Quand tu écouteras cette chanson – Lola Lafon

MA NUIT AU MUSEE

Un écrivain passe une nuit dans le musée de son choix et rédige un texte pour cette collection. J’ai découvert « ma nuit au musée » avec Leila Slimani et Le parfum des fleurs la nuit. 

Lola Lafon a choisi de passer une nuit à l’Annexe du Musée Anne Frank à Amsterdam, dans le grenier où sa famille était cachée pendant deux ans. Ce choix n’est pas fortuit.

« Lorsqu’il m’a été proposé de passer une nuit dans le musée de mon choix, à aucun moment je n’ai envisagé
de me rendre dans un musée d’art. Je les visite avec plaisir mais je ne me sens pas légitime à donner mon
avis sur ce qui y est exposé. »

Comme les collégiens ou lycéens, Lola Lafon, a lu Le Journal d’Anne Frank pendant son adolescence. Mais elle se sent personnellement concernée, comme enfant de survivants de la Shoah, elle se sent personnellement concernée. Sa grand-mère,

Ida Goldman m’a offert une médaille frappée du portrait d’Anne Frank.[…] Cette médaille m’expliqua ma grand-mère, il me faudrait toujours la conserver. N’oublie pas. 

Quand tu écouteras cette chanson nous parle d’Anne Frank, d’une petite jeune fille qui écrit son journal comme tant de filles, comme Lola Lafon, elle-même. Mais une universitaire qui l’a étudié nous apprend qu’Anne Frank avait prêté un soin particulier l’écriture, en tant que texte littéraire destiné à être lu (sinon publié). Miep Gies, une de ses bienfaitrices, connaissait son importance et a conservé avec soin le manuscrit.

Anne Frank entend, sur Radio Oranje, une annonce du ministre de l’Éducation des Pays-Bas en exil à
Londres. Il demande aux Hollandais de conserver leurs lettres, leurs journaux intimes : après guerre, ces
écrits seront autant de témoignages précieux. Cette déclaration la galvanise, elle s’enthousiasme, en parle
à son père : son journal pourrait être publié, un jour.

Lola Lafon nous parle aussi du Musée, des traces qui donnent à voir l’absence

Tout, ici, se veut plus vrai que vrai or tout est faux, sauf l’absence. Elle accable, c’est un bourdonnement
obsédant, strident.

Lola Lafon nous parle d’elle, de ses grands parents qui ont choisi la France  des Droits de l’Homme, de Jaurès, mais qui subirent l’occupation nazie. Elle raconte son enfance en Roumanie et son arrivée à Paris à 12 ans, puis ses débuts en écriture.

Sa confrontation avec l’Annexe où étaient cachés les Frank n’était pas facile. L’écrivaine a attendu le dernier moment pour pénétrer dans la chambre d’Anne Frank. Et pour la lectrice, une surprise que je vous laisse découvrir.

J’ai tant aimé ce livre qu’à peine refermé, j’ai téléchargé La petite communiste qui ne souriait jamais et j’ai cherché un podcast sur l’appli.  RadioFrance https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-atelier/le-grand-atelier-du-dimanche-19-mai-2024-5658895

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture/lola-lafon-dresse-un-etat-de-nos-vies-8642028

 

Le Côté de Guermantes (2ème partie) L’Affaire Dreyfus dans le salon de Madame de Villeparisis

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

logo de la lecture commune

Dans le salon de Madame Verdurin, aux dîners de Madame Swann, aux réceptions de Madame de Villeparisis, je m’ennuie. Les présentations sont interminables, les généalogies remontant aux Croisades ou à la noblesse d’Empire ne m’intéressent pas.  Je me perds dans  les relations familiales entre les différents membres de la famille de Guermantes trop de neveux, de cousins, je confonds Princes et Princesses, Duchesse. et barons…

La scène entre Bloch et Monsieur de Noirpois m’a frappée. Passons sur le fait que ces deux personnages sont antipathiques, Bloch est extrêmement mal élevé dans ces milieux très policés. Il tient à connaître de Norpois, diplomate, son opinion sur l’Affaire Dreyfus et le questionne directement. 

– Monsieur, dit Madame de Villeparisis, lui avez-vous parlé de l’affaire Dreyfus?

Monsieur de Norpois leva les yeux au ciel, mais en souriant comme pour attester l’énormité des caprices auxquels sa Dulcinée lui imposait le devoir d’obéir. néanmoins il parla à Bloch avec beaucoup d’affabilité, des années affreuses peut-être mortelles, que traversait al France. Comme cela signifiait probablement que M. de Norpois () qui Bloch cependant avait dit croire à l’innocence de Dreyfus) était ardemment anti-dreyfusard, l’amabilité de l’Ambassadeur, l’air qu’il avait de donner raison à son interlocuteur, de ne pas douter qu’ils fussent du même avis, de se liguer en complicité avec lui pour accabler le gouvernement, nattaient la vanité de Bloch et excitait sa curiosité[…]Bloch était fier de surnager seul dans le naufrage universel[…]Il en revint à l’affaire Dreyfus mais ne put arriver à démêler l’opinion de M. de Norpois. il tâcha de le faire parler des officiers dont le nom revenait dans les journaux…. »

En fin diplomate, et pour ne pas contrarier Madame de Villeparisis, M. de Norpois ne donnera aucune réponse à l’interrogatoire de Bloch

En revanche M. de Guermantes qui n’a aucune susceptibilité à ménager réagit vivement :

« Ah! diable! A propos saviez-vous qui est partisan enragé de Dreyfus? Je vous le donne en mille. Mon neveu Robert ( Saint-Loup) ! Je vous dirai même qu’au Jockey, quand on a appris ces prouesses, cela a été une levée de boucliers, un véritable tollé. »

il insiste plus loin:

« Quand on s’appelle le marquis de Saint-Loup, on n’est pas dreyfusard, que voulez-vous que je vous dise! »

la conversation rapporte toutes sortes de ragots :

« Vous savez pourquoi on ne peut pas montrer les preuves de la trahison de Dreyfus. Il paraît que c’est parce qu’il est l’amant de la femme du ministre de la Guerre, cela se dit sous le manteau. — Ah! je croyais de la femme du président du Conseil, »

La Duchesse de Guermantes rajoute :

« Je vous trouve tous aussi assommants, les uns que les autres avec cette affaire, dit la duchesse de Guermantes qui, au point de vue mondain, tenait toujours à montrer qu’elle ne se laissait mener par personne. Elle ne peut pas avoir de conséquence pour moi au point de vue des Juifs pour la bonne raison que je n’en ai pas dans mes relations et je compte rester dans cette bienheureuse ignorance. Mais, d’autre part, je trouve insupportable que, sous prétexte qu’elles sont bien pensantes, qu’elles n’achètent rien aux marchands juifs ou qu’elles ont «Mort aux Juifs» écrit sur leur ombrelle, une quantité de dames Durand ou Dubois, que nous n’aurions jamais connues,

 

Le jeune Duc de Châtellerault pris à témoin par Bloch ne lui vient pas en aide :

« Du reste je sais qu’on peut causer avec vous, Saint-Loup me l’a dit.» Mais le jeune duc, qui sentait que tout le monde se mettait contre Bloch et qui était lâche comme on l’est souvent dans le monde, usant d’ailleurs d’un esprit précieux et mordant que, par atavisme, il semblait tenir de M. de Charlus: «Excusez-moi, Monsieur, de ne pas discuter de Dreyfus avec vous, mais c’est une affaire dont j’ai pour principe de ne parler qu’entre Japhétiques.» Tout le monde sourit, excepté Bloch, non qu’il n’eût l’habitude de prononcer des phrases ironiques sur ses origines juives, sur son côté qui tenait un peu au Sinaï. »

Le baron de Charlus pousse l’argumentation plus loin : pour lui, Bloch n’est même pas français. La trahison de Dreyfus n’en serait même pas une 

En tout cas le crime est inexistant, le compatriote de votre ami aurait commis un crime contre sa patrie s’il avait trahi la Judéen mais qu’est-ce qu’il a à voir avec la France?

L’arrivée de Madame Swann ne fait pas cesser les réflexions antisémites. 

« Mme Swann, qui parut assez gênée de me rencontrer. Elle se rappelait sans doute qu’avant personne elle m’avait dit être convaincue de l’innocence de Dreyfus. — Je ne veux pas que ma mère me présente à Mme Swann, me dit Saint-Loup. C’est une ancienne grue. Son mari est juif et elle nous le fait au nationalisme. »

« Mme Swann, voyant les proportions que prenait l’affaire Dreyfus et craignant que les origines de son mari ne se tournassent contre elle, l’avait supplié de ne plus jamais parler de l’innocence du condamné. »

Quand il n’était pas là, elle allait plus loin et faisait profession du nationalisme le plus ardent; elle ne faisait que suivre en cela d’ailleurs Mme Verdurin chez qui un antisémitisme bourgeois et latent s’était réveillé et avait atteint une véritable exaspération. »

J’ai choisi ces textes provenant du salon de Madame de Villeparisis mais j’aurais pu en copier d’autres. L’Affaire Dreyfus traverse en filigrane toute la Recherche. La société se polarise aussi bien dans les salons qu’à l’office où les domestiques se disputent également

c’était une dispute entre notre maître d’hôtel, qui était dreyfusard, et celui des Guermantes, qui était antidreyfusard. Les vérités et contrevérités qui s’opposaient en haut chez les intellectuels de la Ligue de la Patrie française et celle des Droits de l’homme se propageaient en effet jusque dans les profondeurs du peuple

Comme je m’étais donné le défi de lire Zola et tous les Rougon-Macquart je découvre des points de vue tout à fait opposés qu’il est intéressant de confronter. 

Musée Proust – la Maison de Tante Léonie à Illiers-Combray

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE,  DOMINIQUE et d’autres…..

 

L’église de Combray

Depuis des années je passe sur l’Autoroute A11 devant le panneau Illiers-Combray ; à l’occasion de la lecture commune de la Recherche du temps perdu, déjà 2112 pages au compteur de la liseuse, il fallait vraiment faire le détour! (Sortie 3.1). Et, comme au siècle de Proust, l’église apparait, vue de loin avec le bourg blotti sous son clocher. En 1971, le village d’Illiers a changé son nom en Illiers-Combray en hommage à Marcel Proust qui y passait ses vacances chez la Tante Léonie.

Le jardin de la Maison de Tante Léonie

Le Musée Marcel Proust est installé dans la Maison de Tante Léonie. Il a fait l’objet d’une restauration récente et a réouvert en mai 2024. En haute saison, il ouvre à partir de 11 h toute la semaine, en base et moyenne saison l’après midi seulement en semaine. 

la Vivonne et ses nénuphars –

Comme nous sommes arrivées trop tôt nous avons commencé par une promenade près de la rivière, appelée par l’auteur « La Vivonne« , en réalité le Loir. Les promenades à pied et à vélo sont très bien aménagées. La gare D’Illiers-Combray est le point de départ d’une vélorouteLe Loir à Vélo. Le GR 35 – Du Perche au Loir – y passe également. Des panneaux balisent les promenades sur le thème de Marcel Proust. On peut laisser la voiture sur un parking en face du « Parc Swann » ou en ville sur la grand place Maunoury non loin de l’église. 

pré Catelan, parc du château de Swann

J’ai découvert un beau lavoir couvert en bord du Loir puis le Parc du Pré-Catelan créé par un oncle de Marcel Proust inspiré par le Pré-Catelan du Bois de Boulogne  à Paris. Je me suis souvenue de l’allée d’aubépines, la saison est passée, point d’aubépines fin Aout! Surprise par la pente : Combray est à la limite de la plate Beauce et du Perche vallonné. 

Le petit bourg est tranquille, il y a quand même deux supérettes près de l’église, une boulangerie un peu plus loin, et une boucherie-charcuterie vendant des pâtés délectables (pâté en croute, volaille et graines de moutarde, pâté de lapin). Le pique-nique sera parfait en bord de rivière.

église saint jacques d’Illiers-Combray

11 heures ont sonné au clocher de l’église Saint Jacques. Joli porche gothique ouvragé. Je suis étonnée par les couleurs vives de la voûte peinte et par les vitraux. Je me souviens que le jeune Narrateur était ravi des lumières colorées qui nimbaient les statues. Les vitraux ont été réhabilités récemment par la Maison Lorin.

A 11 heures, je me présente donc au Musée Marcel Proust qui occupe la maison de Tante Léonie. Une grande salle avec une frise chronologique, des photos anciennes et beaucoup d’explications permettent de se resituer dans l’œuvre de Proust. De très belles photos, certaines de Nadar nous permettent de mieux connaître la famille de l’écrivain. Son père, Adrien, sa mère Jeanne

j’ai aimé la vraie « Françoise » 

Il est temps de visiter la maison! On entre dans un vestibule et un salon oriental illustrant les liens de la famille avec l’Algérie. Le Salon Adrien Proust meublé de velours rouge est beaucoup plus petit que je ne l’imaginais de même que la salle à manger

Salle à manger des Proust

La cuisine de Françoise est magnifique. Un plat à asperges rappelle sa persécution de la fille de cuisine allergique aux asperge qui devait les plumer

La cuisine de Françoise

A l’étage, je découvre les chambres, celle de Léonie avec sa bouteille de Vichy-Celestins, ses livres de messe, ses ordonnances de médicaments et une statue de la Vierge. On voit aussi la tisane et la fameuse madeleine.  Dans la chambre de Marcelje découvre la lanterne magique qui projette encore aujourd’hui l’histoire de Geneviève de Brabant. Son lit dans une alcôve était celui d’un enfant! 

Il faut avoir le texte encore bien présent à la mémoire pour profiter pleinement de cette visite émouvante.

Au deuxième étage on peut visionner des vidéogrammes autour de l’œuvre ou de la vie de Proust. mais j’ai préféré me consacrer plutôt au pèlerinage sentimental dans les objets d’époque. Et retourner au texte, je viens de finir Sodome et Gomorrhe.!

La vie sans fards – Maryse Condé

C’est la suite de Le Cœur à rire et à pleurer qui racontait l’enfance de Maryse Condé, son arrivée à Paris pour y faire de brillantes études, sa découverte d’Aimé Césaire et Frantz Fanon et son engagement politique. Elle délaisse ses études pour fréquenter les cercles antillais et africains. 

Le journaliste haïtien, Jean Dominique l’a abandonnée enceinte pour faire la Révolution à Haïti à la veille de l’élection de Duvalier. Maryse Boucolon, en 1956 accouche d’un petit garçon et part au sanatorium de Vence guérir un début de tuberculose.  après avoir mis le bébé en nourrice. 

Chargée de famille, elle doit subir l’opprobre réservée aux filles-mères

« Mieux vaut mal mariée que fille « 

Elle se trouve un mari africain, Condé, comédien guinéen qui l’épouse en 1958. Au bout de 3 mois, ils se séparent mais Maryse est à nouveau enceinte. 

« Ce mariage avait relevé ma honte »

En 1959 elle est affectée au collège de Bingerville en Côte d’Ivoire. Elle part seule avec son fils, et enceinte. Escale à Dakar, puis Abidjan. En fait de Négritude elle découvre que les Antillais sont mal vus par les Africains, ayant servi de fonctionnaires coloniaux

« ils nous traitent de valets tout juste bons à exécuter la sale besogne de leurs maîtres »

Maryse Condé, « sans fards » ne se donne pas le beau rôle. Elle n’éprouve aucune vocation à enseigner.  Elle ne cherche pas de prétexte politique à son expatriation. Malgré ses lectures enthousiastes de Senghor, elle ne tombe pas sous le charme de l’Afrique. Elle arrive pourtant dans un moment passionnant, juste avant les Indépendances, fréquente des meetings mais ne comprend pas la langue.

« En Côte d’Ivoire , j’éprouvais le sentiment qu’une nouvelle Afrique s’efforçait de naître. une Afrique qui ne se fierait qu’à ses seules forces. Qui se débarrasserait de l’arrogance ou du paternalisme des colonisateurs. J’éprouvais le douloureux sentiment d’être tenue à l’écart. « 

Même la fête de l’Indépendance le 7 Aout 1960, elle est exclue.

Elle rejoint Condé, son mari, à Conakry avec ses deux enfants

De toutes les villes où j’ai vécu, Conakry demeure la plus chère à mon cœur. J’y ai compris le sens du mot « sous-développement ». j’ai été témoin de l’arrogance des nantis et du dénuement des faibles »

Elle assiste au « socialisme africain » de Sékou Touré.

Guinée était le seul pays d’Afrique francophone à se vanter de sa révolution socialiste.

 Elle découvre aussi une société musulmane, séduite par l’appel du muezzin. Toujours mal acceptée par ses proches, elle  ne fait aucun effort pour « s’intégrer », ni à apprendre le Malenké, ni à porter des pagnes. D’ailleurs à quoi bon?

« Peu à peu, je comprenais qu’il ne suffisait pas d’apprendre à parler le malenké, mais qu’il fallait surtout apprendre à considérer le monde comme composé de deux hémisphères distincts, celui des hommes et celui des femmes. »

Pourtant, elle demande la nationalité guinéenne. Elle obtient un poste de professeur de Français dans un collège. Fréquente des intellectuels et des révolutionnaires, Hamilcar Cabral, le Cap-Verdien, Louis Gbehanzin, un prince béninois. Le socialisme de Sekou Touré s’avère bien inégalitaire

Chaque jour davantage, la société se divisait en deux groupes, séparés par une mer infranchissable de
préjugés. Alors que nous bringuebalions dans des autobus bondés et prêts à rendre l’âme, de rutilantes
Mercedes à fanions nous dépassaient transportant des femmes harnachées, couvertes de bijoux, des
hommes fumant avec ostentation des havanes bagués à leurs initiales.

Culte de la personnalité, pénuries, surtout répression politique sévère

« le « complot des enseignants ». Il est à déplorer qu’ils aient fait l’objet de très rares publications. Ils constituent le premier crime organisé sur une grande échelle par le régime de Sékou Touré. Ce fut une véritable purge qui tenta d’abord d’éliminer l’ennemi Peul, mais s’attaqua aussi à tous les patriotes. »

A Conakry, elle ne parvient plus à subvenir aux besoins de ses quatre enfants . Elle va partir, à Dakar puis au Ghana à Accra, plus prospère mais toujours socialiste accueillant divers militants étrangers Freedom fighters. Avec un « garant révolutionnaire », elle va obtenir un bon poste d’enseignante. Elle se heurte encore au machisme qui va jusqu’au viol. Culte de la personnalité 

« Cependant, l’élément le plus frappant de cet ensemble architectural était une gigantesque statue de
Kwame Nkrumah, un livre à la main. Elle était sise au mitan de la place du même nom, car Winneba était
le lieu d’un culte de la personnalité tel que je n’en avais jamais imaginé. »

Au centre  de Winneba, où elle enseigne, visite de Malcom X et de Che Guevara

« En effet, sitôt que j’eus mis le pied à Winneba, je compris que j’eus été parachutée dans une Afrique
entièrement différente de celle où j’avais vécu et où je n’avais pas ma place : celle des puissants et de ceux
qui aspiraient à le devenir. »

Un coup d’état va la chasser du Ghana, elle est emprisonnée comme espionne et expulsée.

Séparée de Condé, elle vit une histoire d’amour avec un avocat séduisant sans avertir son mari. « Sans fards »

« Épouse menteuse, épouse infidèle, épouse adultère, je ne lui rendais pas l’existence facile. Il était évident
que, moi aussi, je le détruisais. »

Les passions, les amours, les relations plus ou moins consenties ne font pas de l’héroïne un personnage très sympathique. j’ai parfois du mal à la suivre, surtout quand elle disperse ses enfants, les confie à des étrangers…

En revanche, le récit est passionnant si on s’intéresse à cette période des Indépendances Africaines. De Dakar à Conakry, Acra, Abomey et même Lagos, elle a parcouru l’Afrique et rencontré révolutionnaires, intellectuels, écrivains.

Un autre aspect est le livre d’apprentissage : comment la mère de famille devient une écrivaine?

C’est à Londres qu’elle atterrit, expulsée du Ghana qu’elle devient journaliste et se fait apprécier à la BBC. Elle retourne à l’Université étudier l’histoire du colonialisme et la sociologie du développement. 

« Un soir après le dîner, alors que les enfants étaient endormis, j’attirais à moi la machine Remington verte que j’ai gardée pendant des années, sur laquelle j’ai rédigé les deux volumes de Segou »

Ses allers-retours en Afrique ne sont toujours pas terminés. Maintenant j’ai compris pourquoi la Guadeloupéenne a écrit Segou et pourquoi l’Afrique est présente même dans les romans antillais. 

A lire et à relire, rien que pour toutes les références littéraires, une PAL entière de littérature africaine, de Sembene à Soyinka, Senghor, Fanon et tant d’autres. A relire aussi en même temps que ses romans inspirés de ses expériences….

Souviens-toi des abeilles – Zineb Mekouar – Gallimard

LIRE POUR LE MAROC

Amtoudi : rucher

Un véritable coup de cœur!

Un livre qui tombe à pic, quelques mois après notre voyage dans le Sud marocain où nous avons découvert ces greniers collectifs perchés et leur ruchers.

Amtoudi grenier coiffant un piton rocheux

A l’occasion de ce voyage, j’avais découvert Zineb Mekouar avec La poule et son cumin CLIC que j’avais bien aimé.

Anir aime ces moments où le Taddart surgit devant eux, comme cela, d’un coup, pendant qu’ils sont sur le
sentier qui mène à lui. Le rucher prend forme, immense, avec ses étages et ses cases, et l’on imagine déjà
les abeilles qui se réveillent. Lorsqu’il le voit apparaître, le garçon se retourne vers sa mère, pour observer
son regard, et toujours une lumière s’y glisse, on dirait qu’elle vient de là-bas, du rucher sacré, et qu’elle
arrive jusqu’aux yeux sombres qui s’éclairent tout à coup, et une chaleur étrange enveloppe alors l’enfant,
et plus rien de grave ne peut arriver.

Inzerki, le village où se déroule l’histoire, existe. C’est là que se trouve le plus grand et le plus ancien rucher collectif au monde. 

L’histoire se déroule aujourd’hui. Le village a gardé son mode de vie traditionnel. Seuls les téléphones portables trahissent la modernité. Pas tout à fait, la terre s’assèche, il n’a pas plu dans le sud marocain depuis des années, les sources tarissent, les abeilles meurent, le village se dépeuple. Le rucher est presque à l’abandon, il reste bien peu d’apiculteurs pour prendre soin des ruches.

Jeddi, le grand-père, est l’un des derniers gardiens du rucher. Il raconte à son petit-fils Anir, 10 ans, les légendes du rucher du Saint. Il répète à l’infini les gestes de l’apiculteur et les techniques de culture des tomates pour transmettre ce savoir ancestral qui  se perd. Omar, le père, travaille à Agadir dans une superette, exode rural qui vide le Sud marocain. Aïcha, la mère, était une femme indépendante à l’écoute de la nature, des animaux et des plantes. A la suite d’un drame elle a perdu la raison et vit recluse. Les villageois qui n’avaient jamais accepté l’étrangère, ont peur de sa folie et rejettent Anir, le fils de la folle.

Omar, viens par ici !, mais l’homme n’entend rien et fonce, le visage rouge de sueur, droit sur Anir dont les
battements de cœur se retrouvent dans les oreilles ; doucement, mon cœur, doucement, tu fais trop de
bruit, mais ça cogne de plus en plus fort, et bientôt il ne peut plus rien entendre. Il ferme les yeux et autour
de lui un immense bourdonnement, géant, et ça tourne, ça tourne ; moins vite, mes jambes, et l’enfant
rouvre les yeux mais ne peut plus rien voir ; de minuscules points noirs tourbillonnent autour de lui

Au fil du récit l’autrice distille les secrets de famille qu’ignore l’enfant.

C’est un très beau récit, envoûtant comme le bourdonnement des abeilles. Une alerte aussi pour un monde qui meurt comme les colonies d’abeilles.

 

 

Le Côté de Guermantes – (1ère partie) – Le téléphone

LECTURE COMMUNE AVEC CLAUDIALUCIA, AIFELLE, KEISHA, FANJA, SANDRINE, DOMINIQUE et d’autres…..

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« Un matin, Saint-Loup m’avoua qu’il avait écrit à ma grand’mère pour lui donner de mes nouvelles et lui suggérer l’idée, puisqu’un service téléphonique fonctionnait entre Doncières et Paris de causer avec moi »

Quelques privilégiés avaient déjà fait installer le téléphone à domicile, entre autres, le père du narrateur. Saint-Loup l’utilise pour joindre sa maîtresse à Paris. Cependant, il faut se déplacer là où se trouve l’appareil, convenir d’un rendez-vous et espérer que le miracle s’opérera.

« Et nous sommes comme les personnages du conte à qui une magicienne, sur le souhait qu’il en exprime, fait apparaître dans une clarté surnaturelle sa grand’mère ou sa fiancée, en train de feuilleter un livre ou verser des larmes, de cueillir des fleurs, tout près du spectateur et pourtant très loin »

Ces magiciennes existent, ce sont, selon Proust,

« les Vierges Vigilantes dont nous entendons chaque jour la voix sans jamais connaître le visage, et qui sont nos
Anges gardiens dans les ténèbres vertigineuses dont elles surveillent jalousement les portes; les Toutes-Puissantes par qui les absents surgissent à notre côté, sans qu’il soit permis de les apercevoir :
les Danaïdes de l’invisible qui sans cesse vident, remplissent, se transmettent les urnes des sons; les
ironiques Furies qui, au moment que nous murmurions une confidence à une amie, avec l’espoir que
personne ne nous entendait, nous crient cruellement: «J’écoute»; les servantes toujours irritées du
Mystère, les ombrageuses prêtresses de l’Invisible, les Demoiselles du téléphone! […]

Ce jour-là, le miracle n’eut pas lieu. Quand le narrateur arrive au bureau de Poste, sa Grand’mère l’avait déjà demandé. La ligne était occupée….

Quand j’amenai à moi le récepteur, ce morceau de bois se mit à parler comme Polichinelle, dès que je le ramenais près de moi, il recommençait son bavardage. je finis en désespoir de cause en raccrochant définitivement le récepteur, par étouffer les convulsions de ce tronçon sonore qui jacassa jusqu’à la dernière seconde

Quand, enfin, il entre en contact avec sa grand’mère, il se rend compte de la douceur de la voix de sa grand’mère mais aussi de sa tristesse de sa grand’mère pour la première fois séparée de lui. Elle lui donnait la liberté de rester éloigné mais le narrateur ressent une telle nostalgie qu’il se compare à Orphée resté seul qui répète le nom de la morte et qu’il ressent l’urgence de chercher l’horaire des trains et de prévenir Saint-Loup de son retour à Paris

« j’aurais voulu une dernière fois invoquer les Filles de la Nuit, les Messagères de la parole, les Divinités sans
visage; mais les capricieuses Gardiennes n’avaient plus voulu ouvrir les portes merveilleuses, ou sans
doute elles ne le purent pas; « 

Entre modernité et poésie. Et avec beaucoup d’humour!

L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture – Chana Orloff (1888- 1968) – Rebecca Benhamou – fayard

BIOGRAPHIE DE CHANA ORLOFF

Chana Orloff – Autoportrait

Depuis sa rétrospective au Musée Zadkine, j’ai cherché une biographie de Chana Orloff . L’horizon pour elle a dénoué sa ceinture de Rebecca Benhamou est une biographie pleine de sensibilité et d’empathie qui replace la sculptrice dans son contexte.

1910, Chana Orloff quitte la Palestine  pour Paris, prend son indépendance et étudie le dessin et la sculpture après un passage dans un atelier de couture. 

« Paris c’est la liberté, c’est les droits de l’homme et tant d’autres choses[…]A Paris elle sera une femme libre, »

A Montparnasse, elle trouve d’autres artistes juifs, certains parlent hébreu ou yiddisch. Dans la sculpture, elle trouve sa voie comme portraitiste désobéissant à la tradition juive qui interdit de reproduire des images sculptées.

« Observe les visages, Chana. Ne les copie pas, applique-toi plutôt à les lire. Rappelle-toi, panim n’existe
qu’au pluriel. N’est-ce pas lourd de sens ? Sculpte les visages, sculpte les corps, sculpte les vrais gens. Le
reste n’a pas d’importance. » (Soutine)

 Panim, (une petite critique pour l’édition numérique qui reproduit les mots en lettres hébraïques mais qui a oublié que l’hébreu s’écrit de droite à gauche, la lecture en est toute bizarre! )

Portraits : (en haut à droite Otto Rank)

Elle fréquente les « Montparnos »: Foujita, Picasso, Kisling, Soutine, Lipschitz, Zadkine, Modigliani et Jeanne Hébuterne. Dès 1912, elle expose deux portraits au Salon d’Automne.

A Necherith

Oui tu es belle

Ni rose ni lys, ni princesse

Artiste

Le grand amour de Chana Orloff, le poète polonais Ary Justman, proche d’Apollinaire, de Cendrars devient son mari et le père de Didi. Il meurt en 1919 de la grippe espagnole, peu de temps après la disparition d’Apollinaire. Décès de  Modigliani, suivi par Jeanne Hébuterne.

« Après le temps du deuil celle qu’on surnommait l'(aigle a déployé ses ailes »

Elle devient la portraitiste des élites parisiennes. les plus grands posent pour elle

Durant les années folles, Paris est une fête. Chana fréquente les américaines Natalie Clifford Barney, et les Amazones que l’Exposition Pionnières au Luxembourg a mis en lumière CLIC

Romaine Brooks

Et Chana n’a plus que ce mot en tête : Amazone. Elle fait partie de ce groupe. Amazone, c’est ce qu’elle est
devenue.

C’est le nom d’un groupe de femmes, comme elle, habituées à faire cavalier seul. Des femmes qui vivent
avec des femmes, d’autres qui couchent avec des femmes et des hommes, d’autres encore qui s’habillent
comme des hommes, qui redéfinissent radicalement le sens de la féminité.

Le féminisme de Chana, si tant est qu’il existe, est un féminisme muet, que l’on découvre au fil des
portraits qu’elle réalise : 1920, Natalie Clifford Barney. 1921, Claude Cahun, photographe, écrivain, poète.
1923, Romaine Brooks, artiste peintre. 1931, Eyre de Lanux, artiste, écrivain, designer. 1934, Anaïs Nin,
écrivain. 1939, Germaine Malaterre-Sellier, militante, féministe…

Féministe, mais aussi mère. La maternité inspire de nombreuses œuvres.

C’est pourtant un amour si singulier, rétorque Chana. Plus viscéral, plus animal, plus ancré. Pour une
artiste, c’est le plus transcendant de tous les arts. La maternité, c’est insuffler un peu de magie et de grâce
dans la banalité du monde, c’est la plus noble de toutes les créations, c’est l’art par le corps. Comment être
pleinement artiste sans avoir donné la vie, sans l’avoir sentie dans son ventre, dans ses tripes, au plus
profond de soi ? »

En 1926, Chana et son fils obtiennent la nationalité française et la légion d’honneur. Elle fait construire sa maison-atelier Villa Seurat

« projet, réalisé par les frères Lurçat, avait pour but de créer une colonie d’artistes. Cette vie en collectivité a
trouvé indéniablement un écho chez elle, dont la famille habitait encore dans un kibboutz en Palestine.
Elle s’est retrouvée dans la vision moderne de l’architecte Auguste Perret, précurseur dans l’utilisation de béton armé, et lui a confié la construction de sa maison. »

Au fil des années 30, l’atmosphère s’alourdit, l’antisémitisme gagne. malgré les lettres de sa famille qui l’implore de rentrer à Tel Aviv Chana reste à Montparnasse qu’elle ne quitte en catastrophe pour échapper à la rafle en juillet 42. Exil en Suisse. Dès la Libération, elle revient pour trouver la villa Seurat saccagée, ses sculptures blessées. Puis elle se remet au travail et sculpte un homme dans la glaise. Elle l’appellera le Retour.

Il me reste maintenant à découvrir la Villa Seurat mais il faut s’inscrire longtemps à l’avance.

Ce livre va résonner encore longtemps, la première page s’est ouverte au Kibboutz Be’eri, en 2016. Cela me fait frémir.

Herbin au Musée de Montmartre

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au  15 septembre 2024

Herbin : Route muletière à Céret (mon tableau préféré)

J’ai, à l’occasion, rencontré les tableaux de Herbin dans des visites diverses et chaque fois, je les ai remarqués sans savoir qui était le peintre. 

Herbin – Autoportrait fauviste

Le charmant Musée de Montmartre le présente ainsi : 

« Auguste Herbin est le secret le mieux gardé de l’aventure de l’art moderne »

Né en 1882 à Quiévy (Cateau-Cambrésy), fit ses études aux Beaux Arts de Lille et se passionne pour la peinture impressionniste.

Paysage nocturne à Lille

S’installe à Paris en 1901, de .

le Fauve (1902-1908)

1909-1927 au Bateau-Lavoir

paysage cubiste près du Cateau Cambrésis

Le fauvisme le mène au cubisme, j’aime beaucoup ces arbres cubistes!

la Famille, femme et enfants

Alors que les Cubistes, Picasso, Braque Gleizes ont tendance à affadir les couleurs, privilégiant les constructions, Herbin affirme la couleur

autoportrait cubiste

la nature morte au chapeau très coloré est une sorte d’autoportrait intime

nature morte au chapeau(1928)

Il séjourne en 1913 à Céret en même temps que Max Jacob, Kisling, Juan Gris et Picasso, il y retournera à plusieurs reprises.

Chemin du Bon ange à Vaison-la-Romaine

Avec un autre paysage méditerranéen je ne sais s’il faut le caractériser de cubiste ou pas.

 

Composition colorée

les Compositions colorées sont de plus en plus abstraites. Elles débouchent sur des grands tableaux abstraits appelés monumentaux.

Homme et Femme (1944)

Les tableaux suivants sont regroupés sous le titre L’alphabet plastique où couleurs et formes géométriques correspondent à la manière des Correspondances de Baudelaire ou de Voyelles de Rimbaud

Génération 1959

Toute une série colorée très séduisante conclue la rétrospective.

 

Le Musée de Montmartre

TOURISTE DANS MA VILLE

En montant à la Butte Montmartre

12 rue Cortot, tout près du Château d’eau de Montmartre. Le Musée occupe deux bâtiments dans un merveilleux jardin.

le jardin du Musée

Au fond de l’allée se trouvent les collections permanentes. A gauche, un vieux cognassier s’est couché puis a donné des rejets? A droite des merveilleux hortensias. Suzanne Valadon a peint cette façade

Suzanne Valadon : le 12 rue Cortot

Pour visiter, il faut faire le tour. Quelques pas dans le jardin sauvage et l’on découvre la Vigne de Montmartre

Vignoble de Montmartre

De 1894 à 1966, le 12 rue Cortot a vu travailler de nombreux artistes : Maximilien Luce(1894-1901) Raoul Dufy (1900-1901) Othon Friesz (1900-1902)  en même temps que Maurice Utrillo et Suzanne Valadon (1898 -1905) Emile Bernard (1906-1912)  Charles Camoin (1908)Francisque Poulbot(1911) Demétrius Galanis(1910-1966) puis le trio Valadon – Utrillo et André Utter.

Alfred Renaudin : Maison de Félix Ziem et moulin (1910)

Au rez de chaussée du Musée, des photos anciennes restituent le paysage au début du XXème siècle avec les moulins, les carrières. Jusqu’à 30 moulins s’élevaient sur la butte.

René Zimmermann La Maison d’Utrillo (1933)

Au premier étage s’affiche la vie de Cabaret : Le Chat Noir et le second Chat Noir, le Lapin Agile avec affiches, tableaux, sculptures…programmes

Le chat noir :Steinlein

Au Chat Noir on projetait des ombres chinoises, le théâtre d’ombre était l’oeuvre de Rivière mais aussi de dessins de Caran d’Ache. Un écran vidéo restitue certaines de ces pièces comme la Marche à l’Etoile, impressionnant défilé de soldats, lépreux avec leurs béquilles, caravane dans le désert…

Willette : parce domine parce populo tuo…(1882)

La farandole qui dégringole les rues de Montmartre qui évoquerait le French Cancan du Moulin rouge est une danse macabre « en fin de cortège, Pierrot se suicide » . Cette toile était un des décors du Chat Noir.

La peinture  était à l’honneur, la musique aussi : Debussy et Erik Satie y jouèrent.

Au deuxième étage, les portraits d’Emile Bernard et de Francisque Poulbot attendent le visiteur. Une salle est dédiée à Renoir avec une tête de Renoir sculptée par Maillol.

Une autre salle expose les oeuvres de Suzanne Valadon, Utrillo, André Utter,  Camoin…

café Renoir

Et si le temps le permet, si vous avez encore du temps , le Café Renoir dans le jardin est très accueillant!

Place Dalida

Pour rejoindre le métro, on peut flâner dans Montmartre, découvrir la basilique ou s’arrêter devant la statue de Dalida.

Ismène la sœur oubliée – Michel Serfati – Editions du Canoë

Ismène est la sœur d‘Antigone, l’héroïne tragique qui me fascine. Je collectionne textes, représentations théâtrales, autour de cette femme qui dit non, qui défie l’autorité. 

La tragédie laisse peu de place à Ismène Le roman de Michel Serfati lui donne la place centrale ajoutant un personnage : Phénarète, la nourrice fidèle esclave. Ismène, la blonde, l’ainée, est celle qui dit oui à la vie, qui goûte les beautés de la nature, qui chante, prend des amants à sa guise, qui prodigue de l’affection à ses frères Etéocle et Polynice. Tout l’inverse d’Antigone la rebelle, dont un cauchemar dès son plus jeune âge a révélé sa destinée tragique.  

La première partie du livre est un résumé du mythe des Labdacides. Pour ceux qui se perdent un peu dans les histoires de cette famille bien compliquée cette mise au point est bienvenue. Je vais retourner à Sophocle surtout à Œdipe-Roi et Œdipe à Colone que je connais moins bien quAntigone. 

p121, au mitan du livre, Ismène se retrouve seule avec Créon, enceinte de Hémon. Que peut-il donc lui arriver. La tragédie est close. L’enfant à naître transportera-t-il la malédiction des Labdacides? Ismène retrouvera-t-elle l’insouciance de sa jeunesse et son appétit de vivre. Commence une longue errance. Elle retourne à Athènes et y rencontre Sophocle et lui offre son histoire dont il fera une tragédie. Puis, dans un chariot, avec la fidèle Phénarète et une petite escorte que lui accorde Créon, elle retourne vers les amants de sa jeunesse. Une femme seule, même princesse, est une proie fragile. L’hospitalité – une tradition méditerranéenne – lui offrira parfois du répit, parfois une menace voilée. Après avoir fait le tour de la Grèce, elle arrive en Sicile et trouve refuge à Motyé, colonie phénicienne, puis à Carthage…Nous parcourons tout le pourtour de la Méditerranée jusqu’au Sahara. Un beau périple où la princesse grecque devenue nomade a gagné une belle indépendance.

Belle, trop belle, figure féminine, peut-être trop moderne pour être crédible!

Une lecture agréable, prenante mais loin de la tragédie grecque.