Olga de Amaral – Fondation Cartier

Exposition temporaire jusqu’au  16 mars 2025

Olga de Amaral est une artiste textile colombienne née en 1932 à Bogota. Elle a étudié à l’Académie des Arts de Cambrook (Michigan) qui s’inscrit dans le mouvement Arts and Crafts et dans l’école du Bauhaus apportant une attention particulière au design et aux arts déco. Traditionnellement les femmes étaient orientées vers les textiles (comme Anni Albers ou Sophi Taeuber avant elle). Avec son mari Jim Amaral, ils fondent une entreprise de textiles décoratifs Telas Amaral.

Dans les années 1960 Olga de Amaral expérimente nombreuses techniques de tissages. Elle incorpore à la laine du lin du coton mais aussi du crin de cheval et même de l’or ou du plastique. Elle expose en 1967 à La Biennale internationale de tapisserie à Lausanne. 

Riscos en sombra

Elle souhaite que ses œuvres soient détachées des murs pour être appréhendées comme des sculptures autour desquelles on peut circuler plutôt que des tapisseries garnissant les murs. A cette occasion, une médiatrice (passionnante) évoque la « querelle de Lausanne » opposant les cartonniers et les tenants de l’art textile plus moderne CLICUn autre médiateur, toujours à propos de la biennale de Lausanne fait allusion à l’aspect genré de la tapisserie qu’on associe à un art féminin. Cette visite à la Fondation Cartier a été passionnante grâce aux commentaires très nombreux des médiateurs. De nombreuses visites guidées sont également proposées.

Brumas

La petite salle du rez-de-chaussée est occupée par les Brumas qui sont des installations suspendues d’environ (190x90cm) en lin, gesso(apprêt) , peinture acrylique et papier japonais.  Ce sont des représentation de la pluie fine colorées de motifs géométriques. La série des brumas a déjà été exposée à la Fondation Cartier en 2018 dans l’exposition Géométrie du Sud CLIC que j’avais beaucoup appréciée. Les Brumas jouent sur le volume et sont vraiment à la limite de ce qu’on imaginerait qualifier de tapisserie. 

brumas

la Grande salle est occupée par des tapisseries monumentales Muro en rojos et Gran muro qui sont des assemblages de sorte de tuiles tissées évoquant les murs de briques ou même les feuilles mortes. 

Gran muro

On les a présentées avec de gros rochers d’ardoise pour souligner le lien avec le paysage. Le titre de la section de l’exposition est Tisser le paysage. D’autres oeuvres sont faites de bandes tissées entrelacées ou reliées entre elles enroulées figurant les lianes de la forêt ou même des falaises escarpées

Lianas

Ces bandes jouent avec la lumière, j’ai pensé à Soulages à cause de cela. strates de textile, lianes…

Cenit patchwork doré

D’autre inspirations viennent de l’Or des Indiens précolombiens comme l’or des autels baroques des églises. Utilisant d’autres techniques, de bandelettes plus fines pouvant être dorées à la feuille d’or, elle compose des panneaux somptueux : plutôt rouge d’un côté dorés de l’autre

Cenit (côté doré)

Elle joue aussi avec les traditions précolombiennes, les nœuds qui étaient un véritable code,

En gris e rozado

Traditions mystérieuses qui garderont sans doute leurs secrets.

Olga de Amaral ne s’interdit aucune matière, ni même la matière plastique, la feuille d’argent ou le palladium…

paisage de calicanto

La dernière salle  ressemble à un sanctuaire avec ces stèles dorées d’un côté noires de l’autre  : le coton tissé est recouvert d’une épaisse couche de gesso doré ou revêtu de peinture acrylique. La série des Estelas comporte 70 pièces qui évoquent des mégalithes et des sites archéologiques précolombiens.

Estelas

 

J’en suis sortie éblouie

 

 

 

 

 

 

 

 

Révélation ! Art contemporain du Bénin à la Conciergerie

Exposition temporaire jusqu’au 5 janvier 2025

Prince Toffa , et un peu plus loin sur la photo lui répond un personnage dans une robe et une traine j’aide jacinthes des eaux dans la lagune de Ganvié

Pour une Révélation! Bénin, c’en est une dans le magnifique cadre de la Conciergerie. 

Replaçons l’exposition dans son contexte : celui de la restitution des   trésors du Palais d’Abomey en novembre 2021. Mati Diop a réalisé le film Dahomey sur ce sujet CLIC Film très politique qui mettait en scène la statue-vedette mais surtout les étudiants béninois. Les 26 trésors rendus furent exposés à Cotonou au sein de l’Exposition Révélation! Cette exposition a également fait le voyage à la Martinique. J’ai également de très bons souvenirs de la visites de ces Palais des Rois du Dahomey CLIC

De face Le Roi Béhanzin et sa suite – roméo Mivekanin
A droite appliqué sur toile de Yves Apollinaire Pédé : suite royale

Je n’avais aucune idée de la richesse de l’art contemporain béninois. je savais qu’on dit que le Bénin est le « Quartier Latin de l’Afrique » cette expression est illustrée à l’entrée du parcours par une installation mêlant livres et revues à des affiches et des sculptures primitives. 

Yves Apollinaire Pédé : Legba

On entre dans la première section thématique : Des Déesses et des Dieux 

les principales divinités du Vodun sont présentées par les toiles appliquées de Yves Apollinaires Pédé et les peintures ressemblant aux fresques de Cyprien Tokoudagba qui ont participé à la restauration des bas-reliefs du palais d’Abomey

le vodun et son panthéon Cyprien Tokoudagba

Cette salle est sonorisée avec la voix d’Angélique Kidjo Yémandja (tiré de Three Yoruba songs de Philip Glass). A la suite des gravures et aquarelles de Hector Sonon, je découvre les tableaux de Julien Sizogan : un véritable coup de cœur pour son Epiphanie des initiés célébrant un syncrétisme étonnant : dans une église aux voûtes romanes, un évêque accueille une foule colorée où des femmes arborent des tenues chamarrées tandis qu’une des Revenants, masques et costumes occupent la moitié de la nef, des musiciens nus ou presque se tiennent au bas du tableau 

Julien Sinzogan : Epiphanie des initiés

Dans une salle noire l’installation multimédia de Eliane Aïsso m’a fascinée un long moment : une quinzaine d‘Assen(plateaux métalliques) sonorisés diffusent les paroles projetées aux murs où sont accrochées de très belles photographies en noir et blanc. Chaque Assen raconte son histoire, parlant de descendance et de réincarnation. 

Julin Sinzogan : Le Retour des esprits

La salle suivante réunit des bateaux, voiliers, pirogues et même les caravelles du Retour des Esprits. Ce tableau m’évoque la traversée de la Traite des Esclaves.

Aston – Le Voilier du temps

Le Voilier du Temps exprime des préoccupations plus contemporaines écologiques. En s’approchant, je constate que les voiles sont des sièges en plastique, des douilles d’ampoules sont tassées sur son bord. Tout le voilier est confectionné avec ces déchets domestiques que l’Europe envoie en Afrique. 

Louis Oke-Agbo : la pirogue de la reconnaissance

la pirogue de la reconnaissance exploite une autre thématique.

Gou

Traversant l’exposition de nombreuses sculptures balisent le voyage

Sébastien Boko : voyageur et voile en bois

la section thématique suivante s’appelle : Des Reines et Rois

On y voit la grande photo de Behanzin et sa suite (plus haut), le Prince Tofa descendant du dernier roi de Porto Novo. 

Dominique Zincpé : Déesses et Princesses

Déesses et Princesses introduisent la troisième thématique Des Femmes et des Hommes. Les Reines  ne sont pas oubliées : Tassi Hangbé fut l’unique reine du Dahomey (1708-1711) et fut la fondatrice des Agodjies (Amazones) dont on voit de belles sculptures mais ma photo est floue. 

Moufouli Belio : Reine des Agadjies

Moufouli Belio née en 1987 s’est intéressée à rendre visible le corps féminin et à la déconstruction du patriarcat. 

Marcel Kpoho : Kondo le requin

Un aspect original m’a interpellée : la grande utilisation du recyclage dans les matières utilisées. Kondo le requin est fait de lanières de pneus, Le Prince Toffa est revêtu de bouteilles en plastique vert, ses colliers sont des capsules de nescafé, le voilier d’Aston est entièrement fait de récupération, sans oublier les personnages de fil de fer ou les masques métalliques de Charly d’Almeida. 

Une très belle exposition. Un article du Monde signale que de nombreux plasticiens de premier plan ont été omis. Le Bénin est donc bien riche!

 

Figures du Fou du Moyen Âge aux Romantiques au Louvre

Exposition temporaire jusqu’au 3 février 2025

Fou jouant de la cornemuse –  Cathédrale de Bois-le-duc, Pays Bas, 1510-1520 – outre pleine de vent mélange du sacré et du profane

 

L’ordre chronologique s’impose mais différents thèmes sont abordés:

marginalia

Au Moyen âge ,  aux marges du monde, Monstres et Marginalias

chimère

Chimères et hybrides, êtres étranges dans les pavés des abbayes, dans les vitraux, les gargouilles, les boiseries , dragons bipèdes,

Au commencement, le Fou et Dieu

le Fou est l’incarnation de celui qui refuse Dieu. on le retrouve avec ses attributs dans la lettrine de la lettre D du psaume 52.

Egalement dans la parabole des Vierges sages et des Vierges folles.

La Vierge folle laisse éteindre la lampe, renverse la cruche dans l’idée que son insouciance et sa paresse conduit à l’oubli de Dieu.

 

par une étrange inversion Saint François d’Assise est le « jongleur de Dieu » oubliant sa bonne position sociale pour parler aux oiseaux.

La figure du Juif se mêle à celle du fou dans l’antisémitisme croissant du XIII et XIVème siècle

 

le Fou d’Amour

Aristote et Phyllis gravure Maître MZ Allemagne vers 1500

le Philosophe Aristote est transformé en bête de somme, fouetté par la belle Phyllis ce qui implique le pouvoir des femmes sur les hommes : une inversion de l’ordre habituel. Des manuscrits sont exposés illustrés avec la Folie de Lancelot, celle de Tristan…la folie de Roland dans l’Arioste. Le maître E. S. s’est fait une spécialité de la dénonciation de la folie de l’amour.

Tapisserie La Collation Tournai 1520 Dans le jardin d’Amour, le fou accoudé à la fontaine perturbe la scène

un nouveau personnage lubrique s’introduit dans le Jardin d’amour avec des gestes obscènes

Le Fou devient symbole de la Luxure

le fils prodigue chez les courtisanes

le thème du Fils prodigue est répandu avec le Vieil Amant

Des objets de la vie quotidiennes comme des moules à confiseries ou des porte-serviettes dénoncent l’amour charnel

Porte-serviette fou enlaçant une femme

Le fou à la cour

la sagesse royale trouve son antithèse dans le fou ou le bouffon, simple d’esprit ou au contraire plein d’esprit. on se souvient de Kunz, le fou de Maximilien er ou de Triboulet le fou du bon roi René d’Anjou. Le fou s’amuse, participe aux tournois et aux jeux.

Amman : joute des compagnons

Les fous figurent aussi sur la très belle marqueterie du Banc d’orfèvre du prince Electeur Auguste de Saxe qui est une pièce magnifique.

le Fou en ville : il mène la danse du Carnaval ou de la Fête des Fous entre Noël et Epiphanie. Présent dans des pièces de théâtres écrites pour Mardi Gras. Musique et danse dans les figurines des danses mauresques avec ses attributs spécifiques : la marotte en guise de sceptre, les grelots, le capuchon à oreilles d’âne.

Danse mauresque

le Fou partout

Erasme : Eloge de la Folie « C’est bien la pire folie que de voulir être sage dans un monde de fous » (1511) 

Bosch : la nef des fous

Deux ouvrages : l’Eloge de la folie et la Nef des fous annoncent la Réforme protestante dénonçant la décadence de l’Eglise. Les illustrations de Dürer, Bosch et Brueghel

J Bosch Extraction de la pierre de folie

Pour Bosch comme pour Brueghel, le fou passe au second plan et devient témoin de la folie des êtres humains.

Brueghel le jeune : Les Proverbes flamands

Eclipse et métamorphoses du fou au XVIIème et XVIIIème siècle

le fou prend de nouvelles silhouettes avec Don Quichotte ou les personnages de la Commedia del Arte.

Vers la fin du XVIIIème siècle et le romantisme, le fou revient avec Füssli : portrait de Till Eulenspiegel, et Lady Macbeth ou Goya où le sommeil de la raison engendre des monstres

XIX ème siècle : Naissance de la psychiatrie et romantisme

un très grand tableau montre le Dr Pinel, médecin en chef de la Salpêtrière. toute une série de tableaux historiques mettent en scène la folie de Jeanne de Castille, Jeanne la folle ou celle de Charles VI ainsi que les exorcismes censés chasser cette folie. 

Courbet : l’Homme fou de peur

Le fou tragique est une figure romantique, Le roi Lear, Lady Macbeth, Quasimodo, Rigoletto . La visite de l’exposition se termine avec la projection de films de Notre Dame de Paris et de Rigoletto. 

 

Tarsila do Amaral – peindre le Brésil moderne – au Luxembourg

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 2 février 2025

Caïpirinha (1923) Tarsila se représente en jeune fille de la campagne qui joue dans son jardin

Tarsila do Amaral naquit en 1886  à Capivari (Etat de Sao Paulo) dans une exploitation caféière. En 1920 Tarsila va étudier à Paris à l’académie Julian, retourne au Brésil en 1922 pour la semaine de l’Art moderne. Oswald de Andrade devient son compagnon. Ensemble il reviendront à Paris en 1923, Tarsila prend des cours avec André Lhote, Fernand Léger et Albert Gleizes. Ils se lient avec Cendrars, Cocteau, Brancusi et les Delaunay.

Autoportrait au manteau rouge

Les Parisiens attendent une « fraîcheur exotique » elle soigne son apparence : « une caïpirinha habillée par Poiret »

L’Invention du Paysage brésilien

Le chemin de fer Central (1924)

Ses allers-retours Paris/Sao Paulo lui font appréhender le paysage brésilien. le cubisme lui offre une méthode d’analyse. Dans le Chemin de Fer Central, Tarsila exalte le progrès technologique faisant figurer locomotive, pylônes  qui voisinent avec une église portugaise ou des maisons colorées. Avec son industrialisation Sao Paulo serait la « locomotive du pays »

le Marché

J’ai beaucoup aimé la fraîcheur des couleurs, les fruits exotiques du marché et la surprise d’y découvrir des animaux, lapin, oiseau, tatou?

Primitivisme et identité

A Negra

Tarsila ne se contente pas des paysages, elle peint les Brésiliens construisant un imaginaire national fondé sur le métissage des cultures indigènes, africaines et portugaises. 

Le marchand de fruits

 

le baptême de Macunaïma (1956) présente un personnage composite, homme/femme à la fois, enfant qui devient blanc quand on le baptise dans une nature sauvage exubérante peuplée d’oiseaux cubistes rouge, de crapauds …

Batizado de Macunaïma (1956)
La Cuca (1924)

Le Brésil cannibale (1928)

Paysage anthropophage

En 1928, Oswald de Andrade publie un Manifeste anthropophage illustré par la figure de Abaporu

 

Abaporu d’après le tupi-guarani : Homme qui mange l’autre

Dans cette période anthropophage Tarsila peint les réminiscences enfantines des rêves. On l’a parfois comparée à Magritte et De Chirico mais elle ne se réclame pas du surréalisme

Taureau dans la forêt

Travailleurs/Travailleuses

Ouvriers

Le krach de 1929 affecte Tarsila qui perd ses propriétés. Son nouveau compagnon Osorio Cesar est un intellectuel de gauche. Ils partent en visite en URSS et Tarsila est influencée par le réalisme soviétique comme on le voit dans  le grand tableau « Ouvriers » presque une fresque. Ce voyage en URSS la conduira en prison en 1932. Dans le tableau des Couturières, elle s’attache à un traitement individuel de chacune des femmes

Couturières (1950)

Nouveaux paysages années 1950

Tarsila revisite ses compositions précédentes, intègre la construction des métropoles et peint Sao Paulo avec des grattes-ciel.

Porto (1963)

Céline Laguarde (1873-1961), photographe au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 12 janvier 

Une divine surprise, cette exposition juste à la sortie de la foule de Caillebotte. Calme et sérénité ! Dans la pénombre tous ces clichés de la photographes pictorialiste

Des figures symbolistes, une sorcière inquiétante

Sorcière kabyle

mais aussi des paysages, du Pays Basque d’où Céline Laguarde est originaire, d’Espagne, Tolède, Salamanque…

Et toute une galerie de portraits de musiciens : Darius Milhaud, poètes Francis Jammes, Frédéric Mistral, l’entomologiste Fabre…. et même des microphotographies de pièces buccales d’insectes.

Vraiment une belle surprise!

 

Caillebotte – Peindre les hommes au Musée d’Orsay

Exposition temporaire jusqu’au 19 janvier 2025

 

Caillebotte : canotiers

Gustave Caillebotte (1848-1894) peint les hommes autour de lui, ses proches, frères, amis, mais aussi les ouvriers au travail comme les raboteurs de parquet, les peintres en bâtiment peignant une devanture dans la rue, les bourgeois sur les balcons haussmanniens, ou les domestiques, les jardiniers. 

peintres en bâtiment

J’ai pensé à l’ami Philfff qui avait remarqué que Harriet Backer avait privilégié les figures féminines dans les tableaux d’intérieur. Voici une exposition Peindre les Hommes qui rétablirait l’équilibre. Certains critiques ont même hasardé un « gay gaze« ,  démenti par d’autres. Le Baron de Charlus tranchera! 

Homme s’essuyant la jambe

Caillebotte peint le Paris haussmannien, avec des cadrages audacieux, comme ce Pont de l’Europe où les personnages traversent le tableau et où le centre est bouché.

Pont de l’Europe

Autre perspective étonnante : vue du balcon, vue plongeante à partir de ces balcons filants des immeubles haussmanniens

peint du balcon

J’aurais pu présenter cet homme au balcon, cet autre en costume sombre bourgeois avec son gourdin à l’épaule comme le voulait la mode de l’époque…L’exposition d’Orsay a mis des costumes, chapeaux melon ou haute-formes, redingotes dans des vitrines.

Périssoires du l’Yerres

J’ai préféré  les sportifs, rameurs dans les périssoires sur l’Yerres, ou régates sur la Seine

Gustave Caillebotte a également peint la Normandie : Etretat et Trouville

 

 

Chemin montant à Trouville

Le peintre s’est aussi représenté en collectionneur, avec le Renoir derrière lu

 

Autoportrait

Cette exposition draine les foules, pour la première fois, malgré ma Carte Blanche j’ai dû subir une grande queue.

 

MuMa -Le Havre : Photographier en Normandie (1840-1890) – Boudin

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Emile Colliau le remorqueur

Le Musée du Havre, MuMa est un musée d’Art Moderne initié par Malraux.

Il est précédé par une grande tour : Le Havre Porte de l’Europe est peint verticalement sur sa base. C’est la Tour de contrôle de la Capitainerie. Non loin, la Catène des containers confirme la double vocation, portuaire et artistique.

Dans le cadre de la saison Normandie Impressionnistes 2024, le Musée présente l’Exposition Photographier en Normandie 1840-1890.

Gustave Le Gray – voiliers quittant le port du Havre

Photographes et peintres impressionnistes ont beaucoup dialogué. La première exposition impressionniste de 1874, célébrée cette année au Musée d’Orsay eut lieu chez Nadar boulevard des Capucines.

Le  Port du Havre des années 1850 est à l’entrée de l’exposition :   La photographie de Le Gray1856 montre d’élégants voiliers et la Tour François 1er, dans le daguerréotype de Macaire  , des silhouettes occupent le premier plan. La tour François 1er édifiée en 1517 fut démolie en 1861 pour permettre le passage des navires à vapeur. Non seulement ces images sont d’une beauté étonnante mais ce sont les témoignages d’un monde disparu. La technique photographique de l’époque exigeait un temps de pause important, ces arrivées de voiliers sont un véritable exploit. La technique imposait aussi une composition parfaite : la lumière est dorée dans les œuvres sépia. Une merveille dans le coucher de soleil de Le Gray.

Monet – plage d’Etretat

La confrontation entre les photographies et les peintures impressionniste est détonante. La Cathédrale de Rouen de Monet est accrochée au milieu de plusieurs photographies dont une de John Ruskin. Dès le milieu du XIXème siècle, sous l’impulsion de Prosper Mérimée qui a initié l’Inventaire des Monuments Historiques dès 1831, les photographes ont pris pour sujet les monuments. Il est possible que des peintres se soient inspirés de ces photographies. Jongkind a peint un tableau correspondant parfaitement à la photographie exposée à côté. Parmi les nombreuses photos sont exposés les tableaux de Boudin, Monet et Courbet qui répondent aux images des mêmes sites. Cette confrontation est passionnante.

Jules Camus – Lison

Surprise ! Je découvre la Lison, la locomotive de Lantier, un personnage à part entière dans la Bête Humaine. Une véritable émotion me submerge.

Beaucoup plus récente cette photographie du quartier Perret en construction

Les collections permanentes du MuMa sont présentées à l’étage.

Boudin – Trouville le chenal

Un mur entier est couvert de petits tableaux de Boudin. Un enchantement.

boudin lever de lune

Le coucher de soleil, on croirait un Turner, le Lever de lune sur un bassin (1885), presque abstrait. Je connaissais les ciels, les nuages sur la côte normande….La série de vaches normandes m’a fait sourire. Il y a aussi des personnages, des lavandières.

Boudin étude de vaches normandes

Ces collections sont variées : peinture espagnole, italienne. Ma capacité d’émerveillement est épuisée après tout ce que je viens de voir. Je préfère passer à autre chose.

 

Le Havre – Quartier Perret – Art contemporain

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Le Havre vu des jardins suspendus

De la ville du Havre, j’ai des images de cinéma / Le Havre d’Ari Kaurismäki,  la Fée de Dominique Abel avec Fiona Gordon, 38 Témoins, et bien d’autres que j’ai oubliés. Je suis donc impatiente de découvrir la ville  « en vrai ». Autre ville portuaire après ma visite à Marseille il y a six mois .

Nous arrivons par Sainte Adresse, très construite, de la station balnéaire autrefois prisée, il reste quelques belles villas sur notre parcours.

les quartiers Perret

Nous longeons la plage, la marina . Après l’Office de Tourisme nous découvrons les barres et les tours rectilignes, constructions d’Auguste Perret. Béton granuleux, petits balcons et longues coursives rythment les verticales. A l’étage noble, la coursive est presque une terrasse que certains ont agrémenté d’un salon de jardin, de plantes (très peu) et même d’une grosse niche à chien ou d’un cabanon coloré. Le plus souvent la sobriété est de rigueur. Le vent de l’océan balaie toute velléité de désordre. Contrairement à Sarcelles, ville de tours et barres, tout semble propre et presque neuf après plus de sept décennies.

La Catène des containers

Un été au Havre est une manifestation d’art contemporain qui offre aux passants une collection d’œuvres qui s’enrichit chaque année. Sur la digue je découvre Hehe Gold Coast (2021) : des rochers accumulés pour protéger la digue ont été dorés. Pourquoi pas ? je ne suis pas très convaincue. Plus loin en direction du port, la Catène de containers (2017) de Vincent Ganivet est beaucoup plus spectaculaire. Deux demi-anneaux construits en containers colorés rappellent la vocation portuaire du Havre.

Chatonsky – la ville qui n’existait  pas – Street Art

Au hasard, je découvre ls formes violettes de Grégory Chatonsky, Rêve du Havre, imaginées avec une IA, puis-je lire sur le fascicule. Quel intérêt ? Le même Chatonsky : La ville qui n’existait pas, (2023), d’immenses fresques décorent les faces aveugles des barres d’immeubles Perret. Ces grands tableaux de Street Art racontent une ville en ruine, un cataclysme, cartes postales dystopiques qui m’ont bien plu. Il y en a 25, pressée par le temps, je n’en ai découvert que 2. Au hasard de ma promenade Les Apparitions (2019) de Stephan Balkenhol : des personnages grandeur humaine sont collés au façades : debout ils regardent la rue qui est aujourd’hui pavoisée pour une célébration de la Libération de la ville . Plus discrets, des tubes de néon qui clignotent dans un couloir ???? Les œuvres sont nombreuses, avec le livret de l’Office de Tourisme, j’aurais pu parcourir toute la ville où elles sont dispersées et faire des découvertes si j’avais disposé de plus de temps.

Eglise Saint Joseph

Partout, au-dessus des immeubles Perret, dépasse la flèche de l’Eglise Saint Joseph. Construite en béton de 1951 à 1958. Prouesse que cette tour de 107 m de haut . Jeu de géométrie partant de la croix grecque, la tour devient octogonale puis porte un clocheton carré de plus en plus fin. Très claire avec ses vitraux multicolores dus à Marguerite Huré, maître verrier qui a conçu  des harmonies subtiles de sept couleurs de plus sombres à la base à claires au sommet, rose à l’est, orange et jaune au sud, bleu au  nord…

Saint Joseph vitraux

Le vent s’engouffre dans les rues rectilignes. Sur le front de mer, il est glacial. Je cherche à m’en protéger dans les rues, sans succès, il souffle toujours aussi fort.

 

Trouville : Exposition Rouart à la villa Montebello

NORMANDIE IMPRESSIONNISTE 2024

Augustin Rouart : Le Nageur

La villa Montebello est une belle construction à flanc d’une pente très raide à la sortie de Trouville, au- dessus des Roches Noires, autrefois résidence de Marguerite Duras(actuellement en travaux). C’est une grosse villa de trois nivaux , brique et pierre, très ornée, un petit château.

Augustin Rouart (1907-1997) est exposé dans le cadre de Normandie-Impressionniste. Il a grandi dans le milieu impressionniste. Sa famille était amie avec les plus grands : Degas, Renoir et Berthe Morizot. Julie Manet a peint augustin enfant. Une photographie montre la famille Lerolle-Rouart entourant Debussy au piano.

Henri Rouart : Bateaux sur la Seine aux environ de Rouen

 

Il me faut faire attention aux prénoms et aux dates. Le grand-père Henri (1833-1912)était un peintre connu . Deux de ses tableaux sont ici prêtés par le Petit Palais. Ils me plaisent plus que ceux d’Augustin, surtout Bateaux sur la Seine aux environs de Rouen et une scène d’intérieur.

Trois salles sont dédiées à l’exposition Augustin Rouart : trois autoportraits (1933-1944-1980), des marines, couchers de soleil, plages.

Augustin Rouart le petit pêcheur

Noté l’Arbre dans la neige, Le nageur et Le petit pêcheur. Les dessins et portrait de ses enfants se ressemblent tous, c’est répétitif, je m’ennuie. Une autre salle présente des natures mortes, des bouquets c’est bien fait mais pas très intéressant.

Collections permanentes à l’étage :

André Hambourg :petits chevaux sur la plage de Trouville

Les bains de mer à Trouville : costume de bain, affiches anciennes,

Ancien village  de Trouville avec des tableaux petit format : l’ancien village en 1850, Le port de Trouville 1840…

André Hambourg : la Plage de Trouville

André Hambourg à Trouville occupe une salle : lithographie de yachts, courses, chevaux sur la plage. C’est gai, coloré. Je les préfère de loin aux vues de Venise des Franciscaines. Un livre à la disposition des visiteurs présente d’autres aspects de l’artiste Hambourg est loin d’être un artiste gai et superficiel. Il a documenté la fin de la Seconde Guerre mondiale, fait même un reportage dessiné à Berchtesgaden, illustré un livre de Kessel.

A la suite de la visite, nous continuons la rue au-dessus des Roches Noires jusqu’à un club nautique au bout de la digue. Au-delà, une plage sauvage face au port du Havre dont on distingue très nettement les installations avec beaucoup d’acuité sous un ciel lourd de nuages très sombres. La falaise s’éboule, de gros blocs se sont détachés.

le port du Havre vu de la plage de Trouville

De jolie villas sont construites sur la digue, l’une d’elle a installé des chats de faïence sur les tuiles de l’auvent.

 

Harriet Backer (1845-1932) La musique des couleurs à Orsay

EXPOSITION TEMPORAIRE jusqu’au 12 janvier 2025

Intérieur bleu (1883)

Merci à Lisa Pascaretti de Plumes, pointes et palettes d’avoir conseillé cette visite! Le Musée d’Orsay présente cette artiste norvégienne, célèbre dans son pays mais tout à fait inconnue de moi. J’adore les surprises et ce fut une belle découverte. 

Kitty Kielland a peint Harriet Backer dans son atelier, coupé le grand tableau est le portrait de Kitty par Harriet.

La formation de Harriet Backer fut européenne : Munich, Paris(10 ans ) Florence. Elle copie les grands maîtres avec un intérêt particulier pour la peinture hollandaise. Elle se lie en 1975 à Kitty Kielland et partage avec elle son atelier. Elle fréquente les cercles d’artistes-femmes scandinaves. On peut voir dans l’exposition d’Orsay des portraits « croisés », les unes prenant pour modèles les autres. Joanna Bauck et Bertha Wegman, Hildegard Thorell, Asta Norregaad. 

A la lumière de la lampe

En 1881, elles partent en Bretagne où Harriet Backer s’intéresse aux intérieurs ruraux . Le plus souvent, une femme est représentée :  une dentellière, une autre lit, une coud, les lumières sont particulièrement étudiées et soignées.

Femme cousant à la lumière de la lampe . On reconnait une machine à coudre

 

Harriet Backer : chez moi

Le titre de l’exposition : La musique des couleurs rappelle qu’on fait beaucoup de musique chez Harriet Backer. Sa soeur est une compositrice reconnue. La salle où sont accrochés ces tableaux musiciens est sonorisée par une musique au piano : celle d’Agathe Backer Grondahl. Je me suis assise sur la banquette et j’ai pris mon temps pour écouter cette musique. 

Au piano de mon arrière- grand-mère 1921

« Le tableau est une musique pour l’oeil »

Rythme et harmonie.

De retour en Norvège, en 1888, dans un contexte de revendication de l’identité norvégienne. Harriet Backer s’intéresse aux églises, à la vieille église en bois peinte – la Stavkirke d’Uvdal

A l’intérieur de la Stavkirk

Dans des églises luthériennes plus sobre, elle a peint les divers rites :  baptême, relevailles…

Après 1903, elle peint des natures mortes : Vie silencieuse qu’elle laisse souvent inachevées

Nature morte image éternelle

Comme Kitty Kielland, elle peint aussi des paysages

Paysage de Baerum

Ce paysage de Baerum est mon préféré. Comme dans ses intérieurs, elle peuple sa toile de femmes.

Le linge qui sèche