Trikeri et la pointe du Pélion

Pâques aux Météores et une semaine au Pélion

Vers la Pointe du Pélion

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Vers la Pointe du Pélion, 30 km séparent Milina de Trikeri.  C’est toujours le même enchantement de découvrir, crique après crique, l’eau verte à travers les oliviers et la garrigue. Certaines sont accessibles uniquement par bateau. Une ferme aquacole a grillagé les abords d’une pointe. Plus loin, au creux des rochers, les baraques d’une bergerie, à éviter à cause des chiens.

Kotes, le plus ravissant port de pêche

Sur la droite, une route mène à Kotes.La végétation est luxuriante et multicolore, gros coussins ronds, orange, bleus, jaunes, verts,  juxtaposés, premier plan d’une photo de mer turquoise, à l’horizon les lignes de crêtes vertes et bleuissantes des collines du Pélion, des îles et de la Grèce continentale. Au détour du chemin, les couleurs vives d’un port min D’énormes buissons bleus, jaunes, mêlés à des euphorbes orangés attirent le regard. Je descends la route à pied pour prendre des photos. Je reconnais parmi les buissons des sauges. Fleurs, feuilles sont de grande taille mais le parfum est caractéristique. Les jaunes sont différentes : les fleurs sont regroupées en sortes de pompons étagés sur la tige principale et les feuilles n’ont pas l’odeur habituelle. Je ramasse des feuilles de sauge officinale pour la cuisine. Ce matin, en faisant frire l’omelette du pique-nique,On regrettait l’absence d’herbes aromatiques.

Au détour du chemin, les couleurs vives d’un port minuscule, quelques maisons chaulées, une taverne toute bleue, des bateaux et des filets multicolores.

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la remmailleuse

 


Kotes est le plus ravissant port de pêche qu’on puisse imaginer sur les bords de la mer Egée. Pas une fausse note, aucun artifice. Non plus la nostalgie d’un  endroit oublié. La taverne est bien vivante. Les remmailleuses de filets aussi. D  lie connaissance avec l’une d’elles pour faire son portrait. Jupe en jeans, figure aimable, elle est curieuse de savoir d’où nous venons.


Je m’installe sur un banc à l’ombre d’une tonnelle pour dessiner. Les vieilles dames sont curieuses « Ti kanis ? ». L’une d’elles est très vieille, sa natte blanche lui descend au dessous des fesses. Sa voisine fait mine d’arroser ses plantes pour nous surveiller. Je resterais volontiers toute la matinée à dessiner les bateaux, les gréements, les lignes de crêtes. Je regrette le grand bloc laissé à Paris. Dessiner au crayon est frustrant. Ce sont les couleurs qui sont belles. Dommage que je n’ai pas ma boîte d’aquarelles.
Nous nous promettons de revenir ici vendredi.

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taverne bleue

 

Trikeri, gros bourg au flanc de la colline

A l’entrée de Trikeri, une grosse école – un collège peut-être – fermé. Les Grecs sont en vacances. Une bande d’adolescents nous salue : « Heil Hitler ! », cet accueil nous rafraîchit. Trikeri est un gros bourg au flanc d’une colline, composé de maisons cubiques au toit à quatre pans en tuiles rouges.

Promenade dans les ruelles pavées. A l’ombre d’un  platane et d’un acacia en fleurs, sur la place, trois kafénéion avec des chaises de bois et des tables carrées où sont attablés les vieux du village. Les jeunes sont entassés dans un coin, au café moderne, sur des chaises métalliques. J’aurais bien aimé profiter de l’ombre de la placette en sirotant mon café frappé. Mais que choisir ? Côté chaises de bois, seulement des hommes, côté fauteuils une ou deux adolescentes sont mêlées aux garçons. Nous grimpons dans les ruelles. Les maisons blanches avec des volets et des grilles bleus ont notre préférence. Nouvelle senteur : ici abonde le seringat, une boule blanche déborde des jardins dans la rue. Quand nous arrivons sur la place du village, une vieille nous aborde. Je fais tous les compliments que je connais en grec. Il suffit d’un  « kalimera » pour adoucir les contacts souvent rugueux. Quand ils ne parlent pas anglais, les gens sont souvent bourrus avec nous ; dès que j’étale mes quelques mots de grec, ils deviennent charmants.

Aghia Kiriaki, petit port

Suivant les conseils du Petit Futé, nous nous dirigeons vers Aghia Kiriaki. Encore un petit port avec des bateaux multicolores et des jardins fleuris. Je complimente une dame pour ses clivias rouges. Elle me fait entrer dans le jardin. A l’entrée de Aghia Kiriaki, le chantier naval entretient ou répare de très gros voiliers et des ferries. Il est disproportionné par rapport au village. Nous prenons l’apéro sur le port dans une jolie taverne bleue : chaises laquées bleu vif, nappes bleu clair avec des motifs jaunes.
Pour explorer la pointe de la presqu’île, la route part de l’entrée de Trikeri et serpente dans la garrigue autour d’antennes rébarbatives, puis descend. Tout autour, de l’eau : des crêtes, des côtes ; des îles, des promontoires. Nous avons tellement tourné dans les lacets que je ne sais plus où est le continent. Ces côtes sont elles celles d’Eubée, du Pélion ou de Thessalie ? Il me semble que nous avons joué à ce jeu idiot qui consiste à tourner autour d’un  bâton pour perdre le sens de l’orientation.

débarcadère pour l’île de Trikeri

En bas de la route, un parking et un débarcadère. Une vedette fait des allers-retours pour la petite île de Trikeri où un panneau illustré vante des cottages de rêve. Nous trouvons le lieu de pique-nique idéal : assises sur des rochers plats (du marbre sans doute) avec pour dossiers de vieux oliviers. Des cistes roses font des taches de couleur. La mer est légèrement ridée par un petit vent frais. L’eau contenue dans les trous des rochers est tiède. Je laisse tremper mes pieds, arrive une, puis deux, puis cinq crevettes qui pédalent sur mes orteils, grattent avec leurs minuscules pinces, je les sens  à peine. Elles sont si jolies avec leurs carapaces transparentes zébrées, le bout de leurs appendices orange et leurs si longues antennes.

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Après le repas nous trouvons pour la sieste un endroit encore plus confortable mais il fait un peu frais pour se baigner, le vent s’est levé et le soleil est voilé.

Sur la piste dominant la Mer Egée

Au retour, D avise une piste qui monte droit vers la crête. Nous aurons sans doute un beau point de vue ! La Hyundai Atos grimpe bien. Nous découvrons la Mer Egée bleu marine foncé, agitée de petites vagues complètement de notre golfe Pagasitique avec son eau d’opale si calme.
La côte, aussi, est singulière, en pente abrupte, très rocailleuse. Une végétation très rase tente de s’y accrocher. La lavande stechade pousse ici avec du thym très odoriférant. La piste se poursuit en corniche. Peut être mène-t elle à Platanias ? De toutes les façons, nous n’avons guère le choix, il n’y a pas de place pour faire demi-tour. D se sent une âme de pilote de Rallye . Elle conduit hardiment sur piste. Je suis du coté du précipice et je pense à Louis de Funès « sur un arbre perché », je pense, bien sûr, à une crevaison possible, aux chutes de pierres qui barreraient la route…L’aventure est excitante mais j’aimerais bien que nous arrivions quelque part. la piste arrive à des baraques de tôles, bergeries de chèvres ou de moutons. Sur un rocher, un énorme chien noir, (après réflexion, c’est peut être une chèvre) . Nous remontons prudemment les vitres de la voiture. Dans la descente la piste devient encore plus mauvaise avec des pierres aiguës et des cailloux qui roulent. Je retiens mon souffle. Un petit troupeau de moutons broute l’herbe juste au dessus du vide. Il ne faut pas les effrayer. Les moutons sont bêtes et se jettent parfois des barres rocheuses en montagne. La piste est interminable. A un tournant, nous apercevons un chien puis un autre. En tout il y en a cinq. Heureusement le berger assis sur un rocher n’est pas loin. Il est vieux, buriné avec ses cheveux tout blancs. Je lui demande:
– « combien de km reste-t il à parcourir sur cette piste ?
 « D’où venez -vous ?
– «  De France
– «  cela le fait rire: « aftokinita kaputt ! ». Il y aurait assez de place pour manœuvrer et faire demi- tour si les chiens ne s’en mêlaient pas. D a surtout peur d’écraser le plus petit qui se plante près des roues. Leur maître n’esquisse pas un geste pour les rappeler. Il nous laisse nous débrouiller seules. « pas de provlima avec les chiens ». Le retour est moins angoissant. Puisque nous sommes passées une fois…Il se déroule plus rapidement que l’aller. Nous devons quand même passer l’obstacle des moutons qui prennent la fuite en courant devant la voiture, puis passer le grand troupeau de chèvres noires aux cornes recourbées.

Versant oriental du Pélion : Tsangarada -Milopotamos- Lambinou

Pâques aux Météores et une semaine au Pélion

 

Tsangarada
Nous nous étions habituée à l’été avant l’heure. Ce matin, l’atmosphère est embrumée, le ciel voilé, la mer laiteuse. Nous bifurquons vers l’est une dizaine de km après Argalasti.

Une végétation florissante
La route traverse d’épaisses forêts de pins et d’autres résineux et s’élève en altitude. Le versant oriental du Pélion, baigné par la Mer Egée est couvert d’une végétation nouvelle. La garrigue plus touffue fait place aux arbres à feuilles caduques : châtaigniers de grande tailles, cerisiers, noyers et même dans les jardins des marronniers en fleurs exceptionnellement grandes et fournies. Au sol, fougères aigles et ronces font un épais tapis contrastant avec les rocailles et les épineux du versant occidental. Dans les jardins, les camélias, rhododendrons, hortensias et fuchsias sont florissants. Comme partout, les ravines sont le lieu de prédilection des platanes ainsi que les places des villages. Celui qui orne Tsangarada est exceptionnel : son tronc, ou plutôt ses troncs jumeaux, sont de la dimension d’un baobab. Ses branches latérales sont si lourdes qu’on a construit un pilier de pierres maçonnées pour l’étayer
.
Maisons thessalio-macédoniennes

Les maisons à encorbellement de style thessalo-macédonien sont très caractéristiques de la région avec leur toit recouvert d’épaisses lauzes de schiste argenté. Les angles des pans sont soulignés de pierres horizontales. Les cheminées, les petites tours cylindriques sont coiffées d’une pointe. Le plan du bâtiment est compliqué avec son balcon en saillie et parfois la terrasse d’angle encadrée de deux balcons perpendiculaires, l’édifice forme alors un L. De la voiture ces constructions ont beaucoup d’allure. Mais quand on s’arrête , je suis un peu dépitée : ces maisons sont toutes neuves! Elles sont construites en série pour abriter des appartements à louer  et portent des noms anglais: « Jack’s home ». Dispersées dans les jardins fleuris, elles ont du charme mais l’ensemble est un peu artificiel.
On cherche, sans la trouver, la place du village avec son kafénéion. Le guide d’écotourisme propose une belle randonnée de Tsangarada à Doumchari, 2H3O de marche. Il est un peu tard. Le relief est très escarpé. Et si le sentier était mal tracé ? Et si c’était plus long que prévu ? Je n’ai même pas une carte.

La plage de Milopotamos

Milopotamos, carte postale, nous avait séduites. Sous le ciel gris, l’eau grise, nous sommes  déçues. Sur la photo, le sable blanc éblouissant ressortait sur la mer émeraude… Un petit canyon, occupé par un beau ruisseau bordé de magnifiques platanes, débouche dans une autre petite crique où s’élève  une chapelle avec un toit de lauzes, sa cloche à l’extérieur et un tapis de fleurettes roses.
Une  promenade pédestre  relie Milopotamos à la plage de Lambinou en suivant le chemin côtier. 5oom plus loin, des branchages bouchent le sentier, heureusement que D n’est pas partie m’attendre à Lambinou ! Pour le pique-nique, nous n’avons rien trouvé de frais, j’espérais acheter au moins un tyropita pour compléter la boîte de farcis.
Lambinou
Au dessus de Lambinou nous assistons à un curieux phénomène : le nuage remonte de la mer Egée tandis que le ciel paraît bleu. La plage de Lambinou est déserte, encaissée, rochers gris clair, sable blanc et mer turquoise. J’essaie de me baigner mais la mer Egée est plus froide que notre calme Golfe Pagasetique. Dominique a lu dans les guides que la côte orientale du Pélion est plus humide (la végétation renforce cette théorie). Sur notre côte, peut être fait il beau ?

Monastère de Paou

Après Argalasti, une route(ne figurant pas sur nos cartes) descend vers le monastère de Paou qu’on devine au loin à sa belle rangée de cyprès. C’est une imposante bâtisse grise. Les bâtiments en bon état sont disposés autour d’une cour soignée et décorée de grosses jarres (genre des pithoi crétois). J’entre timidement. Il n’y a personne. Au milieu de la cour, l’église byzantine, (dans le style des églises croates, plus haute que larges, à la place du  transept des églises latines deux hauts cylindres de pierre finement décorée avec une série de petites fenêtres découpées dans du marbre blanc avec des arcs en arabesque). Le porche est aussi délicatement sculpté avec des motifs de croix et d’aigles. A l’intérieur des chœurs enregistrés accueillent le visiteur. Nous pouvons à loisir détailler les fresques, qui redssemblent à des bandes dessinées.

Baignade
La journée se poursuit mieux qu’elle n’avait commencé. Le soleil brille. Nous trouvons une petite anse où sont tapies quelques maisons (domatia pour l’été). La petite plage de galets est vide. Nous nous installons à une extrémité sur des rochers et je me baigne comme en plein  été.

Pour terminer la journée  le coucher de soleil vu du balcon est somptueux. Il a plu quelques gouttes. Les nuages se colorent de rose, orange, violet. Les crêtes de Thessalie violettes sont beaucoup plus nettes que par beau temps

Pelion – Lafkos – village perché

Pâques aux Météores et une semaine au Pélion


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nuages et pluie

Les prévisions météo sont mauvaises. Les nuages, dès le matin, n’annoncent rien de bon. La mer est brillante et verte. Nous devions retourner au petit port de Kottes. J’ai peur d’être déçue. Cet endroit était magique : une perfection de calme, d’harmonie et de couleurs. Sous une lumière défavorable, je crains de ternir cette image radieuse.

les courses au village de Milina


Nous nous levons sans empressement.

Pour retarder toute initiative, nous allons voir si l’on vend des langoustines sur le port. Elles sont très chères : 20€ le kilo. Le pêcheur veut écouler toute sa marchandise, il mélange grosses et petites crevettes, gambas et langoustines, pèse le tout : 800g. C’est beaucoup trop et surtout trop cher. Il nous fait un  prix 12€ au lieu de 16€. Nous lui laissons le sac, un peu gênées. Il faudra désormais éviter le kafenion où il se tient ! Difficile, il fait l’angle avec la rue commerçante où se trouvent le supermarché, les deux boucheries et le boulanger.


Nous prenons une petite rue de traverse et découvrons tout un quartier de Milina que  nous ne soupçonnions même pas : petites maisons, jardins soignés, orangers croulant sous les fruits…Je suis contente de voir que notre petit village n’est pas seulement une enfilade de tavernes sur le port.
Le boucher est bien aimable mais il ne parle pas du tout anglais. Devant nos mines perplexes, il a une idée « côtelettes ? » il rentre dans sa chambre froide et ressort avec des côtes porc premières ou échine. Avec des courgettes, nous aurons un repas équilibré !

le sentier de Lafkos à Milina
Sakis m’avait raconté à Athènes qu’il existait une promenade entre Milina et Lafkos.  De la station-service de Lafkos, gagner le square et descendre les marches sur la gauche.

Deux chapelles et un monastère

A la sortie du village, un écriteau promet deux chapelles et un monastère. En avant ! Les nuages se dissipent avec le vent. La lumière est agréable. La piste suit un chemin de crête dans le maquis fleuri de cistes roses mauves et jaunes, de bruyères très hautes presque arborescentes mêlées aux arbousiers et aux chênes verts. Nous passons devant les chapelles blanches au toit de lauzes, poursuivons la piste sur trois kilomètres sans voir le monastère. Un incendie a ravagé le maquis il y a quelques années. Des troncs calcinés d’oliviers sauvages, de genêts et de chênes verts se dressent, secs et gris entourés par des buissons de rejets partant de la souche. Comme nous redescendons sur le versant oriental, côté Egée apercevons des châtaigniers dispersés. Au retour, nous ratons la 2ème chapelle mais nous arrêtons à la première qui est vraiment très jolie, accompagnée d’un  chêne vert en fleurs avec son gros tronc renflé et son feuillage touffu rongé horizontalement par les troupeaux ; Comme l’église du monastère, elle est flanquée sur trois côtés d’absides demi-cylindriques coiffées de petits toits de lauzes. Ouvrant vers la mer, un porche moderne. La vue est magnifique. Les îles se découpent, comme vues d’avion, en contours tortueux et festonnés. Malheureusement je n’ai pas mon matériel de dessin.

Lafkos

A Lafkos, le « square » est indiqué par un  panneau « plateia ». C’est la place du village avec l’église (moderne, très laide) ses platanes et les kafénéios. Le coin gauche d’où part le sentier est en chantier. Les ouvriers sont très aimables, le plus vieux m’indique la direction tandis qu’un plus jeune m’emboîte le pas « provlima ! » : un gros trou, on répare l’adduction d’eau ou les égouts. Je trouve enfin un bon chemin dallé avec des marches soulignées par des  dalles redressées verticalement. Le suivre ne va pas de soi : il tortille entre les vieilles maisons ? Dans une ravine, il se perd dans l’herbe. Je me trompe de versant et arrive devant un tas de ronces. Demi-tour !

Dès qu’il quitte le village, le sentier muletier pavé est bien entretenu. On a coupé  les broussailles. Je me félicite d’avoir emporté mes bâtons de marche, la pente est raide et les vieilles pierres,  lisses et glissantes. Je dois marcher avec précaution pour ne pas me tordre les chevilles. Une chapelle blanche a été édifiée en face de la fontaine en pierre taillée. L’eau s’écoule dans une rigole de pierre. Je marche sur la gouttière sous les platanes. Milina est beaucoup plus étendu que je ne le pensais, je traverse des quartiers neufs inattendus. Le long de la vallée sèche sont plantés des noyers, dans les jardins des grenadiers en fleur, des orangers et des légumes. Je croise le pope, très grand, lunettes de soleil. Il a plus l’air d’un  play boy que d’un curé.

De son jardin sort la mère de Sakis qui me reconnaît tout de suite:
 «d’où viens-tu ? »
 « de Lafkos »

  Elle me fait signe de la suivre. Dans ses bras, des poireaux et des épinards. Nous montons au premier étage d’une maison de six appartements. Appartement modeste mais  une grande cheminée d’angle. Elle me fait asseoir m’offre à boire. La conversation languit un peu : je dis tout ce que je sais en Grec « je nage dans la mer » « l’eau de la piscine est plus chaude.. » Etc.…. Elle me montre ses épinards. Elle va faire des feuilletés pour ce soir, sort un  tupperware et le remplit de feuilles de vigne encore chaudes qui ont cuit dans la passoire de la cocotte minute et qui sentent très bon.

A la plage
Mais la mer est changeante. Le vent du nord ride la surface de l’eau plus froide aujourd’hui. Quand je nage contre le vent, mon visage est tout éclaboussé. Le premier tour dans l’eau a été bref. Ensuite je me suis aguerrie. A 16H30 nous plions bagages. Un écriteau « Bélian »  nous inspire. Nous suivons un ruban de ciment rainuré qui descend raide dans les oliviers. Je retiens mon souffle. Il faut faire confiance aux freins de la Hyundai.  Nous arrivons à des propriétés privées qui ont bouché la route en laissant un très petit espace pour faire demi-tour. Un étroit passage entre les grillages permet d’atteindre deux belles plages. L’accès étant très difficile elles doivent rester désertes !

La chapelle de Lafkos

Il souffle un vent glacial. Je suis recroquevillée pour dessiner. D me fait une commande : elle délimite le cadrage et les éléments du tableau : un pin parasol isolé, la vieille charrue rouillée, les îles, la montagne. Elle aimerait que je dessine aussi le coucher du soleil !

Nous rentrons justement pour 19H30, notre rendez vous quotidien sur le balcon. Mais le spectacle tourne court, les nuages ont envahi le ciel, il semble même qu’il pleut sur la Thessalie.

Fin du voyage, adieux et étape à Rafina

Pâques au Météores et une semaine au Pélion

Insomnie

En pleine nuit,je me réveille brusquement : il fallait reconfirmer le vol 72 heures à l’avance.La dame de l’agence m’avait  prévenue : “ne  ratez l’avion sinon vous  auriez le plus grand mal à rentrer ce week end.”

Adieu à la maison de marbre

Nous quittons notre belle maison de marbre sous les nuages. Les 40 marches qui mènent à la piscine sont en marbre blanc veiné de vert. La terrasse et le balcon, de marbre blanc avec un peu de gris. Celui de la maison est très fin, très salissant aussi, je me jette sur le balai à franges dès que je remarque une tache. La table de la salle à manger a aussi son plateau de marbre assorti. Le plus étonnant, c’est le lit : nous avons un lit en marbre très grand, très confortable, sauf quand on s’y cogne les orteils !

Dernier petit déjeuner sur le balcon. Je prends congé de la mésange, toujours aussi méfiante, qui ne rentre jamais directement dans le tuyau d’aération en PVC où elle a fait son nid. Elle attend, ses chenilles dans le bec, et s’élance quand je ne l’observe plus.
Athanasios et sa femme sont venus nous dire adieu. Je tends la boite des dolmades avec une petite lettre de remerciements en grec:
– « Qui a écrit ?” demande t elle
– «  c’est moi !” (J’ai recopié des phrases toutes faites du guide de conversation)
– «  elle est professeur ! » s’exclame Athanasios.
Heureux les  professeurs en Grèce où ils sont encore respectés et où la culture a encore du prestige !

En route jusqu’à Volos
A l’agence sur le port de Milina, j’essaie de joindre Olympic qui ne répond pas. On tentera à nouveau à Volos. La  petite route  tortille jusqu’à Volos. Là, nouvelle une visite à une agence de voyage.  La boîte vocale  ne veut pas noter ma reconfirmation. Cela commence à devenir inquiétant.


Autoroute
L’autoroute d’Athènes n’est pas terminée. Des tronçons entiers traversent des stations balnéaires. . Averses et éclaircies. On longe l’île d’Eubée, toute proche.
Spata
Nous passons à Spata à l’aéroport,  au guichet, tout se passe bien.

Nous ne voulons pas circuler dans Athènes avec la voiture. La dame de l’agence  avait suggéré de dormir à Rafina.

De l’aéroport nous essayons de suivre la côte, aboutissons dans des quartiers urbanisés et sur un front de mer occupé par des restaurants et des guinguettes pour les Athéniens. Jamais un touriste ne vient ici. Les Athéniens mangent puis rentrent chez eux. Personne ne connaît d’hôtel, encore moins de domatia à louer.

Enfin, après des heures à tourner nous trouvons enfin  à Rafina  le port d’où partent les ferries pour les îles. Sur une jolie place carrée, un hôtel moderne avec une chambre propre claire sur un balcon qui donne sur la place et plus loin sur le port.


A la réception, une dame  nous accueille en français, elle est suisse et loge ici.et donne un coup de main au patron en saison. Elle nous prête son réveil pour demain matin.


Sur le port  nous admirons les poissonneries (si nous en avions vues de pareilles quand nous avions une cuisine !).

Je mange ans la rue mes derniers souvlakis et apporte à Dominique des feuilletés.Dernière soirée en Grèce devant la télé. Il ne faut pas se coucher trop tard. L’avion décolle tôt !

Rhodes: notre maison à Asklipio

notre maison

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Notre maison grecque est plus vaste qu’on ne l’imaginerait du dehors. La salle à manger et ses dépendances : minuscule cuisine et salle d’eau. Une vaste chambre : un large matelas est posé sur une estrade haute cachant des placards, un canapé de l’autre côté d’un coffre en bois. Au fond de la maison il y a même une dernière chambre avec une mezzanine. On pourrait dormir à 6. La dame nous recommande de cuisiner sur le camping gaz( un bleuet antique)
–    « il use moins d’électricité ».
Il y a  une machine à laver le linge mais elle ne s’étend pas sur son fonctionnement. Nous ne découvrirons qu’après son départ le climatiseur et le  ventilo (gourmands en électricité comme les plaques de cuisson).
Notre logeuse propose de nous emmener dans les magasins.
–    « Mais pas maintenant, c’est fermé ! »

une très jolie maison

Une petite arche sépare la salle de séjour de la cuisine. Cinq assiettes de faïence la ponctuent. Dans un coin de la fenêtre trois assiettes de la même série sont accrochées. Leur facture me rappelle la faïence de Quimper. Intriguée, je retourne une assiette, c’est écrit en grec. Un vaisselier bleu contient des assiettes de porcelaine fine.

Sur le buffet, un savant désordre d’objets anciens : une jolie amphore finement rayée une grosse éponge avec une minuscule étoile de mer incrustée, un vieux bougeoir, une calebasse végétale, une corbeille à pain contenant des galets et un fragment de poterie usé par la mer.

Une table ronde de bois ciré clair et une banquette complètent l’ameublement. Des rideaux de coton crochetés habillent les fenêtres, soutenus par de jolies tringles. Le plafond est recouvert de roseaux. Le carrelage,  camaïeu de bruns.

Dans la chambre : une cheminée d’angle. Le dessus du lit est brodé. Si le thème de la décoration de la salle à manger est celui des assiettes, celui de la chambre serait la broderie. Frises de danseuses au point de croix au dessus du lit, frise de fleurs et de fruits sur le bord de la cheminée chemin de table sur le coffre qui sert de table basse.

Le petit supermarché vend de tout. Très peu de fruits. Les pommes, poires et pêches sont aux prix français. Ceux des aubergines, tomates et courgettes ne sont pas affichés; les légumes sont très appétissants.

Nous dînons sur notre terrasse au soleil couchant,  une salade de tomates et feta et un  hamburger.  Nous venons de terminer quand la dame apparaît pour nous emmener faire les courses. Les Grecs n’ont vraiment pas les mêmes horaires que nous ! L’épicerie ferme à 23 heures. La propriétaire est étonnée de nous voir dîner si tôt !
Les étoiles se lèvent. La nuit est belle mais la journée a été longue. A 22h (grecques) nous sommes couchées.

Rhodes : Asklipio première matinée à la plage

 


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lindos

Le jour se lève vers 6h. il fait frais. Notre logeuse arrive à 9 heures . Au coin de la rue,  une autre dame attend. Elle porte le même foulard blanc brodé de perles que celui que j’ai acheté il y a 10 ans à Beyséhir. Elle l’a noué à la paysanne, le front dégagé le nœud devant. Je la complimente. Si nous restons assez longtemps elle me coudra le même. Cela ne s’achète pas dans les magasins. Ces coiffures identiques me font réfléchir à cette obsession que nous avons eu récemment à propos des foulards islamiques. Bien sûr, ls foulards, hidjab, burkas…sont des signes d’une oppression intolérable. Peut être ne faut il pas se crisper sur le foulard. Les jeunes musulmanes en ont fait l’objet d’une provocation identitaire. Mais de quelle identité ? Grecques, roumaines et même italiennes portaient, il n’y a pas si longtemps des fichus pour se protéger du soleil ou de la poussière si elles travaillaient aux champs ou tout simplement pour protéger leur mise en pli. Cette crispation ne viendrait elle pas de la peur de l’autre ?


La dame nous emmène chez Marathon auto. L’agence est toute neuve, c’ests aussi une agence immobilière. Une jolie flotte de petite voiture attend le client. Tout se passe bien. Le règlement se fait encarte Visa. Le prix est même plus bas qu’attendu : 240€ pour 9jours.
La plage toute proche. Plage plate de sable grossier ou de petits galets verts, roses, oranges. Une rangée de parasols, des tavernes de plages très tranquilles ;
La dame nous invite à boire un café dans son cabanon. Nous montons un escalier raide qui mène à une esplanade dallée autour d’une église minuscule


–    « ici, on fait la fête, on danse, on chante, on boit, on mange ».
Les  cabanons sont entourés de jardins. Ils sont bricolés de bric et de broc, caravane et contreplaqué et disparaissent sous les tonnelles de vigne ou de verdure. Une vraie cuisine est installée (avec un bleuet), des chambres avec de nombreux lits.
–    « il manque l’électricité. Le gouvernement ne veut pas nous le donner »


Je crois comprendre que le terrain appartient au domaine public. Je visite le vaste jardin : haricots, tomates, aubergines et pastèques. Il y a aussi de grands arbres : un avocatier, trois orangers des grenadiers, un abricotier, un figuier. Pour l’instant il n’y a pas de fruits : les abricots sont finis et les pommes, oranges, grenades sont encore verts. Le jardin, c’est le domaine de Monsieur Petalas que nous ne connaissons pas. Il est parti arroser ses jeunes oliviers qu’il a plantés et a pris le camion et une citerne. Ils récoltent les olives et font de l’huile mais ne la vendent pas et la gardent pour leur consommation familiale. Ils ont vécu 15 ans au Cameroun où ils étaient commerçants. C’est là qu’ils ont appris le français qu’elle a un peu oublié. Sa copine au foulard blanc a vécu au Canada. Il semble qu’à cette génération de nombreux grecs ont prix le chemin de l’exil.


Nous allons de cabanon en cabanon saluer les voisins qui se joignent à Madame Petalas pour la baignade. Les vieilles dames sont en maillot sous leur tablier et gardent un bob en toile dans l’eau. Ils s’installent sur le gravier tandis que nous prenons deux lits et un parasol.


L’eau est très claire. Avec mon masque, je peux voir quelques poissons. Certains sont colorés de bleu et de jaune. Quelques touffes de posidonies poussent ça et là. Je retrouve le plaisir d’économiser mes gestes pour ne pas effrayer les poissons et rester plus longtemps immergée. La température est très agréable. Avec le vent on ne sent pas la chaleur. Nous restons jusqu’à 13H30  installées à la taverne : souvlakis (2€) et calamars (7€).

Rhodes : Asklipio – aquarelle

 

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Nous essayons d’imiter les Grecs et de faire la sieste. Je dors profondément une bonne heure. A 16h, il n’y a pas d’ombre dans la cour. Il faut donc rester à l’intérieur. Je sors les aquarelles. Comment peindre le village blanc? Maisons blanches entassées en amphithéâtre. Cubes et terrasses chaulés. Peu de végétation. Comment faire apparaître tous ces volumes blancs sur la feuille à dessin ? L’encadrement de la porte vert foncé me sert de cadre, la porte bleu marine, la luxuriante touffe de lys tigrés occupe une grande partie du champ. Le store à larges bandes bleues relevé en draperie sort de la feuille et va occuper une partie de la page de droite. La cour rouge sang, le fer forgé bleu de la grille et du garde-fou de la terrasse en face. Dommage que le bougainvillier ne soit pas en fleur. Trois branches graciles traversent le champ. J’aurais pu les imaginer rose ou mauves ! Finalement l’aquarelle est très colorée. Quand j’ai terminé les chauffe-eau métalliques au dessus des capteurs gris, il reste bien peu de blanc dans le carnet !

Rhodes : le kastro d’Asklipio

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Avec la fraîcheur du soir, nous montons au kastro, la forteresse élevée au 15ème siècle par les Chevaliers hospitaliers au sommet du village. Gardienne hiératique, une grande chèvre blanche aux cornes enroulées est installée sur le chemin de ronde et nous regarde de haut. Le sentier s’élève dans les pistachiers à mastic taillés en petits arbustes. La sauge odorante a des feuilles charnues bleu-gris. Il y a aussi toute une collection de chardons : des bleus aux grosses boules un peu passées, des verts aux motifs compliqués, d’autres secs. Nous passons une belle arche pour pénétrer dans la cour : c’est le domaine des chèvres de tout poil : noires, fauves, grises…Certaines, curieuses, lèvent vers nous de grands yeux aux pupilles fendues horizontalement.


La cloche appelle les villageois aux liturgies. Il règne une grande animation au village. Beaucoup de jeunes, d’enfants que nous n’avons pas vus la veilles. Les enfants de notre logeuse sont venus pour le week end et nous partager devons la courette. Heureusement nos horaires sont décelés. De cours en terrasse les enfants courent, les gens s’interpellent. Par deux fois, je monte sur la place pleine de voitures où il ne se passe rien de spécial. Dans la cour de l’école, les enfants jouent, surveillés par leurs mères. Sur la place devant la superette, les vieilles dames ont apporté leurs chaises. Au micro, on entend des annonces en grec que je ne comprends pas.

Rhodes : port

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Nous voyons les bateaux d’excursion pour Symi et Tilos puis les quartiers mussoliniens du temps où Rhodes était italienne et où les Italiens avaient adopté cette architecture lourde et ennuyeuse avec la Poste, l’Hôtel de Ville, la Gare . Toujours italienne mais plus légère, de style vénitien, la Capitainerie. Sur des arcades grises découpées en ogive repose un bâtiment bicolore rose et blanc qui n’est pas désagréable à l’œil. Au bout de la place une coupole turque : c’est une boîte de nuit. Plus discrète, cachée dans la verdure, la mosquée de Murat Reis. Sur un terre-plein, imitant les antiques, on a érigé un monument aux héros de l’Indépendance grecque. Ce mélange est un condensé de l’histoire récente de Rhodes qui n’est grecque que depuis 1945.

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Incontournables: les colonnes portant une biche à l’emplacement du fameux Colosse de Rhodes, gardant le petit port Mandraki – dans l’Antiquité, le port de guerre. En face, trois moulins sont posés sur la digue.

Rhodes : la rue des Chevaliers

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Nous garons la voiture près de la Porte Arnaldo au pied des remparts. Comme c’est dimanche, c’est gratuit. A quelques pas de la porte nous trouvons la Place du Musée Archéologique installé dans l’ancien Hôpital des Chevaliers et en face l’Auberge de la Langue d’Angleterre.
Les Auberges avaient  pour vocation de réunir les chevaliers parlant la même langue. Au 15ème siècle, les nations n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. L’auberge de la Langue d’Espagne réunissait les chevaliers espagnols mais aussi les catalans, les portugais tandis qu’il y avait une Auberge d’auvergne et une autre de Provence. Elles sont toutes construites dans le Collochium et bordent pour la plupart une longue rue que nous remontons dans le calme du matin. L’Auberge de la Langue de France est la plus spectaculaire avec ses gargouilles à gueules de crocodile ;le Grand maître Dieudonné de Coujon avait tué un de ces sauriens, échappé d’un bateau et qui terrorisait la ville. A proximité, dans une niche, une vierge à l’enfant précède une jolie chapelle à coupole byzantine. Plus haut on voit la maison du chapelain avec les armoiries gravées dans une croix en creux. Il faudrait de bonne notion de hieraldique pour lire l’histoire de la chevalerie racontée par ces blasons. En face, dans les jardins de la Maison de Villaragut, une très jolie fontaine turque est mise en valeur par de beaux feuillages. Une grille aux gracieuses volutes de fer forgé sépare le jardin de la rue. La serrure en forme de croix  permet une très jolie photo. Encore plus haut se trouve une autre fontaine ottomane en marbre blanc, sur le trottoir. Dans cette rue très européenne, la marque ottomane se résume aux fontaines. Ce n’est pas rien ! La chaussée est pavée de petits galets blancs et noirs plantés verticalement mais les trottoirs sont dallés de belles pierres lisses plus agréables sous nos pas. On passe sous l’arche reliant l’Auberge d’Espagne à celle de Provence. En haut une arche monumentale domine la rue : la Loge saint Jean, reliant la grande église Saint Jean qui n’existe plus, à l’énorme Palais des Maîtres.