoles ou vaporetti, passez votre chemin. Ce n’est pas non plus la critique d’un expert en Art Contemporain, seules quelques œuvres seront évoquées, quoique… plutôt une réflexion sur le regard,

Marcel Duchamp disait que c’est le regardeur qui fait l’œuvre d’art. Si on le suit, ce n’est pas l’œuvre qui
n’est pas bonne ni intéressante. C’est le regardeur qui ne sait pas regarder.

Leila Slimani est écrivaine, elle souligne la nécessité de l’enfermement, de la concentration dans l’acte d’écriture. Elle fait partager au lecteur cette nécessité. Le Parfum des Fleurs la nuit est d’abord une méditation sur l’acte d’écrire.

« L’écriture est un combat pour l’immobilité, pour la concentration. »

Quel rapport avec le Musée? A premier abord, ce n’est pas clair

« Le musée reste pour moi une émanation de la culture occidentale, un espace élitiste dont je n’ai toujours
pas saisi les codes. »

L’autrice sera interpellée par quelques œuvres, quelques artistes. La peintre et poétesse libanaise Etel Adnan, « dont la figure plane au dessus-des autres » comme Leila Slimani,

«  elle a grandi dans un pays arabe au sein d’une famille francophone. Elle est ensuite devenue une immigrée aux Etats-Unis. Toute sa vie elle a vécu dans le pays des autres »

Le Rideau de Felix Gonzàlez-Torre lui inspire une impression de malaise, le chatoiement de rouge évoque le sang, l’hémorrhagie. Un instant, elle est tentée de tirer sur le fil et de répandre les billes rouges, tentation fugace du vandalisme? .

L’ œuvre de Hicham Barrada : grands  monolithes noirs éclairés de l’intérieur, terrariums géants contient les branches et les feuilles du Galant de nuit, une plante marocaine très odorante que Leila Slimani connait bien et dont le parfum ne s’exhale que la nuit. Rencontre inattendue qui donnera le titre du livre. 

Hicham Berrada, qui a conçu cette installation, a choisi d’inverser le cycle de la plante. Durant la journée,
le terrarium reste opaque, le jasmin est plongé dans l’obscurité mais l’odeur embaume le musée. La nuit,
au contraire, l’éclairage au sodium reproduit les conditions d’une journée d’été ensoleillée. Tout est
inversé, sens dessus dessous,

J’aime beaucoup les expériences chimico-spacio-temporelles de ce plasticien que j’ai vues à plusieurs reprises ICI

Du parfum du Galant de nuit, Leila, glisse dans des souvenirs marocains.  Des souvenirs de sa familles sont aussi évoqués par une sculpture de Tatiana Trouvé : le corps d’un homme a creusé des coussins évoquant l’absence de celui qui vient de se lever. De fil en aiguille, elle pense à son père , à son incarcération à la prison de Salé. Injustice que la fille se doit de venger. 

« Mon père est en prison. Et je suis écrivain. […]

j’écris et je le sauve, je lui offre des échappatoires…. »

Et à ce propos, elle cite l’écrivain turc incarcéré :

Comme tous les écrivains, j’ai des pouvoirs magiques. Je peux traverser les murs avec facilité », écrit
Ahmet Altan (Je ne reverrai plus le monde).

Cette nuit à la Dogana a été propice à la rêverie, à la méditation que l’écrivaine nous fait partager. je me suis laissé embarquer jusqu’au bout de la nuit.