Mohamed Bourouissa – les 4 temps – au Louvre –

L’ART CONTEMPORAIN S’EXPOSE AU LOUVRE

j’ai découvert Mohamed Bourouissa au Musée d’Art Moderne CLIC

puis croisé au Palais de Tokyo 

j’aime bien les surprises que des plasticiens contemporains apportent au Louvre comme l’an passé Barbara Chase Riboud je me suis mise en quête de l’installation de Mohamed Bourouissa signalée en bas par une belle affiche.

Mais aucune indication précise sur la localisation, un vague « espace Presse ». Sous la Pyramide, j’interroge un jeune homme vêtu d’un uniforme noir :  sécurité ou accueil? Il est très aimable et me répond :

« je vais interroger ChatGpt »

Diable! moi qui le croyais chargé d’accueillir le public! Et le mieux c’est que ChatGpt lui donne l’information que c’est une exposition virtuelle sans localisation dans le musée. Je retourne au comptoir d’accueil et demande à un monsieur d’un âge certain. L’installation se trouve dans la Chapelle dans l’aile Sully à l’étage. Belle grimpette, 1 étage au Louvre équivaut à 3 ou 4 dans un immeuble d’habitation. 

Une salle vide, sombre, avec 3 poufs poire sur un écran se projette une vidéo les 4 temps au Tuileries

Le soir tombe, les gardiens verrouillent un cadenas, on suit le personnel de sécurité dans les jardins vides à l’arrière d’un coucher de soleil somptueux sur la Défense (jeu de mot, justement à la Défense il y a un Centre Commercial : Les 4 temps). Ronde de nuit pixellisée, à l’arrière des éclairages urbains de la rue de Rivoli. Les statues sont esseulées, elles semblent se mouvoir. …Le matin se lève avec les joggers et les ramasseurs de poubelles. Hiver : les marronniers sont dénudés, le jardin semble appartenir aux corbeaux..

Printemps, ronde des saisons, les touristes sont nombreux….

J’ai aimé voir le temps se dérouler aux jardins, aimé aussi l’attention que le vidéaste prête au personnel de gardiennage ou d’entretien qu’on ne voit pas forcément.

Et merci au monsieur du comptoir!

et zut à ChatGpt qui donne des informations erronées!

Dans la cohue du Louvre j’étais seule dans la Chapelle:

Agnès Thurnauer – Correspondances – Musée Cognac Jay

 marie Thérèse de SavoieExposition temporaire jusqu’au 8 février 2026

Emmanuelle Kant « Portrait Grandeur Nature « et Angelica Kauffmann Autoportrait en bacchante

Le Musée Cognac Jay réunit les collections XVIIIème siècle des fondateurs de la Samaritaine.  Rue Elzevir, non loin de Carnavalet dans un joli hôtel particulier, l’hôtel Donon. Les pièces d’exposition sont particulièrement soignées avec des boiseries d’époque. Les tableaux et bibelots sont présentés avec des meubles précieux . Même hors exposition la visite des collections permanentes vaut la visite. 

Salon Boucher une des plus belles pièces du musée

Dans Correspondances, Agnès Thurnauer projette un éclairage contemporain sur l’art du 18ème siècle et plus particulièrement sur cette période-clé où les femmes peintres, comme Vigée-Lebrun, savantes La marquise de Chatelet ou Madame de Staël ont su s’imposer dans un monde masculin. Deux « Portraits Grandeur Nature » EMMANUELLE KANT et FRANCOISE BOUCHER  gros badges comme des pins monstrueux donnent le la. Exposition radicalement féministe. 

Un merveilleux Canaletto est accompagné de 7 petits tableaux de nuages avec l’inscription NOW.  Commentaire de  Agnès Thurnauer :

« une œuvre est plus contemporaine du regard que l’on pose sur elle que de l’époque où elle a été produite »

La plasticienne va orienter le regard du visiteur, établir des Correspondances entre les œuvres du 18ème S. et son travail exposé. 

La salle suivante aura pour thème : Le Corps à l’Œuvre 

Sleepwalker – Vénus de Poncet et au sol matrices de lettres

 Il faut aussi confronter cet ensemble à l‘Odalisque de Boucher où le corps de la femme est livré comme objet de désir. Sleepwalker accumule les mots de l’artiste acrylique … académique … composition… dyptique… et par dessus le texte, le corps de l’artiste, nue de dos apparait sujet et non pas objet . L’artiste s’affirme créatrice et n’a pas peur à se représenter nue. 

Perrette et le pot au lait (détail)

Performance au féminin occupe la salle suivante .

La figure centrale est Perrette et le Pot au Lait de Fragonard présenté ainsi par les Frères Goncourt

« La laitière du pot au lait montre ses jambes et pleure comme une naïade sur son urne brisée »

Regard masculin érotisé. Perrette pleure-t-elle ses rêves de fortune ou sa vertu perdue?

Agnès Thurnauer : Le Corps à l’œuvre

Ce n’est plus une petite fille éplorée mais une femme puissante dont les seins gonflés rappellent le lait perdu. Elle montre ses jambes bien campées au sol. Seules les couleurs sont celles de Perrette!

Lire, Ecrire, Se Représenter

Emilie e Breteuil Marquise du Châtelet

Cette salle met à l’honneur des femmes majeures du Siècle des Lumières. la figure centrale est Emilie de Breteuil, marquise du Châtelet, mathématicienne, physicienne, traductrice de Newton, représentée ici avec un compas. 

Madame de Staël citée sur la cimaise :

Les femmes : « tantôt elle sont tout, tantôt elle ne sont rien. Leur destinée ressemble à quelques égard à celles des affranchis chez les empereurs, si elles ont du pouvoir, on leur rappelle, si elles sont esclave on opprime leur destinée… »

Prédelles entourant Marie Thérèse de Savoie

Agnès Thurnauer expose les portraits d’autres femmes savantes intercalés entre ses Prédelles noter l’homophonie prédelle/près d’elles.

Le Goût du 18ème siècle

Bonheur du jour

nous entrons dans les collections permanentes avec toutes sortes de bibelots, tableautins, médailles, porcelaine de Meissen. Coup de cœur pour les meubles marquetés et surtout les joli Bonheur du Jour. 

Il faudrait aussi montrer les statuettes, les tableaux d’Hubert Robert, de Boucher, Fragonard…..Je ne pouvais pas fair l’impasse sur l’âne de Balaam de Rembrandt

Rembrandt Ane de Balaam

 

Si je n’ai pas été convaincue par toutes les œuvres d’Agnès Thurnauer abusant de procédés répétitifs avec les lettres, en revanche le regard féministe décalé en fait une merveilleuse pédagogue. Elle guide notre regard, nous apprend à interpréter une œuvre. C’est aussi une féministe résolue qui met en avant des artistes un peu oubliées. 

Georges Mathieu – Geste Vitesse Mouvement – à la Monnaie de Paris

Exposition temporaire jusqu’au 7 septembre 2025

La bataille de Bouvine (250cmx600cm)

Mathieu est un plasticien familier par le Logo d’Antenne2, le revers de la pièce de 10F, les Affiches d’Air France, le trophée des 7 d’Or

Revers de la pièce de dix francs

C’est aussi le personnage mystérieux qui habitait Rue Léopold II dans un hôtel élégant devant lequel je passait en allant au Lycée Molière, dont nous guettions les apparitions et les voitures somptueuses.

 

 

Cette rétrospective à la Monnaie de Paris me semblait tout à fait à sa place mais je ne soupçonnais pas l’œuvre monumentale. Les trois énormes tableaux de 6 m de longueurs qui occupent la plus vaste salle : La Bataille de Bouvine, Les Capétiens partout, La victoire de Denain m’ont étonnée.

Capétiens partout

 Je n’imaginait pas une telle résurrection de la peinture d’histoire et surtout pas dans cette version abstraite  d‘Abstraction lyrique. Autre originalité : ces tableaux ont été peints en public, en un temps record, avec des mises en scènes spectaculaires. Pour la Bataille de Bouvine; Mathieu était costumé et a fait traverser Paris au tableau sur une carriole.

La victoire de Denain

Le happening a été filmé. On voit Mathieu sauter brandir de très longs pinceaux, comme des lances ou des épées et danser une étrange chorégraphie. Les thèmes m’interpellent comme cet Hommage à Louis XI.Un peu plus loin, une salle entière, L’Attrait du Grand siècle rend hommage au Maréchal Turenne, à Delalande à Vauban, et toute une composition présente Louis XIV  en majesté dans l’appartement de la Rue Léopold II

Louis XIV

Dans la salle intitulée Limbes les œuvres sont plus anciennes des années 40 montrent la proximité avec le dripping de Pollock et avec l’allemand Wols. Un voyage au Japon inspire des calligraphies presque orientales, beaucoup plus sobres noir et blanc avec parfois une touche de rouge. 

la Tour de Villebon

Frédéric Rossif a réalisé un portrait du peintre, lui donnant largement la parole pour qu’il explique sa création et sa théorie de l’abstraction lyrique. Il l’a filmé peignant un tableau : la technique est corporelle et très physique? Il commence à se frotter à la toile imprimant deux bandes colorées de son corps, puis il imprime de grands motifs tournant, sorte de calligraphie. Des gants de toilettes en guise de pinceaux XXL pour des tracés épais, des pinceaux de peintre en bâtiment puis des pinceaux plus fins montés sur de longues tiges. il saute, recule, avance. Enfin il écrase des tubes de couleur (acrylique ou gouache) pour donner du relief. Ecrase, recommence, frotte…C’est une gestuelle surprenante. Improvise-t-il ou a-t-il un plan préconçu? 

La Libération d’Orleans par Jeanne d’Arc, presque figurative

Je suis perplexe : impressionnée par ces oeuvres puissantes Impressionnée mais pas franchement convaincue. D’abord je n’ai aucune empathie pour le personnage imbu de lui-même. Presque à l’égal de Dali.  C’est peu dire! Le génie en moins. C’est aussi répétitif. Décoratif mais répétitif. De plus, l’exaltation des batailles médiévales, du faste des rois, n’est en rien ma tasse de thé. Par tradition, ou par provocation, Mathieu s’affirme royaliste. je fais fonctionner à fond mes convictions anti sectaires, et ouvre mon esprit. Cela ne fonctionne pas avec moi!

En revanche, l’exposition Street Art où 4 plasticiens actuels ont peint les cimaises présentant des oeuvres de plus petites tailles de Mathieu, fonctionne bien.

promenade sur la Butte aux Cailles

TOURISTE DANS MA VILLE

Le Boulevard Blanqui, métro Corvisart, la Rue Barrault à l’ouest, la Rue de Tolbiac au Sud et la Place d’Italie délimitent le  périmètre d’un quartier charmant : La Butte aux Cailles avec des rues pentues, parfois pavées entre des maisons basses, souvent agrémentées de verdure. 

Le Street art décore les façades, décors très variés : quelques grands graffs colorés mais finalement assez peu, beaucoup de petits éléments, mosaïques ou pans de miroirs posés en relief, des pochoirs 

La Rue de la Butte aux Cailles est bordée de terrasses de cafés, restaurants, mais aussi d’une bibliothèque, d’un atelier de poterie et arts plastiques, une librairie…des affiches vantent un Théâtre, proposent des improvisations. Rue vivante, sympathique

Et au bout de la rue : la place Verlaine avec son puits artésien, un petit square tranquille, plein de bancs et de sièges et la très belle piscine. Piscine construite en 1922-1924, alimentée par le puits dans la nappe de l’Albien (-582 m) chauffée par le chauffage urbain et « les ordinateurs ». Belle piscine Art Déco avec un bassin extérieur pour cette journée estivale. Les plages horaires sont larges, les prix minimes et l’accueil chaleureux. Cela fait très envie. 

En redescendant vers Corvisart, nous détaillons le street-art, il y a même une artiste qui peint un grand mur ; on se congratule, merci pour égayer notre promenade, merci pour les compliments….

 

En face de la station de métro, sous un porche rectangulaire très haut dans un bloc d’immeubles récents des escaliers montent à la butte. La photo est à l’honneur puisque le passage est la rue Atget qui conduit aux jardins Brassaï, espace vert bien caché.

Dernier souvenir attaché à la Butte aux Cailles le souvenir de la Commune de Paris qui fut le théâtre de luttes sanglantes le 25 mai 1971. Une place est nommée Place de la Commune de Paris et un restaurant : Le Temps des Cerises, restaurant coopératif et militant

Tous Léger au Musée du Luxembourg

Exposition temporaire jusqu’au 20 juillet 2025

Yves Klein/Fernand Léger Forêts

Visiter une exposition comme jouer à faire des paires!

Les arbres bleu Klein rencontrent la forêt aux arbres bleus de Fernand Léger. Tout au long de la visite, je continue le jeu des correspondances

Arman – Birds (1981)  accumulation de pinces métalliques  formant une nuée  d’oiseaux, murmuration solide

Birds d’Arman figure près de la Composition de deux oiseaux de Fernand Léger. Correspondance, dialogues anachronique : Léger est mort en 1955, il n’a pu voir les oiseaux d’Arman. Et pourtant cela fonctionne très bien

Fernand Léger : composition avec deux oiseaux (1940)

L’exposition Tous Léger propose un dialogue entre l’école des Nouveaux Réalistes et l’œuvre de Fernand Léger qui a ouvert la voie en peignant la réalité urbaine dans sa trivialité. La première partie est consacrée aux Cinq Eléments : Air, Eau, Feu, Terre auquel on ajoute la Couleur. Fernand Léger enregistre les mutations de l’époque moderne tandis que les Nouveaux réalistes poussent la critique de la surconsommation, de l’obsolescence programmée, la gestion des déchets.

La vie des objets

May Wilson : Untilted

Ces accumulations de d’objets du quotidien May Wilson correspondent à cette critique comme les objets piégés de Spoerri, l’accumulation des pinces métalliques d’Arman et les ciseaux de Niki de Saint Phalle pris dans le plâtre

Niki de Saint Phalle Ciseaux/ Fernand Léger

« pour moi la figure humaine, le corps humain n’ont pas plus d’importance que des clés ou des vélos. C’est vrai. Ce sont paour moi des objets valables plastiquement et à disposer selon mon choix »

« il n’y a pas de beau catalogué, hiérarchisé. Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles sur un mur blanc aussi bien que dans un musée… »,

Fernand Léger

Lichtenstein Interior with chair

Fernand Léger a séjourné longtemps aux USA et a exercé son influence sur Lichtenstein

Lettres – tampons – affiches

Cette section s’organise autour de Métro Arts et Métiers de Villeglé qui trône au centre de collages encadrés par les tampons et cachets d’Arman 

Fernand Léger – L’Homme au chapeau bleu

Continuons le jeu des paires avec le Chapeau bleu de Spoerri cachant les œufs d’un éventuel larcin qui correspond au tableau de Fernand Leger

Martial Raysse Nissa Bella

 

toujours le jeu  avec Nissa Bella de Raysse avec le Petit témoin au visage vert de Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle Le petit témoin

Acrobates et cyclistes rapprochent Niki de Saint Phalle de Léger 

Léger a beaucoup peint des cyclistes célébrant ainsi les congés payés.

Niki de Saint phalle : Footballers

La couleur dans l’espace est le thème de la dernière salle où les oeuvres monumentales de Fernand Léger sont confrontées au Jardin des Tarots et au street-art de Keith Haring tandis que Miles Davis très coloré tient la vedette. 

Miles Davis et Keith Haring

David Hockney 25 Do remember they can’t cancel the spring à la Fondation Vuitton

 

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 31 août 2025

A Bigger Grand Canyon 1998

Préparez-vous à en prendre plein les mirettes, plein de surprises de salle en salle, et quand vous croirez que vous avez tout vu, il y en aura encore!

La visite commence chronologiquement avec les débuts de David Hockney à Bradford (Angleterre) dans les années 1955 – 1963. L’homosexualité est encore un délit condamnable.

We two boys together clinging (1961)

Œuvre queer, exploration sur un vers de Whitman, manifeste pour son identité gay. 

Pacific Coast Highway

Dans le début des années 60, Hockney découvre la Californie, peint des piscines (célébrissimes) Bigger splash,et nous livre une Amérique très colorée comme le Grand Canyon ou la Pacific Coast Highway et d’autres paysages joyeux. j’ai été éblouie par cette salle!

Christopher Isherwood et Don Bachardy (1968)

Portraits et doubles portraits occupent la section suivante. Un mur est couvert d’une série de portraits, en fait deux séries, l’une d’elle est sur fond vert et bleu, l’autre sur fonds blancs.

Série de portraits

Il peint ici ses proches, membre de sa famille, assistants, amants et amis. Quel changement d’ambiance, déjà une surprise en pénétrant dans cette salle aux murs sombres. Des autoportraits nous révèlent aussi le peintre.

Autoportraits (ils font aussi partie d’une série, j’ai sélectionné arbitrairement ces trois-là)

Retour dans le Yorkshire (1997 …)

On pénètre dans une nouvelle salle et encore une ambiance radicalement différente. Nous voici en pleine nature, à observer les arbres et surtout la succession du temps et des saisons.

Winter timber

Le fond de la très grande salle est occupé par une composition géante : 50 panneaux ajustés bord à bord montrent l’arrivée du printemps dans une forêt. De loin, on ne distingue qu’un arbre, en s’approchant c’est un bosquet.

Bigger Trees near Warter (2007) au début du printemps

50 huiles sur toiles sont peintes sur le motif et l’assemblage est précisé par le travail sur ordinateur. Il ne dispose pas d’un atelier assez vaste pour une œuvre de 12 m de long!

A l’opposé 25  dessins au fusain et crayon montre l’arrivée du printemps 2013. Il réalise aussi des aquarelles.

Dessins photographiques 2018

Une salle présente des bouquets de fleurs peintes à l’IPad ainsi que les grandes compostions panoramiques utilisant aussi bien la photographie que l’IPad et la peinture. Je n’ai pas été séduite par ces fleurs informatiques et je n’ai pas bien compris la technique utilisée.

Moon Room

Nous découvrons la salle sombre, comme une salle de projection : va-t-on voir un film? Pas du tout ce sont des tableaux de nuit tout à fait impressionnants. j’ai adoré cette ambiance nocturne!

Quatre ans en Normandie (2019 -2023)

220 pour 2020 images pendant le confinement

Les images de Normandie sont très plaisantes mais j’ai le souvenir de l’immense fresque exposée récemment à l’Orangerie. L’effet de surprise est donc moins pressant pour moi.

Au niveau supérieur, Hockney se confronte à d’autres artistes, entre autres, Munch,  Picasso dans une peinture guerrière qui ne m’a pas convaincue, un sermon sur la montagne qui ne m’a pas plus plu, et une annonciation….Sans doute sous le doute après 2 heures de visite attentive, j’ai perdu beaucoup de mes capacités d’émerveillement. C’est le problème dans les très grandes expositions de la Fondation.

J’aurais eu bien tort de ne pas m’arrêter dans la salle des opéras dont les décors et costumes ont été réalisés par Hockney. Des coussins permettent de s’allonger confortablement, des bancs, et on se laisse envahir par les spectacles projetés sur  tous les murs et le plafond. Des rideaux s’ouvrent entre chaque représentation, des personnages, des papillons parcourent l’espace et on se laisse immerger dans Turandot, Rakes Progress, La Flûte enchantée, l’Enfant et les Sortilèges…et j’en oublie.

Encore une merveilleuse surprise. Quand on croit que c’est fini, il y en a encore.

 

 

Paris noir – Circulations artistiques et luttes anticoloniales 1950-2000 Centre Pompidou

CHALLENGE LE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

initié par La Boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 30 juin 2025

Sekoto autoportrait

Une exposition très riche aux œuvres très variées  et aux thèmes passionnants. Pas très facile cependant : de nombreux artistes ne sont pas connus du « grand public« , plasticiens, écrivains, musiciens et cinéastes se croisent, font parcours ensemble.

Baldwin par Beaufort Delaney

Pour les écrivains c’est plus facile : deux grandes figures Baldwin et Edouard Glissant. Ce dernier sert d’axe central autour duquel tournent les différentes sections aussi bien, le Retour vers  l’Afrique avec Césaire, Senghor et le concept de négritude, nous conduisant à la section Paris-Dakar-Lagos et, toujours en partant de Glissant on parvient à la Caraïbe, à la mémoire de l’esclavage, Antilles françaises, Cuba. 

Umbral : Wilfredo Lam (Cuba)

On peut aussi choisir un parcours musical :  de nombreuses œuvres ont pour sujet la musique et les musiciens. Jazzmen américains mais africains aussi

Cotton club

Entre Cotton Club et Saint Germain des prés, Amstrong, Duke Ellington, mais aussi Auric…j’ai aussi bien aimé les musiciens béninois de Paul  Ahyi

Paul Ahyi : Les Musiciens

Une autre piste serait celle des luttes anticoloniales et révolutionnaires

josé Legrand : sans titre 1975

le grand diptyque de José Legrand, un peu dans le style d’Ernest Pignon-Ernest commémore les massacres de mai 1967 en Guadeloupe, évènement peu connu en métropole que j’ai découvert récemment en passant à Pointe-à Pitre .

Georges Corran : Délire de Guerre et paix

Et pourquoi pas, laisser de côté tout concept intellectuel et ne pas se laisser séduire par la beauté picturale de tableaux colorés, de matières variées, de tableaux, tapisseries ou sculptures

Victoire Ravelonanosy Repiquage du Riz à Madagascar

Découvrir des plasticiens originaux, des personnalités marquantes comme Delanney, Sekoto Wilfredo Lam, José Castillo..

Gotène- Congo : Femme perdue au cimetière

Impossible pour moi de donner une version totale de la visite tant elle a été surprenante. 

 

Banlieues Chéries – Musée de l’histoire de l’Immigration -Porte Dorée

AU-DELA DU PERIPHERIQUE

Nanterre : Laurent Kronental « les yeux es Tours »

Banlieues chéries tente de donner une image positive de la « Banlieue« 

pour commencer, définissons ce concept de banlieue : historiquement  « à une lieue du ban » , un espace mis sous la protection de la ville »

Chronologiquement, Banlieues douces-amères, commence du temps de Zola qui décrit la Banlieue comme une campagne où les Parisiens viennent  s’amuser dans les guinguettes, canoter sur la Seine. Ces banlieues douces sont illustrées par deux tableaux de Monet et un de Jongkind à Argenteuil. En vis-à-vis un film Le Croissant de Feu (2021) de Rayane Mcirdi ICIfilmé à Asnières dans le quartier des Mourinoux à l’occasion de la destruction de la barre d’immeuble Les Gentianes.

Atget

Entre la campagne et les rénovations urbaines, un siècle et demi d’histoire : La Zone : bande inconstructible, zone de tir à canon, devant les fortifications, est occupée par des « zoniards » ou des « zoniers » vivant dans la précarité aux portes de Paris. Cette Zone fut immortalisé par les photographies d’Atget (1913 1927), de Chifflot. Puis l’habitat précaire s’est étendu en immenses bidonvilles comme celui de Nanterre dans les années 1960 clichés de Pottier et Monique Hervo

Bidonville de Nanterre

De nombreuses photographies en Noir et Blanc présentent aussi les habitants  dans une salle s’intitulant De l’intime à l’Esprit de Quartier

Des familles posent :devant l’objectif de Patrick Zachmann camerounais, russes ou ukrainiens, grecs ou vietnamiens. En face de cette exposition de photos de famille, des intérieurs souvent coquets sont reconstitués avec des meubles vernis, de douillettes chambres à coucher…

Banlieues engagées

les banlieues rouges des les années 20, des pavillons se construisent sans conforts, et les communistes prirent la défense des « mal lotis ». De ces années 1924 -1925 , l’exposition présente les croquis de Le Corbusier, de quartiers de maisons individuelles toutes identiques modulaires . 

maquette de Nanterre

Les maquettes m’ont beaucoup intéressée, j’aurais même aimé en voir plus! La Cité de la Soie à Vaulx-en-Velin et surtout les maquettes de Nanterre. Ces tours-nuages ou Tours Aillaud ont également inspiré Laurent Kronental 

Jurg Kreienbühl : Cimetière de Nanterre

Au chapitre, Les luttes en héritage une chronologie des luttes sociales est illustrée par des affiches

Police personne ne bouge

1979, grève au foyer Sonacotra de Garges les Gonesse

année 80 : âge d’or du rock

1983 marche contre le racisme

1990 : le rap rythme les émeutes urbaines

2000 émeutes de Clichy Montfermeil (Zyed et Bouna)

Les plasticiens de banlieue colorent leurs images. Ils s’approprient la ville et se représentent . Je retrouve des artistes que j’ai rencontré par ailleurs Mohamed Bourouissa (photos) et les broderies de Cindy Bannani qui ont pour thème la Marche de l’égalité de 1983 également présentées au Palais de Tokyo, ici elle sont installée sur la trame de keffieh .

Cindy Bannani

l’Exposition part aussi dans l’analyse des déplacements (RER B) et de la rénovation urbaine.

Beaucoup de thèmes  sont abordés. Beaucoup d’œuvres intéressantes, surtout les photos. Cependant la scénographie est plutôt confuse, je peine dans l’accumulation. J’aurais préféré moins d’informations mais plus d’œuvres marquantes. Peut être la plage de temps aurait dû être réduite, ou peut être aurait-on plutôt du choisir un thème moins vaste?

Marguerite Matisse – Le regard d’un père – au MAM

CHALLENGE PRINTEMPS DES ARTISTES 2025

Initié par La boucheaoreille 

Exposition temporaire jusqu’au 24 aout 2025

marguerite au chat noir (1910)

Je ne me lasse jamais de Matisse qu’il me semble chaque fois redécouvrir. Ses couleurs, son dessin très pur. Je ne sais pas si je préfère dessin ou tableau

L’exposition du MAM a pris pour thème le regard de Matisse sur sa fille. La présentation est chronologique. Nous allons voir grandir la fillette

1905-1906 Fillette lisant

Née en 1894, en 1905 elle a 11 ans. En 1901, à la suite de la diphtérie, elle subit une trachéotomie qui lui cause une vilaine cicatrice. Elle portera jusqu’en 1920 un ruban noir au cou.

Nous allons aussi suivre la famille dans ses déplacements, à Collioure, Issy-les-Moulineaux, Etretat et Nice. Les tableaux peints à Nice sont particulièrement colorés et séduisants

Le paravent mauresque 1921

Après son mariage, Marguerite prend son indépendance, elle n’est plus le modèle privilégié. Elle gère les affaires de son père, le représente à l’étranger. Elle peint elle-même, réalise des modèles de couture.

Claude 1945

Pendant la guerre, elle éloigne son fils Claude et entre en Résistance. Arrêté, elle est emprisonnée et échappe miraculeusement à la déportation. De retour Matisse réalise encore son portrait.

J’ai beaucoup aimé cette exposition : les tableaux de Matisse mais aussi la découverte d’une personnalité intéressante.

Je n’ai mis que quelques clichés, il y a 110 tableaux et dessins…A vous de choisir vos préférés.

 

Le Château d’Oléron

MARS ATLANTIQUE (OLERON)

Cabanes ostréicoles du château d’Oléron

Le Château d’Oléron n’a pas de château. Ou plutôt, n’en a plus. Le château féodal des Ducs d’Aquitaine a été rasé au XVIIème siècle. Après la chute de La Rochelle, Richelieu a ordonné la construction de la citadelle. Cette petite ville (4000 ha) est la capitale de l’ile d’Oléron. C’est une jolie ville blanche, au plan régulier, enclose dans ses remparts. L’Office de Tourisme propose une « visite patrimoniale »en 15 étapes, 5km, 1h30 en suivant un dépliant explicatif.

Le Château d’Oléron – Place de la République – halle et fontaine

Le circuit commence place de la République, l’ancienne Place d’Armes. Au fond le marché couvert (1891) est précédé d’une curieuse fontaine en pierre blonde avec des colonne torses et des bas-reliefs marins. Elle fut réalisée en 1851par un compagnon du devoirf, tailleur de pierre. Cette fontaine est alimentée par une citerne récupérant les eaux de pluie, seule source d’eau douce sur l’île avant le raccordement au continent.

Suivant le plan du dépliant, je parcours les rues à la recherche des maisons de citoyens illustres : un peintre Omer Charlet, un médecin et archéologue le Docteur Pineau, un capitaine dont le navire, chargé d’huitres portugaise a fait naufrage et a essaimé le bassin d’une espèce résistante à l’épizootie qui avait décimé les huitres locales. Rien de bien remarquable du point de vue architectural, c’est l’occasion de découvrir l’histoire locale. Pierre Loti est aussi célébré, une rue lui est attribuée et la petite ruelle Aziyadé. Cette promenade est très tranquille sous un chaud soleil par des rues désertes.

Elle me conduit aux remparts verdoyants d’où on a de belles vues sur le Pertuis d’Antioche.

Château d’Oléron remparts

La Citadelle fut bombardée le 17 avril 1945 par les Alliés. Conçue par l’ingénieur Pierre d’Argencourt en 1630, la citadelle fut jugée insuffisante par Colbert. En 1685, Vauban l’agrandit puis réalise le glacis en 1695, et enfin dessine le plan de la ville en damier. Parmi les ruines, je découvre un pont à plusieurs piliers qui va à la Porte Royale et j’arrive finalement sur une belle esplanade herbue où se trouvent l’Arsenal et la Poudrière.

Stèle aux communards

Dans les renfoncements les galeries d’artistes sont actuellement fermées. Des sculptures dispersées ornent l’esplanade. La stèle à la mémoire des Déportés de la Commune de Paris me touche particulièrement. De 1871 à 1872 9000 Communards furent internés dans les forts charentais, les îles d’Aix, Madame , Oléron et Ré.

le Joueur de la Planète – Philippe Ardy

Un peu plus loin, une grande main de pierre tient dans sa paume le globe terrrestre, insinuant que le sort de la planète est entre nos mains. C’est l’œuvre de Philippe Ardy , le titre : Le joueur de la Planète. L’atelier du sculpteur est ouvert. J’ai le plaisir de le rencontrer. J’aime beaucoup ses sculptures en bois, sa curieuse Lucy en noyer, des boules étonnantes. Leur bois m’est inconnu : c’est l’Olivier de Bohème( Eleagnus angustifolia) qui n’est pas un olivier, ni bohémien non plus. Cet arbuste pousse à Oléron. Son bois développe des sortes de chancres, des grosseurs qui donnent une loupe intéressante. Philippe Ardy utilise aussi le bois flotté. Il a réalisé une grande sphère endommagée pendant la dernière tempête.

l’Atelier de Philippe Ardy

Avant de quitter la Citadelle, une guérite dominant le Pertuis d’Antioche est accompagnée d’un arbre dont un panneau raconte l’histoire. C’est celle de l’Orme de Richelieu, un très vieil orme qui servait d’amer aux marins. Les nouveaux mariés venaient y ficher une épingle pour assurer la fertilité. Scié par les Allemands, il fut remplacé par un jeune arbre en 1989 à l’occasion du Bicentenaire.

De l’autre côté du chenal, les cabanes ostréicoles multicolores sont tassées en un joyeux désordre. Elles ont été démontées, repeintes et sont occupées par des artistes, des artisans, des cafés et de petits restaurants. Hors saison, la plupart sont fermées sauf une maroquinerie et une boutique de savons. C’est une promenade très gaie sous le soleil ; Je fais photo sur photo. Devant une cabane un peu foutraque avec balais, cônes oranges et empilement de ces sortes d’assiettes trouées des bouchots, tout un bric à brac ; l’occupante me montre la photo de la « mémé-pisse-debout » une vieille paysanne en tenue grise. Rencontre sympathique.

Pique-nique devant deux bassins rectangulaires d’affinage des huitres. Une voiture s’arrête. Deux ornithos vont photographier les bernaches qui se nourrissent dans la vase près du bord. De l’autre côté de la route, le port ostréicole est aménagé dans d’anciens marais salants. Cabanes colorées et bateaux à fonds plats.

Le sentier du littoral rejoint le viaduc, 205 km plus loin entre littoral et claires ostréicoles. Sous le soleil, les épines blanches font un feu d’artifice éblouissant sur le ciel bleu. Dominique m’attend à côté de la Cabane du bout du monde.