Je ne pouvais pas rater cette exposition féministe et très originale.
Le cartel présentant les œuvres précise que ces créations sont faites directement à partir de la vie quotidienne et des activités domestiques. La Sphère privée s’étend à la créativité et à la politique.
In the power of my hands – Tapisserie faite avec des nattes de cheveux artificiels
En effet ces plasticiennes utilisent les textiles, la terre, et même les tresses de faux cheveux des coiffures africaines . Mais j’ai aussi été bluffée par la modernité de ces œuvres qui utilisent largement la photographie et la vidéo.
« Mombathiseni de Bullieweze Siwani – il faut entendre les vagues des vidéostextileDyptique de Njideka akunyali Crosby
Les techniques utilisées sont souvent métissée, composites avec surimpression photographiques et très sophistiquées. l’artiste nigériane vit à Los Angeles,.
Ana Silva : broderies sur sac
Ana Silva, Angola, a brodé des femmes en fines broderies sur de la toile à sac servant à emballer des vêtements de seconde main arrivant en Afrique : dénonciation de la surconsommation de l’industrie de la mode.
D’autres œuvres dénoncent les violences faites aux femmes, ou l’impossibilité de représenter le sexe féminin.
Reinata Sadimba : Femme en train d’accoucher
j’ai beaucoup aimé la vidéo de Wura Natasha Ogunju(USA/Nigéria) dont est tirée l’affiche de l’exposition : Will I still carry water when I am a dead woman? Des femmes au visage masqué mais à la tenue courte, short ou robe courte trainent des bidons dorés qui les entravent. Elles défilent dans les rues d’une ville nigériane dans l’indifférence des passants.
Comme le titre en anglais l’indique, ces artistes viennent presque toutes de l’Afrique anglophone, Afrique du Sud, Nigéria, Zimbabwe sauf Angola. C’et une région de l’Afrique que je ne connais pas du tout et j’ai été très dépaysée.
Bartolomé Bermejo :Retable de la Vierge de Montserrat
Petit déj au café
L’hôtel Ariagaqui occupe le premier étage d’un immeuble ne sert pas le petit déjeuner. La réceptionniste me conseille le Café Boulevard à quelques pas. Je commande un délicieux petit déjeuner jus d’orange frais, beignet à la crème anglaise, café au lait. Le cadre est fastueux : marbre, dorures, colonnes et miroirs. Des habitués lisent le journal, un jeune travaille sur un ordinateur portable. Cette formule me plaît bien.
Musée des Beaux Arts : Exposition Bermejo
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Tramway jusqu’au Musée Guggenheim, puis, nous traversons un chantier trouver le Musée des Beaux arts , construit au début du XXème siècle, rénové et précédé d’une façade de verre.
L’exposition, autour du peintre Bartholemeo Bermejo, fait le lien entre la peinture flamande et la peinture espagnole au début du XVIème siècle. Cela me rappelle que les Flandres étaient espagnoles au temps de Charles Quint. Bermejo vivait un peu avant cette époque, toutefois. La technique la peinture à l’huile vient donc de Flandres, de Van Eyck. Les retables sont apparentés à ceux de Gand ou de Bruges. Mêmes trognes pittoresques à la limite de la caricature. Même souci du détail. Monstres qui pourraient être ceux de Bosch.
Cette peinture est bien gothique. La Renaissance italienne est toute proche : perspective qui use et abuse des sols carrelés et paysages en lointain.
Le plan de l’exposition épouse les étapes du périple de Bermejo qui a beaucoup voyagé : Valence, Aragon, Castille, Baléares, Catalogne … chaque fois, il est confronté aux œuvres des peintres locaux. Quelques fois le tableau est le fruit d’une collaboration. Des rencontres historiques sont peintes : celle avec saint Dominique et Ferdinand d’Aragon, seul vers 1470, puis avec Ferdinand et Isabelle de Castille réunis sur un seul tableau sous l’égide de la Vierge . Introduction idéale à l’histoire de l’Espagne !
Je compare ces tableaux avec les souvenirs récents de Chypre. Après tout, ces tableaux sont contemporains des fresques même si la technique est très différente et si l’inspiration byzantine est très éloignée.
Devant la peinture de Bermejo et de ses contemporains, la pertinence des questions sur l’art qui m’ont interpellée hier, n’a pas de sens. Le sujet déborde du tableau. Il faut un regard multiple pour maîtriser le trop plein. Qu’est ce qui me fascine le plus ? L’Histoire Sainte, l’anecdote narrée par le peintre, la technique, le savoir faire de l’artiste ? Les influences picturales ? Ou les couleurs chatoyantes, les décors, les costumes ? Tellement de lectures sont possibles ! On ne se pose pas la question si c’est de l’art ou pas. Cette question n’était d’ailleurs pas d’actualité, on ne peignait pas alors pour faire de l’art ! Après la visite de cette exposition bien commentée, bien éclairée, didactique, nous avons moins de concentration pour admirer les collections permanentes.
Heureusement une prospective sur l’urbanisation de Bilbao fait diversion avec plans, maquettes, photos de chantier.
Collections permanentes
Les collections permanentes se vantent de posséder des Zurbaran, Goya, un Gauguin etc.…Goya me déçoit un peu : deux portraits et pas les meilleurs. Zurbaran m’avait frappée à Budapest. Les autres peintres sont moins connus, sûrement intéressants si je n’avais pas épuisé mes capacités de m’émerveiller plus tôt. Exposition Amable Arias
Nous passons, indifférentes, à l’étage des contemporains (encore !) et très critiques à l’exposition d’Amable Arias. : Dessins de l’invisible. La moitié de la salle est occupée par des « gribouillis-cra-cras » sur fond de café ou vagues lavis . Certains dessins retiennent mon regard pour leur humour : toute une série sur Sartre me fait sourire.
L’art donne de l’appétit !
Bilbao
Midi et demie : il est temps de s’aérer ! Nous aurions bien pique-niqué dans le parc du Musée mais nous n’avons rien emporté. Il faut explorer les ressources locales. Ce n’est pas évident dans ce quartier chic où les magasins de meubles, les agences de voyages et les restaurants hors de prix sont les seuls commerces.
Il me semble que vers la Gare nous pourrions trouver de la restauration rapide .En chemin, j’achète deux tomates et des bananes au cas où nous ne trouverions rien. Je survivrai toujours !
Nous arrivons sur la Gran Via Lopez de haro, belle artère piétonnière bordée d’immeubles cossus avec caryatides et atlantes, coupoles genre pâtisserie ressemblant à ceux de Vienne ou de Pecs. Encore des magasins de vêtements, le Corto Inglese, de belles librairies, une merveilleuse pâtisserie. Mais nous n’en sommes pas au dessert.
Près de la Gare, enfin ! Nous trouvons des sandwiches et même des salades que nous mangeons sur la promenade le long de la ria près du pont qui fait face au Théâtre et à notre hôtel.
De la salle du petit déjeuner, nous observons les allers et venues des tracteurs qui nettoient le sable de la plage de Saint-Jean-de-Luz. Est ce routine ou suite de la marée noire ? On monte les toiles des cabines de plage, à rayures rouges, bleues, vertes.
Nous quittons la France par la nationale 10 jusqu’à Irun sous un fin crachin. Tout est vert ici, pas de mystère : il pleut souvent.
Entrée en Espagne
Dès l’entrée en Espagne les changements dans les constructions sont notables. Plus de villages fleuris et de grandes maisons basques, des immeubles de briques très hauts serrés les uns contre les autres. Le fond de la vallée est occupé par la voie ferrée et les usines. Les montagnes escarpées sont recouvertes de forêts. Nous ne trouvons pas la route touristique qui suit la côte et suivons une nationale encombrée de camions traversant des villes hideuses.
San Sébastian
San Sébastian qui ressemble à Nice ou à Cannes : beaux immeubles 1900, grandes avenues, des banques et des hôtels. Sans nous attarder, nous cherchons la route en corniche et trouvons une piste cimentée très étroite surplombant l’océan de très haut sur des montagnes sauvages. Des chevaux paissent sur une pente couverte de fougères. Les prés sont tellement escarpés qu’ils sont fauchés à la main. Les meules coniques construites sur une perche centrale ressemblent à celles que nous avons vues en Croatie ou en Slovénie.
Sur notre carte au 1/1 000 000° cette petite route ne figure pas. Nous rejoignons l’autoroute au premier village. Elle traverse des montagnes par de longs tunnels courbes et tourne tout le temps. Dominique doit s’accrocher au volant.
Bilbao : Hôtel Ariaga
Midi : Bilbao. Après avoir traversé des quartiers modernes nous descendons vers la rivière Navion dans les quartiers historiques. La circulation automobile est infernale. Les nombreux autobus très longs ne facilitent pas le trafic. Pour trouver un hôtel nous suivons les quais bordés d’une jolie promenade . Les immeubles sont agrémentés de bow-windows en bois et de décors de colonnettes et de boiseries. L’Hôtel Ariaga possède un garage souterrain. Il est situé en plein centre, près du théâtre et de la Gare (très belle façade Art Nouveau en céramique). Le prix est raisonnable (65 € + 10€ pour le parking). Il est tenu par une famille qui règne sur les portes et le parking où l’on se rend accompagnées. Pas questions d’allers et venues en voiture ! Elle restera sagement enfermée jusqu’à notre départ ! Notre chambre est propre avec un parquet vernis des meubles en bois foncé, pas de décoration mais une belle salle de bains.
Musée Guggenheim
Bilbao : la Ria et le musée Guggenheim
Le tramway – une jolie rame double verte futuriste – nous y conduit directement. Le Musée Guggenheim est un temple de l’Art Contemporain. Le bâtiment est tout à fait impressionnant. Recouvert de titane, il brille sur une esplanade claire près de la ria. Son architecture compliquée toute en courbes évoque tantôt une fleur aux pétales entrouverts, tantôt un navire aux multiples coques emboîtées, parfois un oiseau, selon la perspective. Des colonnes rondes, des statues bizarres – une araignée métallique, un chien d’une dizaine de mètre de haut couvert d’un pelage de fleurs formant des taches colorées.
Un pont routier, haut de 60 m, enjambe la rivière. Un escalier monumental en calcaire blond nous mène à l’entrée du Musée. Tout cela forme un ensemble complexe.
Bilbao Musée Guggenheim vue d’ensemble
A l’intérieur, le verre donne une impression de légèreté et de lumière. Cathédrale de l’esthétique, on admire la prouesse du design plus que ce qui est exposé. Une salle toute en longueur à éclairage tamisé, sorte de crypte, contient trois sculptures monumentales : l’une d’elles est un cercle pavé de dalles d’ardoises irrégulières, une autre est un serpent formé de quatre tôles ondulant, la dernière, trois igloos de verre, fagots et toile plastique.
Très belle salle mais où sont les œuvres?
Où je me questionne sur l’Art Contemporain
Chien de Koons
Impression de vacuité, vide de sens, recherche de l’esthétique pure ou bluff ?
Cette énorme installation résume la création contemporaine : une bulle vide, abstraite, pourtant impressionnante. La beauté devient acte de foi. Il faut croire que c’est beau, plutôt que de chercher à comprendre. Et si notre crédulité était seulement exploitée par les marchands de l’Art qui vendent hors de prix le kitsch ou pire, le rien ? Le contenant, l’emballage, plus important que le contenu ?
Deux expositions temporaires : Calder parfaitement adapté à ce lieu, et laCollection Broad présentant des plasticiens très connus : Liechtenstein,Andy Warhol, Basquiat, Baldessari Schnabel. Beaucoup de « déchets » : « grabouillages » me laissent complètement indifférente. Les Marylin répétitives de Warholm’ennuient. Certains Liechtenstein –pop art- me séduisent.
Toute une section du Musée est consacrée à l’interrogation « qu’est ce que le bon goût ? ». Provocation gratuite : un chaton en plastique sort d’une chaussette en plastique encadré par deux marguerites en plastique, tout cela dans des couleurs primaires des jouets de bébés. Ce deuxième degré du kitsch me paraît facile, complaisant. La matière, volontairement vulgaire, est laide. En revanche, les séries de Baldessari, sortes de collages, montages de photos découpées et repeintes, sont plus intéressantes. La salle des années 80 montre des œuvres plus abouties : immenses toiles agglomérant des assiettes de Schnabel. Il me semble que le stade de la provocation toute pure est dépassé et que les plasticiens recherchent à nouveau à donner du sens et des images dans leurs œuvres (?). Plus d’intérêt de ma part, mais pas vraiment de jubilation. Où est le plaisir ? J’en éprouve, sans me poser de question, devant un Matisse ou un Picasso. Cette visite nous rappelle Vienne et le musée où nous avions découvert Hundertwasser. le bâtiment était moins impressionnant mais nous avions fait une rencontre . L’importance de l’artiste apparaissait comme une évidence. On pense au Futuroscope : belle technologie au service de quoi ? De Maunoury ? Enveloppe creuse ? Toutes proportions gardées cependant. Le Futuroscope n’a pas l’ampleur du Guggenheim.
Retour à pied le long de la rivière : agréable promenade ensoleillée. Nous terminons dans les petites rues de la Vieille ville : magasins de fringues (ce sont les soldes), foule et musique de rue.
EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSEE D’ART MODERNE DE PARIS
du 18 septembre 2020 au 10 janvier 2021
Cérémonie (1947)
Victor Brauner est né en 1903 à Piatra Neamt (Moldavie) pendant sa jeunesse roumaine 1920 -1925 à Bucarest il invente la picto-peinture avec Ilarie Voronca et subit l’infleunce de Cézanne mais aussi des cubistes
Brauner Portrait de Mme R.B.
Il arrive à Paris en 1925 où il fréquente entre autres Chagall et Delaunay. Il retourne à Bucarest où il expose puis reviendra à Paris en 1930 où il rencontre Brancusi, Giacometti et surtout André Breton et les Surréalistes. L’aventure surréaliste se poursuivra jusqu’en 1948 où il sera exclu du groupe .
Brauner dessin
L’exposition du MAM consacre une salle aux dessins de l’époque. Brauner dessine depuis l’enfance. Son tracé est très sûr et la technique éblouissante. Il se laisse entrainer par un dessin automatique analogue à la démarche des surréalistes.
Brauner : l’Etrange cas de Monsieur K 1934
On retrouve ce graphisme dans un tableau noir très étrange que j’ai bien aimé
Brauner : Débris d’une Construction d’Utilité
Dans les années 30 il adhère au parti Communiste clandestin et on peut imaginer une dimension politique dans la critique du fascisme
Brauner 1935 : Hindenburg
peut on imaginer une dimension politique dans la création de Monsieur K , une sorte d’Ubu dont il donne de multiples images
Monsieur KEtrange cas de Monsieur K la morphologie de l’homme
Certains tableaux font penser à de Chirico ou Dali
Brauner : La ville qui rêve
Autour de 1937, en tant que Juif et Communiste, Brauner se sent menacé et quitte la Roumanie pour Paris qu’il devra fuir dans l’attente d’un visa américain qui ne viendra pas. Brauner passera donc la guerre dans la clandestinité caché d’abord dans le midi puis dans les Hautes Alpes.
Une section de l’exposition est consacrée à ces années : Les Frontières Noires de la Guerre. Toute une série de tableaux sont sombres, peints avec les matériaux que le peintre trouve sur place : brou de noix, cire qu’il incise
Mais c’est aussi pendant les années de guerre qu’il sculpte le Congloméros sculpture anthropoïde, deux hommes et une femme mêlés, chimère hermaphrodite et désarticulée
Congloméros(plâtre) et la Palladiste(tableau)
En une nuit, Brauner dessine 50 dessins, esquisses préparatoires au Congloméros. En plus du Congloméros il invente d’autres chimères .
Tôt-in-Tôt la Grande Métamorphose
Après la guerre ses oeuvres sont plus colorées plus fantaisiste, mythologique. On dirait qu’il emprunte aux mythes égyptiens, azthèques ou africains motifs et couleurs.
Rencontre avec 4 chats du Monde
Brauner
Vers la fin de sa vie il combine sculpture et peinture en concevant de cadres très décoratifs. Des documents audiovisuels permettent d’entendre le peintre parler avec beaucoup d’humour de son oeuvre.
Le Musée Zadkine est au 100 de la Rue d’Assas juste en face de la Faculté de Pharmacie, en haut du Luxembourg. Il est bien caché sur une placette ombragée dans une maison basse et un atelier au fond du jardin arboré orné de sculptures en bronze.
Zadkine
L’exposition Le Rêveur de la Forêt est mêlée aux collections permanentes et s’y intègrent parfaitement. Les œuvres dialoguent. On entre d’abord en lisière de la forêt avec les très beaux vendangeurs de Zadkine qui sont en compagnie d’un beau tableau d’une forêt automnale
Natalia Gontcharova
De Natalia Gontcharova et d’un curieux tableau de Dubuffet où des couches de terre encroûtent la toile.
Dubuffet
On reconnaît facilement la forêt de Giacometti
Giacometti
La seconde salle est appelée Genèse – création ou matrice du vivant – colorée par le tableau fleuri de Séraphine de Senlis
Séraphine de Senlis
Forêt naïve du Douanier Rousseau ? Non, c’est l’étrange Conglomeros créature étrange de Victor Brauner dans le décor qui rappelle que Victor Brauner a succédé au Douanier Rousseau dans le même atelier, hommage au maître.
Victor Brauner : Conglomeros – la rencontre du 2 rue Perret
Un autre être hybride lui répond : l’Hermaphrodite de Zadkine
Zadkine : Hermaphrodite
Les nuages blancs de Jean Arp ont pour titre chapeau-forêt . Mais Arp précise « nous ne voulons pas copier la nature…ces sculptures devfraient rester anonymes comme les arbres de la forêt ».
Jean Arp
En compagnie de deux sculptures sur pierre, une Tête héroïque en granite qu’un glacier a laissé près de Vitebsk, et de Sisyphe gravé je découvre les créations d’Hichem Berrada, créatures aléatoires nées dans des aquariums à la cire perdue ou de cristallisations. je les ai rencontrées au Louvre-Lens, à Pontoise et dans le Parc du Château de Versailles et jamais elles n’ont été si bien à leur place!
Hichem Berrada : Keromancie
je suis fascinée par les étranges photographies de Pascale Gadon-Gonzalez, superpositions de microphotographies et jeu d’échelles, je me crois dans une forêt de pin un peu fantastique.
Germaine Richier : chauve-souris
J’aurais aussi pu citer Pennone et ses lentilles -miroirs, l’arbre foudroyé d’André Masson. Sans oublier les sons captés par Ariane Michel….
Pour arriver au Bois sacré/Bois dormant, dans l’atelier il faut traverser le jardin. Dans ce Bois sacré, j’ai surtout retenu les grandes figures mythologiques de Zadkine : Prométhée, Daphnée. Mais d’autres grands de la sculptures les accompagnent.
Zadkine : Daphnée
Je pourrais ajouter toutes les photos des bronzes que j’ai prises dans le jardin….
Le parvis est en travaux, il vaut mieux avoir fait sa réservation, on m’a refoulée à la première tentative. Même munie d’un ticket avec un horaire précis, je suis arrivée 40 minutes avant l’heure dite et je suis entrée pile à l’heure après des queues.
Autoportrait 1976
Suite des infos pratiques :
A la place de l’audioguide, il y a des podcasts, ne faites pas comme moi des photos avec le smartphone parce que c’est galère de passer d’une fonction à l’autre sur le téléphone qui n’est pas si intelligent que cela!
Magistral, tragique, théâtral Bacon!
In the memory of George Dyer 1971
Bacon en toutes lettres s’affiche comme une exposition littéraire, mise en scène autour de six œuvres, ou plutôt de six pages, lues dans la pénombre de cellules nues en deux langues, anglais et français, les tableaux sont mis en scène vis à vis selon une disposition qui se répète : un triptyque en face duquel on a aimablement installé un banc pour qu’on puisse écouter commodément le podcast et de grands tableaux sur les murs perpendiculaires. Bacon se défend d’illustrer le texte, ce dernier lui suggère des images. Le peintre se laisse porter par son inspiration. Aucune anecdote précise n’est dessinée.
Eschyle, Nietzsche, Eliot, Conrad, Leiris et Bataille!
Avec l’Orestie d’Eschyle, les Erynies peut être?
Les six textes sont tragiques, violents, évoquant le sang et l’horreur!
Permanence d’une grand théâtralité, d’abord l‘Orestie est lue, mais aussi évoquée dans le texte d’Eliot »La Terre vaine » comme dans celui de Nietzsche qui traite des deux Dieux, Apollon et Dionysos, et de la transe dionysiaque qui semble si bien surgir de ces tableaux.
Même quand le cadre est moins tragique, moins sanglant comme ces couples de part et d’autre d’un cadre bleu, plus serein(???) la mise en scène au cordeau est visible. Mise en scène toujours!
Que dire du traitement que l’artiste impose aux corps distordus, aux visages écrasés qui semblent crier, aux muscles hypertrophiés
Faire d’une situation banale une scène de théâtre comme cet homme assis sur les WC ou au contraire introduire la mythologie comme cette rencontre d’un athlète avec le sphinx:
Rencontre avec le sphinx
Leiris (et Picasso) lui suggèrent la corrida. Quoi de plus spectaculaire que cette arène et le taureau?
Pour en finir avec Bataille et l’Abattoir
Très intéressants interviews filmés, Bacon raconte ses inspirations, et curieusement il n’est pas question de théâtre, peu de peinture (sauf Picasso) mais surtout de cinéma, de Bunuel et Eisenstein. Et ces références cinématographique éclaire d’un jour nouveau ces visages déformés, les personnages terriblement expressif crient!
Exposition temporaire prolongée jusqu’au 5 janvier 2020
Luiz Zerbini
Les expositions de la Fondation Cartier sont chaque fois un enchantement, un dépaysement et une découverte de l‘art contemporain. Nous les arbres s’intègre tout à fait naturellement dans le jardin derrière la verrière du magnifique bâtiment de Jean Nouvel. On peut même poursuivre le parcours dehors.
Zerbini : table-herbier (détail)
Dans chaque salle, une installation, une thématique. J’ai préféré la salle du rez de chaussée investie par Luiz Zerbini, un artiste brésilien que j’avais déjà remarqué à la Fondation Cartier dans l’exposition Géométrie du Sud du Mexiqueà la Terre de Feu.… L’élément central est un vrai ficus entouré d’étagères colorées formant une « table herbier » présentant aussi bien des fruits secs que des coquillages ou des racines séchées. entourant l’arbre, des tableaux de très grand format, très colorés sont à la gloire des végétaux.
Luiz Zerbini
Suspendues le long des vitres, des feuilles monotypes avec impressions directes , et surimpressions de feuilles, tiges, branches, graines… d’une extrême finesse.
Deux murs sont occupés par des gravures et dessins d’artistes Yanomanis du Brésil décrivant une forêt-monde peuplée d’animaux .
arbre avec un toucan
En face des artistes du Paraguay Nivaclé et Guarani racontent un monde dont ils sont chassés par la déforestation, ils racontent la pêche et la chasse avec une précision et un talent remarquable
Dans l’autre salle du rez de chaussée, peu d’exotisme. Les arbres nous sont familiers. La première partie est investie par Fabrice Hyber avec de grands tableaux relatant ce qui me semble être des expériences botaniques ou agronomiques. Un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret sur un grand écran célèbre un platane, un noyer, un magnolia, un cèdre, un arbousier….racontés par des personnes très variées qui ont noué une relation toute personnelle avec ces arbres. Nous prenons notre temps à écouter, regarder. Documentaire très contemplatif!
Au sous-sol, on retrouve la forêt amazonienne et la déforestation
et l’on se promène aussi dans l’imaginaire très décoratif d’un plasticien iranien. Puis dans la réalité scientifique d’un savant italien.
Pour terminer par un film très zen de Paz Encinna (réalisatrice paraguayenne), filmé parfois au ras de l’écorce, parfois dans le flou des branches de la canopée qui se balancent. Une petite fille se confie, « approche-toi de l’arbre » comme un refrain dans ses confidences sur ses émerveillements, la tendresse de sa mère, ses découvertes…Il ne se passe rien mais on est envoûté.
Nuages? Feuillages? vaisseaux sanguins?arborescences? sur les vitres de la Galerie
Hicham Berrada est ce plasticien un peu chimiste, un peu informaticien qui invente des univers minuscules dans des bocaux, cristallisoirs où il fait varier différents paramètres (température, acidité, conductivité etc…) pour observer des phénomènes de précipitation, cristallisation, corrosion, sédimentation, érosion… qu’il filme dans des vidéos poétiques ou qu’il moule et met en scène dans des aquariums.
un monde dans un aquarium
J’avais déjà rencontré ses œuvres dans le Parc de Versailles pour un Voyage d’hiver
mais ces univers minuscules étaient perdus dans les bosquets.
près de Pontoise et j’avais été bluffée par cette chambre d’or et par les vidéos
un autre petit univers minéral
Aquariums, vidéos des expériences de chimie artistique, il ne faut pas oublier les installations créées pour le lieu de résidence ni l’utilisation des algorithmes pour des créations en même temps aléatoires et maîtrisées.
L’art contemporain est une conclusion logique de la Galerie du Temps qui ne peut s’arrêter à l’art classique. Cependant, pour la comparaison, la barre est haute et se trouver confronté à de tels chefs d’oeuvres n’est pas forcément un avantage pour un plasticien, même reconnu.
J’ai hésité avant de me rendre à la Monnaie de Paris : l’affiche placardée dans le métro ne me disait rien : visage grimaçant d’un rose violacé violent. J’ai parfois du mal avec l’art contemporain (mais je me force) de jolies surprises et parfois des déceptions.
Un monstre soufflant de la vapeur par les narines accueille les visiteurs dans la cour de la méridienne, tête de vache (ou de girafe) queue de dauphin. Je le retrouverai plus tard dans l’exposition en miniature, figurine de pâte Fimo colorée que le sculpteur a confectionné pour ses enfants.
Muses et Héros :
Si les personnages masculins – les Héros – sont souvent grimaçants, hiératique ou gesticulants, les Muses sont plus apaisées.
Femme d’aluminiumFemme d’acier
A ces deux femmes voluptueuses (surtout la femme d’aluminium) succède une rangée de gnomes perchés en hauteur dans un couloir. Têtes de céramique émaillée noires, bleues, vertes métallisées, vieux messieurs sévères ou grimaçants rappelant les bustes d’empereurs romains , les caricatures de Daumier ou des masques de carnaval (selon le cartel)
Gnome en céramique émailléeGnome
Une série de portraits à l’aquarelle ou de caricatures est interrompue par des ours en peluche
La salle la plus spectaculaire est celle des United ennemies, des petites marionnettes aux têtes colorées en pâte Fimo habillées de tissu et réunies par paire sont perchées sur des colonnes et coiffées de globes de plexiglas.
United ennemies
Les visages sont grimaçants, les couleurs violents, les attitudes conflictuelles. Comme si cela ne suffisait pas, Schütte les a mis en scène devant des photographies qui les montrent en gros plan.
La mise en scène est saisissante.
Autre mise en scène, une pièce de théâtre en trois actes : Mohr’s Life. L’artiste Mohr , au centre de l’intrigue, très petit personnage est placé dans un décor de taille réelle (placard à chaussure, penderie, armoire à vêtement). Dans l’un Mohr, sculpteur fait face à son oeuvre, dans un autre il peint des nuages et enfin il est confronté à un marchand d’art.
Deuxième acte (Mohr peintre au fond des chaussettes suspendues)
C’est amusant, déroutant par le décalage de taille, plein d’humour.
Les fantômes de verre en verre rouge de Murano sont aussi de petits personnages mis en scène dans une enceinte de miroirs
Fantômes de verre
Schütte a travaillé dans l’atelier de Berengo à Murano et a sculpté de très belles têtes de femmes en verre
Glaskopf
Séduit par cette belle matière, le sculpteur n’abandonne pas la céramique pour autant. Une énorme tête bleue est à l’honneur dans une belle pièce et se reflète dans le miroir 18ème siècle
Blauer Kopf
Des têtes géantes
L’art de Schütte ne se résume pas à ces têtes grimaçantes. Non seulement il travaille aussi bien le métal, le verre ou la pâte fimo, mais il fait de très délicates aquarelles et construit des maquettes d’architecture. Maisons inhabitables que ces « maisons pour une personne » mais aussi un centre d’art qui a effectivement été construit. Des étagères contiennent des maquettes ou des figurines minuscules.
Enfin, la dernière salle « Guillaume Dupré » avec son plafond à caisson en trompe-l’oeil et sa fresque ovale au plafond, ses balustres avec des dorures, les colonnes de marbre et ses vitrines luxueuses, offre un écrin à la maison-cristal et aux sculptures mise à l’honneur dans des vitrines précieuses. Point d’orgue à une belle exposition.
La cour d’honneur et les géants de bronze
Il reste encore à admirer les géants de bronze dans les cours, les jambes englués dans la boue.
Malgré l’affiche qui ressemble à un biface, malgré le titre, ce n’est pas une exposition archéologique et vous verrez très peu de ces silex taillés, haches polies ou harpons d’os que vous avez l’habitude de trouver – parfois bien poussiéreux – dans certains musées de la Préhistoire.
Ami Drach & Dov Ganchrow
C’est d’art contemporain (ou moderne) qu’il s’agit!
Exposition ou plutôt parcours chronologique dans une spirale des temps géologiques. Il faut ici prendre « Préhistoire » au sens large, comme dans l’expression « animaux préhistoriques » parce que vous allez voir quelques fossiles et beaucoup de dinosaures. Il ne s’agit pas plus de géologie (même si on y fait allusion) mais d’art sous toutes les formes, sculpture, peinture et cinéma!
Gabritchevsky
Aux débuts de la Terre, une planète sans humains, peuplée de créatures fantastiques comme l’a peint Gabritchevstky qui avant d’être peint fut biologiste, entomologiste menant des recherches sur l’hérédité. Max Ernstet De Chirico ont aussi suivi cette inspiration en dessinant des monstres.
Max Ernst : frottage
35.000 ans, 28.000 ans. Non seulement les humains ont colonisé la Terre, mais ils sont déjà des artistes!
Vénus de Lespugue
La Vénus de Lespugue est une des stars de l’exposition. Elle a fasciné les plus grands de Picasso à Giacometti qui en possédaient des copies et qui les ont inspirés. Elle se trouve donc en compagnie des œuvres de ces artistes et de bien d’autres. j’ai beaucoup aimé la vitrine contenant des sculptures de Brassai
Brassai
ma préférée est celle qui est en bas à droite. Brassai s’est aussi inspiré des graffitis sur les murs, analogues aux graffitis dans les cavernes? Sur Caresse de Giacometti , une main gravée sur le marbre blanc fait peut être allusion aux mains préhistoriques qui décorent les peintures rupestres, sensualité du marbre.
Giacometti Caresse, marbre blanc
Nous connaissons les outils préhistoriques. Miro s’est amusé sur les deux tableaux ci-dessous:
modernité? Clés à molette, hélices, tuyauxPréhistoire? notez les analogies! massues, ossements, silex
Altamira, Chauvet, peintures rupestres. La caverne s’orne d’un art raffiné.
peintures rupestresYves Klein : Empreintes de corps de Femmes
ou
Richard Long
Et que dire des grandes fresques de Miquel Barcelo à l’argile sur du verre. Œuvres éphémères qui semblent surgir de l’âge de pierre, ou de la falaise des Dogons ou Barcelo a eu un atelier.
Barcelo – Danse macabre ou chasse primitive?
Les mégalithes de Carnac, les pierres gravées de Gavrinis se mêlent au Land Art de Spiral Jetty de Robert Smithson – une vidéo montre des engins de chantier déversant des chargements de roches dans le lac. A l’opposé Richard Long, le marcheur, construit son oeuvre par ses pas
Richard Long, néolithique ou contemporain?
La spirale des temps va-t-elle se boucler avec une extinction? Avec du papier hygiénique, du carton et des cure-dents, matières périssables, dérision de l’art, Jack et Dinos Chapman ont scénographié les dinosaures à la veille de leur extinction
Les dinosaures de papier et carton des Chapman
Une vidéo se déroulant à Fukushima où un singe habillé préfigure peut être cette extinction des humains.