Je m’étais promise de lire Makine et je l’avais laissé de côté : quelle erreur.
L’Ami Arménienest une véritable découverte. Un court roman (188 p.) qui se lit d’un trait. Tout en finesse et en délicatesse.
Roman d’apprentissage. Roman d’amitié entre ces deux adolescents 13 ou 14 ans qui, du fond de la Sibérie, découvrent le monde, l’amitié, la violence, les prisons et la tragédie du génocide arménien. Cette énumération suggère une lecture sombre. Pas du tout, malgré les tragédies qui les entourent, les deux garçons découvrent la légèreté de l’air qui compose les nuages, les étoiles en plein jour, l’étreinte d’un couple d’amoureux, et la beauté du « Royaume d’Arménie » que les exilés ont emporté avec eux en Sibérie au « Bout du Diable ».
« tu veux que je touche le ciel? Comme ça avec mes doigts… »[…] »Là , à notre hauteur, c’est le même air qu’au milieu des nuages, n’est-ce pas? Donc, le ciel commence à partir d’ici, et même plus bas, tout près de la terre – en fait , sous nos semelles »
Un point de vue très décalé. Une leçon de vie. Vous allez découvrir des surprises.
De 1250 à 1517, les sultans mamelouks régnèrent sur l’Egypte, la Syrie. 1260 – ils arrêtent l’avancée des Mongols, 1291, prennent Acre et mirent fin au Royaume Croisé de Jérusalem, 1400 arrêtent Tamerlan jusqu’en 1517 où il furent défait par l’armée ottomane de Sélim 1er.
Caparaçon
Les mamelouks étaient des esclaves militaires, enfants ou adolescents achetés ou enlevés dans les plaines de Russie puis dans le Caucase. Cavaliers d’élite, ils formaient un e caste militaire parlant turc. Cet honneur n’était pas héréditaire, les fils des mamelouks devaient intégrer un autre corps ou se lacer dans une carrière civile.
Clé de la Kaaba au nom du sultan Faraj (1399-1412)
Protecteurs des lieux saints, à la Mecque et Médine les sultans possédaient la clé de la Kaaba. –
La visite commence auCaire dans le Complexe de Qalawun(1284-1285) comprenant une madrasa, un hôpital et le mausolée de Qalawun. Projetées sur trois murs, les images et les zooms nous offrent toute la variété des décors, stucs, marbres, colonnes antiques, géométries élaborées….
Lampe au nom de l’émir
De magnifiques objets accompagnent les images, brûle-parfum, bassins, coupes et chandeliers en métal cuivreux, incrusté d’or et d’argent finement ciselé. Ouvrages à décor géométrique, ou arabesques ou portant des écritures calligraphiées et même des scènes de chasse ou équestres
Bassin orné de scènes de chasse
De petits encarts présentent les sultans les plus fameux :
Baybars, (1260_1277) le fondateur
Qaytbay (1468-1496) « la force tranquille » (1501-1516)
Qansawa Al Ghawri (1501 – 1516)
Ainsi que d’autres personnages :
Muhammad ibn Khalil Al-Samadi qui aurait vécu à Damas et aurait soutenu les troupes mamlouks de son tambour soufi.
Qawsun, grand émir et favori, arrivé en Egypte en 1320 comme marchand. Séduit par sa beauté, le sultan l’achète, le fait émir et lui donne sa fille pour épouse.
l’épouse de Qaytbay, Khawand Fatima, « sultane d’affaire »
Si les objets, d’une grande sophistication, sont toujours un peu les mêmes, cette présentation des mamelouks est passionnante.
Coran monumental
De nombreux manuscrits sont exposés, des Corans monumentaux fastueusement enluminés d’or et de couleurs. Des encyclopédies contiennent toutes les connaissances scientifiques de l’époque. Des manuels de chasse ou de technique militaire représentent des mamlouks à l’exercice, en effet la Furusiya ou art équestre est à la base de la culture de ces cavaliers.
Furusiya : exercices à la lance
Cavaliers turcophones dans un environnement composite où coexistent diverses cultures et religions
Certificat de pèlerinage à la Mecque Hajj
mais aussi certificat juif de pèlerinage sous forme de rouleau dessiné figurant la route du sud du Caire jusqu’au Liban à travers la Terre Sainte, annoté en italien et en hébreu
Rouleau de pèlerinage juif
ou bois sculpté des églises Coptes du Vieux Caire
Eglise copte du Caire
La littérature est présente, elle a même traversé les siècles et est parvenue à nous à travers les contes qui animent encore les cafés traditionnels ou avec les théâtres d’ombre. Influences persanes, et même indiennes comme dans ce livre
Conte indien avec un éléphant et un lion
Au centre des réseaux de commerce avec Venise, la Perse et même la Chine, plus étonnant les vases africains ashanti. Commerce maritime et de caravanes.
Grand gobelet aux oiseaux 1330-1350
Travail du métal ciselé, travail du bois et marqueterie de toute beauté, tapis témoignent du raffinement de cette civilisation.
Baptistère de Saint Louis;
La visite se termine autour d’un chef d’œuvre étonnant : le Baptistère de Saint Louis signé Muhammad ibn al Zayn arrivé au château royal de Vincennes au XVème siècle et qui a servi au baptême de Louis XIII puis à celui d’Henri d’Artois en 1821 et à celui du prince Napoléon Eugène en 1856. on pourrait rester des heures à détailler les personnages dans les médaillons, mamelouks à la chasse, les frises d’animaux, éléphants et félins, oiseaux étranges…..
Quand revient le mois de mai, revient le goût du cinéma, rediffusions de films palmés à la télé. Avant-goût des films montrés à Cannes….
Temps des bilans personnels. Aucune ambition de critique cinématographique. Pas assez cinéphile pour motiver mes choix. Comme j’ai gardé les Bandes annonces sur mon blog Toiles Nomades ICI
Il me suffit d’y revenir pour sélectionner les dix films qui m’ont le plus marquée – pas nécessairement les plus grands chefs d’œuvre -ceux qui font encore écho dans mon souvenir
Les Graines du Figuier sauvage (Iran) est le gagnant, un grand film, une grande cause
The Brutalist – Brady Corbet –Monumental! Grandiose. Retraçant l’histoire d’un architecte juif hongrois; Brutaliste comme les Choux de Créteil, alors forcément ….
La chambre de Mariana Emmanuel Finkield’après le roman d’Appelfeld, forcément….excellente prestation de Mélanie Thierry en Ukrainien
Soudan, souviens-toi – Hind Meddeb – Une révolution. Le documentaire le plus poétique et le plus touchant qui soit
La plus précieuse des marchandises Michel Hazanavicius -un graphisme magnifique, une façon sensible d’aborder la Shoah, sans la nommer dans un conte de Jean-Claude Grumberg .
L’Histoire de Souleymane Boris Lojkine . Vous n’oublierez plus le pourboire au livreur de pizza! Un acteur magnifique.
Ghostlight –Kelly O’Sullivan – Roméo et Juliette, le théâtre dans le théâtre, mise en abyme. Juliette Dolly de Leon merveilleuse Juliette de 50 ans ! pour shakespeare, toujours….
Tehachapi – JR – JR dans une prison américaine fait entrer l’art avec ses photos géantes
Everybody loves Touda (Maroc) Nabil Ayouch l’histoire d’une Cheikha, une chanteuse traditionnelle, on découvre une musique et un Maroc inattendu
Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde (Roumanie)Queer Palm, Emanuel Parvu, dépaysement dans le Delta du Danube, pratiques moyenâgeuses …
J’ai oublié de citer de plus grands films, encore une fois, je ne suis pas critique. je vais au ciné pour m’évader, rêver et un peu réfléchir.
ROMAN POLICIER A LA FRONTIERE DES HAUTES ALPES ET DE L’ITALIE
« Ce qui a changé, c’est la marchandise qui y passe. – Il y en a une qui est restée la même : ce sont les personnes qui veulent entrer en France. À une époque, c’était nous, les Italiens, parce qu’on était antifascistes, ou qu’on voulait travailler, maintenant, ce sont les migrants qui arrivent d’Afrique. – Nous, les Italiens, on nous appelait les Macaronis ou les Ritals »
Roman policier écrit à quatre mains par Michèle Pedinielli dont j’ai suivi les enquêtes de Ghjulia Boccanera à Nice et en Corse avec beaucoup de plaisir et Varesi qui m’a fait découvrir les secrets de Parme. Chacun s’est déporté de sa région d’origine pour situer l’action sur la frontière entre la France et l’Italie. Un randonneur français découvre du côté italien un cadavre. Nous ne retrouverons pas Ghjulia mais Suzanne Valadon, guide de montagne qui rapporte sur son dos un très jeune burkinabé transis dans le froid.
Les chapitres s’enchaînent, dans un refuge italien et dans les bergeries d’estive côté français…Mais l’ensemble est cohérent, on oublie qu’il y a deux auteurs. Ce n’est pas le premier polar écrit par deux auteurs : Meurtre aux poissons rouges résultait de la collaboration de Camilleriet Lucarelli . La collection POINTS compte d’autres livres « deux auteurs deux pays, une seule enquête » j’aime bien ce concept et je compte m’aventurer dans cette collection.
Chaque fois que je chronique un polar, j’ai peur de divulgâcher et de donner trop d’éléments concernant l’intrigue. Je vous dirai seulement que j’ai lu d’une traite en une journée (et deux longs trajets en métro Créteil/Auteuil) sans le lâcher. Comme le titre est Contrebandiers, je ne spoile pas trop en divulguant qu’il s’agira de faire passer des cigarettes et des migrants
De la contrebande ? Ça sonne presque romanesque. – Eh bien, c’est loin de l’être, figure-toi. La contrebande, c’est juste l’autre nom du trafic et les contrebandiers ne sont pas des aventuriers de romans. Ils sont tous connectés à une mafia ou une autre. Et la mafia, Suzanne, ça n’a aucun état d’âme, aucun scrupule ; le code de l’honneur, ça n’existe que dans les films. La mafia ne réfléchit qu’à un profit immédiat.
à celà interroge Lassane, le jeune burkinabé :
C’est grave ? Aucune provocation dans la question, plutôt un étonnement sincère. C’est grave de porter des cigarettes ? Par rapport à quoi ? Aux violences, aux viols, aux tortures, aux naufrages ? C’est plus grave que remettre sa vie entre les mains d’inconnus ? Plus grave que se faire vendre ?
C’est toujours avec plaisir que je retrouve Boudin familier et encore surprenant. Voyages en Normandie, à Honfleur, Trouville, Le Havre…et pourtant des tableaux inconnus puisqu’il font partie de la collection Guyonvarc’h.
« Trois coups de pinceau d’après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet »
Déclare celui qui est « le père de l’impressionnisme » qui, néanmoins à cause de la météo normande capricieuse et changeante, termine un tableau à l’atelier. Il rencontre Claude Monet âgé de 16 ans, encore lycéen mais déjà caricaturiste, et l’emmène peindre en plein champ
Claude Monet caricaturiste : Anglais à moustache 1857
A la Ferme Saint Siméon se réunit un cercle d’artistes Jongkind, Monet et Boudin
A la Ferme Saint Siméon – De gauche à droite Jongkind, Emile van Marcke, Claude Monet Achard
Boudin: de papetier-encadreur à artiste peintre, autodidacte, il subit les influences de la peinture néerlandaise et de l’Ecole de Barbizon. Il peint des scène maritimes et rurales et rencontre au début peu de succès. La Fête dans le bassin de Honfleur est refusée au Salon
Fête au Bassin de Honfleur
Scènes de plage – Longchamp au bord de mer
Trouville : scènes de plage
En 1858 le Duc de Morny découvre Deauville . Boudin invente la « scène de plage ». 1870, les familles de Claude Monet et de Boudin se retrouvent à Trouville.
Toute une section est consacré à la Bretagne
marché en Bretagne
Autant qu’aux paysages et aux marines, Boudins’intéresse aux gens, aux costumes et coutumes : marché, sortie de messe….
Port de Brest et débarquement des marins
J’ai été bluffée par ce tableau du Port de Brest, ciel dramatique, silhouette des voiliers et à droite le débarquement des marins. En regardant bien on voit dans le coin gauche les goélands…multitude de détails qui captent mon attention. Il peint une mer turquoise très lumineuse au Croisic,
Pendant la guerre de 1870 Boudin se réfugie en Belgique, il peint « de Dordrecht à Bordeaux » , Etaples, Berck, Saint Valéry sur Somme offrant tout un panorama des ports du littoral y compris en Méditerranée. En 1893 il fait un bref séjour à Venise.
Rouen : pont Corneille 1896
Cette exposition élargit le champ des peintures de Boudin qui n’a pas peint que la Normandie, même s’il l’a très bien peinte.
Autoportrait « il faut être dur avec soi, avoir une conscience, se regarder en face »
Maria, modèle à 14 ans, a posé pour les peintres connus de l’époque. Toulouse Lautrec la peint de face, nue, sur un fauteuil , La grosse Marie, qui regarde le spectateur d’un air de défi. C’est lui qui change son prénom en Suzanne, à cause de Suzanne et les vieillards. Ses dessins sont remarqués par Degas qui lui ouvre son atelier, lui enseigne la gravure et l’utilisation du papier calque.
Utrillo pensif
Après une série d’autoportraits l’exposition la situe parmi les tableaux de ses contemporains: Cézanne : Cinq Baigneuses, Puvis de Chavanne, REnoir, Degas, Henner, Matisse.
Gilberte, nue se coiffant (1920)
Le thème de la femme à sa toilette est à la mode. Suzanne Valadon, de modèle est devenue peintre n’hésite pas à représenter des nus, femmes et hommes. Elle s’est peinte, torse nu à 66 ans, sans complaisance. Sans complaisance, encore, elle peint les rides qui sillonnent le visage de sa mère
Portrait de famille : Utrillo et sa grand mère.
En 1909, elle rencontre André Utter 23 ans, un ami de son fils. Elle peint Adam et Eve nus et se lance dans de grande compositions
le lancement des filets
Dans les années 1920, Suzanne est devenue une peintre reconnue à qui on commande des portraits.
Portrait de Lily Wharton
j’aime beaucoup l’attention prêtée aux décors, aux couleurs fauves , aux arabesques des tissus colorés un peu à la manière de Matisse.
Portrait de Mme Levy
A côté des portraits, Suzanne peint aussi des natures mortes, gibier et fruits, et de beaux bouquets de fleurs . Une nature morte aux poissons de Mela Muter est tout à fait remarquable.
Mela Muter ; nature morte
Ma préférence va à ses portraits de femmes, le plus souvent fortes, actives loin des figures conventionnelles et des canons de beauté que les hommes prêtent aux femmes
Escale dans les Pays Baltes : la Livonie regroupe l’Estonie et la Lettonie.
Comme souvent chez Jules Verne il y a une poursuite haletante dans la forêt russe, un fuyard tente de franchir la frontière, et échapper à ses poursuivants, aux loups et à la débâcle des fleuves…comment va-t-il s’en sortir?
Autre voyage, en malle-poste de Riga à Pernau (actuellement Pärnu). Les voyages sont des aventures, la malle-poste est accidentée; les voyageurs sont contraints de passer la nuit dans une auberge isolée. L’un d’eux est assassiné. Le roman d’aventures devient roman policier.
On était en 1876. Cette idée de russifier les provinces Baltiques datait déjà d’un siècle. Catherine II songeait à cette réforme toute nationale.
L’intrigue se joue dans le contexte de tension politiques entre les Allemands, nobles et grands bourgeois qui détiennent le pouvoir et les Slaves (les Lettons et les Estes, populations autochtones, paysans), ne rentrent pas en ligne de compte dans ces luttes de pouvoir. Justement, des élections se profilent et le suspect est le prétendant slave aux élections.
Il porta sur l’état des esprits à Riga, le même, d’ailleurs, qui régnait dans les principales villes des provinces Baltiques. Cette lutte des deux éléments germanique et slave passionnait les plus indifférents. Avec l’accentuation des énergies politiques, on pouvait prévoir que la bataille serait chaude,
Qui a donc tué Poch?
On ne s’ennuie pas avec Jules Verne.
Bien sûr, il faut compter avec les préjugés et le vocabulaire de l’époque, les mots « races » ou « aryen » ne sont pas acceptables au XXIème siècle, ils étaient courants à la fin du XIXème. De même, les fiancées parfaites et soumises ne sont plus de mise. Voyages dans l’espace mais aussi dans le temps;
Une exposition très riche aux œuvres très variées et aux thèmes passionnants. Pas très facile cependant : de nombreux artistes ne sont pas connus du « grand public« , plasticiens, écrivains, musiciens et cinéastes se croisent, font parcours ensemble.
Baldwin par Beaufort Delaney
Pour les écrivains c’est plus facile : deux grandes figures Baldwin et Edouard Glissant. Ce dernier sert d’axe central autour duquel tournent les différentes sections aussi bien, le Retour vers l’Afrique avec Césaire, Senghor et le concept de négritude, nous conduisant à la section Paris-Dakar-Lagos et, toujours en partant de Glissant on parvient à la Caraïbe, à la mémoire de l’esclavage, Antillesfrançaises, Cuba.
Umbral : Wilfredo Lam (Cuba)
On peut aussi choisir un parcours musical : de nombreuses œuvres ont pour sujet la musique et les musiciens. Jazzmen américains mais africains aussi
Cotton club
Entre Cotton Club et Saint Germain des prés, Amstrong, Duke Ellington, mais aussi Auric…j’ai aussi bien aimé les musiciens béninois de Paul Ahyi
Paul Ahyi : Les Musiciens
Une autre piste serait celle des luttes anticoloniales et révolutionnaires
josé Legrand : sans titre 1975
le grand diptyque de José Legrand, un peu dans le style d’Ernest Pignon-Ernest commémore les massacres de mai 1967 en Guadeloupe, évènement peu connu en métropole que j’ai découvert récemment en passant à Pointe-à Pitre .
Georges Corran : Délire de Guerre et paix
Et pourquoi pas, laisser de côté tout concept intellectuel et ne pas se laisser séduire par la beauté picturale de tableaux colorés, de matières variées, de tableaux, tapisseries ou sculptures
Victoire Ravelonanosy Repiquage du Riz à Madagascar
Découvrir des plasticiens originaux, des personnalités marquantes comme Delanney, Sekoto Wilfredo Lam, José Castillo..
Gotène- Congo : Femme perdue au cimetière
Impossible pour moi de donner une version totale de la visite tant elle a été surprenante.
Le décès d’Antonine Maillet, le 17 février 2025,m’a donné envie de la relire et de la faire lire aux blogueuses.eurs plus jeunes qui ne l’aurait pas connue. J’ai lancé une lecture commune ICI et réservé à la bibliothèque Pélagie-la- Charrette qui avait remporté le Goncourt en 1979.
J’ai ressorti mon petit volume de la Sagouine que j’ai découverte sur place « au Pays de la Sagouine », à Bouctouche au Nouveau Brunswick , reconstitution de l’ancien village avec acteurs-habitants en costume d’époque. La Sagouine – frotteuse de parquets, raconte en 16 monologues la vie du village.
« C’est point d’avouère de quoi qui rend une persoune benaise, c’est de saouère qu’a va l’avouère »
La Sagouine
Crache à pic (317p.) est un roman d’aventure, roman du temps de la Prohibition (années 1930), roman de marins puisque l’héroïne Crache à pic, est capitaine d’une vieille goélette, roman acadienqui se déroule sur les côtes des Provinces maritimes et celles du Maine (pour la contrebande). C’est aussi un roman très drôle avec des scènes hilarantes qui se succèdent mais que je ne divulgâcherai pas pour vous en laisser la surprise.
– Au nom de la loi! qu’il réussit à crier. Arrêtez!
Et la goélette vint se cogner à la coque du bateau des garde-côtes, en laissant tomber les voiles au pied du mât… comme la plus innocente petite fille du monde qui a déjà avalé toute la confiture et n’a plus rien à cacher. […] Crache à pic avait aperçu, flottant autour de son embarcation, une douzaine de fanions rouge et noir tombés du ciel comme de petits pains bénits.
Sainte Mère de Jésus-Christ! qu’elle s’est écriée, les trappes à homards!
Et à coup de poings dans le dos, elle poussait ses hommes jusqu’à la proue.
jetez le homard à l’eau qu’avait commandé le capitaine. Tobie et Jimmy, allez me qu’ri les caisses de vin et enlignez-mes sur le pont….
Pour le dépaysement total, il vous faudra vous familiariser avec le Français d’Acadie différent de celui du Québec, et très différent de celui de France. A l’oral, j’ai été très surprise et j’ai mis quelques jours à tout comprendre. Par écrit, cela le fait très bien. C’est une langue très savoureuse.
L’ombre d’Al Capone plane, Dieudonné riche bootlegger canadien dépouille les paysans naïf en achetant leurs terres et en spéculant sur les gramophones… je n’en dirai pas plus. Vous allez passer un bon moment.
Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »
Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue«
pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »
Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.
Atget
Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvillescomme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo
Bidonville de Nanterre
De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier
Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…
Banlieues engagées
les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires .
maquette de Nanterre
Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiréLaurent Kronental
Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre
Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches
Police personne ne bouge
1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse
année 80 : âge d’or du rock
1983 marche contre le racisme
1990 : le rap rythme les émeutes urbaines
2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)
Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .
Cindy Bannani
l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.
Beaucoup de thèmes sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?