Un thriller écolo, ils sont trois idéalistes, jeunes, purs, activistes, militants déjà expérimentés qui se lancent dans une grande opération…Tout a l’air bien organisé. On suit les trois héros dans le décor magnifique de l’Oregon. La forêt rousse d’une fin d’automne, la rivière sont plus qu’un décor magnifique. Les traversées de nuit à bord du pick-up sont un classique d’un certain cinéma américain, le canoé aussi…
L’action violente comporte des risques. Quelque chose va déraper. Et on voit l’angoisse s’installer dans le cadre idyllique de la communauté écolo qui cultive ses légumes bio, fabrique son fromage de chèvre.
Je ne connaissais pas cette réalisatrice que j’ai envie de suivre .
Noir & blanc, plutôt film gris. Gris comme la tenue des novices, comme les murs du couvent, comme les maisons misérables de Lublin. Grise, Wanda qui boit beaucoup trop…Grise cette réalité polonaise de 1962…
Anna, orpheline élevée au couvent, va prononcer ses vœux. Elle part à la recherche de ses origines chez sa tante.
« nonne et juive! » lui assène cette dernière.
Anna assume sa nouvelle identité : Ida Lebenstein. Elle veut se recueillir sur la tombe de ses parents. Mais qui sait où reposent les juifs? Qui s’en soucie? Personne ne les connaissait. Wanda ne s’en laisse pas conter, Wanda la rouge, procureur communiste, sait comment extorquer des aveux. Wanda qui veut vivre, rencontrer des hommes, boire, danser… Wanda qui se compare à Marie Magdeleine quand Ida fuit les hommes. Si différente de la novice , si proche.
Un très beau film, tout en retenue. Une réalité terrible
C’est un film bleu, comme les murs du restaurant populaire La Cantina, comme les bleus de travail d’Henri patron du restau qui préfère être vêtu comme un ouvrier qu’en cuistot, bleu comme le ciel dans lequel Henri scrute ses pigeons, comme la veste de Rosette….bleu comme les bleus à l’âme d’Henri qui vient de perdre sa femme, bleus de la vie cabossée des handicapés des Papillons blancs.
Avec le bleu, s’harmonise bien le brun de la bière belge, dans les verres, et dans les bouteilles qu’on vide sans compter, le brun du comptoir du bar, de la terre, du terril de verre pilé et du sac en plastique contenant les cendres de Rita…
C’est un film belge, avec de la bière et des frites. Un de ces films, comme ceux des Dardennes – tiens Rosetta est-ce fortuit? – avec des gens simples et vrais, sans clinquant, sans esbroufe, un peu comme les Ken Loach ou un certain cinéma anglais (le militantisme en moins) ciné des prolos, ciné de comptoir de bistro. Un cinéma qui prend en compte les gros, les tristes, les handicapés et qui demande tout doucement, sur le mode mineur, le droit à un peu de bonheur. Le droit de Rosetta, Papillon blanc, à une vie de couple, à être amoureuse, coquette. Un cinéma de la fête populaire, des barques à frites sur le bord d’une plage en mer du Nord… fête parfois grimaçante comme un tableau d’Ensor.
L’expression train-movie comme on dit road –movie existe-t-elle?
Rêves d’ornous fait parcourir le Guatemala et le Mexique jusqu’à la frontière américaine à bord (ou plutôt sur le toit) de trains de marchandises avec les émigrants prêts à tout pour réaliser leur rêve d’or, le rêve états-unien.
L’histoire commence dans un bidon-ville guatémaltèque, baraques de tôles, récupération du plastique dans une décharge. Trois amis, au départ : Juan le chef, Sara-Osvaldo cheveux courts sous une casquettes, seins bandés, Samuel, le gentil, moustache naissante. Quatorze, quinze ans, peut être seize, pas plus mais une grande détermination. Au bord d’une rivière, Chauk, machette à la ceinture, dans sa besace de l’eau et une petite calebasse, indien tzotzil tente de les suivre. Sara l’accueille tandis que Juan, jaloux veut le chasser….
Ce n’est pas un voyage tranquille, il faut monter en marche, grimper sur le toit des wagons. Et là, ils ne sont pas seuls. Pas moins de 600 noms des figurants, candidats à l’émigration, figurent au générique. Solidarité de ces hommes et de ces femmes venant de toute l’Amérique centrale, Nicaragua, Honduras, Guatemala…solidarité aussi des paysans mexicains qui leur lancent les oranges qu’ils cueillent, des prêtres qui les ravitaillent et les hébergent. Le voyage est interrompu par la police (ou l’armée) qui renvoie les enfants au Guatemala. Attaque (presque l’attaque des westerns par des bandits qui rançonnent et enlèvent les femmes). Intervention louche de passeurs, de narco-trafiquants. Au final : frontière murée par un dispositif impressionnant.
On traverse des paysages magnifiques et très variés, la musique est bonne. Le rythme du film d’aventure rapide. on n’a jamais le temps de s’ennuyer. On prend quand même celui de rêver avec Chauk qui ne parle pas Espagnol et qui vient d’un autre monde, si riche. On s’attache aux personnages.
Les acteurs Karen Martinez et Brandon Lopez ont l’âge de leur rôle, 16 ans. Rodolfo Dominguez est un indien Tzotzil des montagnes des Chiapas. Il est d’une expressivité étonnante.
J’ai raté la sortie du film Tinghir/Jerusalem. Vendredi dernier, il se jouait encore à l’Entrepot, mais une seule séance. Il reste la VOD et Youtube.
Retrouvailles combien émouvantes entre Kamal Hachkar, marocain, français, natif de Tinghir qui a fait l’effort d’apprendre l’Hébreu et d’aller chercher en Israël ces Juifs marocains, « Berbères judaïsants » comme je l’ai lu quelque part, natifs aussi de Tinghir ou des environs. En VO on entend du Français, bien sûr, de l’Hébreu, de l’Arabe et du Berbère que certains pratiquent encore. Étonnant d’entendre que c’est l’Arabe marocain qui leur est naturel de parler. Mélange de Berbère et d’Hébreu pour les femmes.
Par de-là les relations judéo-musulmanes, la construction de l’identité dans l’exil est primordiale pour le cinéaste.
« C’est dans l’exil que je me suis construit… » [….] « c’est lorsqu’il y a un autre qu’on peut savoir qui on est »
Omar est boulanger. Il escalade le mur à l’aide d’une corde pour rendre visite à Nadia dont il est amoureux. Il court aussi très vite. Avec ses deux copains d’enfance, Tarek et Ajmad, il s’entraîne à la résistance armée. Trois copains inséparables.
Une opération tourne mal, un soldat israélien est tué, Omar, après une course-poursuite à vous couper le souffle est fait prisonnier.
Sous la torture, n’importe qui peut parler. Rami, l’israélien, tente de manipuler Omar, lui propose la liberté en échange de Tarek. Omar, pense s’en sortir en jouant double-jeu.
S’insinue le doute. Dans la petite bande, y a-t-il un traitre? Omar a-t-il donné ses camarades? En plus de la suspicion, s’insinue la jalousie, la rivalité amoureuse.
Thriller très bien mené où les poursuites donnent un rythme très rapide dans les ruelles, la tension ne se relâche pas même dans les rencontres entre Omar et Nadia.
Si cinéma veut dire pour vous, action ou histoire romanesque, si vous vous endormez facilement dans le rythme lent des films contemplatifs, passez votre chemin…
La Beauté alterne avec la plus grande vulgarité. C’est comme cela que j’imagine l’Italie berlusconienne. Dans un cadre de rêve (une terrasse avec vue sur le Colisée) des fêtes mondaines se déroulent, mariachi, variations sur le thème du petit train, danses hypnotiques réunissent les people, faune de parvenus, starlettes, artistes reconnus ou en panne d’inspiration. Danse hypnotique sur une musique abrutissante.
Le héros, Gep, écrivain qui n’écrit plus, plus mondain qu’écrivain déambule….philosophe, esthète désabusé…j’ai eu du mal à le trouver séduisant ou sympathique. Et pourtant, la fulgurance des images de Rome, une fontaine, une statue, une expédition dans un palais encore habité par des princesses vieillissantes qui jouent au cartes, m’a réjouie.
Le film est long (2h20) et j’en redemande; encore une statue, encore une fontaine. Je crois rêver, à La Dolce Vita, désabusée, mais pas encore vulgaire.
Critique de l’Italie berlusconienne? Caricature de cet ecclésiastique qui répond à une question angoissée sur la foi par d’interminables recettes de cuisine, et au final apparition de cette sainte improbable, et encore! Un enterrement, comme une mise en scène théâtrale. Que dire de cette cérémonie de l’injection de botox. Les trouvailles ne manquent pas dans cette histoire sans histoire. Et Rome est magnifiée. Gep, finalement humain.
Parlons d’abord cinéma : L’Attentatest un excellent thriller, le spectateur ne s’ennuie pas un instant. Même si on a lu le résumé , si on sait déjà que le Docteur Jafaari, célèbre médecin arabe israélien, apprend que sa femme s’est faite exploser dans un attentat, on ne s’ennuie pas un instant. L’action se déroule au rythme haletant d’un film policier.
Amine Jefaari mène l’enquête de Tel Aviv à Naplouse. Les indices sont minces et distillés petit à petit. Les acteurs excellents, le décor plus que réel (parti pris que le réalisateur libanais a imposé malgré le handicap d’avoir tourné en Israël, et qui lui vaut la censure dans son pays).
Comment Amine n’a-t-il rien vu, rien deviné? Comment Siham a-telle mené une vie parallèle à l’insu de son mari? Comment une femme qui vit dans la bourgeoisie israélienne, moderne, éduquée, chrétienne, belle, aimée peut elle se transformer en martyre?
Un indice, une lettre : « A quoi sert le bonheur quand il n’est pas partagé ? »
Naplouse
La quête d’Amine le mènera à Naplouse où le point de vue sera radicalement décalé. Quels sont ces radicaux, ces terroristes qui ont « lavé le cerveau » de Siham? La réponse se trouve sans doute chez ce Cheikh exalté qui prêche à la radio?
Changement de décor : nouvelles perspectives, nouvel indice:
» Le bâtard n’est pas celui qui ne connaît pas son père, c’est celui qui ne connaît pas ses racines. »
Retour à Tel Aviv, Amine pourra-t-il reprendre sa vie à l’hôpital? quels seront ses rapports avec ses collègues et amis juifs? Plus grave, que fera-t-il de son enquête personnelle? Sa collègue qui l’a soutenu, lui rappelle: il y a eu 17 victimes dans l’attentat, des enfants qu’il a lui-même soignés! Il n’est pas question d’occulter cela non plus.
Tout est dans la nuance, l’ambiguïté, le refus du manichéisme…dans l’impasse aussi!
L’histoire: librement inspirée du Journal du Chevalier de Boufflers (rencontre à Gorée)
L’époque : 1786 – 1793
les acteurs : Bernard Giraudeau, Richard Bohringer, Roland Blanche, et tant d’autres excellents…
C’est donc un film français qui s’invite dans « mon festival sénégalais« , parce qu’il est tourné au Sénégal, et parce qu’il traite de sujets sénégalais : la traite négrière, les Signares, plus généralement l’esclavage. Sujet plus universel : l’éloge des différences, du métissage. Film historique : en costume, les personnages discutent des Philosophes des Lumières, citent Diderot, expédient dans les airs une montgolfière, s’informent des progrès de la Révolution Française, à Paris, bien sûr, mais aussi aux Antilles. Film de cap et d’épée, magnifiques chevauchées et combats aux allures de fantasia dans le désert Mauritanien.
Film sénégalais? l’intervention de Moussa Touré – réalisateur de la Pirogue (2012) donne une garantie d’authenticité.
Caprices du fleuves ou caprices de l’amour? Jean François de la Plaine laisse à Paris une belle dame blanche dont il est profondément épris, mais la Signare, veuve libre de moeurs et si belle l’entraîne, dans des ébats amoureux, mais c’est cela sans doute le caprice : c’est Amélie petite esclave à qui il a appris à écrire et chanter qui deviendra sa compagne….
En tout cas, un spectacle magnifique dans les décors naturels du Fleuve Sénégal, dans le désert, sur la plage de la Langue de Barbarie, à Saint Louis….
Une claque,! Même prévenu , le spectateur sort anéanti de cette séance.
Prologue: un enfant dans Jérusalem, des pigeons, symboles de paix, une déflagration, – noir – un attentat. De l’autre côté, en Palestine, l’occupation dans sa brutalité ordinaire commence au checkpoint. Une femme passe, Chloé, canadienne, humanitaire, obstétricienne dans un dispensaire de Ramallah. La soldate qui vérifie ses papiers est justement sa voisine, une amie. Le long du mur qui sépare Israël des Territoires palestinien, un dépotoir. Rand, enceinte, et les enfants récupèrent des objets encore utilisables, chiffonniers d’une société de consommation qui jette des jouets, des bidons. Rand est une patiente de Chloé qui a noué des liens d’amitié avec sa famille qui est reçue dans leur maison ainsi que dans la boutique de Faysal, le frère où l’on imprime les affiches des martyrs. Le mari de Rand attend son jugement dans une prison israélienne.
Deux enfants, ou plus, mourront, sans que la nouvelle ne soit publiée à la radio et ce n’est pas faute d’écouter les nouvelles! Chloé change de poste, écoute en hébreu, en arabe, en français, rien sur l’enfant qui a été écrasé sous ses yeux! Il faut voir la rage de ces enfants qui ont perdu depuis longtemps le regard innocent et le sourire de tous les enfants du monde. L »un d’entre eux, rêveur, en déguisement de superman m’a inquiété pendant tout le film, j’avais peur qu’il ne se croie capable de s’envoler dans les collines.
Selon les points de vue deux questions se posent?
Comment peut-on être médecin humanitaire, sans prendre parti? Comment naviguer entre les deux mondes. Chloé habite à Jérusalem, sa voisine Ava, la jeune soldate est la copine qui l’emmène se détendre en boîte, danser, faire la fête, oublier la tension de la journée. Quotidiennement Chloé passe le checkpoint et se trouve dans une réalité différente. Réalité de son cabinet où elle exerce en professionnelle sous la direction d’un médecin qui lui fait la leçon, lui rappelle son devoir de neutralité. Réalité de la famille de Rand, du dépotoir, de l’occupation militaire, brutale, arbitraire, des frustrations quotidiennes. Chloé navigue dans l’ambiguïté. « ce n’est pas ta guerre!« lui assène Rand. On a l’impression que Chloé dérive, qu’elle perd tout repère, son visage se marque.
Si c’est Rand, l’héroïne, une toute autre question se pose. Comment devient-on terroriste, kamikaze? Devant le blocage de la situation, tellement bien suggéré par l’embouteillage monstrueux où Rand accouchant se trouvera coincée, y a-t-il une autre issue? Mourir pour exister, alors qu’elle se sent devenir un « rat ».
Très grande performance des actrices: Chloé joué par la québecoise Evelyne Brochu; visage connu de Sabrina Ouazani (l’Esquive, puis la Graine et le Mulet) et charmante Sivan Levy, Ava la soldate.