Préhistoire – Une énigme moderne – Centre Pompidou

Exposition temporaire 8 mai-16 septembre 2019

 

Barcelo (argile sur verre)

Malgré l’affiche qui ressemble à un biface, malgré le titre, ce n’est pas une exposition archéologique et vous verrez très peu de ces silex taillés, haches polies ou harpons d’os que vous avez l’habitude de trouver – parfois bien poussiéreux – dans certains musées de la Préhistoire.

Ami Drach & Dov Ganchrow

C’est d’art contemporain (ou moderne) qu’il s’agit!

Exposition ou plutôt parcours chronologique dans une spirale des temps géologiques. Il faut ici prendre « Préhistoire » au sens large,  comme dans l’expression « animaux préhistoriques » parce que vous allez voir quelques fossiles et beaucoup de dinosaures. Il ne s’agit pas plus de géologie (même si on y fait allusion) mais d’art sous toutes les formes, sculpture, peinture et cinéma!

Gabritchevsky

Aux débuts de la Terre, une planète sans humains, peuplée de créatures fantastiques comme l’a peint Gabritchevstky qui avant d’être peint fut biologiste, entomologiste menant des recherches sur l’hérédité. Max Ernst et De Chirico ont aussi suivi cette inspiration en dessinant des monstres.

Max Ernst : frottage

35.000 ans,  28.000 ans. Non seulement les humains ont colonisé la Terre, mais ils sont déjà des artistes!

Vénus de Lespugue

La Vénus de Lespugue  est une des stars de l’exposition. Elle a fasciné les plus grands de Picasso à Giacometti qui en possédaient des copies et qui les ont inspirés. Elle se trouve donc en compagnie des œuvres de ces artistes et de bien d’autres. j’ai beaucoup aimé la vitrine contenant des sculptures de Brassai

Brassai

ma préférée est celle qui est en bas à droite. Brassai s’est aussi inspiré des graffitis sur les murs, analogues aux graffitis dans les cavernes? Sur Caresse de Giacometti , une main gravée sur le marbre blanc fait peut être allusion aux mains préhistoriques qui décorent les peintures rupestres, sensualité du marbre.

Giacometti Caresse, marbre blanc

Nous connaissons les outils préhistoriques. Miro s’est amusé sur les deux tableaux ci-dessous:

modernité? Clés à molette, hélices, tuyaux
Préhistoire? notez les analogies! massues, ossements, silex

Altamira, Chauvet, peintures rupestres. La caverne s’orne d’un art raffiné.

peintures rupestres
Yves Klein : Empreintes de corps de Femmes

ou

Richard Long

Et que dire des grandes fresques de Miquel Barcelo à l’argile sur du verre. Œuvres éphémères qui semblent surgir de l’âge de pierre, ou de la falaise des Dogons ou Barcelo a eu un atelier.

Barcelo – Danse macabre ou chasse primitive?

Les mégalithes de Carnac, les pierres gravées de Gavrinis se mêlent au Land Art de Spiral Jetty de Robert Smithson – une vidéo montre des engins de chantier déversant des chargements de roches dans le lac. A l’opposé Richard Long,  le marcheur, construit son oeuvre par ses pas

Richard Long, néolithique ou contemporain?

La spirale des temps va-t-elle se boucler avec une extinction? Avec du papier hygiénique, du carton et des cure-dents, matières périssables, dérision de l’art, Jack et Dinos Chapman ont scénographié les dinosaures à la veille de leur extinction

Les dinosaures de papier et carton des Chapman

Une vidéo se déroulant à Fukushima où un singe habillé préfigure peut être cette extinction des humains

La boucle du temps est bouclée

 

 

BASQUIAT L’Enfant rayonnant – Paolo Parisi – ed. Chêne

BABELIO / MASSE CRITIQUE

Un joli roman graphique est arrivé dans ma Boîte à Lettres. Merci à Babélio et aux éditions Chêne. Format agréable, beau papier, couleurs franches,

« les couleurs présentes dans les oeuvres de jeunesse »

dit l’auteur. Graphisme intéressant, et roman graphique bien documenté.

…Un hommage, une tentative de faire de la bande dessinée ce que la bande dessinée n’est pas »

continue-t-il dans les pages liminaires.

A être franche, j’ai d’abord été un peu déçue. Je suis revenue enthousiasmée de l’exposition Basquiat l’an passé à la Fondation Vuitton.  J’avais découvert l’univers de Basquiat si riche en symboles et en signifiants. Un animateur avait donné quelques clés pour comprendre ces œuvres foisonnantes et j’espérais que ce nouveau livre utiliserait certains de ces codes . Pas du tout!

Ce n’est pas un livre d’Art : aucune reproduction de Basquiat ne figure ici. Pas d’interprétation. Des allusions au marché de l’art. Des rencontres avec les contemporains de l’artiste : Warhol, bien sûr, Keith Haring également.

 

Ce n’est pas un plagiat! L’auteur n’a pas plagié l’artiste. Il n’a pas chercher à dessiner à la manière de…

 

C’est un travail original, une sorte de biographie. Paolo Parisi s’est inspiré de la vie de Jean-Michel Basquiat, il a cherché à traduise sa fulgurance avec ses mots, ses idées, ses dessins.  Il raconte une histoire. Son héros, SAMO d’abord, Basquiat quand il devient célèbre, la vie entre fête et drogues, limousines et caves….la musique, les femmes qu’il a rencontrées, les marchands….jusqu’à la fin.

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris RUMEURS ET LEGENDES – HOUSEAGO

EXPOSITIONS TEMPORAIRES

Houseago

Sitting nude

Sculpteur né à Leeds en 1976, installé à Los Angeles depuis 2003. Présente des sculptures anthropomorphes plutôt monstrueuse, le plus souvent en plâtre (tuf cal) parfois hybridées de bois contenant des tiges métalliques.

Serpent (?)

On peut admirer la puissance du mouvement, de la musculature,  walking man, sitting nude ou standing boy. Dans la sculpture, je prête beaucoup attention à la matière, j’aime caresser (du regard) le marbre, le poli du bronze, ou les veines du bois. Le plâtre n’est pas une matière aimable. Ébauche de plâtre ou d »argile, je veux bien mais pour la sculpture définitive, cela ne me séduit pas vraiment.

Houseago

En 2010, à la Biennale de Venise son homme press installé au Palazzo Grossi a connu une heure de gloire

l’homme pressé

les dessins au charbon sur toile m’ont plus intéressée.

Somatic paintings 2018 Death

Rien à dire des grands tableaux noirs.

En somme, une déception.

Rumeurs & Légendes : un nouveau parcours dans les collections

La dernière fois j’avais parcouru les collections permanentes avec joie, revu les Delaunay, Herbin, Soutine….On les a rangés ailleurs (?) pour rajeunir les collections avec un nouvel accrochage en deux temps (1960 – 2000) et (Depuis 2000).

Le résultat est tout à fait passionnant et j’ai fait la connaissance d’artistes de premier plan que je ne connaissais pas – pas même de nom.

Entre mémoire et temps : le récit sculpté d’Etienne Martin

rhinocéros
rhinocéros

Une passion dans le désert est une nouvelle de Balzac que trois peintres Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo et Antonio Racalcati ont illustré par un cycle de 13 tableaux complétés ici par trois tableaux identifiés par chacun des artistes. J’ai bien envie de chercher la nouvelle et de revenir à ces illustrations que j’ai bien aimées.

Le soldat de l’armée de Bonaparte
le soldat et la panthère
x

Bernard Dufour : parcours d’un peintre écrivain 

Est le plasticien qui m’a le plus parlé. Peut être parce qu’il parlait politique?  Le polyptique Holger Meins raconte la mort de faim d’Holger Meins, le prisonnier de la Fraktion Armée Rouge, mort à la suite d’une grève de la faim.

Polyptique Holger Meins

Il raconte aussi son amour pour Martine dans une série des figures du temps de l’agonie de Martine

série de l’agonie de Martine

D’autre peintures politiques m’ont interpellée.

Mythologies individualistes : Annette Messager et Christian Boltanski 

ne sont pas inconnus de moi. J’y reviendrai!

Faites le déplacement au Musée d’Art moderne avant le 14 juillet mais réservez votre temps pour cette deuxième exposition!

Grayson Perry à la Monnaie de Paris

VANITÉ, IDENTITÉ, SEXUALITÉ

Exposition temporaire jusqu’au 03.02.2019

D’Angleterre arrivent parfois de géniaux excentriques doués d’humour et de créativité. Grayson Perry en est l’un d’eux et la Monnaie de Paris, 11 quai Conti lui offre un bel écrin. Il trône en haut du majestueux escalier, travesti dans une somptueuse robe.

Long Pig – Tirelire ou tronc pour de collecte?
Tirelire ou tronc pour les offrandes.

La première oeuvre qui accueille le visiteur est ce cochon-tirelire. On peut choisir sa fente pour faire son offrande Gauche/Droite, ou Pauvre/Riche,  Rural/Urbain, Leave (Brexit)/Hope . Grayson le céramiste, donne le ton dès l’entrée.

Reclining artist : artiste et modèle avec tous ses objets familiers
Reclining artist : artiste et modèle

Un magnifique salon ovale décoré de fresques présente les créations vestimentaires de Perry le styliste : Claire ou Grayson? Deux tableaux le représentent entre les robes magnifiques

Selfie with political cause

Il y a toujours beaucoup à voir et à lire dans les tableaux ou sur les vases. Des animaux, et des paysages britanniques. J’aime bien le renard « tax evasion » qui est à terre? vision optimiste?

vase

Les vases sont très élaborés avec des influences diverses, même japonisantes Les Precious Boys sont travestis, Women of Idéas viennent d’un transfert d’image de Gainsborough

Quand Grayson Perry parle de ses céramiques dans les vidéos, il emploie l’expression « pottery » suggérant une sorte d’artisanat secondaire, féminin, qu’on ne prend guère au sérieux. La tapisserie qui l’inspire également serait rangé aussi comme art mineur, féminin. Et justement lui, aime les savoirs-faire « féminins ».

Autre domaine où il excelle : la photo. L’exposition montre trois autoportraits où il est « Claire ». Selon lui, aucune provocation à la mode, dans ce travestissement; Il revêtait déjà des habits féminins quand il était petit!

 

I am a man

Grayson Perry s’exprime aussi par la sculpture. I am a man s’inspire de Peter Pan. Il ressemble aux bronzes béninois.

Our mother

Our father

Deux autres sculptures ont des influences africaines : Our mother et Our Father qui rappellent aussi la famine : l’enfant au sein est mort, la mère transporte calebasses, paniers et seaux pour aller puiser l’eau, les téléphones portables à son cou sont-ils ceux de ses autres enfants. Quels fardeaux pour une seule femme! l’homme est beaucoup moins embarrassé, mais il transporte des armes, dans un carquois il a un fusil. Porte-t-il lui aussi des enfants ou des grigris?

moto rose customisée avec un petit autel pour son doudou, Alan Measle (son ours en peluche)

Les tapisseries sont impressionnantes : Comfort blanket se trouve en face de Battle of britain

La reine et les symboles britanniques sur la comfort blanket
Battle of Britain

J’ai aussi beauocup apprécié la tapisserie Death of Working Hero

Death of working hero

Grayson Perry vient d’une banlieue ouvrière.  Son père était électricien; Il n’oublie pas toute la culture ouvrière encore vivante en Grande Bretagne comme ce rituel du Gala des Mineurs avec la parade des bannières du syndicat.

d’autres grandes tapisseries s’inspirent de la vie quotidienne anglaise : on voit une femme textoter dans sa cuisine, des poubelles pour le recyclage,

The Upper Class at Bay
The Upper Class at Bay

Chasse à courre dans la campagne anglaise, au fond : un manoir.

En lisant le livret à couverture rose, je découvre que ces dernières tapisseries racontent toute une histoire, comme une BD taille XXL dont le héros Tim gravit l’échelle sociale pour mourir dans un parking .

Surtout! ne faites pas comme moi, n’ensevelissez pas le petit livret dans les profondeurs de votre sac. Il explique tout ce qui n’est pas évident pour nous, éloignés de l’actualité britannique. Et gardez du temps pour voir les vidéos projetées qui sont passionnantes. Si vous n’avez pas le temps on les retrouve sur Youtube.

Une visite passionnante. Un artiste complet qui’l ne faudrait surtout pas réduire à des provocations de travestissements.

 

Les contes cruels de Paula Rego à l’Orangerie

Exposition temporaire 17/10/18 /-14/01/19

Paula Rego : La danse (1988)

 

Encore une jolie surprise! Je ne connaissais pas cette artiste Portugo-anglaise. L’affiche m’avait plu et le titre Les Contes cruels m’avaient intriguée.

Paula Rego : In the garden

L’exposition de l’Orangerie nous plonge dans l’univers de l’enfance, de ses jouets, ses contes et comptines, des personnages mythiques, des animaux qui parlent….Univers cruel et non pas mièvre comme l’a analysé Bruno Bettelheim. Une série présente des petites filles avec un chien.

Petite fille et chien. Non! ce n’est pas le chaperon rouge!

Trois grandes toiles carrées montrent encore des petites filles, l’une d’elle est la petite meurtrière perversion de l’enfance!

Paula Rego : la petite meurtrière

On aime se faire peur dans le monde de l’enfance!

De curieuses saynettes sont orchestrée avec des masques de papier mâché, des poupées de chiffon, des costumes de théâtre, des poupées désarticulée. Atmosphère étrange. On retrouve plus loin ces montages dans divers tableaux dans la dernière salle.

Paula Rego a épousé le peintre anglais Victor Willing. Elle partage son temps entre Londres et le Portugal.

Elle illustre les Nursery Rhymes  par des gravures s’inspirant des illustrateurs comme Rackam ou Benjamin Rabier mais aussi Goya Caprichos et Proverbios ou Jean-Jacques Granville et Sa vie privée des animaux. Hockney a également illustré les contes de Grimm

Babablack sheep…est interprété de manière personnelle, les trois sacs de laine sont rangés de côté tandis que le mouton est érotisé dans une posture équivoque.

 

 

 

Cette araignée effrayante (comme les enfants aiment avoir peur!) est peut être inspirée des araignées de Louise Bourgeois présentées à côté.

 

Le monde de l’enfance est aussi celui des punitions et des réprimandes (titre de la salle suivante) . On y découvre une fille de policier inquiétante.

La Fille du Policier
La Fille du Policier

Des scènes familiales mettent en scène les Bonnes meurtrières de Genêt et une curieuse scène où le père est comme un pantin, évanoui ou déjà mort tandis que dans le tableau des éléments religieux font des allusion à la résurrection.

Gepetto

Les grands tableaux de la salle suivante sont des pastels, technique que Paula Rego affectionne particulièrement. Elle illustre Peter Pan et Pinocchio. Anecdotiquement l’audio-guide m’apprend que pour la Fée Bleue et pour Gepetto Paula Rego a fait poser sa fille Victoria et son gendre Ron Mueck (sculpteur) .

L’oeuvre la plus spectaculaire de cette section est le grand tableau de La Guerre inspiré d’une photo d’une petite fille pendant la guerre en Irak. Paula Rego a remplacé les têtes par celles de lapins de papier mâché et a fait figurer des animaux dans la composition.

La Guerre

Un mur regroupe le thème Animaux et Animalité . Contrairement aux contes qui montrent des animaux humanisés qui parlent ou qui adoptent des comportement humains. Il s’agit de femmes aux attitudes et postures de chiens Dogwomen. 

Dogwoman

« Etre une femme-chien ne signifie pas nécessairement être opprimée . cela n’a pas grand-chose à voir. Dans ces tableaux, chaque femme-chien n’est pas opprimée mais puissante. C’est bien d’être bestiale. C’est physique. manger, grogner, toutes les activités liées aux sensations sont positives. Représenter une femme en chien est complètement crédible. C’est souligner le côté physique de son être. »

Précise-t-elle dans une longue citation sur le dépliant de présentation de l’exposition. 

Face aux gracieuses et riantes danseuses de Degas, aux couleurs chatoyantes  5 grands tableaux ont été inspirés de la danse des Autruches du film Fantasia . Pas d’oiseaux  dans ces oeuvres mais les danseuses massives et ironiques.

Danse des autruches
Danse des autruches

Héroïnes :Paula Rego est fascinée par le personnage de Jane Eyre qu’elle met en scène dans un triptyque. Elle représente des femmes fortes comme l’ accordéoniste.

L’exposition se termine par des histoires moins traditionnelles, des mises en scène plus personnelles dans d’énormes tableaux très colorés et très riches avec de nombreux personnages autour des pièces de Martin McDonagh

L’épouvantail et le porc.
L’épouvantail et le porc.

L’épouvantail et le porc est presque une crucifixion avec une procession qui gravit la montagne. Le porc a sauvé l’épouvantail d’un incendie du champ dans lequel il se trouvait. Mais il ne s’opposera pas à la décapitation de son bienfaiteur par l’éleveur. Dans un  coin, la femme au chapeau porte une faux, représente-t-elle la mort?

pillowman

Deux grands triptyques mettent en scène le personnage du Pillowman (Martin McDonagh) . Le pillowman étouffe les enfants par sa tendresse pour leur épargner des souffrances dans le monde. (thème évoqué dans Les petites filles et la mort de Papadiamantis). La tendresse du Pillowman évoque à Paula Rigo son propre père et elle met dans le tableau des éléments de sa vie personnelle, ses souvenirs d’enfance, la plage d’Estoril où elle allait avec ses parents, une partie de pêche

pillowman

Etonnante illustration du Chef d’Oeuvre inconnu de Balzac qui avait aussi inspiré Picasso

j’ai découvert sur internet en me documentant que Paula Rego, féministe avait peint le triptyque sur l’Avortement à propos de la campagne pour sa légalisation au Portugal en 1998. Cette oeuvre ne figure pas dans l’exposition de l’Orangerie mais je la mentionne ici.

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Saraceno – On Air – au Palais de Tokyo

CARTE BLANCHE A SARACENO

Exposition temporaire du 17/10/18 au /01/19

araignées tisseuses

Quelle est la perception de l’espace, de la musique et même du cosmos, du point de vue de l’araignée?

Les araignées construisent des toiles, chacun sait cela. Avez-vous pris le temps de la contemplation de cette architecture soyeuse d’une géométrie parfaite? Peut-être au petit matin quand la rosée du matin a laissé des perles irisées. Saracenonous propose un autre point de vue : dans les immenses salles obscures du Palais de Tokyo, des cages de verre emprisonnent leurs constructions éclairées par des spots. parfois on distingue l’araignée. parfois non. Selon l’espèce, la toile aura une structure différente. Parfois deux sortes de toiles coexistent dans une seule cage. Chacun sort son téléphone ou son appareil photo pour capter des images inédites. 

La toile est un piège, l’araignée perçoit les vibrations de la soie quand la proie vient s’y prendre. Saraceno émet l’hypothèse que cette perception des vibrations permettrait de capter des sons. Des micros sont donc installée, récepteurs des vibrations infimes de l’air, amplifiant une musique aléatoire comme les poussières qui dansent dans un faisceau lumineux projeté sur un écran. Sounding the air est une sorte d’instrument de musique où  5 très longues fibres de soie éclairées vibrent à la présence des spectateurs (changement de température, de pression de l’air); les vibrations sont traduites en fréquences sonores.

aérographie

Comme par associations d’idées inconscientes, de l’araignée nous sommes passées aux vibrations de l’air, provoquant le son, donc la musique. Et toujours par association d’idées, nous voilà « On Air » avec ces poussières qui dansent, et la pollution des particules de suie récoltées à Mombay. Cette suie va être l’encre des aérographies : stylos reliés à des ballons gonflés à l’hélium dessinant sur des surfaces blanches des tracés aléatoires confrontés à des toiles d’araignées noircies, « nouveau langage pour l’ère de l’Aérocène » (copié du dépliant disponible à l’entrée de l’exposition)

Glissons dans une aventure pour explorer l’Aérocène : vidéos d’une étrange expédition aéronautique mue à l’énergie solaire au dessus des zones désertiques aux USA et en Argentine.

Et toujours par glissement sémantique, nous voici dans l’espace, le cosmos à la recherche des rayons cosmiques, de lumière émise il y a des centaines de milliers d’années…même des ondes émises lors d’éruptions solaires. On revient aux araignées, peut être les perçoivent-elles? Algo-r(h)i(Y)thms  à la recherche d’autres perceptions. C’est poétique mais peut être trop subtil pour moi.

Le Muséo aéro-solar est un musée volant fait d’un assemblage collectif de sacs plastiques usagées.

J’ai passé près de deux heurs à errer dans les salles tantôt obscures tantôt blanches entre toiles d’araignées , installations et expériences scientifiques. Parcours poétique très planant. Je ressors du musée comme flottant dans l’une de ces bulles que je ne suis pas arrivée à photographier. Je n’ai pas tout compris, mais qu’importe. qui a dit qu’on devait comprendre à la lettre la poésie?

Basquiat à la Fondation Vuitton

Exposition temporaire jusqu’au 14 janvier 2019

C’est une exposition très riche :  les tableaux sont grands, colorés, très nombreux. On pourrait déambuler sans chercher à comprendre, seulement séduit par les couleurs, les motifs variés, les textes (ou plutôt listes de mots) comme des rébus ou des messages secrets. Et cela suffirait sûrement à notre plaisir!

Nous avons eu la chance de suivre des micro-visites gratuites (15 minutes dans une salle) avec un médiateur passionnant qui nous a donné des clés pour comprendre l’intention, le message (un des messages) contenus dans les tableaux.

irony of negro police

 

On reconnait bien sûr la préoccupation majeure de Basquiat : le racisme et la violence que subissent les noirs de la part de la police éventuellement. Plusieurs tableaux représentent des policiers, leurs insignes, les symboles de l’Etat Américain….

les tableaux de Basquiat contiennent de nombreux mots, onomatopées, lettres. On peut imaginer que cette peinture est bruyante. Cependant les bouches des noirs sont souvent verrouillées par des cages, symbolisant l’esclavage ou le silence qui leur est imposé.

Autre motif récurrent : l’auréole qui surmonte les têtes, auréole des martyres ou couronne d’épine du Christ. Le boxeur est aussi un personnage que Basquiat affectionne, représenté parfois uniquement avec son short.

Per capita
per capita

Dans ce tableau « per capita’ on reconnait le boxeur à son short, l’auréole, « ex pluribus… » est le début de la devise américaine mais il manque « unum » l’unité, les noirs, la diversité ne seraient ils pas compris dans ce « pluribus« . Per capit& par tête introduit la lise de revenu brut par habitant selon les Etats des USA ,  on voit la différence entre les états peuplés de nombreux noirs, ce tableau dénonce la spéculation initiée par Reagan qui augmente la pauvreté et les inégalités. Dans un quadrillage des S peuvent symbolise Sugar ou Sacks(de coton) et les échanges commerciaux. La torche peut être celle de la Statue de la Liberté que voient les immigrants en arrivant à New York, elle peut aussi être la torche olympique de Jesse Owens, premier sportif noir médaillé olympique. Quelle richesse dans le contenu de cette toile. Et nous aurions pu passer sans rien voir d’autre que des graffitis ou des couleurs sans l’intervention du médiateur!

Zydeco 1984

Triptyque comme un retable d’église, à la limite de la sculpture : référence à la musique. Les allusions à la musique sont nombreuses!

Not for sale

L’esclavage est clairement le thème du tableau : le bateau doré au centre : traversée transatlantique puis le marchand d’esclave avec la mention « not for sale »

Encore un triptyque, retable, en plus des symboles chrétiens, on voit des masques africains et Ogun le dieu Yoruba qui est aussi vénéré dans le vaudou d’Haïti (le père de Basquiat était haïtien), on voit aussi des motifs avec les bras en l’air courants en Afrique de l’Ouest et toujours des graffitis qu’il faudrait prendre le temps de lire et de déchiffrer.

Dos Cabezas : Andy Warhol et Basquiat
Andy Warhol et Basquiat

 

Ces deux portraits ont été peints en 1h30! et inaugurent une collaboration entre Warhol – star de la peinture new-yorkaise et de Basquiat qui ont peint ensemble, exposé ensemble. Cette association s’est mal terminée, chacun pensant que l’un tirait profit de l’autre.

Riding with death (1988)
Riding with death (1988)

Un des dernier tableaux de l’artiste, ne rien voir de prémonitoire. Basquiat est mort d’overdose mais il avait encore plein de projets, entre aute ce nouveau style avec un fond uni!

Nous avons passé plus de trois heures dans l’exposition sans nous ennuyer ni nous fatiguer! Passionnant! Mais il faut avoir les clés pour déchiffrer les messages.

L’Envol ou le rêve de voler à la Maison Rouge

Derniers jours, dernière expo…..

machine volante

Il reste une petite semaine pour aller voir l’Envol, ultime exposition de la Maison  Rougeun lieu que j’ai bien aimé fréquenter. Je suis toujours triste quand un lieu culturel ferme?

Lenvol comme une métaphore ?

Vidéos, photos, objets volants et même une échelle pour monter au ciel (mon oeuvre préférée, il y a toujours un chouchou dans une expo)

Dans le couloir, un hélicoptère emporte Jésus dans son envol au dessus de Rome, scène de la Dolce Vita, une série de photos montrent des lévitations ou des vols hors normes. A retenir, deux belles et grandes photos de Ramette en couleur, et politiquement. The Day Rhodes Fell de Chapungu (1991) Afrique. du Sud qui est plutôt un déboulonnage qu’un envol.

The day Rhodes fell

Autour du patio, toute une série de machines volantes attirent l’attention de scolaires.

aile

Shimabuku (Japon) a filmé un cerf volant anthropomorphe, vidéo très poétique. On ne comprend pas tout de suite qu’il s’agit d’un cerf volant .

l’échelle du ciel

Parmi les œuvres que j’ai préférées : l’échelle vers le ciel (Hometown Sky Ladder)de l’artiste artificier chinois Caï Guo-Qiang qui a conçu, à la poudre à canon un grand tableau de papier. j’ai découvert cet artiste il y a quelques temps à la Fondation Cartier dans un tableau d’animaux

Hypnotique, le film de l’Iranien Parvis Kimiavi : le jardin de pierres, pas de machine volante ni de lévitation mais la danse gracieuse d’un berger, derviche, qui suspend des cailloux, fait le poirier…

Encore du rêve ! Je suis toute chose de la fermeture…..

 

 

Les sculptures de la Défense

TOURISTE DANS MA VILLE

la grande arche

pratique

Le  parcours artistique est  présenté par Defacto qui a édité un plan « L’ESSENTIEL DE LA COLLECTION en 60 minutes chrono! ».

Je l’ai téléchargé,  imprimé, chargé l’application La Défense City Map, pris mon Pass Navigo, direction La Défense!

Si la promenade vous tente, deux écueils à éviter : le plan imprimé sur A4 est illisible, l’Office de Tourisme de la Défense en propose un beaucoup plus grand, plus confortable. De même, l’appli City Map peut être intéressante pour celui qui aurait un rendez vous dans une des tours, n’a aucun intérêt pour les sculptures qui n’y figurent pas.

Les Hommes de la Cité « alors pense à un oiseau » de France et Hugues Siptrott

Il m’avait semblé plus logique de descendre à la Station  de la Ligne 1  Esplanade de la Défense et de parcourir l’axe de la Défense en regardant l’Arche. Erreur! l’Office du Tourisme est plus proche du terminus Arche de la Défense. Sans le grand plan j’ai perdu beaucoup de temps sans voir les sculptures. Il aurait été plus judicieux d’emprunter le RER A .

Depuis que j’ai lu La Grande Arche de Laurence Cossé, j’avais le projet de parcourir l’axe de la Défense, de l’Arc de Triomphe à la Grande Arche. J’attendais le moment favorable.

 

Vive les Groues : camper à l’arrière de la Défense!

J’ai découvert aussi avec le Voyage Métropolitain à Nanterre une perspective originale de la Grande Arche, vue de la friche alternative Vive Les Groues juste derrière la Défense, où nous avions fait escale. Dans cette friche, les voyageurs métropolitains ont bivouaqué (pas moi) profité de la Banya mobile (bain russe sur roulette, et fait toutes sortes de rencontres. J’aime beaucoup ce genre d’endroits alternatifs et créatifs qui s’apparentent aux Grands Voisins. 

La Défense vue de Vive les Groues

J’ai travaillé dans les années 1970 dans les tours de la Défense, chez IBM, Framatome, Technip….mais je n’ai rien reconnu. Ma première impression a été celle d’un immense chantier. Certains bâtiments vieux de plus de 40 ans sont accompagnés de grues immenses. Partout on construit, rénove, rehausse….La seconde d’un labyrinthe, sur plusieurs niveaux. A la sortie du métro je me suis engagée dans des placettes, damiers ou dominos sans savoir où cela allait me mener, au dessus de la circulation automobile au niveau de Courbevoie.

Place des reflets : oeuvre d’art ou bouche d’aération et ascenseurs?

Il faut emprunter des passerelles (souvent en chantier elles-mêmes) sans bien savoir où elles conduisent. Je suis arrivée sur la place bien nommée des Reflets où j’ai découvert la première « oeuvre » : un ensemble de 7 très gros cylindres en mosaïque blanche verte et bleue (pas de cartel comme promis, pas d’auteurs) j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait des ascenseurs. qu’importe, les couleurs se réfléchissait dans les vitres noires des immeubles (siège de Saint Gobain).

Bassin et signaux de Takis

J’ai donc regagné l’Axe de la Défense pour une promenade plus logique. Un bassin forme un miroir carré où se reflètent les 49 Signaux  du Bassin, oeuvre de Takis (1988)qui a installé 17 signaux électromagnétiques à l’autre extrémité de l’axe près de la Grande Arche. »frêles sentinelles cherchant à  capter les signaux d’un mystère cosmique » ai-je copié du cartel.  Je ne suis pas fan de ces poteaux noirs spiralés  portant des panneaux colorés.

l’Arc de Triomphe à la campagne?

Dans l’Axe, Sun  City de Fanny Bouyagui est un champ de tournesol planté dans des containers de bois posés sur des palettes. Cela permet des photos de l’Arc de Triomphe sur un premier plan rural étonnant. Une autre installation de bois « Forme publique, rue de l’Utopie » est une passerelle montant dans la canopée d’un bosquet de tilleuls. Occasion de remarquer que les végétaux sont beaucoup plus présents que je ne l’aurais pensé à a Défense. Les tournesols me semblaient une sorte de provocation, tandis que les tilleuls sont plantés depuis de nombreuses années. A la suite je remarque que plusieurs rangées de platanes sont alignés le long de l’esplanade et qu’on a rempli des bacs en ciments de massifs fleuris.

Hanif Kureshi

Une silhouette d’une grande femme indienne en robe rouge découpée dans du contre-plaqué dépasse des tournesols, c’est l’oeuvre d’Hanif Kureshi. Pas très convaincant! Non plus ces bancs géants 187cm x 500cm x 160cm dont la hauteur ne décourage ni les enfants ni les adolescents qui dominent ainsi la promenade.

Au mitant de l’axe se trouve la statue de la Défense de Louis Ernest Barrias (1883). C’est elle qui a donné son nom au quartier de Courbevoie. Elle commémore la résistance des Parisiens aux Prussiens en 1870. Rodin a aussi présenté une sculpture au concours mais c’est celle de Barrias qui a été choisie. Coïncidence : j’ai vu la Défense de Rodin il y a deux jours à l’île Seguin sur l’escalier monumental à la Seine Musicale.

Dans les traces de nos Pères Joseph Jankovic

Au hasard de mes déambulations, je rencontre deux curieux personnages dans des gros pieds, comme des bottes , au titre énigmatique Dans les traces de nos pères de Joseph Jankovic,(1990) artiste de Bratislava. Une élégante Terre de Louis Derbré m’évoque la danse. La fresque de Bottazzi est coincée dans un passage sombre, elle semble réfléchir les structure du gratte-ciel en face.

La Terre de Derbré

L’axe de la Défense aboutit sur une très grande place entre le Centre Commercial des Quatre Temps, le Cnit et la Grande Arche. Dans mes souvenirs le Cnit était un hall d’exposition où j’avais vu le salon Nautique, je me souviens des énormes bateaux qui croisaient sur des camions sur le Pont de Neuilly. Il contient maintenant les mêmes enseignes Décathlon et autres que dans les centres commerciaux, je ne sais pas pourquoi dela m’attriste.

L’araignée de Calder

Sur cette énorme place se trouvent les œuvres les plus connues : l’Araignée de Calder et les personnages colorés de Miro. A l’arrière de l’araignée une grue se profile; cela m’amuse. Un peu plus loin, le grand Pouce de César mesure 12 m et pourtant semble petit. Je m’intéresse davantage à la grande sculpture allongée de 23 m de long de Anthony Caro,  After Olympia,.

After Olympia et le Cnit

Enfin! je m’approche de l’Arche! avec le beau temps les marches sont pleines de monde, certains sont venus avec leurs vélos, et même des valises roulantes. Les marches sont vraiment très grandes, elles contiennent toute cette foule qui contraste avec le vide au dessus, les fenêtres intérieures sous leur verre lisse, les dalles blanches dont j’ai tant lu les histoires dans le live de Cossé.

cherchez le pouce de César!

Je n’ai pas vu le quart des sculptures annoncées, je n’ai pas eu l’occasion de m’intéresser à l’architecture de tous ces gratte-ciel et déjà je rentre en RER! Pour les œuvres, il faudrait peut être revenir, mais j’ai une vision de La Défense très loin de mes préjugés. J’imaginais un endroit minéral, froid, temple des affaires, peuplé d’hommes d’affaires en costume-cravate. j’ai croisé des familles, des enfants, des femmes traînant des caddies de courses; On habite aussi à la Défense! J’ai vu un endroit beaucoup plus vivant que je ne l’imaginais, plus prosaïque et commercial avec les enseignes connues.

 

Freeing Architecture – JUNYA ISHIGAMI – Fondation Cartier

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 9 Septembre 

Forest kindergarten

C’est une exposition extraordinaire!

Vraiment un coup de cœur!

Il ne vous reste que quelques jours avant la clôture.

Junya Ishigami est un architecte japonais, Lion d’or de la Biennale d’Architecture de Venise 2010. Il présente à la Fondation Cartier 19 projets architecturaux, réalisés ou non.

Les maquettes, dessins, vidéos illustrent ces projets tous originaux, tous différents. Les maquettes sont des œuvres magnifiques, elles ont été montées spécialement pour l’exposition à la Fondation Cartier pour faire de l’exposition une oeuvre d’art, un tout , conçu dans le bâtiment de Jean Nouvel.

Parc Groot Viversburg Visitor Center

J’ai adoré l’approche poétique d’Ishigami qui invente des projets uniques dans leur contexte. Architecture comme un phénomène naturel, affirme-t-il. Il étudie l’environnement naturel, non seulement la topographie (qu’il a tendance à modifier en creusant des cuvettes, ou des grottes) mais aussi la végétation (qu’il intègre aussi à l’intérieur d’une maison, ou les rochers qui participent à la maison et forment des « cloisons ».

Une des Huit villas de Dali

Parfois il respecte totalement les plantations, parfois il recrée un nouvel environnement en déplaçant arbre par arbre , ceux de la forêt du Botanical Farm Garden Art Biotop/Farm Garden et inventant un milieu humide nouveau synthétisant la forêt et la rizière préexistantes

Il ne s’interdit pas de bétonner des grottes artificielles creusées dans la roche pour House and Restaurant

House and restaurant

Ishigami s’inspire de la nature, mais aussi du monde des rêves et du monde enfantin. Pour le Forest Kindergarten de Shandong, Chine, il a élaboré son plan à partir d’illustrations enfantines, il a conçu des espaces à l’échelle des enfants, avec des plans inclinés, des endroits où seuls les enfants peuvent se tenir. il a aussi respecté les arbres de la foret

Forest Kindergarten : classe

Dans le même état d’esprit, il a imaginé des nuages qui seraient aussi des formes d’animaux au sommet d’un immeuble de huit étage. Dans la garderie, les enfants pourraient voir dans les nuages des baleines, les chevaucher…

Claoud garden Kanagawa Japon

Pour la maison pour personnes âgées, Ishigami a imaginé transporter des maisons de bois traditionnelles de tout l’archipel japonais et les rassembler après les avoir dépouillées des murs extérieurs. Ce projet avait un but double : de conservation du patrimoine et d’accueil

HOme for the Elderly

Les projets sont vraiment variés, une salle polyvalente dans une université, une chapelle, un espace de méditation œcuménique  à Copenhague ancrée dans les fonds marins, restaurer les sous-sol d’un musée russe….

J’ai eu la chance de visiter en même temps qu’un groupe d’architectes qui émettaient des critiques autorisées sur les aspects pratiques de la construction, ventilation, ruissellement, faisabilité.Tous ces projets originaux mettent en oeuvre des techniques ultra-sophistiquées. Ce n’est pas de la construction standard! Certains projets sont en cours de réalisations ou arrêtes faute de crédits. De l’architecture de luxe qui prête à rêver!