Le Vampire d’après Lord Byron – Le Giaour de Lord Byron

CHALLENGE ROMANTISME

Eugène Delacroix jeune fille dans un cimetière

1816, Villa Diodati, sur les bords du Léman, quelques amis se proposèrent une gageure: écrire en une journée une histoire de fantômes. Parmi eux, Mary Shelley qui écrivit Frankenstein et Lord Byron qui ébaucha une nouvelle : Le Vampire.

Polidori, le secrétaire particulier de Byron termina la nouvelle que ce dernier avait abandonnée.

Ce court texte d’une trentaine de pages est, à double titre, une curiosité. Le fantastique n’est pas un genre que j’apprécie particulièrement mais cette lecture a excité mon imagination. Quelle est la part de Byron? quelle est celle de Polidori?

Mais surtout la ressemblance entre Lord Ruthven et Lord Byron est étonnante. Polidori détestait son maître. Comme l’écrivain, Lord Ruthven  est reçu dans la meilleure société, il voyage, il s’arrête en Italie et poursuit vers la Grèce. C’est d’ailleurs en Grèce que le vampirisme se déclare.En prologue, l’odieux Ruthven  se contente de séduire des femmes vertueuses qu’il entraine dans le vice. Son regard est étrange mais rien ne permet de supposer que le séducteur serait autre chose qu’un Don Juan et un pique-assiette.C’est donc dans un décor de ruines antiques qu’Aubrey découvre Ianthe, la jeune vierge grecque dont il est amoureux, le « ...cou et le sein couverts de sang et sa gorge présentait des marques de dents qui avaient ouvert sa veine… »

Delacroix combat entre le Giaour et le Pacha

C’est dans le Giaour (1813) que j’ai trouvé les prémisses du Vampire. Ce poème d’après un Conte Turc contient les ingrédients du Vampire. Grèce ou Turquie?  en 1813, c’était toujours l’Empire Ottoman sauf dans les 7 Iles qui furent vénitiennes jusqu’à ce que Napoléon les fasse françaises et révolutionnaires. Dans le Giaour on trouve encore une jeune fille pure au destin tragique, un jeune homme amoureux malheureux et des allusions au vampirisme.

Frémis! Nouveau vampire envoyé sur Terre

En vain, lorsque la mort fermera la paupière

A pourrir dans la tombe, on t’aura condamné

tu quittera la nuit cet asile étonné

Alors pour ranimer ton cadavre livide

C’est du sang des vivants que ta bouche est avide.

Souvent d’un pas furtif, à l’heure de minuit

Vers ton ancien manoir tu retournes sans bruit

Du logis à la main déjà cède la grille

Et tu viens t’abreuver du sang de ta famille

L’enfer m^me, à goûter de cet horrible mets

Malgré la répugnance oblige ton palais

Tes victimes sauront à leur heure dernière

Qu’elles ont pour bourreau leur époux et leur père

Et pleurant une vie éteinte avant le temps

Maudiront à jamais l’auteur de leurs tourments

mais non, l’une plus douce, et plus jeune et plus belle

De l’apour filial, le plus parfait modèle

Celle de tes enfants que tu chéris le mieux

quand tu t’abreuveras de son sang précieux

reconnaîtra son père au sein de l’agonie…..

Le Giaour est un précurseur du vampire, c’est pour cela que j’ai choisi cet extrait. J’y ai trouvé d’autres analogies,  le poignard, le décor…Mais pas seulement! C’est aussi un joli conte oriental .

(A Fragment

Romantiques philhellènes : l’Enfant grec – Victor Hugo

CHALLENGE ROMANTIQUES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le massacre de Chios (avril 1822) a horrifié l’opinion européenne et a été à l’origine du poème de Victor Hugo et de la toile de Delacroix

L’Enfant

Les turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,
Chio, qu’ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un chœur dansant de jeunes filles.

Tout est désert. Mais non ; seul près des murs noircis,
Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,
Courbait sa tête humiliée ;
Il avait pour asile, il avait pour appui
Une blanche aubépine, une fleur, comme lui
Dans le grand ravage oubliée.

Ah ! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux !
Hélas ! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus
Comme le ciel et comme l’onde,
Pour que dans leur azur, de larmes orageux,
Passe le vif éclair de la joie et des jeux,
Pour relever ta tête blonde,

Que veux-tu ? Bel enfant, que te faut-il donner
Pour rattacher gaîment et gaîment ramener
En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux, qui du fer n’ont pas subi l’affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,
Comme les feuilles sur le saule ?

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d’avoir ce lys, bleu comme tes yeux bleus,
Qui d’Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,
Qu’un cheval au galop met, toujours en courant,
Cent ans à sortir de son ombre ?

Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux ?
– Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles.

8-10 juillet 1828

     Victor Hugo – Les Orientales


Paris – Bucarest, sans retour…Ulysse de Marsillac 1821-1877 et une surprise: Nerval!

PARIS/BUCAREST

De Bucarest, un  fidèle  correspondant m’a fait parvenir ce texte :
J’ai seulement ajouté des accents
Il nous présente un personnage marquant de la francophilie en Roumanie: Ulysse de Marsillac
Paris – Bucarest, sans retour…
carte postale ancienne de Bucarest

 

 
France, 1821: C’est l’année de naissance de Ulysse de Marsillac, journaliste français.
 1852, à cause du son désir pour connaitre “L’Orient sauvage”, il quitte Paris pour toujours et arrive à Bucarest. Ici il a travaillé comme professeur de français au “Collège National Sf.Sava” (actuellement “Lycée Sf.Sava”(près du parc Cismigiu) – le plus fameux lycée de Bucarest et de Roumanie,  ou seulement les meilleurs élèves peuvent entrer et étudier. En même temps, le lycée où on trouve la plupart des  enfants des “nouveaux riches” c’est : “Jean Monet”, qui est plus au nord, près de la zone résidentielle(et du parc Herastrau) des ceux qui ont contrôlé la Roumanie avant 1989. La presse a écrit récemment qu’un deuxième « lycée français » sera ouvert a Bucarest.
 
Ulysse de Marsillac a travaille aussi à “L’École Militaire”  de Bucarest et à l’ université de Bucarest.
 
Il a fondé les journaux:
 
–  La Voix de Roumanie (il aidé par un autre français, Frédéric Dame, qui avait une épouse roumaine).
–    Le Moniteur Roumain;
–    Le Journal de Bucarest;
–    Indépendance Roumaine;
 
Il a écrit les livres :
 
–    Guide du Voyageur a Bucarest;
–    Histoire de l’Armée Roumaine
–    De Pest à Bucarest. Notes de voyage
 
Un jour, Ulysse de Marsillac, allant  au “Sf.Sava” , s’égare dans les rues de Bucarest…Il trouve un bonhomme  assis sur un banc, devant une porte, le regard perdu dans le néant de son destin roumain… Ulysse de Marsillac s’approche et demande:
–  “Ou est-ce que je me trouve?”
Le vieil  homme  secoue la tête comme s’il s’éveillait d’un rêve profond et répondit :
– « dans le pays le plus malheureux de l’Europe! »
Ulysse de Marsillac fut surpris par une telle réponse: il voulait seulement savoir dans quelle rue il s’était perdu mais il découvrit dans quel pays il se trouvait.
 
Le réponse du bonhomme est valable encore aujourd’hui pour la Roumanie et les Roumains…
 
Un autre jour, il monte la colline de Filaret(à la première gare de Bucarest), accompagné par un ami, pour admirer la panorama de Bucarest couvert par le vert des arbres et parcs…et il demande:
–   ”Quelle est la distance entre Bucarest et Paris?”
Son ami répond “immédiatement”:
–   “Trois cent ans, monsieur!!”
 
 
En 1871, le « Grand Théâtre de Bucarest » a donné une “Représentation extraordinaire en faveur des paysans et des ouvriers français, victimes de la guerre”. C’est le moment quand Ulysse de Marsillac a interprété le rôle de “M.Jadis” dans la comédie: “Le Bonhomme Jadis”.
(Il s’agit de la guerre franco-allemand de 1871: à Bucarest, tout le monde était “anti-allemand” et  même dans les quartiers les plus éloignées et dans tous les “boîtes” tout le monde, y compris les “lautari” tziganes au violon, chantait “La Marseillaise” .  Une foule de manifestants « très en colère » ont même attaqué avec pierres les fenêtres de “la salle de banquet” où l’ambassadeur allemand (Joseph Maria Von Radowitz) et  les allemands résidant àBucarest avaient  décidé de fêter la jour de naissance de l’empereur allemand Wilhelm I.)
 
A Bucarest, les journaux et les « représentations » de théâtre étaient seulement en français (a partir des années 1840). La “haute société” et la “bourgeoisie” roumaine parlait seulement en français.
 
Ulysse de Marsillac n’est jamais retourné en France. Il est décédé en 1877, a cause de sa souffrance profonde, générée par la mort d’ Élise, son épouse…
 
Sur: www.memoria.ro, vous pouvez lire(en français) l’article: “Bucarest ou le corps retrouve” écrit par Marianne Mesnil, où elle parle de Ulysse de Marsillac.
 
J’aimerais savoir que vous pouvez trouver et lire les livres écrits par Ulysse de Marsillac, car ici je n’ai pas été capable de les trouver.
Cherchant sur Internet les écrits d’Ulysse de Marsillac,  et des renseignements, je découvre par hasard un article sur….Gérard de Nerval :
Je ne résiste pas au plaisir de partager un poème. Et me voici revenue au Romantisme! Juste après avoir lu l’excellent billet de claudialucia ICI où Nerval était comparé à une « hirondelle apode » par son ami Théophile Gauthier.
El Desdichado

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


Emaux et Camées – Nostalgies d’obelisque

CHALLENGE ROMANTISME

Thèbes

L’obélisque de Paris

Sur cette place je m’ennuie,
Obélisque dépareillé ;
Neige, givre, bruine et pluie
Glacent mon flanc déjà rouillé ;

Et ma vieille aiguille, rougie
Aux fournaises d’un ciel de feu,
Prend des pâleurs de nostalgie
Dans cet air qui n’est jamais bleu.

Devant les colosses moroses
Et les pylônes de Luxor,
Près de mon frère aux teintes roses,
Que ne suis-je debout encor,

Plongeant dans l’azur immuable,
Mon pyramidion vermeil
Et de mon ombre, sur le sable,
Écrivant les pas du soleil !

Rhamsès, un jour mon bloc superbe,
Où l’éternité s’ébréchait,
Roula fauché comme un brin d’herbe,
Et Paris s’en fit un hochet.

La sentinelle granitique,
Gardienne des énormités,
Se dresse entre un faux temple antique
Et la chambre des députés.

Sur l’échafaud de Louis seize,
Monolithe au sens aboli,
On a mis mon secret, qui pèse
Le poids de cinq mille ans d’oubli.

Les moineaux francs souillent ma tête,
Où s’abattaient dans leur essor
L’ibis rose et le gypaète
Au blanc plumage, aux serres d’or.

La Seine, noir égout des rues,
Fleuve immonde fait de ruisseaux,
Salit mon pied, que dans ses crues
Baisait le Nil, père des eaux,

Le Nil, géant à barbe blanche
Coiffé de lotus et de joncs,
Versant de son urne qui penche
Des crocodiles pour goujons !

Les chars d’or étoiles de nacre
Des grands pharaons d’autrefois
Rasaient mon bloc heurté du fiacre
Emportant le dernier des rois.

Jadis, devant ma pierre antique,
Le pschent au front, les prêtres saints
Promenaient la bari mystique
Aux emblèmes dorés et peints ;

Mais aujourd’hui, pilier profane
Entre deux fontaines campé,
Je vois passer la courtisane
Se renversant dans son coupé.

Je vois, de janvier à décembre,
La procession des bourgeois,
Les Solons qui vont à la chambre,
Et les Arthurs qui vont au bois.

Oh ! dans cent ans quels laids squelettes
Fera ce peuple impie et fou,
Qui se couche sans bandelettes
Dans des cercueils que ferme un clou,

Et n’a pas même d’hypogées
A l’abri des corruptions,
Dortoirs où, par siècles rangées,
Plongent les générations !

Sol sacré des hiéroglyphes
Et des secrets sacerdotaux,
Où les sphinx s’aiguisent les griffes
Sur les angles des piédestaux ;

Où sous le pied sonne la crypte,
Où l’épervier couve son nid,
Je te pleure, ô ma vieille Egypte,
Avec des larmes de granit !

Théophile Gautier

Quand l’automne grisaille, il me vient des envies d’Égypte, de déserts, et comme l’obélisque de la Concorde je me languis des aiguilles de Karnak des allées de sphinx ou de béliers…

Les élections qui se déroulent  nous permettrons peut être de retourner les voir….

Théophile Gautier dans son cadre à Sceaux

CHALLENGE ROMANTISME

Affiche de l'exposition

1811-1872, bicentenaire oblige, le Conseil Général des Hauts de Seine lui consacre une exposition presque « chez lui »( il résidait à Neuilly/Seine).

Sa famille, ses intimes

Occasion d’entrer dans son univers familial, de voir les photos de famille. Certaines Delacroix qui lui a peint une aquarelle singulière, Ingres: Les Tragiques Grecs, Hugo et la bataille d’Hernani, merveilleuse affiche où le portrait de Gautier est entouré de caricatures relatant les épisodes du Romantisme. Une tapisserie (reproduction) montre Théophile Gautier entouré de Dumas, Lamennais, George Sand, Hugo…

Théophile Gautier s’est essayé au dessin, on peut feuilleter (virtuellement) ses croquis. Journaliste, il était critique d’art ; les peintres, en toute amitié, (ou en remerciement) lui ont offert des œuvres de premier plan.

Une belle collection d’autographes, les poèmes Emaux et Camées écrits de sa main, des éditions anciennes complètent la bibliothèque…

affiche du film

A l’étage deux Le Roman de La Momie et le Capitaine Fracasse font l’objet d’une présentation illustrée.

 

 

 

 

 

 

Affiche des films tirés du Capitaine Fracasse.

Le Roman de la Momie a été illustré à nombreuses reprises, j’ai beaucoup aimé l’édition Art Déco  de Barbier (1929), les gravures du voyage en Égypte à l’occasion de l’ouverture du canal de Suez, effectué bien après la parution du livre et finalement un film muet de Capellani (1911), étonnant, colorisé au pastel (d’époque?).

 

 

C’est donc une exposition sympathique dans un cadre très agréable : sous le beau soleil d’hiver les jets d’eau du Parc de Sceaux se déployaient.

(jusqu’au 9 janvier 2012)

Les neiges du Kilimandjaro – Guediguian


Depuis Marius et Jeannette, je suis fidèle à Guédiguian, Ariane Ascarides, Daroussin et leur bande que je considère comme de vieux amis, des cousins, de la famille presque. Ils sont tellement sincères que je n’arrive pas à avoir le regard distancié du spectateur d’une fiction, je les sens exister.  Je n’ai jamais mis les pieds à l’Estaque,  leur monde m’apparait si proche. De film en film, témoins du temps qui passe, témoin d’un monde qui met de plus en plus de côté les ouvriers et les braves gens… le regard de Guediguiian n’est pas naïf, ses films sont de plus en plus noirs et pourtant …

Les neiges du Kilimandjaro, s’inspirant des Pauvres Gens de Victor Hugo, donnent  de l’espoir dans l’humanité.

marie claire

Qu’un ouvrier licencié braque un  autre ouvrier licencié, le moleste. Cela semble incompréhensible à Marie-Claire

 « je cherche à comprendre »

mais comprendre n’est pas suffisant. Ceux-là ont toujours été dans l’action..

LES PAUVRES GENS DE VICTOR HUGO

Quelle nuit ! Un moment, dans tout ce tintamarre,
J’ai cru que le bateau se couchait, et l’amarre
A cassé. Qu’as-tu fait, toi, pendant ce temps-là ? »
Jeannie eut un frisson dans l’ombre et se troubla.
« Moi ? dit-elle. Ah ! mon Dieu ! rien, comme à l’ordinaire,
J’ai cousu. J’écoutais la mer comme un tonnerre,
J’avais peur. – Oui, l’hiver est dur, mais c’est égal. »
Alors, tremblante ainsi que ceux qui font le mal,
Elle dit : « A propos, notre voisine est morte.
C’est hier qu’elle a dû mourir, enfin, n’importe,
Dans la soirée, après que vous fûtes partis.
Elle laisse ses deux enfants, qui sont petits.
L’un s’appelle Guillaume et l’autre Madeleine ;
L’un qui ne marche pas, l’autre qui parle à peine.
La pauvre bonne femme était dans le besoin. »

L’homme prit un air grave, et, jetant dans un coin
Son bonnet de forçat mouillé par la tempête :
« Diable ! diable ! dit-il, en se grattant la tête,
Nous avions cinq enfants, cela va faire sept.
Déjà, dans la saison mauvaise, on se passait
De souper quelquefois. Comment allons-nous faire ?
Bah ! tant pis ! ce n’est pas ma faute, C’est l’affaire
Du bon Dieu. Ce sont là des accidents profonds.
Pourquoi donc a-t-il pris leur mère à ces chiffons ?
C’est gros comme le poing. Ces choses-là sont rudes.
Il faut pour les comprendre avoir fait ses études.
Si petits ! on ne peut leur dire : Travaillez.
Femme, va les chercher. S’ils se sont réveillés,
Ils doivent avoir peur tout seuls avec la morte.
C’est la mère, vois-tu, qui frappe à notre porte ;
Ouvrons aux deux enfants. Nous les mêlerons tous,
Cela nous grimpera le soir sur les genoux.
Ils vivront, ils seront frère et soeur des cinq autres.
Quand il verra qu’il faut nourrir avec les nôtres
Cette petite fille et ce petit garçon,
Le bon Dieu nous fera prendre plus de poisson.
Moi, je boirai de l’eau, je ferai double tâche,
C’est dit. Va les chercher. Mais qu’as-tu ? Ça te fâche ?
D’ordinaire, tu cours plus vite que cela.

– Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, lès voilà! »

Retour sur le 20ème siècle, encore un peu de nostalgie :

Les neiges du Kilimandjaro dans le challenge Romantique, c’est un peu osé?

Mémoires d’Outre-Tombe : Chateaubriand enfant et son ami Gesril sur la plage de l’éventail…..

CHALLENGE ROMANTIQUE
Devant les murs de Saint Malo
Le challenge Romantique de Claudialucia est l’occasion de lectures communes et de partages avec toute la galaxie des bloguesues romantiques (là j’exagère un peu). C’est aussi l’occasion de préciser la notion de Romantisme qui pour moi était bien floue.
Merci à Claudialucia pour les liens !
les murs de Saint -Malo sont protégés depuis bien longtemps par des pieux brise-lames .Chateaubriand
enfant raconte dans les Mémoires d’Outre-Tombe cette anecdote :
A marée haute!
Nous étions un dimanche sur la grève, à l’éventail de la porte Saint-Thomas à l’heure de la marée. Au pied du château et le long du Sillon, de gros pieux enfoncés dans le sable protègent les murs contre la houle. Nous grimpions ordinairement au haut de ces pieux pour voir passer au-dessous de nous les premières ondulations du flux. Les places étaient prises comme de coutume : plusieurs petites filles se mêlaient aux petits garçons. J’étais le plus en pointe vers la mer, n’ayant devant moi qu’une jolie mignonne, Hervine Magon, qui riait de plaisir et pleurait de peur. Gesril se trouvait à l’autre bout, du côté de la terre. Le flot arrivait, il faisait du vent ; déjà les bonnes et les domestiques criaient : « Descendez, Mademoiselle ! descendez, Monsieur ! ». Gesril attend une grosse lame : lorsqu’elle s’engouffre entre les pilotis, il pousse l’enfant assis auprès de lui ; celui-là se renverse sur un autre : celui-ci sur un autre : toute la file s’abat comme des moines de cartes, mais chacun est retenu par son voisin ; il n’y eut que la petite fille de l’extrémité de la ligne sur laquelle je chavirai qui, n’étant appuyée par personne, tomba. Le jusant l’entraîne ; aussitôt mille cris, toutes les bonnes retroussant leurs robes et tripotant dans la mer, chacune saisissant son marmot et lui donnant une tape. Hervine fut repêchée ; mais elle déclara que François l’avait jetée bas. Les bonnes fondent sur moi ; je leur échappe ; je cours me barricader dans la cave de la maison : l’armée femelle me pourchasse. Ma mère et mon père étaient heureusement sortis. La Villeneuve défend vaillamment la porte et soufflette l’avant-garde ennemie. Le véritable auteur du mal, Gesril, me prête secours : il monte chez lui, et avec ses deux soeurs jette par les fenêtres des potées d’eau et des pommes cuites aux assaillantes. Elles levèrent le siège à l’entrée de la nuit ; mais cette nouvelle se répandit dans la ville, et le chevalier de Chateaubriand, âgé de neuf ans, passa pour un homme atroce, un reste de ces pirates dont saint Aaron avait purgé son rocher.

Rob Roy – Sir Walter SCOTT

 CHALLENGE ROMANTISME

le donjon d'Urquhart sur le Loch Ness

Un voyage en Écosse fut l’occasion pour lire ce classique. Point n’est besoin d’être agrégé d’Anglais pour avoir entendu parler de Walter Scott. Mais l’a-t -o n vraiment lu? Ivanhoé est remisé dans la mémoire du côté des souvenirs préadolescents avec les Trois Mousquetaires, la conquête de l’Ouest ou le Livre de la Jungle. Régression enfantine délectable? En  visitant une ruine écossaise, je me suis enthousiasmée à Urquhart dans les donjons surplombant le loch Ness!

Le tourisme m’a replongée dans l’histoire romantique des rois et des reines…

Dès l‘Open tour d’Édimbourg, sur l’impériale du bus vert, rouge ou brun le premier monument que le guide vous montre est le « mémorial » kitschissime au célèbre écrivain.A Édimbourg, ou ailleurs en Écosse, la rencontre avec Sir Walter Scott est inévitable.
Écrivain et homme politique. Génial metteur en scène de la visite du roi George vêtu d’un   kilt trop court, à ses sujets écossais. Initiateur romantique d’un engouement pour les brumes, les tartans et les cornemuses qui s’est répandu dans tout le Royaume Uni pendant près de deux siècles.
C’est dans les Trossachs, à Aberfoyle et au Loch Lomond que la présence de l’écrivain est la plus prégnante.

Trossachs, lac écossais

J’ai trouvé le livre, Rob Roy, dans la bibliothèque du cottage de Beauly que nous avions loué, laissé à l’intention des touristes et je l’ai commencé là. A la fin du séjour, je n’allais pas le voler. Je n’ai pu le finir qu’à mon retour.

Je me suis plongée en immersion totale dans l’Angleterre et l’Écosse du début du 17ème siècle. Le héros est anglais, fils d’un commerçant,mêlé malgré lui dans la révolte jacobite de 1715.
Voyage périlleux à travers l’Angleterre, vie de chasse et de beuveries de nobliaux rustres du Northumberland, conflits religieux, chevauchées dans les landes et les marais écossais… roman d’aventure et peinture d’une grande vivacité des mœurs de l’époque.
L’arrivée, un dimanche, dans le Glasgow presbytérien paralysé par la dévotion du sabbat, est un chef d’oeuvre. L’embuscade dans un Glen en est un autre.
Seul bémol pour un francophone : lisez-vous l’Ecossais?

L’anglais classique de Scott est déjà d’une grande richesse de vocabulaire si bien que le Harraps n’est jamais loin de ma table de chevet. Tout se complique quand les personnages écossais conversent entre eux (rassurez vous, ce n’est quand même pas en Gaélique),  la déformation des mots ne permet plus le recours au dictionnaire, il faut alors deviner! En cherchant sur le site d’Amazon j’ai découvert un recueil dans la collection Bouquins réunissant 3 romans écossais en français. Mais on perdra la saveur de la VO.

Paris 9ème : musée de la vie Romantique

CHALLENGE ROMANTISME

Le musée est caché dans une cour fleurie

 

Derrière la Place Blanche, autour du métro Saint Georges et jusqu’à Notre Dame de Lorette, se trouve le quartier de la Nouvelle Athènes, rendez vous des artistes et des intellectuels du début du 19ème siècle au temps où la Grèce était à la mode…

Les façades haussmaniennes cachent des hôtels avec des jardins, des arrières cours, des théâtres.Le Musée de la Vie Romantique se trouve au 16 de la rue Chaptal, au fond d’une allée dissimulée.

George Sand

Sur une cour fleurie pavée, des maisons recèlent des souvenirs de George Sand et de ses intimes. A ma dernière visite en 2008 se tenait  une exposition des dessins d’Ingres.

Rien de spectaculaire, un intérieur bourgeois, des portraits,  différents objets ayant appartenu à George Sand, un moulage de son bras, de la main de Chopin….des aquarelles et de curieuses dendrites, procédé original pour obtenir de gentils paysages.
A l’étage, une exposition des œuvres d‘Ary Scheffer, l’ancien propriétaire de la maison.

Un salon  de thé dans une véranda ou à l’ombre d’un arbre offre une pause bien agréable.

C’est donc un but de promenade  tranquille dans un quartier méconnu.

Sur un blog ami, participant au challenge voici une autre visite illustrée

Prendre Chateaubriand pour guide?

CARNET DU MONT SAINT MICHEL A SAINT-MALO

Chateubriand sur la place Chateaubriand à saint-Malo

Chateaubriand est omniprésent dans la région. On entre dans la ville close de Saint-Malo sur la place Chateaubriand où se trouve l’hôtel Chateaubriand non loin de sa maison natale. Du haut des remparts on devine son tombeau sur le Grand-Bé.

le tombeau de Chateaubriand et les nombreux pélerins

Plancoët, le village de sa nourrice, Combourg, le château où il a passé son enfance et son adolescence, Dol où il a été au collège, Dinan et de nombreux manoirs conservent des souvenirs de son passage….

Munies des mémoires d’Outre-tombe et du guide Gallimard, nous allons suivre la piste-Chateaubriand pendant les dix jours de vacances.

J’ai pourtant hésité  : au lycée, Chateaubriand n’était pas au nombre de mes auteurs favoris. J’avais choisi mon camp avec Saint Just et Robespierre. Le noble émigré, le serviteur de Louis XVIII et de la Restauration était du mauvais bord! Je n’ai pas changé d’idées.  Je me suis assouplie, j’ai perdu le goût des censures. Atala aurait pu me faire rêver. Le titre « Mémoire d’Outre-tombe » me paraissait funèbre et le Génie du Christianisme carrément une punition.

Quarante ans plus tard, j’ai croisé Chateaubriand au cours de mes voyages en Grèce, l‘Itinéraire de Paris à Jérusalem se trouve sur ma table de nuit. Coïncidence : Claudialucia a lancé le CHALLENGE ROMANTISME. Je me devais d’y participer!

château de Combourg

Méfiante, je n’ai pas fait l’achat des 42 livres qui composent les Mémoires d’Outre-tombe (parus en feuilleton, cela représente 3 ou 4 livres de poche). J’ai emprunté à la bibliothèque du collège les Livres I à III en Classique Larousse, annotés pour les lycéens.

Et je me suis régalée! Je le craignais geignard et pompeux, je l’ai trouvé  vif et plein d’humour. Les descriptions sont surtout merveilleuses.

Certes, les lieux ont un peu changé, le parc de Combourg a été redessiné à la fin du 19ème siècle, les épaisses forêts et les landes ont cédé la place aux choux-fleurs et carottes des maraichers. L’étang et sa caravane emplumée est toujours là de même que les écureuils. Je n’ai pu entendre les chouettes, elles dorment aux heures de visites!