« Ces esprits forts, qui sont généralement des hommes faibles, ont un catéchisme à l’usage des femmes. Pour eux, toutes, depuis la reine de France jusqu’à la modiste, sont essentiellement libertines, coquines, assassines, voire même un peu friponnes, foncièrement menteuses, et incapables de penser à autre chose qu’à des bagatelles. Pour eux, les femmes sont des bayadères malfaisantes qu’il faut laisser danser, chanter et rire ; ils ne voient en elles rien de saint, ni de grand ; pour eux ce n’est pas la poésie des sens, mais la sensualité grossière. Ils ressemblent à des gourmands qui prendraient la cuisine pour la salle à manger. Dans cette jurisprudence, si la femme n’est pas constamment tyrannisée, elle réduit l’homme à la condition d’esclave. »
Je craignais le pire avec ce titre! La misogynie du 19ème siècle, la plume acérée de Balzac me laissaient penser que la pauvre Vieille Fille ne serait pas épargnée.
Pendant un bon premier quart de cet opus, ce sont plutôt deux vieux garçons qui font les frais de portraits peu complaisants : le chevalier de Valois, aristocrate, très XVIIIème siècle, d’une noblesse surannée, mais charmeur et charmant, et du Bousquier, riche parvenu, fournisseur des Armées de la République qui a fait le mauvais choix au Directoire en ne pariant pas sur Bonaparte. Evincé pendant l’Empire, du Bousquier hésite entre la royauté et la République et cherche à se faire une place dans la bonne société d’Alençon à la Restauration.
Tous deux prétendent à la main de La Vieille Fille : la demoiselle Cormon.
Un troisième soupirant, dans l’ombre, Athanase Granson, jeune employé de mairie, lettré mais timide, est amoureux de La Vieille Fille.
La demoiselle Cormon n’est plus très jeune mais c’est un très bon parti. Elle possède une très belle maison en ville, une ferme à la campagne. La bonne société se bouscule à ses dîners en ville. Excellente table, bonne compagnie, son oncle prêtre, l’abbé de Sponde, vit avec elle, garant de moralité. Mais pourquoi donc, à la quarantaine ne s’est-elle pas mariée? D’un physique agréable, riche c’est une originale :
Depuis longtemps elle était soupçonnée d’être au fond, malgré les apparences, une fille originale . En province il n’est pas permis d’être original…
Et de plus, c’est une dévote :
La dévotion cause une ophthalmie morale. Par une grâce providentielle elle ôte aux âmes en route pour l’éternité la vue de beaucoup de petites choses terrestres quoique le voltairien monsieur de Valois prétendît qu’il est extrêmement difficile de décider si ce sont les personnes stupides qui deviennent dévotes, ou si la dévotion a pour effet de rendre stupides les filles d’esprit.
Dévote, elle ignore tout de la séduction, du sexe même s’il s’agit de la reproduction des chevaux. Célibat et virginité sont pour elles des valeurs catholiques qui lui font redouter le mariage. Et ce n’est pas l’Abbé de Sponde qui lui donnera de fructueux conseils! Elle reporte toute son énergie à la tenue de sa maison et au soin de sa jument Penelope :
Frappé de la propreté minutieuse qui distinguait cette cour et ses dépendances, un étranger aurait pu deviner la vieille fille. L’œil qui présidait là devait être un œil inoccupé, fureteur, conservateur moins par caractère que par besoin d’action.
Une vieille demoiselle, chargée d’employer sa journée toujours vide, pouvait seule faire arracher l’herbe entre les pavés, nettoyer les crêtes des murs, exiger un balayage continuel, ne jamais laisser les rideaux de cuir de la remise sans être fermés. Elle seule était capable d’introduire par désœuvrement une sorte de propreté hollandaise dans une petite province située entre le Perche, la Bretagne et la Normandie,
Cliché? Caricature de la Vieille Fille qui avait encore cours bien tard dans le XXème siècle. Pour donner du piquant, Balzac imagine qu’elle préside une certaine Société de Charité et de Maternité aidant les filles-mères.
Lequel de ces trois prétendants enlèvera la Vieille Fille? L’arrivée de Monsieur de Troisville va précipiter les évènements. Aristocrate, diplomate, bel homme, il séduit Mademoiselle Cormon qui se voit enfin bien mariée et se donne en spectacle à toute la ville d’Alençon
Je crois rêver, dit Josette en voyant sa maîtresse volant par les escaliers comme un éléphant auquel Dieu aurait donné des ailes.
dans ces sortes de circonstances, les vieilles filles deviennent comme Richard III, spirituelles, féroces, hardies, prometteuses, et, comme des clercs grisés, ne respectent plus rien
Pour éviter le déshonneur, La Demoiselle de Cormon acceptera le premier mariage qui se présentera. Et la condition de femme mariée ne sera peut être pas si enviable qu’elle ne l’imaginait.
Ce conte cruel, dans les scènes de la Vie de Province, démonte aussi les mécanismes des équilibres politiques dans la petite ville d’Alençon, aux confins de la Normandie, du Perche et de la Bretagne, entre Royalistes Ultras, Libéraux et Républicains. Le chevalier de Valois représente d’Ancien régime. Du Bousquier louvoie plus à gauche, il apportera le « progrès » et l’industrialisation dans cette province. Les transformations sont rapportées de 1816 où commence le roman jusqu’à l’installation de la Monarchie de Juillet.
J’ai pris grand plaisir à lire les descriptions de la maison de la Vieille Fille et j’ai souri aux mots d’esprits des convives des dîners :
« Au dessert, il était encore question de du Bousquier qui avait donné lieu à mille gentillesses que le vin rendit fulminantes. Chacun, entraîné par le Conservateur des hypothèques, répondait à un calembour par un autre. Ainsi du Bousquier était un père sévère , – un père manant ,- un père sifflé ,- un père vert ,- un père rond ,- un père foré , – un père dû , – un père sicaire . – Il n’était ni père , ni maire ; ni un révérend père : il jouait à pair ou non…. »
Je me suis laissé entraîner dans cette équipée à vélo, chevauchée effrénée de ces deux Haïdouks, cyclistes et nomades qui remontent la route du Danube de l’Orient vers sa source sur les pas des envahisseurs Huns, Avars, Magyars, Péchenègues, Turcs….et ceux des migrants Syriens ou Afghans.
« Vous allez rouler à contresens de Napoléon, d’Hitler et de l’expansion Européenne, mon pauvre ami! Et vous avez bien raison quand on pense comment ces aventures ont terminé! »
Aventure cycliste, sportive, mais aussi littéraire. Emmanuel Ruben écrit comme il roule : à perdre haleine dans les pistes et les chardons, paresseusement, prenant le temps d’un coucher de soleil ou de l’envol d’un héron. Il connait :
l’extase géographique, le bonheur de sortir de soi, de s’ouvrir de tous ses pores, de se sentir traversé de lumière.
Ambitieux, devant la copie de la Colonne Trajane de Bucarest:
il faudrait écrire un livre qui s’enroule comme la colonne Trajane, l’hélice de l’Histoire s’enroule en bas-relief où sont gravées les aventures de l’empereur Trajan et du roi Decebale sur les bords du fleuve – oui je voudrais une sorte de rouleau original du Danube, un rouleau sans ponctuation, sana alinéa; sans paragraphe, un rouleau sans début ni fin, un rouleau cyclique, évidemment car c’est cela aussi le Danube.
Partis d‘Odessa, les deux compères veulent goûter à la steppe comme les envahisseurs d’autrefois. Ils traversent la steppe, le delta ukrainien sur des routes dangereuses ou sur des pistes poussiéreuses, traversent la Moldavie
« cinq minutes en Moldavie, une demi-heure à ses frontières »
En Roumanie à Sulina (=Europolis)
Sulina
« Au kilomètre zéro du Danube, à la terrasse du Jean Bart, le dernier café sur le fleuve, le capitaine Hugo Pratt buvait une bière. Cela se passait en juillet de l’année 2*** »
imagine-t-il comme incipit de son futur livre.
A Galati et Braila il évoque Panaït Istratiet ses romans Nerrantsoula et Tsatsa Minnka ainsi que Mihail Sebastian , « trop juif pour les Roumains, trop roumain pour les Juifs »et son roman prémonitoireL’accident. Dans le Baragan, le vent les freine, projetant les fameux Chardons du Baragan (mon livre préféré de Panaït Istrati). En Bulgarie, à Roussé, ils visitent la maison d’Elias Canetti transformée en studio ou répètent des groupes de rock local.
les chardons de la steppe
Géographie et histoire:
En Bulgarie, il évoque aussi le Tsar de Bulgarie Samuel 1er(1014). Leur passage à Nicopolis est l’occasion de raconter la « grande déconfiture » selon Froissart, défaite des Croisés en 1396. Souvenirs d’un voyageur Evliya Celebi(1611 – 1682). Visite en Hongrie du cimetière de la bataille de Mohacs (1687)….
La bataille de Nicopolis : la Grande déconfiture des Croisés
Leur voyage est aussi fait de rencontres : Raïssa, lipovène parle Russe avec eux. Vlad, le compagnon de l’auteur est Ukrainien, Samuel (le héros) se débrouille en Russe, en Serbe, en Turc et en Italien. Tant qu’ils sont en Roumanie, en Bulgarie et en Serbie, ils se débrouillent bien et ont de véritables échanges avec les piliers de bistro, les passants de hasard qui les aident pour réparer les vélos. Ils passent des soirées mémorables à boire des bières de la tuica ou rakija, ou à regarder le coucher de soleil avec l’accompagnement d’une trompette de jazz tzigane. Rêve d’une île turque disparue Ada Kaleh, Atlantide qu’ils ne devineront pas, même en grimpant sur les sommets.
la scène la plus kusturiciene de ce voyage : trois tsiganes dans une charrette tractée par deux ânes remorquent une Trabant
Les routes sont parfois mauvaises. Ils se font des frayeurs avec les chiens errants
Ces chiens sauvages sont les âmes errantes de toutes les petites nations bientôt disparues d’Europe. Le nationalisme est une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et les clébards qui survivront à l’homme porteront le souvenir de cette rage à travers les âges.
Comme Claudio Magris, ils s’arrêtent longuement à Novi Sad en Voïvodineou ils ont des amis de longue date, du temps de la Yougoslavie. mais contrairement à Magris qui part à la recherche des Allemands venus en colons peupler les contrées danubiennes, Ruben reste à l’écoute du Serbe, du Croate, des Tsiganes à la recherche des Juifs disparus dans les synagogues en ruine ou dans le cimetière khazar de Celarevo. Au passage je note dans les livres références Le Dictionnaire khazar de Milorad Pavic, La treizième tribu d’Arthur Koestler (que je télécharge). Je note aussi Le Sablier de Danilo Kis. Inventaire des massacres récents ou moins récents, victimes du nazisme en 1942, ou bombardements de l’OTAN (1999)
« délires nationalistes de la Grande Serbie, Grand Croatie, Grande Bulgarie, Grande Albanie….etc d’où découlèrent les guerres balkaniques, La Première guerre mondiale et les guerres civiles yougoslaves. La balkanisation est un fléau qui touche chaque peuple et son voisin, une maladie contagieuse qui se transmet de siècle en siècle et de pays en pays : la maladie de la meilleure frontière »
L’arrivée en Hongrie coïncide avec les pluies du début septembre qui les contraignent à traverser la puzsta en train. difficulté de communication, les Hongrois parlent Hongrois (et pas nos deux compères) les rencontres se font plus rares. De même en Slovaquie, en Autriche, en Allemagne, les deux cyclistes n’ont que peu de contacts avec la population germanophone. En revanche, ils ont le don de trouver des guinguettes, bars ou restos où officient Croates, Kosovars ou Serbes avec qui ils sympathisent immédiatement.
Altedorfer
Les pistes cyclables (communautaires) sont plus confortables quand ils traversent l’Autriche mais elle n’ont plus la saveur de l’aventure. Ils croisent même un grand-père de 78 ans et son petit fils de 9ans. Un couple de retraités maintiennent la même moyenne que nos deux champions, grâce à l’assistance électrique. Leurs visites de musées et châteaux se font plus touristiques. Près de Vienne musée Egon Schiele (mort de la grippe asiatique). Visite du Musée d’Ulm: musée de la colonisation des souabes. Toujours consciencieux ils ne zappent pas le musée de Sigmaringen, ni les autres curiosités touristiques mais l’élan d’empathie n’y est plus. Legoland à Audiville, Europa-park!
Egon Schiele : Durch Europa bei Nacht
Le périple se termine devant les drapeaux du Parlement Européen à Strasbourg. En route ils ont découpé les étoiles du drapeau européen
un voyage d’automne dans le crépuscule d’une Europe qui a perdu ses étoiles en traquant ses migrants
Il s’agissait bien de parler d’Europe, de faire surgir une autre Europe de cette traversée d’Est en Ouest. En route, en Slovaquie, un monument de ferraille représente le cœur de l’Europe. mais pour l’auteur :
Le cœur de mon Europe bat au sud-est entre Istanbul et Yalta, Novi Sad et Corfou dans l’ancien empire du Tsar Samuel…
Rentrée littéraire 2020. J’ai trouvé la référence sur le blog de Matatoune.
Un voyage livresque à Budapest m’a tenté et la réflexion sur l‘Architecturem’intéresse! Il y a tout juste un an, à la Cité de l’Architecture, j’ai visité l’ExpositionOtto Wagner
J’aime beaucoup le style Art Nouveau que j’ai appris à connaître à Paris avec Guimard puis à Vienne, le mouvementSécession, à Riga, et dans nombreuses villes hongroises.
Le héros du roman, Lajos Ligeti, jeune architecte viennois, arrive à Budapest lors de l’inauguration du métro par François Joseph. Il entre comme apprenti au cabinet d’architecte d’ Ödön Lechner, le célèbre bâtisseur de l’Institut de Géologie, de la Caisse d’Epargne de la Poste de Budapest, du Musée d’Art décoratif et de nombreux édifices Art Nouveau en Hongrie. Il rencontre tous ceux qui comptent dans le mouvement de la Sécession hongroise. Je me suis promenée avec grand plaisir dans le Budapest du Millenium. Le fonctionnement d’un cabinet d’architecte est raconté: dessin des plans, choix du matériel, début de l’architecture en béton, mais aussi intrigues pour obtenir les commandes…L’auteur décrit en détail les bâtiments construits ainsi que les maquettes de ceux qui ne seront pas retenus.
La seconde partie du roman intitulée Le Chevalier raconte les succès du cabinet de Ligeti et de son associé Barnabas Kocsis, conducteur de travaux. Quand les commandes de prestige viennent à manquer Ligeti dessine des pierres tombales ou des immeubles de rapport. Ce dernier est même décoré et fonde une famille.
La chute viendra d’un projet pharaonique, un complexe industriel près de Prague. Jalousies et intrigues, nationalisme des tchèques dans l’Empire Austro-Hongrois qui va se déchirer – la Cacanie – Ligeti est juif, cela n’arrange rien. J’ai moins aimé cette partie qui fait la part belle aux tractations avec moins d’éléments concrets décrits. On visite à Vienne les réalisations d’Otto Wagner. On croise Egon Schiele, furtivement Belà Bartok.
Il ne s’agit toutefois pas d’un traité d’architecture, mais bien d’une fiction. Ligeti emprunte beaucoup à son maître Ödön Lechner (qui lui, est bien réel). Il y a aussi une histoire d’amour, un destin tragique. Le style un peu trop recherché de Greveillac m’a parfois agacée : on ne pend pas ses vêtements à une patère, on les append.
Une lecture qui m’a donné envie de revenir à mes photos de Hongrie, et à mes carnets Mitteleuropa.
« La vicomtesse leva ses beaux yeux vers la corniche à laquelle sans doute elle confia tout ce que ne devait pas entendre un inconnu. Une corniche est bien la plus douce, la plus soumise, la plus complaisante confidente que les femmes puissent trouver dans les occasions où elles n’osent regarder leur interlocuteur. La corniche d’un boudoir est une institution. N’est-ce pas un confessionnal, moins le prêtre ? »
Continuons d’explorer l’œuvre de Balzac ensemble, seule je m’y perdrais.
Je n’aurais jamais choisi par moi-même « La Femme Abandonnée » à cause du titre désespérant. Peu de femmes triomphantes au XIX ème siècle dans les romans écrits par des hommes, j’imagine la misogynie de l’époque.
Et pourtant c’est cet abandon qui justement a donné à Claire de Beauséant tout son charme, son mystère, qui ont attiré l’attention de Gaston de Nueil. Le jeune homme de 22 ans, est envoyé près de Bayeux pour sa convalescence après une maladie inflammatoire. La société qu’il fréquente est étriquée et vieillotte. Balzac qualifie une des famille de fossile, les « astres secondaires », plus occupés de leur cidre que de monarchie », deux ou trois vieilles filles et deux ou trois ecclésiastiques.
La somme d’intelligence amassée dans toutes ces têtes se compose d’une certaine quantité d’idées anciennes auxquelles se mêlent quelques pensées nouvelles qui se brassent en commun tous les soirs. Semblables à l’eau d’une petite anse, les phrases qui représentent ces idées ont leur flux et reflux quotidien, leur remous perpétuel, exactement pareil : qui en entend aujourd’hui le vide retentissement l’entendra demain, dans un an, toujours. Leurs arrêts immuablement portés sur les choses d’ici-bas forment une science traditionnelle à laquelle il n’est au pouvoir de personne d’ajouter une goutte d’esprit. La vie de ces routinières personnes gravite dans une sphère d’habitudes aussi incommutables que le sont leurs opinions religieuses, politiques, morales et littéraires.
Femme mariée qui a pris un amant, abandonnée par ce dernier, Madame de Beauséant vit recluse dans son domaine. Gaston de Nueil qui s’ennuie est intrigué par cette femme abandonnée
Madame de Beauséant contrastait trop vivement avec les automates parmi lesquels il vivait depuis deux mois d’exil au fond de la Normandie,
Contre toute attente, une passion lie Monsieur de Nueil et Madame de Beauséant. Ils filent le parfait amour pendant 9 ans.
Mais les histoires d’amour finissent mal, en général… surtout quand la femme a dix ans de plus que son amant, et qu’elle n’est pas libre.
La chute est inattendue, mais je ne vous la révèlerai pas. Encore une fois Balzac a réussi à me surprendre dans cette courte nouvelle.
J’ai gagné un joli cadeau à la dernière MASSE CRITIQUE une revue d’Art destinée « à toute la famille » . Illustrations de très bonne qualité et abondantes, plaisir de feuilleter encore et encore (et de retrouver la belle Simonetta que j’avais admirée dernièrement à Chantilly). Des chapitres courts et variés nous conduisent à Florence au Quattrocento, puis racontent l’apprentissage de Botticelli, comme orfèvre d’abord puis dans l’atelier de Filippo Lippi. Portraitiste , de beaux portraits illustrent la revue) . Il était une fois raconte les grandes œuvres religieuses, ou mythologiques. Nous entrons ensuite Dans l’atelier de Botticelli où les secrets de fabrication sont dévoilés : œuvres en série, assistants qui peignent les parties moins importantes du tableau. Grands et petits pourront s’essayer en suivant les conseils du maître dans la réalisation des drapés ou des boucles, et même point par pointréaliser un « poncif » en 6 étapes.
Et comme c’est une revue d’art : il y a aussi toute l’actualité des expositions importantes de 2020 (s’il n’y avait pas eu de confinement!). Je chercherai le autres numéros.
Et si vous cherchez un cadeau de Noël pour les petits et les grands, pourquoi pas un abonnement?
Dans le matin, au bout d’une assez longue allée pour remonter le temps, deux silhouette. un enfant gambade autour d’un homme qui parle. C’est la leçon de jardin. Des oiseaux chantent. Un chien fouille la terre. Le père promène son fils dans l’univers des plantes. Il lui apprend à reconnaître et à nommer, à regarder et à humer. Il lui enseigne l’utilité des abeilles, que les poires comices trop vertes donnent la colique, que les saisons marchent, que l’hiver il faut travailler le sol si on veut un riche printemps….
Merci Monsieur Orsenna pour cette promenade dans les jardins des Tuileries, de Vaux-le-Vicomte, de Versailles, Chantilly, Sceaux, Marly, Saint Germain….ordonnés, dessinés par Le Nôtre, le Jardinier du Roi Soleil. Jardins dans lesquels je me promène souvent et que je ne regarderai plus du même œil naïf.
Perspective des jardins de Vaux le vicomte
Né au Tuileries, fils du Jardinier des Tuileries qui lui délivre cette leçon de jardin, André Le Nôtre a aussi bénéficié du voisinage des artistes et des artisans du Louvre. Son ami est Le Brun qui l’entraînera dans son premier grand chantier Vaux-le-Vicomte où il dessine un parc enchanté par les miroirs d’eau. Il faudrait que j’emporte les pages racontant les pièges et illusions optiques calculés par Le Nôtre(p.46 et 47).
Versailles : Encelade
On connaît le sort que le Roi infligea à Fouquet qui débaucha les artistes de Vaux pour construire Versailles. Comme à Vaux-le-Vicomte, Le Nôtre fit creuser canaux et bassins. Apporter l’eau à Versailles fut un travail titanesque avec le creusement des canaux sur le plateau de Saclay, la construction d’aqueducs et la puissante machine de Marly. Avec le Voyage Métropolitain, nous avons randonné sur les traces de l’hydraulique de Louis XIV.
voici ce qu’écrit Orsenna p.79
Le contentement des fontaines
Le XVIIème siècle a l’amour fou de l’eau. Dans le jaillissement des fontaines et le bouillonnement des cascades, il voit le portrait de la vie. Dans les images reflétées à la surface des étangs et des canaux et que soudain brouille le vent, il aime à se rappeler la fragilité des choses. Epris de lignes et de perspectives, rien ne le distrait mieux que ces fantaisies optiques. Religieux jusqu’au fond de l’âme, il croit que toutes les eaux douces ou salées communiquent entre elles, et toutes avec le ciel….
Promenade mais biographie, surtout!
Les témoignages concordent sur la bonté foncière de Le Nôtre, son égalité de caractère, son humour en toutes circonstances, sa spontanéité, sa simplicité…Toutes les qualités du « bonhomme », il les mais en exerce-t-il le métier?
Même si le jardinage est l’un des arts de l’agriculture, avouons que sa manière d’être paysan ne ressemble à aucune autre. Aménageur pharaonesque plus que cultivateur, hanté par la perspective plus qu’amoureux de botanique, il entretient avec la nature des relations de domination sourcilleuse.
Nous suivons Le Nôtre à la cour parmi les artistes que sont Racine, Molière ou La Fontaine, mais surtout auprès de Louis XIV . Fidélité, amitié?
Ce petit livre est passionnant, poétique, instructif. A lire, relire et emporter sur place.
Je ne me prive jamais d’une visite à Giverny. Dès que j’ai découvert ce titre à la Médiathèque, je l’ai commandé (click&collect). Malheureusement, les scènes se déroulant à Giverny sont peu nombreuses et je ne profiterai guère du jardin de Monet. En revanche, on traînera dans un vernissage au Musée Marmottan-Monet avec le gratin snob et assez détestable. Puis l’action se transportera à Monaco où se prépare un mariage princier. Tout aussi kitsch et snob. Fin navrante sur une piste de ski improbable dans les émirats.
L’intrigue est légère : deux spécialistes de Monet disparaissent du diner mondain succédant au vernissage. L’une d’elles est retrouvée égorgée dans un sarcophage de bronzage (j’ignorais que la chose existât) ; la seconde sera enlevée à Monaco. Il sera question de la vente d’un tableau de Monet, peut être un faux. Wandrille, journaliste mondain, et sa fiancée Pénélope, conservatrice du Mobilier National (imbuvables) mènent l’enquête qui ne démarre vraiment que dans la seconde moitié du roman. Dans la première partie au charmant titre Des crocodiles dans les nymphéas, l’intrigue traîne et la lectrice s’ennuie, le livre manque de me tomber des mains.
Dans la deuxième partie, Les parfums de Giverny, il est plus question de Monet mais pas tellement de sa peinture, plutôt de sa fortune….la fin est plus réussie mais ce serait dommage de la raconter ici.
Merci à Babelio et à L’Harmattan pour ce voyage littéraire au Mali où tout voyage touristique est impossible!
Ne comptez pas sur moi pour dévoiler Les secrets à l’ombre du manguier ! Il vous faudra lire le roman, et c’est une bien agréable aventure! Une histoire qui se lit d’un trait et qui m’a enchantée.
A Bamako, plus rurale que je ne l’imaginais, l’histoire se déroule comme un conte : conte avec des djinns, des fées, une calebasse volante et une hyène qui parle. Madou, dès sa plus tendre enfance est initié par sa mère au monde invisible des djinns. Comme elle, il a le don de lire les étoiles en lançant des cauris et il deviendra un marabout à l’âge précoce de sept ans.
Conte fantastique aux saveurs exotiques de la cuisine africaine, une lecture que l’on pourrait recommander aussi aux jeunes. Une initiation à la flore africaines, et aux herbes médicinales.
Attention, Madou subira aussi de lourdes épreuves, et vous serez émus quand il sera séparé de sa mère, battu par son oncle, mendiant…Le conte vire au roman d’initiation quand Madou affronte la dure réalité des talibés.
Quand Madou sera en âge de fonder une famille, il rencontrera les difficultés. Même avec ses connaissances surnaturelles, il faudra prendre les bonnes décisions….mais je ne raconterai pas tout.
Des oiseaux par milliers volent vers les feux
Par milliers ils tombent par milliers ils se cognent
Par milliers aveuglés par milliers assommés
Par milliers ils meurent.
Le gardien ne peut supporter des choses pareilles
Les oiseaux il les aime trop
Alors il dit tant pis je m’en fous
Et il éteint tout
Au loin un cargo fait naufrage
Un cargo venant des îles
Un cargo chargé d’oiseaux
Des milliers d’oiseaux des îles
Des milliers d’oiseaux noyés.
Je me suis souvenue du poème quand j’ai lu Les Déferlantes de Claudie Gallay
La nuit du naufrage, il a vu arriver un vol d’oiseaux, des migrateurs, un vol magnifique. Ils ont commencé à s’écraser, par dizaines. Je lui ai parlé de la lumière du phare qui se reflétait dans les yeux des oiseaux, de cette pitié immense qui le submergeait,
parce qu’il les voyait s’approcher avec tellement de confiance. – Il dit qu’il n’aurait dû y avoir personne cette nuit-là sur la mer. Il dit aussi que c’était impossible pour lui de voir mourir tous ces oiseaux.
» Sous la violence, les vagues noires s’emmêlaient comme des corps. C’étaient des murs d’eau qui étaient
charriés, poussés en avant, je les voyais arriver, la peur au ventre, des murs qui s’écrasaient contre les rochers et
venaient s’effondrer sous mes fenêtres.
Ces vagues, les déferlantes.
Je les ai aimées.
Elles m’ont fait peur. »
520 pages, 4 jours de lecture m’ont permis de retrouver La Hague après les deux livres de Didier Decoin : Les Trois vies de Babe Ozouf et Avec vue sur la mer. J’ai été éblouie par ce petit finisterre face aux îles anglo-normandes, battu par les vents, au climat si changeant. Un bon moment d’évasion par la lecture!
« La Hague est une terre de légendes, un lieu de croyances. On dit que certains disparus reviennent la nuit,
incapables de se détacher de cette terre. De s’en séparer. »
La Hague, avec ses phares, ses tempêtes, les naufrages.
La Hague, ses falaises battues par les vents, les vagues : les déferlantes, habitées par les oiseaux.
lanse saint Martin
Justement, la narratrice du roman, est ornithologue ; elle compte les oiseaux pour une recherche de l’université de Caen. Elle a choisi la solitude de ce village isolé, après un chagrin d’amour. Théo, l’ancien gardien de phare, qui recensait les oiseaux avant elle, vit seul avec ses chats. Au café de Lili, les habitants passent, tout le monde se connait mais on devine de lourds secrets. Ils ressurgissent quand Lambert arrive par un jour de grand vent pour vendre son ancienne maison et fleurir la tombe de ses parents et son frère qui ont péri en mer il y a quarante ans.
« Les questions, les réponses, ce complexe tricotage de mensonges et de vérités. Les choses dites en décalé, celles dites seulement en partie et celles qui ne le seront jamais. Toutes les teintes du contre-jour. J’avais appris ça avec les cormorans. »
Premier mystère : le phare s’est-il éteint pendant le naufrage? Théo est il responsable de la mort des parents du frère de Lambert?
Ce n’est pas le seul mystère. La vieille Nan, la couseuse de linceuls qui erre sur le rivage est un personnage assez étrange. Elle est à la recherche de Michel qui a disparu. Qui est donc Michel?
6
De fil en aiguille, le roman se trame, s’étoffe, dans le climat rude de cette pointe du Cotentin, au rythme des marées et des cafés et repas chez Lili.
La richesse du roman, et l’art de la romancière est de faire vivre de nombreux personnages secondaires originaux : Morgane, la fille au rat et son frère le sculpteur , Max, un peu simplet, qui construit son bateau et parle comme le dictionnaire, Monsieur Anthelme qui a connu Prévert…Richesse des thématiques : Les Déferlantes est un « roman maritime » mais pas que… Il est question de la couleur de la mer, des nuages menaçants, des oiseaux mais aussi de sculpture, d’environnement, de poésie, de chats et d’oiseaux…
J’ai aimé me laisser embarquer à ce rythme lent. En revanche, pour l’intrigue, j’ai vite deviné les circonstances du naufrage, pas besoin de 200 pages ! Les autres secrets (secrets de Polichinelle que tout le monde connait) se révèlent au lecteur avant le dénouement. Est-ce grave? pas vraiment, ce n’est pas un roman policier. Bien sûr, les impatients diront qu’il y a des longueurs. Aucune importance pour moi, j’avais envie de rester longtemps à La Hague.