Quelle est la perception de l’espace, de la musique et même du cosmos, du point de vue de l’araignée?
Les araignées construisent des toiles, chacun sait cela. Avez-vous pris le temps de la contemplation de cette architecture soyeuse d’une géométrie parfaite? Peut-être au petit matin quand la rosée du matin a laissé des perles irisées. Saraceno, nous propose un autre point de vue : dans les immenses salles obscures du Palais de Tokyo, des cages de verre emprisonnent leurs constructions éclairées par des spots. parfois on distingue l’araignée. parfois non. Selon l’espèce, la toile aura une structure différente. Parfois deux sortes de toiles coexistent dans une seule cage. Chacun sort son téléphone ou son appareil photo pour capter des images inédites.
La toile est un piège, l’araignée perçoit les vibrations de la soie quand la proie vient s’y prendre. Saraceno émet l’hypothèse que cette perception des vibrations permettrait de capter des sons. Des micros sont donc installée, récepteurs des vibrations infimes de l’air, amplifiant une musique aléatoire comme les poussières qui dansent dans un faisceau lumineux projeté sur un écran. Sounding the air est une sorte d’instrument de musique où 5 très longues fibres de soie éclairées vibrent à la présence des spectateurs (changement de température, de pression de l’air); les vibrations sont traduites en fréquences sonores.
aérographie
Comme par associations d’idées inconscientes, de l’araignée nous sommes passées aux vibrations de l’air, provoquant le son, donc la musique. Et toujours par association d’idées, nous voilà « On Air » avec ces poussières qui dansent, et la pollution des particules de suie récoltées à Mombay. Cette suie va être l’encre des aérographies : stylos reliés à des ballons gonflés à l’hélium dessinant sur des surfaces blanches des tracés aléatoires confrontés à des toiles d’araignées noircies, « nouveau langage pour l’ère de l’Aérocène » (copié du dépliant disponible à l’entrée de l’exposition)
Glissons dans une aventure pour explorer l’Aérocène : vidéos d’une étrange expédition aéronautique mue à l’énergie solaire au dessus des zones désertiques aux USA et en Argentine.
Et toujours par glissement sémantique, nous voici dans l’espace, le cosmos à la recherche des rayons cosmiques, de lumière émise il y a des centaines de milliers d’années…même des ondes émises lors d’éruptions solaires. On revient aux araignées, peut être les perçoivent-elles? Algo-r(h)i(Y)thms à la recherche d’autres perceptions. C’est poétique mais peut être trop subtil pour moi.
Le Muséo aéro-solarest un musée volant fait d’un assemblage collectif de sacs plastiques usagées.
J’ai passé près de deux heurs à errer dans les salles tantôt obscures tantôt blanches entre toiles d’araignées , installations et expériences scientifiques. Parcours poétique très planant. Je ressors du musée comme flottant dans l’une de ces bulles que je ne suis pas arrivée à photographier. Je n’ai pas tout compris, mais qu’importe. qui a dit qu’on devait comprendre à la lettre la poésie?
Exposition temporaire au Grand Palais jusqu’au 4 Février 2018
le carnaval
De Miro, j’avais des images d’étoiles, de figures un peu bizarres, surréalistes, de constellations sans savoir vraiment d’où venait cette imagination. La rétrospective du Grand Palais nous offre un parcours chronologique qui permet d’appréhender toute la richesse de l’oeuvre du peintre catalan.
en 1915-1917, il se désigne comme un « fauve catalan » puis il reprend des codes cubistes tout en déclarant qu’il « briserait leur guitare »
Le cheval, la pipe et la fleur rouge
Dans le Cheval, la pipe et la Fleur rouge, il semble avoir assimilé les thèmes cubiste tout en affirmant son originalité, ses couleurs espagnoles, son goût des détails dans le tableau en médaillon en haut du tableau.
Ses racines, il les a plantées dans un village catalan Mont-Roig où il peint des oeuvre tout à fait originales, avec peut être une influence de miniatures persanes. C’est pour moi une découverte et probablement ce que j’ai préféré dans l’exposition
la fermemiro : la freme
miro : la ferme 2miro : la freme 3 (je ne m’en lasse pas!)
A côté de ses peintures détaillistes, il fréquente à Paris poètes et écrivains et cultive un style surréaliste
Vous imaginez un pied? Et bien non c’est une main et un oiseau!
Quand on vient de voir les fermes détaillistes, les motifs très fins et minimalistes se comprennent comme une évidence. Sauf qu’il faut chercher l’oiseau, imaginer la femme. Tant de tableau s’intitulent Femmes et oiseaux! Rechercher les étoiles….
miro
Dans la même veine, j’ai beaucoup aimé ces animaux lièvre et chiens
Comme Picasso, Miro contribue au Pavillon Espagnol de l’Exposition de 1937. Ces œuvres reflètent l’inquiétude face aux crises et à la montée du fascisme.
lièvre
On retrouve les jaunes, ocres et rouges – couleurs espagnoles – malgré son exil à Paris.
chien
Des figures noires et grotesques font leur apparition
Miro ; je vois des constellations
De 1939 à 1941 Miro peint en Normandie ses constellations.
Après la guerre, Miro retourne en Espagne, à Barcelone et Mont-Roig et dans son atelier de Palma de Majorque
Il expérimente la céramique et la sculpture et peint une oeuvre monumentale que j’ai moins appréciée.
C’est une exposition très riche : les tableaux sont grands, colorés, très nombreux. On pourrait déambuler sans chercher à comprendre, seulement séduit par les couleurs, les motifs variés, les textes (ou plutôt listes de mots) comme des rébus ou des messages secrets. Et cela suffirait sûrement à notre plaisir!
Nous avons eu la chance de suivre des micro-visites gratuites (15 minutes dans une salle) avec un médiateur passionnant qui nous a donné des clés pour comprendre l’intention, le message (un des messages) contenus dans les tableaux.
irony of negro police
On reconnait bien sûr la préoccupation majeure de Basquiat : le racisme et la violence que subissent les noirs de la part de la police éventuellement. Plusieurs tableaux représentent des policiers, leurs insignes, les symboles de l’Etat Américain….
les tableaux de Basquiat contiennent de nombreux mots, onomatopées, lettres. On peut imaginer que cette peinture est bruyante. Cependant les bouches des noirs sont souvent verrouillées par des cages, symbolisant l’esclavage ou le silence qui leur est imposé.
Autre motif récurrent : l’auréole qui surmonte les têtes, auréole des martyres ou couronne d’épine du Christ. Le boxeur est aussi un personnage que Basquiat affectionne, représenté parfois uniquement avec son short.
Per capitaper capita
Dans ce tableau « per capita’ on reconnait le boxeur à son short, l’auréole, « ex pluribus… » est le début de la devise américaine mais il manque « unum » l’unité, les noirs, la diversité ne seraient ils pas compris dans ce « pluribus« . Per capit& par tête introduit la lise de revenu brut par habitant selon les Etats des USA , on voit la différence entre les états peuplés de nombreux noirs, ce tableau dénonce la spéculation initiée par Reagan qui augmente la pauvreté et les inégalités. Dans un quadrillage des S peuvent symbolise Sugar ou Sacks(de coton) et les échanges commerciaux. La torche peut être celle de la Statue de la Liberté que voient les immigrants en arrivant à New York, elle peut aussi être la torche olympique de Jesse Owens, premier sportif noir médaillé olympique. Quelle richesse dans le contenu de cette toile. Et nous aurions pu passer sans rien voir d’autre que des graffitis ou des couleurs sans l’intervention du médiateur!
Zydeco 1984
Triptyque comme un retable d’église, à la limite de la sculpture : référence à la musique. Les allusions à la musique sont nombreuses!
Not for sale
L’esclavage est clairement le thème du tableau : le bateau doré au centre : traversée transatlantique puis le marchand d’esclave avec la mention « not for sale »
Encore un triptyque, retable, en plus des symboles chrétiens, on voit des masques africains et Ogun le dieu Yoruba qui est aussi vénéré dans le vaudou d’Haïti (le père de Basquiat était haïtien), on voit aussi des motifs avec les bras en l’air courants en Afrique de l’Ouest et toujours des graffitis qu’il faudrait prendre le temps de lire et de déchiffrer.
Dos Cabezas : Andy Warhol et BasquiatAndy Warhol et Basquiat
Ces deux portraits ont été peints en 1h30! et inaugurent une collaboration entre Warhol – star de la peinture new-yorkaise et de Basquiatqui ont peint ensemble, exposé ensemble. Cette association s’est mal terminée, chacun pensant que l’un tirait profit de l’autre.
Riding with death (1988)Riding with death (1988)
Un des dernier tableaux de l’artiste, ne rien voir de prémonitoire. Basquiat est mort d’overdose mais il avait encore plein de projets, entre aute ce nouveau style avec un fond uni!
Nous avons passé plus de trois heures dans l’exposition sans nous ennuyer ni nous fatiguer! Passionnant! Mais il faut avoir les clés pour déchiffrer les messages.
EXPOSITION TEMPORAIRE AU MUSÉE DES IMPRESSIONNISMES DE GIVERNY jusqu’au 4 novembre 2018
Cross à Giverny
Au Musée de Giverny , j’ai fait bien des découvertes. Peintres majeurs ou de notoriété moindre mais toujours intéressants et de très bonne facture.
Henri-Edmond Cross(1856-1910)
Cross
Néo-Impressionnisme? Pointillisme? Divisionnisme? Inspiré par Signac ou Seurat, Cross découvre la lumière du midi au Lavandou et peint avec des couleurs vives, gaies par petites touches contrastées. Ses tableaux sont très construits. Après de nombreuses études, il peint des oeuvres très construites en atelier (on devine parfois les carreaux)
Cross
Ses aquarelles sont aussi très intéressantes, surtout quand il utilise un procédé original en couvrant le fond de tortillons en zigzag d’une teint soutenue laissant des vides pour que le blanc du fond éclaire l’eau ou le ciel. Pas de couleurs diluées, des points et des spirales qui donnent de l’intensité à l’aquarelle.
Cross : chèvres
J’ai aussi beaucoup aimé ces chèvres.
Bien que Cross soit peu connu du grand public, mais reconnu par ses pairs, il se trouve à la charnière de l’art moderne, des fauves, de Matisse…
Il reste une petite semaine pour aller voir l’Envol,ultime exposition de laMaison Rouge, un lieu que j’ai bien aimé fréquenter. Je suis toujours triste quand un lieu culturel ferme?
L‘envol comme une métaphore ?
Vidéos, photos, objets volants et même une échelle pour monter au ciel (mon oeuvre préférée, il y a toujours un chouchou dans une expo)
Dans le couloir, un hélicoptère emporte Jésus dans son envol au dessus de Rome, scène de la Dolce Vita, une série de photos montrent des lévitations ou des vols hors normes. A retenir, deux belles et grandes photos de Ramette en couleur, et politiquement. The Day Rhodes Fell de Chapungu (1991) Afrique. du Sud qui est plutôt un déboulonnage qu’un envol.
The day Rhodes fell
Autour du patio, toute une série de machines volantes attirent l’attention de scolaires.
aile
Shimabuku (Japon) a filmé un cerf volant anthropomorphe, vidéo très poétique. On ne comprend pas tout de suite qu’il s’agit d’un cerf volant .
l’échelle du ciel
Parmi les œuvres que j’ai préférées : l’échelle vers le ciel (Hometown Sky Ladder)de l’artiste artificier chinois Caï Guo-Qiangqui a conçu, à la poudre à canon un grand tableau de papier. j’ai découvert cet artiste il y a quelques temps à la Fondation Cartier dans un tableau d’animaux
Hypnotique, le film de l’Iranien Parvis Kimiavi : le jardin de pierres, pas de machine volante ni de lévitation mais la danse gracieuse d’un berger, derviche, qui suspend des cailloux, fait le poirier…
Encore du rêve ! Je suis toute chose de la fermeture…..
Le parcours artistique est présenté par Defacto qui a édité un plan « L’ESSENTIEL DE LA COLLECTION en 60 minutes chrono! ».
Je l’ai téléchargé, imprimé, chargé l’application La Défense City Map, pris mon Pass Navigo, direction La Défense!
Si la promenade vous tente, deux écueils à éviter : le plan imprimé sur A4 est illisible, l’Office de Tourisme de la Défense en propose un beaucoup plus grand, plus confortable. De même, l’appli City Map peut être intéressante pour celui qui aurait un rendez vous dans une des tours, n’a aucun intérêt pour les sculptures qui n’y figurent pas.
Les Hommes de la Cité « alors pense à un oiseau » de France et Hugues Siptrott
Il m’avait semblé plus logique de descendre à la Stationde la Ligne 1 Esplanade de la Défense et de parcourir l’axe de la Défense en regardant l’Arche. Erreur! l’Office du Tourisme est plus proche du terminus Arche de la Défense. Sans le grand plan j’ai perdu beaucoup de temps sans voir les sculptures. Il aurait été plus judicieux d’emprunter le RER A .
Depuis que j’ai lu La Grande Arche de Laurence Cossé, j’avais le projet de parcourir l’axe de la Défense, de l’Arc de Triomphe à la Grande Arche. J’attendais le moment favorable.
Vive les Groues : camper à l’arrière de la Défense!
J’ai découvert aussi avec le Voyage Métropolitain à Nanterre une perspective originale de la Grande Arche, vue de la friche alternative Vive Les Groues juste derrière la Défense, où nous avions fait escale. Dans cette friche, les voyageurs métropolitains ont bivouaqué (pas moi) profité de la Banya mobile (bain russe sur roulette, et fait toutes sortes de rencontres. J’aime beaucoup ce genre d’endroits alternatifs et créatifs qui s’apparentent aux Grands Voisins.
La Défense vue de Vive les Groues
J’ai travaillé dans les années 1970 dans les tours de la Défense, chez IBM, Framatome, Technip….mais je n’ai rien reconnu. Ma première impression a été celle d’un immense chantier. Certains bâtiments vieux de plus de 40 ans sont accompagnés de grues immenses. Partout on construit, rénove, rehausse….La seconde d’un labyrinthe, sur plusieurs niveaux. A la sortie du métro je me suis engagée dans des placettes, damiers ou dominos sans savoir où cela allait me mener, au dessus de la circulation automobile au niveau de Courbevoie.
Place des reflets : oeuvre d’art ou bouche d’aération et ascenseurs?
Il faut emprunter des passerelles (souvent en chantier elles-mêmes) sans bien savoir où elles conduisent. Je suis arrivée sur la place bien nommée des Reflets où j’ai découvert la première « oeuvre » : un ensemble de 7 très gros cylindres en mosaïque blanche verte et bleue (pas de cartel comme promis, pas d’auteurs) j’ai fini par comprendre qu’il s’agissait des ascenseurs. qu’importe, les couleurs se réfléchissait dans les vitres noires des immeubles (siège de Saint Gobain).
Bassin et signaux de Takis
J’ai donc regagné l’Axe de la Défense pour une promenade plus logique. Un bassin forme un miroir carré où se reflètent les 49 Signaux du Bassin, oeuvre de Takis (1988)qui a installé 17 signaux électromagnétiques à l’autre extrémité de l’axe près de la Grande Arche. »frêles sentinelles cherchant à capter les signaux d’un mystère cosmique » ai-je copié du cartel. Je ne suis pas fan de ces poteaux noirs spiralés portant des panneaux colorés.
l’Arc de Triomphe à la campagne?
Dans l’Axe, Sun City de Fanny Bouyagui est un champ de tournesol planté dans des containers de bois posés sur des palettes. Cela permet des photos de l’Arc de Triomphe sur un premier plan rural étonnant. Une autre installation de bois « Forme publique, rue de l’Utopie » est une passerelle montant dans la canopée d’un bosquet de tilleuls. Occasion de remarquer que les végétaux sont beaucoup plus présents que je ne l’aurais pensé à a Défense. Les tournesols me semblaient une sorte de provocation, tandis que les tilleuls sont plantés depuis de nombreuses années. A la suite je remarque que plusieurs rangées de platanes sont alignés le long de l’esplanade et qu’on a rempli des bacs en ciments de massifs fleuris.
Hanif Kureshi
Une silhouette d’une grande femme indienne en robe rouge découpée dans du contre-plaqué dépasse des tournesols, c’est l’oeuvre d’Hanif Kureshi. Pas très convaincant! Non plus ces bancs géants 187cm x 500cm x 160cm dont la hauteur ne décourage ni les enfants ni les adolescents qui dominent ainsi la promenade.
Au mitant de l’axe se trouve la statue de la Défense de Louis Ernest Barrias (1883). C’est elle qui a donné son nom au quartier de Courbevoie. Elle commémore la résistance des Parisiens aux Prussiens en 1870. Rodin a aussi présenté une sculpture au concours mais c’est celle de Barrias qui a été choisie. Coïncidence : j’ai vu la Défense de Rodin il y a deux jours à l’île Seguin sur l’escalier monumental à la Seine Musicale.
Dans les traces de nos Pères Joseph Jankovic
Au hasard de mes déambulations, je rencontre deux curieux personnages dans des gros pieds, comme des bottes , au titre énigmatique Dans les traces de nos pères de Joseph Jankovic,(1990)artiste de Bratislava. Une élégante Terre de Louis Derbré m’évoque la danse. La fresque de Bottazzi est coincée dans un passage sombre, elle semble réfléchir les structure du gratte-ciel en face.
La Terre de Derbré
L’axe de la Défense aboutit sur une très grande place entre le Centre Commercial des Quatre Temps, le Cnit et la Grande Arche. Dans mes souvenirs le Cnitétait un hall d’exposition où j’avais vu le salon Nautique, je me souviens des énormes bateaux qui croisaient sur des camions sur le Pont de Neuilly. Il contient maintenant les mêmes enseignes Décathlon et autres que dans les centres commerciaux, je ne sais pas pourquoi dela m’attriste.
L’araignée de Calder
Sur cette énorme place se trouvent les œuvres les plus connues : l’Araignée de Calder et les personnages colorés de Miro. A l’arrière de l’araignée une grue se profile; cela m’amuse. Un peu plus loin, le grand Pouce de César mesure 12 m et pourtant semble petit. Je m’intéresse davantage à la grande sculpture allongée de 23 m de long de Anthony Caro, After Olympia,.
After Olympia et le Cnit
Enfin! je m’approche de l’Arche! avec le beau temps les marches sont pleines de monde, certains sont venus avec leurs vélos, et même des valises roulantes. Les marches sont vraiment très grandes, elles contiennent toute cette foule qui contraste avec le vide au dessus, les fenêtres intérieures sous leur verre lisse, les dalles blanches dont j’ai tant lu les histoires dans le live de Cossé.
cherchez le pouce de César!
Je n’ai pas vu le quart des sculptures annoncées, je n’ai pas eu l’occasion de m’intéresser à l’architecture de tous ces gratte-ciel et déjà je rentre en RER! Pour les œuvres, il faudrait peut être revenir, mais j’ai une vision de La Défense très loin de mes préjugés. J’imaginais un endroit minéral, froid, temple des affaires, peuplé d’hommes d’affaires en costume-cravate. j’ai croisé des familles, des enfants, des femmes traînant des caddies de courses; On habite aussi à la Défense! J’ai vu un endroit beaucoup plus vivant que je ne l’imaginais, plus prosaïque et commercial avec les enseignes connues.
Il ne vous reste que quelques jours avant la clôture.
Junya Ishigami est un architecte japonais, Lion d’or de la Biennale d’Architecture de Venise 2010. Il présente à la Fondation Cartier 19 projets architecturaux, réalisés ou non.
Les maquettes, dessins, vidéos illustrent ces projets tous originaux, tous différents. Les maquettes sont des œuvres magnifiques, elles ont été montées spécialement pour l’exposition à la Fondation Cartier pour faire de l’exposition une oeuvre d’art, un tout , conçu dans le bâtiment de Jean Nouvel.
Parc Groot Viversburg Visitor Center
J’ai adoré l’approche poétique d’Ishigami qui invente des projets uniques dans leur contexte. Architecture comme un phénomène naturel, affirme-t-il. Il étudie l’environnement naturel, non seulement la topographie (qu’il a tendance à modifier en creusant des cuvettes, ou des grottes) mais aussi la végétation (qu’il intègre aussi à l’intérieur d’une maison, ou les rochers qui participent à la maison et forment des « cloisons ».
Une des Huit villas de Dali
Parfois il respecte totalement les plantations, parfois il recrée un nouvel environnement en déplaçant arbre par arbre , ceux de la forêt du Botanical Farm Garden Art Biotop/Farm Garden et inventant un milieu humide nouveau synthétisant la forêt et la rizière préexistantes
Il ne s’interdit pas de bétonner des grottes artificielles creusées dans la roche pour House and Restaurant
House and restaurant
Ishigami s’inspire de la nature, mais aussi du monde des rêves et du monde enfantin. Pour le Forest Kindergarten de Shandong, Chine, il a élaboré son plan à partir d’illustrations enfantines, il a conçu des espaces à l’échelle des enfants, avec des plans inclinés, des endroits où seuls les enfants peuvent se tenir. il a aussi respecté les arbres de la foret
Forest Kindergarten : classe
Dans le même état d’esprit, il a imaginé des nuages qui seraient aussi des formes d’animaux au sommet d’un immeuble de huit étage. Dans la garderie, les enfants pourraient voir dans les nuages des baleines, les chevaucher…
Claoud garden Kanagawa Japon
Pour la maison pour personnes âgées, Ishigami a imaginé transporter des maisons de bois traditionnelles de tout l’archipel japonais et les rassembler après les avoir dépouillées des murs extérieurs. Ce projet avait un but double : de conservation du patrimoine et d’accueil
HOme for the Elderly
Les projets sont vraiment variés, une salle polyvalente dans une université, une chapelle, un espace de méditation œcuménique à Copenhague ancrée dans les fonds marins, restaurer les sous-sol d’un musée russe….
J’ai eu la chance de visiter en même temps qu’un groupe d’architectes qui émettaient des critiques autorisées sur les aspects pratiques de la construction, ventilation, ruissellement, faisabilité.Tous ces projets originaux mettent en oeuvre des techniques ultra-sophistiquées. Ce n’est pas de la construction standard! Certains projets sont en cours de réalisations ou arrêtes faute de crédits. De l’architecture de luxe qui prête à rêver!
Qu’est-ce qu’un anarchitecte ? Un architecte anarchiste, peut-être?
Un architecte construit, l’anarchitecte déconstruirait-il?
Ou promènerait-il un regard d’architecte sur des destructions?
Chacune de ces hypothèses pourrait être vérifiée dans cette exposition.
Le commentaire propose une autre piste : un détournement d’un titre du Corbusier « vers l’architecture » Gordon Matta Clarke s’inquiétait de la façon dont les utopies de l’architecture moderne laissaient de côté le citoyen lambda.
Dans l’oeil d’artiste sur les destructions ces Wallpapers (1973) : GMC photographie des immeubles abandonnés du Bronx , murs intérieurs ayant gardé leurs papier peints ou des installations sanitaires, il utilise ses photos pour faire un véritable mur de photo. Se promenant dans les décombres il photographie des découpes de planchers. Il faut être architecte pour être sensibles à des structures à travers des ruines et les partager avec des spectateurs moins avertis.
Pour les déconstructions, GMC a pratiqué des découpes dans d’immenses halles sur un quai effondré de la rivière Hudson, il a offert aux habitants un accès à l’eau dans un « temple du soleil et de l’eau ». Le site fut rapidement fermé. L’exposition montre des photos de ce Day’s End (1975)
Déconstruction que ce Conical Intersection (1975) : découpe d’un vieil immeuble en face du chantier de construction du Centre Pompidou cherchant à pratiquer une lentille à travers l’ancien Paris des Halles pour voir le chantier du futur musée. Il a filmé cette démolition selon une découpe savante.
Cette exposition montre surtout des photos et des vidéos, quelques réalisation physiques, mais peu. Elle pratique des ouvertures, dans les maisons anciennes, les friches industrielles mais aussi dans l’esprit du spectateur.
1870 – 1871 La Guerre franco-Prusse, puis l’écrasement de la Commune de Paris ruinent Paris et la vie artistique qui était brillante.
En 1870 Durand-Ruel s’installe à Londres suivi de Daubigny, Pissaro, Monet, Sisley rejoints en 1871 par Tissot, Carpeaux et Dalou.
Ces artistes feront de fréquents allers et retours entre 1871 et 1905. Certains comme Tissot feront carrière à Londres.
la Place du Carrousel l’incendie des tuileries Siebe Johannes ten cate .
L’exposition commence dans une salle rouge « Paris en Guerre » illustré par un tableau de Gustave Doré, les carnets de croquis de Carpeaux, un siège de Paris de Meissonnier, des aquarelles d’Isodore Pils représentant la Colonne Vendôme renversée, et un très beau Corot presque onirique d’ailleurs titré Le Rêve-Paris incendié.
On quitte la salle rouge pour une demi-lune bleue où la Traversée de la Manche par Monet est projetée sur un écran incurvé sous forme d’animation. Les voiliers tanguent, les nuages traversent le ciel, les vagues soulèvent leur écume.
Londres
L’arrivée à Londres avec ses fumées, son brouillard est dans une salle grise: on y voit la foule, le port les industries deux belles gravures de Gustave Doré m’ont bien plu.
Le cercle des futurs Impressionnistes est bleu: Claude Monet peint Hyde Park,Daubigny , la Tamise avec des tableaux jaunes, voiliers et marais, vis à vis de Monet, 3 Pissaro ensoleillés qui rappellent ses tableaux de Louveciennes.
Pi
PissaroL’exil économique de Carpeaux : une grande salle vert foncé accueille les marbres de Carpeaux.
carpeaux flore
Avec la chute du IIIème Empire, Carpeaux a perdu ses commandes; Il vient à Londres faire le portrait de Napoléon III en exil.
Eugénie et le Prince Impérial peints par Tissoteugenie et le prince par Tissot
La salle suivant est violette et nommée James Tissot, l’anglophile : de grands tableaux illustrent la vie des salons victoriens, des scènes de genre…
Tissot :Chut
En plus des belles robes des élégantes des maharadjas indiens portent des tenues chamarées. Tissot excelle dans la représentation des tissus, des physionomies.
Tissot le pique-nique
Tissot partage la salle avec Giuseppe de Nittis (ami de Degas)
Tissot : sur la Tamise
Une salle bleu nuit ou noire met à l’honneur Legros (1837-1911) que je ne connaissais pas et dont la peinture pompeuse avec ds thèmes religieux n’est pas ma tasse de thé.
En revanche la rencontre avec Jules Dalou (ou l’art du modelage) est une excellente surprise.
Dalou
La fin de l’exposition est beaucoup plus impressionnistes, les salles s’intitulent Retours à Londres
Pissaro et Sisley se font face merveilleux tableaux mais sans surprise.
Monet est précédé de James Abbott Mc Neill Whistler dont le traitement de l’eau diffère de celui des impressionnistes français
whistler
Une salle entière tendue de bleu est consacrée à la série du Parlement de Londres par Monet, face à Monet Westminster de Giuseppe de Nittis
Westminster Giuseppe de NIttisWestminster Giuseppe de NIttis
l’exposition se termine par une salle consacrée à Derain qui rendait hommage à Monet
Derain Westminster
Les Impressionnistes à Londres m’a laissé l’impression étrange de ne pas apporter grand chose de plus que ce que je connaissais de Monet, Pissaro ou Sisley qui sont vraiment les Impressionnistes et que les artistes pas spécialement impressionnistes sont mieux représentés et m’ont plus marquée. Rencontre intéressante avec Tissot ou Whistler, sans parler de Jules Dalou que je découvre.
Exposition temporaire au MACVAL (Vitry) jusqu’au 16 septembre 2018
Skyline
Ne laissez pas filer cette exposition tout à fait passionnante.
Prévoyez du temps et de la disponibilité : deux vidéos de chacune 46 minutes vont sérieusement allonger le temps de la visite. D’autant plus que les autres installations sont aussi intéressantes et ce serait dommage de manquer de temps. C’est donc une exposition tout à fait copieuse.
On entre d’emblée dans le vif du sujet : dans le béton de Sarcelles ou de sa voisine Garges-les-Gonesse où Kader Attia a grandi. Architecture du béton : référence au Corbusier qui se serait inspiré de l’architecture du Sud Algérien pour inventer sa cité radieuse, ayant survolé en avion Ghardaïa.
Coïncidence? Le plasticien est justement d’origine algérienne, comme beaucoup des habitants des cités, de Sarcelles ou de Marseille. Ces racines algériennes trouvent-elles un écho dans les cités-dortoirs? Où de nouvelles racines ont-elles poussé dans ces quartiers? Occasion de faire des montages de photo que j’ai beaucoup apprécié, mix d’architecture de Sarcelles et de Ksour, montages de photos de banlieusards ou d’Algériens. Et pour illustrer ces rapprochements deux films avec Jean Gabin, Pépé le Moko (Duvivier 1937) avec la présentation de la Casbah comme d’une architecture inquiétante et Mélodie en sous-sol(H. Verneuil 1960) et la construction de Sarcelles. Qui de plus enraciné que Gabin avec son pavillon rue Théophile Gautier qui demande son chemin aux maçons immigrés dans le chantier?
couscous
Un paysage de couscous fait comme un tapis circulaire dans une pièce de transition, référence aux racine, le couscous , comme du sable, matériau de construction? Tapis ou paysage? Un peu plus loin, nouvelles références aux origines mélangées que cette bétonnière – allusion au père de l’artiste, constructeur – qui tourne chargée de clous de girofle censé embaumer l’exposition(elle ne tournait pas quand nous sommes passées). Autre référence odorantes, ce plateau de piment rouge entouré de feuilles de menthe. Des pains en galette de semoule sont fichées dans le mur. Univers familial de l’enfant de Garges-les-Gonesse.
cube de sucre
Encore une référence à l’architecture à base de cubes que cette vidéo impressionnante de Sucre et de pétrole où un empilement parfait de sucre blanc est contaminé par une giclée de pétrole noir, s’en imbibe et s’écroule
arrive le pétroleécroulement
Un autre thème est la réparation; des objets et des corps.
Une vidéo passionnante montre la vidéo de l’arrestation violente de Théo par les forces de police, commentée par 3 personnes, un acteur algérien, un philosophe antillais et un autre antillais. Discours sur le corps de l’émigré, comme il est perçu, à travers le prisme colonial. Comment la vidéo peut être lue, par la presse, par Marine Le Pen, par les habitants des banlieues….comment la violence est perçue. Comment une lecture neutre de la vidéo est impossible. Le corps de l’esclave mis en scène, le corps du danseur, le corps du travailleur. Vidéo très dense, difficile à résumer, d’autant que je n’ai pas pris de notes.
mobilier urbain : barrière anti-migrant
cette barrière symbolise la violence des installations du mobilier urbain faite aux migrants. L’installation doit être envisagée avec des danseurs qui se faufilent dans les interstices, qui s’affrontent à la barrière. Malheureuse nous n’avons vu la performance que filmée (les danseurs ne peuvent pas être présents tout le temps).
Je n’ai pas cité les grandes photos de trans, ni celles des chibanis, ni la vidéo sur la douleur des membres manquants, sur la réparation…. Cette exposition est riche, trop riche, cela nuit un peu à la cohérence. Appréhender le travail d’un artiste dans sa diversité demande un effort au visiteur. Après 2 heures de visite je me sens fatiguée.