Au revoir Elsa et Anestis!

CARNET MACÉDONIEN

 

Les chiens ont sonné le réveil bruyamment au lever du soleil, juste après les oiseaux. Tintamarre assourdissant. L’église a sonné 6heures. L’orage n’a pas épuisé tous les nuages. Une brume rosée noie les contours des collines vers le nord-est. Un village surgit – tout rose-. La cour est sèche. Les chats sont revenus.

Nous allons quitter notre studio Anestis à regret, sa cour fleurie de belles agapanthes, de rosiers jaunes magnifiques après la pluie, notre fraîche pelouse. C’est surtout l’ambiance conviviale que nous regretterons. Elsa et Anestis ont construit la grande maison d’une dizaine de studios sur deux niveaux. Ils mènent tous les deux leur affaire sans autre personnel que la dame de ménage que nous avons vue dimanche. Du matin au soir, ils s’affairent en prenant le temps de faire un brin de conversation. Elsa, surtout, qui parle bien anglais. Anestis préfère répondre en Grec, l’échange est plus limité. On ne sait pas bien parmi les occupants de la cour qui est client, voisin ou parent. Souvent un homme aide Anestis à porter des sacs : client ou ami ? La dame grecque blonde est-elle une habituée ou une parente ? Elle a pris son petit déjeuner sur la table devant sa chambre mais va se servir derrière le comptoir du bar.  Le soir, deux groupes distincts se forment. Les femmes sont assises sous le tilleul tandis que les hommes investissent la longue table sous l’auvent. La jolie petite fille blonde toute bouclée va d’un groupe à l’autre. Son papa la gâte beaucoup, l’emmène sur son scooter et lui a fait une belle balançoire. Les clients arrivent à toute heure. Au début de la soirée, nous croyons être seules. Les cinq studios se sont remplis. Ce n’est pas un problème d’arriver après 22heure en Grèce. Les gens ont prolongé la baignade à la taverne, d’autres arrivent à 22h30 chargés de provisions pour faire à dîner.

Sur la route

Juste avant Kavala, nous empruntons l’autoroute, la Via Egnatia, qui franchit de nombreux ouvrage d’art, découpant la montagne, surplombant la vallée sur de fins ponts de béton ou s’engouffrant dans  des tunnels. A la sortie de Kavala découvrons les installations industrielles de Nea Kavala, Philippi 2, installations portuaires. Dans une carrière de marbre on a graphé un drapeau grec et un casque antique, vandalisme, politique ou œuvre d’art ? Thassos semble toute proche. On irrigue le maïs déjà très haut, le blé a été moissonné. Quelques belles oliveraies alternent avec les champs. Des panneaux solaires occupent de vastes espaces.

Arrivée en Thrace : le fleuve Nestos et Xanthi

CARNET MACÉDONIEN ET THRACE

défilé du Nestos

Le fleuve Nestos

Nous quittons la via Egnatia juste après avoir passé le fleuve

Nestos pour aller au village de Toxotes.

Toxotes regroupe plusieurs hameaux : le premier est annoncé par un blanc minaret en forme de pointe de crayon, agricole avec de nombreuses ruines. Un peu plus loin, un village plus moderne, grec ; bien vivant, avec des maisons de ciment, l’école, la gare. Des panneaux touristiques marron promettent nombreuses curiosités : ruines byzantines, pétroglyphes, promenades… Nous choisissons le Défilé du Nestos. Dans l’étroite vallée s’insinuent la route, la voie ferrée et le fleuve aux eaux rougeâtres gonflées des orages d’hier. Au bout de la route, un café « sous le platane » près d’une plage de sable à un coude du Nestos. Un sentier en balcon s’élève dans le défilé : promenade spectaculaire au dessus de l’eau. Le train a disparu dans un tunnel sous mes pieds. La voie fait surface  un peu plus loin pour s’enfoncer à nouveau. J’écourte la promenade regrettant de ne pouvoir la terminer. Un groupe de jeunes est assis en rond près de la plage. Sont-ils venus pour la randonnée ou pour le canoë ?

Xanthi

Xanthi, maisons balkaniques rue Orféos

Les abords de Xanthi n’ont rien d’accueillant : une vaste zone industrielle et commerciale, puis des quartiers modernes sans intérêt. Où se cache donc la Vieille ville ? On suit les panneaux touristiques « Old City » sans la trouver, tourne en rond pour se retrouver en périphérie. Heureusement, nous avons le GPS ! Programmant « Musée Ethnographique » il nous mène dans des rues tortueuses surplombées par des maisons balkaniques à encorbellement. Nous suivons la rue Orfeos. Il me plait de penser que nous sommes revenues en Thrace, en terre orphique, non loin des lieux orphiques bulgares découverts l’an dernier – à vol d’oiseau peut être une vingtaine de km ? – Un sculpteur travaillant le fer et les pièces mécaniques a installé à un carrefour un danseur de zembeitiko, dans un recoin, un musicien, là, un couple : Orphée et Euridyce. De nombreux cafés bordent la rue Orphéos. Sans doute la musique y est à l’honneur !

la vitrine de l’antiquaire

Une dame brune en longue robe claire nous invite à visite sa galerie dans la maison d’un riche marchand de tabac. Plafonds lambrissés magnifiques comme en Bulgarie. Splendides boutiques d’antiquités, les vitrines contiennent aiguières et cafetières ottomanes au long col et aux gracieuses poignées, travail damasquiné.

Parmi les maisons à encorbellement, il y a d’autres maisons remarquables : une villa Art Déco avec bordures jaunes et bleues et motifs végétaux. Une riche maison est peinte à fresque dans un style florentin. Briques et pierre pour les deux maisons jumelles maintenant occupées par le Musée Ethnographique où je suis très bien accueillie. On me raconte l’histoire de la Maison Kougioumtzoglou, bâtie en 1860 et dont la décoration intérieure et les fresques datent de 1866. On y a reconstitué l’ameublement d’un intérieur bourgeois en 1930, période de prospérité pour le négoce du tabac. Les habitants y vivaient à l’occidentale. La table d’un déjeuner de fête est dressée à l’Européenne. Européennes aussi, les toilettes des femmes. A la cave, l’intérieur paysan consiste en banquettes orientales, table basse ronde, kilims et vêtements folkloriques. A l’étage diverses collections de timbres, jouets sont de moindre intérêt.

costume thrace

Pour rejoindre Komotini nous évitons la Via Egnatia pour passer par Lagos et les lacs Visnides. Pique-nique dans une pinède non loin de l’eau. Nous passons devant des églises charmantes sur des îlets. Il fait chaud et j’ai hâte d’arriver à l’étape pour me baigner à la piscine

Lidia : mudbath

CARNET MACÉDONIEN

Mudbath à Lidia

 

L’établissement est perdu dans la campagne. Derrière le Baptistère de Lidia, une petite route longe la route Kavala/Drama. Derrière un champ de tournesols, dans un complexe en briques, pelouses et jardins, se cachent deux piscines rondes. Hommes et Femmes séparés. Entrée 6€. La copine d’Elsa me reconnait, elle sait que je suis française : et professeur et que je comprends un peu le grec. Elle me pilote :

          « d’abord visitez les toilettes (pas de porte). Ensuite douchez- vous »

Vestiaire commun ; le jet de la douche est très puissant.

Ensuite elle me guide jusqu’à une échelle métallique qui descend dans la boue.

          « il faut s’allonger ! »

Au début je ne comprends pas. Deux femmes jeunes rieuses me font des signes. J’essaie de les rejoindre en marchant. Impossible avec la résistance  de la boue ! je m’épuise. Ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder. On rampe allongée. La boue nous porte. L’eau en surface est chauffée par le soleil, l’argile est plus fraiche. Il faut s’enduire complètement la tête et le visage  pour éviter le coup de soleil. C’est un plaisir enfantin que de tripoter l’argile grise, de l’étaler, d’écraser les mottes. Plaisir de se sentir enrobée dans sa nudité, de se sculpter soi-même une silhouette primitive de déesse-fécondité aux fesses exagérées et aux seins pendants. Ridicule amusant de la figure enduite ! On « fait la planche » mieux que dans le meilleur des lits pour se retourner sur le ventre. Toutes mes vieilles douleurs aux épaules et aux reins sont effacées. On vient au x bains de boue en société. A chaque échelle des groupes se sont formés. Les femmes bavardent et rigolent. Seule c’est un peu barbant. Dès que les deux jeunes femmes sortent je copie leur trajectoire et m’extirpe à grand mal du magma. Près de l’escalier des filins permettent de se hisser. Des cordes servent à se racler et à enlever un maximum de boue. La douche énergique doit être complétée en se frottant. Autant le bain était relaxant, autant le jet est violent. Les femmes passent d’un jet à l’autre dans un cérémonial incompréhensible. Enfin, explique Elsa, il ne faut surtout pas se savonner ou se shampooiner. Un hammam complète la séance. Par 35), le hammam est permanent ! Je saute donc cette étape. De retour aux Studios Anesthis,  tout le monde me questionne sur la douceur de ma peau. Pour un bienfait thérapeutique il faudrait faire la cure sérieusement. On peut aussi voir l’aspect récréatif ou celui du soin de beauté !

Orage

La matinée était lumineuse. Vers midi les premiers cumulus ont bourgeonné. En rentrant, l’horizon est gris très foncé, les crêtes de Bulgarie sont cachées. On devine l’averse sur la montagne la plus proche. Les premières gouttes s’écrasent sur le dallage de la cour des Studios Anesthis. Grosses gouttes qui mouillent à peine. Chacun se met à couvert sous les avancées des toits. Les éclairs zèbrent les nuages. Enfin, une averse drue se déclenche. Les gouttières débordent. La cour est noyée. Il faut entrer dans le studio qui a accumulé la chaleur de la journée alors qu’on préfèrerait prendre plaisir sous la pluie bienfaisante.

Une heure plus tard, on peut dîner sur le balcon.

Anestis a peint et travaillé toute la journée à l’étage sans même faire la trêve de la sieste. Avec ses copains, entre hommes, ils improvisent un dîner de brochettes sur le barbecue abrité sous l’auvent. Elsa et les femmes ont disparu. Deux hommes sont à l’ordinateur tandis que les autres surveillent les braises. Ils ont mis de la musique et font la fête entre eux. Les chats se sont cachés de la pluie.

 

musée archéologique de Filippi

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Terracotta

Les collections sont très bien présentées : sol en marbre, murs gris neutre vitrines modernes et un luxe d’explications que je survole à regrets. Le musée ferme à 15 heures. La première salle est consacrée à la Préhistoire : il y a de nombreux pétroglyphes dans la région et au dessus du site de Philippi : scènes de chasse. On voit un très joli cerf gravé. Le site de Dikili Tash a livré de nombreux témoignages de l’occupation néolithique : petites figurines en terre cuite, figurines féminines (déesses-mères ?) ou représentant des animaux.

Artémis

Krinidès fut fondée en 359 av JC par des colons venus de l’île voisine de Thassos –stèles funéraires visibles au Musée – Après la prise d’Amphipolis par Philippe II (356) ce dernier donne son nom à la cité (359-336). Philippe fut assassiné au cours de noces de sa fille à Aiges.

La grande salle suivante se partage entre la période hellénistique (330 – 1er siècle av JC) et la période romaine.  J’ai aimé la borne triangulaire d’Hécate, protectrice des carrefours – représentée sur 3 faces. Au fond de la salle les trois statues de Nike ornaient le fronton triangulaire du Bouleutérion. De taille humaine, vêtues de draperies compliquées. Je ne peux m’empêcher de penser à la célébrissime Victoire de Samothrace et au livre de Takis Théodoropoulos. Dans la partie romaine, je m’arrête aux portraits de romains, je remarque un Trajan jeune.

romaine

La Bataille de Philippi est expliquée en détail (42av JC)

A l’étage c’est Philippi chrétienne qui est reconstituée avec des tableaux des plans et des silhouettes des basiliques. La basilique A, très romaine avec son toit à deux pans, la C avec ses coupoles. Les panneaux de marbre sont remontés avec les symboles chrétiens du Poisson, du Bon Pasteur, et du Dauphin (salvateur). La période de prospérité de Philippi se déroula au 2ème et 3ème siècle après JC. En 620, un séisme dévastateur signe sa ruine. Au 7ème siècle, les habitants quittèrent la ville.

J’ai fait une belle salade grecque avec la tomate charnue énorme,  les cubes de féta et des olives violettes. Nous déjeunons dans le petit jardin sous le cerisier.

Heures grecques ! Nous nous « jetons » (comme dans la cassette Assimil) sur nos lits pour la sieste, courte mais de sommeil profond. Il fait 35°.

 

 

Kavala : Mohamed Ali, l’homme de Kavala

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Mohamed Ali, statue équestre

 

La vieille ville de Kavala est construite sur la colline de la Panaghia. La maison de Mohamed Ali – le sultan d’Egypte, le Dernier Pharaon, selon Sinoué – se trouve sur une place carrée ornée de la statue équestre du Pacha. L’entrée de la maison est très discrète, les pièces de service se trouve en rez de chaussée (étable et magasin) . Une exposition propose des éléments de la biographie de Mohamed Ali (1769-1849) fils d’un négociant de tabac de Kavala. Cette ville avait alors, jusqu’en Égypte une réputation de grande prospérité

maison musée de Mohamed Ali

A l’étage, on retrouve le schéma ottoman des demeures – vues en Bulgarie – Haremlik, isolé de l’extérieur. Salamlik ouvert sur la place et aéré. Les éléments du mobiliers sont aussi les mêmes que ce que nous avons vu en Bulgarie quoique plus sophistiqués. Les sofas courent autour des pièces,  recouverts de tissus précieux brillants et damassés, accompagnés d’accessoires luxueux. La menuiserie des placards coulissants et niches découpées en forme de flacon est aussi identique.

Peu de renseignements sur les guerres ou la politique égyptienne du Pacha, il faudra relire Sinoué. La librairie du Musée vend des livres en Anglais et organise des évènements culturels. Le monsieur de l’accueil est très aimable. Je lui promets de mettre un lien sur mon blog.

La maison de Mohamed Ali se trouve dans un jardin en terrasse où on pourrait prendre des rafraîchissements, mais nous avons un autre plan.

Thé à l’Imaret

Imaret

L’Imaret a été fondé par Mohamed Ali en 1821. C’est une institution charitable comportant des salles de prières et d’enseignement et un hospice où 300 indigents pouvaient être hébergés. Le grand mur au dessus du port de pêche est hérissé de cheminées, coupoles de plomb et tourelles. Un hôtel de luxe est installé dans les murs de l’Imaret. On entre de la rue Polidouri par une porte discrète. C’est un peu tôt on ne sert au bar qu’à partir de midi. La serveuse est charmante. Elle débarrasse une table chargée de salières et porcelaine fine du petit déjeuner et apporte un menu sophistiqué. Le moindre café coûte 6€ mais il est servi à l’orientale, les consommations sont présentées par un véritable poème. Nous choisissons des jus de fruits frais (carottes et cerises acides). Je sors mon carnet moleskine, fascinée par les toits et les coupoles. Le service est d’une lenteur étudiée pour que les hôtes profitent des splendeurs des lieux et pour se rapprocher de midi, ouverture du bar. Point de jus frais, la centrifugeuse est en panne. On choisit Thé froid et ouzo. La serveuse fait des chichis : je choisi le thé vert à la menthe, infusé à mon intention. Elle fait humer à Dominique un liquide parfumé au mastic – ce n’est pas de l’Ouzo mais cela y ressemble (mastiha comme en Bulgarie). Le thé arrive dans un  cortège d’ustensiles : un seau en cuivre pour les glaçons, une carafe de thé rafraîchi, un minuscule flacon de cristal contient du sirop de sucre, un bol élégant en verre, de la menthe fraîche. Il s’encastre dans une coupe en argent remplie de glace pilée destinée à refroidir. Des gaufres croustillantes accompagnent mon thé et des petits canapés au concombre-œuf mollet, la boisson anisée.

Cristaux et coupoles

Je m’inquiète un peu pour la carte de parking : à gratter comme un jeu comme à Chios. J’aimerais photographier le patio (je sais qu’il y a une piscine). On me ferme la porte au nez – Réservé aux clients de l’Hôtel ! Les consommateurs du bar son priés de s’y tenir. En plus de la terrasse, entre oliviers et basilic dans des poteries il y a un autre bar arrangé comme une bibliothèque où se trouvent de très beaux livres sur Mohamed Ali, la Turquie, l’Empire Ottoman…Nous avons raté de peu la retransmission d’Aïda au Met (3 juillet) dans ce cadre de parfaite harmonie.

Il fait vraiment très chaud. Nous avons prévu d’aller à la plage. De la vieille ville nous voyons une plage de sable blanc avec des parasols. L’idée de traverser la croisette sous le soleil brûlant ne m’enthousiasme pas.

Dernière curiosité de la Vieille Ville : l’aqueduc de Soliman (1520) haut de 24m sur les fondations d’un aqueduc romain. La ville est déjà ottomane depuis deux siècles et a besoin d’eau pour ses ablutions, ses mosquées, ses bains et pour la population.

Nous retournons chez « notre » épicier d’Amygdaleona pour une nouvelle tranche de feta,une seule tomate, du riz et du jambon. Ne pas perdre du temps à chercher d’hypothétiques supermarchés ! Le petit commerce est bien vivant, les épiciers très serviables. Toujours préférer le rayon « à la coupe » aux produits pré-emballés.

 

Kavala : visite en soirée

CARNET MACÉDONIEN

Kavala,

21h, la nuit tombe sur la vieille ville. Nous attendons assises sur le port depuis 19h que la citadelle s’allume. La colline est surmontée du Kastro avec son donjon rond et ses murailles à créneaux et à l’extrémité un fort au toit à double-pente, Citadelle de Soliman. L’autre monument remarquable est l’Imaret hospice pour indigents fondé par Mohamed Ali. Le long mur est surmonté de nombreuses coupoles de plomb, de minces cheminées, de tourelles rondes  ou effilées, pointues comme des crayons. On devine autour de la cour, des arcades, un gros cyprès masque le bâtiment principal surmonté d’une grande coupole. Accrochées au flanc de la colline dans le plus grand désordre, des maisons carrées à toit de tuiles à 4 pentes, ou maisons classiques à fronton et moulures, construire une mosaïque colorée. Les façades sont peintes de teintes vives, rouge, orange, jaune d’or et même vert. Quelques cyprès dépassent. Les masses vertes des autres arbres se mêlent à l’ensemble bigarré. La coupole grise posée sur le cube rouge de la mosquée se devine à peine. Vers la pointe qui s’avance dans la mer, une église grecque est bien visible dans la verdure. Au pied de la colline, des restaurants de poisson sont installés dans le vieux port. Quatre bateaux d’assez gros tonnage attendent dans le port de pêche. Le ferry pour Thassos est parti à 19h. Derrière nous,  le quai du port de plaisance est interdit à la circulation automobile. De beaux cafés ont installé tables et fauteuils au bord de l’eau sous d’immenses parasols carrés, mobilier cossu de vannerie grise ou brune, décoration fluo contemporaine. Nous n’avons pas envie de nous attabler. Trop clinquant. D’autant plus que nous n’aurions pas la vue sur la vieille ville. Les bateaux de plaisance sont de taille modeste, un seul yacht amarré. Ce n’est pas Ithaque ! Les plaisanciers ont peut être préféré Thassos ont on voit les côtes. Une foule arpente l’espace séparant les maisons des terrasses des cafés. Familles avec poussettes, bandes de jeunes filles ou de garçons, séparément. Des Roms sont accroupis sur une plate-bande. De temps en temps on entend leur accordéon qui entonne Kalinka et termine par les Amants de Saint Jean. Sous une tente, une foire aux livres propose des ouvrages pour la jeunesse. Plus loin, des auto-tamponneuses et des manèges d’une petite fête foraine.

Sur le front de mer, les immeubles blancs à balcons forment une croisette classique en pays méditerranéen, ils grimpent sur le flanc de la pente qui fait face à l’ancienne Kavala, formant une cité blanche compacte. La route de Thessalonique court très haut sur d’audacieuses piles de béton.

21h30 – les remparts s’illuminent, plus discrètement, l’Imaret. Les maisons tardent d’allumer les lumières des terrasses. La température est encore de 30° après la chaude journée on prfèrer la pénombre rafraîchissante.

Nous remontons par la route de Drama essayant de rejoindre le mirador de l’autre côté de la chaussée pour prendre une photo de nuit. La ville scintille. L’aqueduc Soliman Kamares est plus visible que de jour. La route de Drama file vers la Bulgarie. Le ciel est chargé de nuées déchirées par les éclairs de chaleur.

22h – village d’Amigdalona les magasins sont encore ouverts. J’achète des yaourts grecs pour un dîner léger : feta, olives, yaourt pêche, sur la terrasse. On tarde à rentrer. Le vent rafraîchit l’air. Il fait si bon dehors

Philippi

CARNET MACÉDONIEN

 

Théâtre antique de Philippi

L’église de Lidia sonne à 6h, il fait jour, temps de  profiter de la fraîcheur, j’ai même sopris un châle. Je lis Plutarque : Histoire d’Alexandre lecture tout indiquée pour notre périple macédonien. Sur la liseuse, Plutarque est gratuit. C’est une lecture facile, amusante.

Site de Philippi

On peut aborder un site archéologique de différentes manières. Avec un guide qui montre et raconte. Flânant, se laissant séduire par le romantisme des ruines, rencontrant des fantômes inespérés. Jouant à une chasse au trésor avec plan et indices. C’est généralement ainsi que nous visitons Philippi, cherchant à faire coïncider les descriptions de nos trois livres et les vestiges.

On voit d’abord le théâtre de Philippi fut construit au 4ème siècle, c’était alors un théâtre grec, au 2ème siècle avant JC, on en fit un théâtre romain, au 3ème siècle après JC il fut transformé pour les combats avec des fauves. Ce théâtre n’est pas spectaculaire. Vu de l’intérieur, il est plutôt petit. Les gradins sont bien remontés pour que des spectacles s’y déroulent au cours du Festival de Thassos. Nous avons raté Erinyes d’Aristophane, samedi dernier. En revanche, les abords sont très jolis : bas-reliefs des Érinyes, de Mars et Diane avec un chien sur les pilastres de l’entrée, acteurs ou danseuses finement dessinés.

Philippi Basilique A

Un chemin de terre conduit à la Basilique A est de taille imposante, mais très ruinée. Seules  deux colonnes tiennent debout.  Au sol,  de très nombreuses plaques de marbre à motifs chrétiens (croix de Malte souvent) témoignent de l’ancienne splendeur de l’édifice.

Plus loin, se trouve un petit temple hellénistique (Héraion) 3mx4m. Il reste quelques marches d’un bel escalier de marbre

En contrebas,  la Basilique C.

J’ai cherché la prison de Saint Paul, signalée une citerne avec une fresque sous le musée.

Philippi : vue de l’Agora et de la Basilique B

On traverse ensuite la route Drama/Kavala et on découvre un tronçon de la Via Egnatia qui traversait Philippi. On reconnait les principales structures de l’Agora (Forum) : le temple de l’Est, la bibliothèque. Accolé, le marché alimentaire (macellarium) avec de petites boutiques.

P

Philippi: Basilique B 7ème siècle

uis on visite la très spectaculaire Basilique B avec ses hautes arches de brique et de pierre calcaire, ses colonnes de marbre vert de Thessalie (brèche vert clair et morceaux  foncés). Les chapiteaux ne sont plus romains. Les feuilles d’acanthe simplifiées me font penser à Saint Jean de Yereruik, en Arménie – de même époque 550 apr. JC, mêmes éléments de décor et mêmes proportions monumentales. Un panneau montre la reconstitution de la basilique avec deux grosses coupoles comme Sainte Irène de Constantinople.

colonnes et chapiteaux de la Basilique B

 

Lidia

CARNET MACÉDONIEN

vue du jardin des studios Anestis : acropole de Philippi, citadelle

 

A  Khrinidès, nous cherchons  notre gite. Un monsieur somnole devant son kiosque périptère. Il est incapable de nous donner des explications. Il essaie de dessiner un plan. Se décourage et préfère appeler Anestis avec son téléphone mobile. En attendant l’arrivée de ce dernier, il nous propose l’ombre du kiosque.

Anestis arrive peu de temps après en  scooter avec sa jolie petite fille. L’hôtel est pas à Kh à Lidia de l’autre côté de, l’imposant site de Filippi nommé en l’honneur de Philippe II, le père d’Alexandre le Grand, lieu des premières prédications de Saint Paul, de la bataille qui opposa Brutus et Cassius à Octave et Antoine. J’ai beaucoup « fréquenté » cet endroit cet hiver à la suite de la sortie du film Cesar doit mourir, la lecture de la tragédie de Shakespeare et à la télévision le documentaire américain Rome reconstituant en 3D la bataille de Filippi.

Suivant le scooter d’Anestis nous passons par le village de Lidia où se trouvent de nombreux restaurants et le Baptistère de Lidia (que nous négligerons). Nous montons dans la colline avec des maisons campagnards, des fermes avec des instruments agricoles aux toits couverts de vieilles tuiles plates retenues par des rangées de petites pierres.

la vigne de la tonnelle

L’hôtel est composé de plusieurs bâtiments beiges et rose saumons disposés en carré autour de la cour. Des balustres blancs et des auvents de tuiles agrémentent les façades. De nombreuses tables et des bancs sont disposés dans la cour. Sur le côté, une petite pelouse est à l’ombre d’un magnifique cerisier, d’un catalpa et d’une tonnelle de 5 pieds de vigne portant de belles grappes. Sur une estrade il y a un barbecue brique et ciment. De là, la vue st très belle sur le site de Filippi où une acropole st perchée, une citadelle en haut de la colline pierreuse, grosse tour ronde accompagnée d’un donjon carré.

Notre studio est parfait : vaste, aéré avec une belle cuisine, un frigo, télé écran plat, la clim(que je déteste) et un ventilateur à longues pales(pour moi le top !). Belle salle d’eau, lige suffisant. Pour le prix modique de 30€, le luxe.

Anestis et sa femme Elsa sont charmants.

          « vous êtes venus pour la mer et non pour le mud-bath ? » demande Elsa

Mudbat avec l’accent grec me plonge dans les conjectures. On nous apporte un dépliant. Un curieux phénomène géologique alimente une cure de bains de boue. Pour 6€ on peut patauger dans un bassin de boue et se rincer à l’au thermale. Cette cure soulage de nombreux maux : de la gynécologie aux rhumatismes en passant par la dermato. Mais il faut se prive de bains de mer, de shampoings et de produits moussants si on veut espérer une efficacité thérapeutique. Ce sera donc pour le fun !

Après le voyage, nous sommes trop paresseuses pour aller à Kavala. C’est farniente dans la cour et le jardin. Il me semble que les vacances commencent !

 

Départ pour l’Est de la Macédoine

CARNET MACÉDONIEN

Réorganisation générale de nos valises bizarrement rangées à cause des règlements aériens. Après un excellent petit déjeuner nous montons nos trois valises à bord du bus n°2 jusqu’à IKEA (gare routière) où l’on prendra le 79 pour l’aérodrome. Un peu plus d’une heure 90 centimes. Rapport qualité/prix imbattable. Malgré l’heure matinale, le bus est plein. Des vieilles dames se signent devant chaque église, elles vont sans doute à la Messe. De nombreux jeunes sont encombrés d’affaires de plage. Le bus n°2 traverse la ville d’ouest en est, passe l’Arc de Galère qui marque la fin de la vieille ville, entre dans la ville moderne, quartiers prospère, beaux balcons fleuris, stores tailles maxi, puis des barres HLM avant les zones commerciales Leroy-Merlin, Metro, Ikea…je m’amuse de trouvailles linguistiques : le vendeur d’antennes TV et paraboles est le Doryphore. Cela tombe sous le sens quand on regarde l’installation ! Ce genre d’expédition en autobus me remplit de fierté. Bien que nous ne sommes plus routardes depuis longtemps nous savons encore utiliser les transports en commun dans les villes.

Chez Avis, le service est rapide. On nous livre une Fabia Skoda sans le mode d’emploi. Aux premiers tunnels, à nous de trouver les phares !

De l’aérodrome à Thessalonique, 14 km sur le périphérique – interminable. Nous arrivons aux heures chaudes dans la petite plaine coincée entre les montagnes de Chalcidique et les hautes chaînes qui bordent la Bulgarie.  Aimables souvenirs quand on voit les pancartes annonçant Plovdiv ou Sofia. Dans les champs pousse surtout du maïs irrigué, des tournesols et de la vigne aux fruits protégés par des filets. Sur les rebords des montagnes, des enclos primitifs enferment de beaux troupeaux de chèvres et de moutons. Il me plait de penser qu’ils existaient déjà au temps de l’Antiquité. L’autoroute est peu fréquentée le dimanche. Des cars turcs filent, de grosses cylindrées noires sont roumaines bulgares ou russes. La petite dépression est occupée par deux longs lacs. La montagne est boisée. Une route va au Mont Athos, je ne décolère pas qu’une parcelle de l’Union européenne soit encore au 21ème siècle interdite aux femmes !

L’autoroute retrouve l’Egée dans le golfe Orfanos juste avant Amfipolis où nous avons prévu de visiter le vaste site archéologique. Il est midi, il fait très chaud. La visite de ruines sous le soleil de midi ne nous emballe pas. Une baignade sur la paralia Ofriniou nous tenterait davantage.

La route passe devant le Lion d’Amfipolis – monument en l’honneur du triarche, amiral, Laomedon, compagnon d’Alexandre le Grand. La très grande statue fut retrouvée pendant la guerre des Balkans

le lion d’Amphipolis

(1912-1913) par des soldats grecs puis par des soldats britanniques en 1916.

Dimanche à la plage est le jour des familles. Il faut renoncer à l’idée même d’une plage déserte, au coin secret, pour s’éclabousse avec les Grecs, rigoler quand les galets sont glissants si bien que je m’écrase à 50cm du rivage. Certaines plages sont aménagées avec des parasols et des lits, d’autres sont couverts d’installations familiales. Qui a pris des chaises plastiques, qui des rabanes , grosses glacières,  ou départ en urgence autour de 14h.

70km nous séparent de l’étape Khrinides, 15 km au nord de Kavala sur la route de Drama. Dans la grosse chaleur de midi, sans ombre, quand le paysage devient gris, le tronçon d’autoroute est une véritable punition. Le GPS nous fait tournicoter dans des bourgs inconnus de notre carte. On s’endort. Et pour l’endormissement au volant, j‘ai payé déjà bien cher !

Soirée à Thessalonique Ladadika

CARNET MACÉDONIEN

ouzeri 1901

Sieste aux heures chaudes obligatoire.

18heures, le jour décline mais les Saloniciens ne sont pas encore ressortis. Nous parvenons à la grande place Demokratias aux immeubles contemporains sans intérêt. Dodecanisou descend vers le port dont les constructions début XXème siècle barrent la vue su la mer. Après Politechniou nous entrons dans le quartier de Ladadika, anciens entrepôts et huileries, seuls restes de la Salonique d’avant l’incendie de 1917, convertis en quartier de bars et restaurants. Les terrasses occupent les rues piétonnières. Nous choisissons l’Ouzeria 1901 au coin de Katouni et de Mitropoulos. Maison jaune à un étage, stores crème, tour des fenêtres en briques, tables beiges, chaises marron et beige. Sur chaque table un petit arrosoir peint de style naïf porte un pot d’herbes aromatiques, brin de romarin sur la nôtre, basilic, thym, lavande,  sur les tables voisines. Chic discret. Cuisine excellente. Sur la carte, du poisson. Nous commandons un risotto végétarien très riche en herbes, poivrons, oignon vert, lanières de courgette et fromage fondu. L’aubergine est divinement cuite, légère avec une touche de vinaigre, fromage blanc frais chaud, ciboulette et poivrons rouge.

La nuit tombe. D’épais nuages noirs s’accumulent. Les hirondelles sillonnent le ciel. Leur activité frénétique nous inquiète un peu, annonce-t-elle l’orage ?

Un petit mendiant s’approche de notre table. Il demande 50 centimes. On ne lui donne rien (on a appris au Maroc et en Egypte) Ici, cela serre le cœur. Jamais depuis 45 ans que je viens en Grèce, jamais je n’ai vu d’enfant mendier, des vieillards aux portes des églises peut être, des drogués place Omonia, mais des enfants jamais ! Sa petite sœur arrive, puis un tout petit. Etonnamant, le paton du restaurant appelle la grande avec son accordéon. Kalinka, un air français. On lui donne les 50c qu’on a refusés à son  frère. Elle ne demande pas plus. Le serveur a apporté du melon sucré – du miel – et des cubes de pastèque sans qu’on n’ait rien commandé. En écrivant je picore. La petite fille vient réclamer. Le garçon lui laisse bien volontiers nos restes. Ils ont faim. Ce spectacle m’attriste.

Le quartier s’anime. Samedi 20h30, c’est l’heure de la promenade. Certains ont fait des efforts de toilette. Pas tous. Les restaurants commencent à se remplir, mais pas trop. Sur la table à côté de la nôtre les deux parents et leurs deux enfants se partagent une salade grecque et des frites.

Rue Mitropolou,  l’imposante banque de Grèce a une colonnade monumentale aux chapiteaux corinthiens. Nous arrivons à la place de la Liberté est plantée d’arbres mais c’est aussi un parking. C’est là que furent rassemblés les Juifs de Thessalonique, humiliés et battus.

les docks au coucher du soleil

Au bout des docks et du port – vide – su les quais se presse une foule. Les entrepôts sont convertis en restaurants, hall d’exposition et Musée du Cinéma. Intuition ou imagination ? Je crois reconnaitre les décors d’Angelopoulos dans l’Eternité et un jour et l’Embarquement pour Cythère.

Des fils affectifs se trament. Salonique et les Séfarades. Angelopoulos. Je tombe littéralement amoureuse de cette ville accueillante, gaie, rafraîchie par l’Egée. J’ai l’impression d’y être déjà venue. Images d’Alexandrie, bazar d’Istanbul, architecture Art Déco…