François Maspero : Balkans- Transit

VOYAGER POUR LIRE/LIRE POUR VOYAGER

 

D’emblée, l’auteur se présente « Portrait de l’auteur en Européen » , puzzle d’une Europe rencontrée en un temps où existait encore la Prusse orientale, bien différente de la Communauté des 27 états actuels. Aujourd’hui, quand l’idée européenne vacille sous les buttoirs des financiers, triples A et dettes, et sous les discours souverainistes, lire le livre d’un Européen me fait chaud au cœur.

En compagnie du photographe dromomane, polyglotte et slovène Klavdij Sluban, il a parcouru les Balkans, de Durrës en Albanie à Sofia et Bucarest jusqu’à la Mer Noire. Balkans-Transit n’est pas le carnet d’un voyage, plutôt la somme de cinq ans de périples, de retours, de rencontres, de lectures aussi dans des Balkans secoués par l’implosion de la Yougoslavie et la chute du communisme.

Cet ouvrage fait découvrir des pays méconnus, l’Albanie, Pays des Aigles, et la Macédoine, pays dont même le nom est sujet de conflit. Très loin du voyage touristique, l’auteur ne s’attarde pas sur la description des ruines antiques. En revanche il plonge dans l’histoire de toutes les nations qui composent la mosaïques balkanique.

En Albanie, il raconte Skanderbeg, le héros national contre la progression ottomane (1443-1478),  le roi Zog(1924-1939) mais aussi Byron 1823 et ses fidèles Souliotes, palikares et armatoles qui le suivirent dans la guerre d’Indépendance Grecque. Sur la route de Gjirokaster, ville de Kadaré, ils passeront près du Mont Grammos, frontière entre l’Albanie, la Grèce et la Macédoine où se déroulèrent les batailles de l’ELAS (1949), entre les andartes partisans communistes et les troupes gouvernementales soutenues par les Britanniques évocation de la dictature de Metaxas et du commandant Markos. histoire récente de la Grèce que j’avais oubliée. Dans ces territoires toutes les histoires se chevauchent comme toutes les littératures. Je ne connaissais pas Faik Konika, ami d’Apollinaire…Palimpseste de poésie, de batailles, d’histoire….

Balkans-Transit se lit aussi comme un roman d’aventure quand leur autobus branlant prend en chasse un automobiliste « psychopathe » ou quand les chauffeurs de taxi grecs refusent de les charger…

C’est surtout un récit de rencontres. Rencontres avec des chauffeurs de taxi, des universitaires, des gens ordinaires dans des cafés qui livrent des histoires extraordinaires. Est-il grec ou macédonien le chauffeur de taxi de Florina? Les gens ne livrent pas forcément leurs origines. Origines souvent mêlées. Hellinisations forcées d’Albanais ou de Macédoniens, purification ethniques, serbes ou bosniaques. le choix d’une langue pour communiquer va induire des rapports différents. Le photographe slovène polyglotte maîtrise le Serbo-croate que tous comprennent mais qui peut aussi être source de conflits…

En Macédonie, le puzzle se complique encore. qui sont donc ces Macédoniens qui ont volé le soleil d’Alexandre aux Grecs? Grecs, Slaves, Turcs, Bulgares, Aroumains, Albanais, Roms, Juifs ont coexisté ou vivent encore ensemble. Baïram à Skopje, ou rencontre avec les moines de Prilep. Au hasard d’un carrefour de Prilep, le bust de Zamenhof « Autor dus Esperanto 1859-1919″….

la Bulgarie est qualifiée de Pays Sans Sourire et pourtant toute la partie du livre qui lui est consacrée contredit ce titre péremptoire, rencontres chaleureuses à Sofia avec une Arménienne (encore une autre ethnie) . L’histoire raconté est un peu différente, guerre de Crimée, insurrection contre les Turcs de 1877, Alliance balkanique 1912, les combattants prennent nom de comitadjis. Alliances hasardeuses du petit Tsar Boris III rencontré par Albert Londres….Et, bien sûr la période communiste Dimitrov, homme lige de Staline. Il passe aussi à Ruse, le Roustchouk d‘Elias Canetti où l’on parlait espagnol depuis le 15ème siècle…

Passant le Pont de l’Amitié sur le Danube il termine le voyage en Roumanie, commençant le chapitre par une citation de Panaït Istrati. Bucarest, ville Lumière de l’Est mais aussi celle de Ceauscescu..

Je ne veux pas raconter ici tout le livre, seulement donner un aperçu de la richesse des références et de la mosaïque des populations balkaniques.

Maspero raconte son expérience dans Sarajevo assiégée, il fait l’impasse sur le Kosovo, où il n’a pu se rendre

« La guerre, elle a hanté mes voyages, elle hante ce livre. Les guerres du passé, avec la résurgence des obsessions nationalistes que le désespoir et la misère alimentent toujours »

écrit-il dans la postface de 1999.

« De ces voyages, je suis sorti, moi qui aime profondément ma patrie, renforcé dans un sentiment : la haine des nationalismes« 

Est la dernière phrase du livre.

Depuis que je l’ai refermé, un mot me vient, fraternité.

 

Balkans-Transit – François Maspero – Le pari du voyage (citation)

INVITATION AU VOYAGE

le ferry s'éloigne de Bari

. » La plus belle récompense d’un voyage extraordinaire est bien de rencontrer des gens ordinaires, disons, comme vous et moi. Des gens qui ont traversé comme ils l’ont pu, sans faire d’histoires et sans forcément faire l’histoire, des évènements pas ordinaires. Qui nous rappellent que ces évènements-là auraient pu aussi bien arriver à nous, en leur lieu et place. Et, vraiment, avant toute chose, on ferait bien de se demander ce qu’on aurait fait en leur lieu et place. Le sentiment de se retrouver partout au milieu de la grande famille de l’espèce humaine n’a pas de prix – ne serait-ce que parce qu’il confirme que celle-ci existe. Ce n’est pas toujours évident.

C’est peut-être cela, le pari du voyage : au-delà de tous les dépaysements, des émerveillements ou des angoisses de l’inconnu, au-delà de toutes les différences, retrouver soudain, chez certains, le sentiment d’être de la même famille. D’être les uns et les autres des êtres humains. parfois, ça rate. parfois même, ça tourne mal. mais le pari vaut d’être fait, non?… »

 

Elytis : Petite mer verte

HERAKLION/BUCAREST/PARIS

Petite mer verte
Joli brin de mer si verte à treize ans
Je voudrais de toi faire mon enfant
T’envoyer à l’école en Ionie
Approfondir absinthe et mandarine
Joli brin de mer si verte à treize ans
À la tourelle du phare à midi tapant
Tu ferais tourner le soleil en sorte d’entendre
Comment le destin s’agence et comment
Savent encor l’art d’entre eux se comprendre
De crête en crête nos lointains parents
Qui telles des statues résistent au vent
Joli brin de mer si verte à treize ans
Avec ton col blanc et tes longs rubans
Tu rentrerais par la fenêtre à Smyrne
Me calquer au plafond ce qui l’enlumine
Reflets de Glorias Kyrie Matines
Puis un peu la Bise un peu le Levant
Vague à vague retournant au loin
Joli brin de mer si verte à treize ans
Nous irions dormir hors la loi tous deux
Pour que je découvre au fond de ton sein
Éclats de granite les propos des Dieux
Éclats de granit les fragments d’Héraclite

Odysseus Elytis
L’arbre lucide et la quatorzième beauté
traduction Xavier Bordes et Robert Longueville, Poésie-Gallimard
La traduction en Roumain envoyée par George
Mică mare verde

Mică mare verde de treisprezece ani
De mult aş fi vrut să te înfiez
Să te trimit la şcoală în Ionia
Să-nveţi mandarina şi absintul
Mică mare verde de treisprezece ani
În turnuleţul farului de la amiază
Să-nconjuri soarele şi să auzi
Cun soarta se dezleagă şi cum
Din deal în deal se înţeleg
Rudele noastre îndepărtate
Care opresc vântul precum statuile
Mică mare verde de treisprezece ani
Cu guler alb şi cu panglică
Să intri pe fereastră la Smirna
Să-mi copiezi reflexele bolţii
De Kyrielesion şi Slavă Ţie
Cu puţin Boreas şi cu Levantul
Val cu val să te-ntorci iarăşi
Mică mare verde de treisprezece ani
Ca nelegiuit să te culc
Să aflu adânc în braţele tale
Bucăţi de piatră cuvintele Zeilor
Bucăţi de piatră fragmentele lui Heraclit.

Paris – Bucarest, sans retour…Ulysse de Marsillac 1821-1877 et une surprise: Nerval!

PARIS/BUCAREST

De Bucarest, un  fidèle  correspondant m’a fait parvenir ce texte :
J’ai seulement ajouté des accents
Il nous présente un personnage marquant de la francophilie en Roumanie: Ulysse de Marsillac
Paris – Bucarest, sans retour…
carte postale ancienne de Bucarest

 

 
France, 1821: C’est l’année de naissance de Ulysse de Marsillac, journaliste français.
 1852, à cause du son désir pour connaitre “L’Orient sauvage”, il quitte Paris pour toujours et arrive à Bucarest. Ici il a travaillé comme professeur de français au “Collège National Sf.Sava” (actuellement “Lycée Sf.Sava”(près du parc Cismigiu) – le plus fameux lycée de Bucarest et de Roumanie,  ou seulement les meilleurs élèves peuvent entrer et étudier. En même temps, le lycée où on trouve la plupart des  enfants des “nouveaux riches” c’est : “Jean Monet”, qui est plus au nord, près de la zone résidentielle(et du parc Herastrau) des ceux qui ont contrôlé la Roumanie avant 1989. La presse a écrit récemment qu’un deuxième « lycée français » sera ouvert a Bucarest.
 
Ulysse de Marsillac a travaille aussi à “L’École Militaire”  de Bucarest et à l’ université de Bucarest.
 
Il a fondé les journaux:
 
–  La Voix de Roumanie (il aidé par un autre français, Frédéric Dame, qui avait une épouse roumaine).
–    Le Moniteur Roumain;
–    Le Journal de Bucarest;
–    Indépendance Roumaine;
 
Il a écrit les livres :
 
–    Guide du Voyageur a Bucarest;
–    Histoire de l’Armée Roumaine
–    De Pest à Bucarest. Notes de voyage
 
Un jour, Ulysse de Marsillac, allant  au “Sf.Sava” , s’égare dans les rues de Bucarest…Il trouve un bonhomme  assis sur un banc, devant une porte, le regard perdu dans le néant de son destin roumain… Ulysse de Marsillac s’approche et demande:
–  “Ou est-ce que je me trouve?”
Le vieil  homme  secoue la tête comme s’il s’éveillait d’un rêve profond et répondit :
– « dans le pays le plus malheureux de l’Europe! »
Ulysse de Marsillac fut surpris par une telle réponse: il voulait seulement savoir dans quelle rue il s’était perdu mais il découvrit dans quel pays il se trouvait.
 
Le réponse du bonhomme est valable encore aujourd’hui pour la Roumanie et les Roumains…
 
Un autre jour, il monte la colline de Filaret(à la première gare de Bucarest), accompagné par un ami, pour admirer la panorama de Bucarest couvert par le vert des arbres et parcs…et il demande:
–   ”Quelle est la distance entre Bucarest et Paris?”
Son ami répond “immédiatement”:
–   “Trois cent ans, monsieur!!”
 
 
En 1871, le « Grand Théâtre de Bucarest » a donné une “Représentation extraordinaire en faveur des paysans et des ouvriers français, victimes de la guerre”. C’est le moment quand Ulysse de Marsillac a interprété le rôle de “M.Jadis” dans la comédie: “Le Bonhomme Jadis”.
(Il s’agit de la guerre franco-allemand de 1871: à Bucarest, tout le monde était “anti-allemand” et  même dans les quartiers les plus éloignées et dans tous les “boîtes” tout le monde, y compris les “lautari” tziganes au violon, chantait “La Marseillaise” .  Une foule de manifestants « très en colère » ont même attaqué avec pierres les fenêtres de “la salle de banquet” où l’ambassadeur allemand (Joseph Maria Von Radowitz) et  les allemands résidant àBucarest avaient  décidé de fêter la jour de naissance de l’empereur allemand Wilhelm I.)
 
A Bucarest, les journaux et les « représentations » de théâtre étaient seulement en français (a partir des années 1840). La “haute société” et la “bourgeoisie” roumaine parlait seulement en français.
 
Ulysse de Marsillac n’est jamais retourné en France. Il est décédé en 1877, a cause de sa souffrance profonde, générée par la mort d’ Élise, son épouse…
 
Sur: www.memoria.ro, vous pouvez lire(en français) l’article: “Bucarest ou le corps retrouve” écrit par Marianne Mesnil, où elle parle de Ulysse de Marsillac.
 
J’aimerais savoir que vous pouvez trouver et lire les livres écrits par Ulysse de Marsillac, car ici je n’ai pas été capable de les trouver.
Cherchant sur Internet les écrits d’Ulysse de Marsillac,  et des renseignements, je découvre par hasard un article sur….Gérard de Nerval :
Je ne résiste pas au plaisir de partager un poème. Et me voici revenue au Romantisme! Juste après avoir lu l’excellent billet de claudialucia ICI où Nerval était comparé à une « hirondelle apode » par son ami Théophile Gauthier.
El Desdichado

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.


Le cheval de Turin

Cinéma du dépouillement, de l’épure.

Un cheval gris, fourbu, en sueur, peine en tirant une charrette dans la tempête, il gravit une côte pour arriver à une ferme isolée dans une campagne déserte. Une musique lancinante l’accompagne. L’homme et une femme rentrent l’animal et sa charrette. Gestes simples. La femme aide l’homme à s’habiller – (je m’interroge) – la femme cuit des pommes de terre. L’homme écrase la sienne et mange avec difficulté – son bras droit est paralysé.

Cinéma du dépouillement : gestes quotidiens répétitifs, chaque jour la femme tire l’eau au puits, cuit les pommes de terre, fait la vaisselle, aide son père à s’habiller. Ils vont ensuite à l’écurie. Le cinéaste filme en longs plan-séquences qui donnent l’impression de laisser se dérouler le geste domestique dans toute sa durée. Dépouillement : ces gens n’ont rien : palinka et pommes de terre bouillies, une chacun. pendant le long plan-séquence on a tout le temps d’admirer les images magnifiques : la table de bois brut, la porte, la lampe à pétrole. Visages sauvages du père et de la fille, économie de paroles. Répétition des tâches :chaque jour les mêmes immuables.

Dehors une étrange tempête fait rage – sèche – il ne tombe ni pluie, ni neige. Les feuilles volent en abondance. Chaque jour, le quotidien perd quelque chose. Le second, le cheval refuse d’avancer, la musique est remplacée par le bruit du vent. Le voisin vient emprunter de la palinka, lui seul parle de la désolation qui s’étend…Arrive un curieux attelage de tsiganes, menaçants. Le lendemain, le puits est à sec. L’homme tente de résister au malheur, chargeant leurs biens sur une charrette à bras tirée par la femme, ils tentent de fuir. Après l’eau, c’est la lumière qui vient à manquer. Assis à table, dans l’obscurité, ils tentent de manger les pommes terre qu’on ne peut plus cuire.

L’écran devient blanc. Plus d’image. Fin du film, fin du monde.  !comme la création à l’envers : disparaissent les hommes, le cheval,  l’eau, la lumière….Bela Tarr met fin à sa carrière de réalisateur sur cette absence d’image.

C’est un très beau film. Les 2h26 ont passé sans aucun ennui. Tellement sont belles les images!

 

Les Vaches de Staline – Sofi Oksannen

De retour des Pays Baltes, ayant dévoré Purge du même auteur, je me suis précipitée pour emprunter Les Vaches de Staline.

L’ histoire de Katariina, la mère, ingénieure estonienne, en 1971 se marie à un Finlandais, et part en Finlande, alterne avec l’histoire d’Anna sa fille, née en Finlande vingt ans plus tard. Le récit des parents de Katariina, des années des déportations en Sibérie, et des Frères de la Forêt à la fin de la Seconde Guerre Mondiale explique pourquoi Katariina était si désireuse de quitter l’Estonie.

Ce roman raconte la vie en Estonie de 1945 à 1995, les privations, les combines et la corruption, les femmes prêtes à tout pour un collant. Le « monde d’Anna » est celui d’une petite fille partagée entre la Finlande et l’Estonie soviétique, qui ne doit avouer à personne en Finlande que sa mère est Estonienne.

L’obsession d’Anna « son seigneur » c’est la boulimie. Boulimie et anorexie, véritable addiction, de la jeunes fille au corps parfait, étudiante modèle on assiste à une véritable déchéance physique, ostéoporose précoce, renoncements. Autant qu’un récit sur l’Estonie soviétique c’est celui de cette addiction.

j’ai préféré Purge, véritable thriller très bien conduit.

 

Zsolt HARSANYI : la vie de Liszt est un roman – Actes sud

diaporama miscellanea48 : merci pour tous ces portraits!

Complément naturel à notre « promenade Liszt », au concert sur le piano de Liszt, aux »Lisztiades » qui avaient été l’occasion plus d’aller à la messe que d’entendre un concert….que l’auteur de la biographie soit un romancier Hongrois Zsolt Harsanyi  (1889-1940) était un évidence au retour de Budapest.

Liszt, en soutane, sous sa coquille à l’Opéra, Liszt en bronze jouant de ses mains immenses en secouant son abondante chevelure au milieu du square, ou trônant au dessus de la porte de la Zenakadémie, sont les images que nous avons rapportées de notre voyage.

Un des Hongrois les plus fameux ?

J’ai eu la surprise de constater que Liszt, de langue maternelle allemande n’a jamais pris la peine de parler le Hongrois. Né près de Sopron, fils d’un intendant du Prince Esterhazy dont nous avons visité le château à Fertö il y a quelques années. Il a donné son premier concert – enfant prodige, « petit Mozart » – à Pozsony, l’actuelle Bratislava. A dix ans, il part pour Vienne où il prend des leçons de Czerny et de Salieri. Beethoven complètement sourd lui fait l’honneur d’assister à son premier concert viennois et l’embrasse.

Comme Mozart, sous la conduite de son père, le petit Liszt sillonne l’Europe et joue dans les cours françaises et anglaises. Il s’installe à Paris où il vivra longtemps, parlera français qui deviendra sa langue habituelle. C’est là qu’il fréquentera les Romantiques, se liera d’amitié avec Chopin, George Sand, Musset, Berlioz et rencontrera aussi bien les grands du faubourg Saint Germain que tous les musiciens de l’époque. Ce livre retrace une « histoire de la musique » et des mouvements artistiques au cours du 19ème siècle.

Imaginer Budapest, et se retrouver à Paris ou à Croissy ou à Nohant !

Liszt était plus parisien qu’exotique. Son charme, il le devait à la précocité de son talent, à sa virtuosité et aussi à son physique de dandy avec un « profil de médaille » et à des cheveux de page. Enfant, adolescent puis, jeune homme, le pianiste était la coqueluche des dames du grand monde. Affichant une grande piété, il ne résista jamais à la tentation d’une conquête féminine. Même au sein d’une grande passion interdite, quand sa maîtresse Marie d’Agoult, la mère de ses trois enfants, il n’hésita jamais à tromper celle-ci. Rivalisant de virtuosité avec Paganini, il était adulé et profitait bien de son succès.

C’est en Allemagne qu’il va passer l’essentiel de son âge mûr. Établi à Weimar, il va consacrer son énergie à faire connaître la « nouvelle musique », celle de Berlioz, et surtout celle de Wagner. Représenter les opéras de Wagner va être l’objet de tous ses efforts. Même pendant les jours héroïques de la Révolution de 1848, Liszt, se déclarant patriote hongrois ne prendra pas part aux soulèvements et au contraire intriguera auprès de la cours d’Autriche pour être anobli. Certains Hongrois ne lui pardonneront pas de fréquenter Bach, l’oppresseur autrichien de la Hongrie. Pourtant, il  n‘hésitera pas à défier le tsar en jouant Chopin et en encourageant les Polonais !

« La vie de Liszt est un roman «, roman d’amour, amours consommées mais toujours illégitimes. Entre sa fiancée secrète Caroline, son élève que le père congédie comme un domestique à 18 ans, la fuite en Suisse avec Marie d’Agoult qui abandonne son mari, la longue attente d’une annulation par le Saint Siège du mariage de Carolyne Wittgenstein … les liaisons avec ses jeunes élèves et ses admiratrices…

Dernier épisode : le voyage à Rome  qui se termine par l’entrée en religion. Liszt revêt une soutane de soie, une pose ? Presque ! Il reste clerc et pourrait se marier si Carolyne le souhaite encore et ne peut dire la Messe.  C’est en soutane qu’il va s’installer à Pest où il consacrera ses derniers efforts à installer une Académie de musique de qualité à Pest. Après la Messe d’Esztergom, il écrira la Messe du Couronnement d’ Elisabeth (Sissi) et de François Joseph dans la Cathédrale Mattias de Buda.

Vieillissant, il connaîtra la tristesse des trahisons, le deuil de ses enfants et les difficultés de sa relation avec Wagner et sa fille Cosima.

Je pensais lire une histoire hongroise, c’est une histoire européenne que j’ai trouvée,  partagée entre l’Autriche mais surtout la France et l’Allemagne.  Dans un contexte de réveil des nationalités des révolutions de 1830 et 1848, s’imbrique la vie culturelle entre Londres et Saint Petersbourg. Réseaux d’échange, d’amitié, de tournées de récitals et d’opéras.  Opposer la musique française de Berlioz et l’allemande de Wagner ? Pas si simple ! Liszt fut l’ami des deux compositeurs. Et souvent ce sont les querelles amoureuses qui prirent plus d’importance que des évènements politiques majeurs !

Je pensais trouver un abbé, j’ai plutôt trouvé un don Juan ! Et pourtant sa piété était sincère….

Budapest – longeant le Danube côté Buda

CARNET DE BUDAPEST – Toussaint 2008

le pont des chaînes

Retour à pied le long du Danube sur la rive de Buda.

But de la promenade : la place Batthyány que j’ai négligée hier et qui n’est pas seulement une correspondance entre métro et autobus. Un côté de la place est occupé par l‘hôpital des chevaliers de Malte. Bâtiment rose aux fenêtres blanches baroques. Un autre par des Halles vitrées transformées en supermarché SPAR, le troisième par l’église Sainte Anne, baroque, avec un très bel orgue et un plafond peint.

*église sainte Anne

La promenade sur les quais doit se terminer au Pont des Chaînes : après, le trottoir est occupé par la piste cyclable, ce qui n’est pas agréable pour les piétons. A la hauteur du Pont Erzebet, un échangeur routier complique le passage à pied.

Budapest : grands boulevards, Palais New York

CARNET DE BUDAPEST – Toussaint 2008

 

Café New York

De la station  Astoria à Blaha Lutza, une seule station de métro : Erzebet Korüt.Le palais New York est  occupé maintenant par un hôtel 5 étoiles. C’est un immeuble surmonté d’une pointe prétentieuse, trop kitsch, vraiment trop. Il paraît que le Café New York est un must touristique.

Les nouveaux propriétaires découragent les touristes impécunieux et intempestifs par un cordon de velours à l’entrée avec  des  écriteaux dissuasifs « Attendre son tour ! » (polyglotte) « Interdit de photographier » (pictogramme).  On ne rentrera pas mais on fera deux photos quand même des dorures et des fresques, des lustres de cristal interdits au commun des mortels. Autant les garçons du Café Callas (au moins aussi chic) avaient été aimables autant ici, l’accueil est détestable.

café New York

Pique-nique en face de l’immeuble prétentieux sur un banc : gyros au poulet et blanc de poulet farci à la chapelure et au chou. Mon intention était d’acheter deux gyros mais la serveuse a pris un air tellement ennuyé que j’ai pris le blanc de poulet pour lui évite le tracas de couper une nouvelle part ! En règle générale, les serveuses et vendeuses sont peu empressées (souvenir du communisme ? ou manque de communication linguistique ?)