31 décembre 2013, des drachmes factices volètent sur la place Syntagma, la Grèce fête l’adieu à l’euro et le retour la drachme.
2 janvier 2014, le gouvernement grec suspend les salaires des fonctionnaires. Des manifestants s’affrontent, les jeunes qui conspuent l’Euro, les vieux qui le regrettent.
Politique fiction ?
Non, roman policier dans la trilogie de la Crise. Le commissaire Charitos enquête sur trois meurtres qui se succèdent. Bien sûr, pas question de dévoiler l’intrigue.
Le titre : » Pain, éducation, liberté « était un slogan des étudiants qui occupaient Polytechnique en 1973 sous les Colonels. Markaris ancre son roman dans la Grèce contemporaine sans oublier l’histoire récente. Si la Grèce est actuellement en crise, elle a eu ses moments de prospérité, les chantiers des Jeux Olympiques……Plongée dans les magouilles.
« Manque d’argent rend diligent ! »
En plus de la leçon d’histoire ce roman donne une leçon de survie. Les Grecs se rappellent encore des recettes de la pauvreté. Adriani, la femme du commissaire, va cuisiner pour familles et proches les haricots, les maquereaux, les tourtes aux poireaux. Le commissaire va remiser sa SEAT…les jeunes seront imaginatifs pour donner l’espoir aux démunis.
Et ne pas oublier qu’il y a aussi une enquête rondement menée !
Difficile de rendre compte de ce thriller philosophique sans en dévoiler l’intrigue au risque d’en faire perdre le suspens !
Tout pour me plaire dans cet ouvrage :
Une promenade dans l’Athènes de la période classique : parcours du Céramique à l’Académie ou professe Platon, un soir dans les quartiers chauds du Pirée à la recherche d’une hétaïre, une séance dans un théâtre clandestin, une cérémonie païenne dans une grotte de la Pnyx…
Une intrigue rondement menée par le Déchiffreur, ainsi nomme-t-on l’homme qui fait profession d’enquêter dans les affaires compliquées ou de comprendre les oracles de la Pythie de Delphes. Son client, Diagoras est un mentor de l’Académie qui fait appel au Déchiffreur à la suite de l’assassinat d’un de Tramaque, un éphèbe fréquentant l’Académie.
Le titre La Caverne des Idées est un clin d’œil à Platon. L’auteur développe ce thème de la Caverne, de la recherche de la Vérité ainsi que d’autres thèmes du philosophe. Pourtant peu de pédanterie, un peu bien sûr, tempérée par une bonne dose d’humour. Et si l’Académie était un lieu si ennuyeux que les jeunes gens n’avaient de cesse de s’encanailler chez ce dépravé de Menechme , chez les prostituées du Pirée, ou pire ? Et quoi de plus incongru que cette jument carnivore qui mange de la viande pourrie dans les jardins de cette sérieuse école ?
Une construction sophistiquée : 12 chapitres correspondant aux 12 travaux d’Hercule. D’ailleurs, le Déchiffreur ne s’appelle-t-il pas Heraklès ? Encore plus sophistiquée, la présence d’un Traducteur qui écrit un corpus de notes de bas de page qui s’émancipe de l’intrigue initiale pour devenir une histoire en soi, compliquée d’un étrange personnage masqué.
Toujours plus sophistiqué encore la notion d’Eidesis, utilisation de métaphores, d’images récurrentes, de mots répétés dans le corps du texte figurant une histoire indépendante. Un texte eidéitique en contenant un autre secret qu’il faut reconstituer en identifiant les images incongrues ou répétitives dispersées comme des indices pour reconstituer la clé secrète. Il m’a fallu effectuer des recherches pour comprendre que le concept d’Eidesis est une invention de Somoza ! (attention je commence à trop en dire et spoiler !
Ce thriller se lit comme un policier, mais il demande du lecteur de l’attention, de l’imagination, des retours en arrière. Les figures poétiques magnifiques, ne sont pas là uniquement pour le plaisir du texte. Il faut s’y arrêter pour y revenir dans la démarche de l’Eideisis. Lecture riche de plusieurs niveaux.
Dionysien, orphique… mystères d’Eleusis. L’Athènes de Platon n’est pas uniquement gouvernée par la raison !
« Cessez de chercher des idées cachées ! Cessez de lire et vivez !! Sortez du texte que voyez- vous ? Juste des ténèbres » exhorte le poète.
« Je ne crois pas qu’ils m’écouteront : ils continueront, acharnés et petits comme les lettres de l’alphabet…. » en conclusion de l’ouvrage.
Ce gros volume de près de 800 pages est une trilogie : Le Cercle, Ariane, La chauve-souris, trois romans écrits en 1960, 1962 et 1965. Gros pavé riche en personnages et en intrigues, personnages historiques ou personnages fictifs, que l’on retrouve dans les trois épisodes. Une liste des protagonistes est donnée en annexe, p 763 et il convient de s’y référer souvent pour éviter de se perdre, entre les noms, les prénoms, les surnoms et les pseudos pris pour la clandestinité…
Un café à Alexandrie
Stratis Tsirkas donne une version hellénique du Moyen Orient. L’essentiel de l’action se déroule dans la communauté grecque, celle de la Diaspora grecque en Egypte et en Palestine mais aussi au sein de l’armée grecque qui a combattu Rommel et les fascistes aux côtés des britanniques ainsi que les électrons libres qui ont quitté la Grèce alors occupée par les Allemands pour prendre part à la lutte. Evidemment les Services de Sa Majesté sont très présents.
Cimetière britannique El Alamein
J’ai emprunté ce livre (désiré depuis de nombreuses années) à la suite de la lecture de L’Automobile Club d’Egypte d’Alaa El Aswanny et du Colonel et de l’enfant-roide Sinoué,une autre oeuvre comparable serait le Quatuor d’Alexandrie deDurrell qui se déroule dans le même décor mais qui est un peu antérieur. El Aswannya un regard égyptien, tandis quele point de vue de Durrell est britannique.
« Jérusalem, cité à la dérive, Jérusalem cité des réfugiés » Juillet 1942
Deux vers du poète Seféris donnent le titre de cet ouvrage.
Jérusalem, printemps 1941, Tobrouk a été prise par Rommel qui menace le Caire où les autorités brûlent les archives, Juifs et britanniques s’enfuient. La pension tenue par Frau Feldmann réunit cette population cosmopolite : un couple autrichien, une princesse roumaine, un couple de Juifs yéménites, une famille de Juifs polonais, une Tchèque, un commandant de la R.A.F, un Grec cohabitent dans cette maison à la salle de bain unique et sans téléphone.
Que fuit Caloyannis? Il a caché son uniforme et ne sort que la nuit. Déserteur? Espion? Qui sont ces « têtes coupées » ?
Jérusalem est un nid d’espions. Le ministre autrichien qui rêve de la monarchie des Habsbourg, doit rencontrer Von Papen à Ankara est surveillé par l’Intelligence service ainsi que par les Américains, envoyé par les Anglais ou agent double? Tous ces diplomates et militaires sont cultivés, ils citent Hoelderlin, Eliot, Cavafy ou Flaubert. Confidences sur l’oreiller, jeux de séductions ou même simples paris mondains, on boit, on couche beaucoup. Les couples se font et se défont.
Les « têtes coupées » sont les communistes grecs, à leur tête, Le Minus, dogmatique stalinien. Entrés en clandestinité, ils souhaitent noyauter l’armée grecque dont les officiers ont une position ambiguë, des sympathies fascistes ou une allégeance aux Anglais. Le rôle de Manos Caloyannis est de rédiger une gazette Le Combattant imprimant une ligne politique claire. l’urgence est de combattre Rommel.
Décembre 1942; Rommel a été repoussé à El-Alamein. Manos Simonidis, en uniforme, rejoint la brigade grecque dans le désert lybique. Blessé lors d’un bombardement aérien, il est hébergé dans une famille grecque du Caire chez Ariane dans le quartier du « Labyrinthe » où il renoue avec ses activités journalistiques. Le Minus n’est pas le seul dirigeant, d’autres permanents, Fanis, Foteros, Garélas forment un noyau très actif. Curieusement, ils restent presque uniquement dans la communauté grecque et ont peu/pas de relations avec les communistes égyptiens. Cloisonnement du mouvement internationaliste? Un chef du PCF venu de Moscou via Téhéran refuse d’entrer en relation avec les militants locaux et ne se réfère qu’au Minus. Clandestinité, autocritiques, discipline. C’est un véritable document quant au fonctionnement révolutionnaire à cette époque. L’objectif est bien sûr la lutte antifasciste aux côtés des anglais mais aussi le maintien d’une armée grecque révolutionnaire prête à conquérir le pouvoir en Grèce après la libération du pays. Il convient donc de soutenir le moral des troupes tandis que les Anglais préféreraient leur laisser un rôle secondaire et mettre au pouvoir le roi et un gouvernement libéral à sa solde.
Le but des Anglais n’est-il pas de dissoudre l’armée de libération?Une étrange Anabase entraîne une brigade grecque dans une Marche pour l’Euphrate à travers le désert syrien, Alep, Racca..
Alexandrie, automne 1944, Simonidis doit relancer la gazette des marins. la flotte grecque est basée devant le port. L’action clandestine s’organise encore au sien de la communauté grecque. On a l’occasion de rencontrer des personnalités pittoresques, famille originaire de Chios réfugiés après le séisme de 1882. Alexandrie, grecque depuis l’Antiquité, avec ses Bains Cléopâtre, ce poète farfelu qui s’appelle lui-même Alexandre le jeune, où le marchand de légume arabe crie sa marchandise en grec!
Les antagonismes se précisent avec la fin de la guerre. Une ligne politique claire est nécessaire. Les communistes doivent-ils soutenir un gouvernement d’union nationale . la confrontation entre l’armée, la flotte grecque et les forces britanniques devient inévitable. Doit-on encourager les protestations contre les humiliations anglaises ou préserver à tout pris les armées pour la prise de pouvoir en Grèce. la guerre civile s’annonce déjà. La flotte subit l’attaque anglaise.
L’action clandestine devient de plus en plus risquée. les rivalités s’exacerbent : face à face intéressant entre le permanent et l’intellectuel. Des agents anglais réactivent les provocations jusqu’au meurtre. Dans ce contexte difficile Simonidis retrouve une lady écossaise Nancy qui prendra part à l’action….
J’ai été happée dans le tourbillon de ce roman foisonnant, excitant. Difficile pour moi cependant de faire la part du réel, de l’histoire et du romanesque. Et une terrible envie de relire le Quatuor D’Alexandrie de Durrell!
Ils sont beaux comme des dieux, dansent bien, chantent en italien, en grec…
Deux frères: Dany peroxydé 15ans 9mois et demie et son lapin Dido et son éternelle sucette au coin des lèvres, Odysseas, presque 18ans, serveur dans un fast-food, dans deux jours, expulsable de Grèce.
Nés en Crète, d’un père grec qui ne les a pas reconnus et qui les a abandonnés, d’une mère chanteuse albanaise. Albanais ou apatrides?
A la mort de leur mère, Dany quitte la Crète pour chercher son père et pour persuader Odysseas de se présenter à un concours de chant « greek star » à Thessalonique.Dans leur traversée de la Grèce, qu’ont-ils le plus à redouter : la police, les fascistes de’Aube dorée, ou les Albanais homophobes? D’autant plus que dans l’insouciance de ses 16 ans, Dany provoque, se défend et ne prend aucune précaution malgré les conseils de son frère.
« on n’a pas des têtes d’Albanais! » affirme-t-il « mais tu as une tête de pédé! » lui répond son frère.
Rencontre avec une jeune ukrainienne, encore une étrangère! mais s’ils sont étrangers partout, ils sont aussi « à la maison » n’importe où.
Aventures violentes, chaleureuses des gosses qui jouent dans l’hôtel abandonné Xenia qui a donné son nom au film, traversée d’une forêt magique où les animaux de Disney les regardent glisser sur la rivière en barque. Dido est-il un vrai lapin ou une peluche? Ont-ils vraiment retrouvé leur père? Odysseas gagnera-t-il le concours?
Le film dure 2h08 et je en me suis pas ennuyée une seconde.
Omonia est encore plus déserte qu’hier soir – la moitié des commerces ont et notre ancien hôtel La Miraje sont fermés, même les kiosques périptères où je trouvais tout, de l’eau aux yaourts et aux cigarettes en passant par les chips et les biscuits, paraissent démunis.
Le Musée National se trouve près de l’Ecole Polytechnique dont les grilles sont recouvertes de calicots et de banderoles soutenant le prolétariat ukrainien contre les fascistes. Affirmation ambigüe. Quels fascistes ? Quel prolétariat ?
Le bâtiment du musée 19ème siècle néo-classique est peint aux couleurs antiques. Les statues doivent se sentir « chez-elles ». Nombreux panneaux explicatifs bilingues, très bien faits. Je me sens plus à l’aise que dans le Nouveau Musée de l’Acropole, trop solennel, trop sombre où il est interdit de prendre des photos.
Idole enceinte
Nous avons visité le musée du Kerameikos ce matin, admiré les stèles, les très beaux vases. Je me fixe un objectif : les salles des Cyclades classées dans le département de la Préhistoire (comme à Fira). Une très longue salle étroite, très sombre est meublée de vitrines bien éclairée. Les objets sont de petite taille à l’exception d’une idole de taille humaine (1.51m, ma taille). Les objets sont rangés selon le site d’origine. Certaines proviennent de Paros ou de l’île voisine de Despotiko, beaucoup viennent de Naxos ou de Milos. Rien d’Akrotiri (tout doit être à Fira, je présume). Je suis fascinée par l’élégance, la sobriété des idoles de marbre. Les plus figuratives portent même des traces de peinture, l’une d’elle a les yeux maquillés. Une autre est enceinte.
harpiste
Les musiciens sont merveilleux. Les céramiques sont fort belles mais le choc de la surprise, nous l’avons eu à Fira et auparavant à Héraklion. Je ne connaissais pas les poêles à frire aux motifs marins, aux vagues en triangles entrelacés. En regardant mieux, je découvre un bateau.
Trésor de Mycènes : masque de’Agamemnon
Pour le plaisir, je flâne dans la salle de Mycènes où est exposé le Trésor d’Agamemnon. Je me souviens bien du masque d’Agamemnon (ornant le livre d’histoire de 6ème) mais j’avais oublié cette magnifique tête de taureau noir au mufle d’or (je croyais l’avoir vue à Héraklion). Evidente parenté des fresques mycéniennes avec les fresques Minoennes de Crète ou d’Akrotiri. Grandes amphores au motif du poulpe (encore un motif crétois). Mention spéciale à un bol de stéatite avec un poulpe gravé). Originalité de ces mycéniens partant en guerre, martiaux un peu branquignols !
les mycéniens s’en vont-en-guerre
Je m’aventure distraitement dans les salles de sculpture archaïque et classique. Je n’ai plus d’appétit. Et pourtant je flashe pour un Dyonisos ressemblant au Bacchus de Michel Ange du Bargello et pour els kouroi qui me ramènent à Samos.
Dyonisos
Retour sur la terrasse de l’Hôtel Economy.
Un orage se prépare. Il éclate vers 19h. Dès que la pluie cesse, je descends chercher à dîner. Déception : tout est bouclé. Autrefois, il me semblait qu’autour d’Omonia la vie ne s’arrêtait jamais, qu’on trouvait des tyropitas même en pleine nuit. Traditionnellement les Grecs mangent tard. Je commande le dernier souvlaki au marché mais il n’y a plus de pita, on me donne un vieux quignon de pain rassis.
Nous avons toujours bâclé la visite de l’Agora coincée entre l’Acropole et le Kérameikos. Cette fois-ci, encore, nous arrivons presque à midi ; sans guide Bleu. Je me précipite au Musée de l’Agora dan la Stoa d’Attalos,(roi de Pergame 2ème siècle A D). Ce musée et tout en longueur, le groupes forment des bouchons. A l’étage, sous la galerie, se trouve une galerie de portraits : dieux et empereurs romains mais aussi anonymes à la personnalité marquée et au nez invariablement cassé. L’Agora ne ressemble pas à la place du marché rectangulaire bien ordonnée qu’on visite dans els sites de moindre importance. Pendant l’Antiquité, ce quartier d’Athènes à la base de l’Acropole devait être très construit avec plusieurs stoas, deux bouleutérions, une tholos de nombreux bâtiments officiels sans compter les traditionnelles boutiques. Toute cette urbanisation est réduite aux fondations, de rares colonnes aux chapiteaux corinthiens géants dépassent. L’agora est plutôt un parc verdoyant aux multiples essences : oliviers en fleurs, caroubiers, platanes, lauriers qui ont la taille d’un arbre. Le grand égout collecteur traverse le jardin, il est plein d’eau en ce moment. Nous aurions pu y passer un bon moment tranquille si l’heure de déjeuner n’était pas arrivée.
déjeuner en terrasse
Pour notre dernier jour à Athènes nous mangerons dans une taverne sur la promenade longeant la tranchée du métro. Tables vertes, chaises de bois brut devant une maison néo-classique à façade jaune, au tour des portes et fenêtres blancs. De petites plantes vertes aromatiques, comme c’est l’usage en Grèce, ont pour cache-pots des boites anciennes en fer. Le serveur est attentionné. Ce sera risotto aux moules (8€) et moussaka (7€) avec du vin blanc. Pendant que nous attendons, une foule de vendeurs à la sauvette vient proposer divers articles dont nous n’avons pas l’usage. Un Indien vend pour 2€ un enfile-aiguille-à-coudre. En vieillissant, je deviens incapable d’enfiler une aiguille, j’achète volontiers sa camelote. Un autre Indien apporte une « machine-à-coudre » qui ressemble à une agrafeuse et qui fait des piqûres. Lui succède un 3ème avec des cannes télescopiques, des bâtons de montagne équipés d’une lampe de poche incorporée (sans doute pour les expéditions himalayennes ?). Les enfilent-aiguilles et les cannes sont destinées à la clientèle 3ème âge, c’est un peu vexant. Une vieille en fichu passe entre les tables avec des roses. Deux petites gitanes jouent les Enfants du Pirée à l’accordéon. Elles ont fixé le prix du spectacle à 0.5€. Des africains étalent des lunettes de soleil et des montres de contrefaçon au cadran gigantesque. Ils n’insistent pas. Une Africaine s’arrête longuement avec des bracelets tressés et en choisissant spécialement pour moi un « sexy » rose. La moussaka et le risotto arrivent enfin, servis brûlant ; la moussaka a plus de pommes de terres que d’aubergines et surtout beaucoup de béchamel. Je préfère la mienne.
De l’Hôtel Economy, la rue Sophokleous arrive directement dans la grande avenue qui vient du Pirée et qui passe devant l’usine à Gaz transformée en zone culturelle que je ne visiterai pas encore cette fois-ci, malgré mon envie.
Feu d’artifice de coquelicots. Leurs pétales sont rouge intense ; A l’intérieur de la corolle une croix noire brillante est dessinée. Un énorme bourdon les survole vrombissant comme un hélicoptère, soulevant les pétales ; lorsqu’il se pose sur le stigmate toute la fleur bascule sous son poids.
J’avais un souvenir émerveillé de ce cimetière antique verdoyant de part et d’autre de l’Eridanos, nous avions rencontré une tortue ; nous avons photographié à plusieurs reprises Charon ans sa barque et les vieillards, le chien Molosse, le taureau qui surplombe la voie des tombes. Je me souviens bien des stèles que nous visitons comme de très vieilles amies.
la barque de Charon
Le site est beaucoup plus organisé qu’à notre dernier passage. Des cordelettes définissent des parcours et interdisent l’approche des vieilles pierres. Une escouade de surveillantes, armées de sifflets, font lever les imprudentes qui auraient pris pour siège les fondations d’un monument. Le guide vert est resté à l’hôtel ; je me fie uniquement aux panneaux émaillés qui comportent invariablement un plan du Kerameikos et de ses environs procurant ainsi une représentation globale du site. Ce que je prenais pour un cimetière est plutôt un carrefour routier. Ceci n’est pas incompatible : on a souvent enterré les gens sur les bords des routes et à l’entrée des villes ; je l’avais remarqué à Rome ou en Corse.
Il faut alors imaginer le Dipylon comme la porte monumentale d’Athènes et les routes y arrivant. La route d’Eleusis, Voie sacrée, était parcourue par les processions allant aux mystères. Sur le bord de la Voie sacrée se trouve un vieil autel et à la fourchette de la voie sacrée et de la voie des tombeaux le Triptopatrion où les Athéniens invoquaient des divinités familiaires. La Route du Pirée couraitle long des Longs Murs de Thémistocle (478) construits à la hâte : il en subsiste un petit tronçon en bon état, bâti en appareil polygonal avec de très gros blocs parfois des tombes (selon le panneau). Une autre voie conduisait à l’Académie de Platon (1600m). Sur une place, Périclès aurait fait l(oraison funèbre des morts dans la guerre du Péloponnèse. On y voit aussi le monument des Lacédémoniens.
Dexilos tué à Corinthe en 394
A l’entrée de la ville, une fontaine accueillait les visiteurs assoiffés. A côté, les Romains avaient érigé une statue sur un piédestal de marbre. Proche du Dipylon, le Pompeion où se préparaient les processions funéraires sur le Dimosion Sema(cimetière public) et la procession Panathénienne vers l’Agora et l’Acropole. Le long du Demosion Sema se trouvent les tombes de Périclès, Clisthènes, Thucydide et Lycurgue.
Au lieu d’imaginer les tombes séparément, je vois maintenant les processions s’organiser, les soldats de Thémistocle se préparer à la bataille de Salamine, les philosophes se promener, les voyageurs se rafraîchir. L’endroit perd un peu de son mystère funéraire pour gagner en animation !
Un très joli musée abrite les statues originales, sur place on a mis des copies. Le chien Molosse qui gardait la tombe des Lysimachides Dexilos tué à Corinthe en 394, le taureau de Dionysos de Kollytos, le lion gardien de la Voie sacrée ainsi qu’un sphinx. Ce musée présente aussi de nombreuses céramiques: urnes, pyxides, aussi des pleureuses en terre cuite et des vases classiques de toute beauté.
pyxide
Quittant le Kerameikos on rejoint la promenade et le métro Thyssio avec son marché aux puces
Un coin calme, triangle de pelouse, porte une stèle. C’est un poème d’Elie Wiesel :
« Passant arrête-toi, ferme les yeux, souviens-toi qu’en ce temps, en ce lieu… »
Partout, en Grèce, ce passé me rattrape, au hasard d’une promenade.
Le Musée Kanellopoulos à Anafiotika est ouvert et gratuit aujourd’hui. De nombeuses salles sont vides. Restauration ou déménagement ? Je profite de l’aubaine pour admirer de très belles icones à l’étage.
Je remarque une Nativité du 15ème siècle entourée d’une »mosaïque » de 4 rectangles représentant les 4 évangélistes et dans les coins de carrés figurant des scènes de la vie de la Vierge. Une de mes préférées est une Dormition de la Vierge, une Dormition de Saint Ephraïm le syrien du 15ème ou 16ème siècle. Il y a également des portraits du Fayoum ainsi que des tissus coptes de toute beauté.
Après avoir descendu les petites rues bien tagguées cette années (c’est selon, une fois sur deux on les voit repeintes, on revient les graffiteurs sont repassés), nous prenons l’apéro à la taverne qui a installé ses tables en angle contre la grille du forum romain, c’est un de mes cafés préférés ; je dessine. Déjeuner sur la terrasse de l’hôtel Economy, je suis descendue à l’Agora (moderne) et j’ai acheté des souvlakis au coin de la rue, en face du marché.
Nouveau Musée de l’Acropole
caryatides de l’Erechteion
Nous l’avions raté pour cause de 1er mai et de grèves en 2010. J’attendais l’occasion de le visiter.
J’ai fait une belle promenade pour m’y rendre en passant par Monasteraki, le marché aux Puces, le long de la tranchée du métro l’Agora boisée ressemble à un parc. A Thissios, un pont enjambe le métro et une grande allée dallée occupée par les étals des peintres de chromos, les vendeurs de bracelets tressés et de tricots…Plus loin, une série de très beaux cafés ont installé de grandes terrasses et de beaux immeubles néoclassiques font face à l’Acropole.
Le Musée est installé derrière une esplanade de verre qui permet de découvrir les fondations des maisons et des bâtiments antiques. Les Musée est très vaste, sombre en rez de chaussée où l’on découvre dans de belles vitrines des objets: beaux vases, terracottas, objets usuels et stèles provenant de sanctuaires de divinités vénérés à proximité : Nymphes et Pan à la Pnyx au pied de l’Acropole : Asclépios et Dionysos accompagné par des danseuses aux vêtements plissés. Des escaliers roulants conduisent à l’étage ou le fronton de l’ancien temple nous fait face : un taureau est dévoré par une lionne, un dragon à la queue enroulée. A droite les statues archaïques, à gauche les statues hellénistiques ou romaines.
J’ai aimé la série de Korés présentent leurs coiffures bouclées et leurs vêtements drapés. Certaines ont gardé des traces de pigments et les motifs de leurs vêtements. On a reconstitué les couleurs d’époque avec des bleus francs et des rouges vifs.
Au second étage, restaurant en terrasse face à l’Acropole
Troisième étage : un écrin pour les frises du Parthénon. Beaucoup sont des reproductions en plâtre ou même absente remplacées par des dessins faits avant qu’Elgin ne les embarque au British Museum. Ce musée me paraît être un appel pour leur retour. On pourrait, certes, se contenter de ce qui est présenté. Lire toutes les explications, étudier un à un les personnages. Après avoir consacré beaucoup d’attention aux étages précédents je n’ai plus la patience nécessaire. Il me faudra revenir une autre fois et aller directement en haut !
Lire également sur un blog ami un article très détaillée : ICI
Je garde toutefois un souvenir ému de l’ancien musée de l’Acropole où l’on était beaucoup plus proche des œuvres qui se trouvaient à hauteur d’homme ;
Je rentre en complétant mon tour de l’Acropole par une flânerie à Plaka, ses restaurants et ses boutiques. Rue Byron, une pensée pour le poète. A mesure qu’on se rapproche de Monasteraki les magasins proposent des marchandises meilleur marché et de moindre qualité. Je trouve quand même le foulard en mousseline que je désirais rapporter. Malheureusement ceux de Santorin étaient beaucoup plus beaux. On ne devrait jamais différer ces achats.
Aux Aérides, je trouve la rue Eolou qui me ramène derrière l’Agora. Nous ne nous lassons pas de la terrasse sur le toit de l’Hôtel Economy. Vers 20h je vais à Omonia chercher le dîner. Everest a fermé, les kiosques sont démunis. Plus d’Albanais, plus de drogués et de marginaux comme autrefois. Omonia est déjà endormie.
Le Prevelis accoste à la Porte 4. Où est le métro ? Cédons à la facilité : les taxis attendent juste en face. Le chauffeur ne connait pas un mot d’anglais mais connait l’hôtel Economy. Je fixe ostensiblement le compteur. La prise en charge n’est que d’1.20€ , il n’y a personne dans les rues. 11€ à peine plus que ce que nous aurions dû payer en métro avec la promenade de Monasteraki en traînant les valises en moins.
6h45 : le réceptionniste de l’Hôtel Economy est très aimable mais n’a pas de chambre disponible. La première qui se libérera sera pour nous. Je fais remplacer le petit déjeuner que nous ne prendrons pas dimanche par celui d’aujourd’hui.
Acropole
Temple archaïque d’Athéna et Erechteion
Luxe : le taxi pour l’Acropole monte jusqu’à la billetterie grâce la carte Handicapé, laquelle donnera également droit à une montée par l’ascenseur secret grimpant la falaise.
Sans Guide Bleu ni Guide vert, je prête une attention particulière aux panneaux explicatifs et les recopie studieusement.
Le Pandroseion – ancien temple d’Athéna – nommé d’après Pandroso (fille gentille et obéissante de Cecrops, d’après le panneau) est l’endroit le plus ancien, le lieu du concours entre Poséidon et Athéna. L’olivier sacré (mais quand même moderne) rappelle cette légende avec la source salée offerte par Poséidon. Le Temple Archaïque d’Athéna construit de 525 à 500, fut détruit par les Perses en 480 et modifié au moment de l’érection de l’Erechtéion.
L’Erechtéion – nommé d’après Erechtée – roi mythique d’Athènes, construit de 431 à 406. Sa construction fut interrompue pendant les Guerres du Péloponnèse. Les caryatides sont en marbre de Paros. Elgin a emporté la 3ème caryatide à Londres. L’Erechtéion fut restauré de 1979 à 1987.
Parthénon
L’Acropole est un chantier permanent. Chaque fois que nous y venons, nous constatons du changement. Cette année, la restauration du Parthénon accuse des progrès notables. La grue qui était au milieu dans la cella à notre dernière visite en 2010, s’est avancée au coin de la façade Ouest qui se trouve encombrée avec des sacs de ciment. Juste derrière la colonnade, 3 étages d’Algécos sont empilés.
De nombreux panneaux expliquent cette restauration et listent les interventions précédentes :
1841/1844, 1913, 1927/1928
La restauration actuelle a pour but de retrouver l’aspect des ruines au 19ème siècle. On a démoli le mur latéral de la cella pour identifier les blocs et la reconstruire. Les colonnes sont aussi remontées. Le principe moderne de l’anastylose est de ne pas cacher les lacunes en utilisant du marbre pentélique plus blanc identifiable. On remplace les chevilles de ferrailles qui ont endommagé la pierre par des chevilles de titane. J’aime regarder les ouvriers qui travaillent les jointures et les cannelures à la scie électrique.
Parthénon : façade est
Je n’avais jamais pris la peine de bien observer la façade Est : je découvre les têtes de cheval débordant du fronton et les trous aux emplacements où étaient accrochés les boucliers votifs offert par Alexandre le Grand après sa victoire sur le Granique en 334 av. JC.
Temple de Rome et d’Auguste
Situé derrière la façade Est du Parthénon. Je n’avais jamais prêté attention à ce petit temple romain à colonnade circulaire de 9 colonnes (pteron), le seul dédié au culte de l’empereur. Les Athéniens avaient soutenu Marc-Antoine. Le temple fut construit en 27 av. JC quand Octave fut proclamé Auguste.
Nous redescendons par les Propylées bien restaurée . Je n’avais jamais remarqué devant les Propylées le Monument d’Agrippa pourtant il me semble qu’on ne voit que lui avec son socle monumental.
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Le propriétaire de Rooms Mary on the beach nous conduit à 19h au port – vide- le Prevelis arrive de Crète, via Rhodes– Karpathos – Anafi.
Nous l’attendons à l’abri dans la gare maritime. 9h55, le Prevelis est à quai sans qu’on ne l’entende. C’est un bateau blanc de la compagnie ANEK plus petit et moins luxueux que le Delos.
Pas de hamburgers Goody’s, nous dînons grec, de tyropita (2.2€) il y a aussi des gyros (chers) et une sorte de cantine avec un repas complet à 8€.
Un steward nous accompagne à la cabine, plus vaste que je ne l’imaginais avec une grande salle d’eau. Les couchettes sont prêtes. Nous montons sur le pont voir le bateau quitter le port. Il fait déjà nuit. Fira est illuminée. Un bateau de croisière étincelle. La nuit sera confortable. Je m’éveillerai au Pirée. Une dame vient frapper avec insistance pour s’assurer que nous sommes levées.