Les Passages couverts du Sentier

TOURISTE DANS MA VILLE

les caryatides à l’entrée du Passage de Bourg l’Abbé

C’est une visite guidée par Monsieur Bac trouvée sur le site Explore Paris. Bien que parisienne de naissance, j’ai parfois besoin qu’on me fasse découvrir des endroits un peu secrets que je n’ai pas exploré seule.

J’étais passée la semaine passée par le Passage Brady en allant à la Galerie Martel où Art Spiegelman et Joe Sacco signaient leur BD Never Again!..And Again… (jusqu’au 10 janvier 2026) et cela m’avait donné envie d’en savoir plus sur ce quartier très vivant, cosmopolite et dépaysant. 

Théâtre Antoine boulevard de Strasbourg

La promenade commence au  métro Réaumur Sébastopol pour s’achever une station de métro plus loin à Strasbourg-Saint Denis dans un périmètre très restreint limité au sud par le métro Sentier et la Place du Caire. 

passage de Bourg l’Abbé

Nous découvrons les passages couverts. Ces passages furent aménagés à la fin du XVIIIème siècle : 1785 pour le Passage du Prado, 1798 passage du Caire,  et dans les années 1830 . Ils permettaient aux Parisiens de faire leurs achats dans des boutiques fermées sans se salir dans la boue des rues, raccourci entre les artères passantes et lieux de promenade agréable. Ces passages furent amputés par les travaux d’Haussmann et le percement du boulevard de Sébastopol (1854) puis concurrencés par l’essor des Grands Magasins. 

Nous entrons dans le Passage de Bourg l’Abbé sous le porche dessiné par Blondel avec ses deux cariatidesa, allégories du Commerce, et de  l’Industrie pour découvrir des boutiques sous une verrière très haute. Ce lundi 29 Décembre n’est pas très propice au shopping, nombreuses enseignes sont fermées. Ce passage est privé, l’accès n’est autorisé qu’en semaine et aux heures ouvrables. Aux étages supérieurs des résidents disposent d’une clé. 

L’entrée du Passage du Grand Cerf est moins spectaculaire. Reliant le 145 de la rue Saint Denis au 10 de la rue Dussoubs, il doit son nom à l’ancienne « Maison de roulage » du même nom, terminus des diligences. Des merceries et boutiques de laine sont encore très actives

lilweasel, boutique de laine et mercerie

ainsi que des brocantes  et boutiques d’articles religieux ou décoratifs

Et encore plus pittoresque cet opticien vintage « Pour vos beaux yeux »

Pour vos beaux yeux lunettes vintage

la place Goldoni en l’honneur du dramaturge qui a vécu 21 rue Dussoubs et qui y mourut « pauvre » comme le rappelle une plaque de marbre commémorative. Non loin, la petite Rue Marie Stuart rappelle le passage de l’éphémère reine de France, petite rue mal famée à l’époque, Rue Tire-boudin ou Tire-vit comme on n’avait pas osé le prononcer devant la reine. 

Notre conférencier  pianote sur un digicode pour nous faire découvrir un très élégant hôtel particulier caché aux yeux des passants. Il appartenait au gouverneur de la Bastille, de Launay. Des merveilles sont ainsi invisibles et secrètes. Un guide est bien nécessaire.

vitrine du Café Royal à l’entrée du passage de Bourg l’Abbé

Des constructions récentes ont été bâties à la place de l’ancienne Cour des Miracles souvenir littéraire dont il ne reste plus rien. Rue Réaumur, près du métro Sentier, Monsieur Bac nous parle de l’ancien quartier de la Presse et nous montre le siège de l‘Indépendant, évoque Paris-Soir, puis France-Soir, Pierre Lazareff….temps révolu, il ne reste plus d’imprimerie de Presse maintenant. Heureusement qu’une visite guidée peut me rafraîchir la mémoire. Nous sommes dans le Quartier du Sentier, quartier du textile et de la passementerie et arrivons Place du Caire

passage du Caire

Le Passage du Caire a été construit après l’expédition de Bonaparte. Sur la façade des figures d’Hathor sont surmontées d’une frise ressemblant aux bas relief de RamsèsII et au sommet de l’immeuble des hiéroglyphes fantaisistes intègrent une caricature du profil d’un professeur des Beaux Arts.

Verrière Passage du caire

Le Passage du Caire a été construit dans l’esprit d’un bazar oriental sur un plan en Y avec 3 différentes allées rejoignant la rue du Caire, et la Rue Saint Denis. Les boutiques ne sont guère jolies, ce sont plutôt des entrepôts et des ateliers de textiles. L’endroit ne respire pas la prospérité. Discrétion des grossistes ou crise du textile?

Encore un  passage : Le passage du Ponceau et la découverte d’un autre hôtel particulier ravissant.

Nous passons Rue Blondel, puis Rue Saint Denis très animée depuis des temps très anciens : voie qu’empruntaient les rois de France pour aller à la Basilique Saint Denis. L’arc de Triomphe est élevé en l’honneur des campagnes militaires de Louis XIV et de la victoire sur la Hollande, érigé en 1673 par Blondel. Nous traversons ensuite le Boulevard Bonne Nouvelle pour un dépaysement certain : nous sommes en Turquie! Cette petite Turquie est très animée avec des commerces de bouche et de nombreux restaurants.

passage du Prado

Art déco ou indien, le décor métallique qui soutient la verrière du Passage du Prado ? nous continuons le voyage en Orient, Pakistan ou Afghanistan, des officines de traducteurs sont décorées de l’ancien drapeau afghan. Barbiers à prix dérisoires, commerces exotiques. 

passage Brady

Passage Brady, ,nous sommes en Inde avec des restaurants très appétissants, des épiceries exotiques et des coiffeurs. Perruques, extensions, teintures…Un peu plus loin, après le Château d’Eau nous arriverions au Château Rouge, concentration de coiffeurs africains….mais nous ne ferons pas le voyage ce jour. 

Bouillon Julien

Dernière découverte : le Bouillon Julien, nombreuses tables dans un décor Art Nouveau  (ouvert en 1906)verrière à motifs végétaux, mosaïque de Trezel sur des motifs de Mucha, stucs et un comptoir en bois précieux de Cuba. Les prix sont tout à fait raisonnables et j’ai prix la carte pour réserver à la prochaine occasion. 

Soulages, une autre lumière au Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 11 janvier 2026

J’ai découvert Soulages, chez lui, dans son musée de Rodez. Découvert l‘Outrenoir sur des toiles où le noir appliqué au pinceau, au couteau, griffé gratté joue avec la lumière qui transforme le tableau selon l’angle d’incidence. De grands tableaux noirs et tant de variété…une visite passionnante. CLIC

J’ai suivi Soulages à Conques et observé comme la lumière modifie les vitraux selon le temps qu’il fait, l’angle d’incidence… Et toujours la sobriété des abbayes cisterciennes CLIC

Soulages, peintre du noir ou de la lumière.?

« J’aime l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs lorsqu’il illumine les plus obscures il leur confère une grandeur sombre »

Soulages 2005

 

Quoique… Soulages n’a pas toujours peint du noir. Quand il s’est installé à Paris à la fin des années 40, il a surtout utilisé du brou de noix à la riche teinte brune.

 

L’exposition présente des papiers marouflés sur toiles. Ordre chronologique, on peut deviner l’évolution du travail. Bou de noix, gouache noire, encre. Peinture abstraite : ne pas chercher d’intention, les titres donnent une date, et les dimensions de l’œuvre. Rien pour guider le regardeur qui se fera son interprétation personnelle. Ou pas.

On découvrira des séries qui se répondent,

Intrigué, je zoome :

surprise! une timide apparition de la couleur

il y a aussi une exposition « immersive » avec casque numérique mais j’ai horreur du casque, je ne peux donc pas vous en parler.

La Femme nouvelle selon Gabriele Münter – Florence Mauro (Le roman d’un chef d’œuvre)

EN REVENANT DE L’EXPO…GABRIELE MÜNTER et KANDINSKY

1929 la sténographe Suisse en pyjama

« Ecrire. Gabriele peint le portrait de la féminité et aussi celui de la femme active, qui a une fonction propre et réalise un métier. Sténographe, le premier métier officiel attribué au genre féminin. La femme représentée, motif central, occupe tout l’espace du tableau. La frontalité et le peu de perspective accordée au sujet peint nous rapprochent. Une coupe de cheveux à la garçonne. Plutôt courte, crantée. Le pantalon a la forme « harem », la mode de l’époque. Les chaussures rouges indiquent qu’elle aime aller danser, mais qu’elle s’est rendue immédiatement disponible au travail. Elle serait vêtue sous son pull d’un pyjama, le tissu apparaît, souple. Panoplie de la femme émancipée. L’artiste utilise peu de couleurs, du bleu outremer au fond, plus clair[…] Gabriele vient de peindre la « femme nouvelle » en France, « Neue Frau » en Allemagne.

Je me souviens très bien de ce tableau à l‘Exposition Gabriele Münter au MAM au printemps dernier (CLIC), mais je n’avais pas acheté le livre de Florence Mauro à cette occasion. En visitant l’Exposition Kandinsky à la Philharmonie( CLIC) j’ai pensé à elle. 

1907 Kandinsky à l’harmonium

Courte biographie (109 pages en comptant les annexes), Florence Mauro s’attache à décrire certaines œuvres majeures de la peintre. Si bien que j’ai lu ce texte en 3 jours, m’arrêtant pour chercher dans la galerie-photo de mon ordinateur, ou sur Internet les tableaux du livre. Lecture hachée mais très plaisante. 

Paul Klee assis dans un fauteuil.

Plaisir aussi de croiser au fil des pages les peintres du Cavalier Bleu, ceux de Montparnasse, Paul Klee, et de découvrir des noms inconnus.

Suivre cette voyageuse, partie très jeune aux Etats Unis d’où elle a rapporté de belles photographies (dans l’exposition du MAM), qui a voyagé  avec Kandinsky, d’abord son professeur, puis son compagnon, à Paris avant la Grande Guerre, puis en Suède où elle avait imaginé vivre avec Kandinsky qui n’était plus le bienvenu dans l’Allemagne en guerre.

1936 Route menant aux montagnes

Encore une fois, mesurer comme la notoriété était plus compliquée pour une femme. Revenue seule en Allemagne, oubliée alors qu’elle était une figure majeure de l’Avant-Garde du temps du Blau Reiter tandis que Kandinsky et Klee avaient intégré le Bauhaus et étaient au faite de la célébrité.

Je compte persister dans la lecture de cette collection Le roman d’un chef d’oeuvre afin de continuer les visites des expositions et musées. 

 

 

 

Zeev Sternhell contre le fascisme, un historien engagé en livre et podcast.

 

Par ces temps mauvais, l’actualité me déprime, Guerre au Moyen Orient, Guerre en Ukraine, 7 Octobre, Anéantissement de Gaza, pogrom en Australie

les chevaliers de l’Apocalypse, Galerie Martel , Art Spiegelman et Jo Sacco signent leurs livres

Toujours la même interrogation : est-ce le retour du fascisme?

Le RN de Marine Le Pen et Bardella est-il fasciste? les attaques contre l’Etat de Droit et les juges de la part de Retailleau, est-ce du fascisme?  Trump est-il fasciste? Et l’accusation de fascisme de Poutine quand il fait la guerre à l’Ukraine, c’est le monde à l’envers. Et Netanyahou et son gouvernement? Sans parler du retour de l’antisémitisme de plus en plus inquiétant.

Il me semble urgent de revenir à une définition du fascisme, et à étudier son histoire et ses racines. Sternhell a consacré toute sa carrière d’historien à cette question. Il était donc urgent de lire ce livre. 

…contre le fascisme sous toutes ses formes, dont la définition qui est retenue dans ces pages est celle, matricielle, de Marie-Anne Matard-Bonucci : le fascisme est un mouvement ou système politique ultranationaliste, opposé à la philosophie des Lumières (libéralisme et communisme) qui vise à transformer la société et l’individu sur la base d’une conception holistique de la société, c’est-à dire qui ne laisse rien de côté, soit au moyen de la dictature d’un parti unique, soit de l’État et au moyen de la violence. (p. 12)

dans la présentation de Pierre Serna. 

Ce sont donc près de 50 ans d’histoire de l’extrême droite et des fascismes qui marquent la longue carrière de Sternhell entre 1972 et 2020.  (p. 12)

Cet ouvrage n’est pas un biographie de Sternhell ni un résumé de son oeuvre. C’est une compilation d’articles de spécialistes de l’histoire des idées politiques listées dans le sommaire ci-dessous :

DU SOLDAT CITOYEN A L’HISTORIEN HUMANISTE-Pierre Serna

ENTRE GUERRES DICIBLES ET GUERRES INDICIBLES – de Annette Becker

SIONISTE FACE AU SIONISME – Philippe Gumplowicz

LA QUESTION DES FASCISMES FRANCAIS -LE NATIONALISME BARRESIEN ET SES ECHOS DANS LA FRANCE ET LES ETATS-UNIS D’AUJOURDHUI – Philip Nord

NI DROITE NI GAUCHE ENTRE 1983 ET 2020 LES FONDEMENTS D’UNE CONTROVERSE HISTORIOGRAPHIQUE -Olivier Forlin

STERNHELL ET LA THESE IMMUNITAIRE – Kevin Passmore

UN IMAGINAIRE HISTORIQUE OU LA CONTRE-REVOLUTION REFOULEE – de Baptiste Roger-Lacan

PLUTÔT HITLER QUE BLUM LE NAZISME COMME TENTATION DES « ELITES OCCIDENTALES » DANS LES ANNEES 30 -Johann Chapoutot

LES ANTI-LUMIERES DE VICO A CROCE – Frédéric Attal

FLEURIR LA TOMBE DU DICTATEUR (1936-2024) Pierre Salmon

VU D’ITALIE : UN DEBAT D’HISTORIENS – Valeria Galimi

EN ALGERIE AUSSI LA DROITE REVOLUTIONNAIRE – Benjamin Stora;

CONCLUSION D’UNE RENCONTRE – Henry Rousso

C’est donc un ouvrage de spécialiste, destiné à un public averti de l’histoire des idées politiques. Les sujets traités sont plus ou moins abordables pour la lectrice lambda que je suis.

Dans ce système, l’Autre, c’est-à-dire le Juif, l’étranger, l’indigène, le communiste, l’humaniste, la femme
ou l’homme des Lumières, est pensé comme un être à détruire, au point de rendre possible la culture
politique de la violence, voire de justifier la provocation à la guerre civile et la conquête du pouvoir par la
force, en négation totale avec les principes des républiques démocratiques,
Page 20

J’ai été très intéressée par l’histoire sur le temps long, qui fait remonter le débat aux Idées des Lumières, à la Révolution de 1789 et au cheminement des idées s’opposant aux Lumières au cours du XIXème siècle, à travers le Boulangisme, l’Affaire Dreyfus, Barrès… L’idée reçue que le fascisme découlerait des suites de la Grande Guerre, aussi bien en Italie et en Allemagne se trouve battue en brèche par l’analyse au long cours de Sternhell. qui remonte plus loin dans les origines :

Avec le boulangisme et l’antidreyfusisme, le rejet des Lumières passe ensuite des sphères intellectuelles
à l’espace public. Cette fois, la politique des anti-Lumières « est un phénomène de masse »

Autre idée que Sternhell apporte  : le concept de Droite révolutionnaire, droite qui ne cadre pas avec la classification habituelle faite par René Rémond de trois Droites : bonapartiste, légitimiste, orléaniste. Opposition aussi de Sternhell à l’idée que la France serait immunisée au fascisme, idée répandue chez les intellectuels français qui éviterait de penser Vichy comme fasciste mais comme un épisode passager de l’Histoire de France.

J’ai eu beaucoup de mal à comprendre les réactions violentes des historiens de Science Po (J’ai moi-même eu Touchard et René Rémond comme professeurs à Science Po).

Encore plus de mal à comprendre les implications italiennes de Vico et Croce dans l’Histoire du Fascisme. En revanche, le culte que certains vouent encore à Franco est plus facile à saisir. Le chapitre consacré à l’Algérie par Benjamin Stora est limpide. On comprend très bien comment les lois excluant les Juifs pendant la Guerre se sont si bien appliquées dans des régions pourtant éloignées de Vichy et encore plus de l’Allemagne.

Tel que je le conçois, le sionisme était avant tout le retour du Juif à la normalité. Les Juifs ne devraient
plus être à la merci du bon vouloir d’autres peuples, mais fixeraient eux-mêmes leur destin. En ce sens, j’
ai été “archi-sioniste” et je le suis aujourd’hui encore.

Le chapitre Sionisme face au sionisme m’a particulièrement interpellée. Il est tout à fait d’actualité même si  Sternhell est décédé en 2020.qu’il aurait dit pour le 7 Octobre, puis la Guerre à Gaza m’aurait intéressée. Sternhell se définit comme israélien, il a combattu pendant 4 guerres mais il a adopté une position très critique vis à vis de la politique de colonisation. A tel point qu’il a subi un attentat : une bombe déposée en 2008. Sa critique dépasse celle du gouvernement de droite : la gauche sioniste aussi est caractérisée par le nationalisme

la synthèse entre socialisme et idée nationale était revendiquée par le courant central du travaillisme —
« De la classe à la nation », tel était le slogan asséné par David Ben Gourion dans maintes tribunes de
congrès —, la dissolution du socialisme dans le nationalisme prôné par la droite sioniste ne pouvait qu’
irriter la gauche israélienne.

primat de la nation commandait tous les autres. Le drapeau rouge du socialisme des défilés du 1er Mai
dans les rues de Tel-Aviv n’était qu’un leurre. Le corpus idéologique des fondateurs d’Israël était bien
moins marxiste qu’inspiré par « le nationalisme organique, le nationalisme historique et culturel(p.72)

Ce recueil est difficile  à lire quand on ne dispose pas de la culture historique suffisante. A relire! Je n’ai toujours pas de réponse à mes interrogations initiales mais l’Histoire des idées se précise.

Pour mieux connaître Sternhell le podcast de RadioFrance : L’Histoire à Bras le corps interview par Philippe Gumplowicz CLICest passionnant et surtout très éclairant . 5 épisodes de 28 minutes permettent un abord chronologique plus méthodique. Parcours de vie de l’enfant de Galicie occupée par les nazis, caché par des Justes polonais, orphelin qui arrive en Avignon, à 16 ans s’engage en Israël . L’étudiant à Sciences Po, élève de Touchard qui fait une thèse sur Barrès (pas du tout à la mode) . L’universitaire qui disserte sur les Lumières et les Anti-Lumières, explique Herder et Kant, Rousseau. Le polémiste dont les travaux ont été contestés jusque dans les tribunaux quand il a écrit que Jouvenel avait collaboré sous Vichy.

Sternhell a accompagné mes promenades en forêt, compagnon de route. Quelle merveille ces podcasts qui permettent de faire entendre la voix de telles personnalités!

Mon premier Zola – Au bonheur des dames édition abrégée – dès le CM2???

A QUELÂGE LIRE ZOLA? 

Couverture rose pour les petites filles? un carnet de lecture pour noter chaque chapitre….192 pages en tout, quand je retranche les notes au lecteur, liste des oeuvres de Zola, préfaces, glossaires, pages pour écrire….il ne reste que 150 pages du roman initial. Selon  le 4ème de couverture,  « abrégé mais pas adapté », j’en doute fort. Le roman intégral a entre 450 et 500 pages selon les éditions. 300 en moins, c’est beaucoup.

Le roman original est un de mes préférés de la série des Rougon-Macquart.  Encore très actuel avec les techniques de marketing dignes de celles de nos grandes surfaces2025. On vend à perte (à peine ) le Paris-Bonheur, et la cliente qui a fait une bonne affaire va acheter tout plein de bricoles inutiles…Procédé digne des « Bons Prix anti-inflation » des magasins actuels  vont gagner de la marge sur le reste du panier…. Cela reste très bien démontré dans ce Bonheur des dames abrégé. Les Grandes Expositions, s’appellent maintenant les Evènements, les Soldes.…Les petites consommatrices du CM2 peuvent comprendre cela .  Excellente introduction à une consommation critique!

Mais pour le style! Etourdissant, foisonnant, Zola sait me charmer, ici est devenu plat. Je tourne les pages mollement sans me laisser capter. Certes, je ne suis pas le public attendu, de plus, je connais l’histoire.

Dans mon entourage je ne connais pas d’enfant CM2/ 6ème pour tester le livre.  J’interroge mes anciennes collègues. Catégoriques! « Au bonheur des dames c’est pour les 4èmes », disent-elles. D’ailleurs dans la boutique kindle, il existe au moins 2 éditions abrégées destinées à ce niveau : 250 pages. la moitié de l’original, presque le double de l’édition du « Premier Zola« .

Est-ce bien nécessaire d’anticiper les lectures? Le plaisir c’est aussi de se laisser engloutir par un pavé luxuriant, foisonnant, de jouer avec les mots, même démodés, même désuets. Pour cela, il faut être un bon lecteur. Laissons les très bons lecteurs voler dans les bibliothèques pour adultes les livres « qui ne sont pas pour les enfants »  qui auront le goût du plaisir défendu. Et choisissons des contes, des poèmes, des romans-jeunesse !

 

L’ombre de nos nuits – Gaelle Josse

EN REVENANT DE L’EXPO DE LA TOUR

Saint Sébastien soigné par Irène

A la sortie de tous les musées, les visiteurs sont conduits à la boutique-librairie, j’ai trouvé ce roman de Gaëlle Josse à l’issue de ma visite à l’exposition Georges de La Tour – maître du Clair-obscur au Musée Jacquemart-André. 

Court roman, 192 pages.

Roman choral, trois narrateurs mêlent leurs voix : De La Tour, le peintre, Laurent son apprenti, et de nos jours, une jeune femme traductrice, amoureuse éperdue.

Cette lumière, et la nuit tout autour. Cette autre femme qui détourne son regard. Elle a raison, il faut
savoir se protéger. Il faudrait. Ces mains, qu’on devine douces, légères, attentives à ne pas aggraver la
blessure.

Georges de  La Tour, dès le premier chapitre commence son Saint Sébastien soigné par Irène, tableau présenté à l’exposition. C’est passionnant d’imaginer le Maître préparer son matériel, choisir ses modèles, donner ses instructions. Avec le témoignage de son apprenti, on voit se peindre le tableau sous nos yeux.

Saint Sébastien est celui que nous invoquons pour nous protéger du fléau de la peste, car il a survécu aux
flèches, dans lesquelles nous voulons voir aujourd’hui une représentation de la violence de l’épidémie.
équilibre de l’ensemble, et jusqu’à ces derniers jours son image m’échappait. Enfin, j’ai trouvé. Elle est un témoin. Elle éclaire la scène mais s’en détourne.

On imagine aussi l’arrière plan, à Lunéville, duché de Lorraine, les ravages de la Guerre de Trente ans  (1618-1648) et des épidémie de peste qui ont emporté les parents de Laurent, recueilli par le peintre. Ce dernier veut présenter son chef d’œuvre à Louis XIII. Il fera le  le voyage par route et sur le coche d’eau sur la Marne. Présentation à la Cour. 

J’ai bien aimé le roman historique.

En revanche, l’histoire d’amour entre la traductrice et son amant mystérieux ne m’a pas du tout accrochée. Relation toxique. Décor convenu. Issue prévisible.  Je n’ai pas  vu le rapport avec le tableau. Quel intérêt?

Georges De La Tour – Entre Ombre et Lumière – Musée Jacquemart André

Exposition temporaire prolongée jusqu’au 22 février 2026

George De La tour – Le Nouveau Né

Entre ombre et lumière on pense tout d’abord à Caravage, la vidéo de l’exposition préfère ténébrisme . La visiteuse s’amuse à chercher la source de lumière, est-ce une bougie cachée par la main de la femme qui fait écran, ou le nourrisson est-il l’enfant Jésus rayonnant de lui-même? J’aime beaucoup le visage doux de la mère. 

Ici la chandelle est bien présente, éclairant le livre de compte (soigneusement peint, j’ai vérifié) et comptant la monnaie. J’ai pensé sur place au tableau du Caravage à Saint Louis des Français : La vocation de Mathieu. Après examen,  ils sont bien différents.

Job raillé par sa femme

Plus spectaculaire encore l’éclairage par en dessous dans le Job raillé par sa femme. Et dans la femme à la puce, on devine la puce écrasée entre les ongles.

La Femme à la puce.

le Peintre des infortunés

j’ai aimé les représentations des misérables Mangeurs de pois

et le vielleur aveugle qu’il a peint tantôt avec sa sacoche, tantôt avec son chien

Le vielleur

Répliques et variations

montre deux versions de Saint Jérôme pénitent . Ici un autre jeu pour la visiteuse joueuse : jeu des 7 erreurs, le sujet plaisait puisque un tableau avait été commandé par Richelieu, et l’autre se trouve en Suède. Celui au chapeau rouge était-il destiné au cardinal? 

Apostolados

Vient toute une série de saints (deux saint Jacques, le majeur et le mineur) . Ces thèmes religieux m’attirent moins mais je me suis arrêtée longuement devant les deux tableaux de Saint Pierre repentant . Celui à la larme est bouleversant se tordant les mains.

Saint Pierre repentant à la larme

Autre repentante : Madeleine

Madeleine repentante

Georges de La Tour a peint de nombreuses toiles, il était célèbre en son temps. La Lorraine a vécu des années troublées avec la Guerre de Trente ans puis des épidémies dont il a d’ailleurs succombé en 1652. Le peintre est tombé dans l’oubli et seulement une quarantaine d’œuvres ont été retrouvée. On ne connait certains tableau que par des copies.

Encore une belle exposition, dommage qu’elle attire tant de foule!

 

1925 -2025 – Cent ans d’Art Déco au Musée des Arts Décoratifs

Exposition temporaire jusqu’au 26 avril 2026

Centenaire de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels moderne de Paris 1925. Paris célèbre les Arts déco au MAD et à la cité de l’Architecture. Qui dit « arts déco » dit mobilier, mode, bijoux, accessoires pour la maison, mode…A la Cité de l’Architecture, plutôt pavillons de l’Exposition. Plus que jamais, architectes et décorateurs, ferronniers, verriers, stylistes ont travaillé de concert.

paravents en ferronnerie et robe assortie

L’exposition est très fournie, chacun.e y trouvera son trésor. Créations de bijoux prestigieux de Cartier éblouissants de diamants et de matériaux précieux (j’ai aimé le corail). Tissus et modèles de mode. 1000 objets promet le catalogue.

Grilles ferronnerie .Brandt Cherchez le paon et les baigneuses!

Il faut donc faire ses choix. Je vous présenterai uniquement mes préférés, au feeling, sans jugement de valeur. Effet de théâtre des paravents que j’aurais bien tous photographiés. 

paravent paysage

Les vases m’ont aussi beaucoup plu : Lalique, évidemment

vase avec les perruches

Tout un mur présente les motifs, colorés, géométriques, stylisés ou exubérants, tissus, papiers peints…

Quel tissu choisirez vous pour tapisser les fauteuils? Choix au Galeries Lafayette dans tous ces échantillons.

Grande sophistication des techniques et des matières parfois insolites comme le galuchat (peau de raie) de ce  chiffonnier anthropomorphe qualifiée de « Joconde »

Chiffonnier anthropomorphe

Laque avec des coquilles d’œufs, incrustation d’ivoire, broderies.

incrustation de nacre

Les meubles sont présentés dans des salons : salon de Nelly de Rothschild, décoré par Clément et Mère. Ou hôtel particulier de Jacques Doucet…

Coiffeuse toute en arrondi et en spirale

Une « Ambassade française » est meublée pour l’Exposition. plusieurs projets sont mis au concours.

Bureau de l’Ambassade

Il faudrait aussi citer les Artistes décorateurs les plus éminents comme Jacques-Emile Ruhlmann;Jean-Michel Frank ou Eileen Gray.

Il me faudrait aussi m’attarder sur l’Orient Express dont les wagons meublés sont reconstitués au rez de chaussée. Avec la vaisselle, les velours des sièges…

Enfin, je comprends comment Matatoune eu l’idée d’approfondir chaque motif chaque détail dans son calendrier de l’Avent. 24 articles pour présenter l’Art Déco. Chaque matin, j’attends son billet! CLIC Je la remercie encore de m’avoir donné quelques clés pour visiter cette exposition foisonnante.

Paris 1925 – l’Art Déco et ses architectes à la Cité de l’Architecture

Exposition temporaire jusqu’au 29 mars 2026

 

Le titre aurait dû être L’Exposition Internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris 1925 . L’exposition de la Cité de l’Architecture se concentre sur cette Exposition Internationale et présente quelques pavillons réalisés par des architectes de renom. 150 pavillons dont une centaine français et de nombreux étrangers, l’Allemagne exclue, les USA empêchés. 

Jiriart Tribout Pavillon des Galeries Lafayette

Ces constructions se devaient être des créations originales et modernes. Plusieurs contraintes pesaient sur leur conception :les pavillons devaient être démontables, la hauteur imposée 5 m, et les arbres et la végétation ne devait subir aucun dégât.

MALLET STEVENS : pavillon des renseignements et du tourisme

Robert Mallet Stevens (1886-1945) a intégré les arts appliqués et  a travaillé en collaboration avec des sculpteurs, vitraillistes .

Albert Laprade – Pavillon eu magasin du Louvre

Albert Laprade a commencé sa carrière au Maroc, réalisé aussi le palais de la Porte Dorée. C’est un des premiers inventeurs des jardins contemporains

Le Corbusier (1887-1965) a construit le Pavillon de l’Esprit Nouveau avec un arbre inclus dans la terrasse-jardin (pas facile à photographier j’ai loupé la photo)

PERRET GRANET Théâtre de l’Exposition

Auguste, Gustave Perret et André Granet ont conçu un théâtre très épuré, très clair 

Favier décor pour le pavillon de l’Intransigeant

Favier et Brandt ont aussi fait des grilles pour la Porte d’Honneur de toute finesse

Favier et Brandt grilles

Il faudrait aussi citer Süe et Mare parmi les fondateurs de l’Art Déco ainsi que Marast qui a aussi imaginé l’église de Vincennes des Jardins, de conception méditerranéenne 

Exposition très pointue, pédagogique mais uniquement centrée sur l’Exposition. J’attendais aussi des constructions Art Nouveau dans les environs…

Ce qui se trame – Histoires tissées entre l’Inde et la France – Manufacture des Gobelins

Exposition temporaire jusqu’au 4 janvier 2026

 

Somptueux Kalamkari au cyprès et aux paons

Les textiles, cotonnades, indiennes voyagèrent de l’Inde à la France en nombreux allers-retours, influences s’entrepénétrant, comme chaîne et trame d’un tissage métissé. J’avais déjà vu ces influences à Orange à la présentation de la fabrique Wetter où étaient manufacturées des « indiennes » et au Musée de la Toile de Jouy.

L’Exposition « Ce qui se trame «  se déroule  sous  le patronage des Manufactures nationales, de l’Institut Français, de l’Ambassade de France en Inde mais aussi de Louboutin, directeur créatif de l’exposition, de la Maison Lesage Intérieurs et 19M, et enfin, du programme de résidences artistiques à la Villa Swatagam. 

L’Antichambre

La visite commence dans l‘Antichambre, exemple parfait de métissage : le mobilier, la cheminée et ses bûches, le lampadaires sont tapissée de cotonnade aux motifs et couleurs indiennes . Tendues, au-dessus de nos têtes, des lanières de tissu figurant la toile d’une tente moghole. Sur le mur d’entrée aux arcades indiennes on a tendu de la toile de Jouy aux motifs bucoliques, images de France…métissage inversé.

Nid contenant une tente moghole

Rouge indien, rouge voisin du corail et bleu de l’indigo, les couleurs indiennes de base. Le nid inversé sur un miroir où est posée une tente moghole est l’œuvre de Lesage, contemporaine et surprenante. 

madame de Pompadour et un caraco d’Indienne

Quand Madame de Pompadour faisait la mode à la Cour, l’indienne était de tous les accessoires, ici en caraco sur une jupe de coton. Le coton venait d’Inde.

Broderies de Sumakshi Singh

La salle suivante est blanche, blanche comme la dentelle d’Alençon, ou la mousseline brodée. Dentelle de France, broderie indienne, s’épousent s’échangent. Le blanc est la couleur de deuil en Inde. Une merveilleuse installation Blueprint of Before and After de Sumakhsi Sing CLIC est composée de très fines broderies sur des modèles végétaux, feuilles de lotus ou d’herbes aquatiques suspendues par des fils presque invisibles. Légèreté, transparence. Les broderies étaient sur un support que la brodeuse a dissous chimiquement pour qu’il ne reste que ces nervures. la disparition de la matière pour ne garder que le squelette correspond à ce thème du deuil. A la fragilité de la vie. Je suis revenue contempler cette oeuvre qui me plaisait beaucoup à la fin de la visite. De la fenêtre venait une lumière rose du coucher du soleil éclairant les motifs et leur donnant un aspect nouveau. 

au coucher du soleil la lumière rose colore les broderies de Sumakshi Singh

Rouges panneaux qui se répondent : tentures napoléoniennes de la salle du trône du Palais de  Versailles avec les pans  des tentes mogholes. Sari brodé, caftan contemporain.

Pan de tente moghole

et au plafond des fils d’or tendus d’un tissage d’une finesse évanescente tandis qu’au milieu de la salle Lakshmi Modhavan CLICa installé une 96 navettes de bois chargées de fil d’or sauf certaines contenant des cheveux noirs de son fils,  symbolisant la transmission de la tradition et de son savoir de tisseuse. Le tissage à la main de ces fils d’or est si fin que des mots se lisent par transparence EVERYBODY /ANYBODY/NOBODY:

Fil d’ors fins comme un cheveu et leur ombre portée

suspendus le Kalamkari au cyprès (voir ci-dessus) imprimé au bloc, découpé, appliqué sur un fin voile de coton puis rebrodé au point de chaînette pour dessiner les deux paons, deux tigres et des antilopes. 

motifs floraux garance et indigo

Des tissus indiens de légende comme le Chintz peint et teint à la main de délicate fleurs garance et indigo. Shantush si fin qu’il passe à travers un anneau, pashmina

Un escalier monumental conduit à l’étage : sur un écran un film montre les différentes façons de porter le sari. A Varanasi des pèlerins de toute condition vont vers le Gange, des jeunes élégantes le plissent, le replient, en font un voile ou une étole…

Défilé Haute couture

Nous sommes arrivées dans la salle du défilé Haute Couture où des couturiers européens ou indien ont interprété le thème du sari. La robe satin rose est de Christian Dior, The golden Ascendant de l’Indien Gaurav Gupta, la robe du soir d’Yves Saint Laurent. Tandis que Chanel est en organza orange (tunique et bermuda). Spectaculaires anneaux de saturne de Schiaparelli

Anneaux de Saturne de Schiaparelli

Le décor est une immense tapisserie à fond vert et motifs végétaux The flower we grew de Rithika Merchant, Chanakya, CLIC

motif de la tapisserie

réalisée pour le défilé de Christian Dior au Musée Rodin. Elle est composée de 37 panneaux et a nécessité 144000 heures de travail par 306 artisans.

la salle suivante est sur le thème « Sculpter le corps des femmes »

Made in India – Leila Alaoui

la photographe a réalisé les photographies des ouvrières du textile en faisant leur portrait en pied dans une cabine à fond noir. Elle a gagné leur confiance  puis monté 18 photographies de leurs mains ravagées par le travail manuel. (la Haute couture et le Luxe sont loin!)

Dans les sculptures du corps, une très dérangeante Vénus ouverte de Jeanne Vicérial CLIC

Un très grand panneau indigo clôture cette séquence. Indigo de l’Inde. Cascades de fils.

indigo

On entre dans la salle DENIM, denim, la toile des jeans, qui intégre la ville de Nîmes qui lui a donné son nom et l’indigo de l’Inde. Dans cette salle des poufs, canapés invitent à se poser pour regarder le film qui détaille les techniques de teinture au bloc, les broderies avec des paillettes, des perles, les incrustations….

Et pour terminer un retour à la Manufacture de Gobelins avec la grande tapisserie du Corbusier. Le Corbusier a dessiné la ville futuriste de Chandigarth en Inde. 

en conclusion : une exposition merveilleuse qui ne restera que jusqu’au 4 janvier. Courrez aux Gobelins!