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carnets de voyage et notes de lectures de miriam

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carnets de voyage et notes de lectures de miriam

Catégorie : holocauste

Si Lewen : La Parade, présentée par Art Spiegelmann au mahJ

Exposition temporaire jusqu’au 8 mai 2022

affiche

La Parade est une série de 55 dessins réalisés en 1950 par Si Lewen

publiée sous forme de livre, épuisé réédité en 2016, par  Art Spiegelmann . 

On peut imaginer le film de cette Parade parade militaire, comme il en fut entre les deux guerres mondiales, avec ses spectateurs curieux, peut-être joyeux où sont présentées les armées de plus en plus menaçantes. De la parade les images montrent la bataille qui se déclenche presque insidieusement, l’arrivée de la mort, jusqu’à la fin, jusqu’à cette image où les deux adversaires s’enlacent et se transpercent de leur lance. 

Art Spiegelman l’auteur du roman graphique Maus, présente dans une longue vidéo la vie de Si Lewen qui était son ami. Il raconte que Si s’était engagé dans l’armée américaine qui l’a utilisé comme traducteur et l’avait monté sur un camion équipé de haut-parleurs afin de persuader les militaires allemands de quitter le combat. Equipée très dangereuse, puisqu’il était pris pour une cible facile. Après la libération des camps, Si blesssé rentre en  Amérique. La Parade est une réponse à sa vision des horreurs de la guerre. 

Art Spiegelman

Albert Einstein a écrit à Si Lewen en 1951 :

« je trouve notre oeuvre très impressionnante d’un point de vue purement artistique. En outre, je trouve qu’elle a le réel mérite de combattre les tendances belliqueuse par le biais de l’art. ni les descriptions concrètes, ni les discours intellectuels ne peuvent égaler l’effet psychologique de l’art véritable. On a souvent dit que l’art ne devait se mettre au service d’aucune cause politique ou autre. Je ne suis pas de cet avis. « 

 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 01/04/202202/02/2022Catégories Art contemporain, Europe de l'Est, Histoire des Juifs, holocauste, Le monde en expos, paris/banlieueLaisser un commentaire sur Si Lewen : La Parade, présentée par Art Spiegelmann au mahJ

Retour à Lemberg Philippe Sands

HOLOCAUSTE/PROCES DE NUREMBERG

Lemberg, capitale de la Galicie province autrichienne, Lwow polonaise après la Guerre de 1914-1918, Lviv ukranienne où se côtoyaient Polonais, Juifs, Ukrainiens. Philipp Sands mène l’enquête sur les traces de son grand- père Léon Buchholz, né en 1904 à Lemberg, discret tellement discret sur son passé.


Sands est avocat, juriste auprès de la Cour Internationale, spécialiste en Droit International. Retour à Lemberg revient sur le Procès de Nuremberg où les dignitaires nazis et bourreaux furent jugés : parmi eux, Hans Frank, avocat, conseiller du Führer et Gouverneur de Pologne occupée qui est passé par Lemberg en 1942. Sands fait la biographie de deux juristes qui  ont étudié à Lemberg et siégé au Tribunal de Nuremberg et apporté leur contribution au Droit International. Hersch Lauterpacht, professeur de Droit International, et Raphael Lemkin, procureur et avocat. Ces trois personnages ont échappé aux massacres en ayant émigré à temps mais ont perdu dans l’Holocauste pratiquement toute leur famille. Lauterpacht introduit dans le Droit International la notion de Crime contre l’Humanité, tandis qu Lemkin définit le concept de Génocide. Pour le lecteur moyen, ces deux concepts recouvrent à peu près la même chose, mais pas pour le juriste : Le Crime contre l’Humanité considère les individus et les responsabilités individuelles, principalement dans le cadre des crimes de guerre. le Génocide, en revanche considère des groupes persécutés en tant que groupes comme les Juifs par les nazis, ou les Tsiganes. Une grande partie du livre s’attache à ces deux concepts, leur acceptation ou leur refus par les puissances alliées à Nuremberg. Pour moi qui n’ai jamais étudié le Droit, cet aspect de l’essai de Sands est tout à fait nouveau et intéressant.  

Cette enquête, presque policière, méthodique, imaginative, s’appuyant sur de maigres preuves, parfois une signature, un graffiti,  à l’envers d’une photo, est tout à fait passionnante. Sands cherche des témoins, il est temps, les survivants sont bien vieux

J’ai pensé à deux lectures récentes : Les Disparus de Mendelsohn et Faux Poivre de Sznajder, enquêtes sur des parents morts  dans l’Holocauste. Les Disparus sont sans doute plus littéraires, mais l’aspect juridique du Retour à Lemberg m’a beaucoup intéressée. 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 10/13/202102/02/2022Catégories histoire, Histoire des Juifs, holocauste, Littérature anglaise, MittelEuropa, pologne8 commentaires sur Retour à Lemberg Philippe Sands

Faux poivre Histoire d’une famille polonaise – Monika Sznajderman – NOIR sur BLANC

MOIS DE LA LITTERATURE DE L’EST

Ce livre est un témoignage, une enquête familiale, une enquête sur l’Holocauste, avec une rigueur extrême, des références bibliographiques. Elle recherche les origines de sa famille:

 » Ce sont en vérité deux familles, l’une juive, l’autre polonaise, celle de son père et celle de sa mère »

Elle a grandi avec sa famille maternelle, grand-mère, oncles tandis que sa famille paternelle se borne à la personne de son père, seul rescapé de la Shoah. Des cousins éloignés, d’Amérique et d’Australie, ayant quitté la Pologne ont fait parvenir des photos que les disparus avaient envoyées. Ces photos illustrent le livre ; nous découvrons avec l’auteur les visages, leurs habits, les décors et  suivons le déroulement de l’enquête. Elle découvre ses ancêtres et leur ville d’origine

« En vérité, de toutes les injonctions rabbiniques, la plus durable et singulière est Zakhor ! Souviens-toi ! »

 […]

Voilà pourquoi je creuse et j’accumule, je relie et je recueille. Des morceaux d’histoire déterrés, des rares
documents et des paroles, plus rares encore, de mon père, rescapé de l’Holocauste, je construis un récit. »

Radom, la ville d’origine de ses ancêtres paternels a perdu tous ces juifs alors que la communauté juive formait le tiers de sa population en 1930.

 » Il existe en Pologne de nombreuses villes invisibles, mais Radom semble particulièrement saturée d’invisibilité. Ici, rien ne rappelle rien, rien ne s’accorde avec rien. « 

[…]

« Et pourtant, malgré l’absence de traces matérielles du passé, une autre vie continue d’exister sous la surface du
Radom d’aujourd’hui ; les morts continuent de vivre leur existence de fantômes. Leur présence est absente, et sa marque n’est pas tant quelque chose, que rien : le vide à l’endroit de l’ancien quartier juif de Radom, sur lequel
hurle le vent. Ainsi qu’une étrange douleur fantôme qui me surprend de temps à autre quand je pense à eux tous. »

L’auteure mène une enquête précise, recherche les adresses, les habitants , leurs occupations avec un luxe de détails qui peuvent peut-être lasser le lecteur mais qui démontre le sérieux du travail comme les citations de divers spécialistes.

La grand-mère de l’auteur est assassinée en 1941 dans le pogrom de Zloczow. Le récit du pogrom est glaçant. Comme la vie dans le ghetto de Varsovie jusqu’en 1942 où vivait le grand-père de Monika Sznajderman, médecin rejoint par ses deux fils. A la veille de la fermeture du ghetto, paraissait dans le gazette destinée à faire croire qu’une vie normale s’y déroulait encore la petite annonce suivante :

…« l’usine de produits alimentaires Saturne, dont le siège social se situe à Varsovie, au 7 de la rue Grzybowska, met
en garde tous ceux qui se sont procuré du poivre présenté dans des emballages de la firme auprès de revendeurs
non autorisés, leur demandant de vérifier qu’il est bien authentique. En effet, une bande de faussaires échange du
vrai poivre contre de la spergule des champs moulue. « Dans Grande Action. Dès le 22 juillet 1942, le ghetto était complètement  fermé… »

Cette annonce explique sans doute le titre du livre.

Après l’histoire de sa famille paternelle et de la liquidation de tous ses membres (sauf Marek son père). Monika Sznajderman raconte, photos à l’appui, sa famille polonaise : des aristocrates, riches propriétaires. Le grand père industriel qui a fait fortune en Russie, l’a perdue à la Révolution d’Octobre. Ses oncles ont eu des destins variés, l’un architecte de gauche s’est trouvé sa place après la guerre, tandis que l’autre nationaliste militant a été emprisonné. J’ai été plus dépaysée dans cette partie du livre

« Nous, nous avons tous survécu, eux sont tous morts ». 

 » Deux courants de la vie sous l’Occupation – juif et polonais – n’avaient pratiquement aucun point de rencontre. »

Il est difficile de comprendre comment la population polonaise a ignoré l’anéantissement des Juifs.

 » Car je regarde à travers des lunettes doubles, et eux regardent avec moi. Car j’ai perdu mon innocence, les privant par là même de la leur aussi. Ainsi mes ancêtres polonais sont-ils devenus responsables avec moi du sort de mes ancêtres juifs –  ma famille juive de Varsovie et de Radom, de Miedzeszyn et de Śródborow, que je n’ai jamais connue, et tous les Juifs avec qui les Rozenberg… »

« Les nobles terriens du voisinage ne prêtent aucune attention, semble-t-il, au sort des Juifs de Łęczna, avec
lesquels mes parents polonais et leurs voisins étaient liés de longue date par des relations commerciales et sociales, souvent intimes et cordiales. « 

Comment des courses de chevaux ont continué alors que le Ghetto de Varsevie était anéanti? Comment un pogrom se déroulait dans la parfaite indifférence (le meilleur des cas) mais souvent avec la complicité des Polonais? L’antisémitisme fut instrumenté par les politiques. La population s’est jetée sur les biens abandonnés par les Juifs.

« Dès le début des années 1940, avant que la machine hitlérienne d’extermination de la population juive ne se mette en branle, une fraction importante de la société polonaise avait mentalement projeté le vide que laisseraient les Juifs et, au mieux, en avait pris acte, au pire, s’en réjouissait et le louait pleinement. »

Quel mot étrange, pożydowskie – « qui reste après les Juifs ».

Tous les Juifs iront à la poubelle », dit Klimer. C’en est fini des Juifs, maintenant, c’est « après les Juifs »

Monika Sznajderman conclue son livre par la rencontre de ses deux parents, tous les deux médecins. Mais la question de la responsabilité de la population polonaise dans la Shoah  et même après et l’antisémitisme qui perdure reste ouverte. 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 03/18/202102/02/2022Catégories Europe de l'Est, Histoire des Juifs, holocauste, pologne11 commentaires sur Faux poivre Histoire d’une famille polonaise – Monika Sznajderman – NOIR sur BLANC

Les Oxenberg & les Bernstein – Interview de l’auteur Catalin Mihuleac par Andrei Martin (traduit du Roumain)

BUCAREST/PARIS

Les billets du Carnet Paris/Bucarest sont l’œuvre de mon correspondant Roumain George qui intervient souvent dans les commentaires du blog en ce qui concerne l’Europe de l’Est et particulièrement la Roumanie. 

Comme je lui ai demandé son avis sur le roman de Catalin Mihuleac, George a eu la gentillesse de traduire en Français un article d’une interview de cet auteur 

Vous reconstruisez, en effet, les détails du pogrom de Iasi, à partir de 1941. Il y a quelques passages sur la dépossession des Juifs, sur les actes de vandalisme dirigés contre eux, sur la manière dont ils ont été brutalement battus dans les rues de la ville. Sur le viol, sur les trains de la mort. Que signifie pour un écrivain d’aborder ce thème historique?

 Cela dépend de la façon dont il le fait. S’il maintient un niveau contemplatif, il n’obtiendra pas une œuvre d’art, mais un post-scriptum littéraire. Si, cependant, il s’implique et plonge dans les eaux de l’histoire, alors un travail profond en sort. En parlant de prix personnel. Pour moi, écrire ce livre m’a beaucoup consommé. Je rencontrais des amis et j’étais probablement tellement physiquement changé qu’ils m’ont demandé si quelqu’un était mort.

Quels sont les avantages de la fiction par rapport à la perspective purement historique?

La fiction aide à construire un récit chaleureux, contrairement à la froideur de l’histoire. La fiction donne des matériaux de construction, la fiction sort les gens des statistiques et les transforme en personnages. La fiction anime des événements dans les manuels. Je pense qu’en fin de compte, c’est le grand avantage du livre: qu’il parvient à regarder non pas la partie rationnelle de l’être humain, mais sa partie émotionnelle.

Dans les quatre parties du livre, toutes sortes de personnages apparaissent; il existe de nombreuses familles sur deux continents, dont certaines semblent inspirées par la réalité. Comment avez-vous construit les personnages?

Il existe trois types de personnages dans le roman. Certains sont réels à cent pour cent, et je ne parle pas seulement de personnalités comme Antonescu ou le colonel Chirilovici, le chef de la police de Iasi, mais aussi de personnes moins connues comme Carol Drimmer, un intellectuel juive qui a travaillé sur la traduction allemande de “l’anthologie de la nouveau roman”. C’était un érudit avec une ouverture européenne, une sorte d’ancêtre de Patapievici, qui voulait promouvoir la culture roumaine dans le monde. Il était germaniste et est mort dans les trains de la mort, maudissant Hitler. Il y a d’autres personnages, qui ont de la vraie fibre, mais avec une couverture fictive. Et d’autres sont à cent pour cent fictifs. Ma surprise a été de rencontrer des lecteurs convaincus que certains personnages de fiction sont à cent pour cent réels. Je l’ai pris comme un compliment.

Quelqu’un m’a demandé si ce personnage – le gynécologue Jacques Oxenberg – existait vraiment. Et j’ai dit que puisqu’il opère dans les pages du livre, cela signifie qu’il existait. Mais ensuite je suis arrivé au point de l’histoire médicale. A savoir que la césarienne était pratiquée par des médecins juifs sur la mère décédée, depuis les temps anciens de l’histoire. En Roumanie du siècle dernier, il y avait une très bonne école gynécologique, dans laquelle les médecins juifs avaient une contribution essentielle.

Quelle est la place de la fiction dans un roman avec un fond historique?

 Je pense qu’un dosage judicieux est nécessaire. Il ne faut pas exagérer de part et d’autre, car ce genre de thème est très tendre, mais il est aussi très facile à rater, s’il n’y a pas de dosage parfait entre fiction et réalité historique.

En parlant de dosage: l’humour doit aussi être très bien dosé lorsqu’il s’agit de sujets sensibles. Il y a aussi beaucoup d’humour dans ce triste livre. Mais comment avez-vous eu le courage d’introduire des lignes ou des passages ironiques dans un livre aussi sérieux?

 Quand j’écris, je ne peux pas me contrôler. C’est mon style, parfois ironique; dramatique, à d’autres moments. La bande dessinée est un très bon conservateur pour une œuvre d’art. Aujourd’hui, nous apprécions ce que Swift et Mark Twain ont écrit. J’étais conscient que sans cet ingrédient, le livre n’aurait pas été digeste. Il n’aurait pas atteint l’homme pressé aujourd’hui, il n’aurait pas atteint la jeune génération en premier lieu. Et c’était mon objectif initial: que le roman atteigne la jeune génération, car c’est seulement là que nous pouvons façonner les âmes.

Même ainsi, dans quelle mesure cette histoire noire du pogrom de Iasi de 1941 est-elle connue?

Cela commence seulement à être connu. Dans le roman, je mentionne que, du temps de Ceausescu, tous les crimes ont été attribués aux troupes allemandes. Mais les Allemands n’ont participé, pour ainsi dire, qu’à un niveau contemplatif. Après les années 90, les gens ont commencé à parler de ce sujet, mais il y avait aussi un violent courant de négationnisme, qui se manifeste encore. Il y a autre chose: là où la presse roumaine met sa queue, l’herbe ne pousse pas beaucoup. Car la presse n’a pris que la partie sensationnelle et superficielle des événements. Celui qui lit ce qui était écrit dans les journaux n’a plus que l’image des prisonniers dans les trains de la mort, qui, à cause de la déshydratation, se buvaient l’urine.

En Roumanie, l’accès aux archives n’est pas facile. Bien sûr, il existe une bibliographie assez importante sur ce sujet, mais il semble que vous ayez fourni des détails inconnus jusqu’à présent. Comment vous êtes-vous documenté pour le livre?

Je suis arrivé à des détails inconnus parce que je ne voyais pas les choses à travers les yeux d’un historien. J’ai jugé tout document qui me tombait entre les mains, dans l’idée de la construction à laquelle je me suis attelé. Je l’ai traité purement émotionnellement. Je voulais, tout d’abord, comprendre la haine sauvage de cette époque, car je ne peux haïr personne, que ce soit chinois, musulman, quadrupède ou étranger. D’accord, l’incident m’a également donné un coup de main. Par exemple, j’ai réussi à me lier d’amitié avec un survivant des camps de concentration nazis, qui m’a aidé à comprendre ce qui se passe dans l’âme d’un homme qui est né avec un stigmate, vit toute sa vie avec lui et toute la stigmatisation pousse lui en permanence à la périphérie.

On retrouve aussi dans ce livre des descriptions très plastiques des rues, des maisons de Iaşi des années 1930 et 1940, c’est une cartographie qui semble presque exacte pour ceux qui ne connaissent pas Iaşi, en tout cas.

J’ai essayé, en utilisant les écrits des journaux de l’entre-deux-guerres, de reconstruire l’image de l’époque non seulement de Iaşi, mais aussi de Bucarest.

Même Vienne est décrite dans ce livre, il y a des descriptions exactes des lieux…

Surtout de l’hôpital Rothschild, où étaient hébergés les juifs qui ont fui illégalement de Roumanie après 1945. J’ai dû aussi le recomposer selon les documents de l’époque, car il a été démoli entre-temps. J’ai aussi vu des photos, j’ai lu des témoignages de la vieille presse internationale. Le New York Times, par exemple, a publié en 1947 une série de photojournalisme sur l’hôpital Rothschild par Henry Ries. Choquant. J’ai également dû marcher sur Vienne pour recomposer une promenade décrite à la fin du livre, lorsque tous les fils du récit commencent à se relier.

Que reste-t-il aujourd’hui de Iaşi des années 30 et 40? Cette ville est-elle toujours reconnaissable?

Pas tellement, car Iaşi est désormais un mélange malheureux entre ce qui a été préservé de l’histoire et le récent boom du développement urbain chaotique et ivre. Par exemple, le Jockey Club – l’un des endroits les plus raffinés de la ville, mentionné par Curzio Malaparte dans son livre, Kaputt, où il y a aussi quelques chapitres sur Pogrom – était une splendeur architecturale. Il a été démoli avec la soi-disant systématisation socialiste. Et elle n’est pas la seule victime de l’élan dévastateur. Iasi après la Révolution avait deux maires qui ont rempli leurs mandats dans l’inimitié. Il s’agit de Constantin Simirad et Gheorghe Nichita, tous deux du comté de Botoşani.

« Vous ne pouvez pas prendre le pays sur la semelle de la chaussure » – c’est une ligne souvent répétée dans le livre. Le sort du personnage Dora prouve cependant exactement le contraire.

 Oui, c’est en fait une clé du livre. L’un des personnages américains, Joe Bernstein, originaire de Iasi, répète ce mot de Danton. Mais il a un ajout subtil: vous ne pouvez pas prendre le pays sur la semelle de votre chaussure, dit Danton, « mais il y a toujours quelque chose dans le talon ». À la fin, sa belle-fille, Suzy, veut voir ce qu’il y a dans l’affaire. L’enjeu est son lien avec la Roumanie.

Pourquoi avez-vous choisi de placer une partie importante de l’action, celle d’aujourd’hui, précisément en Amérique?

 Voici la partie du spectacle. Sans une section américaine moderne, placée aujourd’hui, je ne pense pas que le livre serait arrivé là où il aurait dû, il n’aurait pas été digeste. Le récit se déroule à deux niveaux: un chapitre porte sur la Roumanie et l’entre-deux-guerres Iasi, le prochain chapitre sur l’Amérique, la Roumanie ou Vienne en 2000. Il y a un entrelacement permanent entre les chapitres à haute tension et d’autres qui sont plus légers et plus orientés bande dessinée. . Mais même ceux qui semblent faciles ont, à première vue, leur profondeur.

L’Amérique était en effet une destination pour les Juifs fuyant l’Europe des vagues d’antisémitisme. Comment la société américaine a-t-elle assimilé cet afflux de juifs de partout, en particulier d’Europe de l’Est?

 L’Amérique est un pays d’immigrants, bien qu’aujourd’hui elle vole toujours vers eux. De cet hôpital Rothschild – qui était en fait devenu une méga-hutte, même s’il servait autrefois de troupes SS «sélectionnées» – les destinations classiques étaient la Palestine et l’Amérique prometteuses. Mon personnage choisit l’Amérique, d’autant plus que le destin lui donne du fil à retordre. Amérique, parce que, enfant, il avait rêvé d’écrire des scénarios à Hollywood fondés par des juifs, l’Amérique où il espère échapper à la férocité des souvenirs.

Dans le roman, la famille Bernstein a construit un empire presque à partir de la vente de vêtements d’occasion, avec également des entrepôts en Roumanie. Pourquoi avez-vous choisi cette profession pour les personnages du livre?

 D’une part, c’est une métaphore, car nous portons des vêtements américains aujourd’hui, ce qui n’est pas forcément mauvais. En revanche, le métier de colporteur, vendeur de vieux vêtements, est typiquement juif, mais a longtemps été persiflé à travers l’histoire. Souvenons-nous que dans Les Trois Petits Cochons, le dessin animé de Walt Disney, le loup frappant à la porte des doux Goths était dépeint comme un colporteur juif. Hitler, un grand admirateur de Walt Disney, frottait probablement ses paumes de gratitude. L’Amérique est un pays qui promet et vous donne plus. Entre autres choses, il vous donne des vêtements. Il y a l’un des centres de la mode, le Garment District. Et je dirais que ce n’est pas un hasard si en Amérique, les vêtements fantaisistes sont moins chers qu’en Europe.

Que signifie le titre du livre?

Le titre du livre est simple en apparence seulement. Ils en ont trouvé assez pour le critiquer, car là où il y a peu d’amour, il est facile de trouver une raison. «L’Amérique sur le pogrom» peut signifier «l’Amérique portant le pogrom», comme un vêtement qui résiste aux atrocités de l’époque.

Pensez-vous que les citoyens américains sont conscients de cette histoire lointaine et géographique?

Ce sont des Américains et des Américains. Le réceptif peut être rendu conscient précisément à travers une œuvre d’art. Que saurions-nous du camp de Plaszków s’il n’y avait pas Schindler’s List, le film sorti de la plume de Spielberg? Pas par hasard, à Washington DC, il y a un musée de l’Holocauste, très bien développé. L’un des conducteurs est Radu Ioanid. De nombreuses photos du Pogrom de Iaşi ont été fournies par le SRI (The Romanian Intelligence Service)et y sont représentées, dans un secteur très développé.

La convention dans laquelle le roman est écrit est la suivante: le personnage du livre, Suzy Bernstein, vous a délégué, Cătălin Mihuleac, pour écrire son histoire. Pourquoi avez-vous ressenti le besoin de cet artifice narratif?

 Êtes-vous sûr que c’est un artifice? Voulez-vous appeler Suzy Bernstein maintenant et lui parler un peu?

Je veux!

Peut-être que Suzy Bernstein existe. Quoi qu’il en soit, c’est l’un des mystères que je ne veux pas révéler. C’est une autre question fréquemment posée: si Suzy Bernstein existe vraiment. Ce que je dis sur le gynécologue Jacques Oxenberg est valide: car il est si féroce dans les pages du livre, cela signifie qu’il existe.

Mais l’un des grands défis de ce livre était que les deux principales voix narratives appartiennent aux femmes. Deux voix narratives, deux styles littéraires différents, qui sont également féminins. Dur, très dur… Car, contrairement aux hommes, qui représentent une masse plus prévisible, les femmes ont une structure beaucoup plus fine et très différente d’un spécimen à l’autre.

 

Le roman est structuré comme un bon scénario de film. Avez-vous pensé à un écran?

Il y a déjà eu quelques sondages. Je ne voudrais pas me presser, car le livre est très jeune. Il y a un dicton d’un grand écrivain juif, Danilo Kis: « N’oubliez pas que si vous touchez la cible, vous manquez tout le reste. » Je ne veux pas rater le reste. Le livre est comme une fille que je ne veux pas épouser à 17 ans. Je veux toujours voir ce qui lui arrive. Laissez-moi tenir son bal et peser celui qui l’invite à la danse. En parlant de cela, je rêvais d’une projection internationale. Parce que ce n’est pas un livre roumain; sa valeur est, je pense, universelle. Il peut réchauffer n’importe quelle âme sur cette planète.

Comment ce livre a-t-il été reçu, quelles réactions avez-vous reçues des critiques et des lecteurs?

 Avec ce livre, beaucoup de choses sont arrivées à l’élection présidentielle. Les leaders d’opinion du domaine littéraire ont préféré garder le silence. Même ceux qui avaient été violents à propos de mes livres précédents ont prétendu “qu’il pleuvait”. Les quelques chroniques – parues dans la Roumanie littéraire, Orizont, Observatoire culturel, etc. – ils étaient louables, d’un grand enthousiasme. Mais le livre a été massivement promu via le réseau parallèle, via Facebook, grâce à certaines personnes qui l’ont sorti de leurs seins et l’ont montré à leurs amis. C’est ce qu’est une vraie promotion aujourd’hui – un produit artistique doit pouvoir être sorti de son sein et passer d’âme en âme. Mais je ne veux pas penser à ce qui se serait passé si Facebook n’existait pas et n’avait pas autant de pouvoir.

Dans quelle mesure suivez-vous, dans quelle mesure êtes-vous intéressé par les revues littéraires, les chroniques?

Je m’en soucie trop peu. Les chroniques littéraires représentent rarement des jugements honnêtes. Ils appartiennent à des personnes relativement jeunes, qui sont déjà entrées dans toutes sortes de tourbillons et de jeux d’intérêt. J’ai l’impression de leur demander de ne pas valoriser leurs jugements de valeur.

Mes attentes à leur égard étaient différentes. Je m’attendais à ce que ce livre soit reçu avec plus de bienveillance. Je m’attendais à ce qu’il soit considéré par des jurys primés, mais malheureusement, ils sont principalement composés des mêmes critiques utilitaires dont nous parlons. Et tu sais quelque chose? Je ne serais pas surpris de lire un jour quelque chose sur les officiers couverts par la critique littéraire, sur ceux qui ont eu pour mission d’imposer certaines hiérarchies.

Je sais que les écrivains n’aiment pas être mis dans l’insectarium, ils n’aiment pas être catégorisés par générations, par cercles littéraires. Cependant, à quels écrivains roumains contemporains vous sentez-vous attaché?

 C’est difficile pour moi de dire cela, car la littérature n’a pas de frontières. Et j’ai essayé, au fil du temps, de gagner une voix distincte, et j’espère que chaque ligne que j’ai écrite est très personnelle. Je pourrais plutôt vous dire des écrivains universels auxquels je suis attaché. L’un d’eux est Dino Buzzati, un autre est Bohumil Hrabal, le Tchèque avec qui Bill Clinton, lors d’une visite à Prague, voulait absolument boire de la bière au Golden Tiger. Je n’oublierai pas Romain Gary, celui qui a brisé mon âme à quelques reprises, et il me l’a également recousue. Et il y a d’autres classiques que j’aime, à commencer par le duo d’Odessa, Ilf et Petrov; Il est, comme nous le savons bien, juif. Je me retrouve dans la caractérisation d’Ilf, qui murmurait timidement à l’oreille de Petrov: “Tu sais, Jenea, je suis l’une des dernières à franchir la porte”.

FIN

 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 02/26/202102/02/2022Catégories bucarest/paris, Histoire des Juifs, holocauste, Roumanie2 commentaires sur Les Oxenberg & les Bernstein – Interview de l’auteur Catalin Mihuleac par Andrei Martin (traduit du Roumain)

Les Oxenberg & les Bernstein – Catalin Mihuleac (Roumanie) Les éditions Noir sur Blanc

 LECTURE COMMUNE AUTOUR DE L’HOLOCAUSTE (Roumanie)

Comment évoquer le pogrom de Iasi le 29 Juin 1941, au cours duquel 15000 juifs furent assassinés?

 

Les voix de Iasi de Jil Silberstein est un essai historique très détaillé de 700 pages. Il  cherche les sources de l’antisémitisme en Roumanie dans le contexte historique, sociologique et intellectuel.

 

 

 

 

Eugenia de Lionel Duroy est un roman qui met en scène une jeune femme amie de l’écrivain Mihail Sebastian. Il se déroule principalement à Bucarest mais on y évoque le pogrom de Iasi.

 

 

Catalin Minhuelac, l’auteur, un journaliste roumain, a choisi de construire son roman autour de l’histoire de deux familles Les Oxenberg et les Bernestein.

Les Oxenberg sont de grands bourgeois.  Jacques Oxenberg est un gynécologue de renom recherché par toutes les femmes de la bonne société. Roza, sa femme traduit des nouvelles roumaines en allemand.  Leurs enfants ont une excellente éducation. Voyages à l’étranger, musique. Rien ne  laisse présager  de leur destin, même si depuis longtemps les étudiants en médecines subissent des tracasseries et le numérus clausus, même si les incidents antisémites se multiplient, les Oxenberg se croient protégés par leurs relations.

Ici repose pour l’éternité Joseph Bernstein, le rabbin des produits vintage. Si vous allez au Paradis, faites appel à
lui pour une paire d’ailes bonnes et pas chères, story included. Si vous vous retrouvez en Enfer, des cornes et des
sabots comme chez lui, vous n’en trouverez nulle part. »

La famille Bernstein vit à Washington. Ils ont bâti une confortable fortune sur la vente de vêtements et accessoires de seconde main. Les schmattes,  textiles récupérés par des organisations humanitaires sont triés et vendus dans le monde entier, soit dans les pays pauvres, soit relookés, conditionnés, vintage assortis d’une story ils peuvent être vendus à des snobs, américains ou même japonais.

Sache-le, Suzy, on n’emporte pas son pays à la semelle de ses souliers, mais on garde toujours un petit quelque
chose dans le talon.

Susie, la narratrice,  roumaine, suit Ben Bernstein, se convertit au judaïsme et participe activement au commerce de la famille. Elle invente des stories pour vendre cher des objets quelconques.  Elle s’implique dans l’histoire de la famille Bernstein racontée par son beau-frère Joe, elle veut transmettre à ses enfants leur histoire d’Europe de l’Est et découvre petit à petit l’histoire de Iasi, la ville dont elle vient, de l’exil.

Les chapitres Bernstein et Oxenberg, se mêlent, se répondent. Souvent humoristique – humour juif ou burlesque roumain – alternent avec le récit tragique des vexations, des brutalités et des horreurs. Peut-être est-ce la seule façon d’aborder une réalité insupportable – irracontable – celle des violences, des arrestations, de la déportations en trains… mais aussi celle plus cachée du viol des femmes.

« Sur les femmes violées, l’Histoire se tait. L’autocensure l’empêche d’accorder de l’importance à ces êtres marqués pour toute l’éternité, à la suite de l’assaut militaire le plus vieux au monde, au cours duquel les soldats, les sous-officiers et les officiers combattent au corps à corps la foule des femmes ennemies. Ils combattent en rugissant férocement, ils se battent jusqu’à l’apogée de la victoire en se servant sans gêne de leurs armes intimes. »

60 ans plus tard, Susie cherche dans les musées juifs, dans les anciennes photos, des témoignages. La vérité est difficile à mettre en évidence. les responsabilités ont été diluées, facile d’attribuer les crimes aux Allemands alors que des Roumains étaient impliqués.

« L’histoire brise des cristaux précieux de la vitrine nationale. Le patriotisme conçu pour garder un éclat éternel se transforme en fer-blanc. Des décennies durant, la responsabilité
de ce massacre a été malhonnêtement mise au compte des nazis.

[…]Mensonges. Le copyright du pogrom est la propriété des autorités roumaines. Militaires, policiers et gendarmes
se sont chargés de la mise en œuvre. Et les légionnaires qui guettaient cette occasion depuis longtemps.

[…]Les Allemands avaient participé aussi au massacre, mais de manière dispersée. »

Malgré la noirceur du thème, c’est une lecture agréable. On se prend de sympathie pour les personnages. Le thème du recyclage des objets usagers est aussi intéressant. 

 

 

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 02/21/202102/02/2022Catégories Europe de l'Est, Histoire des Juifs, holocauste, Roumanie16 commentaires sur Les Oxenberg & les Bernstein – Catalin Mihuleac (Roumanie) Les éditions Noir sur Blanc

Goetz et Meyer – David Albahari (traduit du Serbe)

HOLOCAUSTE (SERBIE)

138 pages, d’un seul tenant,   à peine de la ponctuation, un point de temps en temps. J’en fais une lecture hachée, pour reprendre mon souffle. Le contraire d’un livre léger.

L’auteur enquête sur la disparition de la communauté juive de Belgrade en 1941-1942.  9500 Juifs se sont présentés au recensement. 4000 hommes furent fusillés, femmes, enfants et vieillards conduits au camp de la Foire des Expositions de Belgrade. Du camp, 5000 furent gazés dans un camion conduit par deux sous-officiers : Goetz et Meyer.

De quelle sorte d’hommes étaient Goetz et Meyer? De quelle sorte d’hommes est celui qui, comme eux deux accepte d’accomplir un devoir qui implique la mise à mort de cinq ou six mille âmes? Moi, j’ai du mal à me décider à mettre une mauvaise note à un élève en fin de semestre en fin d’année scolaire n’en parlons pas, mais cette épreuve est dérisoire comparée à celle que devait subir Goetz et Meyer. Et que dire s’ils n’avaient nullement le sentiment d’endurer une épreuve quelconque.

Le narrateur, un professeur juif qui a survécu caché, reconstitue son arbre généalogique. Il recherche les survivants de sa famille, l’identité de ceux qui ont disparu. Mais surtout il s’interroge sur les mécanismes de leur élimination. Comment des gens ordinaires ont pu conduire à la mort des femmes et des enfants? Goetz et Meyer hantent les pensées du professeur peut être plus que les disparus.

Une lecture essentielle mais éprouvante.

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 02/14/202102/02/2022Catégories balkans, Europe de l'Est, histoire, Histoire des Juifs, holocauste, serbie9 commentaires sur Goetz et Meyer – David Albahari (traduit du Serbe)

Les disparus – Daniel Mendelsohn

Le pavé du mois d’Août : plus de 900 pages dans lesquelles j’ai plongé avec grand plaisir.

Immersion totale! Et pourtant ce n’est pas un livre dont on tourne vite les pages, au contraire.  Certaines sont tellement intenses et difficilement soutenables qu’il faut prendre l’air, d’autres sont si denses qu’il faut y revenir.

Et pourtant, l’argument de départ semble mince : six personnes de la famille de l’auteur ont péri pendant l’Holocauste dans la petite ville de Bolechow. Schmiel, le frère du grand père de Daniel Mendelsohn, sa femme et leur quatre filles. Comment imaginer 930 pages pour apprendre ce qui paraît si simple?

« C’était pour sauver mes parents des généralités, des symboles, des abréviations, pour leur rendre leur particularité et leur caractère distinctif que je m’étais lancé dans ce voyage étrange et ardu. Tués par les nazis – oui, mais comment? »..

Mendelsohn conduit une véritable enquête qui le mènera de l’Ukraine à l’Australie, d’Israël, en Suède….une odyssée, pour cet helléniste dont j’ai tant aimé le livre, Une Odyssée, Un père, un fils une épopée. Ses voyages le conduisent à rencontrer les témoins oculaires de ces disparitions, ou des personnes ayant connu les disparus.

Evidemment, je pense à Chaghall….

Nous sommes  conviés à des rencontres avec de nombreux personnages originaires de Bolechow ou Bolekhiv (comme on l’appelle maintenant que la ville est ukrainienne), le plus souvent des juifs très âgés, parlant yiddish ou polonais, mais aussi d’ukrainiens qui ont été témoins du massacre, mais aussi des enfants de la génération de l’auteur, ses frères et sa sœur qui participent à l’enquête, et les cousins… Ces rencontres sont l’occasion de chaleureux repas de cette cuisine ashkénaze partagée sous tous les climats des 4 continents abordés.

C’est un texte plus littéraire qu’historique. A chaque occasion l’auteur se pose la question essentiel pour un écrivain. Comment raconter une histoire.  Mendelsohn se met en scène en tant que raconteur, comme l’avait été son grand-père, le frère de Schmiel, le disparu :

« Il ne recourait pas au procédé évident de commencer par le commencement et de finir par la fin ; il préférait la raconter par de vastes boucles, de telle sorte que chaque incident, chaque personnage, mentionné pendant qu’il était assis, là, sa voix de baryton déchirante oscillant sans cesse, avait droit à sa mini-histoire, un récit à l’intérieur du récit, de telle sorte que l’histoire ne se déployait pas (comme il me l’a expliqué un jour) comme des dominos, mais plutôt comme des boîtes chinoises ou des poupées russes, chaque évènement en contenant un autre, et ainsi de suite…. »

Mendelsohn est aussi un érudit, un spécialiste des textes anciens, il va confronter l’histoire qu’il racontera à l’Histoire primordiale, à la Genèse, Bereichit, la création, à l’histoire de Caïn et Abel, occasion d’aborder les tensions entre frères, à l’histoire du Déluge et de Noé, à celle de Lot, question d’envisager l’annihilation des êtres vivants ou  des villes de Sodome et Gomorrhe, le parallèle avec la liquidation des Juifs de Bolechow m’apparaît évident. Mendelsohn ne se contente pas d’allusions, il cite en détail les commentaires de Rachi et plus récents d’un  commentateur moderne.

« mais, en même temps, qui ne trouve pas les moyens de faire dire aux textes que nous lisons ce que nous voulons qu’ils disent? »

L’auteur nous emmène par cercles concentriques, comme la =genèse, comme Homère dans l’Odyssée. Il se met en scène racontant une histoire.

« Etre en vie, c’est avoir une histoire à raconter. Être en vie, c’est précisément être le héros, le contre de toute une vie. Lorsque que vous n’êtes rien de plus qu’un personnage mineur dans l’histoire d’un autre, cela signifie que vous êtes véritablement mort. »

Pour raconter l’histoire de ses six disparus, il faut interroger les gens qui les ont intimement connus, les amies d’enfance de Lorka, Frydkan et Ruchele, les filles dont il ne connait même pas les prénoms au début de ses recherches ne connaissant que « quatre superbes filles ». Chaque détail compte, la façon de porter un cartable, les amoureux si elles en ont eu….

Quelles richesses dans ce livre! Combien de thèmes évoqués. Thèmes familiaux, comme les rapports entre les frères et soeurs, les souvenirs qu’on préfère taire et qui sortent par mégarde, les récits déformés au cours des souvenirs….

Finalement, comme dans un roman policier, par une combinaisons de hasards, par la ténacité des enquêteurs, la vérité apparaît, Daniel Mendelsohn retrouve les circonstances précises de la mort d’au moins deux de ses disparus, le lieu précis, qui existe encore des décennies plus tard….

Avatar de InconnuAuteur Miriam PanigelPublié le 09/16/201902/02/2022Catégories Europe de l'Est, Histoire des Juifs, holocauste, littérature américaine, pologne13 commentaires sur Les disparus – Daniel Mendelsohn

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