ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
Traversons une ria, arrivons en Galice, et obliquons vers la mer en suivant un panneau « plage des Cathédrales» Nous nous reposons sur une belle plage de sable blanc immense et peu peuplée. Dernier objectif de la journée : trouver un logement. Après une tentative infructueuse (chambre misérable et sans confort), je m’adresse au bar d’un grande maison neuve en bord de mer : les chambres à 42 € sont magnifiques, toutes neuves et donnent sur la plage.
Nous montons un étage dans un escalier de granite poli et arrivons dans une chambre très claire beige avec des boiseries foncées, des rideaux de dentelle. La salle de bain est luxueuse. Nouveauté : les double-fenêtres, un grand radiateur et sur les lits des couvertures bien chaudes et des couvre-lits matelassés. La décoration est discrète : des gravures anciennes représentant des fruits dans des cadres de bois vert, belle lampe de chevet sur un support en laiton orientable.
Les nuages ont enfin disparu. Il fait bon sur la plage. L’eau est presque tiède, la surface de l’eau lisse. Il faut marcher longtemps pour avoir assez d’eau pour nager. Dominique lit Ann Perry allongée sur le sable tiède. .Je me livre à mon exercice favori : arpenter la plage à la limite de l’eau. Comme je suis en maillot, j’entre dans les cuvettes autour des rochers. Je marche depuis un bon moment sans voir le bout de la plage. Quand je reviens, Dominique est debout et scrute la plage. Habillée de blanc, je l’avais prise pour les travailleurs de la marée noire. Je suis partie depuis plus d’une heure.
Le Routard recommande vivement la Plage des Cathédrales. Nous arrivons sur un parking aménagé : restaurant, promenade de planches sur pilotis au dessus des massifs de bruyère fleurie. Nous empruntons les planches et sommes déçues : nous sommes loin du bord. Toutes ces installations ôtent le parfum d’aventure, c’est très sécurisé, très américain. Une famille d’Espagnols scandalise Dominique en escaladant les rambardes pour se faire photographier dans les bruyères. Le père est juché en haut de la falaise. Moi, je les comprends, trop de sécurisation appelle la transgression. Les planches étaient un attrape-nigauds ! la plage de cathédrales est dégagée à marée basse . J’y descends seule. Elle est vraiment impressionnante. Les falaises d’un schiste argenté lisse selon la schistosité, noir transversalement à la stratification, sont creusées à la base donnant des arches monumentales, mais aussi des piliers, des voûtes des couloirs des grottes. Négatif photo d’Etretat, falaises noires et plage blanche.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
Des Asturies que nous avons traversées sous un ciel gris très bas et une atmosphère brumeuse, il ne nous restera que quelques images fugitives : les Horreos, greniers à maïs, carrés perchés sur des cônes de pierre, souvent sur le toit d’un cube avec un balcon à claire-voie.
Des hortensias énormes, en rangées fournies, têtes bleues, roses ou violettes, des pommiers, des haricots. Le parfum des eucalyptus.
A Ribadesella, jolie station balnéaire autour d’une plage très soignée, le routard nous signale des empreintes de dinosaures. Nous les trouvons avec l’aide d’un vieux monsieur qui faisait sa promenade matinale. Sur une couche de schiste, trois doigts griffus, plus loin d’autres pas moins nets.
La plage du silence
Après Avilès, nous cherchons un cap 2* au Michelin Vert pour pique-niquer. Une petite route cimentée nous conduit à la « Plage du Silence ». Au pied de hautes falaises, une mince bande de galets. Dans la mer, toute une série de rochers émergent, une dizaine de bateaux de pêche. Le nom de la plage est paradoxal : une colonie de mouettes est établie sur les rochers et fait un vacarme assourdissant.
Le soleil fait de courtes apparitions, je descends à la plage
L’ancienne route 632 passe dans des bois de châtaigniers, de pins, d’eucalyptus. Certaines maisons sont très fleuries. Quand nous remontons sur la nouvelle route nous passons de viaduc en viaduc au dessus des rias et des vallées. Les habitations sont laides, le paysage est peu intéressant.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
La Grotte d’Altamira
Altamira : bisons
Comme à Lascaux, la grotte est interdite de visite aux profanes. Une réplique du plafond orné de bisons se trouve à l’intérieur d’un musée très moderne. A Lascaux, nous avions vraiment l’impression de pénétrer dans une grotte avec ses tunnels, ses recoins, son obscurité. A Altamira, rien n’a été fait pour imiter l’ambiance souterraine si ce n’est un courant d’air humide et glacé : des rampes lumineuses courent le long de murets, des scènes de la vie préhistorique apparaissent en hologrammes. Si nous avions su cela, Dominique qui est claustrophobe serait venue.
Altamira : bison
L’effort est mis sur la pédagogie : on nous explique les étapes de la réalisation d’un bison, les pigments Je suis un peu déçue. Le musée est ultra moderne avec écrans interactifs, grands panneaux montrant l’évolution de l’Homme, vitrines bien présentées. Je préfère le Mas d’Azil près de Perpignan, moins interactif mais beaucoup plus fouillé du point de vue des recherches universitaires. Vers 11h le musée se remplit de groupes d’ados pas très motivés par la Préhistoire. Santillana del Mar
Santillana del Mar est décrit comme le « plus beau village d’Espagne». C’est plutôt une petite ville qu’un village avec un très bel ensemble de maisons anciennes : maisons bourgeoises à balcons fleuris de géranium et maisons patriciennes aux façades plates ornées d’écussons et d’armoiries. Certaines sont de véritables palais. Sur la Plaza Mayor, le dallage dessine un triangle et sur chacun des côtés se trouve un tour carrée tandis que l’Hôtel de Ville a des arcades en grès rose. Cette ville-musée est occupée uniquement de restaurants et de magasins de souvenirs (lesquels le plus souvent se mangent : anchois en conserve, huile d’olive, vin, biscuits secs et flans, charcuterie). Malheureusement des T-shirt suspendus défigurent un peu les lieux.
Collegiale :
La Collégiale se trouve au bout d’une des rues en pente. Elle est précédée d’un parvis formant une belle place carrée entourée d’un mur sur lequel s’adossent des banquettes de pierre, deux lions gardent l’entrée, devant lesquels les touristes se font tirer le portrait. Le portail est roman, très simple. Sur la façade au dessus du porche deux rangées de personnages ornent la façade. Au dessus une galerie de colonnettes surmonte le tout. L’édifice est flanqué de tours carrées ou cylindriques donnant un ensemble de volumes compliqués.
Santillana del mar : cloître chapiteau roman
Le cloître roman du XIIIème est une merveille. Les chapiteaux sont tous différents. La visite est commentée par un enregistrement très détaillé qui décrit chacun des chapiteaux. Voici encore une leçon d’Espagnol ! Ils représentent des scènes extrêmement détaillées : le combat du Bien et du Mal : un chevalier en cotte de maille combat un ours. Un homme combat un dragon. David et les lions.
Les costumes montrent avec un luxe de détails la vie de l’époque. Un moine en robe de bure et sa ceinture. Les centaures sont coiffés d’une sorte de béret basque. D’autres chapiteaux sont ornés de motifs végétaux. Le commentaire explique les symboles, les entrelacs représentent l’infini ou l’éternité. Je suis la visite avec beaucoup de plaisir. A l’intérieur de la Collégiale, un retable du XVème ressemble à ceux que nous avons vus à Bilbao (curieux martyre de Sainte Julienne pendue par les cheveux).
Dominique a acheté des sandwiches délicieux que nous mangeons assises sur la banquette du parvis.
Cette ville mérite de figurer en bonne place dans notre album ! J’ai toujours du mal à cadrer les bâtisses carrées. Si j’ai assez de recul, je peux les saisir de côté, mais sinon ils emplissent le viseur sans angle et la photo sera toute plate sans intérêt. Avec le vieil Olympus, j’avais un grand angle, le 35 mm n’est pas suffisant.
Exposition « Ibero-America Mestiza »
Dans les deux belles tours de la Plaza Major il y a une exposition « Ibero-America Mestiza ». Cette expression Mestiza ne m’évoque rien ! je débarque sans idée préconçue, à l’aveuglette dans un diaporama retraçant l’histoire de l’Espagne depuis les peuplements Celtes et Ibères, la conquête romaine, les grandes invasions, puis la conquête arable … Sur trois écrans les images sont projetées simultanément . Je suis très contente de cette leçon d’histoire. La suite de l’exposition interactive continue avec des écrans tactiles et des diaporamas tonitruants : Conquistadores et civilisations indiennes. J’ai épuisé mon crédit de concentration pour la journée et parcours distraitement les salles fuyant les sonorisations bruyantes. Dans l’autre bâtiment, la suite de l’exposition est plus tranquille et plus agréable. De très beaux objets sont présentés dans de belles salles disposées sur trois niveaux autour d’un patio. Entre temps j’ai compris le thème de l’exposition : il s’agit du métissage. Mélange entre Celtes, Ibères et romains, puis Romains et Wisigoths, puis Chrétiens, Juifs et Musulmans, enfin Espagnols et Indiens. De toutes ces influences différentes résulte un assemblage de jolis objets hétéroclites dispersés dur un trop long laps de temps et sur un trop large aire géographique. Un beau cavalier de pierre, guerrier ibère retient mon attention, un masque indien représentant la vie et la mort, masque coupé verticalement, lèvres relevées sur une moitié, pendantes de l’autre. Je retiens aussi de jolis tableaux du XVIIIème, colorés, un peu naïfs représentant le maître blanc et l’esclave noir, ou des métisses.
Le couvent abritant le musée diocésain est fermé jusqu’à 16 heures. Nous en avons assez de visites pour la journée et n’attendons pas l’ouverture. Quant à Dominique, déjà peu tentée par les musées, son anticléricalisme lui fait imaginer le musée diocésain comme un repoussoir.
Nous terminons donc l’après midi sur une toute petite plage encaissée entre deux falaises de roches plissées : une petite langue d’eau tranquille et transparente serpente entre les rochers. Une maison est curieusement encastrée, incluse dans un synclinal évidé, une plate-forme recouverte d’un tapis d’algues vertes fluo lui ait une pelouse étrange. Pelouse .Dominique plante le parasol, le ciel est sans nuages, la température parfaite. A plusieurs reprises je vais me baigner sans toutefois nager, l’eau est fraîche. A marée basse les hommes en blanc arrivent avec leurs râteaux, leurs pelles et leurs sacs plastique. Ici aussi, on nettoie …
Nous rentrons vers 19 heures à Comillas. La plage est métamorphosée : les parasols ont fleuri. Je monte au restaurant au dessus du port commander une tranche de thon à la plancha. Pendant que le thon cuit, j’interroge la serveuse à propos de la marée noire. Il vient du mazout tout le temps, par à-coups tantôt sur une plage tantôt sur une autre. Le Prestige continue à fuir le goudron vient aussi des rochers qui n’ont pas été nettoyés, la tempête enlève des fragments de mazout et les courants les font dériver vers le nord . Le thon est délicieux, piqué de gros morceaux d’ail.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
les pics de l’Europe
J’ouvre les stores : le ciel est bleu, sans un nuage. Nous irons donc voir les Pics de l’Europe à une cinquantaine de km. Nous suivons l’itinéraire proposé par l’Office de Tourisme à partir de San Vicente de la Barquera le long de la vallée du Rio Tina Major. A Unquéra, des cafés-restaurants énormes proposent la spécialité locale la corbata (cravate) sorte de mille feuille sec torsadé en forme de nœud de cravate. Nous en achèterons au retour, c’est vraiment délicieux.
Nous remontons le cours du Rio Devaqui a creusé des gorges imposantes : le défilé de la Hermida. La route emprunte sur une trentaine de km une sorte de canyon entre des murailles grises verticales très hautes. Le paysage ressemble aux gorges de la Souloise, même couleur, mêmes à-pic, sauf que cela se prolonge sur 30 km.
Santa Maria de Lebena
A la sortie du défilé nous quittons la route pour visiter la petite église de Santa Maria de Lebena du Xème siècle de style mozarabe, toute petite cachée dans la verdure. Le campanile, récent, a été rajouté il y a 100ans. Sous la toiture, de curieuses parures : les modillons à copeaux. La visite est guidée : nous sommes les seules visiteuses, la dame me raconte donc en espagnol toutes les légendes de l’église. Je décroche par moments, mais c’est une leçon particulière d’espagnol.
style mozarabe :modillons à copeaux
A retenir : lesarcs en fer à cheval venant des arabes, leschapiteaux en feuille d’acanthetrès stylisés, ni animaux ni figures humaines. Le plan basilicalrappelle celui des églises byzantines. Le retable est baroque, plutôt sobre, doré comme il se doit. Il porte des sculptures naïves – paysannes ? –Une Vierge en boispeint est très curieuse : c’est une Vierge allaitante, un concile (Trente ?) a interdit ce genre de représentation, plus tard la sculpture a été volée, puis retrouvée. La dame parle d’une façon touchante de sa statue « interdite, puis volée, retrouvée … » Derrière l’autel une dalle porte des inscriptions mystérieuses, des cercles décorés de signes : symboles solaires païens ou symboles chrétiens ?
A la montagne !
Le Rio Deva devient un torrent montagnard. Les villages sont équipés pour le tourisme de montagne : il y a beaucoup de locations. Des agences proposent des randonnées à cheval ou en 4×4, du canoé, raft. Et toujours de beaux balcons fleuris ! Nous traversons Potes sans s’y arrêter. Nous passons devant sa grosse tour carrée. Au dernier village avant le téléphérique, Espinama, nous entrons dans une épicerie où je demande des sandwiches : l’épicière coupe une baguette tandis que son mari m’entraîne au comptoir pour choisir les ingrédients : il tranche un fromage de montagne, le pèse et prépare le sandwich en coupant de fine tranches. Dominique prélève le jambon cuit.
Les Pics de l’Europe
Le parking du téléphérique de Fuente De est déjà bien plein. De jolis veaux gris paissent en face des voitures. La cabine rouge monte très vite le long de la paroi minérale. Arrivées en haut la vue est magnifique mais une foule marche en procession sur un large chemin. Horreur, des 4×4 l’empruntent ! Nous suivons le mouvement général jusqu’à un embranchement. A droite le chemin descend surplombant une vallée très verte, à gauche il s’engage dans un pierrier et monte vers les sommets 2600m. Nous sommes à la limite de la végétation (à Superdévoluy, ce serait le haut du Sommarel).
Un aigle magnifique plane longuement au dessus de nous, il est silencieux, nous l’avons repéré grâce à l’ombre qu’il projette au sol.
De retour au parking il fait très chaud, la voiture est un four, nous avions prévu de continuer les visites touristiques dans les villages mais ce qui me tente le plus c’est de rentrer le plus vite et prendre un bain de mer.
Baignade à Comillas
Vers 17h30, nous nous installons à notre coin attitré contre le mur de la plage de Comillas, je vais tenter un petit plongeon. C’est marée basse, de nombreux enfants barbotent, l’eau n’est pas assez profonde pour nager mais elle est très calme et très claire. Je vois les petits poissons, les anémones de mer. Ce spectacle me ravit toujours. Je marche, l’eau m’arrive à mi-cuisse, je guette la vie marine. Comme je me rapproche des rochers pour voir plus d’animaux, je me trouve coincée et dois nage pour rejoindre le sable et sors enchantée de cette courte baignade. Nous restons jusqu’à 9h sur la plage pour le coucher du soleil.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
Le village de Comillas
Le Capricho de Gaudi
Malheureusement aujourd’hui, lundi est le jour de fermeture des musées en Espagne. Il nous faut adopter l’ »heure espagnole ». Impossible de déjeuner avant 9h30. A 10h, nous montons au village et trouvons des supermarchés bien achalandés, une jolie place touristique avec des maisons en hauteur aux balcons fleuris, la Plaza Mayor avec ses arcades et des magasins de luxe. Visite des curiosités locales.
Gaudi détail de céramiques
Capricho de Gaudi : villa délirante recouverte de céramique décorée rose, vert, jaune. Chaque carreau jaune est orné d’un tournesol, les verts de plusieurs feuilles. Les ferronneries végétales ressemblent à celles de Guimard. Des chapiteaux sont sculptés de palmes et d’oiseaux. Une tour cylindrique en forme de minaret coiffe le tout.
Gaudi Capricho : détail de chapiteau
Un peu plus loin, une chapelle gothique et le château (1880) du marquis de Comillas Lopez y Lopez.La végétation est luxuriante : hortensias, agapanthes bleus, magnolias, hauts lauriers et marronniers. Le château kitsch ressemble un peu à celui de Cintra. Nous visitons le château. MartorelletGaudi ont collaboré à ce manoir prétentieux d’un marquis nouveau riche (nouveau marquis) fier d’accueillir le roi Alphonse XII Vitraux, billard surdimensionné, salle de réception décorée de fresque représentant la visite du souverain et l’inauguration de l’Université Pontificale (travail de Martorell), encore du gothique catalan fin XIXème.
Gaudi : château
Si la visite n’avait guère d’intérêt, elle m’a au moins servi de cours d’Espagnol. La guide débite à toute allure son boniment. J’ai le plus grand plaisir à tout comprendre.
Recuperacion plage d’Oyambre
Nous retournons sur la plage d’Oyambre découverte hier. Ce n’est pas une plage déserte et vierge comme je l’avais cru ! Les équipes de la « recuperacion » sont à l’œuvre. D’abord un tracteur et sa pelle ramasse les algues puis les cribleuses passent. Elles ressemblent à de grosses tondeuse à gazon ou à de petits motoculteurs : une lame tourne et envoie le sable dans un tamis. Ensuite les piétons en combinaisons blanches, gants et bottes de caoutchouc, râteaux, pelles ou truelle à la main, creusent, farfouillent et remplissent des sacs poubelles de sable souillé. J’essaie d’interviewer l’un d’eux.
– « Non ce ne sont pas des volontaires. Au début, il y avait des volontaires. Ceux là ont un contrat, ils sont payés. «
Mon Espagnol ne suffit pas pour poser les bonnes questions. D’ailleurs, je me rends compte ensuite que je n’ai pas interrogé la bonne personne. Avec sa tenue rouge, c’est un maître nageur sauveteur.
Dominique s’installe dans un creux en bordure de dune. Je marche le long de la plage. Nous avons quitté les pantalons pour des shorts, je peux donc marcher dans l’eau. Cela change un peu mon point de vue sur les arrivées de mazout. Hier j’avais été optimiste. De tout petits agrégats de quelques mm sont apportés par les vagues. Dans certains endroits où le courant a réuni les coquillages cassés ou les gros grains de sable, ces petites particules sont concentrées. Et il y en a encore ! Les petites boulettes de l’ordre du cm sont plus rares. Avant qu’elles ne soient ramassées, les algues font un liseré sur la plage. Elles sont étonnamment variées : rubans bruns des laminaires, ficus vésiculeux (assez peu), ulve verte, mais aussi petites algues rouges rigides qui font penser à du corail, algues vertes épaisses ressemblant à des arbres miniatures, et encore des brunes décolorées en forme d’éponges . Elles sentent très bon. Après le pique-nique, Dominique se plaint du froid. Un petit vent du nord souffle.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
Barcenillas :
Le village de Barcenillas
Découverte des villages de l’intérieur de Cabezon de Sal à Valle de Cabuerniga. Nous ratons les entrées de Cabezon et de Ruente à l’écart de la route et entrons d’abord dans Barcenillas.
Ce village est très paisible, très harmonieux, à l’écart de la route et de la circulation automobile. Ce n’est pas un village-musée, pourtant, il est préservé de toute construction parasite. Les maisons, en rez de chaussée sont construites de belles arcades de pierre surmontées d’un balcon de bois fleuri abrité par un large auvent sculpté . Les épis de maïs ramassés en gros bouquets renversés suspendus ornent les façades. Aux balcons des géraniums rouges mais aussi de la lessive qui sèche montre que ce village est bien vivant. Les chiens nous le rappellent bien. Dans les étables, il y a des vaches. Les jardins sont soignés, les haricots ramés, les tomates sulfatées, oignons et salades sont plantés en rangs serrés. Certaines bâtisses anciennes portent des écussons sculptés.
Nous ne trouvons pas la maison de Calderon de la Barca signalée par le guide. C‘est un des rares auteurs espagnols que je connaisse, nous avons vu récemment à Ivry, La Vie est un Songe. Difficile de photographier les maisons carrées qui ne donnent pas d’angle à la prise de vue et s’imposent d’un bloc dans le cadre de l’image.
Valle de Cabuerniga
Valle de Cabuerniga est moins soigné, des maisons neuves altèrent l’unité architecturale. Ces balcons travaillés sont vraiment communs dans de nombreuses régions de montagne, en Espagne, en Suisse, à Chypre ou en Turquie.
Après Cabuerniga la route s’élève à un petit col à 600m. La montagne plantée d’eucalyptus, embaume. Au col, on se dirait en haute montagne, prairies et pente couverte de fougères. Un troupeau et des chevaux paissent sous la surveillance de chiens très dissuasifs. Nous nous engageons sur une piste de cailloutis sur les crêtes pour une promenade.
Au retour, nous visitons Ruente, encore un beau village cantabrique et sa « curiosité géologique » la Fuentona: une résurgence d’eau très claire bien mise en valeur dans un petit parc vert aménagé avec des petits ponts et des bassins.
Nous profitons de la fin de la soirée à la plage où nous dînons en regardant les nettoyeurs en combinaisons blanches faisant la chaîne pour remonter les sacs du bord de l’eau au parking. C’est un travail épuisant, leurs va et vient sont incessants. J’aurais envie d’en savoir plus.
Enfin, ballade sur le port où nous trouvons un sentier qui borde la falaise. L’horizon est dégagé, illuminé par une belle couleur orange qui baigne Comillas, les silhouettes de l’université Pontificale, du château et des villas cossues.
ESPAGNE ATLANTIQUE 2003/ DU PAYS BASQUE AU PORTUGALBruyante Espagne
Sur la plage de Comillas on nettoie encore les galettes de la marée noire du Prestige
L’Espagne c’est aussi le bruit ! Hier soir, impossible de s’endormir avant une heure du matin. Vers onze heures, braillements dans la rue des supporters de foot ? Puis des voix qui s’interpellent. Enfin, tout le monde fait sa toilette la plus bruyante qui soit, de minuit à une heure
De Bilbao vers la mer
De l’autoroute, nous découvrons les zones industrielles et le port de Bilbao. Cette ville bourgeoise resserrée dans le creux de la Ria me semblait beaucoup trop petite pour 400 000 habitants. Tout cet effort d’urbanisme ne pouvait pas être seulement justifié par l’implantation du Guggenheim. Vue d’en haut de la Begona, nous n’avions pas percé cette énigme. L’essentiel de la ville se trouve dans les quartiers du port. Ce qui explique pourquoi le plan du métro dépassait les frontières de la ville connue par nous.
Toutes les usines, les raffineries, les cimenteries sont installées sur le littoral ou plutôt dans les petites vallées entaillant la montagne. L’autoroute traverse un paysage de collines boisées, très peu d’agriculture, quelques prairies avec des vaches.
La côte cantabrique
Traversant une verte campagne
Bretagne, l’Irlande ou la Pays de Galles : terres celtiques bien vertes. Ne pas se demander pourquoi, il pleut toute l’année !
Vers Laredo, la Nationale 634 double l’autoroute, c’est plus intéressant. Nous traversons des petites villes balnéaires aux immeubles de briques, avec de grosses villas à toit en double-pente appelées curieusement « chalets ». Sur les collines, des églises romanes. Nous évitons Santander par l’autoroute, encore des usines et des raffineries ; Solvay a construit un complexe pétrochimique qui empeste jusqu’à la mer.
Hier soir, en étudiant les guides, nous avons sélectionné trois localités Suences, Comillas et San Vicente de la Barqueracomme étape .
Suences
Suences est la plus proche de Santander. Les effluves de Solvay sont encore perceptibles. Constructions affreuses sur un site qui aurait dû être préservé. Pause au phare : la vue est pittoresque. La côte est très découpée avec des îlots rocheux des criques de sable blanc enclavées dans la falaise. Mer émeraude, mais ciel gris.
Des reliefs de beuveries nocturnes, verres, bouteilles, polluent le site. C’est sale et peu engageant. Dommage !
Comillas
la plage de Comillas
Sans entrer dans la ville, nous descendons au port, surtout préoccupées du déjeuner. Des guinguettes proposent des moules, gambas et du poisson. Nous commandons une paella (une heure de préparation) et nous attendons sur la plage.
Beau sable blanc, quelques rochers. Des familles sont installées, peu de baigneurs, 22 ou 23°C, un peu frais. Irruption d’une troupe en combinaisons blanches jetables, bottes et sacs poubelles. Ce sont les nettoyeurs de la marée noire du Prestige. Le sable sec est ratissé, impeccable, pas un mégot, pas même une brindille de bois flotté. Les plages n’ont jamais été aussi propres, partout des poubelles. Pendant ma promenade, les pieds dans l’eau, je guette les boulettes de mazout. Il y en a quelques unes, les estivants surveillent la plante des pieds. Ce n’est pas dramatique. Les dégazages ordinaires en laissent autant sans qu’on y trouve à redire ? Inlassablement, le commando blanc ratisse et remplit des sacs plastiques. Le naufrage a eu lieu en novembre il y a maintenant sept mois ! La paella à emporter est servie dans son plat traditionnel (15€20 avec une bouteille d’eau). Il en restera pour le dîner. Deux grosses gambas et deux grosses moules pour la décoration. Dans le riz, des poivrons, rouges très doux, crevettes calmars, poulpes et petits pois. C’est très bon !
Sur le front de mer, dans une pension, pour 43 €, une chambre très propre avec une magnifique salle de bains.
Une fois installées, nous allons visiter les environs immédiats : la petite ville de Comillas, hôtels chics et château XIXème très kitsch.
Réserve Ornithologique et plage tranquille
Réserve naturelle de Oyambre : un paradis pour les oiseaux
Sur la route de San Vicente de la Barquera : réserve naturelle ornithologique. Une ria fait des méandres, les vasières sont un refuge pour les oiseaux. Des troncs écorcés gris argentés sortant de l’eau nous rappellent les barrages à castors du Canada. Qu’est ce qui a fait mourir les arbres ? Nous nous promenons en lisière d’un golf. Un geai prend la fuite à notre approche. De jolis passereaux à tête noire volettent. La promenade tourne court. Le golf nous barre l’accès. Fleurs bleues et jaunes des marais.
Nous découvrons une vaste plage de sable fin en bordure de l’estuaire presque déserte. Pause tranquille. Je pars seule vers l’embouchure de la ria barrée de boudins orange (protection contre la marée noire), à l’arrière de la dune où est installé le golf, une immense plage déserte ou presque. C’est marée basse, le sable mouillé est sculpté de rides ondulatoires (ripple-marks) que j’ai plaisir à sentir sous mes pieds nus. Cette belle plage est bordée de prés très verts. Au loin des montagnes dans la brume. Le ciel est très noir mais il fait doux. Promenade tranquille. Jubilation de me trouver dans un endroit préservé – nature vierge de toute installation. Le tourisme de masse n’a pas encore abâtardi tout le rivage .Le golf sur la dune, un petit restaurant avec une cabane en bois, quelques familles pataugent en escaladant les rochers. Dans la campagne surtout des prés, quelques maisons isolées, décor paisible.
San Vicente de la Barquera
San Vicente de la Barquera
Traversons encore d’autres marais et une campagne tranquille, des vaches, des maisons fleuries.
A l’entrée de San Vicente de la Barquera, un très long pont de pierre aux nombreuses arches enjambe une ria très large. Ici aussi, des barrages flottants de boudins orange protègent le marais. San Vicente est une petite ville construite autour d’un petit port actif sur deux rivières. Ville basse commerçante avec une esplanade fleurie avec un bassin où de nombreux jets d’eau génèrent une véritable tempête.
La ville haute est entourée de murailles. Elle comporte tout un ensemble médiéval : muraille, château fort, maisons anciennes église fortifiée. Perchée sur une arête séparant deux rias. L’église est décrite comme « gothique de montagne »avec des portes romanes. C’est un édifice massif carré assez trapu situé sur le point le plus haut du rocher. Elle est entourée d’un vaste parvis le portail roman est entouré de colonnettes avec des chapiteaux sculptés rappelant Serrabonne. A l’intérieur, un retable baroque surprend. Il s’éclaire, la messe commence, nous nous éclipsons.
ESPAGNE ATLANTIQUE DU PAYS BASQUE AU PORTUGAL 2003
Après une courte sieste, nous partons à la découverte des hauteurs de Bilbao. Près de l’hôtel, dans la ville ancienne, un ascenseur conduit à une sorte de parc urbain qui domine la ville. Sur un terrain de basket, des Indiens (péruviens ? Colombiens ? Mexicains,) torse nu, cheveux longs très noirs très fournis, jouent au foot. Les femmes en jupe longue portent de gros baluchons (la marchandise qu’ils vendent sur le trottoir des rues). La vue sur la ville est splendide. Nous surplombons les toits. La ria serpente, bordée de ses maisons décorées de loggias et de balcons fleuris, ponts et passerelles modernes . Malheureusement, le musée Guggenheim est caché par un building énorme.
Begona
La basilique Begona, but de notre promenade, n’est pas extraordinaire. Elle est entourée de jardins fleuris d’hortensias, lauriers roses et magnolias qui embaument. Un mariage vient d’avoir lieu, le photographe prend les photos, l’intérieur de l’église est fleuri de lys blancs. D’énormes tableaux, copies de Murillo décorent l’église. Ils sont mieux à leur place que dans un musée et pour une fois, dans une église, ils sont bien éclairés et colorés de rouges et de bleus éclatants.
Ville Basse
Nous descendons vers la Ville Basse « sept rues» par des escaliers qui débouchent sur une joie placette occupée par les terrasses des cafés. La ville qui était vide pendant la matinée et jusqu’à quatre heures s’est peuplée. De très nombreux jeunes portent des tenues très mode : pantalons « patted’eph » sur les chaussures, taille très basse laissant voir une large bande de peau. Une fille à couettes grassouillette montre un string bleu et toutes ses fesses et ses bourrelets. Les garçons arborent des coiffures de style punk, anneaux et piercings. De nombreuses crinières sont teintes en rouge. Perchées sur le haut des marches nous observons la foule comme au spectacle.
Les étroites rues bordées de belles maisons aux façades décorées sont occupées exclusivement par des boutiques de fringues . Comme ce sont les soldes, il y a un monde fou.
Visite d’une exposition sur la Mode au Musée Basque, les collections sont fermées à cette heure ci. Danses Basques
Sur l’esplanade du théâtre Ariaga, nous avons une surprise : des danses basques au son des fifres et tambourins (assez désagréable, suraigus). Il ne manque ni les bérets ni les castagnettes, les espadrilles sont des chaussons de cuir avec des lanières montantes sur d’épaisses chaussettes de laine. Ce sont des danses folkloriques . Le spectacle se termine par une farandole, chacun tient un mouchoir triangulaire.
Danses basques
J’ai trouvé comment se restaurer à bon compte : dans le café (très chic) on peut emporter du cabillaud frit, des tortillas ou des sandwichs variés et même des gâteaux.
Bartolomé Bermejo :Retable de la Vierge de Montserrat
Petit déj au café
L’hôtel Ariagaqui occupe le premier étage d’un immeuble ne sert pas le petit déjeuner. La réceptionniste me conseille le Café Boulevard à quelques pas. Je commande un délicieux petit déjeuner jus d’orange frais, beignet à la crème anglaise, café au lait. Le cadre est fastueux : marbre, dorures, colonnes et miroirs. Des habitués lisent le journal, un jeune travaille sur un ordinateur portable. Cette formule me plaît bien.
Musée des Beaux Arts : Exposition Bermejo
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Tramway jusqu’au Musée Guggenheim, puis, nous traversons un chantier trouver le Musée des Beaux arts , construit au début du XXème siècle, rénové et précédé d’une façade de verre.
L’exposition, autour du peintre Bartholemeo Bermejo, fait le lien entre la peinture flamande et la peinture espagnole au début du XVIème siècle. Cela me rappelle que les Flandres étaient espagnoles au temps de Charles Quint. Bermejo vivait un peu avant cette époque, toutefois. La technique la peinture à l’huile vient donc de Flandres, de Van Eyck. Les retables sont apparentés à ceux de Gand ou de Bruges. Mêmes trognes pittoresques à la limite de la caricature. Même souci du détail. Monstres qui pourraient être ceux de Bosch.
Cette peinture est bien gothique. La Renaissance italienne est toute proche : perspective qui use et abuse des sols carrelés et paysages en lointain.
Le plan de l’exposition épouse les étapes du périple de Bermejo qui a beaucoup voyagé : Valence, Aragon, Castille, Baléares, Catalogne … chaque fois, il est confronté aux œuvres des peintres locaux. Quelques fois le tableau est le fruit d’une collaboration. Des rencontres historiques sont peintes : celle avec saint Dominique et Ferdinand d’Aragon, seul vers 1470, puis avec Ferdinand et Isabelle de Castille réunis sur un seul tableau sous l’égide de la Vierge . Introduction idéale à l’histoire de l’Espagne !
Je compare ces tableaux avec les souvenirs récents de Chypre. Après tout, ces tableaux sont contemporains des fresques même si la technique est très différente et si l’inspiration byzantine est très éloignée.
Devant la peinture de Bermejo et de ses contemporains, la pertinence des questions sur l’art qui m’ont interpellée hier, n’a pas de sens. Le sujet déborde du tableau. Il faut un regard multiple pour maîtriser le trop plein. Qu’est ce qui me fascine le plus ? L’Histoire Sainte, l’anecdote narrée par le peintre, la technique, le savoir faire de l’artiste ? Les influences picturales ? Ou les couleurs chatoyantes, les décors, les costumes ? Tellement de lectures sont possibles ! On ne se pose pas la question si c’est de l’art ou pas. Cette question n’était d’ailleurs pas d’actualité, on ne peignait pas alors pour faire de l’art ! Après la visite de cette exposition bien commentée, bien éclairée, didactique, nous avons moins de concentration pour admirer les collections permanentes.
Heureusement une prospective sur l’urbanisation de Bilbao fait diversion avec plans, maquettes, photos de chantier.
Collections permanentes
Les collections permanentes se vantent de posséder des Zurbaran, Goya, un Gauguin etc.…Goya me déçoit un peu : deux portraits et pas les meilleurs. Zurbaran m’avait frappée à Budapest. Les autres peintres sont moins connus, sûrement intéressants si je n’avais pas épuisé mes capacités de m’émerveiller plus tôt. Exposition Amable Arias
Nous passons, indifférentes, à l’étage des contemporains (encore !) et très critiques à l’exposition d’Amable Arias. : Dessins de l’invisible. La moitié de la salle est occupée par des « gribouillis-cra-cras » sur fond de café ou vagues lavis . Certains dessins retiennent mon regard pour leur humour : toute une série sur Sartre me fait sourire.
L’art donne de l’appétit !
Bilbao
Midi et demie : il est temps de s’aérer ! Nous aurions bien pique-niqué dans le parc du Musée mais nous n’avons rien emporté. Il faut explorer les ressources locales. Ce n’est pas évident dans ce quartier chic où les magasins de meubles, les agences de voyages et les restaurants hors de prix sont les seuls commerces.
Il me semble que vers la Gare nous pourrions trouver de la restauration rapide .En chemin, j’achète deux tomates et des bananes au cas où nous ne trouverions rien. Je survivrai toujours !
Nous arrivons sur la Gran Via Lopez de haro, belle artère piétonnière bordée d’immeubles cossus avec caryatides et atlantes, coupoles genre pâtisserie ressemblant à ceux de Vienne ou de Pecs. Encore des magasins de vêtements, le Corto Inglese, de belles librairies, une merveilleuse pâtisserie. Mais nous n’en sommes pas au dessert.
Près de la Gare, enfin ! Nous trouvons des sandwiches et même des salades que nous mangeons sur la promenade le long de la ria près du pont qui fait face au Théâtre et à notre hôtel.
De la salle du petit déjeuner, nous observons les allers et venues des tracteurs qui nettoient le sable de la plage de Saint-Jean-de-Luz. Est ce routine ou suite de la marée noire ? On monte les toiles des cabines de plage, à rayures rouges, bleues, vertes.
Nous quittons la France par la nationale 10 jusqu’à Irun sous un fin crachin. Tout est vert ici, pas de mystère : il pleut souvent.
Entrée en Espagne
Dès l’entrée en Espagne les changements dans les constructions sont notables. Plus de villages fleuris et de grandes maisons basques, des immeubles de briques très hauts serrés les uns contre les autres. Le fond de la vallée est occupé par la voie ferrée et les usines. Les montagnes escarpées sont recouvertes de forêts. Nous ne trouvons pas la route touristique qui suit la côte et suivons une nationale encombrée de camions traversant des villes hideuses.
San Sébastian
San Sébastian qui ressemble à Nice ou à Cannes : beaux immeubles 1900, grandes avenues, des banques et des hôtels. Sans nous attarder, nous cherchons la route en corniche et trouvons une piste cimentée très étroite surplombant l’océan de très haut sur des montagnes sauvages. Des chevaux paissent sur une pente couverte de fougères. Les prés sont tellement escarpés qu’ils sont fauchés à la main. Les meules coniques construites sur une perche centrale ressemblent à celles que nous avons vues en Croatie ou en Slovénie.
Sur notre carte au 1/1 000 000° cette petite route ne figure pas. Nous rejoignons l’autoroute au premier village. Elle traverse des montagnes par de longs tunnels courbes et tourne tout le temps. Dominique doit s’accrocher au volant.
Bilbao : Hôtel Ariaga
Midi : Bilbao. Après avoir traversé des quartiers modernes nous descendons vers la rivière Navion dans les quartiers historiques. La circulation automobile est infernale. Les nombreux autobus très longs ne facilitent pas le trafic. Pour trouver un hôtel nous suivons les quais bordés d’une jolie promenade . Les immeubles sont agrémentés de bow-windows en bois et de décors de colonnettes et de boiseries. L’Hôtel Ariaga possède un garage souterrain. Il est situé en plein centre, près du théâtre et de la Gare (très belle façade Art Nouveau en céramique). Le prix est raisonnable (65 € + 10€ pour le parking). Il est tenu par une famille qui règne sur les portes et le parking où l’on se rend accompagnées. Pas questions d’allers et venues en voiture ! Elle restera sagement enfermée jusqu’à notre départ ! Notre chambre est propre avec un parquet vernis des meubles en bois foncé, pas de décoration mais une belle salle de bains.
Musée Guggenheim
Bilbao : la Ria et le musée Guggenheim
Le tramway – une jolie rame double verte futuriste – nous y conduit directement. Le Musée Guggenheim est un temple de l’Art Contemporain. Le bâtiment est tout à fait impressionnant. Recouvert de titane, il brille sur une esplanade claire près de la ria. Son architecture compliquée toute en courbes évoque tantôt une fleur aux pétales entrouverts, tantôt un navire aux multiples coques emboîtées, parfois un oiseau, selon la perspective. Des colonnes rondes, des statues bizarres – une araignée métallique, un chien d’une dizaine de mètre de haut couvert d’un pelage de fleurs formant des taches colorées.
Un pont routier, haut de 60 m, enjambe la rivière. Un escalier monumental en calcaire blond nous mène à l’entrée du Musée. Tout cela forme un ensemble complexe.
Bilbao Musée Guggenheim vue d’ensemble
A l’intérieur, le verre donne une impression de légèreté et de lumière. Cathédrale de l’esthétique, on admire la prouesse du design plus que ce qui est exposé. Une salle toute en longueur à éclairage tamisé, sorte de crypte, contient trois sculptures monumentales : l’une d’elles est un cercle pavé de dalles d’ardoises irrégulières, une autre est un serpent formé de quatre tôles ondulant, la dernière, trois igloos de verre, fagots et toile plastique.
Très belle salle mais où sont les œuvres?
Où je me questionne sur l’Art Contemporain
Chien de Koons
Impression de vacuité, vide de sens, recherche de l’esthétique pure ou bluff ?
Cette énorme installation résume la création contemporaine : une bulle vide, abstraite, pourtant impressionnante. La beauté devient acte de foi. Il faut croire que c’est beau, plutôt que de chercher à comprendre. Et si notre crédulité était seulement exploitée par les marchands de l’Art qui vendent hors de prix le kitsch ou pire, le rien ? Le contenant, l’emballage, plus important que le contenu ?
Deux expositions temporaires : Calder parfaitement adapté à ce lieu, et laCollection Broad présentant des plasticiens très connus : Liechtenstein,Andy Warhol, Basquiat, Baldessari Schnabel. Beaucoup de « déchets » : « grabouillages » me laissent complètement indifférente. Les Marylin répétitives de Warholm’ennuient. Certains Liechtenstein –pop art- me séduisent.
Toute une section du Musée est consacrée à l’interrogation « qu’est ce que le bon goût ? ». Provocation gratuite : un chaton en plastique sort d’une chaussette en plastique encadré par deux marguerites en plastique, tout cela dans des couleurs primaires des jouets de bébés. Ce deuxième degré du kitsch me paraît facile, complaisant. La matière, volontairement vulgaire, est laide. En revanche, les séries de Baldessari, sortes de collages, montages de photos découpées et repeintes, sont plus intéressantes. La salle des années 80 montre des œuvres plus abouties : immenses toiles agglomérant des assiettes de Schnabel. Il me semble que le stade de la provocation toute pure est dépassé et que les plasticiens recherchent à nouveau à donner du sens et des images dans leurs œuvres (?). Plus d’intérêt de ma part, mais pas vraiment de jubilation. Où est le plaisir ? J’en éprouve, sans me poser de question, devant un Matisse ou un Picasso. Cette visite nous rappelle Vienne et le musée où nous avions découvert Hundertwasser. le bâtiment était moins impressionnant mais nous avions fait une rencontre . L’importance de l’artiste apparaissait comme une évidence. On pense au Futuroscope : belle technologie au service de quoi ? De Maunoury ? Enveloppe creuse ? Toutes proportions gardées cependant. Le Futuroscope n’a pas l’ampleur du Guggenheim.
Retour à pied le long de la rivière : agréable promenade ensoleillée. Nous terminons dans les petites rues de la Vieille ville : magasins de fringues (ce sont les soldes), foule et musique de rue.