Zola – Henri Troyat – Grandes biographies Flammarion

LES ROUGON-MACQUART

 

A la suite du billet de Claudialucia après avoir lu déjà 14 livres de la série des Rougon-Macquart, j’ai trouvé à la bibliothèque cette bibliographie et je n’ai pas eu la patience de lire les 6 tomes qui me manquent dans la série. J’ai été bien inspirée de la commencer à la suite de L’Œuvre, livre dans lequel l’auteur a mis beaucoup de sa vie : sa jeunesse à Aix-en-Provence (Plassans) et ses excursions dans la campagne en compagnie de Cézanne et de Baille qui sont venus le rejoindre à Paris. Claude, le héros est une sorte de mélange entre Manet dont il s’inspire pour le Déjeuner sur l’herbeaccroché au Salon des  Refusés, et de Cézanne comme peintre maudit (alors), Claude c’est aussi Zola lui-même dans la recherche de la théorie du naturalisme. Zola s’incarne également dans son ami écrivain Sandoz avec les relations étroites des amis d’enfance. On y devine Médan dans la maison en bord de Seine.

Zola peint par Manet

 

j’ai été très intéressée par le récit que fait Troyat de la construction de l’œuvre énorme qu’est la série des Rougon-Macquart. J’ai été étonnée du travail de préparation de chaque livre, étonnée qu’une seule semaine ait éré suffisante pour saisir le décor, les conditions de travail, le parler des mineurs de Germinal. Zola était vraiment un esprit vif, un voyage Paris-Mantes dans la locomotive lui suffit pour écrire La Bête-Humaine (bien sûr après lectures et entretien avec des spécialistes).

Troyat montre Zola au travail, à sa table mais aussi montre ses rapports avec les hommes de lettres ses contemporains. Portrait aigre-doux (plutôt aigre de Edmond de Goncourt, peint en faux-jeton) . Admiratif de Flaubert, sympathie pour Maupassant… tous ceux qui comptent dans la littérature du temps y passent  Mirbeau, Anatole France...l’écrivain ne travaille pas dans sa tour d’ivoire mais entouré de nombreux personnages écrivains et journalistes, éditeurs, théâtreux. Jalousies de Goncourt, stratégie-marketing aussi, comment lancer un roman avec un beau scandale qui fait vendre (Nana) ou en feuilleton….

La dernière partie du livre, Les Rougon-Macquart achevés, est consacrée à l‘Affaire Dreyfus. Zola comme nombreux dreyfusards, prend l’affaire en marche, il s’élève contre l’injustice qui condamne au bagne un innocent.  Avec J’accuse se déclencheront les procès contre lui . Zola est condamné, trainé dans la boue, exilé à Londres. La violence de la Droite est inimaginable, attentats à la personne, violences dans la rue, calomnies diverses…Même la mort de Zola est trouble! 

Comme dans toute biographie, on voit l’écrivain en famille avec ses proches, sa femme Alexandrine, sa maîtresse Jeanne, mère de ses enfants. Ses chiens…Je me promets d’aller voir sa maison de Médan qui est aussi un Musée Dreyfus.

A fil des pages, je remarque un nom :  Séverine, journaliste dreyfusarde, féministe. Et je découvre un podcast passionnant sur RadioFrance : Séverine une journaliste debout.  Evocation encore de l’Affaire Dreyfus. Rencontre surprise!

L’Œuvre – Emile Zola

LES ROUGON-MACQUART – t. 14

« Tu sais, mon tableau des Halles, mes deux gamins sur des tas de légumes, eh bien, je l’ai gratté, décidément: ça ne venait pas, je m’étais fichu là dans une sacrée machine, trop lourde encore pour mes épaules. Oh! je reprendrai ça un jour, quand je saurai, et j’en ferai d’autres, oh! »

J’ai retrouvé avec grand plaisir Claude Lantier, un des fils de Gervaise, rencontré une première fois dans Le Ventre de Paris, figure très sympathique qui avait accueilli avec générosité Florent, en fuite, et lui avait fait visiter les Halles colorées, pittoresques.

Claude Lantier est un jeune peintre prometteur, monté à Paris avec une bande d’amis d’enfance, artistes, écrivain, sculpteur, architecte. L’Œuvre traitera donc de peinture, 

Après ça, entends-tu! ils ne sont que deux, Delacroix et Courbet. Le reste, c’est de la fripouille… Hein? le vieux
lion romantique, quelle fière allure! En voilà un décorateur qui faisait flamber les tons! Et quelle poigne! Il aurait couvert les murs de Paris, si on les lui avait donnés: sa palette bouillait et débordait. Je sais bien, ce n’était que de la fantasmagorie; mais, tant pis! ça me gratte, il fallait ça, pour incendier l’École… Puis, l’autre est venu, un rude ouvrier, le plus vraiment peintre du siècle, et d’un métier absolument classique, ce que pas un de ces crétins n’a senti. Ils ont hurlé, parbleu! ils ont crié à la profanation, au réalisme, lorsque ce fameux réalisme n’était guère que dans les sujets; tandis que la vision restait celle des vieux maîtres et que la facture reprenait et continuait les beaux morceaux de nos musées… Tous les deux, Delacroix et Courbet, se sont produits à l’heure voulue. Ils ont fait chacun son pas en avant.

Après ces grands maîtres les jeunes artistes veulent imposer une nouvelle peinture sans céder à l’académisme des Salons.

C’est au Salon des Refusés qu’ils comptent imposer une nouvelle peinture : la Peinture de Plein Air avec un tableau qui fait furieusement penser au Déjeuner sur l’Herbe. 

Seulement, c’est ce monsieur, tout habillé, là, au milieu de ces femmes nues… On n’a jamais vu ça.»

«Le public ne comprendra pas… Le public trouvera ça cochon… Oui, c’est cochon:

Le tableau fait scandale.  Sans les nommer on pense aux Impressionnistes. 

« Dès qu’ils étaient ensemble, le peintre et l’écrivain en arrivaient d’ordinaire à cette exaltation. Ils se fouettaient mutuellement, ils s’affolaient de gloire; et il y avait là une telle envolée de jeunesse, une telle passion du travail, qu’eux-mêmes souriaient ensuite de ces grands rêves d’orgueil, ragaillardis, comme entretenus en souplesse et en force. »

C’est un roman sur la peinture mais aussi sur l’amitié. Amitié entre l’écrivain et le peintre qui se stimulent, se soutiennent indéfectiblement.

Histoire d’amour qui commence comme une amitié. Christine, débarquée de Clermont par une nuit d’orage sur le seuil de l’atelier du peintre, sera d’abord une bonne camarade. Il faudra nombreuses promenades dans Paris pour que les deux camarades deviennent amoureux. Paris est aussi un personnage à part entière du roman.

Christine, pour encourager Claude, va poser pour lui, malgré sa timidité ils deviendront amants et vivront cet amour-fou près de Bonnières, non loin des paysages de Giverny ou de Pontoise. Cet amour restera stérile du point de vue de la peinture. Claude a besoin de la stimulation de Paris tandis que Christine savoure cette vie sans rivale

Et elle, ayant tué la peinture, heureuse d’être sans rivale, prolongeait les noces. Au lit, le matin…

Dès leur retour à Paris, Claude va reprendre son travail sans trouver le succès. un tableau l’obsède : une vue de la Seine au Port Saint Nicolas

Regarde! je me plante sous le pont, j’ai pour premier plan le port Saint-Nicolas, avec sa grue, ses péniches qu’on décharge, son peuple de débardeurs. Hein? tu comprends, c’est Paris qui travaille, ça! des gaillards solides, étalant le nu de leur poitrine et de leurs bras…

et comme dans son tableau du Salon des Refusés, une femme au premier plan va occuper l’image. Il reprend, jours après jours, semaines après semaines, mois après mois, ce même sujet. Christine devient son modèle plutôt que sa femme, elle néglige leur enfant, se néglige elle-même. Et Claude dans sa folie s’acharne

« Est-ce qu’on savait jamais, en art, où était le fou? Tous les ratés le touchaient aux larmes, et plus le tableau ou le livre tombait à l’aberration, à l’effort grotesque et lamentable, plus il frémissait de charité, avec le besoin
d’endormir pieusement dans l’extravagance de leurs rêves ces foudroyés de l’œuvre. Le jour où Sandoz était
monté sans trouver le peintre, il ne s’en alla pas, il insista, en voyant les yeux de Christine rougis de larmes. »

Les sacrifices de Christine, l’amitié indéfectible de Sandoz, le soutien de ses camarades, rien ne sauvera l’Œuvre toujours inachevée. 

Et, bien sûr cela se terminera très mal!

 

Eleftheria – Murielle Szac

LIRE POUR LA GRECE (CRETE)

les ruelles de la Chanée

Le titre seul m’aurait attirée : Eleftheria, liberté en Grec, qui résonne particulièrement en Crète quand je pense à Kazantzakis, La Liberté ou la mort.

Avec mes écouteurs dans les oreilles, en forêt, j’ai écouté Murielle Szac sur un podcast de Talmudiques dédié à Rosh Hachana. C’est par une  coutume crétoise de Roch Hachana : Tashlikh que s’ouvre le roman, avec les bougies sur de petits radeaux « Armée de lucioles surgie de la mer ». Jolie occasion pour faire la connaissance de Rebecca, de Judith Levi, du rabbin Elias et de la communauté juive de Chania vivant dans l’ancien ghetto vénitien de Evraïki.  Jeunes filles juives, et leurs camarades grecques avides de liberté qui n’acceptent pas la place qui leur est assignée :

« Comment choisir sans entrave sa vie quand tout vous désigne, vous assigne à une place ? Que peut décider de son destin une jeune Crétoise, comme elle, juive et pauvre, alors que les nuages noirs de la guerre se massent au-dessus de sa tête ? La flammèche coule soudain. Rien, pourtant, ne semble troubler la joie, les rires…« 

Le roman débute en  octobre 1940, à la veille du Ochi, le Non opposé à Mussolini par Metaxas qui et aussi le début de l’intervention nazie en Crète et qui se terminera en Mai 1944 par l’anéantissement de la communauté juive crétoise. 

Roman choral rassemble de nombreux personnages, le plus souvent très jeunes : jeunes filles juives, ou pas. Jeunes grecs, marins ou villageois attirés par les filles, certains s’engagent dans la résistance et prennent le maquis, d’autres pas collaborent avec l’occupant nazis. Histoire aussi de Petros, le photographe qui documente les massacres, fait des portraits, le témoin. Luigi, italien, des troupes d’occupation qui ne se soumettent pas aux Allemands éprouve plus de sympathie pour les Crétois. On croise même Patrick Leigh Fermor dans son rôle d’espion britannique (je connaissais ce rôle de mon écrivain-voyageur préféré). 

Et la Liberté? Elefthéria. Bien sûr dans la Résistance contre l’occupant, mais aussi la liberté d’aimer en dehors de sa communauté. La liberté de faire de la musique. De très belles évocations d’un Premier Mai fêté malgré l’occupant nazi dans un village rappelant le poème de Yannis Ritsos.

« Yannis Ritsos. L’enseignant traduisait en italien les poèmes qu’il trouvait et les faisait apprendre par cœur à ses élèves. Un jour de mai tu m’as abandonné… Ce cri de la mère d’un jeune ouvrier tué par la police au cours
d’une manifestation du 1er mai à Thessalonique, ce cri déchirant devenu un poème encore plus déchirant… Un
jour de mai je t’ai perdu… Ce texte, Epitaphios, avait bouleversé le jeune étudiant. Sans toi j’ai perdu le feu et la lumière, j’ai tout perdu… Luigi, est-ce donc si loin de toi ? »

Les histoires s’entremêlent. Grecs et juives vont s’aimer, se séduire, se marier ou se quitter et se retrouver  sur le Tanaïs pour la tragédie finale.

mon Dieu, je vous en conjure, changez les cieux Et alignez toutes les étoiles pour dessiner la forme de la Crète.Aussitôt un autre poursuit : Un printemps sans mois de mai j’aurais pu l’imaginer Mais jamais, au grand jamais,que mes amis trahiraient. Un troisième enchaîne : Il y en a qui sont pris de vertige en haut de la falaise Etd’autres qui, au bord du vide, dansent le pentozali.

Un véritable coup de cœur pour ce roman!

Et encore une fois merci à Claudialucia de m’avoir fait connaître ce livre!

Le Château des Rentiers – Agnès Desarthe

RENTREE LITTERAIRE 2023

Cité sur plusieurs blogs, Keisha, écouté l’auteure à la radio, c’était une occasion de faire connaissance avec Agnès Desarthe dont je n’avais rien lu. 

« Avaient-ils compris que la vieillesse est plus âpre quand elle est solitaire ? Avaient-ils anticipé, avaient-ils prévu qu’il serait beaucoup plus facile de se retrouver pour jouer aux cartes et échanger des recettes de cuisine quand on n’a qu’un couloir à traverser, un ou deux étages à descendre, à monter, grâce aux nombreux ascenseurs ? »

 

Le sujet me plaisait : faire une maison commune pour partager la vieillesse entre amis, une sorte de phalanstère, un béguinage, ou un kibboutz, alternative à la vieillesse solitaire ou pire à l’Éhpad. D’ailleurs, cela existe déjà : les Babayaga de Montreuil ont réalisé cette initiative depuis un moment.

Le contexte me plaisait bien aussi : ces juifs russes avec leur accent yiddish  à la Popeck, je les entends parler, ce sont les parents des copains de l’Hashomer hatzaïr, nostalgie!

A regarder mes grands-parents et leurs amis, on ne craignait pas de devenir vieux. Car vieux ne signifiait pas« bientôt mort ». Vieux signifiait « encore là ».

[…]
Ils avaient survécu. Ils sur-vivaient et conjuguaient ce verbe au pied de la lettre : vivant supérieurement, et
discrètement aussi, à la façon des superhéros, dont les superpouvoirs sont enivrants et doivent demeurer secrets.

De courts chapitres, un roman choral où se mêlent les voix de plusieurs générations, et des souvenirs personnels qu’elle égrène. réflexions sur la vieillesse, mais pas que, sur l’écriture, témoignage impossible ou fiction imagination.

Entreprise sympathique que cette anticipation de la vieillesse, non pas celle des survivants mais des boomers. Sauront-ils aussi bien vieillir ensemble?

« Je me dis que notre génération a vécu dans un confort tel que la vieillesse a cessé d’être un privilège – le privilège de ceux qui s’en sont sortis, qui ont échappé à la mort, dont la santé a permis qu’ils résistent à diverses
épidémies. La vieillesse, pour nous, n’est que déchéance. Notre génération a tout à perdre en vieillissant. J’ai
peur que mon phalanstère ne voie jamais le jour. »

 

Une lecture agréable dont j’attendais sans doute trop pour que ce soit un coup de cœur.

 

 

Causse Comtal : Trou de Bozouls et Rodelle – Vallée du Lot : Estaing, Espalion Saint Côme d’Olt

CARNET OCCITAN

Bozouls : trou de Bozouls et village

La route N88 coupe le Causse Comtal en une saignée qui coupe le calcaire qui affleure. Les pelouses sèches à genévriers sont caractéristiques de ces sols mais elles ne sont pas aussi étendues que sur les Grands Causses. On traverse également des pâtures bien vertes, des champs cultivés labourés en ce moment de terre rouge comme sur la route de Conques. Les changements rapides dans le paysage sont fréquents en Aveyron. La complexité de la carte géologique explique ces variations.

L’église Sainte- Fauste sur la falaise

Pour arriver au Trou de Bozouls, Mme GPS nous organise un tour bien plaisant dans la campagne en passant par les Brunes, puis la D581. Nous arrivons directement au Belvédère pour découvrir le canyon découpé par la petite rivière Dourdou formant un cercle presque parfait profond d’une centaine de mètres, découpant le village en deux parties. En face nous voyons le vieux village avec ses tourelles et ses maisons alignées sur la falaise. Par une rue sur le rebord, j’arrive à l’église Sainte-Juste, comme suspendue au-dessus du vide. Pour y entrer un dispositif électrique fonctionne très bien, la porte claque derrière moi. La nef est très haute, très claire, arcs et chapiteaux romans. Une seule nef, longue et étroite. Pour sortir la porte ne veut pas s’ouvrir, une flèche rouge indique le bouton, quel bouton ? Vais-je rester prisonnière dans l’église ? Je tripote partout, un battant s’ouvre (je pensais que ce serait l’autre). Une aire récréative a été aménagée de là, un sentier avec des marches bien hautes et bien glissantes descend dans le canyon où coule le Dourdou. Des petits panneaux expliquent la flore endémique. En bas, un groupe de randonneurs, bonnes chaussures, bâtons de marche, se dirige vers le canyon. Ils vont sûrement voir els grottes et les sources. Combien de temps ? 5  km , selon le panneau, mais est-ce aller et retour seulement aller ? Je préfère emprunter le petit pont qui conduit au village, puis une rampe remonte au belvédère. 2.5 km, 35 minutes. Une dame qui promène son chien m’explique : il y a 3 circuits, je n’ai fait que le petit.

Rodelle et son roc

Rodelle est un minuscule village perché sur un piton rocheux à la manière de sa grande sœur Rodez. Rodelle serait une « petite Rodez » avec ses maisons de pierre regroupées autour d’un bloc rocheux et son église romane. Autrefois, il y avait un château fort, il n’en reste pas grand-chose.

Estaing

Estaing : pont sur le Lot

Par la D20 et la D 22 nous parcourons les deux côtés d’un carré et montons sur la colline pour découvrir la Vallée du Lot. En descendant, les vignes sont de plus en plus présentes. La D22 tortille en descendant jusqu’à Estaing dont nous découvrons le château qui domine le paysage avec son donjon carré, ses nombreuses tourelles qui bourgeonnent et donnent une allure de fantaisie à ce qui aurait pu être une forteresse austère. Promenade dans les rues, ruelles, escaliers…Hautes maisons de schiste en lamelles fines et parfois un moellon marron de grès. Tourelles, toits recourbés, parfois concaves, parfois convexes mais toujours dans le chatoiement de l’argent des lauzes arrondies. En plus du Lot qui passe sous les quais, je découvre un ruisseau : la Coussanne enjambée par de petits ponts. On pourrait la franchir à gué surtout aujourd’hui avec la sécheresse.

Estaing pont sur la coussanne

Déjeuner sur une terrasse au bord du Lot « chez Lilou » au choix : panini ou galette avec une salade composée. Lilou est bavarde, souriante, efficace. Sous le pont de pierre, le Lot forme un miroir dans lequel se reflètent les arbres de la forêt. Sur le pont la silhouette d’une statue que je crois féminine. Non ! c’est un évêque en soutane, de la famille d’Estaing : François d’Estaing évêque de Rodez (1460- 1529).

Estaing donjon

Estaing est une étape sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, étape avant Conques pour les bons marcheurs (32 km) (GR 65). Partout, nous rencontrons les pèlerins avec ou sans coquille. Chez Lilou, il n’est question que de marche, d’étape, restaurants et chambres d’hôtes.

L’église Saint Fleuret est perchée sur un monumental escalier aux marches arrondies ? A l’entrée, une très fine croix de calcaire clair est sculptée d’une mise au tombeau et d’un pèlerin de Compostelle.

Juste en face, une rampe conduit au Château d’Estaing (ouvert). Il a été racheté par la fondation Giscard d’Estaing qui l’a restauré. La famille Estaing, une des plus puissante du Rouergue du XIIIème au XVIII ème siècles a donné des cardinaux, des militaires. Le dernier amiral a été guillotiné à la Révolution, le château, vendu. La famille s’est éteinte en 1794. En 1922, le père de Valéry Giscard d’Estaing a « repris » le nom d’Estaing.

L’essentiel de la visite consiste en une évocation de l’ancien président avec e nombreux panneaux à lire, des vidéos à visionner. Leçon d’Histoire récente. Il faut être motivé pour tout lire et tout écouter. L’accent est mis sur la première crise pétrolière (1973) à la veille de l’élection de VGE à la présidence et le choix du Nucléaire (larges interviews du président d’EdF. Je zappe. Zappée aussi la collection des robes d’Anne-Aymone, Chanel, Courrège, Dior…griffes prestigieuses mais garde-robe ennuyeuse.

château Calmont-Olt

L’arrêt suivant aurait dû être Espalion à quelques kilomètres en amont sur le Lot. C’est une petite ville, pas un village. Il y a beaucoup de circulation. L’église renommée sur le Plateau de Perse est accessible à pied mais que faire de la voiture ? A la recherche d’une place de parking nous sortons de la ville et aboutissons au Château de Calmont-Olt perché au-dessus de la vallée. Selon le guide Gallimard, les parties anciennes seraient carolingiennes. Il est bien ruiné, et fermé.

Saint Côme d’Olt

Saint côme d’Olt clocher flammé

Après Espalion, le Lot prend le nom d’Olt, c’est un peu surprenant sur la carte. Saint Côme d’Olt est un charmant village construit en cercles concentriques autour de son église. Ces villages ronds sont nommés « circulades » dans le Languedoc.

L’église construite entre 1522 et 1532 a un curieux clocher tors ou flamme à 8 pans culminant à 45 m avec 7 cloches. Sur les portes de l’église on a planté 365 clous. Les vitraux colorés sont modernes. Sur le parvis, des galets dessinent une coquille saint Jacques, marquant le chemin de pèlerinage.

La prospérité du village est attribuée à la douceur du climat. Il a été construit à la rencontre de deux voies de communication : une draille préhistorique et une voie romaine.

Aux murs des maisons une grande exposition-photos montre des scènes de vie des années 1950-1960, comme la lessive dans le Lot (1951) ou la moisson avec des bœufs. La « cavalcade » ou défilé de chars a été prise en photo en 1920.

La promenade dans les rues n’est pas très longue mais j’ai l’occasion de remarquer des portes et fenêtres très soignées entourées de beau calcaire blanc sculpté. Le château a une tour ronde dont on voit encore les corbeaux tenant le chemin de ronde. La Porte Neuve est ogivale, dans un haut bâtiment de 4 étages.

Encore un village qui mérite le détour !

 

 

 

 

Humus – Gaspard Koenig – les éditions de l’Observatoire

RENTREE LITTERAIRE 2023


Glyphosate, ils ont prolongé l’autorisation européenne de 10 ans contre l’avis des scientifiques sur la foi d’études biaisées et de lobbyistes. Je suis verte de colère!

Raison de plus pour lire Humus! Dix ans de plus pour empoisonner les vers de terre, les sols et les riverains.

en classe!

Je l’avais repéré depuis un moment, les vers. J’en ai élevé dans ma classe dans une ferme à lombrics pédagogique . Enlever les caches noirs chaque matin pour observer les galeries était un moment fort du début de mes cours. Au programme des 6èmes, même les 3èmes me le demandaient. Les vers mélangeaient les différents horizons, terre brune, marne claire sable jaune ou rose en un délicieux gâteau marbré.

J’attendais donc la lecture de ce roman avec impatience, recommandée par nombreuses blogueuses Eimelle, Keisha, Claudialucia, Kathel et j’en oublie.

Deux étudiants sur les bancs d’un amphi de AgroParisTech à Saclay, ont une épiphanie : ils consacreront leur vie aux vers de terre, les réparateurs des sols, les digesteurs du trop-plein de déchets, les sauveteurs de la planète. C’est aussi le début d’une amitié profonde qui va unir deux garçons très différents. Arthur est issu de la bourgeoisie, scolarisé dans les meilleurs lycées parisiens, cultivé capable de citer les philosophes antiques et les bons auteurs. Kevin, venu du Limousin, de parents simples travailleurs agricoles, venu par la voie technique, titulaire d’un DUT mais excellent élément, admis à l’Agro parmi les rares élus d’un filière Pro.

Deux destins se croisent et s’éloignent : Arthur le bobo va tenter un retour à la terre en compagnie d’Anne, diplômée de Sciences Po qui se rêve écrivaine. Fidèle aux lombrics, anéciques et épigés il a le projet de réensemencer des champs stérilisés par l’agriculture conventionnelle et chimique. Justement, son grand-père avait une ferme en Normandie dont il a cédé les terres à un voisin Jobard (quel nom!).

Kevin a choisi pour les vers une autre voie : le lombricomposteur. Tout d’abord il met au point un lombricomposteur d’appartement qu’il cherche à produire et à vendre lui-même. Méprisé par les banques, il ne trouve pas la somme (assez modique) qui lui permettrait de lancer son affaire. Trop simple, pas assez innovant, il faudrait ajouter des capteurs, une appli, le transformer en smart-composteur pour être plus sexy. La rencontre avec Philippine dans une soirée mondaine va lancer le compostage à grande échelle. Il ne s’agit plus de composteur domestique mais de lignes de production pour les déchets industriels, l’Oréal est partie prenante, puis un gourou californien. La petite entreprise devient une licorne. Adulé par les médias, coqueluche des salons parisiens, Kevin, le garçon de la campagne, beau comme un dieu, fréquente cuisiniers étoilés, ministres et même Thomas Pesquet. Bulle capitaliste qu’un scandale fera crever.

L’histoire est moins glorieuse pour l’ensemenceur de vers en Normandie. Les bestioles, pourtant amoureusement chéries refusent de coopérer. Arthur survit grâce à son potager et à un mode de vie plus que sobre. Une chicane du voisin Jobard, la désertion d’Anne, le poussent à un sentiment d’échec qui le conduit à accepter les propositions d’un mouvement éco-terroriste : Extinction-Révolution. Monsieur Darmanin doit être comblé : il exise des éco-terroristes qui veulent faire tout péter. Bien plus fort qu’un petit pipe-line dans le désert d‘Andreas Malm!

J’ai déjà assez spoilé! J’arrête, à vous de lire.

Un roman agréable à lire , tout à fait en prise avec l’actualité, aussi bien les bulles financières des licornes de l’économie 2.0, les préoccupations écologiques brûlantes avec l’invasion des déchets, la dégradation des sols, le greenwashing. Tout autant de problèmes que le roman soulève! Sans parler de la tentation de violence pour ceux qui trouvent la transition écologique inopérante.

Cependant j’ai été déçue par l’analyse des personnages très stéréotypés correspondant exactement à l’idée qu’on peut se faire du bobo-paysan ou de l’arriviste. Pire encore leurs compagnes manipulatrices exploitant les réseaux d’une très haute bourgeoisie très friquées. A peine ébauchées, quelles vilaines filles! Gaspard Koenig se complait dans les réceptions mondaines, se met en scène lui-même, se moque de Pesquet. Trop facile! On sourit au début puis on se lasse de cette complaisance.

les lacs du Lévezou

CARNET OCCITAN

Plage de Vernhes lac de Pareloup

Flavin-Pont de Salars, 15 km dans le brouillard, pour le paysage, vous repasserez ! De temps en temps, le disque solaire se devine derrière la brume et la lumière est dorée. Promesse d’une belle journée.
L’Office de Tourisme de Pont de Salars ouvre le mercredi à 9 heures. La dame est très efficace : elle me conseille la promenade de La Vierge des Lacs (décrite aussi sur Visorando : 5.8 km, 2 h facile). Garer la voiture au parking de Vernhes au bord du lac de Pareloup (indiquer Salles-Curan au GPS)/ A notre arrivée au Lac de  Pareloup, la brume s’est dissipée ;le ciel est bleu pur, la lumière d’une grande netteté. Très beau parcours le long du lac situé tout près de la route. On traverse le lac sur une passerelle : la Passerelle des Vernhes.

levezeou : Lac de Pareloup vu daux pieds de la Vierge

A la plage de Vernhes, je ne résiste pas à la tentation de marcher le long de l’eau sur le sable. La sécheresse fait reculer anormalement l’eau et a dégagé une plage de sable grossier rose avec de gros morceaux de quartz à arête coupante brillant au soleil. De petits coquillages ronds ressemblent à de petites coques ou plutôt à l’ornementation de palourde. S’agit-il de la corbicule, filtrant l’eau, espèce invasive venue d’Asie qui infeste les lacs savoyards. Le parking de la Vierge des Lacs est un peu plus loin, le sentier part de l’autre côté de la route. Le début grimpe dur (810 m à 880 l) – heureusement j’ai pensé au bâton – jolie montée à travers bois puis on sort dans les prés. La vierge, en granite est assez originale. Elle précédée de deux grands cairns. Avec la belle lumière, le lac se détache très net, ses berges serpentent. A l’étiage avec la sécheresse on croirait voir des bancs de sable parallèles aux bords. Vers le sud, les éoliennes sont immobiles faute de vent.

Mon projet de faire le tour du lac de Villefranche-Panat a été validé par la dame de l’Office de Tourisme. 11.5 km, impossible de le faire avant le pique-nique. Nous musardons entre les deux lacs. La promenade en voiture nous mène d’abord à Salles-Curan où j’aurais aimé visiter le Musée Eugène Viala (mais pas d’horaires d’ouverture ni de numéro de téléphone). Le personnage de Viala est tout à fait singulier, graveur renommé, photographe, peintre ami de Fenaille, de caractère difficile…

Tour Peyrebrune

D577 vers Alrance, on voit de nombreux animaux, vaches ou bœufs, chevaux dans de belles prairies vertes. Les champs labourés sont engraissés au fumier, une odeur tenace flotte. Une tour très haute attire le regard. On croit à un mirador anti-incendie. A l’entrée d’Alrance : une flèche touristique signale la tour : Tour de Peyrebrune. Elle a fière allure, 5 étages, des créneaux, et une statue de la Verge qui la surmonte. Je recopie le panneau explicatif :

On trouve trace de la Tour dès l’époque carolingienne. Au XIIIème siècle le fief du seigneur de Panat s’étendait sur presque tout le Rouergue. Pendant la Guerre de 100 ans la région a été cédée aux Anglais, les troupes du prince Noir ont ravagé le pays, origines d’une légende sur un trésor caché « Le veau d’or de Peyrebrune ». je comprend sa présence à Belcastel. Finalement Richelieu a fait démanteler le château en 1630 pendant les Guerres de Religion. En 1898 les abbés Lamouroux le reconstruiront en le transformant en chapelle. C’est un lieu de pèlerinage, avec des espaces pour se retrouver, pique-niquer, sorte d’aire de loisir en pleine campagne. Lieu pittoresque aussi avec des rochers énormes qui rappellent le Sidobre et une très belle vue sur le Lévezou et le Lac de Panat et sur les crêtes dans le lointain.

Avant d’entreprendre le tour du Lac de Villefranche-Panat, nous pique-niquons au parking de Grenouillac où il y a une plage aménagée, un petit port pour les canoës et les petits bateaux à moteur. Et à l’arrière, un restaurant.

Le Tour du lac est une bande cimentée ou goudronnée d’environ 60 cm de large. Le parcours est varié. Il passe même sur des passerelles de bois. Lorsque le lac est rempli on marche au-dessus de l’eau ce qui doit être rafraîchissant. Avec la sécheresse actuelle, l’eau manque. On traverse même un bras du lac sur une passerelle métallique. Parfois on marche à couvert sous de beaux hêtres ; les faînes craquent sous nos pas. Aux alentours de la Centrale EDF, le circuit entre dans la campagne. La route n’est jamais loin mais très discrète, on ne s’en rend pas compte.

Décidément une très belle promenade bouclée en 2h30.

Des panneaux expliquent pourquoi e Lévezou possède 5 lacs : ce sont des lacs de barrage implantés dans les années 50. Retenue de Pont-de Salars sur le Viaur, de Pareloup sur le Vioulou, de Villefranche de Panat sur l’Alrance. Leur fonction principale est de fournir de l’énergie électrique mais également de l’eau potable à la ville de Rodez et les Syndicats de l’Eau du Segala. Chaque retenue a un débit réservé pour maintenir la biodiversité, destocker l’eau dans les cours d’eau pour la période sèche. N’oublions pas l’aspect touristique !

Un système de conduits capte l’eau pour la conduire à la Centrale. C’est un peu compliqué.

Le retour au gîte de Villefranche-de-Panat à Flavin s’est fait par de petites routes très agréables traversant des forêts de hêtres et de résineux traversant Salmech et le Viaur au Pont de Grandfuel.

Vendredi 6 octobre : retour à Lévezou et Restaurant

autour du champignon

En prévision du voyage du retour, nous avons préféré ne pas faire de route. Comme il fait encore un temps merveilleux , inespéré pour octobre, nous sommes retournées au lac de Villeneuve-Panat pour refaire le tour du lac tôt le matin. Et pour fêter la fin des vacances nous avons choisi un beau restaurant au bord du lac de Pareloup : Les Reflets du Lac. 

Carte très alléchante : Dominique prend des ris de veau et moi, une entrée un peu énigmatique « autour du champignon » très jolies assiettes décorées de radis bicolores, de champignons, de petits cubes de coing et de racines (carottes, panais…) C’est très joli et surtout très bon. Et pour dessert je choisirai encore un assortiment « autour de la figue ». Face au lac . une belle conclusion pour de belles vacances.

 

 

 

 

 

Joann Sfar – La vie dessinée – Salonique « Jérusalem des Balkans » 1870-1920 au MAHJ

Exposition temporaire jusqu’au 12 mai 2024

Nous connaissons tous Le Chat du Rabbin il est à l’honneur dans l’exposition mais j’ai préféré mettre l’accent sur d’autres aspects de l’œuvre de Yoann Sfar. 

Nous découvrons les années d’apprentissage, au lycée Massena de Nice et rencontrons Romain Gary, Charlie Hebdo, Riad Sattouf,…

Sfar s’est emparé du fantastique avec le petit vampire, le Golem,

Il rend hommage aux peintres juifs : Chagall, Pascin, Soutine et réalise même un film sur Gainsbourg, un album consacré au Klezmer 

Belle flânerie dans l’exposition, beaucoup à regarder à lire.

Et en bonus une très belle exposition Salonique

 

Villefranche-de-Rouergue – Belcastel

CARNET OCCITAN

Villefranche-de-Rouergue place Notre Dame

Depuis le gîte de Flavin, 55 km dont 35 dans le brouillard. L’altimètre indique plus de 700 m, c’est précisément l’altitude où stagne le nuage. Rien à voir comme paysage ! Quand on descend sous 600 m, le ciel est gris. Jolie arrivée sur Villefranche-de-Rouergue (250 m) et la vallée de l’Aveyron. je remarque le retour des toits de tuile rouge.

Jolie promenade sur les quais de la rivière jusqu’au Pont des Consuls (1321) pont piétonnier formant un dos d’âne qui servait de péage à l’entrée de la bastide. Dans son prolongement la rue de la République monte à la Place Notre Dame. La rue est large de 6 m mais il y a des ruelles plus étroites avec des maisons à encorbellement. Galeries d’art, belles boutiques. Prenant pour cap le clocher, j’arrive sous les arcades qui bordent la grande place carrée. Elles sont si larges et si hautes que même une camionnette parvient à y circuler.

Sur la place, un énorme crucifix métallique. La collégiale est aussi énorme avec son gros clocher-porche aux contreforts aux quatre pointes ornées de pinacles.

La bastide fut fondée en 1252 par Alphonse de Poitiers, ex nihilo, jugeant les environs trop favorables à Raymond de Toulouse. La collégiale fut commencée en 1260 et consacrée en 1519. Exemple de gothique languedocien (une seule nef, pas de transept) . Elle fut ensuite pillée par les Huguenots.

Villefranche de Rouergue place de la fontaine

Après une promenade dans les ruelles, cherchant la Chapelle des Pénitents noirs que je n’ai jamais trouvée, je me retrouve sur la Place de la Fontaine assez étrange avec le Griffoul en ceux, bassin à dix côtés avec des personnages grotesques bien usés.

Le beau temps est revenu : dans la région trois étapes possibles, le château de Bournazel, celui de Belcastel et le site de Peyrusse-le-Roc spectaculaire site médiéval perché sur un rocher. Le GPS nous joue un drôle de tour : nous avons programmé Peyrusse et voilà qu’il nous conduit vers l’Est au lieu du nord, nous quittons la D1 bien roulante non loin de l’église d’Anglars Saint Félix et de là dans les gorges de l’Aveyron par de petites routes charmantes. Ravies d’avoir abandonné le grand axe routier, nous profitons des tournants pittoresques, des montagnes russes dans une campagne boisée pour arriver….dans la cour d’une ferme nommée Peyrusse. Rien à voir avec le site archéologique que nous cherchons, la synagogue, le rocher ! Il aurait fallu programme Peyrusse-le-roc et mieux suivre sur la carte !

Belcastel château et village blotti

Belcastel est tout proche, mais du mauvais côté de l’Aveyron. Descendant du plateau, la forteresse et le village blotti à ses pieds ont belle allure. Le pont est piétonnier. Il faudra faire un grand détour dans les bois au-dessus de gorges pour trouver le Pont neuf.

Le château, remonte à l’an 900, issu d’une motte castrale, appartenait à la famille Belcastel nommée par Charlemagne. Au XIIIème siècle il passe à la famille Saunhac et sa glorieuse histoire prend fin au XVIème siècle. Fernand Pouillon l’achète en 1973, le restaure et le rend habitable. Il y décède en 1986. Il est inhumé au cimetière du village. C’est donc un château privé et habité qu’on peut visiter librement avec un dépliant très détaillé. Il a été racheté par une galeriste, Heidi Leigh, qi en a fait aussi un lieu d’expositions contemporaines. L’exposition « Créatura » et son bestiaire de créatures animées : Basilic Griffon, Stryge…entre légendes médiévales et Fantasy infantile ne m’ont pas séduite. Le parcours dans le château, en revanche est très agréable. Une trentaine de points d’intérêt racontent au visiteur la vie au château au temps des seigneurs Saunhac. Evocation aussi de Fernand Pouillon – personnalité intéressante, architecte de Meudon La Forêt, et du Point du Jour, d’Alger à Téhéran …écrivain auteur de Pierres Sauvages qui raconte l’édification du monastère du Thoronet. Il y a même deux chevaliers en armure et à cheval, l’un d’eux est le Prince Noir. Je n’ai rien compris sur le moment mais j’aurai l’explication à Peyrebrune demain !

Je descends à la rivière à travers les rues du village, rampes pavées de galets entre les maisons anciennes en schiste aux toits de lauzes. Ce « plus beau village de France » mérite sa récompense.

Dîner de gastronomie locale : tripoux de Naucelle : estomac de mouton farci de jambon, ail et persil. Les tripoux se présentent en petits rouleaux (5 ou6 cm) ficelés dans une sauce orange avec des carottes qu’il est recommandé de réchauffer au bain-marie. Excellents.

 

 

 

 

 

 

 

Conques, la vallée du Dourdou et Salles-la-Source

CARNET OCCITAN

Arrivée sur Conques

Le soleil du matin est éblouissant, presque une lumière de montagne. Le GPS propose un itinéraire tournicotant par de charmantes routes de campagne pour éviter la route principale de La Primaube à Rodez, embouteillée, mais étrangement nous fait traverser Rodez où nous nous perdons, bien sûr ! La suite sur la D901 – Route Soulages – qui est la route de Conques traversant des villages : Salles-la-Source, Marcillac-Vallon, Saint Cyprien-Dourdou. Les paysages sont variés, la route boisée traverse des vignes autour de Marcillac – ceps très hauts conduits sur des rangées arrondies, champs rouges comme le grès rouge permien des rochent qui affleurent. A partir de Nauviale, la route suit le cours de la petite rivière, le Dourdou. Un groupe de maisons et un petit pont, un ancien moulin sans doute, nous font faire un détour.

A l’approche de Conques, la vallée se resserre dans les Gorges du Dourdou : les versants abrupts des collines sont boisés. Juste avant l’entrée de conques, il ne faut pas rater la petite route qui monte au Belvédère de Bancarel : une piste carrossable conduit à une croix. Mais pour découvrir Conques il faut grimper sur un escarpement rocheux ce qui confère à la découverte un léger parfum d’aventure.

Conques est interdite aux voitures, il convient d’abandonner son véhicule près de la rivière (parking gratuit) et rejoindre le village à pied, ou de la garer au parking payant situé juste sous le village.

Conques est une étape du Chemin de Compostelle, les pèlerins (ou randonneurs) lourdement chargés et chaussés, avec ou sans bâton, sont nombreux sur le parvis de l’abbatiale. Je descends dans la « coquille » (la conque) découvrant les tours pointues, les épais toits de lauze des habitations. Je passe sous la Porte de la Vinzelle pour entrer dans le village, puis devant une grosse demeure « le château d’Humières ». Par la rue du Château, je parviens à la place de l’église bordée de maisons à pans de bois (restaurants qui déploieront tables et parasols vers midi). Dans les boutiques on peut acheter cartes postales, coquilles et bâtons de pèlerin, topo-guides et cartes IGN, livres pieux….

Conques : le Jugement dernier

L’Abbatiale Sainte Foy est impressionnante. Sa façade est encadrée par deux tours carrées. Je m’arrête un long moment pour admirer le tympan où est sculpté le Jugement dernier. Les élus à la droite du Christ sont sagement assis, ils ont l’air de s’embêter sérieusement. L’autre côté, celui des pécheurs et de l’enfer est plus amusant. Le diable cherche à tricher en appuyant sur la balance. Les personnages sont grotesques. J’essaie de deviner les punitions visant chaque type de péché, cela se lit comme un jeu (je ne trouve pas toujours). En revanche, dans la nef, c’est la sobriété qui me frappe. Solennité de cette nef haute et clairs où les seuls ornements sont les chapiteaux haut placés. Une visite guidée des tribuns est prévue l’après midi mais en attendant la porte est close, inaccessible. Je pense aux Pierres sauvages de Fernand Pouillon que j’ai lu récemment. Simplicité des abbayes cisterciennes ! Les vitraux de Pierre Soulages sont parfaitement à leur place.

Sobriété de la nef et des vitraux de soulages

Des panneaux discrets rappellent les heures des offices où l’église est rendue au culte. A 11h45 , un piquet à l’entrée signifiera que la messe est en cours. Passant la tête j’aperçois un moine en habit blanc cassé qui allume un cierge.

Le Trésor

Sous l’abbatiale, le cloître. Les arcades n’occupent qu’un côté du carré planté d’herbe avec un gros bassin. Passant sous la galerie, on accède au Trésor (payant mais le billet de Rodez donne droit à une réduction). C’est vraiment un trésor ! Or et pierres précieuses dans des reliquaires très anciens.  L’un d’eux est mérovingien. Le reliquaire attribué à Charlemagne est manquant, prêté au Musée de Cluny. Triangulaire, hexagonal, pentagonal, châsse ou statue dorée, tous sont revêtus ses ornements els plus précieux : gemmes, émaux cloisonnés, intailles…. Tellement précieux que c’en est trop. Cachés au temps de la Révolution, Prosper Mérimée les a redécouverts. Le plus impressionnant est la statue de Sainte Foy, toute recouverte d’or, assise en majesté, encore portée en procession de la Fête de la Sainte-Foy. Foy, du temps de Dioclétien, était agenaise. Ses reliques furent volées « par translation furtive » en 866 par les moines de Conques.

Dans ma promenade j’ai raté les séchoirs à châtaignes le long d’un sentier de randonnée. Cela me rappelle que je ne les avais pas trouvés non plus en Corse à Serra-di-Scopemena. Cesont des constructions discrètes !

Pour déjeuner nous descendons le cours du Dourdou jusqu’à un petit pont où nous suivons une flèche indiquant « chapelle préromane », nous montons dans une forêt touffue. Bel endroit pour une pause « apéro ». Au sommet de l’épaulement on devine une autre vallée Lot ou Aveyron ?

Pont et moulin sur le Dourdou

Après-midi : châteaux

A Nauviale : couronnant une butte Le Château de Beaucaire fortifié à partir du XIIème siècle, délaissé au XVIIIème . L’enceinte XIVème possédait 6 tours de gros moellons de grès rouge. Elles ont subi l’érosion du temps et le château ne se devine de la route que grâce au drapeau qui flotte sur la tour. C’est une jolie promenade commentée par des panneaux. J’aime bien ces découvertes mineures et inattendues.

Nauviale : château de Beaucaire

Le Château de Pruines est bien indiqué de la route principale (7 km quand même) suivant les pancartes, nous parvenons au petit village de Pruines. Mais où est donc le château ? Je demande aux habitants qui me montrent une grosse tour carrée accolée à un gros bâtiment « Aucun intérêt cela ne se visite pas » ajoute l’homme interrogé. Il est habité, en très bon état mais je n’en saurai pas plus.

Le château de Servayrie se voit de la route qui nous ramène à Salles-la-source au lieu-dit Mouret.

Salle la source : cascade

Nous montons sur le Causse Comtal avant de descendre à Salles-la-source où nous découvrons une belle cascade. De nombreux panneaux commentent cette curiosité : c’est une résurgence de rivières souterraines sous le Causse exploré par Armand et Martel.  Moulins, tissage, toute une industrie s’est développée autour de l’énergie hydraulique. Mais cette eau précieuse est très convoitée et détournée par une usine électrique dans un barrage souterrain, des actions en justices ont été tentées par les riverains s’estimant lésés.  Derrière la fontaine, un escalier monte sur la falaise conduisant à un belvédère et au Griffoul.