La mare au diable – George Sand

Un court roman paysan ou une longue nouvelle? La Bonne dame de Nohant nous conte son Berry dans une jolie histoire toute simple : le mariage du fin Laboureur, Germain, avec la jeune Pastourelle. Germain, 28 ans, est veuf, père de 3 enfants, à qui il doit donner une « mère » . Mariage arrangé, mariage de raison. Mais quand il va visiter sa promise rien ne se passe comme prévu.

Je vous laisse découvrir l’histoire.

Résumée ainsi, l’œuvre semble simplette. Une bluette pour les collégiens?

Pas seulement, George Sand l’inclut entre un avant-propos au ton sérieux et un appendice ethnographique.

Pour la Mare au Diable en particulier, le fait que j’ai rapporté dans l’avant-propos, une gravure d’Holbein, qui m’avait frappé, une scène réelle que j’eus sous les yeux dans le même moment, au temps des semailles, voilà tout ce qui m’a poussé à écrire cette histoire modeste, placée au milieu des humbles paysages

Pas si simple : en introduction, George Sand attire il faut enfin que la mort ne soit plus ni le châtiment de la prospérité ni la du lecteur sur une gravure de Holbein, Les simulachres de la mort. Peinture de la dure condition des paysans avec la seule perspective de la mort. George Sand apporte son optimisme et ses convictions sociales. 

« nous voulons que la vie soit bonne, parce que nous voulons qu’elle soit féconde. Il faut que Lazare quitte
son fumier, afin que le pauvre ne se réjouisse plus de la mort du riche. Il faut que tous soient heureux, afin que le bonheur de quelques uns ne soit pas criminel et maudit de Dieu.[…] Il faut enfin que la mort ne soit plus ni le châtiment de la prospérité, ni la consolation de la détresse. « 

Elle est attentive à l’évolution politique (1846) et se soucie de la mission de l’art.

La conclusion du livre,  en appendice, est la relation des Noces de Campagne décrites avec la précision d’une ethnographe. George Sand raconte la tradition des Livrées où les réjouissances ont pour héros le chanvreur (broyeur de chanvre) qui défend la maison de la fiancée contre l’assaut mené par les camarades du marié avec à sa tête le fossoyeur. Joutes verbales et comédie bien réglée.  De pittoresques traditions président à l’échange des anneaux. Puis on revient au burlesque pour l’arrivée du Chou. Cavalcades, déguisements pendant trois jours  rappelant les Saturnales antiques. 

Cette description détaillée des noces m’a ravie!

 

Georges Mathieu – Geste Vitesse Mouvement – à la Monnaie de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 7 septembre 2025

La bataille de Bouvine (250cmx600cm)

Mathieu est un plasticien familier par le Logo d’Antenne2, le revers de la pièce de 10F, les Affiches d’Air France, le trophée des 7 d’Or

Revers de la pièce de dix francs

C’est aussi le personnage mystérieux qui habitait Rue Léopold II dans un hôtel élégant devant lequel je passait en allant au Lycée Molière, dont nous guettions les apparitions et les voitures somptueuses.

 

 

Cette rétrospective à la Monnaie de Paris me semblait tout à fait à sa place mais je ne soupçonnais pas l’œuvre monumentale. Les trois énormes tableaux de 6 m de longueurs qui occupent la plus vaste salle : La Bataille de Bouvine, Les Capétiens partout, La victoire de Denain m’ont étonnée.

Capétiens partout

 Je n’imaginait pas une telle résurrection de la peinture d’histoire et surtout pas dans cette version abstraite  d‘Abstraction lyrique. Autre originalité : ces tableaux ont été peints en public, en un temps record, avec des mises en scènes spectaculaires. Pour la Bataille de Bouvine; Mathieu était costumé et a fait traverser Paris au tableau sur une carriole.

La victoire de Denain

Le happening a été filmé. On voit Mathieu sauter brandir de très longs pinceaux, comme des lances ou des épées et danser une étrange chorégraphie. Les thèmes m’interpellent comme cet Hommage à Louis XI.Un peu plus loin, une salle entière, L’Attrait du Grand siècle rend hommage au Maréchal Turenne, à Delalande à Vauban, et toute une composition présente Louis XIV  en majesté dans l’appartement de la Rue Léopold II

Louis XIV

Dans la salle intitulée Limbes les œuvres sont plus anciennes des années 40 montrent la proximité avec le dripping de Pollock et avec l’allemand Wols. Un voyage au Japon inspire des calligraphies presque orientales, beaucoup plus sobres noir et blanc avec parfois une touche de rouge. 

la Tour de Villebon

Frédéric Rossif a réalisé un portrait du peintre, lui donnant largement la parole pour qu’il explique sa création et sa théorie de l’abstraction lyrique. Il l’a filmé peignant un tableau : la technique est corporelle et très physique? Il commence à se frotter à la toile imprimant deux bandes colorées de son corps, puis il imprime de grands motifs tournant, sorte de calligraphie. Des gants de toilettes en guise de pinceaux XXL pour des tracés épais, des pinceaux de peintre en bâtiment puis des pinceaux plus fins montés sur de longues tiges. il saute, recule, avance. Enfin il écrase des tubes de couleur (acrylique ou gouache) pour donner du relief. Ecrase, recommence, frotte…C’est une gestuelle surprenante. Improvise-t-il ou a-t-il un plan préconçu? 

La Libération d’Orleans par Jeanne d’Arc, presque figurative

Je suis perplexe : impressionnée par ces oeuvres puissantes Impressionnée mais pas franchement convaincue. D’abord je n’ai aucune empathie pour le personnage imbu de lui-même. Presque à l’égal de Dali.  C’est peu dire! Le génie en moins. C’est aussi répétitif. Décoratif mais répétitif. De plus, l’exaltation des batailles médiévales, du faste des rois, n’est en rien ma tasse de thé. Par tradition, ou par provocation, Mathieu s’affirme royaliste. je fais fonctionner à fond mes convictions anti sectaires, et ouvre mon esprit. Cela ne fonctionne pas avec moi!

En revanche, l’exposition Street Art où 4 plasticiens actuels ont peint les cimaises présentant des oeuvres de plus petites tailles de Mathieu, fonctionne bien.

Histoire d’un Ruisseau – Elisée Reclus

 

L’histoire d’un ruisseau, même de celui qui naît et se perd dans la mousse, est l’histoire de l’infini. Ces gouttelettes qui scintillent ont traversé le granit, le calcaire et l’argile ; elles ont été neige sur la froide montagne, molécule de vapeur dans la nuée, blanche écume sur la crête des flots ; le soleil, dans sa course journalière, les a fait resplendir des reflets les plus éclatants ; la pâle lumière de la lune les a vaguement irisées ; la foudre en a fait de l’hydrogène et de l’oxygène, puis d’un nouveau choc a fait ruisseler en eau ces éléments primitifs. Tous les agents de l’atmosphère et de l’espace, toutes les forces cosmiques ont travaillé de concert à modifier incessamment l’aspect et la position de la gouttelette imperceptible ;

Le podcast de RadioFrance : Avoir raison avec Elisée Reclus…CLIC

m’a accompagnée, en 5 épisodes de 30 minutes, pendant mes promenades en forêt. Elisée Reclus (1830 -1905)géographe, explorateur, homme de lettres, anarchiste est une personnalité fort intéressante. J’ai eu envie de le lire dans le texte. 

L’Histoire d’un Ruisseau , en 20 courts chapitres, suit le cours d’un ruisseau de la Source au Fleuve, en passant par le Torrent de la montagne, la Grotte, le Gouffre, puis enfin Le Moulin et l’Usine, et L’Eau dans la Cité. 

chaque nouvel élan, le ruisselet prend une autre physionomie ; il se heurte sur une saillie de rocher et
rebondit en paraboles de perles ; il s’égare entre les pierres, puis s’étale dans un petit bassin sablonneux ;
ensuite, il s’élance en cascatelles et baigne les herbes de ses gouttes éparses.

C’est un plaisir de lire ce récit poétique qui s’émerveille avec les yeux de l’enfant qui découvre le monde pendant « les heureux jours de vacances » , se baignent dans les flaques, puisent à pleines mains dans le sable brillant les paillettes de mica, or ou argent…ou franchissent les ponts naturels que forment des arbres déracinés.

Le regard naïf de l’enfant se double de la culture scientifique du géographe et du géologue. les phénomènes d’érosion, de transport et de sédimentation sont expliqués très clairement et agréablement. Elisée Reclus est un géographe reconnu par ses pairs. Ses ouvrages de vulgarisation ont reçu un vaste accueil dans le public. 

les gamins assis sur leurs bancs d’école lèvent souvent les yeux de leurs livres d’étude et regardent avec avidité du côté du sentier qui descend vers le ruisseau>. Puis quand ils sont libres enfin, comme ils s’élancent avec joie…

Le ruisseau est aussi symbole de liberté, d’égalité quand dans Le Bain, les militaires, dépouillés de leurs uniformes et galons s’ébaudissent dans la rivière. Attentif à la liberté des hommes en anarchiste, il est aussi attentif à la dimension sociale.

Si les opprimés n’avaient pu retremper leur énergie et se refaire une âme par la contemplation de la terre,
et de ses grands paysages, depuis longtemps déjà l’initiative et l’audace eussent été complètement
étouffées.

A mesure que s’écoule le ruisseau dans la campagne, les préoccupations économiques de l’auteur sont abordées, dans l’Inondation qui peut également être bénéfique, Le Moulin et l’Usine où la force hydraulique est analysée. Quand il décrit le Train de Bois, l’explorateur nous entraîne dans la montagne mais aussi en Amazonie où il a voyagé.

Ce livre est d’une grande densité  et d’une grande richesse. Etonnante modernité quand il traite de l’assainissement et du retraitement des eaux usées, le comparant à un organisme vivant qui regénère dans les poumons le sang appauvri en oxygène. Modernité quand il évoque la spectrométrie de masse pour analyser la composition chimique de l’eau. Je ne savais pas que le procédé existait déjà.

Certes, nous n’osons point dire que de nos jours la vie est devenue moins pénible pour tous les hommes.
Des multitudes d’entre nous, déshérités encore, vivent dans les égouts sortis des palais de leurs frères
plus heureux ; des milliers et des millions d’individus parmi les civilisés habitent des caves et des réduits
humides, grottes artificielles bien plus insalubres que ne le sont les cavernes naturelles où se réfugiaient
nos ancêtre

Et toujours ce souci de justice sociale récurrent dans le récit!

A lire et à relire, selon l’humeur du jour, poésie, voyage  ou révolution?

 

promenade sur la Butte aux Cailles

TOURISTE DANS MA VILLE

Le Boulevard Blanqui, métro Corvisart, la Rue Barrault à l’ouest, la Rue de Tolbiac au Sud et la Place d’Italie délimitent le  périmètre d’un quartier charmant : La Butte aux Cailles avec des rues pentues, parfois pavées entre des maisons basses, souvent agrémentées de verdure. 

Le Street art décore les façades, décors très variés : quelques grands graffs colorés mais finalement assez peu, beaucoup de petits éléments, mosaïques ou pans de miroirs posés en relief, des pochoirs 

La Rue de la Butte aux Cailles est bordée de terrasses de cafés, restaurants, mais aussi d’une bibliothèque, d’un atelier de poterie et arts plastiques, une librairie…des affiches vantent un Théâtre, proposent des improvisations. Rue vivante, sympathique

Et au bout de la rue : la place Verlaine avec son puits artésien, un petit square tranquille, plein de bancs et de sièges et la très belle piscine. Piscine construite en 1922-1924, alimentée par le puits dans la nappe de l’Albien (-582 m) chauffée par le chauffage urbain et « les ordinateurs ». Belle piscine Art Déco avec un bassin extérieur pour cette journée estivale. Les plages horaires sont larges, les prix minimes et l’accueil chaleureux. Cela fait très envie. 

En redescendant vers Corvisart, nous détaillons le street-art, il y a même une artiste qui peint un grand mur ; on se congratule, merci pour égayer notre promenade, merci pour les compliments….

 

En face de la station de métro, sous un porche rectangulaire très haut dans un bloc d’immeubles récents des escaliers montent à la butte. La photo est à l’honneur puisque le passage est la rue Atget qui conduit aux jardins Brassaï, espace vert bien caché.

Dernier souvenir attaché à la Butte aux Cailles le souvenir de la Commune de Paris qui fut le théâtre de luttes sanglantes le 25 mai 1971. Une place est nommée Place de la Commune de Paris et un restaurant : Le Temps des Cerises, restaurant coopératif et militant

Baignade sur les bords de Marne, j’ai testé la plage de Maisons Alfort

ETE BRÛLANT:

35° à l’ombre en ville, 22;5° C dans l’eau. c’est le jour pour aller se rafraîchir sur les Bords de Marne!

Depuis des mois, pendant mes promenades, j’ai surveillé l’aménagement de la plage de Maisons Alfort attendant l’ouverture.

Il convient d’abord de réserver un créneau par Internet, « A la Plage » Paris Est Marne &Bois CLIC. les créneaux sont de 2 heures, la jauge de 200 personnes. Si vous n’êtes pas domicilié dans l’agglo ParisEstMarne&Bois il€ vous en coûtera 8 €, 3€ pour les locaux.

Muni du QR code, on passe le contrôle des sacs (nourriture interdite). On peut se changer dans de jolies cabines colorées à rayures verticales et on pose sa serviette sur les chaises longues, les marches, sous les arbres ou sur la passerelle de bois le long de l’eau.

Deux bassins vous attendent : un grand bassin peu profond où se concentrent les familles avec enfants, ou les non-nageurs. Un couloir de nage le long de la rivière de 50 mètres pour faire des longueurs tranquillement. L’eau de la Marne a été filtrée. On ne nage pas directement dans la rivière. Pas de courant, ni de perturbations au passage des péniches.

Bien sûr des surveillants de baignade pour chaque bassin.

La Seine et la Marne baignables, héritage des Jeux Olympiques, très appréciable. En revanche, je ne sais pas comment sera l’eau après les orages prévus aujourd’hui.

Un peu plus loin, sur les pontons des plaisanciers vides, des jeunes ont étalé serviettes et nappes de pique-niques improvisés. Ils sont en maillot de bain, malgré la baignade formellement interdite mais je n’ai vu personne à l’eau.

La Basilique Saint Denis : tombeaux des rois et des reines

TOURISTE DANS MA VILLE

Gisants Pépin le bref et Berthe au grand pied

Pourquoi n’ai-je jamais fait cette visite?

Depuis les Jeux Olympiques, j’ai découvert que Saint Denis était tout à fait accessible (RER D, métro ligne 13 et 14).  Aucune excuse. Comme je suis un peu perdue dans les Mérovingiens, Carolingiens, les Capétiens, Valois et Bourbons, j’ai opté pour une visite guidée de Explore Paris. 

La visite commence devant une maquette de la ville, de nombreux édifices ont disparu, la Basilique avait deux tours dont une de 90 m, la Tour nord qui, fissurée, fut démontée en 1846. Elle est cette année en cours de reconstruction dans un chantier-école. Autre édifice disparu : la Rotonde des Valois qui devait abriter le mausolée de Henri II  et Catherine de Medicis. 

Porche gothique et rosace

Notre conférencier insiste sur le caractère complexe de l’édifice, construit par petits bouts sur une église mérovingienne, puis romane, enfin gothique. Ce serait la première manifestation du gothique dans le monde .

Chœur gothique

L’abbé Suger (1081 -1151), abbé de Saint Denis reconstruit de 1140 à 1144 le chevet lumineux avec ses merveilleux vitraux. Aérien, les murs ont presque disparu la lumière inonde l’église.

Constructions, destructions aussi. La Révolution a pris la Basilique pour cible : symbole de la Royauté et de l’Eglise. Au XIX ème siècle, Viollet-le-duc, entreprend la restauration avec le démontage de la tour nord, la restauration de la crypte. Il veut faire de Saint Denis un musée et réarrange les gisants. Ils sont le plus souvent sculptés dans le marbre blanc, idéalisés porteur de la couronne royale et du sceptre, reposant parfois sur une plaque de marbre noir de Tournai. Aucune ressemblance pour ceux qui ont été sculptés des siècles après la disparition. Les gisants de  Pépin le bref (708)et Berthe au Grand Pied (790) ont été commandés par Louis IX (1226-1270) donc 5 siècles plus tard, inutile de chercher des ressemblances! De m^me pour Clovis mort en 511 dont le gisant date de 1230.  Peut être plus réalistes, Charles V et Jeanne de Bourbon à ses côtés, Duguesclin est proche. A Saint Denis on trouve les rois, les reines mais aussi des nobles. Si le marbre blanc est immaculé actuellement, les gisants à l’origine étaient peints, sur le gisant de Philippe Dagobert (1222 -1235), on retrouve quelques couleurs, bleu et fleurs de lys dorées. Plus étonnant le tout petit gisant de Jean 1er le Posthume, fils de Louis X le Hutin ,qui a régné (et vécu) 5 jours. en 1316. 

Je me perds un peu dans tous ces capétiens, leurs reines et enfants…

mausolée de François 1er

Plus spectaculaires, les mausolées Renaissance  de François 1er et de Henri II . les gisants décharnés reposent sur les tombeaux sous l’arche alors qu’ils sont représentés en prière au sommet du monument. 

la bataille de Marignan

A la base : la Bataille de Marignan

Encore plus fastueux : le mausolée de louis XII  et Anne de Bretagne entouré des Vertus cardinales aux quatre coins et des douze apôtres en marbre de Carrare

mausolée Louis XII

Un peu plus loin, les gisants de Henri II (1547-1559) et Catherine de Medicis sont habillés en costume du sacre de tissu prestigieux où figure le monogramme de Henri II qui comporte aussi les initiales de Diane de Poitiers, la maîtresse du roi, honorée jusque dans l’éternité. Son mausolée a été commandé par Catherine de Medicis  d’après les plans de Primatice. Il était destinée à être exposé dans la Rotonde des Valois qui a disparu. 

Crypte romane et pierres tombales en hommage aux Bourbons

On descend dans la Crypte avec un joli chevet roman autour de la relique de Saint Denis. les pierres tombales noires sont aux noms de Louis XVI, Louis XVIII, Charles X. A la Révolution le plomb des tombes  des rois a été fondu et les restes se trouvent dans l’ossuaire. On peut voir le cœur de Louis XVII . 

Nécropole mérovingienne

sous la crypte : la nécropole mérovingienne. Nombreux étaient ceux qui voulaient alors être inhumés à proximité des relique de Saint Denis.

 Denis  premier évêque de Paris, alors Lutèce était venu évangéliser la Gaule. Ayant déplu aux autorités romaines il est arrêté, supplicié, condamné à mort et décapité à Montmartre (mont des Martyrs) . Denis prend alors sa tête dans sa main, la porte contre sa poitrine et s’écroule à Saint Denis. Ce n’est pas le seul saint céphalophore. Cette légende est une manière de créer un pèlerinage dont l’importance économique permet à l’abbaye de se développer. Cette dévotion aux reliques et le potentiel économique des pèlerinages a poussé à partitionner les corps des saints et distribuer les reliques dans différentes église. 

Après deux heures je sors un peu ahurie de cette promenade  dans l’histoire de France, visitée dans le désordre. Il me faut consulter Wikipédia pour les dates et la vérification de mes notes griffonnées.

 

Indiana – George Sand

« C’était une créature toute petite, toute mignonne, toute déliée; une beauté de salon que la lueur vive des bougies rendait féerique et qu’un rayon de soleil eût ternie. En dansant, elle était si légère, qu’un souffle eût suffi pour l’enlever; mais elle était légère sans vivacité, sans plaisir. Assise, elle se courbait comme si son corps trop souple n’eût pas eu la force de se soutenir; et, quand elle parlait, elle souriait et avait l’air triste. »

Indiana, jeune créole de l’Île Bourbon a suivi son vieux mari, colonel de l’armée de Napoléon, industriel dans le domaine de Lagny à proximité de Melun.

Elle n’aima pas son mari, par la seule raison peut-être qu’on lui faisait un devoir de l’aimer, et que
résister mentalement à toute espèce de contrainte morale était devenu chez elle une seconde nature, un
principe de conduite, une loi de conscience.

Premier roman publié sous le nom George Sand en 1832 après des publications en collaboration avec Jules Sandeau.  

Indiana, est entourée par sa servante créole, Noun, et son cousin Ralph, personnage falot. Elle tombe amoureuse de Raymon de Ramière, son voisin, jeune homme brillant, qui la séduit facilement mais à qui elle résiste longtemps,. Pieuse et vertueuse, elle a des scrupules à tromper son mari, que par ailleurs elle craint, jaloux et violent. L’amourette traîne jusqu’à ce que la belle cède. Après la conquête, Raymon ne ressent plus l’intérêt de ce qui va devenir un scandale. Il se lasse et la chasse. C’est bien écrit, finement analysé, mais je m’ennuie . Indiana est bien naïve. Le dénouement est prévisible. 

Indiana, oie blanche, ne m’enchante pas . En revanche la charge très spirituelle contre l’ « honnête homme » son contemporain est passionnante. On voit toutes les ruses, les faiblesses des séducteurs.

Savez-vous ce qu’en province on appelle un honnête homme ? C’est celui qui n’empiète pas sur le champ
de son voisin, qui n’exige pas de ses débiteurs un sou de plus qu’ils ne lui doivent, qui ôte son chapeau à
tout individu qui le salue; c’est celui qui ne viole pas les filles sur la voie publique, qui ne met le feu à la
grange de personne, qui ne détrousse pas les passants au coin de son parc. Pourvu qu’il respecte
religieusement la vie et la bourse de ses concitoyens, on ne lui demande pas compte d’autre chose. Il peut
battre sa femme, maltraiter ses gens, ruiner ses enfants, cela regarde personne. La société ne condamne
que les actes qui lui sont nuisibles; la vie privée n’est pas de son ressort.

La fortune tourne, Le Colonel Delmare est ruiné . Il va tenter sa chance à La Réunion (Île Bourbon). Indiana suit son mari mais aime toujours Raymon… 

Cette deuxième partie de livre est plus aventureuse avec des rebondissements inattendus.  J’ai aussi aimé l’évocation de la nature dans ce décor exotique et je me suis laissé emporter par cette lecture avec plaisir. 

Podcast : Et si vous voulez approfondir, ou au contraire découvrir George Sand , un podcast passionnant qui parle d’Indiana https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/george-sand-vie-singuliere-d-une-auteure-majuscule/masculin-feminin-l-invention-de-soi-3698852

Les Naufragés du Cap Vert – Laurence Benveniste

BOOKTRIP EN MER/ CAP VERT

 

Proposé par les algorithmes d’Amazon, ce livre semblait cocher toutes les cases de mes lectures de l’été : le Booktrip en mer, La Révolution française (à la suite des Onze), lhistoire des Juifs . Plaisir de retourner au Cap Vert répondre à cette interrogation lors de notre voyage au Cap Vert : le lieu-dit Synagoga CLICm’avait étonnée, je comptais sur cette lecture pour lever  ce mystère.

A bord de la « Jolie Nanette » voguant vers la toute jeune république américaine se retrouvent David, Esther et son fils Momo,  Juifs du Comtat Venaissin, Marie la fiancée de David, Hemings le cuisinier de Jefferson, esclave mulâtre, Dalayrac un violoniste qui a joué à la cour, Liquier fils d’un armateur bordelais négrier, Camboulas vétéran des guerres d’Indépendance américaine. Bonne compagnie musiciens, lettrés « honnêtes hommes » ayant le goût de la conversation et de la musique. La cuisine de Hemings apporte une touche gastronomique à ce voyage qui s’annonce très agréable.

Tout d’abord, échanges de très haute volée où Voltaire, Olympe de  Gouges, Lessing sont cités. La Fayette, Mirabeau, Robespierre et les révolutionnaires, sujets d’actualité. La présence de Heming, fin cuisinier, violoniste, mais esclave de Jefferson, introduit une réflexion sur l’esclavage. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’implique-t-elle pas l’Abolition de l’esclavage? La situation des Juifs et des Noirs, également opprimés est sujet de leurs discussions. Bien sûr, la place des femmes n’est pas oubliée. Passionnants ces débats? Un peu longs et scolaires. Laurence Benveniste ne laisse rien de côté, développe les idées, creuse son sujet. Tant d’érudition finit par lasser.

La croisière se gâte, mort suspecte du Capitaine qui est remplacé par un personnage très antipathique, mort du Coq…aménagements suspects en cale. Mutinerie…les passagers deviennent otages, le navire change de destination. L’heure n’est plus aux discussions philosophiques ni aux concerts de violon. Suspens haletant. Ma foi, fort bien mené. Arriveront ils au Cap Vert? (on se doute que oui d’après le titre) et après….ils passeront par Synagoga, bien sûr!

Très bien documenté, mais la lecture de ces 391 pages est  un peu laborieuse. .

Les Onze – Pierre Michon – Verdier

REVOLUTION  FRANCAISE, 1793

Pierre Michon, dans son style époustouflant nous emmène au Louvre découvrir le célèbre tableau Les Onze peint par François-Elie Corentin représentant les onze membres du Comité de Salut Public. Roman historique faisant revivre la Terreur .

«Vous les voyez, Monsieur ? Tous les onze, de gauche à droite : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André. Invariables et droits. Les Commissaires. Le Grand Comité de la Grande Terreur. Quatre mètres virgule trente sur trois, un peu moins de trois. Le tableau de ventôse.» 

Connaissez-vous le grand peintre François-Elie Corentin ? 

Il convient de le présenter  sa généalogie,  ses origines. Né en 1730 à Combleux, où des bataillons de Limousins ont remué la terre boueuse de la Loire pour creuser le canal d’Orléans à Montargis pour l’enrichissement du grand-père du peintre, Corentin-La Marche Ingénieur des turcies et levées de Loire. Enfant, il a rêvé devant les paysages, les hérons de la Loire….

Avant de revenir aux Onze, faisons un détour dans la peinture par l’Italie, Véronèse et Tiepolo qui ont inspiré François-Elie qu’on a surnommé « le Tiepolo de la Terreur ». Pierre Michon nous éblouit dans la description d’un magnifique Tiepolo

C’est toute l’Italie mythologique qui vous regarde de son haut, toutes les trois marches. C’est large
comme un boulevard pour monter à ce ciel que Tiepolo peint mais qu’il n’a pas inventé : le projet, le
canevas mental, deux savants jésuites le lui ont versé dans le creux de l’oreille, deux Germains de Rome.
Le page qui monte quatre à quatre ce boulevard céleste vient de France, le page irrésistible qui deviendra
ce peintre que nous savons.
[…]
Tiepolo là-haut riait en jurant que Dieu est un chien, Dio cane, comme jurent les Vénitiens, ce qui en l’
occurrence était une façon de dire, évidemment ; car que peut-on demander de plus à Dieu que cela, des
contrats et des devis célestes entre peintres de très haute stature et princes nains, les uns toutes couleurs
et mythologie, les autres tout sequins – qui étaient peut-être des thalers dans ce fond de Germanie, ou
des guinées –, mais les peintres dans les formes rendant hommage aux autres, les Monseigneurs, avec de
la révérence : les princes n’ont pas besoin d’être grands, ils n’exercent pas et jouissent. Dio cane. Vous
imaginez cela, Monsieur ?

Pierre Michon nous étourdit avec son style ;  il anéantit notre sens critique. Et si tout était une fiction, le tableau et le peintre?

Ce tableau que je n’ai jamais vu au Louvre est une commande :

« un piège en forme de peinture, un joker politique« 

« Tu vas donc nous représenter. Prends garde à toi Citoyen-Peintre, on ne représente pas à la légère les Représentants »

Et on y croit! On le visualise. On est piégé.

 

 

le Rayon Vert – Jules Verne

CHALLENGE AUTOUR DE JULES VERNE

Lu à la suite de Jules Verne contre Nemo de Céline Ghys qui avait lancé une allusion transparente :

« Disons que je prendrai un époux quand je verrai un rayon vert à la place du soleil couchant. « 

En effet, le personnage principal est – une fois n’est pas coutume – une jeune fille intrépide, Miss Campbell, jeune écossaise que ses oncles veulent marier à un jeune scientifique Aristobulus Ursiclos qui, outre son nom ridicule, est parfaitement ennuyeux.

Tu ne veux pas te marier ? dit le frère Sam. – A quoi bon ? – Jamais ? … dit le frère Sib. – Jamais, répondit Miss Campbell, en prenant un air sérieux, que démentait sa bouche souriante, jamais mes oncles… du moins tant que je n’aurais pas vu… – Quoi donc ? s’écrièrent le frère Sam et le frère Sib.   Tant que je n’aurai pas vu le Rayon-Vert. »

Et voilà Miss Campbell, ses deux oncles Sam et Sib, ainsi que leurs fidèles serviteurs, partis pour le littoral écossais, côte ouest bien sûr. Nous allons les suivre dans leur périple qui va les conduire dans la station balnéaire d’Oban, dans les îles de Mull, Kerrera, Seil, Staffa…îles Hébrides. Périple touristique sur des vapeurs puis sur un yacht loué. Vacances écossaises classiques.  Rien à voir avec les aventuriers de certains romans et encore moins  20.000 lieux sous les mers ou de la Terre à la Lune. Vacances tranquilles où ‘on s’occupe à de belles promenades ou au jeu de croquet. On surveille le baromètre qui promet (ou non) un beau coucher de soleil.

Du tourisme plutôt que de l’aventure! Mais avec beaucoup d’humour. On sourit beaucoup. Pas de technologie révolutionnaire, encore moins de science-fiction. D’ailleurs la science, en la personne d’Aristobulus Ursiclos, est ridiculisée.

C’était un « personnage » de vingt-huit ans, qui n’avait jamais été jeune et probablement ne serait jamais vieux. Il était évidemment né à l’âge qu’il devait paraître avoir toute sa vie.
Un collier de barbe encadrait ses joues et son menton – ce qui lui donnait une face quelque peu
simiesque. S’il avait été un singe, c’eût été un beau singe – peut-être celui qui manque à l’échelle des
Darwinistes pour raccorder l’animalité à l’humanité.
[…]
risible, mais peut-être s’en riait-on, parce qu’il était ridicule. Personne n’eût été moins digne que ce faux
jeune homme de s’approprier la devise des francs-maçons anglais : Audi, vide, tace. Il n’écoutait pas, il ne
voyait rien, il ne se taisait jamais.

Rayon vert ou pas, comment la pétillante Miss Campbell pourrait le prendre pour époux? Surtout qu’elle est très romantique. Etrangement, Jules Verne écrit  le Rayon Vert un roman d’amour romantique avec nombreuses allusions à Walter Scott, Ossian et les légendes folkloriques écossaises.

Romantisme du gouffre de Corryvrekan

« Le gouffre de Corryvrekan, justement redouté dans ces parages, est cité comme l’un des plus curieux endroits de l’archipel des Hébrides. Peut-être pourrait-on le comparer au raz de Sein, formé par le rétrécissement de la mer entre la chaussée de ce nom et la baie des Trépassés, »

Romantisme aussi de la Grotte de Fingal où ils vont bivouaquer.

Romantisme de la tempête qui s’y déchaînera….mais je m’arrête ici de peur de spoiler.

C’est une lecture facile, distrayante, différente des romans que Jules Verne a livré. Et en plus cela se lit vite!