« Les racines poussent aussi dans le béton » Kader Attia au MACVAL

Exposition temporaire au MACVAL (Vitry) jusqu’au 16 septembre 2018

Skyline

Ne laissez pas filer cette exposition tout à fait passionnante.

Prévoyez du temps et de la disponibilité : deux vidéos de chacune 46 minutes vont sérieusement allonger le temps de la visite. D’autant plus que les autres installations sont aussi intéressantes et ce serait dommage de manquer de temps. C’est donc une exposition tout à fait copieuse.

On entre d’emblée dans le vif du sujet : dans le béton de Sarcelles ou de sa voisine Garges-les-Gonesse où Kader Attia a grandi. Architecture du béton : référence au Corbusier qui se serait inspiré de l’architecture du Sud Algérien pour inventer sa cité radieuse, ayant survolé en avion Ghardaïa.

Coïncidence? Le plasticien est justement d’origine algérienne, comme beaucoup des habitants des cités, de Sarcelles ou de Marseille. Ces racines algériennes trouvent-elles un écho dans les cités-dortoirs? Où de nouvelles racines ont-elles poussé dans ces quartiers? Occasion de faire des montages de photo que j’ai beaucoup apprécié, mix d’architecture de Sarcelles et de Ksour, montages de photos de banlieusards ou d’Algériens. Et pour illustrer ces rapprochements deux films avec Jean Gabin, Pépé le Moko (Duvivier 1937) avec la présentation de la Casbah comme d’une architecture inquiétante et Mélodie en sous-sol(H. Verneuil 1960) et la construction de Sarcelles. Qui de plus enraciné que Gabin avec son pavillon rue Théophile Gautier qui demande son chemin aux maçons immigrés dans le chantier?

couscous

Un paysage de couscous fait comme un tapis circulaire dans une pièce de transition, référence aux racine, le couscous , comme du sable, matériau de construction? Tapis ou paysage? Un peu plus loin, nouvelles références aux origines mélangées que cette bétonnière – allusion au père de l’artiste, constructeur – qui tourne chargée de clous de girofle censé embaumer l’exposition(elle ne tournait pas quand nous sommes passées). Autre référence odorantes, ce plateau de piment rouge entouré de feuilles de menthe. Des pains en galette de semoule sont fichées dans le mur. Univers familial de l’enfant de Garges-les-Gonesse.

cube de sucre

Encore une référence à l’architecture à base de cubes que cette vidéo impressionnante de Sucre et de pétrole où un empilement parfait de sucre blanc est contaminé par une giclée de pétrole noir, s’en imbibe et s’écroule

arrive le pétrole
écroulement

Un autre thème est la réparation; des objets et des corps.

Une vidéo passionnante montre la vidéo de l’arrestation violente de Théo par les forces de police, commentée par 3 personnes, un acteur algérien, un philosophe antillais et un autre antillais. Discours sur le corps de l’émigré, comme il est perçu, à travers le prisme colonial. Comment la vidéo peut être lue, par la presse, par Marine Le Pen, par les habitants des banlieues….comment la violence est perçue. Comment une lecture neutre de la vidéo est impossible. Le corps de l’esclave mis en scène, le corps du danseur, le corps du travailleur. Vidéo très dense, difficile à résumer, d’autant que je n’ai pas pris de notes.

mobilier urbain : barrière anti-migrant

cette barrière symbolise la violence des installations du mobilier urbain faite aux migrants. L’installation doit être envisagée avec des danseurs qui se faufilent dans les interstices, qui s’affrontent à la barrière. Malheureuse nous n’avons vu la performance que filmée (les danseurs ne peuvent pas être présents tout le temps).

Je n’ai pas cité les grandes photos de trans, ni celles des chibanis, ni la vidéo sur la douleur des membres manquants, sur la réparation…. Cette exposition est riche, trop riche, cela nuit un peu à la cohérence. Appréhender le travail d’un artiste dans sa diversité demande un effort au visiteur. Après 2 heures de visite je me sens fatiguée.

Zao Wou Ki au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

EXPOSITION TEMPORAIRE

du 1er juin 2018 au 6 janvier 2019

Zao Wou ki

Attention! Le Musée d’Art Moderne est en travaux, l’entrée se fait sur le quai de Seine Métro :  Alma Marceau ; vous aurez l’occasion d’admirer le bas relief  en descendant si comme moi, vous veniez d’Iena!

ZAO WOU KI : L’ESPACE EST SILENCE

Zao Wou Ki est né en Chine en 1920, il vient à Paris en 1948, rencontre Michaux et Varèse

Récemment au Musée Cernuschi une exposition d’une donation était présentée au milieu des collections d’art chinois du Musée. il s’agissait principalement d’encres en Noir et blanc. Une vidéo m’avait donné envie de connaître ses tableaux colorés

L’exposition L’Espace est Silence , au contraire ne présente que de très grandes œuvres qui occupent le vaste espace.

Hommage à André Malraux

L’Hommage à André Malraux est un grand triptyque sur fond doré où des personnages ressemblent à des éléments de la calligraphie chinoise.  Le peintre chinois doit à Malraux, l’auteur de la Condition Humaine, l’acquisition de la nationalité française. je ne sais si ce tableau est abstrait ou pas. j’y distingue ds personnages de larges traits à la brosse noire

HOmmage à Malraux : panneau de gauche : je crois deviner un homme armé
je crois deviner un homme armé,°
hommage à Malraux panneau du milieu

L’hommage à Henri Michaux est un tableau presque noir et blanc qui me fait penser à un paysage lunaire à grands traits blancs horizontaux.

La salle suivante, on aurait plutôt envie d’appeler ces grandes salles où sont accrochés de très grand tableaux un hall, est sous-titrée LA TRAVERSEE DES APPARENCES, traduisant un passage vers l’abstraction. Ces très grands tableaux des années 60 son souvent aux tons sombres. Très peu ont des titres, plutôt des dates, sauf Nous deux, sur un poème de Michaux, où je croix distinguer deux idéogrammes rouges sur un fond sombre .

Hommage à Varèse

les spectateurs assis devant le tableau écoutent la musique de Varèse avec un casque : la gerbe de coups de pinceau est en écho des sons métalliques et des percussions frappées dans un environnement aquatique. Ces grands tableaux s’apprécient de loin. Il faut aussi s’approcher pour que se révèlent les empâtements et le rythme des tracés noirs précis formant une gerbe.

Dans tous ces tableaux abstrait où seule la date peut guider le spectateur, je me prends à imaginer un paysage hivernal, une rivière blanche glacée, un pont,.  Je laisse errer mon imagination bien loin sans doute des intentions de l’artiste.

Dans la salle suivante la couleur se fait plus présente, plus gaie

Hommage à claude Monet

détail de mon oeuvre préférée

J’imagine des arbres, des ramifications, peut être suis seule à les voir dans monoeuvre préférée que jai mis sous le titre.

Il y a aussi un bizarre hommage à Matisse

Hommage à Matisse

Autant l‘Hommage à Claude Monet me parait pertinent, autant je ne suis pas convaincue de l‘hommage à Matisse.

Dans la dernière salle des encres sur papier sur des très grands formats sont encore pour moi source de rêverie comme des énormes test de Rorschach. je crois voir dialoguer un héron peint à l’huile avec un lapin à l’encre. J’imagine des cerisiers…

je vois un héron sur la neige et vous?

Gabriële – Anne et Claire Berest

ARTS MODERNES…..

Francis Picabia 1912 La Procession Séville

« Gabriële est un Roi, Gabriële est une Reine.

Elle aime l’envoûtement.

Même prise dans une toile d’araignée, elle reste claire comme le jour »

Jean Arp

Gabriële est la biographie de Gabriële Buffet-Picabia écrite à quatre mains par deux de ses arrières-petites-filles qui ne l’ont jamais connues.

« Nous nous sommes alors lancées dans la reconstitution de la vie de Gabriële Buffet, théoricienne de l’art visionnaire, femme de Francis Picabia, maîtresse de Marcel Duchamp, amie intime d’Apollinaire… »

écrivent-elles en avant propos. « la vie de Gabriële est un roman »

Romanesque, un roman d’amour passionné pour Picabia pour qui elle a abandonné brusquement sas vie de musicienne, son indépendance de célibataire en une époque ou le célibat des femmes était un véritable combat. Un roman d’amitié pour Marcel Duchamp et pour Apollinaire.

Mais aussi une formidable histoire de l’art en une période passionnante de naissance de l’art abstrait, du cubisme,  du  mouvement dada, dans la période bouillonnante précédant la Grande Guerre, pendant celle-ci et après.

J’ai trouvé ce livre un peu par hasard en revenant de Clamart où nous avions visité la Fondation Arp, en me documentant sur Internet. Je l’ai immédiatement téléchargé parce qu’il fait écho à plusieurs expositions que j’ai vues récemment:

Apollinaire, le Regard du Poète

Dada Africa

et mes dernières visites autour de Céret, cubistes avec Braque et Picasso…

Je me suis donc passionnée pour cette période et pour ces artistes qu’on fréquente dans Gabriële. Avec des surprises, Gabriële Buffet se destinait à la composition musicale, elle a étudié sous la direction de Fauré, de Vin ent d’Indy à la Schola Cantorum, de Busoni à Berlin où elle rencontre Varèse.

« Peindre des sons! Francis, tu dois peindre des sons! »

La musicienne va transposer sa culture musicale dans le domaine de la peinture

« La couleur qui est vibration de même que la musique »

 Cette biographie a pour décor le Paris de la Belle Epoque, Berlin qui était à l’avant-garde, puis New York pendant la Grande Guerre Séville et Barcelone puisque Picabia avait des origines espagnole. Zürich aussi avec le Café Voltaire Tristan Tzara et Arp.  Dépaysement garanti, ambiance de fêtes, et parfois de fêtes décadentes et folles, ivresse et opium.

« joli et sérieux : voilà contre quoi va se battre toute une génération en train de pousser ses premiers cris. Picasso qui naît la même année, Picabia qui a déjà trois ans, Guillaume Apollinaire qui n’a que quelques mois, mais aussi les petits frères, Marcel Duchamp, Arthur Cravan, Tristan Tsara et tous les autres. Ils sont le siècle à venir – et avec eux, le bon goût, c’est bientôt terminé ».

Marcel duchamp – Nu descendant un escalier

J’ai eu grand plaisir à utiliser le smartphone pour trouver les tableaux dont il était question dans le livre.

C’est aussi l‘histoire d’une femme extraordinaire,  magnétique elle attirait tous les talents, savait mettre en valeur les artistes, expliquer en théoricienne. Paradoxale : féministe engagée, elle a sacrifié sa carrière pour soutenir son mari qui était un homme-à-femmes et qui la trompait copieusement.  Si peu mère pour ses 4 enfants qu’elle a souvent confiés à d’autres et si maternelle pour son mari! Personnalité complexe.

Mon seul regret est que les biographes aient laissé cette vie en suspens après la Première Guerre mondiale, et n’aient pas raconté la rencontre avec Stravinsky, ni les développements de la carrière de Duchamp. J’aurais aimé voir Gabriële dans les périodes troublées du 20ème siècle.

 

 

Les bois de Meudon et la Fondation Arp à Clamart

BALADES EN ÎLE DE FRANCE

Fondation Arp

J’ai découvert Jean Arp et Sophie Taeuber à l’Exposition Dada Africa à l’Orangerie. Comme nous aimons bien à l’occasion de la visite  des maisons d’artistes ou d’écrivains faire un pique-nique et une balade, nous avons attendu le mois de mai.

Au programme de la journée, une balade (7km) autour des étangs de Meudon au départ de l’étang de Villebon. De nombreux sentiers sont balisés (trop, on s’y perd) les arbres sont magnifiques, certains chênes majestueux. La promenade est ombragée. J’ai l’occasion d’observer le système de petit canal pour conduire l’eau à Versailles (encore) . Meudon est urbanisée mais pas trop, la forêt garde une ambiance sauvage.

La terrasse de l’Observatoire de Meudon

Courses au Monoprix de Meudon tout proche.Je remarque  la, »Fête à l’Observatoire ». C’est une fête foraine installée sur la terrasse de l’Observatoire. De la terrasse, la vue sur Paris est panoramique, la perspective inédite, la Seine proche.

Jules Janssen

La statue de l’astronome Jules Janssen domine la terrasse, cet astronome du 19ème s’est distingué par un envol en ballon pendant le siège de Paris par les Prussiens en 1970 pour aller observer une eclipse à Oran, un bas relief sur le socle de la statue raconte cet exploit. L’Observatoire est fermé, il ne se visite pas mais il est situé dans un élégant château.

Arp

la Fondation ARP se trouve à quelques kilomètre, à Clamart au 21 de la petite rue des Châtaigniers, rue en pente bordée de belles maisons et de jardins fleuris. C’est la maison-atelier où Jean Arp et  SophieTaeuber vivaient et travaillaient. Maison de meulière, comme souvent les pavillons de banlieue, dessinée par Sophie Taeuber, construite en 1929. Sophie Taeuber a également fabriqué les meubles, très simples et sobres, placards et supports. En contrebas, se trouve un joli jardin peuplé de grandes sculptures de Arp, et au fond un double atelier.

Arp -Demeter

Les pièces présentées sont bien postérieures à l’époque dadaïste de l’exposition Dada Africa, elle sont le plus souvent datées des années 50. Formes souples, fluides, arrondies qu’on est tenté de caresser. Difficile pour moi de bâtir quelque interprétation. A défaut je note les titres souvent amusants : Outrance d’une outre mythique (un très beau bronze), Configuration aux mouvements de serpents, un étrange Thalès de Milet, Démeter.

Au pays de Thales

 

« Quand les pierres se grattent des ongles poussent aux racines

Bravo, bravo

les pierres sont des oreilles pour manger l’heure exacte »

Jean Arp 1933

A l’étage, plus de compositions de Sophie Taeuber, une gouache colorée, des dessins préparatoires.

Les statues de Jean Arp sont groupées par deux ou trois sur des supports, qui se répondent.

Évocation d’une forme lunaire spectrale correspond avec un torse. Au pays de Thalès regroupe un bronze, un plâtre et une sculpture sur pierre.

Dans la petite pièce, de très petits dessins à l’encre sont des illustrations de la Bhagavad-Gita, il me font penser à des Picasso.

Le rez de jardin est la salle de séjour au plafond bas.

bronze dans le jardin

On peut flâner dans le jardin de sculptures, entre dans les deux atelier où de nombreux plâtres sont soigneusement rangés sur la table près de la fenêtre dans des casiers. On imagine les maîtres d’oeuvres… Quelques œuvres d’autres artistes voisinent les plâtres d’Arp, je remarque Armen  Agop et d’autres.

En parcourant le site de la fondation Arp, je lis que Max Ernst, Kurt Schwitters, Tristan Tzara, James Joyce, Paul Eluard, Robert et Sonia Delaunay ont fréquenté ce lieu. Cela fait rêver.

Jean Arp

Guernica (sans Guernica) au Musée Picasso

exposition temporaire jusqu’au 29 juillet 2018

Le monumental tableau est resté à Madrid, il fallait un certain culot pour faire une exposition Guernica sans le montrer.

Guernica est sans doute le tableau le plus étudié du 20ème siècle, il me rappelle des sessions de Brevet des collèges en Histoire des Arts, régulièrement présenté. Je me souviens aussi d’une exposition à Ravenne qui y faisait ouvertement référence en montrant des tableaux italiens s’en étant inspiré.

  1. L’exposition actuelle, en six salles, commence par une analyse des symboles représentés dans le tableau : le cheval, le taureau, le soldat, le héros antique découpé à terre, la lampe électrique…. Différents critiques sont cités avec de longues citations, les hypothèses sont diverses. Tantôt on voit dans le cheval, le nationalisme espagnol, tantôt on en fait le symbole du peuple. De même le taureau serait la figuration du peuple selon certains, ou de la brutalité…L’oiseau est-il comme la colombe l’espoir de la paix? La lampe électrique, dans la bombe peut être interprétée comme « une invention bienfaisante qui se transforme en force destructrice »? Cette présentation, même si elle montre des arguments contradictoires a au moins le mérite de faire observer le tableau.
    la guerre civile

  2. Les débuts de la Guerre Civile (17 juillet 1936- printemps 1937) est un rappel historique qui replace Picasso dans le contexte espagnol. De Janvier à Avril 1936, l’exposition Picasso circulait en Espagne pour soutenir le Front Populaire. Picasso fut même nommé par le gouvernement républicain directeur du Musée du Prado. Le 8 et 9 janvier Picasso réalisa une gravure : Songe et Mensonge de Franco

    Songes et mensonges de Franco
  3. les sources de Guernica présentent aussi bien les sources anciennes comme les Désastres de la Guerre de Goya que les œuvres de Picasso comme les tauromachies, minotauromachies et même une crucifixion

    Crucifixion
  4. la commande et les premières esquisses : pour le Pavillon espagnol de  l’Exposition internationale des Arts et Techniques 1937. La peinture devait occuper un mur entier. L’idée initiale était d’exploiter le thème du peintre et de son modèle. Nature morte à la lampe et les études au dessin pour cette peinture montrent des éléments utilisés dans Guernica 
  5. La transformation du projet : à la suite du bombardement de Guernica le 26 avril 1937. Au mur, les unes de l’Humanité du 28 et du 29 avril 37, montrent la désolation, voisinent avec des photographies des ruines. Picasso dès le 1er mai et les jours qui suivent commence les études préparatoires, certaines au crayon, en noir et blanc, d’autres en couleur. Le noir et blanc ne s’est pas imposé encore.

    Le portrait de Dora Maar
  6. Guernica dans l’œil de Dora Maar . je connaissais Dora Maar par le portrait que Picasso a fait d’elle. je ne savais pas qu’elle était une photographe d’origine croate, que Picasso a rencontré par l’intermédiaire d’ Eluard. Dora Maar reçut en commande le travail de photographier Picasso en train de réaliser le tableau. 8 photographies sont projetées sur un grand écran et nous pouvons ainsi suivre l’oeuvre qui se transforme : on voit apparaître le cheval puis disparaître le bras au poing levé serrant un bouquet avec un soleil ; la bombe remplace le soleil avec l’ampoule, le triangle lumineux se matérialise de plus en plus clairement, le cheval semble se lever.Je termine donc la visite de l’exposition comme je l’avis commencée par un examen attentif de chacun des éléments composant le tableau.

Ensuite je me suis promenée dans les étages pour retrouver les Picasso que j’aime et en croiser d’autres qui n’étaient pas là à ma dernière visite.

Et dans une petite pièce j’ai croisé ceci:

 

Nymphéas – L’abstraction américaine et le dernier Monet

Exposition temporaire à l’Orangerie jusqu’au 20 Août 2018 

Monet : pont japonais

Monet est-il un peintre abstrait?

Monet : Saule pleureur (1920-1922)

Cette exposition célèbre le centenaire de la décision de Monet d’offrir les nymphéas à l’Etat français, elle met en évidence la postérité de Monet dans l’art américain. En 1955 le MoMA acquiert un Monet et les tableaux de l’exposition sont souvent introduits par le Critique Greenberg qui publia en 1955 un grand essai sur la peinture américaine faisant de Clyfford Still, Barnett Newman, Pollock ou Tobey des héritiers de Monet.

Pollock : Untitled 1949

Intéressante confrontation de peintres de continents et d’époques éloignées.

Si la couleur « devient autonome » et primordiale, on saisit mieux la parenté entre les nymphéas et les toiles de Monet qui sont un feu d’artifice de couleurs.

Rothko et Clifford Still peignent selon le Colour field painting avec de grands champs de peinture

 

Clifford Still 1965

Les grandes taches ont des contours déchiquetés, la peinture au couteau donne un certain relief aux taches, on regarde le très grand tableau un peu comme un paysage

 

Pollock : the deep (1953)

Dans les tableaux de Rothko, rien pour raccrocher l’oeil à du figuratif : de grande taches colorés

Rothko

De Kooning dans sa Villa Borghèse, après avoir peint des paysages urbains retrace à New York des souvenirs, recollections de Rome

De Kooning villa Borghese

On peut aussi citer Morris Louis avec ses acryliques délavés qui font comme des bandes verticales (j’aime moins, donc pas de photo) ou Helen Frankenthaler également des acryliques

Helen Frankenthaler (non! ce n’est pas la photo qui est floue mais le tableau!)

j’ai beaucoup aimé le tableau de Guston « impressionisme abstrait » 

 

Guston détail du rouge au centre du tableau

 Riopelle, peintre canadien, établi en France expérimente une technique originale de « mosaïques »

Détail d’un tableau de Riopelle (bord du tableau)

Et je termine par un de mes préférés Round the world de Sam Francis (1958-1959)

Around the world

Bien sûr, on n’a qu’une envie : monter au rez de chausser dans les deux salles des Nymphéas. On aimerait les avoir pour soi et méditer devant mais gare aux groupes de Chinois ou Japonais!

 

Âmes sauvages : le symbolisme dans les pays baltes

Exposition temporaire au Musée d’Orsay jusqu’au 7 juillet 2018

jeune paysanne de Johann Walter

Je n’aurais pas manqué l’occasion de flâner encore à Tallinn, Riga, Vilnius ou Kaunas. histoire de raviver des souvenirs de notre voyage. Nous avions vu de beaux musées à Tallinn, Kaunas et Vilnius et j’avais adoré la maison de Curlionis 

Curlionis

L’exposition du Musée d’Orsay a choisi de présenter par thèmes sans séparer les peintres de chacun des pays baltes et sans souci de chronologie(certains tableaux datent de 1930 et son présentés avant d’autres des années 1910). Les trois thèmes abordés sont : 1 Mythes et Légendes , 2. l’Âme, 3. la nature. 

Mythe et Légendes s’ouvre sur des légendes estoniennes, Le Sacrifice de Kristjan Raud  illustre une légende ancienne païenne selon laquelle les larmes de trois veuves venues prier font jaillir une source.

Kallis : Linda portant un rocher ; Kalevipoeg

La légende estonienne de Kalevipoeg a inspiré Raud, Triik, ou Tuul : on voit des héros musclés ou au contraires décharnés très symbolistes. Ce n’est pas la peinture que je préfère, déjà les Symbolistes autour de Maurice Denis ne m’inspirent pas tellement. Dans la Bataille de Triik je crois reconnaître des vikings et un drakkar dans le tableau voisin, Lennuk, de Triik.

Lennuk de Triik

Je retrouve avec plaisir Curlionis dans une atmosphère fantastique, trois tableaux avec un enfant, un oiseau, une montagne et une reine suggèrent d’inventer un conte.

Curlionis : Princesse, oiseau

2.L’Âme

Konrad Mägi : Méditation

De nombreux portraits sont exposés, je n’aime pas du tout ceux qui sont torturés, décharnés, sombres et assez sinistres.

Rozentals : Princesse avec un singe

D’autres sont très colorés. j’ai beaucoup aimé la Méditation de Konrad Mägi, la Princesse au singe de Rozentals et la Jeune Paysanne de Johann Walter

3. la nature

Paysage norvégien

C’est la salle qui m’a vraiment plu. Nature ensoleillée des paysages norvégiens de Triik et Mägi ou les forêts, la neige et les reflets sur l’eau de Purvitis

Purvitis

Encore une fois Curlionis est mon préféré avec son cycle de la Création en 13 tableaux, Création différente de la Genèse, incluant une certaine idée de cosmologie, big bang ?,

Curlionis : Genèse
Curlionis : Genèse
curlinonis : Genèse

avec l’apparition de la lumière vers le 4ème tableau, passant du bleu sombre vers le blanc et le rose quand apparaît la vie(de beaux coquelicots rouge) puis on imagine le déclin du soleil avec des teintes orangées. Aimé aussi ses vagues dont un tableau ressemble à celui d’Hokusai.

Exposition solaire avec trois tableaux de Kallis.

 

 

Les hollandais à Paris (1789-1914) au Petit Palais

EXPOSITION TEMPORAIRE

Affiche de l’!exposition Van Gogh : vue de l’appartement de Théo

 

Cette exposition couvre la période qui va de la fin du XVIIIème (avant même la Révolution) jusqu’au cubisme, Mondrian, et Van Dongen qui sont des peintres du XXème siècle.

Elle est organisée autour de quelques grands noms de la peinture, des Hollandais ayant travaillé à Paris confrontés à des artistes français qui leur correspondent.

Van Spaendonck (1746_1822) – Natures mortes florales

 

Van Dael

est le chef de file d’une école de peintres de la nature peintre de grands tableaux de bouquets de fleurs. on entre de plain pied dans l’atelier des peintres.L’atelier de Van Spaendonck était au Jardin du Roi (jardin des Plantes) dans la Maison de Buffon peinte par Knip. Bonaparte transforma la Sorbonne en créant un atelier. On voit les élèves, des jeunes filles de bonnes familles peignant des fleurs.

Des planches botaniques d’un élève de Van Spaendonck, sont de toute beauté. Avec JJ Rousseau l’intérêt pour la nature était répandu.

Ary Scheffer – Artiste officiel et engagé

Ary scheffer : femmes souliotes

Arrive à Paris en 1811. Il accueille rue Chaptal, dans son atelier Chopin, Liszt, George Sand, Lamartine. Il a étudié avec le même professeur que Géricault ou Delacroix. Une petite étude pour les Femmes souliotes m’a bien plu. les tableaux ultérieurs de thème religieux avec des femmes blafardes aux yeux révulsés, en revanche, n’ont pas retenu mon attention.

Ici aussi, on a un tableau qui montre l’atelier du maître rue Chaptal et ses  tableaux religieux à fond bleu.

Jongkind – Vie de Bohème et circuits alternatifs

Notre Dame vue du quai de la Tournelle

Arrive à Paris en 1846. les circuits alternatifs sont les galeries et les cafés, alternative aux plus officiels salons. Jongkind côtoie l’Ecole de Barbizon. Le très beau tableau de la marée basse à la plage d’Etaples de Boudin avec un ciel nuageux qui occupe les deux tiers du tableau tandis que pêcheurs à pied et bateauxsont alignés dur une ligne horizontale donne le ton à toute la salle. Jongking prête la même attentions aux ciels dans ses marines comme dans ses vues de Paris.

Dans la salle consacrée à Jongkind on trouve aussi Sisley et Corot ainsi que Maris (1839-1917) et Daubigny.

Kaemmerer (1839-1902) -L’enfant chéri du marché de l’art

Un baptême sous le  Directoire

était pour moi un inconnu. Il a apporté un soin particulier aux textures des costumes, des dentelles et des chapeaux. Il a peint surtout des tableaux de genre qui avaient un grand succès : élégantes à la plages, cavaliers….

Breitner (1867-1923)

Breitner : A bord

Breitner est une découverte. Ses grands tableaux sombres sont impressionnants, les chevaux à Montmartre ou une soirée sur le dam d’Amsterdam m’a beaucoup plu. A bord m’a amusée. On devine une parenté avec Degas et avec Van Gogh. 

 

Une soirée sur le Dam à Amsterdam

Vincent Van Gogh  arrive à Paris en   1886 meurt en 1890

jardins potagers à Montmartre

la salle ne contient pas les tableaux les plus connus d’Arles ou d’Auvers. Ceux qui sont accrochés sont ceux qu’il a fait à Paris. Ils ont des teintes plus fraîches.J’ai beaucoup aimé les jardins et potagers, les moulins de Montmartre

Van Dongen arrive à Paris en 1897 et revient en 1905

Van Dongen – Moulin de la Galette

Il est fasciné par la vie de café. il fréquente Picasso et Vlaminck. Sa série sur le Moulin de la Galette est un véritable feu d’artifice des couleurs. Ce n’est qu’après que je remarque que les fleurs sont celles des chapeaux des élégantes, et les yeux très fardés.

J’ai beaucoup aimé aussi les danseurs et danseuses.

Mondrian(1872 -1944)

mondrian : arbres

En clôture de l’exposition et en compagnie de Braque et de Picasso illustre le cubisme.

Corot, le peintre et ses modèles – à Marmottan

Exposition temporaire du 8 février au 6 juillet 2018

liseuse

 

Je ne connaissais que les paysages de Corot. Cette exposition est dédiée aux personnages.

 

liseuse

Personnages  qui animent ses paysages d’Italie ou mythologiques.

 

Portraits de famille, ayant pour but la ressemblance, pas toujours flatteurs.

Mais aussi séries de portraits réalisés avec un modèle, des costumes d’italiennes, de Grecque, d’Espagnoles….Série de jeunes filles à la fontaine, à la mandoline, de liseuses….Toutes charmantes.

Quelques hommes, parmi lesquels des moines lisant.

Mohamed Bourouissa : Urban Riders au Musée d’Art Moderne

Exposition temporaire 26 janvier – 22 avril 2018 au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris

Urban riders

Plasticien franco-algérien, né à Blida (1978), nous offre une exposition composite (photos, vidéos, objets, dessins) autour du thème Urban Riders.

A l’occasion de l’organisation du Horse Day, événement destiné à revitaliser un quartier nord de Philadelphie en 2014, Mohamed Bourouissa s’est installé 9 mois autour des écuries pour la réalisation d’un film et d’une sculpture monumentale. L’exposition Urban Rider réunit donc, la grande sculpture The Ride,  les costumes portés par les cavaliers, colorés, délirants, les dessins du storyboard préparant le film, diverses vidéos et le film.

story board

Cet événement joue avec l’univers fantasmé du western mais aussi avec la réalité urbaine. Le cheval est caparaçonné de CD qui brillent, une vidéo projetée sur le capot d’une de ces grosses voitures américaines qui sont aussi des monuments de la culture populaire américaine.

sur un capot de voiture

Cette exposition a été réalisée en 2017 pour la Fondation Barnes de Philadelphie. Sa présentation évoque Fanon et les Damnés de la Terre. Dans le film, Bourouissa joue avec les contrastes Noir et Blanc, cavalier noir sur cheval blanc. Cheval blanc à tête noire. Un dialogue intrigue il s’agit de John Wayne, les palefreniers parlent-ils de l’acteur ou est-ce le nom du cheval, un petit poney à magnifique crinière blanche. Sur un cheval noir passe un  cavalier vêtu de blanc….

caparaçon brillant!

J’ai été très intéressée par ce métissage des cultures :  culture banlieue « Gang style », culture western, et cela filmé traduit en image par un algéro-français…..

De retour de l’expo je me suis documentée sur Internet au sujet de Mohamed Bourouissa. Et j’ai trouvé tout un travail sur les banlieues (Bourouissa est de Courbevoie). Dans le Monde 2, un porte-folio où ses photographies sont comparées à des Caravage. Ailleurs j’ai trouvé des vidéos captées au téléphone portables en prison, échangées avec un ami emprisonnés, aussi une vidéo en caméra cachée sur les revendeurs de cigarettes à Barbès. Regard politique sur les damnés de la terre. Dans un interview on lui demande s’il n’a pas eu envie de faire le même travail « chez les riches« . La réponse m’a étonnée « c’est compliquer de filmer chez les riches! »  , il y avait bien pensé, au Brésil.

 

Avec l’art contemporain, j’ai parfois du mal. Mais je fais des efforts!