Une équipe espagnole vient en Bolivie filmer l’arrivée de Christophe Colomb, l’exploitation des Indiens, le pillage de leurs richesses mais aussi la protestation de Las Casas contre l’esclavage. Pourquoi en Bolivie? la nature fournit des décors somptueux mais surtout les salaires des figurants sont ridiculement bas : 2$! Et les figurants ne manquent pas! Au casting, des files impressionnantes attendent le réalisateur qui se sent rapidement dépassé. Pauvres mais pas si dociles que ne l’imagine le D’ailleurs, ils tombent mal : la ville est en proie à une révolte sanglante . Les Indiens de Cochabamba se battent contre la privatisation de l’eau.
Ces luttes font un écho saisissant avec le propos du film. La jeune photographe saisit l’occasion : elle photographie et veut intégrer la lutte des Indiens à son making-of du film. producteur, réalisateur, acteurs se trouvent entraînés dans la tourmente quand les choses se gâtent sérieusement. Chacun réagit à sa manière et parfois de façon étonnante. les plus idéalistes se révèlent pétochards tandis que les cyniques témoignent de plus d’humanité….
Racontant une lutte qui s’est déroulée et qui s’est terminée par la victoire des Indiens, ce film n’est pas un documentaire. C’est du cinéma! Du cinéma à la Ken Loach, pas étonnant puisque le scénariste est celui de Ken Loach ! Ce qui n’est pas du goût de tous.
Quatre saisons de la vie de Tom et Gerri, une année de plus !
Ils ont peut être soixante ans, une maison victorienne chaleureuse à Londres, un jardin ouvrier qui vit au rythme des saisons, un fils gentil et attentionné. Elle est psychologue, lui, géologue « creuse des trous », des amis de longue date un peu paumés qu’ils savent réconforter…
Mike Leigh sait dépeindre la vie telle qu’elle va dans la plus grande sincérité et authenticité. Les personnages ont de l’étoffe, ils sont vrais, sans glamour ni artifice, sans misérabilisme non plus. La chaleur humaine est communicative, la générosité fait chaud au coeur. Même si Mary sombre dans l’alcoolisme et la dépression, même si Ken se laisse complètement aller, si le deuil a rendu Ronnie mutique…Heureusement, le jeune couple est d’une fraîcheur qui revigore.
Est-ce le jardinage qui donne tant de bonheur? Image merveilleuse du couple réfugié dans l’abri de jardin lors d’une averse?
Ou la tranquillité d’un voyage en Irlande : le géologue regarde la falaise et la femme du géologue regarde la mer.
Est-il capable d’aimer, alors que l’amour joue si peu de rôle dans les mariages royaux où les intérêts de l’Etat passent avant l’amour? c’est Polonius qui soulève cet argument, et il n’a sans doute pas tort, cette fois-là.
Est-il capable d »aimer alors qu’il est torturé par le spectre de son père?
La trahison de sa mère ne lui fait-elle pas perdre toute confiance en l’amour?
Ou simplement, solitaire, irrésolu, n’est-il pas dans sa nature de balancer entre des sentiments flous?
C’est Ophélie qui aime. Qui sait qu’elle aime. A la folie. Folie d’Ophélie/folie feinte de Hamlet ou vraie peut être?
Pour répondre à une question j’ ai posé tant d’intérrogations….
D’ailleurs, je viens de découvrir que le film est ressorti cette semaine à Paris et qu’on peut le voir en salle.
Un autre atout du Prospero’s Books de Greenaway est le choix de John Gielgud pour incarner Propero.
Prospero, le magicien entre en scène coiffé d’une sorte de bonnet à corne tel que le portaient les doges de Venise, manteau magique brodé de signes cabalistiques qui passe du bleu au rouge sans crier garde.
Dans la solitude de son cabinet, l’érudit est coiffé d’un simple bonnet de toile fine; mais quand il reprend son dûché de Milan, il revêt la fraise des hommes de 1611!
Dans mon billet précédent je m’interrogeais sur le singulier de » I’ll to my book »
Greenaway a décidé pour le pluriel. Il nous offre toute une bibliothèque d’incunables et de manuscrits (en plus d’une Tempête, d’une lutte de pouvoir, d’une histoire d’amour, d’un meurtre qui échoue, d’un mariage , c’est tout cela la Tempête). Grimoires de magiciens, planches d’anatomie, relations de voyages. On pourrait regarder le film en ne s’intéressant qu’aux livres.
Enigme: Prospero est il en train de rédiger le dernier de sa collection?
Inspiré de La Tempête de Shakespeare, le film de Greenaway est très loin d’une adaptation cinématographique et encore plus du théâtre filmé.
C’est du cinéma! et quel cinéma! du Greenaway, original.
Des images travaillées et retravaillées, découpée, sur-imprimées… plus proche de la performance esthétique que de l’illustration ou de la narration.
Parenté avec le spectacle de danse contemporaine de Hervieu et Montalvo (j’ai vu Orphée à la MAC, la semaine dernière) ou Prejlocaj.
Décors époustouflants (presque trop, on en est étourdi).
Greenaway prend toute liberté avec l’oeuvre qui l’a inspiré pour ré-écrire une histoire originale qu’il sert admirablement malgré ses infidélités.
Comme dans la Tempête de Shakespeare, le personnal central est Prospéro, le magicien, duc de Milan exilé sur son île.Son refuge désigné comme « cell », j’avais imaginé une grotte, une hutte, un modeste abri sur l’ île déserte de Caliban où Sycorax avait aussi été déportée. Grennaway a bâti un palais oriental avec péristyles, colonnades, bassins et sallles voûtées d’arcades presque aussi vaste que les citernes de Constantinople.
Je croyais que Prospero et Miranda n’avaient pour société que les esprits Ariel et Caliban, que Miranda n’avait jamais vu d’autres humains que son père. Greenaway a convoqué une armée de figurants le plus souvent nus ou en tenue extravagante convenant à un ballet contemporainplus qu’à une comédie élizabethaine.
D’entrée, je suis surprise. J’avais commandé un DVD en VO sous-titré en suéduois, sans aucune crainte puique j’ai l’édition bilingue de la pièce. Mais voilà! avec toutes les libertés que Greenaway s’est octroyées, je ne retrouve plus rien.
ActeI, sc.1, au lieu d’être à bord du navire en train de lutter contre les éléments, l’action se situe au bord d’une piscine, thermes antiques ou hammam oriental?Ariel, angelot aux boucles blondes se balance sur une balançoire et fait pipi dans les flots sur une très jolie maquette d’un voilier stylisé. Magie blanche? Assistons-nous à une cérémonie incantatoire comme celle où l’on plante des aiguilles dans les poupées figurant les victimes qu’on désire ensorceler?Ariel se démultiplie, enfant, adolescent, jeune adulte. Des images sous-marines montrent le naufrage, des nymphes ou des sirènes emportent les noyés dans un ballet nautique.
Caliban n’est pas le monstre contrefait mais un danseur nu très gracieux. Seules marques de sa disgrâce : ses attributs virils d’un rouge agressifs hypertrophés. Caliban danse, fait des entrechats, lu alors que je l’imaginais courbé sous les bûches des corvées que Prospero lui infllige.
Napolitains et Milanais sont plus réalistes, une fraise d’un diamètre exagéré et un habit noir – sec comme l’avait précisé Shakespeare – nous ramènent dans la pièce originale.
A partir du 2ème acte, la stupeur passée, je suis désormais le texte avec mon livre. Greenaway a supprimé des scènes, a inventé des intermèdes originaux, a imprimé un rythme soutenu scandé par des images des grimoires et des manuscrits de la bibliothèque de Prospero. Chaque scène est annoncée par un encrier et une goutte d’encre. je finis par deviner que Prospero est en train d’écirire l’histoire. Quelle belle écriture que la sienne! le texte de Shakespeare se dessine: calligraphie en surimpression.
Trinculo, Stephano et Caliban projettent d’attenter à la vie de Prospero pour conquérir l’île. Harmonies rouges infernales, le palais de Propero est une sorte de pyramide. C’est un peu trop, je commence à fatiguer. Heureusement avec un DVD, on peut se permettre un entracte!
La fin est plus classique, j’attendais la partie d’échecs, une image furtive. La réconciliation est presque raisonnable, théâtrale.
Retour sur le bord de la piscine pour la noyade très esthétique des livres.
Varsovie, 1939, les autorités polonaises font cesser les représentations d’une revue ridiculisant Hitler et les nazis. The show must go on… au pied levé, l’acteur principal remplacera la bouffonerie par le monologue d’Hamlet. Sa femme, actrice vedette du show, en profite pour inviter un de ses admirateurs, un pilote polonais. La guerre éclate, le pilote se retrouve à Londres et doit sauver la résistance polonaise dénoncée par un agent double qui apporte à la Gestapo la liste des résistants et un étrange message « To be or not to be… »
Si Hamlet est massacré (exprès) c’est Shylock joué par un comparse (hallebardier) devant Hitler qui sauvera toute la troupe. Et c’est aussi ce monologue dans ce film qui me réconciliera avec le Marchand de Venise.
Une migraine tenace harcèle Raed Andoni. Son médecin de famille ne trouve aucune explication physiologique « migraine due au stress » et lui conseille d’aller « voir en face » , qui? l’Autorité Palestinienne? l’occupant? « Yaani, » La situation à Ramallah est en soit une prise de tête!
Au désespoir de sa famille et de ses amis, Raed ne veut pas faire un film militant. Il filme sa thérapie dans un centre de santé magnifique établissement, qui domine la ville, un miroir sans tain destiné aux étudiants, permettra à l’équipe de filmer. Equipe qui ne parle pas l’Arabe et qui laisse donc l’analyse se dérouler sans comprendre ce qui se dira. Il nous fait aussi entrer dans l’intimité de sa famille.
Raed Andoni se met en scène avec humour. C’est à Woody Allen qu’on pense!
Il filme avec une incroyable liberté d’esprit. D’ailleurs c’est sa liberté individuelle qu’il affirme: ne pas se laisser enfermer dans une case! Alors qu’on le voudrait résistant, porte-parole de la Palestine, il prend la liberté de ne rien faire, de s’occuper à des jeux aussi puérils qu’inutiles, pianoter sans fin sur ses deux ordinateurs allumés en même temps…Il n’a pas de complexe vis à vis de ses amis militants. Comme eux, il a fait de la prison. Mais il revendique le droit du « peut être » et du doute. Il n’a pas peur du ridicule quand il se dépeint, regardant le monde de haut, comme sur un chameau.
D’ailleurs un magnifique chameau harnaché attend au croisement sur la route qui va vers la Mer Morte….
Chacun d’entre nous a ses films-cultes inoubliables, indémodables. Bamako (2006) est un de ceux là
Dans la cour d’une maison à Bamako se déroule le procès du FMI. Procès dans les formes avec juges en perruques, avocats de l’accusation et aussi de la défense, témoins à charge…. Des tirades décrivant les nuisances de la Dette qui pèse sur les finances des pays africains mais aussi les chants d’un griot, les doléances des femmes simples…
Ce n’est pas comme le suggèrent les lignes ci-dessus un énième film militant. C’est un vrai film avec une histoire, des histoires, un décor splendide. Des acteurs magnifiques. Des allers-retours entre l’économie et la vie quotidienne des habitants de la maison.
Un vrai beau film…
Est-ce un hasard? une coïncidence? les grèves, les manifestations, le feuilleton de Mordillat « Les vivants et les Morts », ce film qui raconte comment des ouvrières ont résisté aux licenciements en essayant de bâtir une SCOP. le peuple de gauche se réveillerait-il, redécouvrirons nous la solidarité après les années blin bling?
La réalisatrice donne la parole à ces ouvrières d’une usine de lingerie sous la menace d’une liquidation judiciaire. Au début elles sont perplexes. Se lancer ou non dans l’aventure. Rien n’est gagné. Persuasion, hésitations, elles parlent , elles se parlent, elles travaillent aussi. Jeunes vieilles, campagnarde ou chinoises ou Africaines.
Comme elles, on y croit à la SCOP. Si bien que le patron se manifeste, propose un nouveau plan. Est-ce lui qui a torpillé le projet? Ou l’indifférence des grandes surfaces. « Mais où sont passés nos petits clients? » se demande une ancienne. On n’a pas fait le poulet ni invité les moines qui auraient chassé les mauvais esprits, se lamente une asiatique…
Mieux qu’un documentaire, un vrai film avec des personnages attachants!