Rodez – Musée Fenaille

CARNET OCCITAN

Le Musée Fenaille est le musée archéologique de Rodez

la Dame de Saint Sernin

Il se trouve sur la place Eugène Raynaldy, la place de l’Hôtel de Ville, sur l’emplacement de l’ancien Forum Romain. L’entrée est moderne : les portes de verre cachent un hôtel particulier Renaissance que je ne découvrirai que bien plus tard.

Une visite guidée commence au 3ème étage juste à mon arrivée. Au début, je suis seule : le guide me fait les honneurs d’une visite privée, mais cela ne durera pas.  Les visiteurs nous rejoignent et le conférencier reprend son commentaire en l’enrichissant de digressions et citations. Très brillant, il cite Valery (Mythes et Légendes), Chateaubriand. S’arrête, feint d’oublier, se reprend, digresse, nous fait sourire. Erudit ou cabotin ? On en redemande.

La Dame de Saint Sernin-sur-Rance est la première vedette. Découverte en 1888 par un jeune prêtre, l’abbé Hermet. Les enfants du village auraient tout de suite reconnu « une religieuse » avec les plis de son voile qui cache la bouche, son chapelet autour du cou et ses « poumons ». Achetée par le Louvre, la statue menhir n’a pas quitté l’Aveyron par la volonté de son découvreur.

La musée Fenaille possède  une collection de ces statues-menhirs.

A Rodez Pierre Soulages n’est jamais loin, le guide évoque sa présence à l’ouverture du musée en 1937 et nous montre les statues préférées du peintre : la Statue-menhir de La Verrière, plus simple, moins anthropomorphique, dont on ne distingue que des sillons et le poignard, et une autre plus abstraite, plus stylisée…Soulages a aussi participé à des fouilles archéologiques

Les statues-menhirs sont répandue dans toute l’Europe, du Portugal jusqu’en Ukraine en passant par l’Espagne, la Bretagne, la Corse et la Sardaigne. Ces pierres dressées n’étaient pas des pierres tombales, ni des bornes plutôt des pierres magiques à qui les hommes savaient s’adresser.

Une installation contemporaine d’un couple franco-ukrainien : Nikita Kravtsov et la brodeuse, Camille Sagnes intègre 3 statues-menhirs. A l’arrière, une grande tapisserie composite réinterprète La Chasse de nuit de Paolo Uccello, incluant des canevas anciens, des larmes en plastique fluo. Ils mettent en scène des animaux et des chasseurs, scène plutôt angoissante. Au pied, les plasticiens ont planté des fleurs artificielles comme celles des cimetières, renvoient à l’actualité à  la guerre qui se déroule en Ukraine.

Après les statues-menhirs, le guide propose de continuer la visite du musée.

Rugtène avec torque et poignard

Au second étage : l’Antiquité. Les Rutènes, installés sur l’oppidum,  ont donné leur nom à la ville de Rodez. Le chef Rutène ( 1er siècle reconnaissable à la Torque et le poignard sur la statue de calcaire blanc. Une maquette de la ville romaine a été réalisée.

Descendant on arrive au Moyen Âge : très belle clé de voûte de l’église de Salles-la-Source. Disposée à hauteur des yeux, on peut admirer le soin pour cette pièce caché si haut normalement. Très belle Vierge de l’Annonciation 16ème siècle.

Nous découvrons la cour de la belle demeure Jouery achetée par Maurice Fenaille, riche mécène, ami de Rodin, et de Viala dont les eaux fortes sont exposées dans le musée Denys Puech.

Après cette longue et intéressante visite j’ai juste le temps de prêter un coup d’œil pressé à l’intérieur de la Cathédrale.

 

 

Rodez : Musée Soulages

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Une visite guidée partira à 10h30. Je dispose donc d’une demi-heure pour découvrir le musée, flâner à ma guise. Les salles sont encore vides de visiteurs ce qui confère une intimité avec les œuvres. Des questions : qu’est-ce donc ? Comment regarder un tableau noir ?

Le conférencier présente d’abord le musée conçu à l’origine pour abriter les patrons des vitraux de Conques. Le cabinet d’architecture catalan RCR a gagné le concours sous le contrôle pointilleux de Soulages qui a failli les recaler parce qu’il manquait 1m2 pour ‘l’  espace d’expositions temporaires. Le matériau rouillé de l’extérieur est de l’acier Corten , acier noir rappelant les tableaux de Soulages, et qui devient rouge en s’oxydant se mariant bien avec le grès rose de Rodez. A l’ouverture en 2013, le bâtiment était noir. A l’intérieur, il est resté noir. L’astuce est que les tableaux même lourds tiennent aux cimaises par des aimants.

La visite débute donc dans la salle des maquettes des vitraux de Conques . Cette commande par Jack Lang a été très bien accueillie par Soulages parce que c’est précisément à conques que le jeune soulages en visite scolaire a ressenti sa vocation de devenir artiste. Les travaux se sont poursuivis de 1987 à 1994. Etrangement, il y a un point commun entre ces vitraux blancs et les tableaux noirs : le rôle de la lumière. Selon l’éclairage, la météo, l’heure du jour, le passage d’un nuage…la couleur des vitraux varie. Les barres de plombs semblent capturer la lumière.

« La Lumière » sera le mot-clé de cette visite.

Dans al salle suivante nous nous arrêtons devant une vitrine contenant divers objets de Soulages dont un paysage qu’il a peint très jeune.

Brou de noix

Pierre Soulages est né à Rodez, rue Combarel le 24 décembre 1919. Il a fait toute sa scolarité à rodez mais il est parti à Paris. Son maître l’a convaincu de se présenter au concours des Beaux-Arts de Paris. Reçu, il renonce à y étudier. En revanche il étudie aux Beaux-Arts de Montpellier où il rencontre Colette qui va devenir sa femme. Ils se marient en 1942, en noir tous les deux et à minuit. Il rencontre la poète Joseph  Delteil et par son intermédiaire Sonia Delaunay. Ses premiers tableaux abstraits sont marqués par cette rencontre.

En 1946 ils installent l’atelier à Courbevoie où il produit des grands formats (1956). Il utilise de grosses quantités de brou de noix. Ses outils ne sont pas les pinceaux et les brosses des artistes mais plutôt ceux des artisans, il fabrique ses propres outils. Il travaille au sol, horizontalement et place l’outil au bout d’un manche à balais.

Les titres des tableaux n’ont aucune signification : il note la technique, les dimensions du tableau, la date. Le spectateur est libre d’interpréter.

Au début, il recouvre le tableau d’un fond blanc, passe du noir puis racle, gratte pour retrouver le fond.

outgrenoir

L’outrenoir – au-delà du noir – date de 1979. Selon la position de l’observateur, l’éclairage, le tableau est différent. Notre guide nous fait faire l’expérience, scindant le groupe en deux l’un côté fenêtre, l’autre du côté du mur et pose des questions. Les réponses sont tout à fait différentes dans les deux groupes. On permute ensuite pour vérifier les observations. Question d’éclairage, question de brillance : l’huile et l’acrylique n’offrent pas le même résultat. L’acrylique sèche plus vite que l’huile et permet des empâtements. Il y a beaucoup plus de matière à l’acrylique.

Après avoir visité les collections permanentes nous découvrons l’exposition temporaire qui est celle des dernières toiles de Soulages. « Les derniers Soulages ». Cet espace d’expositions temporaires a accueilli Picasso, Calder et d’autres artistes. Parmi les tableaux noirs, un complètement blanc (2012) . Un tableau 3.8m fait de trois panneaux qui a été exposé au Louvre…et sa dernière toile datée 2022.

Cette visite a été un réel plaisir, notre guide nous a appris une manière ludique à fréquenter les œuvres de Soulages. D’ailleurs sur l’autocollant donné pour preuve que nous avons payé la visite guidée ce slogan :

La peinture ça ne se regarde pas ça se fréquente !

Je serais volontiers restée plus longtemps à regarder chaque œuvre, maintenant plus accessible, en s’amusant à bouger, à faire varier la lumière, à imaginer la technique du peintre.

Rodez en voiture et à pied!

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L’arrivée à Rodez en voiture est un peu compliquée : il faut tournicoter pour parvenir sur le rocher. La Cathédrale, visible de partout, nous nargue. Enfin, nous passons devant les cubes rouillés du Musée Soulages dans un vert jardin qui lui fait un écrin. Trop tôt : le musée n’ouvre qu’à 10 heures. Il me reste une petite heure pour découvrir les quartiers au pied de la Cathédrale. Je monte l’avenue Victor Hugo  le long du jardin public du foirail. Le portail Ouest est dans l’ombre (logique le matin), les côtés nord et sud sont plus difficiles à appréhender : il y a peu de recul avec un monument si grand. Le clocher étonnant avec ses étages est ouvragé. De la Place de la Cité, à l’arrière on le saisit dans son entier et au soleil.

Courte Promenade dans la ville

Je me promène au hasard des rues étroites, découvre de très belles demeures anciennes, des arches, des cours. Contrairement aux vieux quartiers d’Albi qui forment un ensemble homogène XIIIème, le bâti de rodez est hétérogène : les maisons médiévales ou Renaissance côtoient des maisons plus récentes crépies de gris au-dessus de boutiques modernes. Des bâtiments contemporains de verre et d’aluminium brossé s’intègrent très bien aux maisons anciennes. Il en ressort une impression de ville vivante, animée, le contraire d’une ville-musée pittoresque pour les touristes. Des places dégagées aèrent des quartiers de ruelles. De l’autre côté de la Cathédrale, le Palais épiscopal se dresse comme un rempart avec ses murs et son palais massif et sévère.

Après cette longue visite au Musée Soulages, nous rentrons déjeuner au gîte. La position de place-forte sur un piton rocheux était un avantage au Moyen âge mai au temps de l’automobile et de l’urbanisation contemporaine, cette ville construite sur les flancs de la colline fait de l’orientation et de la circulation automobile un cauchemar. Les rues tournent descendent et remontent inexplicablement. Le GPS délivre ses injonctions beaucoup trop tard « tournez à gauche ! », c’est une ruelle, « tournez à droite ! », c’est sens-interdit ! On réagit à contre-temps et se retrouve perdues. Finalement, nous rentrons à Flavin par une petite route le long d’un ruisseau passant par la Mouline et le Monastère. Joli itinéraire, pas le plus court, inattendu !

Le gîte du Bel Air à Flavin

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Le matin se lève sur Rodez

La route monte d’Albi (170 m)  à Carmaux (235 m), et culmine à Rodez à 634 m. Avec l’altitude, nous allons oublier la canicule qui sévissait encore à Albi le 30 septembre. La limite entre le Tarn et l’Aveyron n’est pas marquée sur la route mais, brusquement, je remarque que la couverture des toits a changé : les lauzes ont remplacé les tuiles romaines et les maisons sont plus massives. Vignes, tournesol et maïs ont laissé à la place aux vertes prairies. L’altimètre du GPS marque 700 m, on se croirait en moyenne montagne.

Le gîte du Bel Air est très bien situé à 11 km de Rodez. De la terrasse, la Cathédrale de Rodez se détache sur une jolie campagne avec des prés, des haies, des bosquets. Voisine, une grosse ferme d’élevage bovin. Une haie de lauriers-palmes délimite notre petit (très petit) terrain avec un arbre à soie et un sureau. Quelques m2 de pelouse. Lierre et vigne verge se disputent le mur extérieur. Dans un  coin, un hortensia fané en cette saison. La terrasse et carrelée. Elle porte une table ronde. Un barbecue en ciment complète l’équipement.

A l’intérieur, la pièce à vivre est bien équipée micro-onde, gazinière 2 feux, une table, canapé en face de la télévision. Dans al chambre un lit, un grand placard, peu de décor mais c’est très clair et gtrès gai avec toujours la belle vue.

A moins de 2 km, à La Primaube, nous faisons nos courses au Carrefour Contact. J’achète « local » une barquette d’aligot des tripoux de Naucelle du fromage de brebis de l’Aveyron. Le soir nous goûtons à l’Aligot, bien filant et bien calant.

coucher de soleil du Bel Air

Il fait très frais. Je suis rentrée à 19h15 pour me réchauffer.

 

Une très bonne adresse à retenir!

Viva Varda ! Cinémathèque

Exposition temporaire jusqu’au 28 janvier2024

Cette grande exposition se tient au 5ème étage de la Cinémathèque dans le Parc de Bercy, prendre son temps pour admirer le bâtiment de Frank Gehry (1994) et s’il fait beau flâner dans le parc.

On entre dans la 1ère section qui présente des portraits et autoportraits de Varda dont on a un peu oublié les images de jeunesse tant la dame à la coiffure bicolore est encore présente dans nos mémoires. 

Les 7 familles d’Agnès la met en scène avec ses familles de Théâtre au Festival d’Avignon, dont elle était la photographe, rue Daguerre qu’elle a abondamment photographié et filmé, en compagnie de cinéastes, Demy, bien sûr mais aussi Godard. Amusant de chercher et trouver (ou pas) les visages de Piccoli, Samy Frey, Depardieu tout jeune, Brigitte Bardot, Sylvia de Monfort, Noiret…et tant d’autres qui ravivent tant de souvenirs. 

Curieuse du monde rappelle un aspect de son œuvre que j’avais oublié : ses films des Back panthersles Murs peints de Californie, Cuba, Chine,et même Madonna interviewée…

Féministe, joyeuse : L’une chante et l’autre pas est un grand souvenir des années 70, figures de Delphine Seyrig, de Valérie Mairesse, Giselle Halimi . projeté sur un mur la réception de sa palme d’or d’honneur à Cannes et la manifestation d’actrices, réalisatrices pour entendre son discours où Varda expose les chiffres ahurissants  : seulement à ce jour deux femmes palmées et encore pour Varda une palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière et Jane Campion a dû partager la sienne avec un réalisateur-homme. 

J’avis choisi la date de notre visite en fonction de la rétrospective : justement dans la salle Franju se joue Les Glaneurs et la Glaneuse dont j’avais raté la sortie et que j’ai vu avec énormément de plaisir

Du temps de Millet glaneurs et glaneuse se baissaient et amassaient les épis après la moisson. Mais ce sont plutôt des glaneurs de patates que Varda a rencontrés. Société d’abondance qui jette par tonnes les pommes de terre hors calibre, trop grosses, en forme de cœur.Société de misère qui ramasse, Varda donne la parole à ceux qui ramassent pour manger tout simplement. La parole à ceux qui ne l’ont jamais. 

Dans les vignes et les vergers, on ne glane pas, on grappille les pommes laissées sur l’arbre, les tombées, les trop petites, les trop grosses. Dans les vignes, grappillage aussi après la vendange, dans les vignes délaissées non cueillie.

Un avocat en robe rappelle le Droit : le Droit prévoit glanage et grappillage, prévoit les dates, les horaires. Oui c’est légal, prévu par le Code.

Glanage urbain aussi. Fin de marchés, dans les cageots pour les miséreux, mais pas que. Rencontre d’un homme droit dans ses bottes, salarié, intégré qui fait les poubelles par devoir militant. Scandale de ces poubelles de supermarchés pleines de victuailles encore bonnes que certain arrosent d’eau de Javel pour interdire de les consommer. Depuis la sortie du film (2000) c’est maintenant interdit.

Glanage d’objets, ou plutôt accumulation de ce qui pourrait encore servir et qui est abandonné dans la rue. Encore un avocat en robe pour dire le Droit de la propriété de ces objets abandonnés : détournement sympathique de ces objets : collection de frigos devenus œuvres d’art.

Quel joli enchaînement que ce frigo plein de figurines, play-mobiles casqués, manifestation ouvrière enfermée monté juste avant une vraie manif avec drapeaux rouges dans les avenues parisiennes. Un des intervenants de la Table ronde nous fait remarquer ce montage marabout-bout-de-ficelle-selle de cheval…. la manif arrive à Denfert Rochereau, il y a un lion de bronze, lion de pierre d’Arles….Il faut avoir vu le film un bon nombre de fois pour remarquer comment Varda a glané des images sans aucun rapport évident et avoir donné du sens au montage.

mais j’anticipe sur la Table Ronde réunissant quatre spécialistes Nathalie Mauffrey, Sylvain Dreyer, Antoine Compagnon et Pierre-Antoine Burquin. 

Curieusement Antoine Compagnon est surtout venu en tant que spécialiste des chiffonniers du XIXème siècle. Chiffonniers, biffins, ancêtre de ces glaneurs du XXIème siècle. Coïncidence? La rue Mouffetard était le rendez-vous des chiffonniers et un des premiers films d’Agnès Varda est L’Opéra-Mouffe (1958)

les Glaneurs, on comprend, mais la Glaneuse? la Glaneuse c’est Varda, elle même, qui ramasse « au hasard? » des images et des objets pour les réunir au montage. Occasion de mentionner le concept de Cinécriture ou de Roaddocumentary . Des camions, des camions, sur l’autoroute. Quel autre cinéaste s’arrêterait aux camions, encore de ces objets triviaux qui n’ont rien à faire au cinéma…

Et j’ai oublié ses films les plus célèbres : Cléo de 5 à 7 (1962) Sans Toit ni loi(1985)  Visages-villages (2018)..

Une après-midi bien remplie!

Le Café sans Nom – Robert Seethaler -Sabine Wespeiser Ed.

FEUILLES ALLEMANDES 2023

Novembre, retour des feuilles allemandes et c’est avec grand plaisir que j’ai suivi la lecture commune avec Aifelle, Keisha, Eva, et d’autres….

C’est un véritable coup de cœur que ce court roman (246 p).

Vienne, 1966, Simon ouvre son café au coin du marché, sans nom, sans prétention, ce n’est pas un café littéraire ou mondain, de ceux qui sont une institution de Vienne comme ceux que Claudio Magris décrit dans Danube – Café Central -ou le Café Gluck du Bouquiniste Mendel de Zweig. 

Pas de journaux du jours emmanchés sur une baguette de bois, ni de Sachertorte. Seulement de la bière, du vin, du sirop de framboise, des tartines de saindoux et des cornichons. C’est un café populaire que fréquentent les habitués, marchands et clients du marché, ouvrières en route vers l’usine, dames d’un certain âge…

« Il s’agit de mon café au marché des Carmélites. Je dis que c’est un café, bien que personne à part moi ne l’appelle comme ça. Et je dis que c’est le mien, bien que sur le papier il ne m’ait jamais appartenu. Il y a dix ans c’était un trou poussiéreux, maintenant, tous les soirs sauf le mardi, il y vient des gens qui veulent oublier au moins quelques heures tout ce bazar autour d’eux. Il y fait chaud, l’hiver les fenêtres ferment bien, on peut boire quelque chose et surtout on peut parler quand on en a besoin et se taire quand on en a envie. Le monde tourne toujours plus vite, et parmi ceux dont la vie ne pèse pas assez lourd, il y en a parfois qui sont laissés sur le bord de la route. Alors n’est-ce pas une bonne chose qu’il y ait un endroit auquel se raccrocher ? Maintenant vous allez peut-être vous dire : ils n’ont qu’à aller ailleurs, ces pauvres bougres, le changement ça fait mal, rien n’est éternel, etc. Et bien sûr vous avez raison. Mais je connais des gens pour qui le bout de la rue, c’est déjà trop loin.

1966, l’Autriche a perdu son Empire depuis bien longtemps mais les patronymes yougoslaves, hongrois, tchèques ou italiens, les ouvriers turcs qui passent, rappellent que Vienne était aux portes de l’Orient. Allusions à un passé plus récent et plus douloureux. L’heure est à la reconstruction, au percement d’un métro. 

Il ne se passe pas grand-chose, des tranches de vie ordinaire, des gens ordinaires, le boucher, la crémière, un catcheur, la serveuse, deux femmes oisives… qu’on apprend à connaître. Une belle solidarité, entraide entre voisins. Et ce ton, attentif, précis, charmant.

Merci à ceux qui ont organisé la lecture commune!

 

 

 

 

Monestiès – La Mise au Tombeau

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Mise au Tombeau

Suivant les conseils du Guide Vert nous grimpons au-dessus d’Albi sur la N88 que nous quittons à Blaye-les-Mines pour rejoindre Monestiés.

 La Mise au Tombeau est le chef d’œuvre de Monestiés. Logé dans la modeste Chapelle Saint Jacques un peu à l’écart du village, sur le Chemin de Compostelle. Je suis stupéfaite de découvrir ce groupe de statues. Sous la Crucifixion, une pietà avec 7 personnages, le Christ sur les genoux de la Vierge Marie a sa tête qui repose sur les genoux de Jean représenté avec une belle chevelure dorée, sont accompagnée de 5 femmes. Je reconnais Marie Madeleine avec le voile sur ses longs cheveux.

Louis d’Amboise

Au pied, de part et d’autre du groupe, dix personnages sont debout. Soulevant le Saint Suaire : le commanditaire de la Mise au Tombeau : Louis d’Amboise. Louis d’Amboise fut évêque d’Albi à la fin du XVème siècle. C’est aussi le commanditaire du Jugement Dernier de la Cathédrale Sainte Cécile.  Cette commande de Louis d’Amboise était destinée à sa chapelle au château de Combefa – En 1774, les habitants de Monestiés ont emmené les statues sur quatorze charrettes à bœufs, des hauteurs du château de Combefa vers la chapelle de Saint-Jacques, à Monestiés. Louis D’Amboise est suivi de Joseph d’Arimathie, de Jacques et de Jean qui tient la couronne d’épines (très féminin je l’avais pris pour une femme). Le second groupe est mené par Nicodème et cinq femmes. Ces statues de pierre sont très expressives, d’une très grande finesse. Elles sont rehaussées par de la couleur.

Piéta :

Il ne faut pas oublier d’admirer les stalles de bois avec leurs accoudoirs très amusants.

Francisco Bajen : Femme au mortier

Le petit village de Monestiés possède aussi un musée de Peinture : Le Musée Bajen-Vega. Installé dans une demeure XV (avec l’Office de Tourisme).
Francisco Bajen (2012 – 2014) est né en Espagne. Il se marie avec Libertad Granje : Martine Vega (1915 – 1974). Ils s’exilent en France en 1939 à Saint Juery (à côté d’Albi) et travaille dans le textile. Francisco Bajen commence à peindre ne 1944-1946. Le musée présente les œuvres des deux artistes. Elles sont très différentes. Les tableaux de Bajen, d’abord cubiste, puis adopte la ligne claire entourant le motif. Sa palette adopte des coloris d’un camaïeu  beige -brun – ocre. Les sujets sont des travailleurs, des paysans : Bûcheron, Femme au pain, Femme à la Gerbe, femme au pilon….la plupart du temps les personnages ont les yeux fermés.

m

Les œuvres de Martine Vega sont au contraire très colorées avec des personnages animés, souvent en groupe. J’ai beaucoup aimé les moissons, la cueillette et la Pastorale.

C’est tout à fait étonnant que ces deux artiste, époux, aient commis des tableaux si différents. J’ai préféré ceux de Vega à cause des couleurs et surtout els yeux fermés de Bajen m’on gênée.

Le village de Monestiés mérite une visite. Nous avons garé la voiture sur la Foirail planté de grands arbres, à l’extérieur de la ville médiévale. Devant la fontaine le Griffoul, belle vasque de pierre, j’emprunte une rue étroite très tranquille qui me conduit à la Place de la Mairie où se trouve le musée je musarde dans les ruelles, parviens à un porche « le château » belle demeure avec une tourelle. Nous faisons ensuite un arrêt-photo sur le pont de pierre au-dessus du Cérou.

La suite de la journée est calamiteuse. Nous faisons les courses à Carmaux , ville ouvrière sans charme : barres d’immeubles grisâtes en ciment, routes bordées de magasins sans intérêt.

Je tiens à visiter le Musée du Verre qui se trouve à la Verrerie, château de la famille De Solages (qui possédait aussi les mines) j’avais entendu parler de cette verrerie à Cagnac-les-Mines et au Musée Jean Jaurès à Castres. Jaurès était intervenu sur grève à la verrerie.

Malheureusement la Verrerie est fermée.

L’attraction suivante est le Viaduc du Viaur : un viaduc ferroviaire construit par Bodin en 1902. De la route N88 on peut l’apercevoir en roulant.  Il existe une « aire de vision » que nous n’avons jamais trouvée, le GPS, les panneaux et la carte se contredisant tout le temps. Le Viaur est un affluent de l’Aveyron, il prend sa source dans le Lévézou.

Encore une attraction ratée !

Un peintre et son marchand Amedeo Modigliani à l’Orangerie

EXPOSITION TEMPORAIRE Jusqu’au 15 janvier 2024

Paul Guillaume

Arrivé à Paris en 1906, Amedeo Modigliani rencontre Paul Guillaume en 1914 par l’intermédiaire de Max Jacob. la première salle est consacrée au marchand avec Trois grands portraits de Paul Guillaume ornent els cimaises. Il faut dire que Paul Guillaume est chez lui à l’Orangerie. Sa collection est voisine des salles d’expositions temporaires. 

Tête en marbre de Carrare

Modigliani peintre renommé était aussi sculpteur.(1911 à 1913) Comme Picasso, Apollinaire Picasso…, la découverte de la sculpture africaine et des masques exerce une fascination sur les plasticiens. La stylisation des visages rappelle les masques . Face aux têtes sculptées et aux masques africains on a accroché une série de portraits peints en 1915 : l’Enfant Gras, Lela de Valence (presque cubique) La Femme au ruban de velours

la Femme au ruban de velours

La troisième salle : Milieu Parisien et affinités artistiques et littéraires

la Belle irlandaise

on trouve les portraits de Max Jacob, de Kisling, des portraits de femmes comme la Belle irlandaise mais aussi ceux d’inconnus plus modestes comme l’épicière, le jeune apprenti, une petite fille. 

le jeune apprenti

Sur les murs de la dernière salle, on projette le décor des appartements de Paul Guillaume.

Le parcours se termine ainsi, un peu en queue de poisson. J’en aimerais encore! C’est facile parce que la Collection Paul Guillaume est à l’Orangerie. Je peux donc contempler les Derain, Douanier Rousseau, Picasso, Utrillo…. qui comblent mon envie de peinture. 

 

Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Les derniers mois – Musée d’Orsay

Exposition temporaire du 3 octobre2023 au 4 février 2024

On croit tout connaître de Vincent Van Gogh, et cette exposition donne à voir des tableaux inconnus! Elle raconte une histoire, un épisode de 70 jours, pendant lesquels il a peint 74 tableaux, s’est lié avec le Docteur Gachet, a rédigé une abondante correspondance avec son frère Théo. 

Nous allons découvrir avec son pinceau le charme de ce village à la fin du printemps (il s’installe le 20 mai 1890) et meurt le 29 juillet. Nous allons suivre ses recherches, ses carnets, ses études, ses expérimentations : techniques , couleurs, cadrage, même recherches de format (double-carré) ou de cadres.

champ de blé avec bleuets

Comme j’ai aimé ce champ de blé avec bleuets où les hachures contrastent avec les à-plats de l’horizon!

bouquet de renoncules

Comme il est charmant ce bouquet de renoncule dans une porcelaine japonaise

pluie

japonisant aussi ce paysage de pluie sur ce format double-carré (1 m x 0.5 m) aux étonnantes teintes délavées.

j’attendais des jaunes et des ors, des bleus éclatants et je découvre aussi des verts printaniers. Même deux tableaux sont des monochromes verts.

Bien sûr j’ai tout photographié mais je vous laisse découvrir, vous serez surpris!

Perspective(s) – Laurent Binet

RENTREE LLITTERAIRE 2023

Quelle plaisir, cette aventure dans Florence, 1557  en compagnie des plus grands. Roman épistolaire où les plus grands correspondent : Cosimo de Medicis le Duc régnant (1537-1569), Catherine de Médicis reine de France et Piero  Strozzi, maréchal de France…pour les politiques mais surtout, Michel-Ange Buenarroti fort occupé à peindre la Chapelle Sixtine mais sollicité, Benvenuto Cellini dont on connaît le Persée, Giorgio Vasari, moins connus, Bronzino , Allori et Bacchiacca (Francesco d’Ubertino). A tous ces artistes illustres s’ajouteront un page, le chef de police du Bargello, un broyeur de couleurs…et d’autres comparses, y compris des religieuses assez retorses…

Enigme policière : Jacopo da  Pontormo est retrouvé assassiné au pied des fresques de la chapelle qu’il décorait depuis de nombreuses années dans un secret jaloux. Vasari, dépêché par le Duc et chargé de l’enquête découvre une anomalie, le mur a été repeint. Seul un artiste de talent a pu commettre le meurtre. Florence regorge d’artistes!

A ce meurtre, se mêle une affaire gênante pour les Médicis : Pontormo a peint un portrait de Maria de Medicis, fille du duc, dans une position compromettante. Il s’agit de faire disparaître le tableau.

Les deux affaires s’entremêlent, l’affaire du tableau semble prendre beaucoup plus d’importance que la découverte de l’assassin du vieux peintre.

Et pour compliquer le tout deux religieuses fanatiques, partisanes de Savonarole, mais se piquant de peinture sont mêlées à l’affaire du tableau.

Une révolte des petites mains de la peinture, broyeurs de couleurs, préparateurs des fresques, etc… s’organise. Exclus des corporations, ils tiennent des réunions secrètes….

La lectrice s’y perd un peu, mais s’amuse beaucoup en faisant de nombreuses incursions avec le smartphone dans les tableaux et fresques maniéristes. Quel plaisir de découvrir les œuvres dont il est question dans le livre.

Les péripéties autour du tableau sont rocambolesques, caché dans le cadre du lit de Cosimo, suspendu à une corde pour franchir le poste de garde de la Seigneurie, transporté dans l’inondation de l’Arno…c’est un vrai roman d’aventure.

Et voici que Vasari, pris dans une embuscade qui a mal tourné est forcé de se défendre avec une arbalète et qu’en tendant le carreau, il découvre (re-découvre) …la Perspective (?) et assène à son correspondant – Michel-Ange) toute une leçon d’histoire de l’art, de Masaccio à Uccello en passant par Brunelleschi. Echappant de peu à la mort, menacé par un Scaroncolo (oh Lorenzaccio!), il trouve le temps de faire de la théorie. Jouissif!

« C’est en vain que tu tends ton arc si tu ne sais pas où diriger ta flèche » – et moi je savais à cet instant! je déclenchais mon tir, et le carreau d’arbalète, suivant une trajectoire parfaite que mon esprit avait calculé et qu’une main invisible avait tracée dans l’air vint se ficher exactement entre ces deux yeux. Il bascula en arrière, le coup de feu se perdit dans le vide, et j’eus l’impression que la détonation me réveillait d’un long rêve d’une seconde.

Mais je n’avais pas rêvé. je m’étais souvenu de la perspective. Et voilà de quoi je veux m’entretenir, Messire Michel-Ange, mon cher maître. Dans notre soif de trouver une nouvelle manière de peindre pour surmonter, ou plutôt pour contourner la perfection atteinte nos pères et la vôtre, celle de Raphaël et celle de Léonard…..

Je ne veux quand même pas divulgâcher…et vous laisser le plaisir de vous perdre dans ces aventures et d’apprendre tout sur la peinture maniériste!

les blogueuses et blogueurs ont été nombreuses (x) à donner leur avis : Claudialucia,

Nathalie, 

eimelle

et j’en oublie sûrement que j’invite à se faire connaître….